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mardi 12 février 2013

"Les chevaux de Findus, une vieille, très vieille affaire"


"Les chevaux de Findus, une vieille, très vieille affaire"

Cet article [de Gérard Luçon] avait été proposé en 2011 et pas retenu, et voilà que, grâce à Findus et aux suédois, il refait surface

Roumanie, chronique d’un massacre pour nos boucheries chevalines

Il y a quelques mois, en février 2011, un article paraissait dans la presse roumaine, signé Cornel Ivanciuc, dont voici de larges extraits, traduits en français :

Son titre : « Y aurait-il en Roumanie une mafia de la viande, en liens avec des français et des italiens notamment ? »

« Lorsqu’il était Ministre de l’Agriculture roumaine, Gheorghe Flutur a été contacté par le patron du « complexe de viande de Bordeaux ». En date du 22 mai 2006 ce patron a même écrit au Ministre, précisant que, « suite à ses nombreux voyages en Roumanie, je vous réitère ma proposition d’acheter tous les chevaux malades (atteints par l’AIE, anémie infectieuse équine) soit environ 14 à 15.000 chevaux ».

« L’offre de ce français (qui répond à un nom basque bien connu du côté de Bayonne) présentait une cotation, soit 200 euros la tonne, et une proposition de lieu d’abattage, à savoir dans les locaux de la Société Européenne de Sibiu, Strada Ecaterina Teodoroiu nr. 39, société créée en 1994, avec une longue expérience dans le domaine de la commercialisation de viande de bovins, ovins et chevaux. Il semble que cette offre ait été suivie d’effet puisqu’une grande quantité de chevaux roumains sont venus compléter la demande de l’Union Européenne de 2,3 millions de chevaux par an. Initialement le Ministre avait annoté le courrier en provenance de France d’un « rog analiz » (je demande une analyse), en date du 25 mai 2006. A cette époque la consommation de viande de cheval ne faisait pas l’objet d’une loi européenne. C’est seulement en 2009 que l’UE a fait ses premiers pas notamment dans le but d’interdire l’abattage des chevaux en vue de la consommation, pour des raisons sanitaires, puisque les médicaments pouvaient pénétrer l’organisme des consommateurs.

Toutefois le modèle « Flutur » semble avoir très bien fonctionné. Par exemple en avril 2010 étaient comptabilisés sur le territoire roumain 7.500 chevaux atteints de cette anémie infectieuse, dont 400 dans le département de Brasov. Ces derniers ont été sacrifiés dans un abattoir spécialisé et leur viande est partie vers l’Italie pour y préparer des saucissons secs….

En 2008, la Roumanie a exporté 3.300 tonnes de viande de cheval, dont une grande quantité provenait de ces animaux atteints de l’AIE. En 2009 ce sont 14.000 chevaux vivants qui ont été de nouveau expédiés vers l’Italie. Un rapport de la Direction pour l’alimentation et les services vétérinaires de la Commission Européenne a mentionné l’échec complet de l’identification des chevaux au moyen de « chips », en ce qui concerne la Roumanie. Ces chevaux sont encore et toujours sacrifiés dans des abattoirs illégaux, et les animaux malades continuent à ne pas être marqués donc restent non identifiables. »

2 petits ajouts à ces extraits :

-Les paysans qui reçoivent la visite des services vétérinaires roumains touchent une indemnité de 350 lei par animal réquisitionné (soit 85 euros), à peine de quoi louer un tracteur pour retourner leur terrain la saison prochaine. Car en Roumanie un terrain agricole non entretenu entraîne automatiquement une amende de l’Etat… la boucle est bouclée … reste à vérifier si les responsables des services vétérinaires ont reçu des aides de l’UE pour investir dans les tracteurs agricoles …

-sur France 24, l’émission « Reporter » a programmé en juillet 2011 un reportage sur le futur abattage des chevaux sauvages, en liberté dans le Delta du Danube (une réserve naturelle de plus de 3.000 km² enregistrée dans le projet Nature 2000 de l’Union Européenne). Ces chevaux sont plusieurs milliers, ne sont pas malades, et paraît-ils abiment les cultures !?!?

Nul doute qu’un lien existe entre ce besoin en viande de cheval sur les étals de France et d’Italie et ce massacre programmé. Nul doute que ce sont les mêmes margoulins qui sont derrière. Nul doute que les projets de l’Union Européenne ne sont pas vus de la même manière selon qu’on se trouve à Bruxelles, Bucarest ou Européenne ne sont pas vus de la même manière selon qu’on se trouve à Bruxelles, Bucarest ou Bayonne !

Monsieur Gérard Luçon a bien voulu apporter un commentaire à mon post ("L'effet canasson" que j'avais publié aussi, comme je le fais parfois, dans Agoravox.fr) pour me faire connaître ce texte de lui qui éclaire l'affaire d'un jour nouveau...et inquiétant. Voici quelques éléments de son CV qui figurent dans son blog :

"Ancien Directeur au Ministère de la Justice
Ancien Directeur de Handicap International puis de Le Chèque Déjeuner en Roumanie
Officier de l'Ordre National "Steaua României"
Auteur de Aventures, Contes et Histoires Africaines (Ed. Harmattan)

Excommunié en 1738 [sic]
J'ai vécu en France, au Sénégal, en Roumanie et en Chine, suffisamment à chaque fois pour y connaître plus ou moins les gens, leur histoire, leur identité et leur culture.
La liberté d'expression impose que tout texte proposé, et dont l'auteur est réellement identifiable, soit publié. Voila pourquoi je n'émettrai jamais aucun avis sur des auteurs non identifiables, et voila aussi pourquoi je ne donnerai jamais un avis négatif pour ceux identifiables, considérant que tout écrit mérite d'être publié, chacun devant assumer ses écrits et également les commentaires qu'ils engendrent.".

dimanche 10 février 2013

L'effet canasson


Pire et plus grave que "l'effet papillon" (vous savez ce fameux battement d'ailes d'un papillon qui, produit à un bout de la terre, déclenche une tempête à l'autre bout), voilà que "l'effet canasson", à un bout de l'Europe (en Roumanie), ruine, à l'autre bout, l'un des fleurons de notre commerce extérieur (nous n'en avons plus guère !) : l'agro-alimentaire.

Quel est donc cet "effet canasson" en la circonstance ?

Les choses sont des plus simples ; en Roumanie, où, contre toute attente, on n'aime guère les Roms que l'on veut exporter vers l'Ouest, on a interdit la circulation traditionnelle des roulottes tirées par des chevaux. Que faire de ces pitoyables haridelles roumaines désormais devenues inutiles ?

Bon sang mais c'est bien sûr !

On va, elles aussi, les exporter vers l'Ouest comme les Roms eux-mêmes; toutefois, à la différence des individus, on ne peut pas espérer qu'on les renvoie, au bout de quelques mois, les poches lestées de quelques billets de 50 €. D'abord, les pauvres bêtes n'ont pas de poches! On va donc les expédier mortes pour les faire bouffer aux riches occidentaux, en leur faisant croire tout simplement que c'est du bœuf, car certaine bonnes âmes occidentales, en particulier de l'autre côté de la Manche, se refuseraient à consommer la viande des canassons roms.

Pour cacher la chose, on a donc monté un système rémunératieur (300.000 euros de bénef!), un peu compliqué mais infaillible et discret quoique souvent utilisé en Europe. Il consiste à faire passer la marchandise, dont on veut effacer l'origine et empêcher la "traçabilité" (devenue la douce manie des occidentaux), par différents pays, où on se demande un peu ce qu'elle va faire en la circonstance, sinon brouiller les pistes. C'était, semble-t-il, pour les rossinantes roumaines, Chypre, les Pays-Bas et le Luxembourg pour finir mais il y en a peut-être d'autres comme le Pays Basque, siège de la société en cause.

La barbaque, équine et roumaine, n'est même pas apprêtée dans notre beau pays dont la cuisine, qui occupe bientôt la première place dans le PAF, a été reconnue comme figurant dans le patrimoine mondial de l'Unesco. Or, les bidets roumains  sont accommodés et transformés en bœuf .... au Luxembourg qui, en fait, fabrique tous les plats cuisinés pour 16 pays d'Europe. Il faut que le Grand-Duc se décide à son tour à solliciter de l'Unesco la reconnaissance du magique hachis luxembourgeois comme relevant lui aussi du patrimoine mondial de l'Unesco. Ce ne serait assurément que justice!

Les premiers mets identifiés comme fabriqués à partir des bourrins de réforme roumains changés en charolais, l'ont été en Angleterre et ils provenaient de Findus dont, je l'avoue à ma grande honte, j'ignorais qu'il fût, en fait, suédois! Pire encore, la prétendue viande bovine y figure pour le moment du moins dans des spécialités italiennes, comme les lasagnes, ou grecques, comme la moussaka. Quelle salade si j'ose dire!

Je ne comprends pas d'ailleurs pourquoi on se plaint d'une telle affaire qui illustre, de façon si merveilleuse, l'activité effective de cette Europe dont on se plaint sans cesse qu'elle n'existe pas. Les "rosbifs", en la circonstance, bouffent de la moussaka et des lasagnes dont la viande hachée roumaine est fabriquée ou en tout cas cuisinée au Luxembourg, avant d'être expédié dans les Pyrénées d'où une société de courtage basque la vend à Findus, société suédoise implantée en France qui va ensuite la diffuser dans la plupart des grandes chaînes de notre pays (et pas spécialement d'ailleurs dans les low-costs où Monsieur Jean-Pierre Coiffe monte une garde vigilante). Ajoutons que cette viande, qui vient de haridelles de réforme roumaines, est passée auparavant par Chypre et les Pays-Bas avant d'arriver au Luxembourg. Plus européen que ça tu meurs!

On nous rassure en évoquant, partout et sans cesse, les contrôles sanitaires, mais les dits contrôles sont évidemment "bactériens" et non pas "génétiques" et d'ailleurs je ne suis pas sûr que  l'ADN des vieux canassons roms figure dans les bases de données dont disposent nos experts qui, comme souvent, en tout intérêt à ce que le système dur aussi longtemps possible.

José Bové, opulent député européen désormais bien loin de son Larzac, n'a plus besoin d'aller faire le coup de poing dans les Mac Do et les champs d'OGM ; il se bornera, comme toujours à dénoncer la "malbouffe", dont il n'a toujours pas compris qu'en écrivant ce mot comme il le fait ("malbouffe" et non pas "male bouffe  (comme "male peste"), il donne infiniment moins de force à sa condamnation, tout en se livrant à un attentat contre la langue française.