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dimanche 12 juin 2011

La route de l’aspirine est coupée

Effrayante émission « C dans l'air » d'Yves Calvi sur France5, ce vendredi 10 juin 2011, consacrée aux médicaments. Le sujet était apparemment assez anodin, en tout cas pour quelqu'un d'aussi mal informé que moi sur cette question. En revanche excellent plateau d’invités, une fois n’est pas coutume, avec Philippe Even, Marc Girard et François Chast ; Calvi y avait adjoint une dame qui devait passer dans le couloir en cherchant son chemin car on n'a jamais bien su ce qu'elle venait faire là et surtout qui elle était car son nom ne figure même pas dans la liste des invités que j'ai pris la peine de rechercher sur Internet. Un ami m'informe que la dame en cause était de l'Agence française du médicament. Tout s'explique et en particulier son silence gêné!

Je dois dire que cela nous change un peu des sempiternelles émissions politiques sur les candidats à la présidentielle dont Calvi nous réserve à peu près 300 resucées d’ici l'élection proprement dite, avec les éternels Christophe Barbier, Roland Cayrol et Pascal Perrineau. Leur absence, à elle seule, créait chez le téléspectateur des dispositions favorables à l'écoute car, pour une fois, on avait affaire à des gens qui de toute évidence savaient de quoi ils parlaient et, d'autre part, n'avaient pas totalement leur langue dans leur poche.

Je vous la fais courte comme toujours, le bilan est effrayant. Je savais, comme tout le monde, que nous ne fabriquons à peu près plus rien, des téléviseurs au presse-purées en passant par les jouets et les autos, mais je croyais au moins que nous fabriquions encore nos médicaments et les principes actifs qui entrent dans leur composition. Eh bien non ! Tout nous vient désormais de Chine comme les ordinateurs et les tee-shirts. La chose est un peu effrayante au plan industriel mais elle l'est plus encore au plan pharmacologique et même médical.

En effet non contents de produire leurs principes actifs (ceux des médocs, pas des Asiates qui certes n’en manquent pas !), les Chinois fabriquent aussi les médicaments eux-mêmes et cela dans des conditions qui ne sont pas tout à fait les nôtres puisque leurs normes de sécurité et de contrôle de ces fabrications ne sont pas du tout celles de l'Europe. Autant dire qu'une partie, mal appréciable mais certaine, des médicaments que nous consommons n'est pas en conformité avec les règles de composition et de fabrication qui devraient être en vigueur.

Si j'ai bien suivi, le plus bel exemple de la chose est l'héparine. Un simple coup d’œil dans Wikipédia me permet de faire le savant ce qui est, un instant, nécessaire. L’héparine est une substance ayant des propriétés anticoagulantes extrêmement puissantes, ce qui la fait utiliser contre la thrombose. Elle est administrée par voie intraveineuse ou sous-cutanée, selon la dose à administrer. Elle active une protéine plasmatique : l'antithrombine. « L'héparine est extraite industriellement d'intestin de porc (Europe) ou de poumon de bœuf. Les abats d'autres mammifères d'élevage peuvent être utilisés comme sources secondaires ».

Cet article est assez inexact, dans sa partie finale du moins car, à en croire les spécialistes présents, ce médicament doit être désormais fabriqué exclusivement à partir du porc et c’est là tout le problème. Pour vous résumer les choses, pour faire une dose d'héparine injectable, il faut un cochon. Comme le faisait remarquer avec humour l’un des participants « dans le cochon tout est bon » surtout et avant tout pour l'héparine ! Je me demande, en passant, mais en passant seulement, si l'héparine est utilisée dans les pays musulmans. Peut-être est-ce compatible avec les exigences du Coran dans la mesure où ceux qui reçoivent ce traitement ne savent pas qu'on leur injecte du porc ! Pour en revenir à l'héparine et aux cochons, la Chine élève à environ 1 milliard de porcs ; toutefois, il peut arriver que les énormes besoins en héparine et en cochons fassent que l'on n’ait pas assez de cochons pour fabriquer les quantités nécessaires de ce médicament. Les industriels, chinois et peu scrupuleux, usent alors d'os d'autres animaux, comme les moutons ou les vaches qui contiennent un principe dont la formule chimique est très voisine de celle de l'héparine, ce qui fait qu'à l'analyse on ne peut pas aisément faire la différence.

Le drame potentiel est qu’on sait désormais (et Wikipédia est fautif sur ce point précis et essentiel) que l'héparine doit être fabriquée exclusivement à partir de porcs car si on la fabrique à partir d'autres animaux, comme le mouton ou la vache, on peut transmettre des maladies (tremblade du mouton ou vache folle) qui risquent de donner, à terme, à ceux qui reçoivent le traitement, la maladie de Kreutzfeld Jacob. Le problème est qu'on ne le saura que dans de nombreuses années et que ces industriels criminels peuvent, en attendant, continuer leur coupable industrie qui fait peser des menaces fatales sur une foule de malades.

Ce cas est certes un peu limite, mais rien ne prouve que les médicaments que nous achetons ont été préparés selon les règles et qu'un pourcentage d'entre eux, si faible soit-il, n'a peut-être pas l'efficacité qu'on leur suppose, sans parler de risques éventuels liés à ces défauts de fabrication.

Le pire de tous et que si la fabrication en Chine des chemises et des T-shirts a sans doute contribué, au moins dans certains circuits « low cost », à faire baisser le prix de ces articles, il n'en est rien pour les médicaments et l'exportation de la fabrication des médicaments en Chine n'a en rien entraîné la baisse de leurs prix. J'espère que vous est bien installé pour entendre la suite. Selon l'avis unanime des experts présents dans l'émission, en France le prix de vente d'un médicament fabriqué en Chine dans les conditions décrites ci-dessus est, par rapport à son coût de fabrication, dans un rapport qui va de 10 ou 20 à 100 voire, pour certains d'entre eux, à 500. Autant dire que l'industrie pharmaceutique peut vivre sur le grand pied que nous constatons chaque jour. Je laisse de côté le problème du coût de la recherche pour la mise au point de ces médicaments. Selon un propos que Philip Even répète souvent, d’une part la France, depuis 10 ou 15 ans, ne fait plus de recherche sur la mise au point de médicaments nouveaux, se contentant de ceux qui existent déjà ou de médicaments de seconde zone qui ne nécessitent pas d'études approfondies. Quant aux tests et aux expériences, on va les faire en général, à moindres coûts et sans grands risques, en Europe centrale ou de l'Est ou en Afrique. Quant à la mise au point et à la recherche sur les médicaments nouveaux, elle est infiniment moins coûteuse que l’industrie pharmaceutique veut nous le faire croire ; on parle volontiers en centaines de millions de dollars alors qu'il ne s'agit, dans la plupart des cas, que de dizaines !

Le problème est que, dans le système social qui est le nôtre, les gigantesques profits de l'industrie pharmaceutique (je devrais plutôt dire le COMMERCE industriel pharmaceutique puisque cette prétendue industrie ne fabrique plus rien en réalité) qui, après tout, pourraient être regardés comme faisant marcher un commerce privé, sont en réalité des IMPOTS puisque une partie très importante des médicaments achetés est remboursée par la sécurité sociale, donc payée, en fait, par l’Etat et donc par nos contributions. Nous n’enrichissons donc par là que ce commerce pseudo-industriel pharmaceutique qui, en plus, est souvent suisse ou allemand !

Au sortir d'une telle émission, on est un peu partagé, pour ce qui me concerne du moins. Certes l’heure passée avec ces spécialistes est moralement un peu éprouvante mais, d'un autre côté, on a échappé, un moment, à la logorrhée insipide et répétitive sur les futures élections présidentielles car nous n’aurons sans doute pas la chance d'avoir, tous les mois, une affaire Strauss-Kahn pour mettre un peu de piment dans la sauce politique.

La route de l’aspirine est coupée puisque nous n’en fabriquons plus un seul cachet en Europe et que les Chinois peuvent donc nous condamner, du jour au lendemain, au mal de tête. En revanche, la route vers les comptes en banque des commerçants industriels pharmaceutiques est largement ouverte et des plus fréquentées !

samedi 11 juin 2011

DSK. Justice des USA 2

J’ai reproduit hier l’intéressant article de John R. Macarthur sur la justice américaine, paru le 6 juin 2011 dans le Devoir de Montréal sous le titre "Des Français désenchantés", en renvoyant à aujourd’hui, faute d’espace, mes remarques sur le sujet.

J.R. Macarthur note que « le principe selon lequel un accusé est [présumé] innocent jusqu’à ce qu’il soit reconnu coupable « au-delà du doute raisonnable » fait partie du tissu social, voire de l’amour propre, d’une Amérique pieuse lorsqu’elle vante la supériorité de son système judiciaire et de sa Constitution » ; il observe aussitôt combien cette présomption d’innocence est difficile à maintenir, surtout dans un cas comme celui de DSK qu’on présente comme « le Perv » français et dont on ne cesse de rappeler l’inclination quasi pathologique pour les femmes, qu’on illustre de plus en plus, de jour en jour, par des exemples voire des témoignages, comme celui de la blonde Kristin Davis, la « Madam » de Manhattan.

Quelles que soient les précautions prises pour favoriser la présomption d’innocence, déambuler entre deux policiers (avec ou sans menottes) ne plaide nulle part en faveur de l’innocence de l’intéressé. On se souvient du fâcheux lapsus de Nicolas Sarkozy sur le « présumé coupable » qu’on lui a tant reproché, mais, à tout prendre, ce serait peut-être une formule préférable a l’autre car, si elle marque la possibilité de l’innocence de l’intéressé puisque sa culpabilité n’est que « présumée», elle plaide aussi, par ailleurs, en faveur du sérieux de la justice qui ne devrait pas être mise en oeuvre sans de bonnes raisons, ce dont quelques récentes mascarades judiciaires conduisent à douter.

Dans un premier temps, les Français, volontiers frondeurs, ont été, secrètement ou ouvertement, assez satisfaits de voir un puissant, le riche directeur général du FMI, dans lequel beaucoup voyaient déjà le futur président de la République française, menotté entre deux policiers comme un vulgaire voleur de poules. C’est notre côté Figaro, lui qui, dans le Mariage, lance au Comte Almaviva sa définition de la justice devenue célèbre « Indulgente aux grands, dure aux petits ! ».

C’est sur ce point que je me sépare de J.R. Macarthur quand il observe : « Les pires clichés sur la culture française sont répandus au nom du droit prétendument égalitaire de la République américaine. D’après ce stéréotype, la France est un pays ultra-tolérant, débordant de libertins jouissant des moeurs corrompues, dissolues et relâchées. L’élite française se croit au-dessus des lois faites pour les petites gens, et les beaux mots de Liberté, Égalité, Fraternité ne sont que des prétentions ».

Je ne suis pas assez bon connaisseur de l’histoire des Etats-Unis pour savoir si l’on y trouve, comme dans la nôtre, dans le dernier siècle et demi, les mêmes figures officielles un peu douteuses. Sous la Troisième République, un président de la République, Jules Grévy, dont le gendre avait ouvert à l’Elysée un petit commerce de légions d’honneur ; Félix Faure, un autre président de la même république, qui, douze ans plus tard, ne survécut pas à l’une des visites de sa maîtresse dans son bureau présidentiel ; à la fin des années 50, le Président du Sénat (socialiste déjà !), deuxième personnage de l’Etat, organisateur de soirées pédophiles, les fameux « ballets roses », dans un pavillon officiel de la République (quoiqu’ayant tout nié avec la dernière énergie, il sera pour finir condamné à un an de prison - avec sursis fort heureusement !) ; dans un genre différent, un autre président, socialiste également, entretiendra et fera garder aux frais de l’Etat, deux mandats durant, l’une de ses maîtresses et leur fille, sans que nul n’y trouve à redire ni même n’en parle !

Quant à la France, « patrie des droits de l’homme », si l’on convoque tant soit peu l’histoire, force est d’admettre que les idées des Lumières et, par là, celles de notre Révolution sont plutôt nées en Angleterre où d’ailleurs nombre de nos « philosophes » ont, à un moment ou un autre, trouvé refuge et inspiration. Ce n’est donc pas par hasard, si les démocraties actuelles de Grande-Bretagne (en dépit de l’état monarchique) et des Etats-Unis sont, à bien des égards, plus authentiques que la nôtre.

L’image flatteuse que les Français, bien conscients au départ que tout se serait passé autrement si DSK avait logé dans un palace parisien et non new-yorkais, n’a toutefois pas tardé à changer et à se dégrader au fil des jours. L'arrivée d’Anne Sinclair en jet privé, la caution faramineuse payée sans sourciller pour éviter la prison à son mari, la location d’un gîte à 50 000 $ par mois, tout cela a ouvert les yeux du public français, moins sur la justice américaine que sur la fortune des époux DSK et, par là, du candidat socialiste, favori du bon peuple pour la prochaine présidentielle.

On avait cru constater que la justice des États-Unis, à la différence de celle de Figaro traitait de la même façon les grands et les petits. On a vite compris qu’il n’en était rien. Divers signes l‘ont montré, sans parler de ceux que nous n'avons pas pu voir. Je ne doute pas, en effet, que dans son indulgence et sa longanimité, Anne Sinclair n’ait fait un saut chez Tiffany pour offrir à son Dominique un bracelet électronique serti de diamants. Les paparazzi ont certes réussi une image de sa cheville, quand il montait en voiture, mais hélas le fil d'Écosse de la chaussette n'a pas permis un constat plus précis sur ce point.

À la différence de John R. Macarthur, je ne crois pas vraiment que « les droits de l'État accusateur privent les droits de l'accusé » par le biais des « fuites dans la presse ».L’injustice est moins, quand l’accusé dispose de millions de dollars, dans la possibilité de recruter des avocats talentueux que dans la capacité de payer des détectives et éventuellement surtout , dans la suite, d’acheter des témoins, voire des membres du futur jury (puisque l’unanimité des jurés est requise). On le savait certes tout cela depuis longtemps, au simple souvenir des affaires O.J. Simpson et Michael Jackson !

Que Cyrus Vance Jr. essaye d'utiliser cette affaire, surtout après son récent échec, pour exercer son ambition n'est pas chose nouvelle aux États-Unis, mais il est clair que les immenses moyens du couple Strauss-Kahn leur donneront les moyens de rivaliser, sans trop de problèmes, avec le procureur de New York.

« Indulgente aux grands, dure aux petits », la justice l’est aux Etats-Unis comme dans tous les Etats du monde. En France, chacun sait qu'il vaut mieux être défendu, à défaut d'une vedette du barreau, par un avocat sérieux qui étudiera sérieusement votre dossier pour vous défendre, que par un avocat commis d'office et qu’il vaut mieux avoir à faire à un adversaire obscur qu’à un adversaire proche du pouvoir. Il en est de même aux États-Unis, mais la grande différence entre les deux systèmes tient aux possibilités de négociations sur la reconnaissance ou le refus de la culpabilité ; elles amènent à ce que la plus grande partie des affaires (entre 90 et 95 % semble-t-il) n'arrivent pas jusqu'au procès, mais s'achèvent dans une négociation qui peut conduire à la réduction des peines voire à leur absence totale.

De ce fait, je pense que la conclusion de John R. Macarthur est un peu discutable (l’avenir jugera !) quand il écrit : « A mon avis, Vance s'est trop investi dans la poursuite de DSK pour négocier quoi que ce soit ; il lui faut une condamnation et une punition. Bientôt la cour criminelle de Manhattan ressemblera à une arène romaine où le sang va couler. Pourvu que les Français profitent de ce combat pour abandonner leur rêve américain ».

Je ne suis pas aussi sûr que lui que les choses se passent ainsi, car si le procureur est sans doute peu disposé à mettre les pouces et à voir cette affaire, sur le retentissement de laquelle il compte pour lancer sa carrière future, s'achever dans une négociation, on peut tout à fait imaginer que quelques millions de dollars soient en mesure de convaincre Mme Diallo que tout ce qu’elle a raconté ne s'est passé que dans son imagination et que, en réalité, c'est elle qui, voyant sortir de DSK de sa salle de bains dans le plus simple appareil, n'a pas pu résister à l’appel de la chair et l'irrésistible attraction de la bedaine de Dominique.

vendredi 10 juin 2011

DSK : La justice aux USA

L'un de mes commentateurs (pas très anonyme en fait, mais dans notre Blogspot, le plus simple, pour un commentaire, est de choisir l'anonymat, quitte à le signer ensuite!) me signale un intéressant article de John R. Macarthur sur la justice américaine, paru le 6 juin 2011 dans le Devoir de Montréal sous le titre "Des Français désenchantés". John R. MacArthur est collaborateur de Harper’s Magazine où sa chronique revient le premier lundi de chaque mois.
Je me permets de le reproduire ici (http://www.ledevoir.com/international/actualites-internationales/324848/des- (...)), mais comme ce texte est un peu long, je reporte à demain mes propres remarques, sur l'article comme sur le sujet :

"Interrogé par les médias français sur l’arrestation de Dominique Strauss-Kahn, j’ai fait de mon mieux pour respecter la présomption d’innocence. Après tout, on ne sait pas ce qui s’est vraiment passé entre l’ancien chef du FMI et Nafissatou Diallo, la femme de chambre qui l’accuse d’agression sexuelle et de tentative de viol. De plus, le principe selon lequel un accusé est innocent jusqu’à ce qu’il soit reconnu coupable « au-delà du doute raisonnable » fait partie du tissu social, voire de l’amour propre, d’une Amérique pieuse lorsqu’elle vante la supériorité de son système judiciaire et de sa Constitution.

Malheureusement, j’ai dû très rapidement céder à la réalité juridique et politique de mon pays où l’on est presque toujours jugé coupable avant d’être jugé formellement par la cour criminelle. Difficile d’insister sur un principe de droit sacré — même en parlant sur les ondes étrangères — alors que l’on est accablé par le cirque grotesque et le bruit assourdissant qui accompagnent tout procès criminel de célébrités. Comment maintenir une position éthique devant des titres de quotidiens (alimentés par le procureur de Manhattan et la police) sur « Le Perv » français et son inclination pour les femmes ? Les centaines de journalistes parmi lesquels je me suis trouvé l’autre jour devant le Bristol Plaza (immeuble de luxe de l’Upper East Side qui a refusé l’emménagement de DSK et son épouse) ne s’intéressaient certainement pas à l’équité de la justice à l’égard de Strauss-Kahn.

Hélas, ce n’est pas seulement DSK qui se trouve humilié par la cruauté et la vulgarité de la justice américaine. Les Français qui croyaient au « rêve américain » incarné par le visage noir du président Obama, l’ancien professeur de droit, sont également choqués et déçus de voir l’un des leurs rudement mis en examen et exhibé menottes aux poignets devant le monde entier lors de son transfert vers Rikers Island. Pas de juge d’instruction pour exiger des photographes le respect des bonnes manières, pas de retenue par des gendarmes corrects.

Marie-Monique Steckel, directrice de l’Alliance française à New York, a confié au New York Times, dans la suite immédiate de l’affaire : « mon côté français est ressorti avec plus de force que je ne l’aurais pensé ». Selon Mme Steckel, « un coureur de jupons est plus acceptable en France. On considère cela comme indice de bonne santé et de vigueur, ce qui est différent des Américains plus puritains. Cependant, la violence contre les femmes est une autre histoire ». Le résultat, constate Mme Steckel, est une image de la France ternie.

En effet, les pires clichés sur la culture française sont répandus au nom du droit prétendument égalitaire de la République américaine. D’après ce stéréotype, la France est un pays ultratolérant, débordant de libertins jouissant des moeurs corrompues, dissolues et relâchées. L’élite française se croit au-dessus des lois faites pour les petites gens, et les beaux mots de Liberté, Égalité, Fraternité ne sont que des prétentions.

Devant cette avalanche d’idées préconçues, j’ai du mal à convaincre mes confrères américains que la France est une société profondément conservatrice, où la vie de famille (au contraire des romans de Houellebecq) reste primordiale. Oui, la France souffre des maux qui affligent l’Occident : cupidité et corruption financière, désintégration du foyer traditionnel et de la vie centrée dans les villes, surdosage des antidépresseurs. Cela dit, il y reste néanmoins une stabilité civique, une solidarité nationale. La conduite du beau monde à Paris et outre-mer ne représente ni la France profonde ni la France moyenne.

Hypocrisie américaine

Ce qui m’agace dans l’affaire Strauss-Kahn, c’est la gigantesque hypocrisie américaine. Nos commentateurs sont là à faire la morale à tout un peuple considéré comme louche de nature, mais ferment les yeux sur l’industrie de la pornographie, de la prostitution et des narcotiques en Amérique, dont la production et la consommation sont énormes et croissantes. Sans vouloir exagérer leur importance, je trouve intéressantes les dernières statistiques nationales sur les viols connus (pas les condamnations pour viol) de l’ONU : aux États-Unis, il y en aurait 28,6 par 100 000 personnes et en France 16,6.

En revanche, je trouve tout aussi troublante l’attitude des Français, étonnés de découvrir dans l’affaire Strauss-Kahn une Amérique non conforme à « l’Amérique qu’on aime », un pays largement imaginaire, symbolisé par le visage de Barack Obama à la Maison-Blanche. J’entends ça un peu partout, comme à la conférence du Nouvel Observateur à Paris en janvier, où les Français sur mon plateau ont tous répondu non à la question « Le rêve Obama est-il mort ? ». Le fait que Marie Monique Steckel ait attendu quarante ans — jusqu’à l’élection de Barack Obama — pour devenir citoyenne américaine illustre aussi cet état d’esprit.

Mais quelle est donc cette « nouvelle » Amérique dont les Français rêvent ? Égalitaire ? On voit bien que les droits de l’État accusateur priment les droits de l’accusé. Avec ses fuites dans la presse, Cyrus Vance Jr., ambitieux procureur élu de New York, est en train de systématiquement polluer l’ensemble des jurés potentiels pour le procès Strauss-Kahn, et cela, pour accroître ses chances d’une condamnation.

Notez bien aussi les avantages d’être un accusé richissime comme DSK. Dans ce système censé être aveugle au statut social et à la classe économique, l’argent vous permet d’embaucher les meilleurs avocats et enquêteurs privés pour en apprendre davantage sur la vie de la plaignante afin de salir sa réputation. Un accusé pauvre, pour sa part, aura de la chance s’il tombe sur un avocat — nommé par la cour — compétent qui pourra trouver le temps de concentrer ses efforts sur son dossier. D’habitude, ces avocats sont mal rémunérés et débordés de travail, donc ils poursuivent souvent des échanges négociés qui aboutissent en confession avec des peines réduites.

À mon avis, Vance s’est trop investi dans la poursuite de DSK pour négocier quoi que ce soit ; il lui faut une condamnation et une punition. Bientôt, la cour criminelle de Manhattan ressemblera à une arène romaine où le sang va couler. Pourvu que les Français profitent de ce combat pour abandonner leur rêve américain".

A demain.

jeudi 9 juin 2011

Ferry : Luc ou Jules?

Dans un blog récent je disais, me semble-t-il, que Luc Ferry était l'un des rares hommes politiques français (mais en est-il véritablement un?) qui trouvait grâce à mes yeux par son discours et ses comportements.

Je n'ai pas changé d'avis suite à sa déclaration sur l'ancien ministre pédophile pris la main dans le sac (si j'ose dire) au Maroc. Comme il l'a lui-même souligné tout cela est relativement connu de tous, même si nul n'en parle par peur des procès.

J'observe d'ailleurs que Luc Ferry a été convoqué par la justice sur cette affaire, je ne sais trop pourquoi, car auraient dû être plutôt mis en cause à la fois les hautes autorités de l’Etat qui, à l’en croire, l'ont informé de l'affaire et sont donc mieux informées que lui et surtout le personnel diplomatique français au Maroc qui est intervenu pour faire libérer le coupable et l'embarquer, en toute hâte, pour la France. Compte tenu de la connaissance des lieux et des dates, il doit être très facile d'identifier et d'inculper, pour le coup, ceux ou celles qui ont été les acteurs directs de l'évasion du coupable et de l'étouffement de cette affaire.

J'ai été beaucoup plus étonné, en revanche, d'apprendre ce matin que, quoique payé comme professeur d'université (au dernier échelon) par l'université Paris-VII, il n'avait pas assuré le moindre cours durant l'année universitaire 2010-2011. Tout le détail de cette affaire a été révélé par le Canard enchaîné qui jouit de l'étonnant privilège d'être le seul lieu de France où ce genre de vérité peut-être dit impunément. Qu'un enseignant d'université n'accomplisse pas la totalité de son service n'est pas pour m'étonner ! Il existe en ces lieux des foules de décharges de service, pour toutes sortes de raisons. En revanche, il est plus rare qu'on n'y fasse même pas acte de présence car de telles dispenses, en principe motivées, sont du ressort du Conseil d'administration et du président.

Toutefois ce qui me choque le plus est que, très récemment, j'ai entendu Luc Ferry parler de ses revenus, sur RMC, dans les "Grandes gueules", une émission que j'écoute de temps en temps dans "le huis clos" de ma salle de bains comme disait autrefois Philippe Meyer. Dans cette émission, l'habitude, à laquelle certains invités refusent de se plier, est d'indiquer ses revenus. Or, et je suis tout à fait formel sur ce point car j'y ai été attentif, Luc Ferry est resté dans le vague et surtout a déclaré vivre de sa plume et de ses ouvrages, ce qui m'a un peu étonné vu son train de vie apparent. En tout cas, je n'ai pas entendu de sa part la moindre allusion à son traitement de professeur à Paris-VII ni d'ailleurs à d'autres revenus qu'on cite ici ou là et qui seraient liés à diverses fonctions. Même si les "ménages" qu'il fait ici ou là (selon le Canard enchaîné conférences à la Chambre de commerce du Havre ou au Royal-Thalasso de La Baule ou initiation à la philosophie de retraités en croisière) sont rémunérateurs, un traitement de 4499 € net par mois ne passe pas tout à fait inaperçu ; dans cette affaire, Luc Ferry a donc clairement péché par omission. Cher philosophe, allez en paix mais vous me direz donc deux Pater et trois Ave !

Je ne doute pas un instant qu’une dispense d'enseignement lui ait été accordée, tout à fait légitimement, par l'éducation nationale au moment où il était ministre, procédure que la loi sur l'autonomie des universités rend toutefois désormais impossible. Je crois d'ailleurs me souvenir que, lorsqu'il était Premier Ministre, Raymond Barre avait conservé un enseignement à Paris1. Néanmoins, Luc Ferry a depuis longtemps quitté ces fonctions et je ne sais pas trop à quel titre il continuerait à être dispensé d'accomplir ses 192 heures annuelles d'enseignement (souvent bien théoriques car il ne s'agit pas là de cours magistraux!). Il paraît invoquer l'appartenance à un "Conseil d'analyse de la société" qu’il semble présider et dont, toujours selon le même Canard enchaîné, les 1800 euros de rémunération mensuels seraient plus concrets que l’activité précise, mais qui ne semble pas être légalement en mesure de l'accueillir comme détaché. Tout cela est sans grande importance et je ne doute pas qu'on trouve une solution qui lui permette de sauver la face, en ménageant du même coup le président de Paris-VII qu'on pourrait accuser de manquer de vigilance, encore qu'il ait, selon ses propres termes, adressé, durant l'année, trois courriers successifs à Luc Ferry qui ne leur a jamais donné de réponse.

Ce point rejoint une question, centrale et épineuse, qui est celle de l'évaluation des activités d'enseignement et recherche des enseignants des universités. On sait que Valérie Pécresse a naguère essayé, non sans maladresse, de se pencher sur la question. Son imprudence majeure a été de le faire en particulier pour des disciplines universitaires où l'activité de recherche est bien moins importante que le second métier qu'exercent beaucoup d'enseignants (je pense ici, bien entendu, aux facultés de droit, où nombre d'enseignants exercent parallèlement la profession d'avocat infiniment plus prenante que leurs activités pédagogiques et scientifiques). On sait comment les choses se sont terminées ; on a vu les enseignants de ces disciplines, peu portés aux revendications syndicales et mal habitués à faire la grève et à manifester, descendre dans la rue pour défiler dans d'étranges manifestations que conduisaient, dans une insolite alliance, le SNES-Sup (de gauche) et le Syndicat autonome (de droite)!

Si l'épisode Luc Ferry, au-delà de l'anecdote, conduit à prendre un peu au sérieux le problème de l'évaluation des activités d'enseignement et de recherche des enseignants du supérieur, on peut dire qu'il aura été utile, un peu de la même façon, que l'affaire du Sofitel à New York conduit à poser enfin, ouvertement, le problème du harcèlement sexuel qu'on pourrait bien étendre enfin des administrations ou des milieux politiques aux universités, où l'on ne peut pas dire qu'il est totalement absent, loin de là.

En tout cas, Luc Ferry me paraît désormais moins vertueux que son homonyme Jules (dont il serait, dit-on, l'arrière-petit-neveu).

mercredi 8 juin 2011

DSK : « Agression sexuelle au troisième degré » ?

La séance du tribunal de New York, le 6 mai 2011 à 9 heures 30 (en heure locale), a eu toutes les apparences d’une blague et a, de ce fait, porté un coup sérieux à l’image idéalisée de la justice américaine que nous-autres Français commencions, un peu hâtivement, à porter aux nues.

Certes, les médias français, qui y avaient dépêché leurs envoyés spéciaux et avaient organisé, dans leurs programmes, des émissions, tout aussi spéciales pour l’occasion, y étaient pour quelque chose et en ont été pour leurs frais puisque, selon les modes d’estimation, la séance du tribunal a duré de quatre à sept minutes ! En somme, une fois installés les divers protagonistes, l’avocat de DSK a sollicité six semaines de délai pour la préparation de la défense, le juge a donc, à partir de là, proposé fin juillet une date que l’accusation a approuvée et l’accusé aurait déclaré qu’il plaidait « non coupable » (on ne l’a pas entendu) avant de répondre au juge d’un mot qu’il comprenait ce qui s’était dit. On en est donc resté là ; DSK a repris la main de son épouse et le chemin de sa grosse voiture aux vitres fumées, sous les huées de la foule des employées des hôtels du coin qui avaient attendu sa sortie et qui ont pu ainsi reprendre le travail sans avoir perdu trop de temps.

La presse new-yorkaise était à peu près absente, le pauvre DSK étant victime de la concurrence inattendue d’Anthony Weiner, démocrate new-yorkais qu’on désignait déjà comme le possible vainqueur de l’élection municipale de 2013. Il vient en effet de se faire prendre, sinon la main dans le sac, du moins l’entrejambe au vent, avec une photo de lui en caleçon dans Twitter. Après avoir, lui aussi, plaidé non coupable et crié au complot, il a fini par venir pleurnicher devant les caméras pour confesser son erreur et demander pardon.

Cet épisode m’a fait penser, aux propos aussi étranges qu’inconsistants, de Jean-Michel Aphatie, chez Denisot lundi 6 juin 2011 au soir, quand il prétendait ne pas arriver à comprendre comment et pourquoi DSK, dans sa position tant au FMI qu’au PS, s’était ainsi comporté, reprenant, sans oser le dire, la thèse du piège et/ou de la machination. Les choses sont pourtant bien simples et nous avons, chaque jour, des illustrations multiples de telles attitudes chez les puissants, du Sofitel de New-York à Damas, en passant par Abidjan, Tripoli et le Caire.

Les explications tiennent en deux formules : l’une, en latin (mais facile) « Homo homini lupus » (= l’homme est un loup pour l’homme), reprise cent fois, de Plaute à Hobbes ; l’autre en français et sans auteur connu « Le pouvoir rend fou ; le pouvoir absolu rend absolument fou ». Pourquoi DSK a fait ça ? Pourquoi Ben Ali a voulu voler dix milliards alors qu’il en avait déjà volé huit ? Pourquoi Bachar El Hassad ne contente pas des dizaines de milliers de Syriens que son père et lui ont déjà tués ? Etc. ? Etc. ?

Le coup de « culbuter la soubrette », pour parler comme JFK, DSK l’avait sans doute fait déjà soixante-neuf fois, sans trop de conséquences ! Comment imaginer que, quittant la suite royale du Sofitel où on l’avait accueilli au champagne et prenant l’avion trois heures après pour Paris (avec l’idée peut-être de quitter à la fois les Etats-Unis et le FMI), il allait se retrouver les menottes au poignet en route pour la prison de New-York !

Pour en revenir à la séance éclair du tribunal, on disait qu’il allait au moins s’entendre énoncer les chefs d’accusation retenus contre lui. Or il n’en a même pas été question. Comment plaider « non coupable » quand on ne sait pas exactement et avec précision de quoi on est accusé, et cela d’autant que, semble-t-il, on peut plaider « non coupable » pour les uns et « coupable » pour les autres !

Certes, des chefs d’inculpation multiples ont été évoqués ; selon ABC News, lors de première audience, la déposition de Madame Diallo accusait DSK d’avoir fermé la porte de la suite et de l’avoir empêchée de quitter la pièce, de lui avoir touché les seins sans son consentement, d’avoir tenté de lui retirer de force son collant et de lui avoir touché la zone du vagin de force, de l’avoir forcée à deux reprises à toucher son pénis de la bouche et cela à deux reprises, d’avoir commis tous ces actes en utilisant sa force.

Une comptabilité pénale théorique, conduit, dans le principe à un total 74 années et 3 mois de prison (on songe à la fameuse formule rabelaisienne « sans compter les femmes et les petits enfants »). « Forcer à toucher le pénis de la bouche » vaut 25 ans de prison ; DSK aurait donc été assez malheureux pour le faire deux fois ou assez heureux pour ne pas se livrer à trois essais ! Quant aux trois mois finaux, ils sont la peine infligée pour une « agression sexuelle au troisième degré ». Cette qualification est celle d’un « contact sexuel » sans emploi de la force. Le délit est passible de trois mois d'emprisonnement. C’est au fond ce que vous risquez si vous embrassez votre compagne sur le front un soir où elle a la migraine ou, pire, si vous donnez, au passage, une tape amicale sur la fesse de votre voisine de bureau contrainte de vous bousculer pour prendre un dossier !

A la place de DSK, c’est le seul chef d’inculpation pour lequel je plaiderais coupable et tout indique que c’est là le chemin que va prendre la défense. Pour le reste, on invoquera le malentendu, mais je conseillerais volontiers à Madame Diallo de recompter deux fois les zéros du chèque, sans oublier toutefois que ses deux nouveaux avocats, qui ont déjà évincé le premier, vont sans doute, selon l’usage, couper la poire en trois.

mardi 7 juin 2011

Météo ou grenouille?

Depuis quelques semaines les météorologues (ou apparentés) régnaient en maîtres sur nos écrans de télévision. Ils venaient gravement nous expliquer la sécheresse et les maux qu'elle allait entraîner pendant dans les semaines à venir, sans oser toutefois nous prédire de façon sûre une canicule meurtrière. À la veille du viaduc de l'Ascension, des millions de Français se sont donc rués sur les routes (ce qui était prévu) pour recevoir à leur arrivée sur leur lieu de villégiature des cataractes de pluie ou des tombereaux de grêlons dont nul n’avait entendu parler par nos experts dans les prévisions météorologiques de la période en cause. A peine ici ou là avait-on évoqué la possibilité de quelques orages…

Le plus drôle est qu’avec ce sens aigu de l’opportunité qui caractérise souvent notre administration, Météo France a lancé, ces jours-ci, une campagne de publicité auprès des PME en faveur du recours par elles à ses services. Belle illustration de ses capacités de prévision !

Je suggérerais donc volontiers, dans le cadre de la RGPP (la Révision Générale des Politiques Publiques), de réduire, très sensiblement et au plus vite, les effectifs des services de la météorologie nationale et de revenir au bon vieux temps des grenouilles dont les prédictions d’antan n'étaient, somme toute, pas plus mauvaises.

Les lamentations de nos paysans devant leurs champs grillés par le soleil ou leurs prairies asséchées, dont on nous avait abreuvés des semaines durant, se sont soudain éteintes (mais pas les demandes de subventions !). Il est vrai que la Communauté Européenne, émue par les plaintes paysannes et les meuglements des vaches affamées, a permis, dans sa grandeur bruxelloise, que l'on fauchât, pour nourrir ces animaux, les 700 000 hectares de jachère qu’elle avait imposées. Il est vrai que pareille décision a nécessité, de sa part, de longues réflexions ; nous ne pouvons donc que savoir gré aux technocrates européens de ne pas avoir laissé les vaches crever de faim auprès de champs en jachère qu'elles n'auraient pu goûter qu'au prix de la violation insupportable d'une règlementation européenne.

Voilà que nos braves paysans qui se lamentaient de la sécheresse sont désormais poussés au désespoir par la pluie, les inondations voire la grêle qui a saccagé plantations de melons et vergers ! Je ne parle même pas des zones qui ont été inondées et qui ont reçu sournoisement (Dame Nature avait omis de prévenir nos météorologues patentés) en deux ou trois jours les quantités de pluie qui tombent habituellement en six mois.

Peut-être le modèle météorologique de l'avenir est-il celui qu’a adopté le « Grand Journal » de Denisot sur Canal+, par de savants et progressifs glissements. On y est passé de la classique carte météo du lendemain, présenté par une aguichante potiche, (toutes se sont orientées dans la suite vers le cinéma) a des bulletins météo sans contenu mais qui se veulent facétieux. Y officie actuellement une jeune Québécoise à la bouche en cul de poule dont les bouffonneries laborieuses ne font guère rire que Michel Denisot à qui le regretté Bruno Gaccio (quand il officiait aux Guignols de l’info) faisait toujours énoncer un piteux « Désolé ! », après lui avoir fait raconter une blague parfaitement stupide. J’ignore la nature exacte des services que rend cette jeune Québécoise dans cette émission, mais il faudra la remplacer car il paraît qu’elle est déjà sollicitée par le cinéma français.

Je dois dire que je suis un peu agacé par un tic de langue des bulletins météo ; une formule consacrée s’y s'est répandue avec la vitesse de propagation de la maladie du concombre espagnol ou du colza allemand. Elle consiste à prévoir toute température selon la formule : "Les thermomètres afficheront une température de X. degrés». Or les thermomètres n'affichent rien du tout ; ils se bornent à indiquer la température, sans avoir ni besoin ni la possibilité de l'afficher.

Au risque de passer pour un vieux con (ce qui m’arrive assez fréquemment) et suite à une conversation téléphonique que je viens d’avoir, je soulignerai que, dans beaucoup de cas, une pratique simplement correcte de la langue française facilite beaucoup la communication.

Je me suis ainsi battu, il y a une demi-heure, avec le numéro d’appel téléphonique d'une carte de crédit que je ne citerai pas ; on m’y demandait, pour m’identifier de façon sûre, la date de naissance de ma mère. Soit. Multiples échecs car en donnant cette date, je coupais chaque fois la communication ! En désespoir de cause j'ai fini par me demander si ce que l'on me demandait en fait n'était pas la date de son anniversaire (soit quatre chiffres et non pas huit !). Cette hypothèse s'est révélée bonne et comme j'avais échoué une bonne demi-douzaine de fois dans cette entreprise, j'ai pris la liberté de tenter d'expliquer à mon interlocutrice qu’en français, « date de naissance » n'est pas synonyme de « date d'anniversaire » puisque, dans ce second cas, on ne mentionne pas l'année. Je ne suis pas totalement sûr d'avoir été compris par la « conseillère », mais comme j'avais néanmoins réussi dans mon entreprise, je me suis montré plein de mansuétude, à défaut d'être capable de faire comprendre la différence à quelqu'un qui était fermement résolu à ne rien changer.

Nous voilà bien loin de la météo ! Si les écluses du ciel largement ouvertes ces derniers jours sur toute la France nous épargnent l'impôt sécheresse, nous devons peut-être nous préparer à subir l'impôt pluviosité

mercredi 1 juin 2011

Le bal des "présumés" faux-culs.

Grand bruit dans le landernau médiatique : Luc Ferry, sur Canal +, chez Denisot, a mis les pieds dans le plat de l'omerta de la presse sur tous les petits ou gros scandales, dont nos journalistes s'abstiennent soigneusement de faire état, alors qu'ils s'en régalent quotidiennement dans leurs entretiens professionnels ou privés.

Le plus bel exemple, qu'on ne cesse aujourd'hui de rappeler (mais un quart de siècle après!), est celui de la deuxième famille (je dis deuxième et non la seconde par prudence, au cas où il y en aurait une troisième) de François Mitterrand, que la République a entretenue, dans le secret mais à grands frais (une escouade de douze gendarmes à temps plein, ne serait-ce que pour la garde du logis, républicain aussi, de Madame Pingeot et de sa fille).

Tout le monde le savait et nul n'en a jamais parlé, dans une servile obéissance aux ordres et aux menaces de l'Elysée que seul le pauvre Jean-Edern Hallier a eu le courage de prétendre braver. Qu'on ne vienne pas parler ici de vie privée car il s'agissait là d'un pur et simple détournement de fonds publics!

Luc Ferry, en fait, s'est borné à dire tout haut ce que beaucoup savent et il n'a pas manqué de le souligner ; le plus comique a tenu dans les protestations de chacun, feignant un étonnement de bon aloi mais peu crédible! Le seul problème est de savoir en fait quel ministre visait au juste Luc Ferry car nous n'en sommes plus au temps ou les "ballets roses" de ce pauvre Le Troquer faisaient les gros titres de la presse.

Luc Ferry, l'un de nos rares hommes politiques présentables, n'a pas manqué de souligner que, s'il disait à l'antenne, le nom du "PRESUME" coupable de ce "PRESUME" épisode "PRESUME" pédophilique, il serait ASSUREMENT poursuivi et condamné. Parfaitement exact ; la meilleure protection que se sont donnée nos politiques tient dans les lois qui permettent de poursuivre n'importe qui pour diffamation, cette notion, parfaitement étrangère à celle que définissent nos dictionnaires, étant des plus floues et des plus élastiques, et par là même des plus commodes.

Le plus drôle est que désormais chacun met en demeure Luc Ferry de donner le nom du PRESUME coupable et va même jusqu'à le menacer de poursuites s'il ne dénonce pas (mais sur quelles bases) auprès de la justice l'auteur PRESUME des faits PRESUMES. Ne doit-on pas d'abord et surtout adresser la même menace au Premier Ministre (de droite ou de gauche?) qui a fait la confidence à Luc Ferry? Chacun sait bien entendu de qui il s'agit ( "Moi je le sais et je crois que je ne suis pas le seul" a dit Luc Ferry à Canal Plus) ; s'il en est autrement et s'ils ignorent vraiment qui est visé par de tels bruits, il faut que, d'urgence, ces "journalistes-sic" (comme disait le Canard!) changent de métier.