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samedi 28 juillet 2012

Jean-Paul Huchon ou Jean-Paul Hochon ?

Comment voulez-vous qu'un pauvre président du conseil régional d'Île-de-France soit au courant de ce qui se passe rue de Solférino ou, pire encore, à Matignon ? Chacun sait qu'avec les métros bondés et surchargés, les liaisons dans l'Ile de France sont difficiles et qu'elles rendent, de ce fait même, une telle ignorance parfaitement prévisible. Elle l'est d'autant plus que le président, qui donne, le plus souvent, l'impression d'une légère somnolence postprandiale, ne peut pas passer son temps à l'écoute des médias audiovisuels. Croyant bien faire, il a donc, comme tout le monde, entrepris de sous-traiter un centre d'information de son conseil régional au Maroc, ce qui permettrait de faire de substantielles économies qu'on aurait pu affecter à des tâches plus intéressantes.

Le buzz immédiat autour de cette affaire, fort inopportune en ce moment, a fini par l'éveiller et il a murmuré in petto qu'il allait voir ce qu'il pouvait faire en matière. La belle loi française, en effet, ne permet pas, paraît-il, d'introduire dans les appels d'offres officiels une clause de privilège de  nationalité, comme s'il était nécessaire d'avoir une loi pour faire jouer cette pratique, surtout quand on sait comment se pratiquent souvent les dits appels d'offres, à Marseille comme naguère pour les lycées de l'Ile de France.

Allez donc voir ce qui se passe, près de chez nous en Suisse ou un peu plus loin au Québec, pour constater que, dans le cas par exemple d'un recrutement sur un emploi, si sont en concurrence un national et un étranger, le choix du candidat national ne fait pas le moindre doute, sans qu'il soit besoin d'une loi pour le faire.

Il faut dire que le jeu du gouvernement (comme du président) est assez habile depuis la présidentielle, mais qu'il est à craindre que la technique de l'édredon démocratique des consultations ne dure pas éternellement. Je ne suis pas un farouche partisan des analyses de Christophe Barbier, le patron de l'Express, dont la couleur de gauche se limite à son éternelle écharpe rouge tontonniène et qu'à mon goût, on voit un peu trop souvent dans l'émission de Calvi qui est l'une des rares que je suive quelque peu à la télévision. En revanche, force est de reconnaître que son analyse du comportement de François Hollande est assez bonne mais que cette stratégie paraît difficile, du moins pour la politique intérieure, à maintenir sur le long terme. Il faudra bien un moment ou un autre cesser de réunir des commissions, des think tanks, des états généraux ou autres groupes dilatoires de semblable farine, pour en venir à affronter les problèmes de face et sans tergiverser. Et il faut reconnaître que rien n'est facile mais, après tout, personne n'a forcé notre président à abandonner sa chère Corrèze pour se porter candidat au poste qu'il occupe et dont il devait bien prévoir les difficultés, qui, il faut le reconnaître, n'ont pas encore réellement commencé même si les cent jours fatidiques approchent.

Au fond, si l'on regarde les choses de loin, les choix stratégiques de François Hollande sont un peu ceux de Jean-Paul Huchon ; on laisse venir en cherchant à gagner du temps et à amortir les chocs du mieux qu'on peut.

Jean-Paul Huchon ou Jean-François Polochon ?

mercredi 4 janvier 2012

La boite de Pandore



Après avoir ri jaune ce week-end suite au camouflet que lui a infligé notre président, Monsieur le ministre Mariani doit désormais rire sous cape, lui qui, après avoir, le vendredi, estoqué les syndicalistes de SeaFrance, avait été obligé de céder au diktat sarkozien et de donner sa bénédiction à la réunion de lundi dernier, à l’Elysée, qui a remis sur les rails le sauvetage de SeaFrance.

Tout donnait à penser qu’on avait, là, ouvert la redoutable boîte de Pandore ; les choses n'ont pas d’ailleurs pas traîné. « Et nous ! Et nous ! Et nous ! ». Comme chantait naguère Dutronc.

À peine la réunion était-elle achevée (même si rien de définitif n’en était sorti) que la tête de PétroPlus sortait de la dite boîte et réclamait à son tour un traitement similaire. Il faut dire que les deux affaires ne sont pas sans lien, puisqu'il s'agit, dans un cas comme dans l'autre, de canards boiteux. Cette raffinerie de Petit Couronne a appartenu naguère encore à la Shell qui a largué cet outil industriel encombrant (il est classé Seveso, niveau haut) en 2008, au moment où étaient déjà engagés les grands projets de construction de raffineries géantes comme celle de l'Inde qui, me semble-t-il, produira 20 ou 30 fois ce que produit ou plutôt ce que produisait PetroPlus, en outre à l’usage exclusif des marchés extérieurs.

La France s'est donnée une petite semaine de plus pour régler le cas SeaFrance puisque le jugement définitif, qu'on attendait pour lundi dernier, ne sera rendu que la semaine prochaine. Encore une minute, Monsieur le bourreau ! Vu l'état de notre économie industrielle et la date encore lointaine des élections, il risque d'y avoir du pain sur la planche pour les sauveteurs d’entreprises.

Il ne fait, en effet, aucun doute que les fermetures successives d'usines et la croissance rapide du chômage risquent de plomber sérieusement la campagne de notre président. On parle de « réduire la voilure », mais notre flotte industrielle risque de devoir se « mettre à la cape », voire de se retrouver « à sec de toile », pour continuer dans les métaphores nautiques. Tout au plus peut-on tenter de « louvoyer » quelque peu avec les « emplois aidés » qui feront tomber quelques décimales des chiffres du chômage, dans le meilleur des cas.

Il faut reconnaître qu'on ne comprend pas grand-chose aux affaires de SeaFrance et que, comme souvent, les médias disent tout et son contraire, en oubliant ou en ignorant l'essentiel.

Ainsi ai-je entendu le leader syndicaliste CFDT de SeaFrance déclarer, sur je sais quelle radio, que les cadres de la SNCF (propriétaire de SeaFrance) coûtaient fort cher à cette société (700.000 € si j'ai bien compris, sans toutefois retenir sur quelle période). Ce leader syndical a déclaré aussi, pour expliquer les très faibles parts de marché qui restent à SeaFrance sur le trafic Trans-Manche, qu'une compagnie danoise lui faisait la plus forte concurrence avec, comme souvent, des équipages de nationalités multiples et exotiques, beaucoup moins payés que les équipages français de SeaFrance et moins portés à la revendication. Il faut dire que ceux de SeaFrance ne doivent pas avoir trop à plaindre puisqu'ils ont refusé avec indignation, naguère semble-t-il, d’être assimilés au personnel de la SNCF et de voir leur salaire aligné sur celui des cheminots.

De toute façon on en revient à ce que la lutte est tout à fait inégale dans la branche puisque SeaFrance cumule tous les handicaps : trop de ferries puisque la moitié suffirait, trop de personnel, ce personnel pléthorique étant en outre mieux payé, non pas que les marins étrangers de la compagnie danoise mais que des employés du même genre à la SNCF qui, en général, ne passent pas pour les plus mal lotis sur ce plan.

Comment tout cela finira-t-il ? Il est bien difficile de le savoir mais l'important, en la circonstance, est que les choses traînent au moins jusqu'à la fin du mois de mai !

J’ai appris ce matin avec consternation que la dernière fabrique artisanale de bérets basques traditionnels était, elle aussi, tout près de déposer son bilan. Si l'on ne trouve pas d'autre solution, on pourrait au moins recaser quelques marins de SeaFrance à fabriquer des bérets basques... en ajoutant à la gamme des productions habituelles des bérets de marins.

mardi 3 janvier 2012

SeaFrance : le modèle grec

Ironie de l'histoire et approche de l'élection présidentielle, voici que les Grecs, que nous avons tant moqués naguère, vont pouvoir venir nous conseiller dans l'affaire de SeaFrance

Au lendemain des voeux présidentiels du nouvel an et de la promesse de la relance de l'emploi, l’affaire SeaFrance faisait évidemment désordre. Aussi M. Mariani, qui n'avait pas eu de mots assez durs pour les syndicalistes de l'entreprise, a dû ranger dans sa poche ses arguments sur le fanatisme des dits syndicats et mettre son mouchoir dessus pour découvrir soudain les vertus et la nécessité du sauvetage de SeaFrance.

C'est sur ce point que nous aurions besoin des Grecs et peut-être même, parmi eux, vu la nature de l’activité en cause, des plus grands spécialistes de la matière puisque, comme on le sait, l'industrie majeure de la Grèce, outre la falsification des documents comptables, est l'armement maritime. Dans ce beau pays, les armateurs arrivent à cumuler avantageusement l'immensité de leurs profits avec une absence totale de fiscalité sur ces mêmes profits. L’idéal serait de trouver comme consultant un armateur orthodoxe.

Mais le plus amusant de l'affaire est ailleurs. Il est clair, en effet, que ce sauvetage par l'État de SeaFrance est tout à fait contraire aux règles européennes, puisqu'il s'agirait, en fait, d'une pure et simple subvention, tout à fait illégale bien sûr, à une entreprise privée, même si elle est la propriété de la SNCF. Comme l'ont fait autrefois les Grecs, avec le concours ruineux de Goldman Sachs et comme les Etats européens (dont la France bien sûr) n'ont pas cessé de le faire. Aussi faut-il donc inventer une combine quelconque pour faire semblant de donner le change à Bruxelles.

Le pittoresque de la chose, en la circonstance, est que les deux subterfuges qui ont été imaginés par nos experts, s'étalent dans toute la presse française qui, il faut l'espérer, ne parvient pas jusqu'à Bruxelles !

Ces deux entourloupes sont des plus simples et quasi naïves.

La première consiste à se servir comme intermédiaire de la SNCF qui achèterait les bateaux de SeaFrance, avec l'argent de l'Etat bien sûr, pour les louer ensuite, pour un prix symbolique bien entendu, à l'entreprise devenue coopérative.

La seconde combine consiste à payer (grâce aussi à une subvention de l’Etat) de grosses indemnités de licenciement aux travailleurs de SeaFrance. Ces derniers ensuite reverseraient ces indemnités dans un pot commun "coopératif" pour trouver les 30 ou 40 millions nécessaires à la survie, toute provisoire et problématique d'ailleurs, de cette entreprise nouvelle.

Il est clair que, dans un cas comme dans l'autre, la mystification est des plus évidentes, au point qu'on hésite même à parler de mystification ! C’est évidemment l'État qui paiera dans l'un et l'autre cas, que ce soit en donnant à SeaFrance les moyens d'acheter les navires pour les louer ensuite, pour rien, à la coopérative, soit en lui donnant, sous la table, l'argent qui sera ensuite versé à titre d'indemnités de licenciement.

Tout cela est de la plus grande naïveté et ne trompe absolument personne, car à Bruxelles, pendant ce temps, tout le monde regarde l’avion. L’entourloupe a pour seul avantage de donner une posture avantageuse aux sauveteurs de SeaFrance, pour quelques mois du moins, mais ils n’en veulent pas davantage !

En effet, il est tout à fait évident que, dans un cas comme dans l'autre, ce qui compte est de gagner quelques semaines (124 jours pour être précis) ; à partir du mois de juin 2012, je pense que tout le monde se désintéressera totalement de l’état et de l'avenir de SeaFrance.

Tout cela est d'autant plus totalement absurde que ces mesures sont, en fait, autant d’emplâtres sur une jambe de bois.

SeaFrance est, en effet, depuis plusieurs années, dans la plus grande difficulté pour une raison extrêmement simple qui est qu’elle n’a plus de clients car les données du trafic sur (ou sous) la Manche ont été complètement changées.

Cela est dû surtout au tunnel sous la Manche par lequel passent désormais au moins 50 % du trafic (un peu plus même pour les passagers, un peu moins pour le fret). Le reste du marché est occupé par des sociétés qui, pratiquant des tarifs bien moindres que SeaFrance qui est en manifeste sureffectif, ont monopolisé tout le reste du trafic.

Au-delà de son sauvetage, tout illusoire et provisoire bien entendu, le problème de SeaFrance est qu'elle a plus de personnel que de clients et qu'elle n'en aura pas davantage dans six mois, fût-elle une coopérative financée en douce par les deniers de l'État via les prétendues indemnités de licenciement.

On comprend tout à fait, dans ces conditions, qu’un certain nombre de travailleurs de SeaFrance, qui ont les yeux ouverts, soient très réservés voire réticents à l'égard de cette solution. S'ils peuvent se réjouir de voir leurs indemnités gonflées par le concours de l'État, ils savent qu'ils vont les perdre dans les mois qui viennent à travers le naufrage, inévitable et prévu, de la nouvelle société coopérative.

Je leur conseillerais volontiers, comme l’autre, « Prends l’oseille et tire-toi ! », si toutefois l’on ne met pas comme condition au versement des indemnités gonflées (50.000 ou 60.000 euros), l’engagement de les reverser aussitôt dans la coopérative !

lundi 2 janvier 2012

Au boulot pour le boulot !

Au lendemain des vœux de notre président, déclarant que la priorité allait être désormais la relance de notre économie et de l'emploi, conversation amicale et postprandiale avec un commercial de l'électronique.

Je lui fais part de la honte qui m’atteint quand je suis obligé de téléphoner en public avec mon vieux portable Nokia qui a bientôt une dizaine d'années d’âge. Comment user d’un tel appareil au milieu des téléphones ultramodernes que détient le moindre collégien quand il ne s'agit pas d'un enfant fréquentant l'école primaire, le tout sous le regard goguenard ou étonné de ces gamins? Je me cache donc dans un coin pour user discrètement et efficacement de mon bon vieux Nokia.

Cet ami, très informé, me fait un point rapide sur l'évolution de la fabrication des téléphones mobiles dans les dernières années.

Il y a quelques années encore (il m'a donné la date précise que j'ai oubliée), il y avait en France quatre fabricants de téléphones mobiles (je n’ai retenu que les noms de deux d'entre eux : Alcatel et Sagem) qui, dans cinq usines réparties sur le territoire national, produisaient l'essentiel des téléphones mobiles alors vendus en France.

Il faudrait signaler à notre président que, cinq ans plus tard, il n'y a plus en France aucune de ces usines et tous les téléphones mobiles vendus en France sont fabriqués à l'étranger. Je pense que la chose a dû échapper hélas à nos ministres de l'industrie successifs, y compris à M. Besson qui, nous dit-on, est pourtant un grand utilisateur de SMS et de Twitter.

Il est bien évident qu'on pourrait hélas faire la même consternante observation pour bien d'autres domaines et comparer notre politique avec celle d'autres Etats qui ne connaissent pas exactement les mêmes problèmes que nous.

Ce même ami, qui connaît bien le domaine, m'a signalé que se trouvait en Chine la plus grande firme du monde produisant des composants électroniques. Curieusement cette société, qui employait des centaines de milliers de Chinois dans ses usines, est, en fait, une firme taïwanaise. Suite à des difficultés sociales internes de ses entreprises de composants électroniques (grèves, suicides, etc...) liées aux épouvantables conditions de travail et ne s'estimant pas suffisamment soutenue par le gouvernement chinois (sans doute pas mécontent de garder un chien de sa chienne pour une société taïwanaise, même si elle employait des Chinois en Chine), la firme taïwanaise (dont j'ai aussi oublié dans le nom) a fermé toutes ses usines de Chine et licencié les centaines de milliers d’employés qui y travaillaient. En même temps (ou plus vraisemblablement juste avant !), elle a construit, à toute vitesse, des usines au Vietnam et elle y a transporté toute sa production en offrant d'ailleurs, comme on le fait chez nous, aux travailleurs chinois qui l’acceptaient, d'aller travailler dans ses usines du Vietnam.

Reste à savoir quelle position de repli restera, dans la suite, à cette firme de Taiwan ; tous les espoirs ne sont pas perdus car il y a tout de même encore le Bangladesh !