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dimanche 10 février 2013

L'effet canasson


Pire et plus grave que "l'effet papillon" (vous savez ce fameux battement d'ailes d'un papillon qui, produit à un bout de la terre, déclenche une tempête à l'autre bout), voilà que "l'effet canasson", à un bout de l'Europe (en Roumanie), ruine, à l'autre bout, l'un des fleurons de notre commerce extérieur (nous n'en avons plus guère !) : l'agro-alimentaire.

Quel est donc cet "effet canasson" en la circonstance ?

Les choses sont des plus simples ; en Roumanie, où, contre toute attente, on n'aime guère les Roms que l'on veut exporter vers l'Ouest, on a interdit la circulation traditionnelle des roulottes tirées par des chevaux. Que faire de ces pitoyables haridelles roumaines désormais devenues inutiles ?

Bon sang mais c'est bien sûr !

On va, elles aussi, les exporter vers l'Ouest comme les Roms eux-mêmes; toutefois, à la différence des individus, on ne peut pas espérer qu'on les renvoie, au bout de quelques mois, les poches lestées de quelques billets de 50 €. D'abord, les pauvres bêtes n'ont pas de poches! On va donc les expédier mortes pour les faire bouffer aux riches occidentaux, en leur faisant croire tout simplement que c'est du bœuf, car certaine bonnes âmes occidentales, en particulier de l'autre côté de la Manche, se refuseraient à consommer la viande des canassons roms.

Pour cacher la chose, on a donc monté un système rémunératieur (300.000 euros de bénef!), un peu compliqué mais infaillible et discret quoique souvent utilisé en Europe. Il consiste à faire passer la marchandise, dont on veut effacer l'origine et empêcher la "traçabilité" (devenue la douce manie des occidentaux), par différents pays, où on se demande un peu ce qu'elle va faire en la circonstance, sinon brouiller les pistes. C'était, semble-t-il, pour les rossinantes roumaines, Chypre, les Pays-Bas et le Luxembourg pour finir mais il y en a peut-être d'autres comme le Pays Basque, siège de la société en cause.

La barbaque, équine et roumaine, n'est même pas apprêtée dans notre beau pays dont la cuisine, qui occupe bientôt la première place dans le PAF, a été reconnue comme figurant dans le patrimoine mondial de l'Unesco. Or, les bidets roumains  sont accommodés et transformés en bœuf .... au Luxembourg qui, en fait, fabrique tous les plats cuisinés pour 16 pays d'Europe. Il faut que le Grand-Duc se décide à son tour à solliciter de l'Unesco la reconnaissance du magique hachis luxembourgeois comme relevant lui aussi du patrimoine mondial de l'Unesco. Ce ne serait assurément que justice!

Les premiers mets identifiés comme fabriqués à partir des bourrins de réforme roumains changés en charolais, l'ont été en Angleterre et ils provenaient de Findus dont, je l'avoue à ma grande honte, j'ignorais qu'il fût, en fait, suédois! Pire encore, la prétendue viande bovine y figure pour le moment du moins dans des spécialités italiennes, comme les lasagnes, ou grecques, comme la moussaka. Quelle salade si j'ose dire!

Je ne comprends pas d'ailleurs pourquoi on se plaint d'une telle affaire qui illustre, de façon si merveilleuse, l'activité effective de cette Europe dont on se plaint sans cesse qu'elle n'existe pas. Les "rosbifs", en la circonstance, bouffent de la moussaka et des lasagnes dont la viande hachée roumaine est fabriquée ou en tout cas cuisinée au Luxembourg, avant d'être expédié dans les Pyrénées d'où une société de courtage basque la vend à Findus, société suédoise implantée en France qui va ensuite la diffuser dans la plupart des grandes chaînes de notre pays (et pas spécialement d'ailleurs dans les low-costs où Monsieur Jean-Pierre Coiffe monte une garde vigilante). Ajoutons que cette viande, qui vient de haridelles de réforme roumaines, est passée auparavant par Chypre et les Pays-Bas avant d'arriver au Luxembourg. Plus européen que ça tu meurs!

On nous rassure en évoquant, partout et sans cesse, les contrôles sanitaires, mais les dits contrôles sont évidemment "bactériens" et non pas "génétiques" et d'ailleurs je ne suis pas sûr que  l'ADN des vieux canassons roms figure dans les bases de données dont disposent nos experts qui, comme souvent, en tout intérêt à ce que le système dur aussi longtemps possible.

José Bové, opulent député européen désormais bien loin de son Larzac, n'a plus besoin d'aller faire le coup de poing dans les Mac Do et les champs d'OGM ; il se bornera, comme toujours à dénoncer la "malbouffe", dont il n'a toujours pas compris qu'en écrivant ce mot comme il le fait ("malbouffe" et non pas "male bouffe  (comme "male peste"), il donne infiniment moins de force à sa condamnation, tout en se livrant à un attentat contre la langue française.

vendredi 14 mai 2010

Bruxelles : le Père Ubu une fois !

Terrifiante nouvelle : la Commission européenne, délaissant l’espace d’un moment, les dramatiques problèmes que posent à l’Europe, agitée de gravissimes convulsions monétaires et économiques, l’épaissseur des tranches de mortadelle et le pourcentage de substances autres que le cacao dans notre chocolat, souhaiterait désormais examiner, avant leur vote final, les budgets nationaux des Etats membres pour voir si y sont bien respectées, les inflexibles règles fixées par les accords de Masse-trique.

J’use de cette orthographe un peu dérogatoire ( mais bien moins toutefois que les pratiques budgétaires des Etats en cause !) en mémoire de la prononciation de ce toponyme par le premier de nos duettistes politiques d’un moment, Villiers et Pasqua, tandem comique trop tôt arraché à notre scène électorale. Le second a toutefois récemment fait un retour remarqué au théâtre judiciaire dans un grand classique du théâtre hispanique , la Verdad sospechosa (« La vérité suspecte ») dont Corneille s’était déjà inspiré dans son Menteur.

Les réactions dans les milieux parlementaires ont été aussitôt des plus vives, chacun s’accordant à considérer qu’il y avait là d’insupportables atteintes aux souverainetés nationales, oubliant sans doute au passage que ce contrôle, s’il n’était pas prévu a priori, l’était, en tout cas, a posteriori, ce qui au fond revient exactement au même, du moins dans le cas d’Etats-membres honnêtes, qui respecteraient leur signature, ce qui ne paraît pas être la norme.

On ne saurait, en effet, admettre, en pareil cas, que deux hypothèses hautement aventurées, pour ne pas dire totalement improbables.

La première est que des Etats s’assurent, à grands frais (des centaines de millions de dollars, ce qui après tout est peu de chose, si cela conduit, dans la suite, à encaisser, frauduleusement, des milliards de subventions européennes), les services d’un grand établissement bancaire étranger, expert dans le savant maquillage des documents budgétaires nationaux (ce fut le cas de la Grèce dès son entrée dans l’UE).

La seconde hypothèse est que des Etats, plus considérables que la Grèce sur le plan politique, promettent, chaque année, avec la même sincérité touchante, de ramener au dessous ou, au pire, au niveau des fameux 3% du PIB, leur déficit budgétaire… de l’année suivante, selon le principe, bien connu et quasi universel, des « serments d’ivrogne » et du « Demain on rasera gratis ». Non seulement le premier n’exclut en aucune façon le second, mais il se combine le plus souvent admirablement avec lui, comme le démontre toute l’histoire budgétaire récente de l’Europe, ces déficits censés se limiter à 3% s’échelonnant, en réalité, de l’aveu même des Etats, entre 5 et 10%. De tels pourcentages ne concernent que les déficits avoués, tout le monde sachant bien, à Bruxelles comme à Rome ou à Lisbonne, que ces comptes présentés par les Etats sont aussi tous plus ou moins truqués, sur ces points précis en tout cas. Dans le palmarès des fraudes à l’Europe, il n’y pas que les embrouilles transalpines (les Italiens sont en tête pour la fraude à l’Europe) et les vaches corses !

Si je ne l’avais pas faite déjà (et si j’ai des lecteurs anciens et fidèles, ça va se voir !) , je dirais volontiers que la Commission de Bruxelles est née de l’union burlesque du Père Soupe (mais peut-être avais-je finalement préféré Frantz Kafka pour la noblesse du propos) et de la Mère Ubu, sans que la paternité du Père Ubu puisse être écartée de façon sûre.

Tout cela est à mourir de rire (MDR ou LOL comme vous voudrez) ou à tomber de sa chaise (mais comme je suis déjà beaucoup tombé ces derniers mois, je m’arrime), au moins pour deux raisons évidentes que je formule sous la forme de deux questions.

Première questiion
En quoi un contrôle a priori de Bruxelles est plus scandaleusement attentatoire aux souverainetés nationales qu’un contrôle a posteriori, si cette procédure a été admise par l’adhésion au traité et si les règles de ce traité sont appliquées, comme cela devrait être le cas, avec rigueur et si sont prises réellement, en cas de manquement, les sanctions sévères qui s’imposent ? La Masse-trique de Monsieur de Villers ne serait-elle, au mieux, qu’un léger plumeau ?

Deuxième question
Si les censeurs de Bruxelles se sont laissés si facilement berner depuis huit ans (accord de Maastricht) par les documents comptables et budgétaires que les Etats leur fournissaient, pourquoi ne pourrait-on pas continuer à le faire, la falsification étant, de toute évidence, encore plus facile, à réaliser avant qu’après le vote des budgets nationaux et les décisions budgétaires modificatives donnant encore un peu plus de latitude aux Etats ?