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jeudi 17 octobre 2013

CDS, titrisation, "Pissotière à roulettes" et Roms


Première partie : CDS : "Voulez-vous jouer avec moa?"

"Voulez-vous jouer avec moa?" Ce titre est celui d'une pièce de Marcel Achard (1923 me semble-t-il?) qui n'a rien à voir avec mon propos, quoique je mette en jeu pour le vainqueur, dans cette affaire, la fameuse tringle à rideaux du regretté Coluche. Venons-en au fait et au jeu !

Savez-vous ce que veut dire CDS ?

"Il rings the bell" ? Dans notre dialecte ordinaire, on dit plutôt "ça vous dit quelque chose!" Non ? Je vous vois déjà vous précipiter, d'un geste plein d'espoir, sur Google et Wikipedia pour y lire, non sans étonnement, que le CDS (pour Centre des Démocrates Sociaux) est "un parti politique français du centre droit, de conviction démocrate-chrétienne, fondé au congrès de Rennes, par la fusion du Centre démocrate de Jean Lecanuet et du Centre Démocratie et Progrès de Jacques Duhamel" In cauda venenum ! Vous vous voyez déjà en possession de la tringle à rideaux quand vous lisez la suite  : " Le CDS fusionne, dans la suite, avec le PSD et devient "Force démocrate" en novembre 1995, sous l'impulsion de François Bayrou".  L'évocation de ce dernier nom vous donne à croire que vous brûlez, mais pas du tout vous êtes au pôle (... avant la fonte des glaces !). Paix à toutes ces belles âmes mais vous n'êtes pas dans le coup et même fort loin du but !

Car "CDS" n'est pas du français mais forme l'acronyme, moderne lui, de "Credit Default Swaps", car la perfide Albion est le temple majeur et incontesté de la finance ; à ce titre, elle attire désormais le tiers de nos polytechniciens ; en revanche, la France, elle, demeure la pépinière des Médailles Fields (le Nobel des mathématiques) dont le plus pittoresque titulaire est sans aucun doute le dernier, que caractérisent, non sans pittoresque, son génie mathématique, son amour des lavallières et sa passion des araignées!

Venons en donc aux CDS en laissant de côté la tringle à rideaux qui restera inaccessible !
Les CDS, qu'on nomme poétiquement en français "couvertures de défaillance"[""" ou, plus joliment, "dérivés sur événement de crédit" ou même plus mystérieusement "permutations de l'impayé" constituent des "contrats de protection financière entre acheteurs et vendeurs", qui, dit-on, furent imaginés au sein de la banque John Pierpont Morgan. En France, cette pratique appelée "titrisation" (en anglais securitization ) a été introduite par la loi du 23 décembre 1988. Sous l'impulsion de P. Beregovoy, elle visait, en principe, à faciliter le développement du crédit immobilier en permettant aux banques de sortir les créances de leurs bilans et d'améliorer leur ratio « Cooke ».

Attachez vos ceintures car nous entrons à la fois dans une zone (ô combien turbulente, souvenons-nous des "subprimes") et surtout dans une "terra incognita", où se trouvent, non pas les innocents "ursi vel leones" des régions blanches et inexplorées des cartes d'antan, mais des ogres de phynances infiniment plus avides et plus redoutables. Je ai mis ici un peu de latin pour vous préparer à celui de la suite qui n'a rien d'ecclésiastique comme vous allez le constater :

"L'acheteur de protection verse une prime ex ante annuelle calculée sur le montant notionnel de l'actif à couvrir, souvent dit de référence ou sous-jacent (ce montant étant également appelé encours notionnel du CDS), au vendeur de protection qui promet de compenser ex post les pertes de l'actif de référence en cas d'événement de crédit précisé dans le contrat. Il s'agit donc, sur le plan des flux financiers, de l'équivalent d'un contrat d'assurance".

Poursuivons dans Wikipedia : "Il s'agit d'une transaction non-financée : sans obligation de mettre de côté des fonds pour garantir la transaction, le vendeur de protection reçoit des primes périodiques et augmente ses avoirs sans nul investissement en capital si aucun événement de crédit n'a lieu jusqu'à maturité (la fin) du contrat. Dans le cas contraire, événement plus ou moins probable mais très coûteux, il est contraint de faire un paiement contingent, donc de fournir des fonds ex post. Il s'agit donc d'une exposition hors-bilan.

Les CDS ont été largement incriminés dans la responsabilité de la crise financière de 2007-2010 puis la crise de la dette dans la zone euro de 2011".

Tu m'étonnes!  On dit que le marché des CDS représente plus de 90% de tous les dérivés de crédit, les trois-quarts de ce marché étant entre les mains d'une dizaines de "dealers". Mieux encore, en 2008, le marché des CDS dépassait de dix fois le montant total des créances sous-jacentes et même le PIB mondial !

En somme, X achète à Y, par exemple, un CDS sur une créance-bidon (des obligations d'Etat grecques pour prendre un cas célèbre), sans être lui-même en rien un créancier de la Grèce; il le fait sur une base de prix qu'on nomme, dans le langage fleuri des traders, "le montant notionnel de l'actif à couvrir" (j'adore le "notionnel" qui veut simplement dire que ce montant est théorique et équivaut souvent à plusieurs fois le montant de la créance elle-même !) ; l'acheteur (celui qui par là s'assure en quelque sorte), ne paye pas le vendeur, en réalité, sauf en lui versant "des primes périodiques", le seul intérêt du "vendeur" (l'assureur) étant "d'augmenter ses avoirs [purement théoriques puisque c'est de la monnaie de singe en général] sans nul investissement en capital".

Il ne reste plus au "vendeur de protection" (l'assureur) qu'à prier pour que ne se produise pas un "événement de crédit" [toujours ce bel art de litote, puisqu'il s'agit là de la faillite de la Grèce par défaut de paiement] et à "l'acheteur de protection" qu'à prier, à l'inverse, pour que se produise le même fâcheux "événement de crédit" qui lui permettra de toucher l'assurance. 

Si vous comprenez quelque chose à ce système, dites-le moi et surtout expliquez-moi comment on peut être assez stupide pour marcher dans pareille combine, sauf si le vendeur et l'acheteur de CDS sont une seule et même personne ou institution et si l'on trompe sciemment le gogo acheteur !

Pour y comprendre un peu quelque chose, faites comme moi, lisez Gaël Giraud sj, notre génial trader devenu jésuite

http://www.facebook.com/20propositions
http://www.20propositions.com/

jeudi 8 mars 2012

La Grèce : Sisyphe ou Danaïdes ?

Depuis huit jours au moins Jean-Jacques Bourdin sur RMC nous bassine avec l'interview qu'il va faire, ce jeudi 8 mars 2012, de Nicolas Sarkozy, candidat à la présidence de la République. Hier encore, il nous faisait espérer un entretien musclé (autre chose que ce qu'on a sur les divers médias si complaisants) avec des questions qui ne permettraient pas à l'interviewer de se dérober, comme le font la plupart des autres journalistes.  Bref comme, on allait voir ce qu'on allait voir!

Bernique ! En fait, on n'a rien vu du tout. Le candidat nous a resservi les mêmes plats réchauffés, ressortant les fiches qu'il lit à chacune de ses interviews et qu'il avait servies déjà sur France2, en particulier à François Lenglet et à Laurent Fabius, avec les mêmes chiffres qu'il tirait de son escarcelle après avoir asséné avec force que tout ce qu'on lui présentait était faux. Jean-Jacques Bourdin est pourtant un collègue et un grand ami de François Lenglet avec lequel il travaille à B.F. M.TV/RMC, où les bruits sarkoziens d'augmentation de la fiscalité des entreprises, si flous qu'ils soient, ont semé ce désordre dans le landerneau du grand capital. François Lenglet, taxé d'"imposteur" par Sarkozy à France2, aurait pu briefer un peu son ami, l'intrépide Bourdin, puisque les chiffres du candidat-président étaient exactement les mêmes que le mardi, aussi bien sur le chômage que sur la croissance du pouvoir d'achat. Les uns et des autres démontrent que, comme tout le monde le constate chaque jour en France, le pouvoir d'achat ne cesse de croître tandis que le chômage diminue !

Le moment le plus drôle de cet interview a été celui où Nicolas Sarkozy, essayant de solliciter l'approbation de Jean-Jacques Bourdin, a provoqué chez ce dernier une retraite paniquée ; elle s'est exprimée en une plainte déchirante, aussi douloureuse que déontologique : « Ne me prenez pas à témoin !". Voilà ce que manifestait Bourdin dans la terreur de devoir approuver ou désapprouver une déclaration de celui qu'il avait pourtant annoncé comme devant être la victime de ses assauts sans concession. Tu parles!

L'avantage de ce type d'entretien est, en principe qu'on peut prétendre posées par les auditeurs les questions qu'on hésite à formuler soi-même. C'est ainsi que RMC a bénéficié d'un scoop, refroidi depuis des semaines, le candidat à sa propre succession ayant déclaré son abandon de la politique en cas d'échec. "Pays de merde!" comme disait l'autre!

La grande question du jour dans toute notre presse nationale, en cette "Journée de la femme" où l'on constate aussi une baisse du nombre des accidents de la route en février, est, dans cette habile combinaison des thématiques qui est désormais le must du journalisme, celle de savoir si les femmes conduisent mieux ou plus mal que les hommes.

Vaste question et qui mérite tout l'intérêt de la France alors que, en ce même jour, se joue une autre partie dont, en revanche, personne ne parle. Il s'agit pourtant du sort de la Grèce et sans doute, au-delà, celui de l'Europe puisque c'est aujourd'hui même que les choses doivent être tranchées.

Tonneau des Danaïdes ou rocher de Sisyphe ?

La Grèce en qui l'on voit, sans grande raison au fond, la mère de la démocratie (car l'Athènes du Vè siècle était une drôle de démocratie!) est plutôt celle de mythes qui sont autant de métaphores.

C'est en effet aujourd'hui que doivent être prises par ses créanciers des décisions définitives sur la dette de cet Etat clairement insolvable. Je n'ai pas le talent de Gaël Giraud, mais on peut se reporter à mes précédents blogs où j'ai longuement cité ses lumineuses explications! En gros et avec mes mots, la question majeure est de savoir si les créanciers voudront bien sacrifier sur l'autel grec une grande partie de leurs créances actuelles. Il leur faut en effet aujourd'hui renoncer à une partie de ces créances sur la Grèce, sans que soit exactement fixé le montant de ce sacrifice qui devrait se situer autour de 70 %. En d'autres termes, si la Grèce vous doit 100 €, en cas d'accord pour 90% de l'ensemble de la dette grecque, elle ne vous en devra plus que 30 euros, étant entendu que seront réaménagés aussi les taux d'intérêt et les délais de remboursement.

Le problème est qu'il faut que les créanciers se manifestent en quasi-totalité et donnent leur accord. La tentation est donc grande donc pour certains d'entre eux de ne pas se manifester et de laisser les autres déchirer leurs créances, tandis qu'eux-mêmes garderaient les leurs. Comme écrivait le sage César (il ne s'agit plus de l'Antiquité gréco-romaine mais de Pagnol et de Marius) , quand son fils Marius était occupé à des recherches océanographiques qu'il jugeait dangereuses : « Quand ce sera trop profond, laisse un peu mesurer les autres ! » Le tout avec l'accent marseillais bien sûr.

L'heure est grave et décisive puisque si l'on arrive pas à un très fort pourcentage (90% je crois) de créanciers qui acceptent de leur plein gré (avec le bras un peu tordu toutefois) la réduction de leurs créances, la Grèce sera en défaut de paiement c'est-à-dire en faillite avec les conséquences que cela peut avoir à la fois sur la Grèce (ce qui ne préoccupe guère beaucoup de gens), mais aussi sur l'euro et l'Europe puisque le fameux "plan de sauvetage" tomberait, si je puis dire, à l'eau!

Si la Grèce est mise en défaut de paiement, donc en faillite, ceux qui en ont feront alors jouer les fameux CDs dont Gaël Giraud nous a récemment expliqué les subtils mécanismes et Jean rira tandis que Jean pleure! La presse française s'en fout clairement et n'est même pas au courant, on l'a vu, mais que se passe-t-il dans les salles de marché et dans les hautes sphères de la finance? A-t-on mis le champagne au frais ou prépare-t-on les mouchoirs ?

dimanche 26 février 2012

La Grèce et les CDS



La présentation par Gaël Giraud de la crise grecque est fort intéressante, même si une partie des faits est connue. Il s'agit en particulier de la falsification des comptes publics par les experts de Goldman Sachs pour permettre l'entrée de la Grèce dans la zone Euro. Elle aurait coûté à l'Etat grec, dit-on, 300 millions de $, mais les "paquets Delors lui avaient rapporté infiniment plus ! Le rôle des CDS en revanche n'est ni connu ni évoqué.

De toute façon, dans l'UE, tout le monde maquillait ses comptes, y compris la France qui n'a jamais respecté la fameuse règle des 3% qu'on veut faire "d'or" aujourd'hui, sans savoir, apparemment, que l'or est l'un des métaux les plus mous!
Ecoutons donc G. Giraud :
"Autre exemple d'utilisation assez pernicieuse des CDS : la Grèce.
La Grèce est entrée dans la zone euro en 2001 et vous savez qu'elle devait satisfaire à un certain nombre de critères, les critères de Maastricht. En réalité elle n'y satisfaisait pas en 2001. Simplement, la Grèce a maquillé ses comptes publics pour donner le change à Bruxelles. Certes, le fonctionnaire de Bruxelles a très certainement pigé en 2001 que les comptes n'étaient pas tout à fait exacts, mais il a fermé les yeux, en se disant que l'essentiel était que la Grèce entre dans la zone Euro.  Elle allait entrer dans un cercle vertueux s'est-on dit à Bruxelles, elle allait bénéficier d'un plan européen, qui allait lui permettre d'avoir une croissance forte, un peu sur le modèle espagnol ou irlandais ... Et très vite on oublierait le "péché originel" de 2001, à savoir  qu'elle ne satisfaisait pas aux critères de Maastricht. Grâce à qui la Grèce a-t-elle maquillé ses comptes? Grâce à des experts financiers de Goldman Sachs. Ils sont venus de New York et ont aidé à maquiller les comptes. On découvre maintenant qu'un grand nombre d'institutions financières  ont acheté des CDS sur la Grèce. Conséquence? A chaque fois qu'une mauvaise nouvelle sur la Grèce tombe, vous avez maintenant des gens qui gagnent de l'argent. Je ne peux certes pas vous assurer que Goldman Sachs en gagne beaucoup. Je n'en sais rien et personne n'en sait grand-chose en réalité car ces marchés sont toujours aussi opaques. La certitude est que beaucoup de CDS sont activés sur la Grèce aujourd'hui, et il y a des gens qui gagnent de l'argent au fur et à mesure que la Grèce s'effondre.

Je vais vous dire un autre détail étrange dont des traders m'ont informé. J'ai en effet gardé contact avec d'anciens collègues que j'avais dans une autre vie avant de devenir jésuite.Vous avez vu les séries d'ordinateurs des traders en salle de marché. Une salle de marché est une sorte de vaste plateau à l'américaine avec une grande rangée d'ordinateurs, 200 à 300 téléphones... Et devant un ordinateur sur quatre, il y a un trader avec son téléphone, qui vend et achète. Il y a en permanence activé un service (fourni par la société Bloomberg) qui, sur la partie supérieure de l'écran d'ordinateur, lui transmet des informations en continu sur ce qui se passe dans le monde. Par exemple, ceux qui étaient au travail hier ont appris immédiatement que Moubarak était parti, que Souleiman avait pris le pouvoir en Egypte.
Mais depuis un an maintenant, les informations qui concernent la Grèce sont transmises sur un bandeau rouge clignotant _ et uniquement pour la Grèce. Vous imaginez combien c'est anxiogène. Vous voyez ce bandeau rouge clignoter de temps en temps, chaque fois qu'il y a du nouveau sur la Grèce.  C'est comme lorsque vous prenez le métro dans Paris, vous entendez sans arrêt «Attention aux pickpockets! Conservez bien vos affaires près de vous, ne les laissez pas traîner ... etc. » Vous entendez ce type de message à longueur de journée. Quand vous rentrez chez vous en fin de journée, vous êtes convaincus qu'il y a un nombre incroyable de pickpockets dans le métro. Pourtant, vous n'en avez jamais vu un seul. C'est un message subliminal : vous êtes intimement convaincu qu'il y a des pickpockets partout parce qu'on vous le répète en permanence. Mutatis mutandis, vous avez en salle de marché un phénomène analogue : ce bandeau rouge clignotant très anxiogène délivre le message « Attention, attention, la Grèce va mal ». Le trader avec qui j'ai parlé me disait : évidemment, au bout de six mois de ce traitement, on se demande vraiment ce qui se passe sur la Grèce. Ça ne doit pas aller du tout.
Certes, si on fait une analyse fondamentale sur l'économie grecque, c'est sûr que la Grèce va très mal. Mais bien d'autres pays vont beaucoup plus mal que la Grèce, et pèsent beaucoup plus lourd qu'elle. La Grèce vaut moins de 3% du PlB européen, ce n'est pas vraiment le sujet primordial aujourd'hui dans le monde. La Californie va au moins aussi mal que la Grèce et pèse dix fois la Grèce. On devrait peut-être s'intéresser à la Californie, par exemple...»

G. Giraud de conclure :"Mutatis mutandis, imaginons que j'aille voir un chirurgien pour me faire opérer, d'une opération chirurgicale délicate, avec une chance sur deux de ne pas me réveiller. C'est comme si le chirurgien avait la possibilité, à mon insu, de devenir le récipiendaire de mon assurance-vie. De sorte que si l'opération réussit, je dois le payer, et si l'opération échoue, je ne peux plus le payer mais il touche mon assurance-vie. Vous voyez, c'est exactement la même chose".

Remarques personnelles d'Usbek (et non de Gaël Giraud!) pour en finir avec le sujet. On peut ressortir ici, une fois de plus, l'inusable formule de Clémenceau et dire que la gestion des Etats est une chose trop sérieuse pour la confier à des politiques, surtout quand ils veulent jouer les Jean Monnet et les Robert Schuman. Toutes les affaires européennes sont conduites, depuis des décennies, avec une totale absence de clairvoyance et même de simple bon sens, chacun voulant laisser son nom à l'histoire et de ce fait même, imposant à l'évolution d'absurde marches forcées.
Un cas en ce moment avec le fameux "Mécanisme européen de je ne sais quoi" qui est, en somme, le décret d'application d'un traité qui n'existe pas encore ! Comment mieux mettre la charrue avant les boeufs!
Un des exemples les plus nets et les plus funestes est celui de l'euro quand, dans l'ignorance de la totale diversité économique et sociale de l'Europe, les politiques, assez stupides pour y voir un outil d'unification au seul motif que les touristes pourraient user des mêmes billets dans les divers pays, ont imposé la monnaie unique contre l'évidente solution de bon sens de la monnaie commune! On voit désormais les conséquences funestes d'un tel choix même si les "décideurs" (tu parles!) ont bien sûr trouvé, moyennant ces juteux contrats de l'UE, des "experts" économistes pour appuyer un choix si clairement stupide! On achète les expertise en matière économique comme dans l'industrie pharmaceutique et dans tous les domaines, même si les "experts" favorables à la monnaie unique sont devenus curieusement muets aujourd'hui. On se demande d'ailleurs pourquoi on nous bassine tant avec le rôle de la Grèce dans les affaires de l'euro puisque comme bien d'autres Etats de l'Union européenne, elle pourrait bien être dans l'UE sans être dans la zone euro.
 




samedi 25 février 2012

Finance et CDS : deux exemples cités par Gaël Giraud


Je vous avais promis hier des extraits de textes de Gaël Giraud ; il m'a autorisé à le faire comme vous allez le voir.

En vous invitant à visiter son site avant de lire ses textes, permettez-moi toutefois de vous le présenter en deux mots car c'est un homme hors du commun. Pour tenir la bride à mon enthousiasme, je reprendrai, pour l'essentiel, les données de Wikipedia en les ordonnant et en les complétant sur un ou deux points :  Gaël Giraud, diplômé de l'École nationale de la statistique et de l'administration économique (ENSAE), ancien élève de l'Ecole normale supérieure (Ulm) est docteur en mathématiques appliquées (Thèse de doctorat au laboratoire d’économétrie de l’Ecole Polytechnique/Université Paris-1 " Jeux stratégiques de marchés". Chercheur au CNRS, il est aussi chercheur associé à l’École d'économie de Paris et consultant scientifique. Ses travaux portent notamment sur le rôle de la monnaie, des marchés financiers et de leur réglementation dans la prévention des krachs économiques, ainsi que sur les dynamiques économiques hors équilibre. Plus inattendu, Gaël Giraud est Jésuite et il porte, de ce fait, un regard original sur l’économie dont il explore les aspects spirituels.
Le moyen le plus commode d'accéder à ses points de vue est l'ouvrage qu'il a co-dirigé avec Cécile Renouard et qui est paru en 2009 et a fait l'objet d'une nouvelle édition en 2012, Vingt Propositions pour réformer le capitalisme, (Garnier-Flammarion, Paris). Par ailleurs, une page facebook a été ouverte dédiée aux 20 Propositions, ainsi qu'un site avec deux heures d'explications (sous forme de vidéos brèves de cinq à dix minutes) sur tous les chapitres de l'ouvrage. http://www.facebook.com/20propositions ; http://www.20propositions.com/
Un des exemples par lesquels G. Giraud illustre et éclaire ses propos est celui de la faillite de Lehman Brothers qui met parfaitement en évidence le rôle des CDS.
"Pourquoi la faillite de Lehman Brothers a-t-elle eu l'effet cataclysmique que nous avons connu?
Pour répondre, il faut comprendre un petit peu un phénomène : ce qu'on appelle les CDS - dont on a beaucoup parlé à cause de la crise - et que je vais essayer d'expliquer très simplement. Les CDS(Credit Default Swap) sont des actifs financiers qui servent de contrats d'assurance sur des institutions ou des personnes.

On peut les échanger sur des marchés appelés de gré à gré, c'est-à-dire des marchés assez opaques sur lesquels aucune autorité, ou presque, n'a la moindre visibilité.
Concrètement, imaginons que vous faites partie de l'élite des traders. Vous prenez un avion en business class et vous descendez au meilleur hôtel de Zürich, le Baur au Lac, qui a vue sur le lac de Zurich, une vue magnifique ... Là, vous recevez un autre banquier - du Crédit Suisse par exemple - et vous lui vendez des CDS. Par exemple : vous pensez que Lehman Brothers va faire faillite. Vous dites donc à votre collègue du Crédit Suisse : « Moi, je vous achèterais bien [...] des contrats d'assurance sur Lehman Brothers.». Lui qui ne pense pas du tout que Lehman va faire faillite vous les vend. Si jamais Lehman fait faillite, vous activez l'assurance et vous gagnez beaucoup d'argent. Lehman, l'institution sur laquelle vous avez parié, n'en sait évidemment rien. Lehman n'a aucun moyen de contrôler que vous avez pris l'avion, que vous êtes descendu au « Baur au Lac » et que vous avez fait un échange sur la terrasse du Baur au Lac.

Cette opération n'est pas centralisée par une administration, par une organisation centrale, qu'on appelle une chambre de compensation, qui centralise les offres et les demandes et qui vérifie que tout se passe honnêtement. Non, il n'y a aucune visibilité sur le marché de gré à gré."

Et Gaël Giraud de poursuivre :

"Lorsque Lehman Brothers, cette fameuse banque, a fait faillite en septembre 2008, on s'est rendu compte avec grand étonnement que la dette de Lehman avait été assurée par ces produits-là [les CDS] cinquante fois. C'est la raison pour laquelle la faillite de Lehman a eu des effets cataclysmiques. En effet, c'était comme s'il y avait eu cinquante Lehman à faire faillite! La planète a dû rembourser cinquante fois ceux qui avaient souscrit des assurances sur Lehman.

Disons aussi qu'il y a un petit débat sur cette affaire : on se demande si les personnes qui étaient à ce moment-là au gouvernement de Bush, et qui étaient des anciens de Goldman Sachs, n'avaient pas intérêt à ce que Lehman fasse faillite parce que Goldman avait acheté des CDS sur Lehman. C'est une hypothèse, je ne rentre pas dans ce débat parce que je n'ai pas l'information et qu'à la limite, c'est anecdotique".

Un autre exemple cité par G. Giraud est celui de la banque CIT- qui était une grande banque américaine de prêt auprès des PME. Pour la vie du tissu économique américain, c'était donc une banque cruciale.

"CIT s'est retrouvée prise dans la tourmente des subprimes en 2008. Elle a été
obligée d'emprunter beaucoup. Pour emprunter, CIT s'est retournée vers la banque Goldman Sachs, alors la plus prospère - qui est devenue la plus grosse banque du monde, à New York. Donc, ClT emprunte beaucoup d'argent à Goldman Sachs. A tel point qu'à l'été 2009, ClT se retrouve à devoir un milliard de dollars à Goldman Sachs, ce qui est évidemment une somme colossale, même pour une banque comme CIT. Or CIT ne les a pas. ClT envoie finalement ses meilleurs avocats pour négocier avec les juristes de Goldman Sachs, en se disant: « Ce n'est certainement pas dans l'intérêt de Goldman que nous fassions faillite, ils feraient une perte sèche d'un milliard » Mais - ô surprise !- les juristes de Goldman Sachs sont intraitables et CIT fait faillite. Alors, les limiers de CIT essayent de comprendre pourquoi Goldman a-t-elle été si dure à la négociation? Ils se rendent compte, à ce moment-Ià, qu'une année plutôt, en 2008, au moment où GoIdman avait prêté de l'argent à ClT, Goldman avait parié contre CIT en achetant ces fameux contrats CDS, sur le marché de gré à gré. Conclusion: Goldman gagnait plus d'argent si CIT faisait faillite que si ClT remboursait sa dette. En effet, vous pouvez acheter de ces contrats d'assurance autant que vous voulez. Vous pouvez vous sur-assurer, vous pouvez par exemple vous assurer quinze fois sur la même institution de sorte que si elle fait faillite, vous touchez quinze fois la prime d'assurance".


Suite et fin demain.

jeudi 23 février 2012

CDS : "Voulez-vous jouer avec moa?"

"Voulez-vous jouer avec moa?" Ce titre est celui d'une pièce de Marcel Achard (des années 20, me semble-t-il?) qui n'a rien à voir avec mon propos, quoique je mette en jeu, dans cette affaire, comme toujours, la tringle à rideaux du regretté Coluche que nul n'a encore gagnée. Venons-en au fait et au jeu !
Savez-vous ce que veut dire CDS ?
"It rings the bell" ? Dans notre dialecte ordinaire, on dit plutôt "ça vous dit quelque chose!" non ? Je vous vois déjà vous précipiter, d'un geste plein d'espoir, sur Google et Wikipedia pour y lire l'instant d'après  que le CDS (Centre des Démocrates Sociaux) est "un parti politique français du centre droit, de conviction démocrate-chrétienne, fondé au congrès de Rennes, par la fusion du Centre démocrate de Jean Lecanuet et du Centre Démocratie et Progrès de Jacques Duhamel" In cauda venenum ! Vous vous voyez déjà en possession de la tringle à rideaux quand vous lisez la suite  : " Le CDS fusionne, dans la suite, avec le PSD et devient Force démocrate en novembre 1995, sous l'impulsion de François Bayrou".  L'évocation de ce dernier nom vous donne à croire que vous brûlez, mais pas du tout vous êtes au pôle. Paix à toutes ces belles âmes, (sauf celle de Bayrou) mais vous n'êtes pas dans le coup et même fort loin du but !
Car "CDS" n'est pas du français mais forme l'acronyme de "Credit Default Swaps", car la perfide Albion est le temple majeur et incontesté de la finance ; à ce titre, elle attire désormais le tiers de nos polytechniciens ; en revanche, la France, elle, demeure la pépinière des Médailles Fields (le Nobel des mathématiques) dont le plus pittoresque titulaire est sans aucun doute le dernier, que caractérisent, non sans pittoresque, son génie mathématique, son amour des lavallières et sa passion des araignées!
Venons en donc aux CDS en laissant de côté la tringle à rideaux!
Les CDS, qu'on nomme poétiquement en français "couvertures de défaillance" ou joliment "dérivés sur événement de crédit" ou même plus mystérieusement "permutations de l'impayé" constituent des "contrats de protection financière entre acheteurs et vendeurs", qui, dit-on, furent imaginés au sein de la banque John Pierpont Morgan.

Attachez vos ceintures car nous entrons à la fois dans une zone (ô combien) turbulente et dans une "terra incognita" où sont, non pas les innocents "ursi vel leones" des régions blanches et inexplorées des cartes d'antan, mais des ogres de phynances infiniment plus avides et plus redoutables. J'ai mis ici un peu de latin pour vous préparer à celui de la suite qui n'a rien d'ecclésiastique comme vous allez le constater :
"L'acheteur de protection verse une prime ex ante annuelle calculée sur le montant notionnel de l'actif à couvrir, souvent dit de référence ou sous-jacent (ce montant étant également appelé encours notionnel du CDS), au vendeur de protection qui promet de compenser ex post les pertes de l'actif de référence en cas d'événement de crédit précisé dans le contrat. Il s'agit donc, sur le plan des flux financiers, de l'équivalent d'un contrat d'assurance".

Poursuivons dans Wikipedia : "Il s'agit d'une transaction non-financée : sans obligation de mettre de côté des fonds pour garantir la transaction, le vendeur de protection reçoit des primes périodiques et augmente ses avoirs sans nul investissement en capital si aucun événement de crédit n'a lieu jusqu'à maturité (la fin) du contrat. Dans le cas contraire, événement plus ou moins probable mais très coûteux, il est contraint de faire un paiement contingent, donc de fournir des fonds ex post. Il s'agit donc d'une exposition hors-bilan.

Les CDS ont été largement incriminés dans la responsabilité de la crise financière de 2007-2010 puis la crise de la dette dans la zone euro de 2011".

Tu m'étonnes!  On dit que le marché des CDS représente plus de 90% de tous les dérivés de crédit, les trois-quarts de ce marché étant entre les mains d'une dizaines de "dealers". Mieux encore, en 2008, le marché des CDS dépassait de dix fois le montant total des créances sous-jacentes et même le PIB mondial !

En somme, X achète à Y, par exemple, un CDS sur une créance-bidon (des obligations d'Etat grecques pour prendre un cas d'actualité), sans être lui-même en rien un créancier de la Grèce ; il le fait sur une base de prix qu'on nomme, dans le langage fleuri des traders, "le montant notionnel de l'actif à couvrir" (j'adore le "notionnel" qui veut simplement dire que ce montant est théorique et équivaut souvent à plusieurs fois le montant de la créance elle-même !) ; l'acheteur (celui qui par là s'assure en quelque sorte), ne paye pas le vendeur, en réalité, sauf en lui versant "des primes périodiques", le seul intérêt du "vendeur" (l'assureur) étant "d'augmenter ses avoirs [purement théoriques puisque c'est de la monnaie de singe en général] sans nul investissement en capital".

Comme demeure néanmoins le principe de l'assurance, il ne reste plus au "vendeur de protection" (l'assureur) qu'à prier pour que ne se produise pas un "événement de crédit" [toujours ce bel art de litote, puisqu'il s'agit là de la faillite de la Grèce par défaut de paiement] et à "l'acheteur de protection" qu'à prier, à l'inverse, pour que se produise le même fâcheux "événement de crédit" qui lui permettra de toucher l'assurance.

Si vous comprenez quelque chose à ce système, dites-le moi et surtout expliquez-moi comment on peut être assez stupide pour marcher dans pareille combine, sauf si le vendeur et l'acheteur de CDS sont une seule et même personne ou institution!

Demain, j'essayerai d'éclairer notre lanterne grâce à quelques extraits de textes de Gaël Giraud ; non seulement il est l'un des meilleurs de nos économistes (je pense qu'il est le meilleur, mais je ménage sa modestie), mais sûrement celui dont les propos sont les plus clairs et les plus précis à la fois !