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dimanche 6 mai 2012

Irrévérence.


La sarkozie étant réputée toucher à sa fin, peut-être la France va-t-elle enfin retrouver le droit à l'humour, voire à l'irrévérence et les humoristes ne seront plus chassés des institutions officielles faute de pouvoir être d'emblée expédiés directement à Cayenne ?

Une originalité du premier tour de cette élection présidentielle que peu de gens ont sans doute remarquée tient à ce que, pour la première fois, les personnes qui souffrent d'un handicap mental, ont été admises à prendre part au scrutin.

Dans le passé, les handicapés mentaux ne pouvaient être inscrits sur les listes électorales et prendre part au vote que dans des conditions particulières dont la principale était qu'ils fussent admis à y figurer par une décision du juge des tutelles. La loi sur le handicap de février 2005 a changé le code électoral et, depuis 2009, une personne handicapée mentale sous tutelle peut voter sans l'accord du juge.

Oserai-je affronter à nouveau les foudres de la censure, en supposant notre pays enfin libéré des ciseaux de l'Anastasie précédente, quoiqu'il ne soit encore que midi?

Certains aspects de la campagne et surtout certains discours d'un certain candidat (notez le singulier singulier) qui prend clairement les citoyens pour des demeurés dans ses palinodies me donnent à penser que si, par malheur, il l'emporte, une nouvelle étape devra être nécessairement franchie.

Non seulement les handicapés mentaux seront admis à voter, mais ils seront même désormais les seuls à pouvoir le faire!

vendredi 24 février 2012

Le "classico" raté de la présidentielle.

L'actualité me contraint à remettre à demain la suite du roman des CDS. Sans trop tomber dans le franco-français, comment ne pas dire quelques mots de l'émission de France2, intitulée, je crois, "Des paroles et des actes" et dont l'invitée était hier Marine Le Pen.

Le pauvre Pujadas, qui ne cesse de se mettre sur la pointe des pieds pour essayer de lutter "avec ses petits bras musclés" contre Laurence Ferrari, a évidemment essayé de refaire le coup de Paul Amar qui, faisant se rencontrer Jean-Marie Le Pen et Bernard Tapie, avait mis des gants de boxe sur la table. Cette facétie lui avait d'ailleurs, Dieu sait pourquoi, coûté sa place, ce qui n'est pas très grave, puisque nos journalistes sont si talentueux que, lorsqu'ils perdent une place (voir ce bon Monsieur Lenglet ou Madame Chabot), ils en ont une autre aussitôt, quand ils n'en n'ont pas déjà, auparavant, trois ou quatre en même temps. Ces situations entraînent beaucoup de frais de transport d'où leur régime fiscal très exceptionnel dont les bruits de suppression causèrent en 1997 la perte d'A. Juppé face à l'universelle hostilité de la presse à toute réforme de ce régime si avantageux!

L'affrontement Mélenchon-Le Pen devait être, pour Pujadas, le clou de la soirée (une sorte d'OM-PSG, un "classico" sans ballon et en plus saignant), voire celui de la campagne, même si Marine Le Pen avait refusé tout net d'être confrontée à Jean-Luc Mélenchon. France2 aurait beaucoup mieux fait de filmer les discussions entre Pujadas et Marine Le Pen plutôt que l'absence de débat entre Mélenchon et cette dernière qui, sans décliner l'invitation, s'est refusée obstinément à répondre aux questions de Mélenchon et à dialoguer avec lui.

Elle a eu bien tort vu la nullité des questions ! Mélenchon, que j'ai connu bien mieux inspiré, s'est en effet couvert de ridicule dans cette affaire. Il faut dire que les cadreurs (peut-être du FN ou sur l'ordre de Pujadas pour garder les téléspectateurs venus pour le pugilat et qui pouvaient craindre l'absence de Mélenchon) nous ont montré, une ou deux fois pendant les autres interventions, ce dernier, visiblement "épanoui, ravi", renversé sur son siège, manipulant ses lunettes et tendant vers l'objectif un menton vengeur, machoires serrées, l'air de nous dire qu'on allait voir ce qu'on allait voir. Cette attitude n'annonçait rien de bon pour la suite et cela n'a pas manqué. Heureusement pour lui, d'une certaine façon, Marine Le Pen s'est obstinée dans son refus de lui parler, alors qu'elle aurait pu, très facilement, le mettre dans les cordes, voire au tapis.

Dans un moment d'égarement sans doute et croyant sottement se gagner les électrices, Mélenchon a en effet attaqué Marine Le Pen sur le problème global de la parité hommes-femmes.

C'est pour le moins inattendu de la part d'un candidat mâle qui s'est imposé dans son mouvement face à des FEMMES qui auraient pu, plus légitimement que lui, prétendre à cet emploi de candidat, à commencer par Mme Buffet par exemple. Il aurait donc été facile à Marine Le Pen de le mettre face à une si énorme et flagrante contradiction et de souligner qu'à commencer par elle-même, la représentation féminine est bien meilleure au sein du Front National qu'au NPA. À croire que ses succès médiatiques récents commencent à tourner la tête à Mélenchon qui avait pourtant fait un début de campagne brillant.

Il aurait pu en être de même lorsque Mélenchon a ironisé sur le pourcentage des intentions de vote en faveur de Marine Le Pen (à la louche entre 16 et 20 %) ! Pour quelqu'un qui rame comme un malade pour atteindre les 8 %, il faut avouer que les choix tactiques mélenchoniens n'étaient pas très habiles et qu'elle aurait pu là aussi l'envoyer au tapis sans trop de problèmes.

Idem pour le couplet sur Brasillach ! Qui connaît Brasillach ?  En plus pas très habile d'évoquer Vichy  pour qui fut ministre aux ordres d'un président de la République décoré par Pétain de l'Ordre de la Francisque, grand ami du sinistre Bousquet (pourvoyeur des camps de la mort ; autre chose que le pauvre Brasillach qui lui a eu douze balles dans la peau) et, en plus, cerise sur le gâteau, le vrai père politique du Front National lui-même! Là encore Mélenchon pouvait en prendre plein la tronche! 

Mélenchon, en plus, a attaqué d'emblée Marine Le Pen sur le problème de l'avortement qui est effectivement tout à fait central et proritaire, vu la situation économique et sociale de notre pauvre pays. Mme Le Pen, dans le programme du Front National que je ne connais pas, proposerait que la sécurité sociale ne rembourse plus les IVG dites "de confort". Je n'ai pas de sentiment particulier sur cette question mais cette mesure n'est peut-être pas si absurde que ça, comme on va le voir, pour une raison purement statistique.

Ce qui est en revanche absurde est la démonstration (si on peut appeler ça une démonstration tant le raisonnement est aberrant) de Mélenchon qui prétend qu'elle voudrait par là réserver l'avortement à celles qui pourraient se le payer et donc d'exclure du bénéfice de son remboursement les pauvres filles qui n'ont pas les moyens de se l'offrir à leurs frais.

Pour ce qui me concerne et pour avoir vu tout récemment le nombre effarant d'IVG en France, je suis absolument stupéfait de constater qu'en dépit du développement extraordinaire et de la multiplication des moyens de contraception, il y a de plus en plus d'avortements de France : 210.000 en 2009 contre 200.000 dix ans avant ! Il semble pourtant moins traumatisant, plus raisonnable, plus normal et, disons le mot, plus économique d'essayer de ne pas faire d'enfants plutôt que d'être obligé de les supprimer, par une IVG, une fois conçus.

Il y a véritablement une énigme socio-psychologique dont je vois mal les causes et qui tient sans doute à l'absence quasi totale de précautions contraceptives alors que tous les moyens existent. En somme, on se fout d'une grossesse inopportune puisqu'il y a l'IVG gratuite (des amies de mes filles ont avorté quatre ou cinq fois avant 25 ans!). Si un sociologue du CNRS peut me donner la clé de ce mystère, je lui en serai très reconnaissant.

Le second problème et la seconde question que souhaitait poser Jean-Luc Mélenchon touchait aux votes de la droite au Parlement européen, mouvement européen auquel est rattaché le Front National. On s'y oppose, dit-il, systématiquement à des mesures en faveur de l'égalité entre les hommes et femmes. Jean-Luc Mélenchon avait-il un peu perdu pied devant l'attitude de son interlocutrice qui rangeait ses papiers et lisait son journal tandis qu'il vociférait devant un Pujadas dépassé, toujours est-il que sa question elle-même était parfaitement confuse et incompréhensible, indépendamment du fait que tout le monde se fout complètement du Parlement européen. Il ne sert à peu près à rien, sinon à entretenir grassement (sur un fastueux et  mirifique pied d'égalité) des hommes (comme Mélenchon) et des femmes (comme M. Le Pen) qui y font de temps en temps des apparitions et qu'on a désignés dans des élections fantoches, qui ne servent guère, en général, qu'à recaser les copains battus dans d'autres élections plus sérieuses et plus disputées (style le prétendu Harlem Désir).

Bref le match Mélenchon-Le Pen sur lequel comptait en ce pauvre Pujadas, tout à fait inconsistant voire débordé comme "animateur", pour exploser TF1, n'a pas eu lieu et le reste ne valait guère mieux. Il faut dire que Mme Le Pen est sortie facilement gagnante vu la piètre qualité de ses interlocuteurs et son habileté dialectique face à des interlocuteurs qui songeaient surtout à parler eux-mêmes et d'eux-mêmes.

Je ne parle même pas des deux prétendus journalistes qui eux aussi croyaient sortir vainqueurs sans problème de cette confrontation et qui s'en sont trouvés assez piteux, Namias (fils) un peu moins que sa consoeur pour avoir été plus prudent dans ses questions et ses interventions. Si j'avais à donner un conseil à ce grand professionnel de Pujadas (1,20 mètre au garrot!), je lui dirais de supprimer les interventions des journalistes, car elles sont sans le moindre intérêt et rendent cette émission d'une insupportable longueur. Je serais curieux de savoir la chute de l'audience entre le début et la fin, par ennui, endormissement ou fuite.

La partie économique était assurée, comme elle l'est bientôt partout dans les médias, par le dénommé François Lenglet dont la carrière est elle-même tout un programme. Ce grand "expert" économiste est, en effet, en tout et pour tout, titulaire d'une maîtrise de lettres modernes (fichtre!) ce que dissimule naturellement toutes ses "biographies" ;  son parcours professionnel est aussi étrange que sinueux. Marine Le Pen, qui avait préparé l'émission par des lectures de textes du dit François Lenglet, n'a pas eu de mal à le mettre en contradiction avec lui-même et ainsi, non sans adresse, à le faire parler à sa place, ce qu'il adore manifestement . Là encore le paradoxe du journalisme français fait que cet "expert" est, plus ou moins, désormais directeur de la rédaction de RMC-BFM-TV (la chaîne du grand capital et de Radio-Monte Carlo, la radio des bignoles) ce qui est pour le moins stupéfiant dans sa position. Une seule chose est sûre : on ne peut pas le soupçonner d'avoir bénéficié d'une "promotion canapé".

Le passage le plus intéressant de cette émission (pour ne pas dire le seul) a été la confrontation avec Henri Guaino qui, en revanche, en prévision des foucades de Mélenchon, a été des plus courtoises. Là encore, je trouve que Mme Le Pen qui, par ailleurs se sort assez bien des débats et des affrontements eux-mêmes (souvent, ce qui est assez adroit et inverse le débat, à partir des textes ou de propos de ses interlocuteurs), est meilleure sur le plan tactique que stratégique. Elle a en tout cas complètement loupé la conclusion de sa confrontation avec le conseiller spécial du Président de la République alors qu'à partir de ses propres textes et de ses réponses et prises de position curieusement sincères, elle avait réussi à lui faire dire, en gros, qu'il est à peu près en total désaccord sur tout avec Nicolas Sarkozy.

Comme elle avait la parole en fin de confrontation (Guaino ayant commencé l'entretien), elle a totalement loupé la conclusion, pourtant évidente, qu'elle aurait pu tirer, en soulignant combien il devait souffrir, dans sa position, en étant obligé de mettre en oeuvre et de soutenir une politique qu'il désapprouve fondamentalement dans ses grandes lignes, ou bien (au choix) qu'il est un conseiller tout à fait "spécial" mais surtout en ce sens que les conseils qu'il doit vraisemblablement donner, vu son honnêteté intellectuelle, ne sont jamais suivis ni même écoutés par celui qu'il est chargé de conseiller !

Elle a loupé là un superbe numéro... à faire pleurer un seau à charbon, comme disait ma bonne grand mère!

dimanche 10 juillet 2011

Tapie, Lagarde et Borloo ; un fusil pour tirer dans les coins (n° 2)

En écrivant ce titre, je m'aperçois qu'en fait j'aurais plutôt dû écrire, pour des raisons de logique chronologique qui apparaîtront dans la suite "Borloo, Tapie et Lagarde". Je précise d'emblée que mes remarques ne sont en rien juridiques (je n'entends rien à la chose, comme d'ailleurs, me semble-t-il, nombre de commentateurs, y compris parmi les juristes, le droit étant tout ce que l'on veut sauf une science exacte). Je ne veux ici que rapprocher quelques faits et, pour l'essentiel, des dates.

En dépit de mes recherches, je n'ai pas été en mesure de savoir quand et par qui a été prise la décision de mettre en place un tribunal arbitral pour revenir sur l'affaire Tapie qu'on pouvait croire réglée.

Octobre 2006 [début de la campagne de l'élection présidentielle de 2007] : la Cour de cassation casse la condamnation du CDR à verser 135 millions de dommages et intérêts à Bernard Tapie, estimant qu'aucune faute n'était caractérisée à l'encontre du Crédit Lyonnais lors de la cession du groupe Adidas à Robert Louis-Dreyfus en 1993-1994.

Fin 2006-début 2007. B. Tapie, qui joue l'ambiguïté et l'hésitation entre la division de la gauche (via le PRG) et le soutien à Sarkozy via son ami Borloo, penche de plus en plus nettement et ouvertement pour la seconde ligne : "Sarkozy et Jean-Louis Borloo ont mes faveurs". (Le Point)

18 mai 2007 : Jean-Louis Borloo devient ministre des finances, de l'économie et de l'emploi du gouvernement Fillon. Il sera détrôné dans cet emploi le 19 juillet 2007 pour devenir, plus modestement ministre de l'écologie, avec pour le consoler le titre de ministre d'Etat.

Sans qu'on sache exactement quand et par qui a été prise une décision si importante, un projet d'arbitrage dans l'affaire Tapie, qu'on croyait définitivement close depuis un an, est formé puis présenté et accepté, contre toute attente, par le CDR dès octobre 2007. La conception, le choix des membres du tribunal arbitral, qui ne peuvent être que des personnes physiques, la définition des modalités de leur intervention (on parle d'un million d'euros pour les trois septuagénaires pressentis), leur accord, leur acceptation par le CDR, tout cela suppose des négociations et un accord des deux parties. Christine Lagarde, en poste depuis moins de trois mois (dont le mois d'août), n'a guère pu être en mesure de concevoir et de conduire à son terme une procédure si ardue et si complexe. N'a-t-elle pas trouvé le paquet tout ficelé sur son bureau en arrivant à Bercy et en prenant la succession de Borloo? Ne lui ferait-on pas, après coup, porter un chapeau qui n'est pas le sien ?

Juillet 2008 : après la décision du tribunal arbitral, le MoDem et le PS protestent mais à mots couverts et sans jamais prononcer le nom de Borloo. F. Bayrou invoque "les protections" de Bernard Tapie et parle d'"un renvoi d’ascenseur par Nicolas Sarkozy au soutien de Bernard Tapie lors des Présidentielles 2007". Le PS, par la voix de J.M. Ayrault, demande même, non sans humour, à Christine Lagarde de "saisir la justice". Celle-ci, le 28 juillet 2008, se borne à enjoindre aux représentants de l'Etat au conseil de l'EPFR de ne pas s'opposer à la décision de la direction du CDR de ne pas former de recours contre le jugement arbitral (ce qui aurait été possible dans le mois suivant la décision).

Juillet 2011. Epilogue ou nouvel épisode?
La commission des requêtes de la Cour de justice de la République a reporté sa décision, annoncée pour le 8 juillet 2011 au 4 août parce que, selon Europe 1, l'un de ses membres se serait senti dans l'obligation de se récuser le 7 juillet au soir.

La nuit, dit-on, porte conseil ; la soirée du 7 juillet aussi! En effet, un des membres de la Cour de justice de la République saisie du dossier depuis le mois de mai, Madame Laurence Fradin s'est avisée soudain, (Bon sang mais c'est bien sûr!), qu'elle est mariée à Pierre Joxe, ancien président de la Cour des Comptes et ancien ministre socialiste de Mitterrand comme Bernard Tapie et, en outre, qu'elle a eu à connaître du dossier Tapie quand elle était elle-même à la Cour des Comptes ! Mieux vaut tard que jamais!

Lagarde ou Borloo? Sur qui le fusil est-il braqué en réalité?

Christine Lagarde, désormais bien installée sur les rives du Potomac demeure une cible possible mais très théorique pour deux raisons. La première est que, si le FMI n'aime pas voir son directeur général trousser les servantes (au Sofitel) ou ses collaboratrices (au FMI), les magouilles internes à Bercy ne préoccupent guère l'américain moyen. En outre, seconde raison plus forte, comme le montre la simple chronologie que j'ai esquissée, Madame Lagarde n'aurait guère de mal à démontrer qu'elle n'est en rien à l'origine de cette affaire dont elle n'a assumée, en fait, du fait de sa fonction, que les conséquences.

En revanche, il y a là un excellent moyen de remettre dans le droit chemin Jean-Louis Borloo s'il venait à tendre à s'en écarter trop! Mieux vaut donc garder le plus longtemps possible le doigt sur la détente du fusil pour tirer dans les coins.

lundi 30 mai 2011

La communication marche au radar.

Comme j'ai eu l'occasion de le dire dans un blog précédent, j'ai peine à croire que l'agitation et les débats autour de la question des radars soient, par le plus grand des hasards pré-électoraux, de simples cacophonies gouvernementales, comme une gauche naïve et qui juge des autres à son aune, veut nous le donner à croire.

J'ai déjà exposé mon hypothèse qui est que toute cette affaire, après l'échec de l'opération sur le RSA, s'inscrit dans une entreprise de communication électorale visant la réévaluation du bilan du mandat présidentiel. Il s’agit de prendre le contre-pied du thème de l’autisme sarkozien, illustré surtout par deux grosses affaires sensibles, les retraites et la réduction du nombre de postes de fonctionnaires. On renonce au débat sur le fond (en dépit de la force incontestable des arguments comparatifs) pour une démonstration « in vivo » de l’écoute du bon peuple par le pouvoir.

Il s’agit de donner à penser qu’existent de prétendues divisions gouvernementales, de préférence sur des sujets mineurs, et qu’elles prouvent le caractère non-monolithique et même démocratique du pouvoir. On connaît la musique !

Si l'on prend le cas du RSA contesté par Laurent Wauquiez, comment faire croire à quiconque que le ministre ait pris une telle position sans le feu vert voire l’encouragement de Nicolas Sarkozy alors que on murmure qu'il serait un des successeurs possibles de Christine Lagarde à Bercy ? Peu importe d'ailleurs car DSK a fait foirer l'opération médiatique et anéanti le buzz espéré. On en a donc tenté une autre en touchant un sujet plus sensible pour les Français que Georges Pompidou définissait, dans son bon sens et en fin connaisseur car il en était un lui-même, comme des maniaques de la bagnole.

Le sujet, mieux choisi, a suscité une vive émotion en touchant à la fois les automobilistes eux-mêmes (surtout les deux ou trois millions qui possèdent, d'ores et déjà, des détecteurs de radar parmi lesquels les VRP, dès lors excellents agents de communication), mais peut-être surtout et aussi le lobby des fabricants de ces détecteurs et des téléphones qui en font désormais fonction et qui n'ont pas manqué d'agiter l'épouvantail économique du chômage pour la défense de leurs propres intérêts, selon une méthode parfaitement éprouvée et dont je parlais hier encore, à propos d’un tout autre sujet.

J'ai par hasard entendu, dimanche 29 mai au matin, sur une radio que je n'ai pas pris la peine d'identifier, un débat de plus à ce propos avec en particulier quelqu'un qui était clairement le représentant du lobby des fabricants de ces produits. La discussion, dont le fond importe peu, puisqu’on va, selon le plan prévu, vers une solution de compromis, qui démontre toujours comme prévu :
1. que ce gouvernement écoute les Français (même et surtout quand ils disent des sottises),
2. qu'il est ouvert au compromis (surtout si le problème en cause est pour lui qu'une importance secondaire, le seul important étant la réélection de Nicolas Sarkozy),
3. que la solution choisie ménage à la fois l'appétit de vitesse, non sanctionné pour les maniaques du volant, et les intérêts des fabricants de détecteurs de radar.

Ce débat a également permis de mettre en évidence, comme toujours, l'absence totale d'esprit critique, pour ne pas dire la servilité, du journaliste qui s'est bien gardé de souligner la faiblesse insigne des arguments de son interlocuteur et le fait que seule la défense de ses intérêts personnels le guidait dans cette affaire.

Je vous la fais courte (comme il est toujours nécessaire dans un blog). On ne touche en fait à rien et on se bornera à baptiser les détecteurs de radar, toujours autorisés, « détecteur de zones dangereuses », qu'il y ait ou non des radars en dans le coin.

Mort de rire ! Connaissez-vous, sur l'une ou l'autre des routes françaises, une zone qui ne soit pas potentiellement dangereuse ? Les montées et les virages où il n’y a jamais de radars ne sont-ils dangereux ?

Le journaliste, dans un moment d'égarement sans doute, ayant posé une question relativement raisonnable (« Que va-t-il se passer pour les trois millions d'appareils déjà en circulation et qui signalent les radars et non les zones dangereuses ? »), le représentant de l’honorable corporation des fabricants de détecteurs a répondu aussitôt en bottant en touche et en bredouillant qu'on allait voir et qu'on allait organiser des concertations avec le gouvernement sur ce sujet. Nous voilà informés et surtout rassurés.

Il est évidemment stupide voire criminel, après avoir installé des radars sur le bord des routes pour repérer les conducteurs dont la vitesse est excessive, de permettre aux plus aisés d'entre eux d'équiper leurs bolides de détecteurs qui les avertissent la présence de ces mêmes radars et leur permettent de ralentir durant quelques secondes pour échapper aux contrôles dont ils sont prévenus. Les pauvres, eux, n’ont qu’à payer les amendes et perdre leurs points. En outre, ces équipements sont en usage sans doute depuis dix ans mais il a fallu une année préélectorale pour qu'on prenne conscience du problème. Le prétexte de l’augmentation du nombre des morts par rapport à l’an dernier est une blague de plus ; ce n’est là qu’une question de nombre de week-ends et surtout de météo !

En l'occurrence, le coup a été bien joué. On se gagne la sympathie des piétons, des conducteurs raisonnables et des victimes potentielles des chauffards en faisant croire qu'on s'occupe de la sécurité mais, en même temps, on légitime, par un artifice sémantique dérisoire (le passage de « radar » à « zone dangereuse »), un usage que le moindre bon sens devrait conduire à interdire totalement puisque le système des détecteurs de radar, loin de freiner les appétits de vitesse des maniaques, les encourage au contraire puisqu’ils peuvent, dès lors, se livrer impunément à leur délire favori.