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samedi 19 février 2011

Coluche au trou!

Deux remarques liminaires pour les nobles étrangers qui pourraient me lire en des terres aussi lointaines que le Brésil, l’Australie ou les Émirats arabes unis.

Coluche est un humoriste français, trop tôt arraché par un camion à l'affection de ceux qui appréciaient ses plaisanteries. La France, quant à elle, est un pays prétendument démocratique où l'ordre moral le plus rigoureux et le plus stupide (excusez la tautologie, car un ordre moral est toujours stupide !) est en train de s'installer. On se borne encore, pour le moment, à chasser les humoristes des radios et des télés comme à les condamner dans des procès grotesques, mais tout donne à penser qu'on tardera pas à les mettre enfin et une bonne fois pour toutes en prison.

Le discours favori des tenants de l'ordre moral qui régissent les associations affichées comme antiracistes, qui sont le bras séculier de cet ordre et qui visent, à les croire, à instaurer une parfaite égalité entre tous les citoyens est, en fait, celui d’un égalitarisme forcené mais de façade ; il conduit certes à prétendre nier, au moins, dans les propos, des inégalités sociales, dont ces mêmes zélateurs de l'égalité s'accommodent, en revanche, parfaitement dans la vie courante. On peut même noter que bon nombre d'entre eux, dans leur vie politique ultérieure, ont utilisé, pour sauter, beaucoup plus haut et plus loin, que leurs capacités propres ne permettaient de le prévoir, le tremplin si commode et tellement gratifiant de cet égalitarisme. Je n'ose pas citer de noms de peur de me retrouver moi-même à l'ombre, mais je pense que vous pouvez aisément voir de qui je parle en ces termes.

Les conséquences de cet ordre moral nouveau se font sentir jusque dans la langue française qui présentent quelques expressions consacrées dont on doit désormais se garder absolument d’user. On a vu récemment un parfumeur en retraite devenu l’objet d’un lynchage médiatique de la part de cette presse bien pensante et menacé de toutes parts de procès (je ne sais pas s'ils ont été réellement intentés) pour avoir utilisé la vieille expression française « travailler comme un nègre » que Flaubert et quelques autres ont pu employer autrefois sans encourir les foudres de la justice. Ajouterai-je que le malheureux a eu la chance, dans son malheur, de ne pas qualifier le résultat de l'activité en cause de « travail d'Arabe », expression qui a pourtant donné son titre à un film récent. Dans ce cas-là, on aurait peut-être pu envisager pour lui le rétablissement de la peine de mort.

Il est heureux que Coluche soit mort assez tôt pour ne pas être taxé de racisme et se voir poursuivi sur ce chef d'accusation. En effet, les peuples d’Outre-Quiévrain étaient l’une des cibles favorites de ses plaisanteries et il avait toujours à raconter une histoire sur ceux qu'il appelait « nos amis les Belges ». Je précise, pour les mêmes nobles étrangers qui pourraient me lire, qu'il parodiait par la une expression familière qui fut même, un moment, le titre d'une émission télévisée connue, « Nos amis les bêtes ». Comme il aimait aussi à se moquer des syndicalistes (une de ces formules était la suivante : « Le capitalisme c'est l'exploitation de l'homme par l'homme, le syndicalisme c'est l'inverse ») aurait-il vécu jusqu’à nos jours qu’il aurait sans doute passé son temps dans les tribunaux avant de finir sur la paille humide des cachots pour racisme anti-belge et anti-syndical !

On a vu récemment deux humoristes bien connus et non sans talent, Stéphane Guillon et Didier Porte, chassés comme des malpropres de l'audiovisuel public pour avoir plaisanté quelques-uns de nos politiques qui, d'ailleurs n'appartenaient pas nécessairement tous au parti majoritaire.

L'affaire la plus récente est celle du procès fait à Éric Zemmour et qui vient de se terminer par la condamnation de ce journaliste qui, d’ailleurs, est plus un chroniqueur qu'un humoriste, mais qui avait eu le malheur de prétendre que le pourcentage des condamnés dans la petite délinquance était plus important chez les Blacks et les Beurs que chez les Caucasiens pur sucre. Un tel propos ne fait référence qu’à des statistiques et il est extrêmement discutable de feindre d'en déduire qu'au plan moral, les premiers sont inférieurs au second.

Il y a là, bien entendu, que la simple conséquence, tout à fait évidente, de facteurs sociaux qu’on ne peut guère contester. Ils font que ces populations, socialement marginalisés, en sont, par force et parfois, réduits, comme Panurge en son temps, à se procurer de l’argent « en façon de larcin furtivement fait ». lls ont, de ce fait même, infiniment plus de chances de s'exposer à des sanctions pénales que les populations aisées voire riches, classes sociales dont relèvent manifestement les nobles instigateurs de ces procès, qu’on ne voit guère mettre en oeuvre, hors des prétoires, la sollicitude dont ils font preuve en justice.

Dans l'ordre moral qu'on est en train d'instaurer en France, le pire n'est assurément pas la morale mais la sottise !