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jeudi 15 novembre 2012

Honni soit qui Mali pense (suite)


Vers la fin du mois de septembre 2012 ( à partir du 27 septembre pour être précis) j'ai publié,  une série de quatre "posts" sous le titre que  je reprends ci-dessus. Comme ces quatre textes sont beaucoup trop longs pour être reproduits intégralement ici, j'en ai réuni quelques fragments qui seront suffisants pour éclairer mon point de vue. L'essentiel en était que la France devait se tenir, dans toute la mesure du possible, éloignée de cette situation malienne, compte tenu des réalités géographiques et humaines du terrain et surtout de sa situation très périlleuse d'ancienne puissance coloniale, sur le dos de laquelle il est si facile et si tentant de se réconcilier.

Je ne pensais pas revenir si vite sur le sujet mais les événements du jour m'y poussent puisque Ansar Eddine (vous verrez de quoi il retourne dans la suite) vient de rompre avec Al Qaida et la charia!

J'ajoute que rares en France sont ceux qui ont eu le mauvais goût de faire remarquer que les événements du Nord du Mali sont en liaison des plus directe avec notre intervention en Libye et que nous n'avons sans doute pas fini d'en payer les conséquences. Même si la France s'y borne, non sans quelque raison, à des interventions aériennes que semblent préconiser nos "experts militaires" (après la Ligne Maginot, "le route du fer" et Dien-Bien-Phu). Sans doute ne sont-ils pas au courant (ils ignorent tant de choses) du fait que les troupes de mercenaires sahéliens de tous poils qui ont fui la Libye pour venir au Mali, ont emporté avec eux beaucoup de matériel militaire, dont nombre de missiles sol-air modernes dont ils n'hésiteront pas évidemment à faire usage le cas échéant contre nos aéronefs (pour causer technique) ? Il faut donc sans doute que notre président mette en chantier un discours-type pour les cérémonies aux Invalides lors des obsèques de nos pilotes d'avions ou d'hélicoptères.

Quand à ceux de nos commentateurs qui notent finement (du moins le croient-ils!) que ces combattants n'ont pas connu la colonisation française, ils ne montrent par là que leur totale ignorance des réalités coloniales, car le fait que beaucoup d'Africains n'aient pas connu cette colonisation française, n'empêche, en rien, une dénonciation systématique de ce colonialisme. Personnellement, j'ai toutefois désormais une réponse toute trouvée à ce genre de remarque en disant aux Africains, quand ils se hasardent à de tels propos, que les Chinois leur feront assurément regretter les Français.

 Nul ne mentionne que la revendication de l'indépendance ou au moins de l'autonomie du Nord du Mali par les Tamasheq est ancienne et que leur affrontement, parfois armé, avec Bamako, aussi traditionnel, n'a pratiquement jamais cessé dans les dernières décennies. Actuellement il semble que les relations entre les Tamasheq et l'ACMI ne soient pas des meilleures mais il est sûr qu'une intervention nigério-burkinabe-française contribuerait à rétablir l'unité au sein de ces factions.

Peut-être l'avez-vous noté mais, comme souvent et en de multiples lieux, du Moyen-Orient à Haïti et à la Guyane, flotte autour de toutes ces affaires comme une odeur de pétrole. Le prévoyant Qatar ne serait pas hostile à mettre quelques billes dans les affaires pétrolières de la zone, fût-ce sous des oripeaux humanitaires comme on l'a vu. Les Chinois semblent, pour le moment, à peu près absents dans le Nord-Mali (ils sont bien les seuls, puisqu'on y parle même déjà d'"instructeurs" américains et français) mais j'incline à croire qu'on ne tardera pas à les y voir. Il faut aller dans Jeune Afrique me semble-t-il pour que soit enfin abordée la question : "Le champ gazier d’In Salah est déjà en activité. Les champs de Reggane, Timimoun et Adrar vont bientôt être lancés. De nouvelles découvertes importantes sont à prévoir jusqu’aux frontières maliennes et nigériennes. Un grand pôle industriel gazier et pétrolier va se développer dans cette région." Tiens ! Tiens !

Du Sud algérien au Nord-Mali, il n'y a qu'un pas et les gisements pétroliers, eux, ne se soucient guère des limites des Etats ! La frontière algéro-malienne qu'on pourrait imaginer vide de tout mouvement est, en réalité (et elle l'était déjà avant le conflit), au contraire, et de plus en plus, un lieu de passage dont l'un des centres se situe, côté malien, à Tinzawaten, à quelques kilomètres de l'Algérie.

Cette petite ville, alors encore tenue par les forces maliennes, avait été attaquée début février, par le MNLA. Certes l'attaque avait été repoussée mais, fait symbolique, elle avait aussi marqué la désertion du seul haut gradé tamasheq de l'armée de Bamako, le colonel Hassan Ag Mehdi. Cet officier supérieur prestigieux avait gagné Ouagadougou à la tête d’un convoi de 60 véhicules.

Outre les passages de réfugiés ou d'émigrés (naguère encore ceux et celles que l'Algérie expulsait vers le Mali après les avoir capturés sur son territoire ; désormais les réfugiés du Nord Mali qui fuient les combats et la charia qu'y imposent, avec mains coupées, les groupes islamistes radicaux), les principaux trafics concernent la drogue (le plus important et surtout le plus rémunérateur), les armes et le carburant qui, dans le contexte actuel, vu le grand nombre de véhicules forts gourmands en essence et parcourant de nombreux kilomètres, est sans doute le problème logistique majeur pour les troupes engagées dans cette région. Comme le carburant ne peut guère venir de Mauritanie ni de Libye, je vous laisse le soin d'envisager quel doit être le principal fournisseur en la matière. On peut toutefois imaginer qu'une partie de ces moyens financiers ou alimentaires venant inévitablement de l'extérieur peut avoir des fins autres que strictement charitables. En outre, il est difficile de distinguer l'un de l'autre, car si les vivres sont destinés, en principe, aux populations déshéritées du Nord Mali, il faut bien que les troupes d'occupation mangent, elles aussi.

La situation est donc fort complexe car s'il ne faut pas oublier que le Nord-Mali est frontalier de l'Algérie, il ne vous a pas échappé que le Niger n'est pas loin et que la France ne peut pas se désintéresser d'un pays qui lui fournit le tiers de l'uranium dont elle a besoin pour ses centrales nucléaires comme pour celles qu'elle vend à l'étranger et dont elle garantit l'approvisionnement décennal en combustible!

Dans un contexte si trouble et si secret, on doit prendre en compte même les accidents survenus sur les routes pourtant peu encombrées et où les chauffards ivres doivent être rares ; l'Algérien Nabil Makloufi, dit Nabil Abou Alqama, qui coordonnait toutes les actions d'Al Qaïda dans le Nord-Mali est mort, le pauvre, dans un accident de voiture entre Gao et Tombouctou, comme l'a signalé l'AFP. Ces mécréants n'ont pas indiqué que, selon la formule, « il a été rappelé à Dieu". Toutefois, il n'est pas exclu que certains aient donné, en la circonstance, un petit coup de main à Dieu. Le directeur de Ennahar, Anis Rahmani, spécialiste des questions de terrorisme, a déclaré à l'AFP que cet accident était en fait une élimination volontaire de Makloufi ; il y aurait en effet une crise interne au sein de l'AQMI et l'élimination de dirigeants algériens d'Al Qaïda serait un moyen de renforcer la position du MUJAO où dominent plutôt les Maliens et les Mauritaniens.

Rien n'est simple en ce bas monde et surtout là ; il n'est pas sûr que l'entente la plus cordiale règne, au Nord-Mali entre les divers mouvements islamistes, même si l'intervention de la France est sans aucun doute le meilleur des moyens pour l'y ramener !

La conclusion de ces quatre posts, écrits il y a près de trois mois, était que la France avait tout intérêt, sans se désintéresser de ce qui se passe au Mali (elle ne le peut pas hélas) de s'en tenir le plus éloignée possible et d'attendre plutôt qu'entre les diverses factions qui se manifestaient au Nord du Mali se fissure une alliance toute provisoire ; vu la couleur politique et religieuse, les modes d'action et les alliances extérieures, patentes ou latentes, de groupes comme le MUJAO et Ansar Eddine (branche la plus radicale des Frères Musulmans, hostiles aux Saoudiens, ce qui n'est pas pour déplaire au Qatar), les conflits étaient écrits dans le ciel. Finalement, l'évolution et la rupture ont été rapides, brutales et radicales.

J'ai toujours pensé et écrit que la solution n'était nullement dans une intervention de la CEDEAO et des autres Etats de l'Afrique de l'Ouest (vu comment les choses se sont passées en Côte d'Ivoire et l'état de ces pays), mais dans l'attente paisible de la dissension, puis des conflits qui ne manqueraient pas de s'établir entre les factions du Nord-Mali. Les choses sont devenues soudain claires, plus rapidement que je ne l'avais pensé, mais, je dois l'avouer, avec l'issue que j'avais prévue.

Un élément-clé que je n'ai pas traité dans ce résumé de mes posts est la question de l'Algérie ; elle est essentielle mais des plus délicates, à la fois en raison de la position géographique de cet Etat, de sa puissance militaire (sans rapport avec celles des autres Etats), de son pouvoir économique (car aucune armée ne peut agir au Mali si se ferme le robinet algérien d'alimentation en carburant) et enfin de sa situation extérieure (conflit avec le Maroc) comme de sa situation intérieure (les Algériens ne souhaitent nullement voir les groupes extrémistes, actuellement au Mali, franchir ... ou refranchir la frontière.

Pour sa prochaine visite en Algérie et en dépit de ses précautions liminaires du mois dernier, notre président aura à faire montre de toutes ses qualités diplomatiques, car l'Algérie ne manquera pas de faire monter les enchères, comme on commence à le voir avec la remise sur le tapis des responsabilités coloniales sur lesquelles, il y a un demi-siècle, les accords d'Evian avaient explicitement passé l'éponge.

Cher Monsieur Hollande, comme disait l'un de vos prédécesseurs, lointain désormais, « Je vous souhaite, par avance, bien du plaisir » !

mercredi 14 novembre 2012

Francophony (suite)


Un de mes amis québécois me signale un article sur la francophonie "Molière , oh my God! " paru dans Le courrier international (numéro 1149, du 8 novembre 2012). Je lui suis d'autant plus reconnaissant de me signaler ce texte que, quoiqu'étant moi-même abonné à cet hebdomadaire, je n'ai pas reçu le numéro en cause dans la mesure où la distribution m'en est faite désormais de façon très aléatoire, en dépit des plaintes que j'ai pu formuler auprès de la rédaction. Selon la formule éditoriale de cet hebdo, le texte original est d'Adrian Tabourdin et a été publié dans le Times Literary Supplement.

Cet ami (Québécois d'adoption mais Haïtien d'origine) m'a envoyé ce texte sachant l'intérêt que je porte à cette question, mais sans doute aussi dans le cadre, plus général, des positions québécoises sur le problème de la langue française.

Nos amis qui peuplent ces arpents de neige ne nous pardonnent guère, en effet, à la fois nos compromissions avec la langue anglaise (du style de nos "shopping" et "week-end" au lieu de leurs "magasinage" et "fin de semaine"), mais, aussi et surtout désormais, nos prétendus renoncements, sur le terrain international et scientifique en particulier. Pourtant, (mais est-ce la bonne voie), depuis des décennies, nous investissons des centaines de millions pour tenter de faire parler français dans les institutions internationales, contre tout bon sens et la plus modeste des observations, ce qui nous empêche pas de continuer en ce sens ; ce fut, une fois de plus, un des thèmes du dernier Sommet francophone dont je vais parler.

Désespérant de nous convaincre, en dépit des vitupérations de Madame Denise Bombardier et de l'appel des 101 (non pas qu'il n'y ait que 101 intellectuels québécois qui plaident cette cause, mais sans doute plutôt par référence à la loi 101 de la Belle Province), ils ont récemment fait installer à l'université Laval de Québec (en le finançant par moitié, le reste venant de financements internationaux francophones, donc largement français par la force des choses) un institut de démographie linguistique (la démographie est, avec la terminologie et le sirop d'érable, une des spécialités du Québec).

Cet institut s'efforce désormais, dans une intention louable, de renvoyer l'ascenseur à l'Organisation Internationale de la Francophonie (OIF), basée à Paris, en lui fournissant des chiffres mirifiques sur l'usage et l'avenir du français. Je dis et répète depuis longtemps que fabriquer des statistiques, fausses ou même aberrantes, si satisfaisantes qu'elles soient pour les paladins de la francophonie, n'est assurément pas le meilleur moyen de définir et de jeter les bases d'une politique réaliste et efficace en matière de diffusion de la langue française.

Je serai très bref sur le contenu même de cet article qui, est, surtout, une recension dans notre presse de ce que l'auteur appelle, non sans raison, son anglomanie (cela va de "standing" à "traveling" en passant par "casting" ; pas de quoi fouetter un rédacteur en chef ! Comme vous voyez le genre, je n'insisterai pas là-dessus. Tout a été dit à ce propos depuis le "franglais" d'Étiemble qu'apparemment l'auteur de cet article ne connaît pas.

En revanche je citerai volontiers le début de cet article tant il concentre les erreurs et les aberrations. Le voici donc :

« Le 14e sommet de l'Organisation Internationale de la Francophonie s'est tenu du 12 au 14 octobre à Kinshasa. Cette organisation qui défend les « valeurs humanistes attachées à la langue française » regroupe 57 Etats membres situés pour la plupart en Afrique subsaharienne et de l'Ouest. Selon ses estimations, en 2050, 85 % des francophones du monde seront concentrées sur ce continent. Le nombre des francophone est estimé aujourd'hui à 220 millions. ».

La plus grosse sottise, mais elle est nullement spécifique de l'auteur de cet article et traîne partout, est la référence aux « valeurs humanistes attachées à la langue française ». Une telle formule, dont on nous rebat les oreilles depuis des siècles, est évidemment totalement dépourvue de sens et on se demande bien comment une langue pourrait, plus qu'une autre, porter des "valeurs humanistes". Hitler parlait allemand et bon nombre de ses sectateurs français parlaient français ; cela ne les empêchait nullement de le suivre. On pourrait citer bon nombre de francophones, y compris dans les locuteurs actuels, dont les propos ne paraissent guère caractérisés par ces fameuses "valeurs humanistes" qu'on prétend attachées à la langue française.

Sur le plan de la géographie, ce début d'article ne vaut guère mieux ; je rappelle qu'il localise la plupart des Etats francophones « en Afrique subsaharienne et de l'Ouest ». Pour un défenseur si ardent de la langue française, l'auteur devrait éviter de coordonner ainsi par la préposition "et" l'adjectif qualificatif "subsaharienne" et un complément de nom comme "de l'Ouest", ce qu'interdit le bon usage de cet idiome qui est en outre pléonastique car tout ce qu'on nomme Afrique de l'Ouest est susaharien. Toutefois, comme un puriste trouve toujours plus puriste que lui qui l' épure, je ne m'attarderai pas sur ce point

Cet article ne vaut pas mieux pour ce qui concerne la démographie et, par conséquent, la démographie linguistique. C'est désormais, après le décès de l'IRAF, l'institut de démographie linguistique de l'université Laval qui alimente les organismes francophones en données mirifiques sur l'état et l'avenir de la francophonie. Cette reconnaissance du ventre est louable chez ces démographes (qui ne me paraissent guère linguistes et peu familiers de l'Afrique) puisque, si cet institut a été financé par moitié par le Québec, le reste de son financement est venu de la francophonie ; on juge donc bon de renvoyer l'ascenseur. Normal mais très dangereux!

Ce qui est louable sur le plan de la morale et de la politesse ne l'est pas forcément sur ceux de la science et de la politique. Passons sur les 220 millions de francophones actuels ; ce genre de données dépend évidemment du niveau de compétence par lequel on définit un francophone ; il semble que, dans le présent cas, on considère que l'on est francophone si l'on sait dire "Bonjour, ça va?", comme Figaro prétendait qu'on savait tout de la langue anglaise, si l'on savait placer avec adresse le mot "Goddam".

En revanche, le chiffre le plus aberrant fourni par cet institut et repris par les autorités francophones et toute la presse n'est pas celui-ci ; il tient, lui, à l'évaluation du nombre des francophones en 2050 à 500 millions ! Si l'on admet qu'il y a aujourd'hui moins de 500 millions d'hispanophones dans le monde (l'espagnol étant la langue mondiale la plus répandue chez des locuteurs compétents voire natifs), on doit estimer que la tâche des responsables de la diffusion du français dans le monde est donc plutôt de modérer cet essor que de l'accélérer et l'intensifier!

Il est clair que fonder une stratégie politique de diffusion du français sur des données si aberrantes ne peut conduire qu'à la catastrophe, surtout si, au même moment, on ferme les yeux sur des évolutions, certes un peu symboliques mais significatives, qui font que des Etats comme naguère le Zaïre ou maintenant le Rwanda et le Gabon font les yeux doux à l'anglophonie et au Commonwealth. Mais j'ai déjà écrit sur ces questions et je ne peux que renvoyer à différents blogs que j'ai faits sur le sujet ; c'est d'ailleurs ce qui explique que j'ai intitulé ce dernier "Francophony (suite)".

Un mot, en forme de conclusion, à notre brave auteur québécois se désole de l'envahissement de notre français actuel par les termes anglais ; je le déplore comme lui surtout quand il est parfaitement inutile, mais il y a encore infiniment plus de mots d'origine française (ou assimilée) dans l'anglais qu'il n'y aura jamais de mots anglais dans le français!

Je terminerai sur un mot, très à la mode maintenant dans la presse française (le top et le must à la fois!) car il témoigne que nos journalistes ne connaissent pas mieux le français que l'anglais. Il s'agit en effet du "fact-checking" qui consiste à confronter les affirmations, faites ici ou là, propos de faits évoqués, avec que ce qu'on peut juger de leur réalité par d'autres sources.

Le problème est que l'usage de ce terme est, en français déjà, à la fois inutile et stupide. En effet, ce qu'on peut vérifier, ce ne sont en rien des faits ("facts"), mais des données ("data"). Ce que l'on devrait pratiquer, chez nos journalistes à la mode, c'est le "data checking" et non pas le "fact checking" car seules les données sont accessibles, les faits restant toujours, à ce niveau du moins, hors de notre portée.

mardi 13 novembre 2012

Dans la famille Merah, je demande...

Drôle de famille ces Merah ! Entre le frère qui se découvre Français et soudain écrivain (l'édition française est pire encore que les Merah!), l'autre frangin qui pique les scooters pour l'assassin (je devrais dire le "présumé" assassin), le "troisième homme" (un cousin peut-être ?), le père, intégriste islamiste, qui fait nourrir la marmaille aux mamelles de l'anti-France et de l'antisémitisme et la fille, le pire produit de l'élevage familial que les éditeurs français ne vont quand même pas laisser en jachère avec un pareil talent !

Sans aller jusqu'au bout de ma pensée, ce qui est désormais interdit dans notre pays des droits de l'homme, cette affaire m'a toujours inspiré quelques doutes, par le parfum de barbouze ( pas le "Barbouze de chez Fior "comme disait Queneau!) qui s'en dégageait d'emblée. Pour faire vite dans le rappel des faits,je reprends mon post du 22 mars, avec son titre :

"Un peu RAID tout de même !
Comme ce blog a le privilège d'être lu par de nobles étrangers, précisons tout de suite à leur intention que le RAID dont on parle tant depuis l'identification du terroriste de Toulouse est le "groupe d'élite" " Recherche, Assistance, Intervention, Dissuasion", organisme dont le créateur et premier responsable fut un certain Ange Mancini !

Je ne sais pas quelle sera l'issue finale (nous ne sommes qu'au début) de toute cette affaire autour du jeune Français musulman "djihadiste" qui, après avoir tué, à Montauban, quatre soldats français (d'origine maghrébine et antillaise me semble-t-il), a assassiné d'une balle dans la tête, à Toulouse, dans une école juive, trois petits enfants et le père de deux d'entre eux.
Au fur et à mesure que les faits sont mieux connus, ils apparaissent d'autant plus étonnants que, après qu'au départ, on ait abondamment souligné les difficultés très grandes d'une pareille enquête, il s'avère que le criminel était bien connu des services de police, qu'il était identifié comme potentiellement dangereux et qu'il résidait paisiblement à proximité, semble-t-il, de l'école où il a commis son dernier crime, le plus odieux de tous.
L'allusion à sa résidence est d'ailleurs assez incertaine, puisque, apparemment, ce jeune Mohamed (23 ans et un sourire angélique et enjôleur) bénéficiait du RSA (la République française est décidément bonne fille!) ; cette allocation, toutefois, ne devait constituer qu'une infime partie de ses revenus réels, puisqu'il avait, semble-t-il, plusieurs domiciles et plusieurs voitures de location, sans parler d'un abondant arsenal qui, en dépit de la baisse des prix, devait représenter une petite fortune puisque on a évoqué, entre autres, une uzi, un colt 45 et un 9 mm, sans parler de tout ce qu'on a pu trouver chez lui chez son frère ou dans l'un ou l'autre de ses véhicules.
Il y a assurément là un petit mystère et dans l'émission d'Yves Calvi d'hier les intervenants, s'autocensurant manifestement, sans oser prononcer quelque nom que ce soit, ont laissé entendre que ces achats d'armes et ce train de vie pouvaient parfaitement être, en quelque sorte, subventionnés à travers des associations elles-mêmes soutenues par la France ! J'avoue en être resté en être resté pantois car, tout en restant extrêmement prudents dans leurs propos, les intervenants paraissaient tout à fait compétents et sûrs de leur fait!
Un détail curieux aussi et qui aurait dû assurément attirer sur lui l'attention des services chargés de ce domaine est constitué par deux longs voyages (ce sont plus exactement des séjours) qu'il avait faits aux confins du Pakistan et de l'Afghanistan, dans les zones tribales où se trouvent les camps d'entraînement des volontaires du Jihad ; on apprend même maintenant que le surnom de ce criminel était, dans ces camps, "Youssef le Français", lui-même se réclamant, semble-t-il, d'un groupe nommé « les soldats du califat »!

Même si tout cela est encore un peu incertain, j'ai cru entendre qu'il avait été interrogé à ce propos et qu'il s'était justifié, en particulier à propos de son deuxième séjour, en prétendant (« preuves à l'appui » ajoutait-on) qu'il était là-bas pour faire du "tourisme" ! Interroger de tels individus sur de telles activités est, de toute évidence, des plus dangereux car s'entendre répondre en pareil cas « J'ai séjourné là-bas pour faire du tourisme » vous expose assurément à mourir de rire. Cela n'a pas été le cas, apparemment, puisque ses déclarations ont été enregistrées par le fonctionnaire de service avec le plus grand sérieux.
En tout cas, si la campagne électorale n'a pas été réellement suspendue par ces événements, ils ont opportunément occupé tous les médias pendant plusieurs jours, ce qui après tout n'est pas n'est pas négligeable et nous change du halal.

Les choses en resteront-elles la ou aurons-nous droit, une fois de plus, à la Nième de version de l'arroseur arrosé? Une chose, en tout cas, est sûre, nul n'a à craindre les confidences de Youssef le Français !"
A dire le vrai, selon la formule autrefois chère à Eve Ruggieri, ces dernières lignes visaient à donner à penser que je jugeais fort bien venue, en pleine période électorale, une pareille affaire me rappelait irrésistiblement, à un moindre degré de gravité, l'affaire du papy tabassé qui s'était révélée si opportune lors d'une précédente
présidentielle.

Mais en fait je reviens sur cette affaire car je n'avais pas publié en ce 22 mars, une phrase que j'avais consignée la veille (sans la publier), le 21 mars 2012, sur un fait qui m'avait fort étonné sans que nul ne le mentionne.
"Un dialogue pour le moins singulier s'est noué, ce mercredi 21 mars, entre Mohamed Merah et le policier du renseignement, alors que le RAID fait le siège du tueur de Toulouse.
L'agent de la direction centrale du renseignement intérieur (DCRI), H., l'avait en effet auditionné, le 14 novembre 2011, lorsque le jeune homme avait été appelé à s'expliquer sur ses curieux voyages. Le tueur a réclamé sa présence lors de la négociation, et c'est à lui qu'il se confie principalement. Voici les propos du policier :
"On reprend la discussion qu'on a eue en novembre, et là, bon, sur de bonnes bases, quoi, avec un peu plus de sincérité, résume le policier. Parce que bon, tu m'as bien roulé dans la farine, hein, avoue-le. T'as été bon sur ce coup-là."
Derrière les mots destinés à mettre Merah en confiance, mais qui éclairent aussi la vraie nature de leur relation (Qui manipule qui ?), on sent poindre le désarroi du policier qui découvre l'ampleur de ce qui lui a échappé.
Il lui avoue : "On va se faire engueuler. (...) On savait pas grand-chose de toi."

Est-ce si sûr ? Y aura-t-il un autre membre de la famille Merah ou plutôt de la Place Beauvau d'alors, voire de L'Elysée, pour nous dire enfin la vraie vérité ?

 

dimanche 11 novembre 2012

Six ans ferme ! Retour sur six ans de blog !


À la recherche d'un texte que j'avais écrit suite à une passe d'armes avec un de mes commentateurs des plus agressifs, je suis retourné sur le blog du Nouvel Observateur où j'ai fait mes premières armes de blogueur, il y a maintenant plus de six ans. Je dois dire que je suis totalement ahuri de constater que ce blog, fermé depuis plus de deux ans, reçoit encore des visiteurs (197 le mois dernier), alors qu'il est impossible d'accéder à son contenu, sauf pour moi qui puis encore le faire grâce au code dont je dispose. Je rends ici hommage à l'efficacité du Nouvel Observateur qui continue à maintenir les choses en l'état.

C'est ainsi que j'ai pu constater que, durant mon séjour sur ce site (jusqu'à ce que j'en sois exclu pour avoir refusé de me plier à ses décisions de censure mais je pense maintenant connaître les vraies raisons de mon éviction qui sont tout autres et que je raconterai peut-être un jour vu qu'on me les avait soigneusement cachées), j'avais écrit plus de 1096 textes qui m'avaient attiré plus de 5533 commentaires.  Je dois dire que c'est ce que je regrette de ma période Nouvel Obs ; j'avais alors des échanges souvent amicaux, parfois vifs, très rarement injurieux, avec des commentateurs dont certains sont devenus, en quelque sorte, des amis, sans que nous ne nous soyons jamais rencontrés.

J'ai retrouvé le post que je cherchais, mais j'ai eu la curiosité d'aller jusqu'au premier texte que j'ai publié par cette voie, le 17 janvier 2006 qui s'intitulait "Hommage à Roland Barthes et José Bové" car il pastichait le fameux texte de Barthes sur l'Abbé Pierre dans Mythologies. Comme c'est dimanche et qu'il est un peu tard dans la matinée, je permets de le reproduire ici (un peu par facilité et beaucoup par paresse je l'avoue).
"Hommage à Roland Barthes et José Bové"

La paysannerie française et l’altermondialisme disposent d’un atout précieux : le personnage de José Bové.
C’est une belle image dans laquelle tout est soigneusement choisi pour faire sens.

La moustache est assurément l’élément majeur de signification. On sait que l’homme d’autorité, dans la mythologie populaire, porte moustache. Pour ne pas remonter trop loin Hitler, Staline, Pinochet et Sadam Hussein furent ou sont des moustachus. Les dictateurs glabres ne font pas d’usage, comme l’ont montré les cas de Mussolini ou Pol Pot. Signe de virilité, la moustache est tout naturellement signe de force. Les Turcs sont tous moustachus donc forts. Il y a toutefois moustache et moustache... Les arrangements pileux dont la taille se limite, approximativement, à la largeur des narines signalent le dictateur hystérique et caricatural (Hitler imitait Charlot et Himmler imitait Hitler..). La force tranquille de la bonne brute se marque par une moustache épaisse et fournie, particulièrement appréciée des tyrans moyen-orientaux. La moustache de José Bové s’inscrit nettement dans la lignée de celle de Staline, mais avec une rusticité savante qui lui donne l’apparence d’un fagot de broussailles. Un tel arrangement, doublement écologique, nécessite, à n’en pas douter, des soins aussi quotidiens qu’attentifs, de façon à assurer un équilibre harmonieux entre la force tranquille d’une virilité rurale et la fantaisie poilue du non-conformisme bucolique. En matière de moustache comme ailleurs, un beau désordre ne saurait être qu’un effet de l’art. Bien entendu, les nuances du poil ne sont pas dépourvues de sens ; cette moustache, nourrie sous la mère dans le Larzac, a les tons mordorés et fauves de la forêt de novembre, le jus de tabac de la pipe permettant d’enrichir encore cette palette des nuances automnales du poil naturel et authentique.

La pipe est aussi riche de signes que la moustache. La cigarette n’est pas le propre d’un sexe et il y a désormais plus de fumeuses que de fumeurs. En revanche, la pipe est incontestablement mâle, tout au moins dans nos sociétés occidentales, et elle tend même au machisme. Elle se situe d’ailleurs depuis toujours aux antipodes de la distinction, voire de la politesse : on a la cigarette aux lèvres, voire au bec, mais la pipe est un brûle-gueule. Le fumeur de pipe n’est pas homme à se préoccuper d’autrui et il se moque bien d’empuantir l’atmosphère. Sans oser l’afficher, il pense secrètement éloigner par là non seulement les femelles, mais aussi tous les mâles douteux qui se ne supporteraient pas de se voir emboucanés par ces remugles de chambrée.

La coupe de cheveux est également riche de sens. Par un miracle de la géométrie capillaire, elle réussit à se situer à égale distance de la coupe monacale, autrefois dite au bol, de la tignasse hirsute du SDF et du savant brushing kouchnérien. L’essentiel de la force sémiologique de José Bové tient d’ailleurs à ce qu’il parvient à réunir tous les signes de la ruralité abstraite et idéale, sans jamais tomber dans la caricature. Pour parvenir à être le Jacquou le croquant, non de la forêt de l’Herm mais des plateaux de télévision, José Bové doit se tenir sans cesse, avec une adresse et une vigilance de funambule médiatique, à mi-chemin entre les stéréotypes classiques du paysan de comédie et l’image abstraite de l’agriculteur moderne. Loin de lui, par exemple, l’idée triviale de porter des sabots comme celle de se faire mettre, fût-ce par un coiffeur habile, quelques brins de paille dans les cheveux. Le port des sabots serait d’ailleurs aussi excessif qu’inutile, puisque nos personnages de télévision sont tous des hommes-troncs. Peut-être après tout José Bové, dans ses interventions médiatiques, cache-t-il sous les tables de studios les Berlutti de Roland Dumas, comme il se donne peut-être la joie, secrète, mais d’autant plus intense, de péter dans la soie sous ses pantalons de velours côtelé!

Si les chaussures sont un élément accessoire pour ne pas dire inutile dans la panoplie sémiologique de José Bové, le pull-over, toujours au centre de l’image, est en revanche essentiel. Le cashmere n’appartient pas, on l’aura deviné, à l’appareil vestimentaire visible de José Bové. Foin (sans jeu de mots) de ces fines et douce laines, aussi urbaines que bourgeoises quand elles ne sont pas en outre synthétiques. En demi-saison, une rude chemise de bûcheron canadien ; durant l’hiver, des pulls overs rugueux dont tout porte à croire qu’ils ont été tricotés au coin de l’âtre avec la laine de ses moutons par une Pénélope larzacienne. La matière est essentielle, mais moins sans doute que les couleurs. José Bové affectionne les teintes automnales qui s’accordent, en la mettant en valeur, avec les ocres de sa moustache. Ces bruns verdâtres ou ces verts brunâtres signale, à ceux qui ne les auraient pas encore vus la ruralité et l’ancrage dans la glèbe. Ils ne craignent ni les taches de cassoulet ni les bavures de pipe, quand on s’assoupit dans son fauteuil, après une rude journée passée à démonter des MacDo pour Zone Interdite ou à faucher des plants d’OGM pour le 20 heures. Là encore, tout l’art de José tient à son adresse diabolique à éviter tous les excès : pas de trous au coude ou de brûlures résultant d’une escarbille mal contrôlée, pas de manches grossièrement rapetassées. De tels effets, tentants mais faciles, signaleraient inévitablement l’imposture. N’attendons pas de José Bové les grossières erreurs d’un Marc Blondel, qui ne manquait pas, naguère encore, avant qu’un conseiller en communication avisé ne l’en détourne, d’arborer son écharpe rouge du défilé du Premier mai en fumant des Davidoff à 200 francs pièce.

Le velours, de préférence côtelé, met une touche finale et même confédérale à cette si parfaite collection de signes. José Bové évite toutefois les vestes à coudières de cuir ; cela fait un peu trop gentleman-farmer . Du fait de sa parfaite maîtrise de l’anglais, peu courante chez les éleveurs de mouton du Larzac, au Sheraton de Seattle ou à l’Hyatt de Porto-Alegre, on pourrait le prendre pour une taupe anglaise ce qui serait tout de même un comble.

Ce personnage, si parfaitement composé, a en outre le rare talent de pouvoir s’adapter aux situations nouvelles. Celles des studios de télévision lui sont si familières qu’il n’a pas, comme les novices, à demander sottement quelles sont les bonnes caméras. Comme les grands acteurs il se passe d’accessoires et n’a pas besoin de figue comme Caton dénonçant la menace punique devant le Sénat Romain ou Kouchner avec son sac de riz! Il sait improviser ; mieux encore, comme un pommier fait des pommes, il fait du sens avec tout ce qui passe à sa portée. Ce détail a bien entendu échappé aux pandores qui, chargés naguère de le conduire en prison, ont cédé à la tentation de se donner l’ultime plaisir de lui mettre les menottes. Erreur fatale ; ces menottes, instrument de justice et d’opprobre par lequel les gendarmes voulaient marquer leur domination et souligner sa honte, sont devenues, comme la couronne d’épines imposée au Christ sur le chemin de croix, le signe de son immolation volontaire et joyeuse à la cause paysanne. Loin de dissimuler son visage comme le font les filous ordinaires ou de cacher ses menottes sous sa veste, José Bové a levé les mains au dessus de sa tête, devant la multitude des caméras et des appareils photos, fournissant ainsi à toute la presse française, encadrée par les instruments de la justice ainsi dénoncée, l’image éclatante, moderne et souriante de Saint José le croquant.
José for Président ?


La promotion de José Bové dans les instances européennes a hélas rendu caduc ce portrait !

samedi 10 novembre 2012

Formation audiovisuelle à la fraude sociale (2).


Je précise que la fraude sociale, dans la plupart de ces aspects, est pour moi une découverte récente et que son immensité l'est plus encore. Faute de place je me bornerai donc à la noter dans quatre catégories professionnelles du domaine médical qui l'illustrent de façon particulièrement nette, sans aborder la question du travail au noir qui est sans doute très importante mais dont je ne connais pas grand-chose.

1. Les médecins et les congés de maladie.

N'ayant été en congé de maladie (hépatite virale) qu'une seule fois durant toute ma vie professionnelle, je ne parlerai pas ici d'expérience. Je ferai néanmoins appel à un souvenir précis qui se situe dans une salle de gymnastique marseillaise où je venais quotidiennement prendre quelque exercice. Je voisinais un jour, dans cette salle, avec un vigoureux jeune homme qui poussait allègrement une barre moyenne (70 ou 80 kg) au développé couché. Un de ses amis, passant à proximité, s'étonna de le voir là à une heure où il aurait dû être au travail et s'entendit répondre, avec un accent marseillais que je ne peux malheureusement pas reproduire ici  « Té! Je suis en maladie ! » (ce qui, en marseillais, signifie "en congé de maladie"). Signalons au passage, qu'au plan statistique national, la durée des congés de maladie dans le Sud est deux fois supérieure à ce qu'elle est dans le Nord. On peut donc penser que les médecins du coin y sont pour quelque chose.

Dans le film auquel je faisais allusion hier, le premier médecin sollicité, en caméra cachée, pour établir un certificat de complaisance, avait refusé de le faire mais le second s'était exécuté sans la moindre réticence. Certains, paraît-il, en font même, sinon leur fonds de commerce, du moins une spécialité non officielle donc sans incidence sur leurs honoraires.

2. Les opticiens.

J'ai appris, également par la voix audiovisuelle (vous voyez qu'on s'instruit!), qu'il y avait une fraude très active et très organisée dans le domaine de l'optique, ce que j'ignorais totalement. Moyennant un petit jeu d'écritures sur une ordonnance pour des lunettes de vue, on peut se faire payer des lunettes de soleil de très bonne qualité, si l'on dispose d'une mutuelle qui en permet le remboursement. Il y a naturellement une limite qui est, semble-t-il, de l'ordre de 200 à 250 €, ce qui n'est pas si mal, si l'on songe que, le printemps venant, quelques millions de paires de lunettes de soleil  peuvent être ainsi facturées aux mutuelles ou à la sécurité sociale par cette méthode. De toute façon ne l'oublions pas, que l'on gruge la sécurité sociale ou les mutuelles, c'est nous qui payons par nos cotisations et/ou nos impôts. A ce propos avez-vous noté, depuis quelques années, ce tsunami fou de la publicité audio-visuelle pour les Mutuelles qui doit leur coûter la peau des fesses si j'ose dire!

3. Transports médicalisés

J'étais en revanche bien informé de la fraude aux transports médicaux qui, dit-on, coûteraient plus cher que les médicaments eux-mêmes et dépasseraient les 2 milliards d'euros par an.

Il faut dire que dans ces cas, comme dans les autres, l'organisation même de la sécurité sociale est largement en cause. J'avais un ami, hélas mort aujourd'hui, qui, après une greffe du poumon, devait faire le trajet entre Aix-en-Provence, où il habitait, et Lyon, où il avait été opéré et avait des soins. On lui refusait systématiquement de s'y faire conduire en voiture, moyennant un remboursement des frais d'essence et de péage. La sécurité sociale exigeait qu'il s'y rendît en ambulance, pour un coût évidemment au moins dix fois ou vingt supérieur.

Dans ce domaine, la fraude est véritablement protéiforme. Les fraudeurs peuvent jongler sur le personnel (une ou deux personnes dans l'ambulance, le second ambulancier étant souvent, comme dans le film qu'on nous a présenté, un stagiaire, en gros, totalement incompétent  mais gratuit), sur le kilométrage (dans l'exemple cité par le film, on facturait 74 km pour un déplacement de 40) et surtout, dans les véhicules VSN, la fraude la plus courante, le transport de trois personnes au lieu d'une, en facturant naturellement trois fois le transport à la Sécu.

N'allez pas vous étonner que ce secteur soit fort apprécié ; je connais le cas d'un patron qui, pour ne pas trop attirer l'attention sur les activités débordantes de sa société, en a créé trois autres avec lesquelles il opère sur la même région.

4. Les infirmiers libéraux

Toutefois, le cas qui a attiré mon attention en premier est celui des infirmiers libéraux. Je me suis amusé récemment à faire passer à un médecin cardiologue (dont le tarif de consultation est de 50 € je crois) la copie de la rémunération d'un infirmier libéral qui, pour deux visites quotidiennes à domicile (l'une à sept heures du matin l'autre à sept heures du soir) et à raison de cinq à six minutes pour chacune d'entre elles, encaissait de la sécurité sociale ou plus exactement de la MGEN (puisque c'est elle dont il s'agit ici) plus de 80 €! Ne vous fatiguez pas donc à devenir médecin (gare au concours et au numerus clausus) et soyez donc infirmier libéral.

Le pire est que, à la réception des premiers documents de la MGEN, j'ai constaté que cet infirmier, pour une période de trois mois, se voyait consacré 107 pages de documents de "relevés de prestations" à lui tout seul. Curieux d'en voir le détail, j'ai alors découvert que ses deux visites quotidiennes (le tout pour une douzaine de minutes) étaient facturé CINQ fois de suite, aux mêmes dates, ce qui fait que, pour une seule journée, il était censé encaisser non pas 80 €, comme je le croyais naïvement, mais 400 € (cinq fois 80 €)! J'ai naturellement cru à une erreur de la MGEN à qui j'ai téléphoné, sans susciter d'ailleurs là-bas le moindre intérêt. Croyant toujours à une erreur, j'ai demandé la vérification des faits sur l'ordinateur  et ils se sont révélés exacts. Sa petite activité n'a pas semblé s'interrompre, alors que, pourtant, sur chacune de ses interventions, fourmillaient les irrégularités par rapport au règlement de la sécurité sociale, du style "tarif de nuit" pour des visites qui n'ont jamais eu lieu après 20 heures (ce qui est la règle), cumul interdit entre tarif de nuit et dimanche, ou mieux encore, multiplication des frais de déplacement pour chacun des actes accomplis lors d'une visite. Avec ces méthodes, on arrive vite à 400 ou 450 euros par JOUR pour DEUX VISITES à un SEUL malade mais qui font l'objet de cinq facturations différentes.

J'ai compris deux mois plus tard (car quelqu'un m'a expliqué la combine) que la quintuple facturation s'expliquait par le fait que chacun des actes accomplis (pansement, prise de tension, prise de température, glycémie, etc.) était facturé séparément (donc s'il y avait cinq actes - ce que nul ne vérifier - cinq fois de suite), ce mode de présentation n'empêchant pas que, pour chaque visite, la facturation des mêmes actes réapparaisse et qu'UN déplacement UNIQUE arrive ainsi à être facturé DIX fois.

Je me suis expliqué alors le grand train mené par les infirmiers libéraux auxquels j'avais affaire et qui, en outre, ne travaillent qu'à mi-temps, sans doute pour éviter d'étaler des revenus trop importants et, par là, de payer trop d'impôts car ce point est sans doute le seul où ils ne peuvent pas frauder.

Et la Sécu dans tout cela ?

 Il est clair que, dans ce cas comme dans les précédents, le système de la sécurité sociale est complice sinon même générateur de tels abus.

Pour garder le cas des infirmiers libéraux, ils disposent désormais d'un boîtier sur lequel, sans le moindre contrôle de qui que ce soit, ni du malade ni de son entourage, ils inscrivent, en introduisant la carte vitale du malade, les dates, le nombre et la nature de leurs interventions. Ils peuvent donc y mettre n'importe quoi, alors qu'il serait si simple de demander, au moins, que le malade ou quelqu'un de sa famille certifie le nombre, la nature et l'authenticité des actes ainsi facturés.

La fraude sociale est certes gigantesque mais c'est, pour une bonne part, le système qui la génère et l'encourage ; il semble que la politique actuelle sera de mettre en place de nouveaux personnels de contrôle (une Agence nouvelle, en plus des 1424 dont dispose déjà la France) pour contrôler un système incontrôlable par définition et peut-être par choix. Ce n'est pas grave, car il suffira alors de créer une Agence de contrôle de la précédente Agence de contrôle et évidemment, dans la suite, on devra mettre en place une Agence de contrôle de l'Agence de contrôle de l'Agence de contrôle (Je vous épargne la suite ...). Comme disaient nos ancêtres latins "Quis custodiem custodiet ? (Qui gardera le gardien ?).

vendredi 9 novembre 2012

La formation audio-visuelle à la fraude sociale


Ce titre doit vous paraître un peu étrange et, de ce fait même, il nécessite quelques explications liminaires qui tiennent, de façon un peu lointaine, à la nature et à  l'évolution de la production audiovisuelle française.

Comme j'ai déjà eu l'occasion de le dire, nous sommes totalement nuls en matière de production audiovisuelle. Par pitié, ne venez pas me parler de "Fort Boyard" et de "Poubelle la vie" que nous avons vendus à la TV des Iles Cook et à Bélouchistan-TV.

La principale source d'inspiration de nos producteurs télé, devant le total envahissement de nos écrans par les séries, les jeux, les télé-réalités et tous les produits américains, réside, de temps en temps, dans un bref séjour à New York. Ils s'y enferment dans une chambre d'hôtel pour y regarder la télévision à laquelle ils ne comprennent rien, faute de savoir l'anglais et tenter d'y découvrir ce qu'ils pourraient acheter ou, mieux encore, plagier.

En vue de la rédaction de ce post et pour être au fait du dernier cri en la matière, sans me risquer toutefois à la regarder de façon un peu prolongée, j'ai zappé  sur D8, la nouvelle chaîne de Canal+ ; dans une immédiate consternation, je me suis borné à aller sur son site. Après l'ingestion obligée de spots publicitaires intempestifs qui me furent imposés, s'est offert à ma vue le spectacle qui paraît constituer l'attraction majeure de D8. Une exposition de huit paires de cuisses de couleurs (à Canal, on aime la diversité) et de galbes différents, savamment organisée autour de celles de Madame Laurence Ferrari, la vedette des lieux. On comprend que pour 20.000 euros mensuels, une ex-ministre se soit mise au régime!

Sur un plan plus général, sur D8 comme à France2, M6, W9 ou ailleurs, l'innovation française télévisuelle  majeure consiste en de pseudos reportages, fort longs (2 heures avec de multiples passages de pub!), pompeusement baptisés "Enquêtes" pour attirer le client.

Le principal avantager du produit est qu'il est fort peu coûteux.  Pas besoin d'acteurs ; les héros sont censés être filmés dans leur boulot quotidien et beaucoup seraient sans doute même prêts à payer pour passer à la télé (y a-t-on songé au moins?). Pour la technique, il suffit d'un cameraman (il faut faire vrai donc de préférence un maladroit), d'un preneur de son (idem) et de ce qu'on nomme pompeusement en France, Dieu seul sait pourquoi, un "journaliste". Avec ça, à peu de frais, on occupe deux heures d'antenne.

Il s'agit, dans tous les cas, de donner à croire qu'on suit "in vivo" une équipe professionnelle en action sur le terrain, qu'il s'agisse de policiers (c'est le modèle le plus courant), d'agents du fisc, de la douane ou de la répression des fraudes (on commence à en voir souvent ; des sous-flics en somme) et sans doute dans l'avenir de pompiers (dans la mesure où la presse s'est fait l'écho, des journées durant, de la mort de ce jeune pompier volontaire, dont on a souligné l'héroïsme (involontaire lui!) sans songer à préciser qu'il agissait sans doute ainsi pour se payer une mobylette grâce aux émoluments afférents à cette noble tâche).

Compte tenu de l'immensité du gouffre du déficit de la sécurité sociale, dont on commence à percevoir qu'il est, pour une bonne part, dû à la totale et multiple généralisation de la fraude sociale que j'ai eu déjà l'occasion d'évoquer dans ce blog, les équipes d'agents chargées, en principe, de la découverte des fraudeurs commencent à avoir la place et la vogue qu'elles méritent dans ce genre de série documentaire et j'ai déjà vu au moins trois produits sur le sujet.

Ces documentaires sont fort instructifs même si, naturellement, ils sont tous les mêmes et si leurs caractères bidonnés sont suffisamment évidents pour que je m'y arrête pas. On y a toutefois introduit deux éléments qui font le piment des séries policières du même acabit : le frisson du danger (la brave inspectrice de la répression des fraudes qui va contrôler un marchand d'huile d'olive espagnole baptisée pour la circonstance "provençale" revêt, au petit jour, un gilet pare-balles) et le caractère désormais incontournable de la scientificité, car la répression des fraudes alimentaires comme la découverte des magouilles de certains professionnels du corps médical sont devenues scientifiques sur le modèle des méthodes de la police des télés, style NCIS ou Cold Cases!

Tout cela est fait naturellement pour distraire le bon peuple de France ; il faut toutefois reconnaître qu'à la troisième ou quatrième ingestion de pareils documentaires, si certains ne s'en lassent pas, pour beaucoup de téléspectateurs ces émissions deviennent rapidement insupportables à force de redites et de répétitions.
 
Si l'on ne peut contraindre les téléspectateurs à les regarder, on pourrait, en revanche, songer à en faire une utilisation systématique et didactique dans la double formation des agents de la répression de la fraude sociale mais surtout des futurs fraudeurs eux-mêmes, car, lorsqu'ils entrent dans le métier (souvent encore honnêtes et naïfs), ils ne connaissent pas nécessairement toutes les ficelles et toutes les combines de l'exercice frauduleux de leur nouvelle profession. Or la gamme des entourloupes des professionnels concernés est extrêmement vaste et je ne puis guère entamer ici l'évocation que je devrais en faire et que je me vois contraint, par la force des choses et la limitation de mon espace éditorial, à remettre à demain.

 

jeudi 8 novembre 2012

Mariage gay : épousez donc votre lave-linge !


Le pire de tout, en ce moment, est le ramassis d'imbécillités qu'on entend à propos du mariage homosexuel, comme si c'était là, sinon le seul du moins, le principal problème, d'un Etat que son propre Premier Ministre a déclaré "sans le sou", il y a cinq ans, avant d'augmenter lui-même de 500 milliards de $ la dette publique, suite à cet accès incongru de sincérité.

Le mariage homosexuel est un sujet que j'ai, à peu près, réussi à éviter jusqu'à présent dans mes posts.

Petit échantillonnage d'âneries que j'ai entendues ici ou là, la plus monumentale étant le lien qu'on veut établir, y compris dans la loi, entre le mariage homosexuel et la présence d'enfants au sein de couples de ce genre, alors que la nature exclut par définition une telle hypothèse, en tout cas par les voies de la nature.

Le texte de la loi, avant débat, est à peu près le suivant : Le mariage est contracté par deux personnes de sexes différents ou de même sexe. Jusque là rien à dire. La suite est plus étonnante : De la possibilité de se marier, découle, pour les couples homosexuels, le droit d'adopter ensemble un enfant.

La logique d'un tel raisonnement m'échappe totalement. Le mariage rendrait-il la procréation obligatoire ?

Je suis personnellement indifférent sur la question du mariage qui ne concerne que les deux intéressé(e)s. N'importe qui devrait pouvoir "épouser" n'importe qui et je dirais même, quitte à choquer un peu, n'importe quoi : son chat , son chien (Caligula avait bien fait son cheval consul !), son armoire normande ou son lave-linge.

En revanche, je suis, tout à fait, définitivement  et irrévocablement hostile, à l'entrée d'enfants, par quelque voie que ce soit, dans les couples homosexuels.

"Pourquoi?" allez-vous me dire ?  

En tout cas, je ne le suis en rien pour les raisons que j'entends sans cesse avancer partout, en particulier par les psychologues dont la prolifération et la prolixité (oserais-je la "prolifixité" ?) est une des plaies de la France actuelle, car nous en produisons, chaque année, autant que tous les autres Etats d'Europe réunis. Je regrette que le rapport Gallois n'en ait pas envisagé l'exportation systématique dans le reste du monde pour réduire, par là, si l'on trouve des clients, le déficit de notre commerce extérieur.

À propos du prétendu risque qu'un enfant adopté par un couple homosexuel ne devienne, à son tour, homosexuel, le plus simple bon sens conduit à noter que les homosexuels sont, toujours et partout, issus de couples hétérosexuels. Il peut effectivement difficilement en être autrement, vu la très faible fécondité des couples homosexuels. Vous connaissez bien sûr la vieille blague selon laquelle les homosexuels constituent, dans la nature, la seule espèce qui se multiplie dans se reproduire. Pitié! Pas sur la tête!

L'approche la plus courante contre ou pour la présence d'enfants (adoptés ou arrivés là par d'autres voies) est donc d'ordre psychologique et on ne manque pas de convoquer, à ce propos, une meute de psychologues, de "psycho-machin" et/ou de "pédo-trucologues". Non! "Pédo-trucologues" n'est pas une faute d'orthographe pour "pédé-trucologue" même si l'étymon grec "païs" (= enfant) est présent dans les deux cas.

Ce point de vue "psychocentriste" est évidemment inepte ; j'ai entendu, pour la première fois, il y a un jour ou deux, dans la bouche d'un non-spécialiste plein de bon sens, la remarque la plus pertinente qui est que les problèmes que ne mauquera hélas pas d'avoir un enfant présent dans un couple homosexuel sont d'ordre social et non pas psychologique.

Imaginez donc un instant la situation, puis l'avenir d'un tel enfant dans une école de Marseille-Nord, de Vénissieux ou du 93, le jour où ses deux papas viendront le chercher à la sortie de l'école. Il est clair que la vie scolaire et la vie tout court de cet enfant deviendront, dès lors un enfer, sans arrêt ponctuées d'apostrophes du genre "pédé", "fils de pédé", etc.! Vous aurez sans doute noté, comme moi, que l'exclusion sociale (pour des causes infiniment plus futiles) est la principale, pour ne pas dire la seule, cause des suicides d'écolier(e)s!

C'est la raison pour laquelle je suis, tout à fait et définitivement, hostile à l'entrée d'enfants dans les couples homosexuels, alors que je suis totalement indifférent (et même, si l'on veut, favorable) à leur mariage. Un enfant n'est pas un jouet, ni un animal de compagnie ni même une bagnole!
 
Si un couple homo veut s'occuper d'enfants, sans pouvoir en faire ni en adopter, il ne manque pas d'associations qui oeuvrent dans ce domaine pour le Tiers Monde ; ils peuvent y collaborer ou du moins les soutenir, en individualisant même leur aide et, par là, en correspondant même régulièrement avec leur petit(e) protégé(e).