Messages les plus consultés

jeudi 7 mars 2013

Honni soit qui Mali pense : "On nous ment!"(2) Et le Tchad ?


Hier, les derniers propos du président Hollande  sur le Mali, quelque peu alarmistes, m'avaient étonné, mais il était alors sans doute déjà informé, lui,  de la mort d'un quatrième soldat français (vers Gao et non dans le Nord-Est). On pressent d'autant mieux l'arrivée de mauvaises nouvelles qu'on les connaît déjà ! En revanche, rien d'important ne nous est caché puisque, ce matin, le colonel De Guerlasse (hommage à Pierre Dac!) nous informe que les "terroristes" ont osé recruter deux "enfants soldats" de 14 et 15 ans ! En Afrique, la nouvelle fait sourire!

Revenons toutefois à la situation tchadienne que j'ai abandonnée hier, faute de temps et d'espace.

On comprend fort bien que le président Idriss Deby minore ou même cache les pertes tchadiennes et se flatte (même si ce n'est que partiellement vrai) d'avoir fait périr deux des principaux chefs de la rébellion "terroriste". En réalité, non seulement le contingent tchadien a subi au Mali des pertes bien plus sévères ( à peu près 10% des forces engagées en tués et blessés), mais il a également abandonné beaucoup de matériel : 15 véhicules blindés auraient été laissés sur place et 35 véhicules 4x4 Toyota détruits.

Il semblerait donc que, de ce fait, le moral des troupes tchadiennes engagées au Mali soit des plus bas, en dépit des promesses de primes spéciale (1 million de franc CFA) qui ont été faites par le président, mais dont le financement effectif reste aléatoire.

Selon ces mêmes sources et rumeurs (dont je ne peux garantir la validité, mais qui valent bien les nôtres), à Ndjamena, une trentaine d'officiers, pourtant proches du clan du Deby, auraient exigé de lui une « dia » ( = une indemnité du sang) pour la perte de leurs proches tués au Mali.

Le président aurait, dit-on, cédé, car les nouvelles en provenance du front malien ne sont pas bonnes, loin de là ; en dépit du black out, court à Ndjamena, le bruit de la défection de 200 soldats de l'expédition malienne qui se seraient enfuis à bord de véhicules militaires. Une négociation aurait été engagée par le gouvernement malien avec ces déserteurs qui auraient fini par accepter de rebrousser chemin pour reprendre le combat contre une somme de 4 milliards de francs CFA qui serait distribuée en primes. Forts de cet accord, les déserteurs auraient rejoint leur base du Mali le vendredi 1er mars 2013.

On voit donc que la situation tchadienne, tant sur le plan politique militaire, est loin d'être aussi bonne que certains peuvent le prétendre.

Les comportements mêmes du président Deby sont un peu difficiles à suivre. Il est clair qu'il a engagé son pays dans la bataille du Mali en remerciement de l'appui de la France qui, naguère, lui a permis de rester au pouvoir et dans l'espoir qu'on lui renverra l'ascenseur le moment venu, si besoin est. Il espère aussi tirer des bénéfices financiers de toute cette affaire ; quoique le Tchad ne fasse pas partie de la CEDEAO, lors de la dernière réunion de Yamoussoukro, Idriss Deby aurait réclamé près de 100 milliards de francs CFA à Alassane Ouattara pour le paiement des troupes tchadiennes.

On ne doit pas oublier, en outre, que l'intervention de Deby au Nord-Mali n'est pas sans rapport avec les problèmes du Darfour où se posent des problèmes du même ordre avec l'islamisme radical.

Il n'est pas toujours facile d'y voir clair dans la politique et dans les choix militaires tchadiens et d'y distinguer ce qui relève d'une prétendue "réorganisation" de l'armée nationale et de la politique intérieure personnelle du président et des siens. Bien des cadres confirmés de l'armée tchadienne, qui, eux, avaient une longue expérience des batailles dans les régions désertiques ont été écartés et la plupart des nouveaux venus n'ont qu'une expérience limitée dans ce domaine comme les récents échecs successifs l'ont montré. La nomination par le président de son fils adoptif, fait général sans coup férir, n'a pas arrangé les choses, surtout vu les résultats.

Le pire toutefois risque d'être à venir, car, comme je l'ai annoncé dès mes premiers blogs, dans tout cela, on finira toujours par mettre en accusation la France. Comment ne pas être tenté de le faire, quand on constate que les troupes françaises ont perdu 2 soldats dans les combats du Nord Est du Mali, alors que probablement 200 soldats tchadiens sont morts ou blessés ; les pays de la CEDEAO, eux, n'ont à peu près envoyé aucune troupe sur le terrain des combats.

Comment éviter, dans des conditions pareilles, qu'on commence à lire à Ndjamena que les troupes tchadiennes sont envoyées au massacre dans des offensives où les colonnes françaises ne se trouvent qu'en arrière. Au sein de l'état-major tchadien, on commencerait à reprocher au commandement français de ne pas donner suffisamment de renseignements aux Tchadiens « balancés en tête comme chair à canon » (citation).

Le président Deby, fort de l'appui français et de la mission qui lui est confiée parce que personne n'en veut, traite de haut, aussi bien le putschiste malien Sanogo (dont la légitimité est évidemment très contestable) que les membres de la CEDEAO. Cette morgue  risque toutefois de ne pas durer longtemps, si la situation militaire s'aggrave ou même simplement se prolonge, vu l'état d'esprit qui commence à prendre source et à s'exprimer au Tchad.

Post-scriptum (extrait de Tchadactuel du 6 mars 2013) :

"Pour son opération au Mali, IDI [Idris Deby] a oublié l’existence du Net et des réseaux sociaux et ils lui ont heureusement pris le contre-pied. S’agissant des morts, dans un pays normal, on ne saurait donner un bilan officiel, qui par la suite se trouve être multiplié par plus du double. Malgré ce camouflage, nous répétons et nous persistons pour dire que IDI n’a pas révélé le nombre total des morts et des blessés, il y en a eu beaucoup plus que ce qui a été annoncé. La preuve en est que les hôpitaux du Niger voisin sont bondés de blessés tchadiens.

Confus et surpris des dégâts occasionnés pour ce qui était considéré comme une balade dans le désert, IDI est allé en Afrique de l’Ouest très remonté contre les dirigeants et les militaires de ces pays. Son arrogance, ses coups de gueule et ses leçons de morale n’ont pas été appréciés par tout le monde, d’où les maigres résultats de son déplacement. Cependant les Tchadiens, dans leur ensemble, ont apprécié la sortie d’IDI, particulièrement à l’adresse du capitaine malien, l’homme par qui la pandémie a envahi le Mali.

En matière de communication, la cacophonie est totale entre les éléments engagés véritablement contre les djihadistes, c.à.d. les Français et les Tchadiens, c’est le moins qu’on puisse dire. Les Français sont prudents et très réservés dans la divulgation de l’information ; ils ont des otages avec les djihadistes et en sont très concernés et surtout ne veulent pas prendre la paternité du décès des deux principaux responsable de l’AQMI pour éviter des éventuels effets collatéraux ; ce qui fait qu’ils n’ont pas voulu annoncer la mort, encore non confirmée, d’Abou Zeïd, tué par les bombardements français selon les sources françaises et tué par l’armée tchadienne selon le commandement du FATIM .

Afin de calmer une opinon nationale qui commence à s’interroger sur le nombre réel des morts et le bien-fondé de cette croisade, IDI a trouvé une occasion pour s’octroyer la paternité de l’élimination d’Abou Zeïd, sans en mesurer certainement les conséquences futures.

Echaudés par la défaite et meurtris par la mort de leurs collègues, les militaires ont décidé d’en découdre pour les venger. Munis des jumelles de vision nocturne, ayant tiré les leçons de leur première défaite, ils ont pu investir nuitamment un des camps des djihadistes et ont eu le dessus sur eux. Le bilan, côté tchadien est d’au moins 11 morts  que Deby veut absolument taire, renouant ainsi avec ses habitudes; côté djihadistes, le nombre communiqué par l’Etat Major tchadien corrobore nos informations. Parmi les djihadistes morts, il a été trouvé un barbu borgne avec un chèche noir calciné que l'un des prisonniers djihadistes avait identifié comme étant Mokhtar Bel Mokhtar. Quant au matériel récupéré, l’Etat Major tchadien parle de 60 véhicules, alors qu’il s’agirait de 82.

Il s’agit là, du démantèlement d’une seule base alors que les djihadistes seraient pas moins de 2000, et éparpillés à travers tout le massif. Apparemment des pleurs et des larmes attendent encore les familles tchadiennes. Que le Bon Dieu nous épargne.
Les alliés (France, Mali…) eux, pour une raison non élucidée, ne croient pas à la mort du borgne. Pourquoi discréditer la seule armée qui est réellement présente (les Français ne font que talonner les Tchadiens) dans l’Adrar des Ifoghas ?

Beremadji Félix
N’djaména – Tchad

mercredi 6 mars 2013

Honni soit qui Mali pense : "On nous ment!"


Vu l'urgence, j'interromps provisoirement la série de mes posts sur "L'école 2013".

L'heure semble jugée grave puisque, lundi 4 mars 2013, au lieu des prétendus "experts" habituels, je n'ai pas entendu moins de officiers généraux causer de la guerre au Mali sur nos antennes, deux retraités pigistes et un amiral, pas du tout quart de place mais chef de nos armée. L'intervention de ce dernier tenait sans doute à l'annonce de la mort d'un de nos soldats, sur laquelle il a eu quelques paroles émues, tout en soulignant que "mourir pour la patrie" était un des devoirs assumés par tout soldat.

J'ouvre ici une parenthèse pour solliciter la science militaire d'Expat qui a eu l'amicale imprudence de me permettre de le solliciter sur les questions militaires!

1. A quand remonte la dernière "mort au champ d'honneur "d'un général français ?

2. Comment s'explique que ce soit souvent des amiraux qui soient les chefs suprêmes de nos armées ?

Mais revenons au Mali (ou plutôt au Tchad) car le temps et l'espace me manquent !

On se croirait presque revenu au temps de la Seconde Guerre mondiale, quand les communiqués des forces de l'Axe, en février 1943 (moment de Stalingrad pour ceux et celles qui l'auraient oublié) , fidèlement repris par "Radio Paris" nous faisait savoir, chaque jour, que les troupes du Troisième Reich se repliaient en bon ordre "sur des positions préparées à l'avance". La ritournelle de Radio-Londres était, on s'en souvient : « Radio Paris ment, Radio Paris ment, Radio Paris est allemand !".

Nous n'en sommes fort heureusement pas là, mais le quasi total black-out imposé sur les événements du Nord-Est du Mali commence à prendre des proportions inquiétantes. Fort heureusement, il est devenu aujourd'hui beaucoup plus difficile de museler tout à fait l'information pour qui veut la chercher; J'ai donc obtenu des informations tout à fait différentes, de façon très simple, grâce à Google en consultant simplement ce qui s'écrit à ce sujet au Tchad même, et  plus précisément à N'Djamena.

Je dois dire d'ailleurs que j'ai été agréablement surpris de constater que l'information locale bénéficie, vis-à-vis du pouvoir en place, d'une liberté de ton peu courante et que je ne soupçonnais pas ; je pensais en effet que le président Idriss Deby, si branlante et contestée que soit sa position, était plus soucieux de museler son information ; il est bien loin de faire la l'unanimité dans son propre pays et cela se lit!

C'est ainsi que, sur la plan militaire, indépendamment de ce qui se passe au Mali même (et sous réserve, bien entendu, de la validité des informations que j'ai pu obtenir par ces voies)  une colonne armée de « terroristes djihadistes" a attaqué le Tchad même et a investi le massif du Djebel Moun, à partir du Nord Mali, en traversant la région de l'extrême Nord du Tchad, dans la zone de la frontière tchado-soudanaise. Le berger djihadiste a donc déjà répondu à la bergère tchadienne, en lançant une offensive sur le Tchad même ; elle aurait déjà conduit à un affrontement sanglant dans lequel 12  soldats tchadiens auraient été blessés et évacués sur Adré.

Ce dimanche 3 mars 2013, selon une source qui se définit comme fiable car proche de l'état-major tchadien, le président Deby aurait donc délibérément modifié le bilan des combats. L'embuscade du vendredi 22 février a été désastreuse pour les Tchadiens. Il y aurait eu, en réalité, de leur côté, 117 tués dont  68 morts sur place, 27 autres ayant succombé à leurs blessures. C'est seulement de ces derniers que le gouvernement a fait état et dont il a organisé en grande pompe les funérailles nationales. Il faut en outre ajouter à ces lourdes pertes, la mort de 22 des 23 soldats tchadiens faits prisonniers et qui ont été fusillés par les djhadistes.

Le seul Tchadien, qui a été épargné par eux, a bénéficié de cette mesure en raison de son appartenance à une communauté musulmane particulière ; il a été relâché et c'est lui qui a révélé l'exécution sommaire de tous  ses camarades. Il a délivré le message dont les djihadistes l'avaient chargé et qui est le suivant : « Vous êtes des incultes et votre président Idriss Deby est un mécréant ; nous attendons le reste de sa troupe pour lui réserver ce que vous venez de subir".

Sur instruction d'Idriss Deby ce soldat a été transféré à Bamako puis à N'Djamena où il a été mis à l'isolement et même, semble-t-il, torturé.

Tout cela ne ressemble guère à ce que l'on nous donne à croire et la suite moins encore!
A demain pour cette suite !

mardi 5 mars 2013

L'école 2013. Retour en arrière. N° 18. "La galère de l'école" (mon blog du 11 mai 2010).


Un des marronniers de la presse a été récemment sollicité à nouveau : les rythmes scolaires avec production des éléments habituels. Nos bambins sont parmi les plus mal classés en Europe pour leurs résultats et leurs niveaux de savoirs, alors qu’ils vont en classe au moins autant sinon plus que les autres. La répartition de leur travail au long de l’année est sans doute en cause, puisque, s’ils ont le moins de jours de classe en un an, les horaires quotidiens français sont les plus lourds. Pas très nouveau en effet !

J’ai été hier confronté à la dure réalité scolaire quotidienne, en m’employant à aider ma petite fille, en sixième depuis la rentrée, à faire ses devoirs du jour. Lourde tâché d’ailleurs quand, étant entré en classe à huit heures du matin, on n’en sort qu’à dix-sept heures avec des leçons à apprendre et des devoirs à faire en français, en sciences naturelles et en histoire !

Je passe sur le français car le morceau n’est pas toujours de la même taille. Dur ! Dur en la circonstance ! L’impératif et le subjonctif ! Je ne ferai pas sur vous la vérification des subtilités grammaticales en cause, ne serait-ce que pour notre modeste et populaire impératif, qui, même pour les verbes du premier groupe, en principe les plus simples, a d’étranges complications (« chante » versus « chantes ») et exige toujours les traits d’union (« chante-la » ou "vas-y") que la réforme Rocard (que seuls certains Belges suivent) a , en principe, supprimés ! Le subjonctif présent, très fréquent, n’est pas des plus simples avec ses changements de radical (« vaille » vs « valons » ou « prenne » vs « prenions »). J’observe, au passage, que le procédé mnémotechnique, proposé par le professeur sur un document photocopié, pour la première personne du pluriel qui, à l’en croire, serait identique à la même personne de l’indicatif imparfait, n’est pas vrai pour tous les verbes (à commencer par « être » et « avoir » !). Passons ! Comme pour le genre, ces mystères grammaticaux sont inexplicables et la seule solution est d’acquérir ces formes par l’usage !

En sciences naturelles, je ne brille guère, comme le montre, d’emblée, l’emploi même de cette formule désuète, alors qu’au niveau universitaire, on dit « SNV » pour « sciences de la nature et de la vie » et, au collège, « SVT » pour « sciences de la vie et de la terre »). Ce qui est présenté à propos du sol est bien compliqué avec de subtils distinguos entre la « litière » (?) et « l’humus ». Je connaissais quelques emplois du mot « litière », mais, honte à moi, j’ignorais son sens spécifique en pédologie. Il est, en effet, regardé comme récent (1977) par le Trésor de la langue française que je vous cite : « La litière est la couche superficielle qui couvre le sol en regroupant les horizons dits « holorganiques ». Elle est constituée de matière organique. ; Résidus végétaux (feuilles et brindilles) encore inaltérés ou peu altérés qui couvrent le sol (d'apr. Agric. 1977) ». Nous avons tout de même échappé à « holorganique » et nous ne devons donc pas trop nous plaindre !

Le passage à la leçon d’histoire est encore plus rude. Pour des enfants, qui n’ont qu’une très vague idée des 25 derniers siècles de la simple chronologie du monde, le sujet du jour est « la bible hébraïque ». Elle se voit consacrer au moins quatre pages dans un ensemble plus vaste sur le passé ancien du judaïsme (N’allez pas en conclure que je suis antisémite ! Je ne suis qu'étonné). Ces développements sont fort intéressants pour moi. Je confondais, dans mon ignorance, la bible hébraïque avec la Torah qui n’en comprend que les cinq premiers livres sur les vingt-quatre du total ; on ne nous en épargne pas le détail, avec les Prophètes et les écrits, dont on ne nous donne pas pourtant les noms hébreux ! Tout cela est fort bien fait et très précis, mais que peuvent en retenir des enfants de onze ans ! Quelle chance pour moi d'avoir fait ma sixième il y a fort longtemps!

Au-delà de ces remarques, se pose un très grave et permanent problème qui est l’une des plaies majeures de notre système éducatif ; ce n’est là au fond que l’application d’un trait fondamental de l’esprit français. Toute réforme est bonne et souhaitable, à condition qu’elle ne touche que les autres et ne nous concerne pas. Toutes les fois que se pose le problème d’une réforme des programmes scolaires dans le sens réaliste d'une réduction, chacun s’y déclare favorable… sauf dans sa propre spécialité ! Le résultat est ce que je viens de décrire par des exemples vécus et offerts par le pur hasard. Tout le reste est à l’avenant. Quelle galère !

lundi 4 mars 2013

Ecole 2013. Retour en arrière N° 17. "Mise en place des diplômes nationaux" (Mon blog du 15 février 2010)


« Mise en place des diplômes nationaux de master ouverts aux étudiants se destinant aux métiers de l'enseignement - rentrée universitaire 2010 »
Chère lectrice, cher lecteur,

Je vois d’ici votre œil concupiscent s’allumer de convoitise à la simple lecture du titre de la circulaire n° 2009-1037 de la DGESIP A3 en date du 23-12-2009 que je viens de citer.

Ne comptez toutefois pas sur moi pour vous en livrer l’intégralité ni même le résumé (des textes de cette densité ne se peuvent résumer), bien que, dans mon louable désir de comprendre enfin quelque chose à la « mastérisation » qu’on nous annonce, j’aie fait l’immense effort d’en parcourir les indigestes pages. Je ne me livrerai donc ici qu’à une approche par quelques remarques de simple bon sens que m’ont inspiré d’ailleurs plutôt la forme que le fonds de ce document.

Ma première remarque touche à la date même de ce texte qui devrait entrer en application à la rentrée prochaine (donc en septembre 2010) et qui pourtant n’a été publié que le 23 décembre 2009. Autant dire qu’il est arrivé dans la hotte du Père Noël ! Cette date me paraît bien tardive, puisque désormais nos universités, dans un louable souci d’efficacité et dans la recherche désespérée de semestres dont la durée dépasse trois mois, rouvrent leurs portes début ou mi-septembre. Comme une rentrée ne s’improvise pas totalement, il faut que les services des enseignants et les emplois du temps soient prêts, au plus tard, fin juin, on voit qu’il ne reste guère que moins de six mois pour bâtir ces nouvelles formations qui visent à révolutionner un système vieux de plus d’un siècle !

Un autre point majeur qui frappe, dès le titre de cette circulaire, est l’usage qui y est fait du terme « métiers de l’enseignement ». La formule est doublement remarquable ; d’une part, en raison du pluriel du mot « métiers ». Il y aurait donc, dans l’enseignement, d’autres métiers que celui d' «enseignant » ou de "professeur" ? La chose est d’autant plus étonnante que la plus grande réforme de l’éducation nationale, au cours du dernier demi-siècle, a été de changer le titre d’« instituteur » en celui de « professeur des écoles » ! Je sais bien, rassurez-vous, qu’il y a des « documentalistes» et des « conseillers principaux d'éducation « (les anciens surveillants généraux) qui, comme les « chefs d’établissements », qu’on s’étonne d’ailleurs, de ne pas voir mentionnés dans ce texte (n’auraient-ils pas de « métier »?) sont, à peu près tous, d’anciens professeurs, pour la plupart las d’enseigner et pour certains, aspirant à bénéficier d’un logement de fonction et/ou de quelques primes spécifiques.

Plus important toutefois, dans ce texte fondateur, me paraît l’usage du mot « métier » lui-même qui, naguère encore, aurait pu être jugé inconvenant dans un tel contexte. Sacerdoce ? Apostolat ? Vaste et importante question, qui, souvent, dans le passé, a été réglée par la négative, cette question elle-même étant jugée, le plus souvent, incongrue voire sacrilège. « L’université doit-elle préparer à l’exercice d’un métier ? ». Plusieurs formules ont été imaginées pour contourner cette interrogation, à défaut d’y répondre vraiment, tant par la création d’universités plus ou moins dérogatoires (comme autrefois Dauphine ou Compiègne) ou de filières courtes comme les IUT, ou longues mais « professionnalisantes », voire même « professionnelles ».

L’enseignement, qui est pourtant le débouché professionnel majeur des étudiants des filières universitaires de lettres et de sciences dures, est toujours resté hors des perspectives d’emploi, même si la préparation des concours de recrutement restait l’apanage des universités, les agrégés demeurant, naturellement, libres de devenir, à défaut d’enseignants, Président de la République, Premier ministre, PDG de Paribas ou fondateur du MoDem (en attendant plus et mieux si affinités)!
 
Je n’ai guère traité que des deux lignes du titre !
 
Je saute pourtant directement à la signature de la circulaire. « Le directeur général pour l'enseignement supérieur et l'insertion professionnelle. Patrick Hetzel ».
 
In cauda venenum car là se trouvent l’innovation majeure et la clé du mystère.
 
Patrick Hetzel, en effet, qui a naguère enseigné à Lyon 3, est un professeur de gestion de l’université de Paris 2 (Panthéon-Assas), établissement bien connu lui aussi pour ne pas abriter de révolutionnaires et dont les activités majeures sont fort éloignées des métiers de l'enseignement. Nous y reviendrons en essayant de voir, pour le coup, le contenu du texte !

dimanche 3 mars 2013

L'école 2013. (N° 16). Retour en arrière. Enseigner un métier qui s'apprend ? (Mon blog du 10 février 2010).


J’ai sous les yeux un article paru récemment dans un magazine professionnel à l’usage sans doute exclusif des pédagos ; il a pour titre « Formation des enseignants : mise au point » et est illustré d’une photo qui surmonte son intitulé.

On y voit douze personnages vociférant devant une pancarte émanant d’un ou plusieurs IUFM (Institut de formation des maîtres pour les non-initiés, s’il y en a encore) puisque cet acronyme encadre le slogan suivant, en capitales pour la première ligne « ENSEIGNER, UN METIER QUI S’APPREND » et, pour la seconde, en écriture anglaise malhabile « Pour un service public de la formation ».

Je ne sais pas trop si l’on a voulu reproduire la graphie maladroite d’un élève de CM1 ou s’il s’agit de l’écriture normale des actuels étudiants de Master 2, puisque nos enseignants du futur seront désormais recrutés à ce niveau académique. Je penche plutôt vers la seconde hypothèse pour avoir vu, récemment encore, des copies d’étudiants de lettres modernes de ce même niveau.

Premier constat, et non le moindre, sur les douze personnages de la photo, les deux tiers (8) sont des filles, ce qui est un indicateur fort sur l’évolution de la profession, surtout dans le primaire et le secondaire, la vague de féminisation atteignant désormais l’université. Cette évolution a un certain nombre de conséquences importantes, d’ordres divers, dans le détail desquels je ne puis entrer ici.

Seconde remarque. Les IUFM sont, comme les régions ultramarines « monodépartementales », des innovations relativement récentes, 1982 pour les secondes, 1989 pour les premiers. La généralisation des IUFM n’a donc que vingt ans ce qui est fort peu pour une réforme alors donnée comme très importante ; elle nous fut présentée même comme révolutionnaire et concernait à la fois le primaire et le secondaire. Auparavant, en effet, la formation des instituteurs se faisait dans les écoles normales et les professeurs du secondaire, certifiés ou agrégés, n’avaient aucune formation réelle, les « Centres Pédagogiques Régionaux » - CPR - n’étant qu’une vaste farce sur laquelle je vais revenir.

Cette création des IUFM s’est inscrite dans l’apparition progressive dans notre pays des « sciences de l’éducation » qui nous sont venues d’Amérique du Nord. On a d’ailleurs retenu le terme de « licence de sciences de l’éducation », (dénomination québécoise), jugée plus noble que « licence de pédagogie » qui avait pourtant alors les faveurs du ministère. Cette nouvelle filière universitaire instituée, il a bien fallu ouvrir des activités et des emplois pour ces licenciés (et bientôt docteurs) en sciences de l’éducation.

L’exemple, funestement prototypique de cette évolution, est Philippe Meirieu. Ancien instituteur, il a, non sans adresse, surfé sur cette vague politico-pédagogique. En 1983, il soutient un doctorat d’Etat avec le sujet suivant « Apprendre à apprendre », sur lequel il est toutefois, on l'a vu, inexplicablement discret, peut-être parce qu’il en déclinera inlassablement, dans la suite, le titre : « Apprendre à apprendre », « Apprendre à apprendre à apprendre», « Apprendre à apprendre à apprendre…etc. ».

Il est l’un des artisans majeurs de la loi d’orientation de L. Jospin qui, en 1989, crée les IUFM, et devient, une dizaine d’années durant, le gourou de la rue de Grenelle. Il a fini sa carrière comme directeur de l’IUFM de Lyon, avant de se replier sur l’université de Lyon 2 pour jeter enfin le masque de la pédagogie afin d’entrer ouvertement en politique sous l’étiquette Europe-Ecologie) en 2009. Je ne reviens pas sur cet aspect dont j'ai déjà traité.

Revenons donc à notre propos. Dans ce contexte, à la fin des années 80, la pédagogie, même si on lui a préféré « sciences de l’éducation », devient le maître-mot des filières universitaires ainsi dénommées comme celui des IUFM eux-mêmes qui en sont la résultante. On avait là enfin l’application du vieux principe « Ce qu’on sait faire on le fait, ce qu’on ne sait pas faire, on l’enseigne ! »

Pour éclairer ce point, sans raconter ma vie (vous m’accorderez que je ne donne guère dans ce travers, pourtant assez courant dans certains blogs), je voudrais illustrer cette question de la fameuse "formation des maîtres" par mon cas personnel car j’ai autrefois passé successivement les deux concours de recrutement d’enseignants ouverts dans mon domaine (les lettres classiques), le CAPES d’abord, l’agrégation ensuite.

Le CAPES (Certificat d'Aptitude au Professorat de l'Enseignement du Second degré ; on y vérifiait donc les compétences requises pour la fonction et non une pratique professionnelle) comportait alors une épreuve dite « théorique » (après la licence donc à bac + 3 (propédeutique + deux années au moins pour 4 certificats de licence au minimum) mais, en fait, à bac+4 car il fallait en outre une année pour préparer ce concours). Si l’on y était admis, ce CAPES théorique faisait de vous un « professeur stagiaire » rémunéré et affecté à ce titre à un Centre Pédagogique Régional, institution parfaitement mythique comme on va le voir. La « formation » en CPR ne comportait, en effet, aucun enseignement et consistait exclusivement en six heures de stage (passif et actif). Il s’agissait d’assister, chaque semaine, à quelques heures d’enseignement d’un prétendu « maître de stage », qui se bornait à faire, devant deux ou trois stagiaires planqués au fond de sa classe, son cours normal.

Le drôle de la chose, dans mon cas, est que le premier semestre de mon stage s’est déroulé dans un lycée de garçons de Lyon qui était, par hasard, celui-là même où j’avais fait mes études secondaires ; j’y avais donc déjà fait, comme élève, sept années de stage à temps plein et je n’avais donc plus grand chose de nouveau à apprendre de mes anciens maîtres! En fin d’année de CPR, on faisait une heure de classe devant un inspecteur général, la chose étant censée être l’épreuve « pratique » du dit CAPES. Une fois définitivement reçu (je n’ai jamais vu quiconque échouer à cette épreuve pratique), on était nommé dans un établissement et vogue, pour quarante ans, la galère pédagogique !

Les choses étaient encore pires, si l’on peut dire pour l’agrégation, où elles prenaient vraiment l’allure d’une farce. En d’autres termes, à cette époque, pour le secondaire, s’il y avait, pour les deux concours de recrutement, des épreuves théoriques difficiles ; par exemple pour l’agrégation, moins de 10% des candidats étaient reçus pour un concours à bac + 5 (au moins) : licence en trois ans + Diplôme d’études supérieures (DES qui deviendra ensuite la maîtrise) et en outre, en général, une voire deux années de préparation spécifique fort sérieuse du concours. En revanche, la formation professionnelle, une fois le concours passé, était rigoureusement NULLE.

Pour en finir avec mon cas, je ne veux en retenir que trois conclusions.

1 .Pour ce qui me concerne du moins, les heures de stage ne m’ont rigoureusement rien appris. Cette année de stage fut pour moi une année de semi-vacances payées qui m’ont permis de préparer le DES que je n’avais pas encore et qu’il me fallait posséder pour me présenter à l’agrégation. Mes « maîtres de stage », excellents enseignants eux-mêmes, ne m’ont en rien conseillé, puisque ces stages consistaient pour eux à faire devant des stagiaires leurs cours habituels et qu’ils ne nous ont vu enseigner, au mieux, qu’une heure ou deux.

2. Ma seule vraie formation pédagogique est celle que j’ai reçue (et qu’ils ne cherchaient nullement à me donner) de deux de mes maîtres, Pierre Savinel et Jean Pouilloux, dont je garde toujours le souvenir, aussi vivace et présent, tant d’années après, le premier professeur de première pour le français, le grec et le latin au lycée, le second professeur de grec à l'université.

3. A mes yeux, l’enseignement, comme la médecine, est d’abord et essentiellement un art, mais, dans les deux cas, il est indispensable, pour les exercer, de maîtriser, aussi complètement que possible, les savoirs qu’implique et met en œuvre l’exercice de ces arts.

Les professeurs de l’époque, « non formés », étaient-ils moins bons que ceux des vingt dernières années qui ont tâté des IUFM et de la « pédagogie/sciences de l’éducation »? Pour avoir hélas contribué à leur formation universitaire et, par là-même, eut à juger des connaissances et des compétence de nombre d'entre eux, je n’en suis pas certain (litote pour dire que je suis à peu près sûr du contraire !). En revanche, contrairement à ce qu'on peut lire ici ou là, je suis tout à fait convaincu que le niveau des vingt premiers candidats reçus aujourd'hui à telle ou telle agrégation est tout à fait comparable à ce qu'il était il y a cinquante ans!

samedi 2 mars 2013

L'école 2013 (N°15). Retour en arrière : "L'histégé" et l'identité nationale (mon blog du 9 décembre 2009).


La réforme de "l'histégé" (entendre "histoire et géographie") en terminale, envisagée par le ministre Luc Chatel, fait depuis deux ou trois jours le buzz et la une des médias.

Comme on pouvait le prévoir, cette réforme a suscité une réaction et une pétition des professeurs d’histoire, car ce sont eux surtout qui ont pris la tête du mouvement, dans la mesure où ils fréquentent bien plus les médias audiovisuels que leurs obscurs collègues géographes ; ils ont donc pensé, avec bon sens, qu’ils seraient mieux et plus vite entendus. Les promoteurs de l’idée sont Azéma, Kaspi, Stora ou Tulard, invités quasi permanents de nos chaînes, de France-Culture aux niaiseries historisantes de Stéphane Bern.

J’ai cru comprendre que « l’idée », si l’on peut appeler ça une idée, est de réduire d’une heure, entre la première et la terminale de la noble filière S, les enseignements d’histoire et de géographie, en supprimant, du même coup, le caractère obligatoire de ces matières en terminale ; elles y seront en option avec un horaire réduit pour les élèves de terminale qui le souhaiteront, mais on alourdira leur horaire en première avec une épreuve de contrôle définitive en fin d’année. Cela participe, comme toujours de façon sournoise, du rétablissement subreptice de la première partie du bac qu’on a supprimée dans le passé et dont j'ai parlé dans un blog précédent.

On reconnaît là cette loi permanente de l’évolution de l’administration française qui finit toujours par rétablir ce qu’elle a précédemment supprimé, comme elle supprime, après un certain temps, ce dont elle avait proclamé, à grand son de trompe, l’absolue nécessité de création. De tels cas sont, par exemple, ceux des IUFM (pour l’éducation nationale) et de la DGCID (pour le ministère des affaires étrangères). Comme disait ma bonne et sage grand’mère "Faire et défaire c’est toujours travailler".

Tout cela appelle trois remarques, outre celle que je viens de formuler et qui concerne le fonctionnement général de nos administrations.

La première tient au mouvement clairement corporatiste de nos plus éminents enseignants. Tout le monde se plaint, tout le temps, que les programmes scolaires sont trop chargés, mais, dès qu’on touche, si peu que ce soit, au programme d’une discipline quelconque, en l’allégeant ou en le modifiant à peine, on voit aussitôt se dresser toute la corporation concernée, qu’il s’agisse du latin, de l’histoire ou de la gymnastique !

Deuxième observation : Ce genre de réaction n'est que l’application spécifique d’une loi plus générale, inscrite au tréfonds de notre identité nationale actuellement en débat : « Toutes les réformes sont toujours souhaitées par tout citoyen français, sauf celles qui le concernent et le touchent plus ou moins, directement et personnellement, en quoi que ce soit ». La réforme en somme, c’est, toujours et en tout,... pour les autres !

 Troisième point. Cette affaire montre, une fois de plus, combien nos ministres sont mal conseillés. Personne ne s’avise, en effet, de dire que « l’histoire et la géographie » ou, dans le jargon professionnel national, « l'histégé », constituent une étrange spécialité hybride, purement et spécifiquement française donc inscrite, par là-même, dans notre identité nationale. Nul autre pays en effet ne songe à rapprocher deux spécialités, si totalement différentes et si parfaitement étrangères l'une à l'autre. Bien des formes de géographie spécialisée, de la géographie physique (glaciaire par exemple) à la géographie économique, sont bien plus proches de sciences, de la nature ou autres, comme la géologie ou l’économie qui ne sont nullement présentes dans les facultés de lettres et de sciences humaines, où est, en revanche, enseignée l’histoire.

Je ne vais pas faire ici l’histoire de cet étrange « concept » d'"histégé", mais si la Rue de Grenelle avait eu la bonne idée de me consulter, j’aurais, stratégiquement, conseillé de séparer les cas des deux disciplines, à la fois pour diviser l’opposition corporatiste (vieille tactique toujours efficace) et pour régler une question pédagogique bien réelle, tant des deux disciplines sont différentes.

La prochaine fois que vous envisagez une réforme, appelez-moi Monsieur le Ministre, au lieu de payer des imbéciles de conseillers à 10.000 ou 15.000 euros par mois ; mes tarifs de consultation sont bien plus raisonnables et surtout mes conseils sont infiniment meilleurs !

vendredi 1 mars 2013

L'école 2013 (N°14). Retour en arrière. Les mystères de l'Education Nationale : Françoise Dolto ou César Savard? (Mon blog du 5 octobre 2008).

Au moment même où bat son plein la promotion du film « Entre les murs », voilà qu'il reçoit à Cannes, une Palme d’or inattendue qu’il a due, semble-t-il, essentiellement, au choix personnel du président du jury, Sean Penn, le « bad boy » attitré du cinéma hollywoodien, qui a trouvé là une occasion de concilier son goût de l’anticonformisme cossu et les charmes pervers de la position qu’on lui avait offerte.

Du coup, certains rêvent déjà de voir oscarisé cette production, qui , pourtant, me paraît aussi typiquement française que le camembert au lait cru, le saucisson ou les cuisses de grenouilles à la crème.

Faut-il ajouter que, pour garder toute mon objectivité, je n’ai pas vu le film et que n’ai aucune intention de le voir ? J’en sais bien assez déjà, à travers les innombrables promotions et lancements que j’ai dû subir et les propos de l’auteur du livre qui est, en même temps (pas fou), l’acteur principal du film, où il joue son propre rôle. Qu’on ne vienne pas me parler des talents multiples qu’il révèle par là. N’importe quel imbécile peut jouer un rôle au cinéma… sauf Johnny Hallyday, ai-je pour habitude d’ajouter, mais je vous éviterai, pour une fois, cette remarque.

François Begaudeau, qui a oublié d’être bête (quoique son patronyme-valise semble combiner "benêt" et "nigaud"), est de ces nombreux enseignants qui se jugent, clairement et d’emblée, au-dessus de leur condition et qui, sachant écrire (il est agrégé de lettres), comprennent vite que la littérature traitant de l’école et des faits de société qui s’y attachent peut être un bon créneau éditorial, au moins pour deux raisons. La première est qu’un tel sujet n’attire que modérément les vrais écrivains ; la seconde est que, chaque année, il y a des opportunités majeures d’édition et de promotion pour des livres sur l’école, les rentrées scolaire et littéraire coïncidant à peu près.

François Begaudeau est un auteur éclectique, pour ne pas dire opportuniste, qui ne s’obstine pas dans les voies qui ne lui réussissent pas. Après un livre sur le foot (Jouer juste), un autre sur Mick Jagger ( ?) et un roman psychologique bien français dit-on (Dans la diagonale), il a enfin décroché le jackpot avec son Entre les murs, qui non seulement s’est très bien vendu, mais surtout a été adapté au cinéma. De petit professeur minable dans un collège de banlieue, voilà notre François devenu soudain « journaliste, auteur, scénariste, acteur », du moins à en croire sa biographie officielle qui ne fait même plus état de ses misérables activités d’enseignant.

Vivant très bien dans la « disponibilité » qui est désormais la sienne (c’est lui qui le dit dans le magazine du TGV !), il semble définitivement perdu pour l’enseignement, métier dans lequel il semblait pourtant réussir parfaitement, comme son livre et le film paraissent en apporter la preuve par l’illustration.

Sébastien Clerc, est, au petit pied et en plus laborieux, le Bégaudeau de la rentrée scolaire 2008, avec son Au secours ! Sauvons notre école ! Sans avoir le succès de Entre les murs, Sébastien Clerc a fait toutes les télés et toutes les radios de la rentrée avec ses recettes-miracles pour dompter les classes les plus agitées et les élèves les plus incivils. Pas de prix littéraire ou de film à l’horizon, mais, à défaut de sauver l’école, selon le programme qu’il propose, il s’est, en tout cas, sauvé lui-même ! Il a déjà réussi, semble-t-il, à se faire détacher, Dieu sait pour quoi faire, auprès du Rectorat de Créteil ! C’est toujours mieux que de faire bêtement la classe.

Je voulais intituler ce post « François Begaudeau et X », X étant le nom de cet enseignant du collège César Savart à Saint-Michel (Aisne), qui s’est pendu au lendemain de ses heures de garde à vue, suite à la plainte du père d’un élève qui l’accusait de l’avoir frappé. Faute de connaître son nom, je me suis rabattu sur le nom des deux établissements en cause, « Françoise Dolto » dans le film et « César Savart » dans la réalité.

Je crois me souvenir d’une affaire un peu identique ; il y a quelques mois, un élève de onze ans , a été giflé par un enseignant qu’il avait traité de « connard ». Le père du gamin, gendarme de son état, semble-t-il, avait engagé une procédure, au terme de laquelle le « connard » de professeur a été condamné à 500 euros d’amende ! Je ne sais pas si c’est par solidarité avec leur collègue que les gendarmes de l’Aisne ont retenu, sept heures durant, le professeur en cause, alors que les faits s’étaient déroulés hors de la présence de tout témoin.

Je ne sais rien des faits eux-mêmes et je veux les ignorer car, dans cette affaire, c’est la parole de l’un contre celle de l’autre, ce qui, d’ailleurs, a été finalement admis par la justice. En revanche, à la télévision, j’ai vu à plusieurs reprises, et récemment encore (ce qui a déclenché la rédaction de ce post) l’élève en cause et j’ai entendu ses propos. Agé de 15 ans, il serait en classe de cinquième et l’affaire a tenu à l'origine à ce qu’il aurait refusé de donner au professeur son carnet de correspondance que ce dernier exigeait suite à son retard.

Cet élève, indépendamment de son parcours scolaire, qui ne me paraît pas des plus brillants, a l’air d’un parfait abruti et je ne comprends même pas qu’on ait pu ajouter quelque foi à des propos émis, sans preuve ni témoignage, par un pareil individu. Quand au père, qui a porté plainte et qu’on nous a montré aussi, il a toutes les apparences d’un vieillard, qui aurait été longuement confit dans l’alcool et à le voir, on comprend aisément les caractères de l’enfant qu’il a malheureusement réussi à engendrer.

Pour conclure en revenant au film, qu’en dire ?

Il est évident que regarder un pareil « produit » comme un témoignage, valide et pertinent, sur la réalité scolaire actuelle, est une imposture majeure. C’est une espèce de Star Ac. scolaire, fabriquée de toutes pièces. Que les auteurs aient voulu surfer sur la vague de la violence scolaire, du jeunisme et de la vogue de la fascination/déploration des « jeunes » des « quartiers », que Sean Penn ait saisi cette occasion commode de régler les comptes de son père avec le mac-carthysme, tout cela est sans grande importance. En revanche, au-delà de l’écume fugace du succès, je crains le pire pour les garçons et surtout les filles qu’on a embarqués dans cette aventure et dont les têtes ont, de toute évidence, tourné ; ils ne sont pas près de sortir d’« entre les murs » où on les a ainsi enfermés, "pour de vrai" cette fois !