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samedi 31 août 2013

Boillon gras

L'arrestation de Boris Boillon et de sa mallette lourde de 350.000 euros en billets de 500,le 31 juillet 2013,  à la Gare du Nord me conduit à republier, pour partie et avec quelque aménagements (en particulier pour le titre qui de "Boillon de culture" devient "Boillon gras"), l'un de mes posts de 2010. La première phrase est quasi prophétique comme vous le constaterez d'emblée.

"Boris Boillon. Voilà un homme qui a su, pour partie involontairement sans doute, faire le buzz.

Comme Cronin dans Les clés du royaume, que j’ai lu quand j’étais petit, j’aborderai le sujet par « Le commencement de la fin ».

Sans que j’ai bien su si c’était par « Facebook » ou par « Copains d’avant », notre héros ; Boris Boillon (BB2 pour faire plus court mais aussi le situer par rapport à la première) a conquis, en un instant ou presque, la gloire médiatique grâce à une photo de lui placée dans l’un ou l’autre de ces réseaux. Je dois à la vérité de dire que, peu familier de tels lieux de la toile , je n’ai pas eu le courage d’aller vérifier, me satisfaisant d’abord, dans un premier temps, avant investigation plus précise, de la photo de BB2 brandie avec indignation par Marine Le Pen, qui la jugeait attentatoire à la dignité du corps diplomatique français.

Il est vrai qu’après examen, plus approfondi mais facile, car tous les sites de videos l’ont reproduite à l’envi, je dois dire que la photo de son Excellence Boris Boillon n’est pas piquée des vers ni même des hannetons. Je pense qu’elle a été faite, par ses soins, pour participer au concours de la meilleure photo de couverture pour le magazine Têtu ! Elle a sans doute été jugée trop peu originale, car on en avait déjà vu une bonne douzaine du genre, même si les modèles, dans ces cas, n’étaient pas en général des ambassadeurs de France. Peut-être ce cliché aurait-il été plus apprécié si son Excellence y avait été saisi dans un moment spécifique de sa vie professionnelle, une remise de lettres de créance par exemple. En revanche, cette photo, en maillot de bain moulant (style Jean-Marie Bigard ou, mieux encore, Franck Dubost), le torse épilé et huilé mettant en valeur des abdominaux chocolatés, soigneusement travaillés avant et en vue de la prise de vue.

En tout cas, après avoir posé quasi nu, voilà BB2 « habillé pour l’hiver » ; les émissions satiriques, des « Guignols de l’info » (en baisse ! Au secours Gaccio !) au « Petit Journal » de Yann Barthès (en hausse) vont s’en donner à coeur joie durant une bonne quinzaine (et plus si affinités !).

« Tout le monde n'a pas eu la chance d'avoir des parents communistes » était le titre d’un film de Josiane Balasko ; Boris Boillon l’a eue, lui, cette chance ; il en a hérité un prénom russe et une initiation à l’arabe qui a été à l’origine de sa fortune diplomatique. En effet, ses parents (des enseignants « pieds rouges ») sont partis en Algérie pour aider à la décolonisation du nouvel Etat. BB2 y a donc, été, inévitablement et sans mérite particulier, initié à cette langue jusqu’à son retour en France.

Etudes parisiennes modestes (IEP et INALCO) ; n’étant pas énarque, il ne pouvait guère espérer mieux qu’un poste de consul en fin de carrière. En fait, il sera nommé ambassadeur à 40 ans après de fructueux passages dans la mouvance de Nicolas Sarkozy, au ministère de l’intérieur d’abord, puis à l’Elysée. C’est sa connaissance de l’arabe qui est à la base de ses promotions. Cette circonstance amène d’ailleurs à s’interroger sur l’usage, plus intelligent, que pourrait faire la France, dans sa politique extérieure, des Français issus de l’immigration dont les savoirs culturels et linguistiques seraient sans doute utiles dans divers lieux du monde.

« Le commencement de la fin ». J’ai vu BB2 pour la première fois, comme tout le monde, chez Denisot, à un « Grand journal » de Canal +, fin novembre 2010. Il y a fait un numéro assez insupportable de suffisance et de satisfaction de soi, agrémenté de rodomontades ridicules sur ce qu’on allait voir, grâce à lui, en Irak, pays qu’il a quitté quelques semaines plus tard ! Il y a parlé, en particulier, de son amitié avec Kadhafi, faisant un éloge ému de ce dernier et confiant, non sans satisfaction, que Mouammar l’appelle « son fils ». J’ai appris, dans la suite, que sa fortune auprès du président de la république tient au rôle majeur que BB2 a joué dans la libération des infirmières bulgares, dont le succès a été attribué, ensuite, urbi et orbi, à Cécilia, pour les raisons que l’on sait !

Passons sur les détails. Vu cette première prestation à Canal +, la suite ne m’a guère étonné et en particulier son comportement, inoui de morgue, d’arrogance et surtout de sottise, à l’égard de la journaliste tunisienne (une femme donc !) qui interviewait le tout nouvel ambassadeur de France, à peine débarqué. Sans vouloit tirer sur une ambulance, deux remarques pour conclure sur le personnage. Obligé de faire amende honorable, il l’a fait en arabe, en ânonnant laborieusement un texte qu’il lisait manifestement mot à mot. D’autre part et surtout, un ambassadeur de France, qui a dû aller un peu à l’école, devrait savoir qu’on « présente des excuses » et qu’on ne « s’excuse pas », car si l’on peut « s’excuser » soi-même, à quoi bon faire une telle démarche ?".

Peu fait pour la diplomatie (on l'a vu, de toute évidence, il ne devait cet emploi qu'à la faveur du prince), Boris s'est reconverti, avec succès semble-t-il, dans le transport des valises, sans savoir que, quinze jours plus tard, la mort allait le priver du coûteux mais précieux secours de Jacques Vergès, le spécialiste en la matière, auquel je reviendrai lundi.

mercredi 29 mai 2013

La France au Mali : tout baigne !


"Quand nous aurons le vote de la population malienne en direction d’une nouvelle présidence, puis des élections législatives en même temps que le dialogue, en même temps que la sécurité, en même temps que les outils du développement économique, que la réinstallation de l’administration malienne dans l’ensemble du territoire, eh bien je pense que du bon travail aura été fait."

Et les villes à la campagne alors ?
 
Et tout le monde riche et bien portant plutôt que pauvre et malade ?

Telle est la conclusion de L. Fabius, au terme de son voyage à Niamey puis à Bamako (pas à Kidal rassurez-vous) , après l'adoption par le Conseil des ministres malien du projet de loi fixant au 28 juillet 2013 le premier tour de l'élection présidentielle (le second tour éventuel étant fixé au 11 août) montre que tout baigne, sans que toutefois que le terme précis de cette si favorable évolution soit précisé davantage.

Le "terminus ad quem" est, en la circonstance, le plus important mais le plus problématique, voire le plus incertain aussi ; le "terminus a quo", lui, il est désormais arrêté puisque les élections auront lieu, quoi qu'il arrive, y compris dans le Nord-Mali et à Kidal, le 28 juillet, ce qui naguère encore semblait fort improbable à tous les observateurs, mais où, comme l'a précisé notre ministre "des dispositions seront prises", sans qu'on sache en quoi elles consisteront ni comment elles régleront une question qui est à l'origine de tous les troubles du pays depuis un demi-siècle et des dissensions entre le Nord et le Sud depuis des millénaires.

Quelques menus détails restent certes à régler, comme l'établissement de listes électorales et la fabrication, inévitablement postérieure, de quelques millions de cartes d'électeurs (offrant, s'il vous plait, la photo de leur titulaire pour éviter toute fraude !). Cette fabrication (des cartes, non des listes!), comme le précise le ministre français, "a été confiée à une société" (formule d'un vague qui se veut rassurant, mais sur lequel l'absence de listes des électeurs jette une ombre d'inquiétude...). Bof ! Tout cela, vu du Quai d'Orsay, ne pose guère de problèmes.

Deux attentats meurtriers ont été commis tout récemment au Niger ; ces attaques ont visé un camp militaire nigérien à Agades et un site d'Areva à Arlit (lieu qui a déjà défrayé la chronique terroriste) donc des intérêts français. L. Fabius, au Sahel pour la deuxième fois en deux mois, s'était auparavant rendu à Niamey cette fois-ci. Tout le monde s'accorde désormais, pour le coup, à mettre en cause la Lybie d'où seraient venus les djihadistes dont certains se réclament pourtant du MUJAO. Le Premier Ministre libyen, Ali Zeidan, lui, nie ce point, ce qui rendra sans doute délicate l'action commune avec cet Etat que L. Fabius nous laisse espérer.

Il est clair que, de proche en proche, les risques terroristes et le malaise diplomatique gagnent tous les Etats de la zone. Les Tchadiens se regardaient, non sans quelques raisons, comme la "chair à canon" des troupes françaises dans le Nord-Mali où ils ont perdu deux ou trois cents hommes ; l'Algérie s'est vue atteinte dans ses oeuvres vives avec l'attaque de son champ pétrolier ; le Niger est désormais frappé (une vingtaine de morts avouée) ; la Lybie, elle, est à nouveau accusée.

Décidément, il se passe toujours quelque chose dans l'auberge sahélienne et nous ne sommes pas près d'en sortir!

 

 

vendredi 26 avril 2013

Qatar "bifrons" (1)


J'aime bien le titre du livre de Nicolas Beau et Jacques-Marie Bourget qui vient de paraître chez Fayard : Le vilain petit Qatar. Il est assurément bien trouvé, mais je lui préfère néanmoins celui que j'ai donné à ce post, même s'il est un peu pédant. L'épithète "bifrons" était celle que les Romains donnaient au dieu Janus qui, vous vous en souvenez peut-être, avait deux visages. Je crois assurément que si le Qatar est incontestablement petit, peut-être vilain, il est en tout cas, assurément, "bifrons" et en joue de façon systématique et, il faut bien le dire, assez réussie, pour l'instant du moins.

On l'a dit et écrit cent fois déjà, le Qatar est grand comme la Corse et il a, en gros, la population ; aux alentours de 200 000 habitants pour ne prendre en compte que ceux qui sont d'authentiques nationaux, les deux millions n'étant atteints que par l'adjonction 1.600.000 émigrés dont la grande majorité, les plus humbles, sont dans une condition qui est proche de celle de l'esclavage. En revanche ses richesses pétrolières et surtout gazières lui garantissent, selon les experts, le maintien de la manne financière dont il bénéficie pour cent soixante dix ans ! Le Qatar n'est dépassé, dans le classement des pays les plus riches, que par le Luxembourg qui assurément n'a pas de gaz, mais beaucoup de sociétés fort occupée à l''évasion et à la fraude fiscales.

Cela dit l'un et l'autre de ces leaders de la richesse mondiale pourraient être menacés dans leurs œuvres vives financières. Le Luxembourg par une réforme enfin sérieuse de la finance internationale qui assurément prendra beaucoup de temps et ne parviendra pas nécessairement son terme. Le Qatar par le fait que le fabuleux trésor gazier de North Dôme qu'il partage avec l'Iran, en dépit de son immensité et de sa richesse, est une ressource, sinon fragile du moins menacée, en raison de la folie belliqueuse de l'autre co-exploitant, l'Iran. En effet, si les événements liés aux ambitions nucléaires de l'Iran entraînaient des réactions violentes des États-Unis, probablement via Israël, les menaces sur le Golfe Persique et une éventuelle fermeture du détroit d'Ormuz pourraient, du jour au lendemain, interrompre les activités et les exportations gazières dans cette région, suspendant par là même la manne financière dont bénéficie le Qatar.

Contre toute attente, le Qatar a donc deux ennemis, bien différents, avec lesquels il vit pourtant en relativement bonne intelligence surtout le premier : l'Iran et l'Arabie Saoudite. Il est clair que la présence de ce puissant voisin qu'est l'Arabie saoudite est la menace la plus réelle. Une bonne partie de la politique du Qatar vise d'abord à s'assurer contre tout risque de ce côté-là. C'est probablement ce qui a conduit le Qatar accueillir deux bases américaines sur son territoire et même, semble-t-il, à assumer une bonne partie du coût de leur fonctionnement.

Il y a également une autre menace plus lointaine et d'un tout autre ordre. Elle tient à l'exploitation de nouvelles ressources pétrolières ou gazières ; on pourrait même dire que le principal ennemi, sur le plan économique, est pour le Qatar le gaz de schiste qui a déjà rendu les Américains quasi autarciques en matière d'énergie et dont l'exploitation ne peut qu'aller croissant malgré les cris des écologistes. Par ailleurs l'Australie va développer considérablement, dans les années à venir, ses infrastructures en matière de production gazière et concurrencer de plus en plus le Qatar en Asie. Dès lors, le principal client du Qatar pour son gaz ne peut être que l'Europe et il ne peut l'y acheminer facilement, comme il pourrait le faire, si l'Arabie Saoudite lui permettait d'établir des gazoducs sur son territoire, ce que refuse bien évidemment ce grand méchant voisin au gentil petit Qatar!

Il faut bien tout de même que j'en vienne à justifier cette insolite épithète latine dont j'ai affublé ce pauvre Qatar. On peut dire que les relations que le Qatar entretient avec les États-Unis illustrent parfaitement le double jeu du Qatar. En effet des relations bilatérales, comme on dit chez les diplomates, sont bonnes en apparence et les deux Etats ont même un pacte de défense. Pourtant, en même temps, le Qatar soutient, un peu partout, les Frères musulmans, ce qui est un peu étonnant vu la guerre que les États-Unis font au terrorisme. Ce double jeu est apparu nettement, comme j'ai eu l'occasion de le préciser dans l'un de mes posts intitulés "Honni soit qui Mali pense", à travers l'aide que le Qatar, sous couvert d'action humanitaire, a apporté aux djihadistes du Nord-Mali pourtant baptisés terroristes par la France et les USA.

Les choses sont toutefois rendues très compliquées par le fait que, non seulement le Qatar soutient des mouvements islamistes réputés terroristes, mais, en même temps, garde, ici ou là, des objectifs nationaux spécifiques qui l'ont conduit, par exemple, en Libye, à apporter son aide à la France et à la Grande-Bretagne dans la lutte contre le colonel Kadhafi. Il en est de même en Syrie où le Qatar soutient et arme les mouvements contre Assad, alors que naturellement l'Arabie Saoudite favorise le régime en place. La chose tient, dans le premier cas, à ce que le Qatar avait fait des investissements importants et entendait les protéger et même les faire fructifier, quelle que soit l'issue du conflit. Il n'a donc pas mis tous ses oeufs dans le même panierr, comme souvent ("bifrons"). En Syrie, les choses se présentent un peu différemment, même si le Qatar souhaite le départ d'Assad  dans l'espoir d'installer là-bas aussi les Frères musulmans.

Le double jeu qatari est illustré parfaitement aussi dans leur comportement à l'égard du football. Il est bien évident que ce sport n'est en rien enraciné dans la culture du Qatar; il y a là, sous couvert d'intérêt sportif, des ambitions à la fois financières et géopolitiques comme toujours avec le Qatar. L'affaire s'est jouée en particulier à travers les "influences" individuelles sur des personnages que ne tourmentent pas exagérément la déontologie et la question des conflits d'intérêts. C'est ainsi que, après Zidane, Michel Platini, membre du comité exécutif de la FIFA, qui a soutenu l'étrange projet du Qatar pour l'organisation de la Coupe du monde 2022, a vu son fils nommé conseiller juridique de Qatar Sports Investment ....par le plus grand et les plus heureux des hasards. De la même façon, le gendre du roi d'Espagne, accusé dans son pays de détournement de fonds publics, vient de se voir offrir la proposition d'être le coach de l'équipe de handball du Qatar. Tout cela permet naturellement de favoriser des décisions qui pourraient être discutables ou incertaines, car les traditions sportives, tant pour le football que pour le handball, ne sont pas totalement ancrées dans la culture de cet émirat.

Le vrai sport auquel devrait s'intéresser le Qatar est plutôt le billard, car il y possède manifestement des dispositions pour jouer à la fois sur plusieurs bandes.

(A suivre)

mercredi 24 avril 2013

Le triste automne des printemps arabes


Vous aurez comme moi observé, si vous avez regardé la demi-finale de la Coupe d'Europe de football, la publicité du Qatar sur les maillots du Barça. On a dû, là-bas, pour une fois, regretter cet investissement au spectacle de la dérouillée que les Barcelonais se sont vus infliger par les Bavarois. Petite remarque personnelle, en passant, liée à la nouvelle que le futur entraîneur du Bayern sera, sans doute, l'ancien entraîneur de Barcelone, Guardiola : ce dernier a dû commencer à conseiller ses anciens joueurs, ne serait-ce qu'à voir le pourcentage d'interceptions sur les passes qui a été réalisé par les Munichois. Il est vrai que la tactique du Barça a été toujours aussi stupide et que menés successivement 2, 3 puis 4 à zéro, ils ont continué à jouer à la passe à dix dans le rond central, ce qui n'est pas la meilleure façon de marquer des buts.

Mais laissons ce sujet qui n'est pas celui dont j'envisageais de traiter.

J'écoutais ce matin sur Europe, à 8h15, Monsieur Jean Glavany (député PS) qui causait de la Libye où il se trouvait en mission au moment de l'attentat contre l'ambassade de France à Tripoli. Monsieur Glavany est un homme sympathique, simple et franc dans ses propos en général et contre lequel je n'ai absolument rien.

Il avait passé, en mission parlementaire, deux jours à Tripoli et il s'y trouvait encore au moment où l'attentat eut lieu. Interrogé sur son origine, il l'a portée plutôt au compte des "terroristes" djihadistes contre lesquels la France a engagé la guerre au Mali. Son hypothèse n'est pas absurde, mais, en revanche, je me suis tapoté quelque peu le menton en écoutant Monsieur Glavany exalter l'image positive et même flatteuse qu'aurait conservée la France au sein du peuple libyen, ce qui le détourne de voir dans cette population l'origine de l'attentat.

Monsieur Glavany, homme de bon sens en général, s'engage beaucoup toutefois quand, après un séjour de 48 heures à l'ambassade de France à Tripoli, il s'avance hardiment pour parler de l'image de la France au sein du peuple libyen. Qu'en sait-il qu'il n'ait pas entendu, en réalité, dans les milieux diplomatiques locaux qui ne sont pas toujours, loin de là, le meilleur témoignage sur l'état d'esprit de la population locale dont ils sont fort éloignés ?

J'ai trop vu, et partout, ces représentations françaises à l'étranger, pour ne pas savoir que l'essentiel de ces 48 heures de la mission se sont passées entre soi et que Glavany n'a probablement pas eu le moindre contact avec la population libyenne. On se demande évidemment où il aurait pu la rencontrer et dans quelle langue il aurait pu avoir des entretiens avec des Libyens de la rue. Le monde diplomatique français vit la plupart du temps, là comme ailleurs, dans une bulle où le tennis et le bridge tiennent plus de place que les contacts avec la rue et j'ai toujours été confondu de son ignorance dramatique des réalités nationales qui l'entourent.

En réalité, tout le monde sait, sauf le Quai d'Orsay, que les prétendus révolutions arabes ("du jasmin" ou de toute autre désignation poéitique) ne conduiront qu'à la montée des divers islamismes, qu'ils soient celui des Frères musulmans ou celui des salafistes selon que les tireurs de ficelles sont le Qatar dans le premier cas où l'Arabie saoudite dans le second.

Ce qui vient de se passer en Libye se passe déjà, de façon moins spectaculaire ailleurs (ça a commencé au Yémen) et il suffit de regarder un peu ce qui l'évolution des situations en Tunisie, en Egypte ou en Syrie pour imaginer la suite des événements. Il faut une singulière naïveté ou une totale cécité ( l'une n'excluant pas l'autre) pour tenir des propos semblables à ceux de Monsieur Glavany, surtout au terme d'un simple séjour de 48 heures dans la résidence de l'ambassadeur de France ! Il a d'ailleurs lui-même illustré ce point en soulignant que le thème majeur du dîner du soir à l'ambassade, quelques heures seulement avant l'attentat, avait été la parfaite sécurité du pays qui commandait de faire passer du rouge au vert la Lybie dans les caretes des conseils aux voyageurs !

Jean Glavany s'est aussi félicité de l'action de la France au Mali et l'opinion nationale est quasi unanime ; tout baigne encore pour le moment, mais nous sommes loin d'en avoir fini et, comme je l'ai déjà souvent écrit dans ce même blog, nous ne sommes pas près de sortir de l'auberge sahélienne !

vendredi 8 février 2013

Honni soit qui Mali pense (N° 4) : The Toyota War


L'affaire du Mali est décidément pleine de surprises et ce n'est sans doute pas fini !

On se souvient que quelques centaines de soldats français devaient, en soutien logistique et appui aérien, n'intervenir que derrière les troupes maliennes et/ou, éventuellement, si elles arrivaient un jour, celles de la CEDEAO. Voilà que nous avons là-bas quatre mille militaires français sur le théâtre des opérations. Les affaires sont menées à la vitesse de l'éclair (moins d'un mois) et Gao, puis Tombouctou et enfin Kidal sont tombées comme des fruits mûrs dans l'escarcelle des forces françaises, même si l'affaire de Kidal mérite tout de même attention dans la mesure où les insurgés ennemis, devenus du jour au lendemain nos alliés, se sont opposés à l'arrivée sur place des troupes maliennes gouvernementales. On ne sait pas d'ailleurs trop en quoi consiste ces troupes quand on a vu, sur nos chaînes de télévision, les simulacres d'entraînement de troupes sans armes ni munitions qui devaient imiter les bruits de la guerre pour donner plus de vraisemblance ou, pire encore, l'antagonisme manifeste entre les bérets rouges et verts des forces du Mali (voir le post-scriptum de ce blog, à l'instant)..

Bref tout cela été rondement mené et les troupes françaises, les seules à intervenir pour autre chose que de la figuration, devraient, selon nos autorités, se retirer des opérations dès que possible.

"Hic jacet lepus" comme disait Jules César que j'évoquerai plus loin pour tout autre chose ! La commodité d'une telle expression tient à son élasticité ; comme je le disais dans un blog précédent, elle pose le même problème mais offre la même facilité que le refroidissement du fût du canon, cher au regretté Fernand Raynaud : cela peut prendre « un certain temps ».

Ne soyons pas mesquins et n'évoquons pas de prévisibles difficultés concrètes en envisageant, par exemple, le cas des troupes de la CEDEAO et, par exemple, des deux des principaux contingents qui pourraient l'alimenter, ceux du Tchad et du Nigéria. Je ne parle même pas ici de l'entraînement militaire de ces troupes car, vu la situation intérieure de ces deux pays, leurs militaires doivent être confrontés de façon fréquente à des situations de guerre. En revanche, la communication au sein de cette formation, même si elle est mise sous la tutelle de l'ONU, posera problème dans la mesure où, dans le meilleur des cas, les Tchadiens seraient francophones et les Nigériens anglophones. On devine déjà que cela pose quelques problèmes et qu'on ne peut guère envisager de les résoudre par le recours aux langues africaines, puisque elles ne sont évidemment pas communes à ces deux territoires et encore plus différentes entre elles que les deux idiomes européens. Comme disait le général, en de toute autre circonstance, on ne peut que leur souhaiter,par avance, bien du plaisir. Ajoutons, que ces troupes onusiennes ou autres ne brillent pas par leur discipline et que les situations dans lesquelles elles se trouveront pourraient conduire aux pires de ce qu'on appelle actuellement (le terme est à la mode) des "exactions".

Le problème pourrait susciter de nombreux commentaires, je me limiterai à deux, l'un lexical, l'autre historique, car je suis bien loin d'être un expert en stratégie militaire comme ces "'chers" pigistes qui hantent nos écrans et monopolisent les micros.

Quand on y réfléchit un instant, il n'y a pas lieu d'être tellement étonné de voir, dans la zone sahélienne, pratiquer l'enlèvement d'otages, dans la mesure où il y a là une pratique qui est multiséculaire sous la forme des "rezzous" où l'on se procurait non des otages mais des esclaves. Il y a même des précédents illustres plus anciens encore, dans un tout autre lieu, puisqu'on pourrait, au fond, assimiler la guerre des Gaules que Jules César a assez complaisamment décrite à une action de cette nature. Le principal et le vrai  but de César, qui ne le dit pas naturellement dans son De bello gallico, était de se procurer des esclaves dont la vente lui permettrait de financer son action politique. L'attaque de l'Andalousie par les Arabes (ou les Sarrasins comme on disait autrefois) est regardée par certains historiens comme une action initialement du même genre. Alors esclaves ou otages...Les seconds sont plus chers que les premiers puisque la France qui n'a jamais payé, a versé 17 millions de $. C'est comme ces mâles qui ne vont jamais aux putes !

Sans m'étendre davantage sur le lexique, je ne vous donnerai ici que le bref article que le TLF consacre au mot "rezzou".

"Rezzou : substantif masculin. Bande armée qui fait une razzia en Afrique du Nord et au Sahara; p. méton., razzia. Des rezzous (...) marchaient vers le sud, volant leurs chameaux par centaines (SAINT-EXUP., Terre hommes, 1939, p. 196).
Prononciation.: [ ]. Étymologie et histoire : 1883 r'zou « bande armée constituée pour un raid de pillage » (C. TRUMELET dans R. africaine, p. 121: le commandement de ce r'zou); 1897 rhezzou (Capitaine DE L'EPREVIER, Voyage dans le Sud Algérien in B. de la Sté de géogr. d'Alger, II, 1897, p. 260 cité par R. ARVEILLER dans Mél. P. Larthomas, 1985, p. 21); [...] Emprunt. à l'arabe. (prononcé  en ar. maghrébin) « expédition militaire, incursion, raid, attaque; troupe armée pour faire une razzia », mot de même orig. que razzia*. Le mot a plusieurs significations : employé en tant que nom commun : une razzia est une attaque, une incursion rapide en territoire étranger, dans le but de prendre le butin. Le terme provient du mot arabe ġazwa (غزو : raid ; invasion ; conquête). Au
Sahara, à l'époque où les Touaregs utilisaient cette pratique, cela prenait le nom de rezzou." TLF.

J'introduirai ma seconde remarque, historique celle-ci, par référence au titre même de ce blog qu'il me faut bien expliquer. Il s'agit là d'une histoire beaucoup plus récente puisqu'il s'agit de la guerre entre le Tchad et la Libye dans les années 80. Nos chers experts militaires feraient bien de s'y intéresser un peu et en particulier de lire l'excellent livre (peut-être un peu épais pour eux) de Florent Sené qui porte précisément sur cette guerre : Raids dans le Sahara central (Tchad, Lybie, 1941-1987) . Sarra ou le Rezzou décisif (Paris , l'Harmattan , 2011).

Tous nos experts, en effet, et les politiques qui les suivent, pensent ne faire qu'une bouchée de ces quelques milliers de Touaregs ou assimilés avec leurs kalashnikov, leurs missiles et surtout leurs Toyota (essentielles ici, d'où le titre). Il serait bon de se souvenir, pour tempérer quelque peu cet enthousiasme, que la richissime et puissante Libye avec ses mercenaires, ses chars, ses avions, ses hélicoptères de combat (les mêmes que les nôtres puisque nous les leur vendions!) a subi une lamentable défaite (en particulier à Sarra "le rezzou décisif") face aux Tchadiens, dont les troupes et l'équipement étaient un peu semblables à ceux des forces que nous combattons dans le Nord Mali.

Ce n'était pas tout à fait les mêmes populations mais leur mode de vie et leurs pratiques quotidiennes étaient du même ordre. J'entendais; il y a peu, un nos experts dont j'ai déjà abondamment parlé, dire qu'il suffisait de les "affamer" en les coupant des lieux d'approvisionnement. Ce brave lieutenant-colonel de réserve, quoique titulaire d'un DEA d'histoire dont il n'est pas peu fier, ne doit pas connaître ce que l'on dit des Toubous du Tchad et qu'on pourrait sans doute dire des Tamasheqs du Mali. Je vais donc le lui apprendre

Une datte nourrit un Toubou pendant trois jours; le premier jour, il mange la peau, le deuxième la chair, le troisième le noyau !

C'est tout dire! Ajoutez que des siècles de vie dans le désert leur en ont rendu familiers tous les secrets et toutes les ressources et qu'ils se déplacent à peu près sans rien, trouvant toujours sur place de quoi subsister durant les dizaines voir les centaines de kilomètres qu'ils parcourent ainsi.

Un bon conseil, Messieurs les experts et les politiques, allez donc lire le livre de F. Sené et réfléchissez un peu plus.


PS : 11 heures, vendredi 8 février 2013. En rédigeant ce blog, j'apprends que les premiers affrontements au sein même des troupes maliennes (entre bérets "verts" et "rouges") viennent d'avoir lieu à Bamako.
Dernière minute : "Depuis 6 heures, des militaires lourdement armés, tous corps confondus, ont attaqué le camp. En ce moment même, ils sont en train de tirer sur nos femmes et nos enfants", a déclaré Yaya Bouaré, un béret rouge se trouvant dans le camp de Djicorni. "Il y a plusieurs blessés dans le camp", a-t-il ajouté. Ses propos ont été confirmés par des habitants vivant à proximité de cette base militaire.".

jeudi 27 septembre 2012

Honni soit qui Mali pense ! (1)

Veuillez excuser le mauvais jeu de mots de ce titre, mais comment l'éviter en pareille circonstance ?

Je ne voulais pas revenir si vite sur le sujet que j'ai abordé en passant hier, à propos du discours de François Hollande devant l'ONU et des chemins de traverse dans lesquels la France semble disposée à se fourvoyer, une fois de plus.

J'ajoute que rares sont ceux qui font remarquer que les événements du Nord du Mali sont en liaison des plus directes avec notre intervention en Libye et que nous n'avons sans doute pas fini d'en payer les conséquences. Même si la France se borne, non sans quelque raison, à des interventions aériennes que semblent préconiser nos "experts militaires" (après la Ligne Maginot et Dien-Bien-Phu). Sans doute ne sont-ils pas au courant (ils ignorent tant de choses) du fait que les troupes de mercenaires sahéliens qui ont fui la Libye pour venir au Mali, ont emporté avec eux beaucoup de matériel militaire dont nombre de missiles sol-air modernes dont ils n'hésiteront pas évidemment à faire usage le cas échéant contre nos aéronefs (pour causer technique) ? Il faut donc sans doute que notre président mette en chantier un discours-type pour les cérémonies aux Invalides lors des obsèques de nos pilotes d'avions ou d'hélicoptères.

Ce qui m'a déterminé à consacrer à nouveau un post au Mali, alors que je n'y pensais pas, est l'émission de Calvi "C ...." sur la Cinq que j'ai regardée hier et qui était consacrée à la situation maliennne. Si j'ai récemment complimenté la Cinq (et surtout la journaliste Caroline Roux que je prie ici de m'excuser de l'avoir une fois appelé Dominique !), je n'en ferai pas le même pour Calvi qui commence à nous fatiguer avec ses éternels invités et en particulier l'expert militaire Sergent (la majuscule n'est pas fautive et je vous jure que c'est vrai ! Ce n'est pas vrai en fait, il se nomme Servant avec une faute d'orthographe, mais de Sergent à Servant ou Servent il n'y a qu'un pas). Idem pour l'expert universel Christophe Barbier qui ferait mieux de se contenter de jouer les crieurs de journaux pour son Express sur les différentes ondes. Lui, en revanche, est expert en banalités genre centre droit (pauvre JJSS!), émises à tout propos et sur toutes les chaînes, uniquement préoccupé qu'il est de la publicité de son hebdomadaire que je trouve à vrai dire de plus en plus mauvais. Laissons cela car on peut le dire malheureusement de plus en plus d'émissions de Monsieur Calvi qui, trop occupé sans doute, se fatigue de moins en moins dans le choix de ses intervenants.

Un troisième invité de l'émission sur le Mali était une charmante africaine qui, semble-t-il, habite Montreuil plutôt que Tombouctou et qui préside je ne sais quelle association d'"amitié franco-malienne de deuxième génération" (sic!). Autant dire que sa connaissance du Nord-Mali est probablement minimale mais surtout que son point de vue est assurément des moins objectifs.

Je n'ai en fait regardé cette émission que pour une seule raison;  après avoir vu ces trois intervenants, j'avais songé à éteindre la télévision mais le quatrième intervenant, que Calvi, toujours rusé, avait gardé pour la bonne bouche, était Antoine Glaser. C'est là, pour le coup, un vrai spécialiste qui a publié un quart de siècle durant (jusqu'en 2010) l'excellente Lettre du continent, un fin connaisseur de l'Afrique et qui, en général, n'a tout de même pas trop sa langue dans sa poche ce qui est une de ses grandes qualités.

Vous devinez d'avance que l'essentiel pour ne pas dire la totalité de l'espace médiatique de cette émission a été rempli par les interminables et insipides propos de Christophe Barbier qui, comme toujours, a ouvert longuement le feu, sans dire grand-chose car manifestement ses connaissances sur le Nord Mali sont des plus limitées.

A suivi un long expose d'une technicité laborieuse de Monsieur Servent qui est quelque chose comme directeur de recherche ou d'études et/ou professeur dans je ne sais quelle fantomatique institution parisienne, militaire, économique ou géopolitique, du genre de celles où viennent se caser tous les retraités de quoi que ce soit. Calvi semble d'ailleurs marquer une forme de prédilection pour ce genre d'intervenant, sans doute parce que leurs apparitions sont gratuites, qu'ils sont disponibles à tout moment et soucieux de vendre quelques exemplaires de leur vagues publications (Monsieur Servent a même eu le rare culot de citer "un de ses livres" où il avait usé du mot "lacrymal", ce dont il était manifestement ravi).

Mais revenons en Mali. Les seuls propos raisonnables et manifestement informés ont été tenus évidemment par Glaser qui n'a fait, en tout et pour tout, que trois interventions, les deux premières très brèves et la troisième un peu plus longue mais qui a dit l'essentiel. Je l'ai trouvé trouve toutefois plus prudent que par le passé (pour des raisons qui m'échappent). Il a signalé, non sans bon sens, face aux rodomontades franchouillardes des deux autres, que la France ne pouvait que difficilement échapper au piège de l'intervention, mais, par ailleurs, il a été le seul à souligner tous les dangers pour l'ancienne puissance coloniale.

Cette dernière expression a suscité des réserves de la part de Monsieur Servent qui par là-même à montré son ignorance des réalités coloniales, car le fait que beaucoup d'Africains n'aient pas connu la colonisation française, n'empêche, en rien, une dénonciation systématique de ce colonialisme. J'ai toutefois désormais une réponse toute trouvée à ce genre de remarque en disant aux Africains, quand ils se hasardent à de tels propos, que les Chinois leur feront assurément regretter les Français.

Bref, Glaser a souligné à la fois les risques de cette intervention et ses difficultés immenses, ne serait-ce que pour constituer une troupe d'intervention convenable et opérationnelle à base essentiellement nigériane (donc anglophone) et burkinabé (donc francophone), avec des soldats qui sont, pour le moins, aussi mal formés que mal équipés. Naturellement la Malienne de Montreuil a fait des appels vibrants à l'intervention française, mais vous aurez peut-être observé que, dans l'intervention du délégué officiel du Mali à l'ONU, il n'a été question que de troupe africaines, du moins à ce que j'ai entendu de son propos.

Glaser a été aussi le seul à poser un problème central et capital : le ravitaillement en carburant de gros véhicules fort gourmands qui doivent parcourir des milliers de kilomètres dans des déserts où les stations-services sont rares! Cela pose évidemment la question de la frontière avec l'Algérie et du rôle de cet Etat dans toutes ces affaires, fort différent de celui de la Mauritanie, mais que personne n'évoque jamais. La "fides punica" a dû passer la frontière !

Il a fallu attendre les deux-tiers de l'émission pour que Monsieur Servent prononce, non pas le nom de Tamasheq, qu'il doit ignorer, mais le mot Touareg (ce qui, j'en conviens, reviens au même mais qui n'est pas le terme utilisé au Mali). Il s'est abstenu de mentionner que la revendication de l'indépendance ou moins de l'autonomie du Nord du Mali par les Tamasheq est ancienne et que leur affrontement, parfois armé, avec Bamako, aussi traditionnel, n'a pratiquement jamais cessé dans les dernières décennies. Actuellement il semble que les relations entre les Tamasheq et l'ACMI ne soient pas des meilleures mais il est sûr qu'une intervention nigério-burkinabe-française contribuerait à rétablir l'unité au sein de ces factions.

Et si ça se passe mal, en quoi que ce soit, car ces troupes africaines ne sont pas des plus disciplinées, soyez sûrs, comme le soulignait Glaser, que ce sera, de toute façon, la faute à la France !

Honni soit qui pense au Mali!

lundi 23 juillet 2012

Timeo Danaos et dona ferentes

Timeo Danaos et dona ferentes ("Je crains les Grecs même lorsqu'ils apportent des cadeaux"). Cette phrase ne fut certainement pas prononcée, du moins, sous cette forme, puisqu'elle est en latin, par les Troyens assiégés, au moment où les Grecs leur faisaient le fatal cadeau du Cheval de Troie qui allait causer leur perte !

Elle est toutefois vraie, aujourd'hui plus que jamais, lorsque l'on considère la situation des pays riverains du bassin méditerranéen, au sud et à l'est, au Maghreb comme au Machrek.

Tout le monde s'était déjà réjoui, naïvement ou sottement comme il vous plaira, de voir le Qatar apporter son soutien, plus moral que réel, aux forces de l'OTAN dans les attaques portées contre le régime de Kadhafi. Il en a été de même, dans la suite, même s'il était un peu inattendu (mais nul ne s'en étonnait) de voir les monarchies pétrolières du Golfe prétendre voler au secours des printemps arabes qui marquaient, aux yeux du monde, l'aspiration à la démocratie. On sait en effet que ces régimes ne sont pas des exemples très probants de démocratie effective!

Le meilleur exemple est sans doute le Qatar qui, non seulement a fait voler ses avions aux côtés des nôtres au-dessus du Libye, mais achète en France, à Paris surtout, tout ce qui passe à portée de sa vaste bourse, depuis les footballeurs jusqu'aux hôtels de luxe. C'est toujours ça de pris, se disent les Français, "nés malins" et qui ont inventé le vaudeville mais qui, comme d'habitude, ne voient pas beaucoup plus loin que le bout de leur nez qu'ils ont généralement court.

En effet et pour digresser un peu mais en apparence seulement, j'alerte  en vain depuis dix ans (je ne sais qui d'ailleurs car nul ne m'écoute) sur les risques que fait peser, en Afrique subsaharienne largement musulmane, l'intégrisme islamique à qui ses immenses moyens financiers permettent de tendre à éliminer l'islam africain traditionnel infiniment plus tolérant. Les événements actuels du Mali et la destruction des bâtiments érigés en l'honneur des "saints musulmans" le démontrent assez.

Après des textes sérieux des années 90, j'ai écrit autrefois un blog sur le sujet où je disais que nous avions que trois cartes à jouer dans cette région du monde où la situation était loin d'être, à ce moment, ce qu'elle est aujourd'hui.

Ce sont en premier lieu l'islam africain dont nous devrions, en premier lieu et d'urgence, aider les medersas traditionnelles qui sont bien incapables de rivaliser avec les écoles coraniques financées par les émirats et qui offrent, entre autres, des bourses où l'on forme les élites locales qui serviront à la propagation du wahhabisme.

En deuxième lieu, les femmes car les femmes africaines, qui sont l'élément actif et productif de la population et le pivot social majeur, ne sont pas disposées à se laisser faire ; elles offriront à n'en pas douter une résistance importante, même si leur éducation reste à la traîne en dépit des rodomontades.

En troisième (the last but not the least) de la bière, qui est, assurément, le plus réussi de tous les transferts de technologie du Nord. La Flag contre le Coran, la lutte sera rude!

Mais revenons au sujet et aux printemps africains comme aux démocraties dont ils sont censés illustrer l'appétit. Il n'y a que nos hommes politiques pour être assez naïfs pour croire à la pureté des intentions, quand ils voient des régimes politiques du Golfe dont la pratique interne de démocratie est bien connue, prétendre voler au secours des aspirations arabes à la démocratie.

Le cas de la Syrie illustre cette situation à nouveau ; sans que je prétende un instant défendre en quoi que ce soit Bachar al-Assad, je ne suis pas sûr que nos intérêts réels effectifs soient de le voir tomber, pour céder la place à un régime islamique tapi au fond du Cheval de Damas dont Troie n'est pas si loin. Je pense que les Turcs, bon nombre de Libanais sans parler des Israëliens partagent cet avis, même si on ne les entend guère pour le moment.

C'est là que s'explique le titre même de ce blog. Je crains les émirs même (ou surtout) lorsqu'ils apportent des cadeaux à la démocratie. Mieux vaut qu'ils nous offrent des Zlatan ; c'est plus spectaculaire (enfin on espère...) et, en tout cas, moins dangereux.

Bref et en d'autres termes, si je vois un émir vanter les charmes de la démocratie, je sors mon Coran !

vendredi 6 juillet 2012

Vérité au nord de la Méditerranée, erreur au Sud.

J'écoutais ce matin, sur France Info, l'inénarrable mais insubmersible BHL, à peine remis, semble-t-il, du bide de la sortie de son film sur la Lybie mais en rien instruit par cette affaire.

Toujours disert notre expert ès-révolutions arabes répondait aux questions, fort pertinentes de la journaliste qui opère à cette heure sur cette chaîne. Elle lui demandait, non sans raison, s'il n'était pas inquiet quant à la situation là-bas et surtout aux résultats des élections qui se tiennent ce jour même en Libye et qui risquent fort, comme ailleurs, de porter au pouvoir des islamistes.

Et BHL de se féliciter que cette journaliste lui pose cette question (c'est la loi du genre!) et de souligner finement qu'après tout il ne faut pas trop s'affoler puisque l'islamiste élu en Egypte auquel elle faisait allusion, n'avait guère été élu que par 25 % des Égyptiens. Ce n'est pas faux mais, par là, notre brillant philosophe s'avère plus à l'aise avec la politologie qu'avec l'arithmétique.

En effet si, en Égypte, le nouveau chef de l'État n'a été élu qu'avec 25 % des voix, qu'en est-il dans notre beau pays où 40 % des électeurs se sont abstenus à la présidentielle? Si l'on admet que les deux candidats du second tour ont recueilli, chacun, à peu près la moitié des suffrages exprimés (laissons de côté le scandale permanent du traitement du vote blanc !), sommes-nous si loin, pour le candidat vainqueur, de ces fatidiques 25 % que BHL stigmatise avec ironie dans l'élection égyptienne?

Mais tout cela est sans importance et le plus remarquable chez notre BHL me paraît le virage lof pour lof de notre Talleyrand philosophe. Il trouve soudain désormais des charmes et des talents, aussi vastes  qu'inattendus, chez notre nouveau Président de la République comme chez son tout aussi nouveau ministre des affaires étrangères. Reconnaissons que, sous le précédent régime, il aimait moins le second que premier !

mardi 29 novembre 2011

BHL for President!

Voilà un homme qui ne manque pas d'air et que les événements de Libye n'ont pas détourné de faire la campagne de promotion de son livre, pour le moins inopportune, (sur cette affaire qu'il regarde et présente comme ayant été la sienne), mais qu’il avait eu la sottise d’écrire trop vite.

Je sais bien qu'il avait sans doute écrit l’essentiel du texte avant de voir comment les choses allaient tourner, mais l'issue actuelle des événements de Libye ne l'a pas détourné de la publication de sa propre hagiographie. Bien que je n'aie pas lu ce livre, vous vous en doutez, et je n'ai pas la moindre intention de le faire comme vous l'imaginez, il s'y présente, comme partout et toujours, (au grand désespoir de Juppé), comme le principal responsable de cette affaire, Sarkozy n’étant qu’une marionnette dont il a tiré les ficelles.

Cela pourrait passer pour le courage d’assumer, si ce n'était pas une forme d'inconscience dont on imagine mal comment elle peut coexister avec une intelligence dont il a, par ailleurs, dans le passé, donné, à différentes reprises, les signes.

Je crois qu'il est de ces individus (j'en connais d’autres) chez qui l'hypertrophie pathologique de l‘ego conduit, dans un effort relativement raisonnable pour cacher leur folle vanité, à adopter des conduites totalement aberrantes.

On se souvient de cette photographie de BHL, tapi au pied d'un mur avec un soldat qu’il interviewait ; le cadrage de la photo donnait à croire qu'il s'abritait là d'un feu nourri dont les balles passaient au-dessus de ce mur. Je ne sais quel journal, le Canard enchaîné je pense, a publié l'intégralité de la photo où l'on voyait qu'au-dessus du mur censé abriter des balles, se trouvait une sorte de boulevard où nombre de personnes, hommes et femmes, se promenaient tranquillement, de toute évidence bien loin du théâtre réel des opérations militaires.

Le ridicule de la situation de notre auteur est tel qu'il est sans doute inutile d'accabler davantage le malheureux BHL dont il serait en revanche utile d’employer à d’autres fonctions l’incroyable impudence.

Je l'ai entendu, l'autre jour, tenir des propos assez incohérents sur son livre. Le journaliste, par pitié ou par recherche d’un sujet plus attrayant, a eu le mauvais goût de l'interroger sur son mariage et l'état de ses relations conjugales avec Arielle Dombasle (abandonnée depuis longtemps au profit de la fille d'un brasseur, Mlle Karlsberg ou Mlle Kronenbourg je ne sais plus). BHL s'est donné alors le ridicule de jouer les vierges effarouchées et les violettes sous la mousse (de la bière quasi conjugale sans doute), lui qui n'aime rien tant que s'étaler dans les magazines. Il a décidemment tout pour faire un président !

Je me garde de rappeler qu’ici même, j'ai, depuis le début, émis les plus grands doutes sur ces fameux « printemps arabes », en prévoyant, sans trop de difficulté et de mérite j'en conviens, qu'ils avaient toutes les chances de faire le lit des islamistes. Je ne pensais pas toutefois que ce pronostic pessimiste se réaliserait, si vite et si globalement, puisque le Maroc, qui jusqu'à présent se tenait un peu à l'écart de tous ces mouvements, va très probablement les rejoindre, en attendant que Bouteflika casse sa pipe et permette ainsi à l'Algérie de rétablir la continuité idéologico-religieuse, non pas de Dunkerque à Tamanrasset mais du Caire à Rabat. Rétablissement de l’empire issu de la geste hilalienne en attendant celui des Khalifats.

Comme disait le Général « Je vous souhaite, d’avance, bien du plaisir ! ».

mardi 23 août 2011

Le bal des menteurs.

Après le bal des présidents, la nef des fous, voici le bal des menteurs !

On se souvient comment a commencé la chute de Ceaucescu à Bucarest. Le début en a été la fameuse affaire de Timisoara, dont tous les médias se sont les chantres mais dont on a su dans la suite qu'elle était une blague montée de toutes pièces. Les instigateurs du coup (qui étaient peut-être, vu le lieu, des Hongrois!) ont fait école. Serait-on en train de nous refaire le coup avec la Libye? Les cocoricos montent de toutes parts devant la chute de Kadhafi, l'éloge de la France "patrie des droits de l'homme" est sur toutes les lèvres et BHL dispute férocement les micros et les caméras à Alain Juppé.

J'entendais ce matin, sur Europe1, ce dernier tenir son discours triomphal, avec toujours ce soupçon de modestie et de réserve dont il ne peut se départir, en rendant hommage, à chaque phrase, à l'initiative, si heureuse et si décisive, du président de la république comme à sa parfaite entente avec son premier ministre. Pas un mot en revanche pour ce pauvre BHL auquel il garde clairement un chien de sa chienne. Notre ministre des affaires étrangères a dû rapporter de son séjour forcé au Québec des barriques de sirop d'érable dont il arrose désormais abondamment tous ses propos.

Le journaliste qui l'interviewait, Thierry Guerrier (le mal nommé car il ne l'est guère!), s'est bien gardé de lui faire remarquer que, somme toute, l'information que dispense le comité révolutionnaire local sur la situation en Libye n'est guère meilleure et plus fiable que celle dont nous abreuvait naguère encore le brave colonel Kadhafi!

Les deux fils de Khadafi, dont la rébellion avait annoncé la capture à grand bruit, sont en fait libres. Le redoutable Seif al-Islam a même invité en pleine nuit des journalistes à le rencontrer à Bab Al-Aziziya, le bunker résidentiel de son père, à Tripoli, déclarant "Je suis là pour démentir les mensonges" et continuant ses menaces et ses appels au peuple libyen. Son frère Mohamed est lui aussi libre ; soi-disant arrêté et sous bonne garde, il aurait réussi à s'échapper, ce qui est tout de même assez invraisemblable!

Il n'aura donc pas été question de tout cela, ce matin, dans le discours du ministre qui en s'en est tenu, avec la bénédiction du journaliste, aux informations manifestement fallacieuses de la veille.

Toutefois ces mensonges que l'on peut éventuellement mettre au compte de la situation de troubles que connaît actuellement Tripoli ne sont rien à côté des rodomontades burlesques de quelques dirigeants du parti socialiste. Non seulement ils crient à l'innocence de DSK (comme si la décision du procureur prouvait quoi que ce soit sur ce point), mais se préparent même, pour certains, à tenter de le réintégrer dans la course à l'échalote présidentielle, ce qui fait tout de même grincer quelques dents, même rue de Solférino, où les motivations des uns et des autres sont, on le devine, bien différentes. Berlusconi, le priape outre-alpin, doit se faire du souci devant cette concurrence inopinée (si j'ose dire...pardon M'ame C!).

J'espère dès lors, que, non content de reprendre son passeport et d'en faire l'usage qu'on devine, DSK va intenter un procès à cet inconstant procureur qui, au départ convaincu de sa culpabilité, suite aux déclarations de Mme Diallo et aux constats médicaux, l'avait fourré au bloc illico dans les conditions que l'on connaît et sans la moindre hésitation tant l'affaire était claire. Il a changé totalement dans la suite, non en raison des faits eux-mêmes qui n'ont, en rien, changé, mais exclusivement pour la gestion personnelle de sa propre carrière car le bougre est clairement plein d'ambition.

Ce qui me choque le plus dans toute cette affaire est que l'on assimile aux témoignages ACTUELS de Mme Diallo (sur l'affaire de viol du Sofitel) des déclarations ANCIENNES qu'elle a pu faire au moment où elle sollicitait son admission sur le territoire des États-Unis. Tout le monde sait en effet que TOUS les demandeurs de droit d'asile, dans TOUS les pays du monde, doivent justifier leurs demandes par les violences physiques et/ou morales qu'ils auraient subies dans leur pays d'origine.

Il fallait donc bien que Mme Diallo, comme tout migrant, invoque explicitement et en détails, des raisons qui l'ont poussée à quitter la Guinée pour migrer aux États-Unis. Elle avait prétendu alors avoir été violée par des soldats, ce qui est des plus courants en Afrique. Or on va le voir, c'est ELLE MEME qui a, en mai 2011, dans son interrogatoire, a CONFESSE son mensonge, ce qui PROUVE qu'elle a été alors TROMPEE et MANIPULEE par le procureur et ses services. Rien en effet ne l'obligeait à un tel aveu, pas même son présent serment puisqu'elle avait déjà, auparavant, fait ce mensonge sous serment.

J'ai donc pris la peine, à la différence de nos journalistes, de lire le rapport de Cyrus Vance (intégralement publié dans sa version originale par le New York Times). il est totalement accablant pour DSK, en particulier sur le plan factuel et surtout médical. Il y a des épisodes comiques ainsi, cette pute de Nafissatou (que le personnel du Sofitel décrit unanimement comme une employée modèle depuis des années) venait exercer sa coupable industrie en portant DEUX collants l'un sur l'autre! Elle finit par avouer ELLE MEME qu'elle a menti en prétendant avoir été violée par des soldats en Guinée. Il est clair qu'on lui a fait croire que l'aveu de ce mensonge (sous serment car c'est une déclaration officielle), sans rapport avec l'affaire en cause, était sans importance, alors qu'on allait lui donner une place centrale dans la suite. En revanche, par exemple, le faux en écriture de DSK dans l'affaire de la MNEF était une espièglerie et la suite l'a bien montré!

Quel que soit le désir de Cyrus Vance de ne pas essuyer une deuxième défaite dans une deuxième affaire de viol, comme celle qu'il a précédemment connue (avec deux policiers), je ne suis pas sûr du tout qu'un arrangement secret n'ait pas déjà été conclu. On verra demain ici même quelles demi-vérités ou plutôt quels demi-mensonges, le grand Cyrus a fait figurer dans le rapport qu'il remettra au juge. Nos journalistes, quant à eux, ne sont même pas capables d'en compter les pages puisque les uns nous disent qu'il en comporte 41 et les autres (qui sont dans le vrai) 25!

La chose est sans importance puisque ce texte est un monument d'hypocrisie, à l'image de cette justice américaine, dont j'ai été assez stupide pour écrire, dans les premiers temps de l'affaire, qu'elle me paraissait supérieure à la nôtre dans la mesure où elle semblait ne pas devoir être, selon la formule de Figaro "indulgente aux grands et dure aux petits". Il n'en aura rien été!

Demain , la suite, une lecture commentée du rapport remis au juge Obus (ça ne s'invente pas). A mourir de rire!

lundi 21 mars 2011

Lybie : « Aube de l’odyssée » (N°1).

Les états-majors sont décidément, dans nos sociétés modernes, le dernier refuge des poètes.

Ainsi comme vous l'avez sans doute constaté, le plus difficile dans toute opération militaire est le choix, premier et indispensable, du nom de code qui servira à la désigner. Nous avons ainsi eu la « tempête du désert » d’Irak puis le « plomb durci » de Gaza ; voici qu’en Lybie se lève, sans qu'on sache si elle est « aux doigts de roses », comme celle du bon Homère, « l’aube de l'Odyssée ». La formule est jolie mais des plus inattendues, ce qui me donne à penser que les militaires qui l'ont choisie, ignorent ou ont oublié que l'Odyssée a duré dix ans, ce qui n’est pas de très bon augure. J'ose toutefois espérer qu'ils n'ont pas prévu la même durée pour l'opération qu'ils ont entamée en Libye.

Cela dit, dans la dénomination des opérations à venir, il sera assurément, pour ce qui est de l'inopportunité, voire de l’indécence, du nom choisi, de dépasser ce que l'on avait obtenu, en 1999, en baptisant « Dresde » les actions de bombardements programmées sur la Serbie. Certes, le nom se justifiait en ce sens qu’on visait à une destruction aussi complète que possible des capacités de défense de la Yougoslavie. Cette action fut dès lors désignée par certains diplomates du nom d’« opération Dresde » par une fine allusion aux fameux bombardements massifs de cette ville allemande en 1945 : 3900 tonnes de bombes incendiaires sur une ville de l’Allemagne quasi vaincue l’anéantirent totalement, y faisant plus de 100.000 victimes.

On a pu constater, dans les derniers jours, les mêmes petits jeux politiques qui caractérisent toujours les relations internationales. La France, dont la diplomatie n'avait brillé ni en Tunisie et en Égypte et qui voulait se refaire une santé, voire une virginité, a cru trouver dans l'affaire de Libye une occasion de redorer son blason, même si la neutralisation de l'espace aérien libyen était, à l'origine, me semble-t-il, une idée de l'assemblée européenne, restée vaine, comme la plupart de ses idées lorsque, par hasard, elle en a.

Le principal événement de l'affaire est qu'on a cru un moment, chez nous, que Bernard-Henri Lévy avait soudain succédé à Alain Juppé au Quai d'Orsay ; seul le départ inopiné de ce dernier pour participer au Conseil de sécurité de l'ONU à New York a pu rassurer à cet égard le bon peuple de France.

Cette réunion a été elle-même un monument d'hypocrisie puisque la moitié de l'humanité (en la circonstance la Russie, la Chine, l'Inde, le Brésil et... L'Allemagne) a eu le courage exceptionnel de s'abstenir, les deux premiers manifestant quasi immédiatement leur opposition aux premières mesures prises, même si elles étaient conduites dans le strict respect de la décision du Conseil de sécurité de l'ONU auquel ces deux nations assistaient. La Ligue arabe, qui était venue à Paris samedi 19 mars 2011 à la réunion tripartite sans enthousiasme excessif (seul le Qatar, formidable puissance militaire comme on sait, étant censé s’engager réellement dans l’affaire), a aussitôt saisi l’occasion d’emboîter le pas à la Russie et à la Chine en désapprouvant dès dimanche 20 mars des actions approuvées la veille.

Lees militaires Américains ne faisant pas mystère de leurs réserves (l’Afghanistan, l’Irak, l’Iran voire le Pakistan suffisant à les occuper), Obama comme Hillary Clinton nous ont gentiment proposé, tout aussi courageusement, le « siège arrière » du char de guerre, en pressant les deux gogos que sont la France et la Grande-Bretagne de foncer dans le brouillard.

Engagés du bout de lèvres, les Américains désengagent déjà leur centre de commandement de Stuttgart, d’abord proposé pour la coordination des opérations vers la Lybie. Pas fous !

Ayant vaguement parcouru, écouté ou vu la plupart des informations sur le sujet, je suis stupéfait de constater que nul n’a songé, en la circonstance, a évoquer, à propos de ce couple de va- t-en-guerre franco-anglais, belliqueux mais comique et bientôt isolé, et de son intervention dans le monde arabe, la fameuse expédition de 1956.

Petit mais indispensable rappel. Pour prendre ma remarque liminaire, le nom exotique d’« opération Kadesh » fut donné par Israël, en 1956, aux opérations militaires dans le Sinaï contre l'Egypte. Ce nom était celui de plusieurs toponymes dont celui d’un lieu où s’était déroulée une célèbre bataille du XIIIème siècle av. J.-C. Nous-autres nommons plutôt cet événement la « guerre de Suez » ou plutôt la « campagne de Suez » car le terme de « guerre » paraît un peu excessif, vu le caractère et la brièveté (moins de deux semaines) des opérations en cause.

Le conflit éclate en octobre 1956 ; il oppose l'Égypte et les signataires du protocole de Sèvres qui unit Israël, la France et la Grande Bretagne à la suite de la nationalisation du canal de Suez. Dans un jeu très complexe de bluff et de poker menteur, en pleine guerre froide, l’URSS et les Etats-Unis imposeront l'arrêt du conflit (A. Eden et G. Mollet devront manger leur chapeau, la chose étant plus rude pour l'élégant Antony, coutumier du port du huit-reflets) et obligeront les troupes d’élite françaises et britanniques victorieuses à mettre l'arme au pied avant de rentrer au pays l’oreille basse en novembre 1956.

On me dira naturellement, ce que je sais parfaitement, que la situation était très différente puisque ce sont alors précisément la Russie surtout et les États-Unis, à un degré moindre, qui ont arrêté les velléités belliqueuses de la France et de la Grande-Bretagne en octobre-novembre 1956, alors qu’elles les suscitent ou les tolèrent aujourd’hui. Dans le cas présent, la France et la Grande-Bretagne ne semblent nullement isolées (mais pour combien de temps ?) puisque s’engagent à leurs côtés des alliés considérables, dont en particulier le Canada, la Belgique et le Danemark. Voilà qui doit faire trembler Kadhafi !

Combien de temps durera cette belle unanimité qui n’aura même pas survécu aux 48 premières heures? A votre avis quels seront les dindons de la farce ?

lundi 28 février 2011

Kadhafi raconté aux petits enfants

Ce Kadhafi il est trop, non?

Allez donc voir dans "Arrêt sur images" (via Google) la série de portraits et surtout de couvre-chefs du Guide qu'a préparée Alain Korkos ; ça vaut le détour! Je voulais faire une petite galerie de portraits mais je ne suis pas très habile à côté des virtuoses du blog comme Jmichel ou Expat.

En fait, cette première photo devrait être la dernière, car elle date de l'époque où MK se voyait en guide de l'arabité et fabriquait des Etats avec la Syrie ou l'Egypte. La photo est plus tardive, sans doute de l'époque où il voulait régner sur l'Afrique. En fait, je la laisse là car elle est trop belle et résume un peu tout!



J'aime bien celle-ci car le calot rouge a quelque chose de primesautier et je ne sais pas ce qu'il faut en conclure, mais, comme on peut le voir sur la photo suivante, ce couvre-chef est celui des "amazones". MK aimerait-il à se travestir?



Est-ce que je rêve ou est ce que MK a bien le calot des "amazones" (avec en plus les étoiles du généralissime ?




Ces deux-là sont les plus récentes ; notre fringant jeune officier craint désormais le froid à la tête et aux oreilles.





Comme je suis sûr que nul ne me fera compliment sur les progrès iconographiques de mon blog, je m'en fais moi-même, c'est plus sûr!

vendredi 25 février 2011

L'aveugle au pistolet ou « ça pue le pétrole ! »

Je ne sais pas si vous connaissez ce roman de Chester Himes, L'aveugle au pistolet ? Son titre peut être souvent invoqué tant les modes des actions humaines sont imprévisibles ; en outre on voit souvent tomber entre des mains humaines des armes dont elles ne peuvent guère se servir que comme pourrait le faire un aveugle.

La nouvelle et nième crise du pétrole qui s'esquisse illustre une fois de plus cette vérité, car, comme toujours, si l'on arme des aveugles, c'est nous qui, au bout du bout, paierons les pots cassés, pour tomber d'une métaphore dans une autre.

Les pays producteurs de pétrole, comme les grandes compagnies pétrolières, comme les Etats (et tout particulièrement le nôtre), comme les pompistes et, surtout, les spéculateurs ont dû sabrer le champagne devant les événements de Libye. Ils avaient même dû parier l’apéro entre eux sur la question de savoir si le prochain terrain de chasse serait le Nigéria (favori un moment), la Lybie ou l’Algérie !

Il est pourtant clair qu'on nous prend, une fois de plus, pour des imbéciles puisque la production libyenne ne représente guère que 2 % de la production mondiale, que le niveau des stocks mondiaux est très élevé, que l'arrêt total des approvisionnements libyens pourrait être supporté pendant trois mois sans problème et qu'enfin l'Arabie Saoudite est très facilement en mesure de compenser la baisse voire l'arrêt de la production libyenne par une légère augmentation de sa propre production. On ne doit pas perdre de vue qu’une des fonctions de l’OPEP est surtout de LIMITER la production de chacun de ses Etats-membres

Il n'empêche que les prix à la pompe et les bénéfices fiscaux de l'État, sans parler des profits des compagnies pétrolières, ont déjà bondi, alors qu'il est certain que l'essence ou le gasoil qui sont dans les cuves de nos stations-service y ont été placés bien avant le début des événements de Libye.

On connaît la musique pour avoir déjà été obligé de danser, à de nombreuses reprises, sur de tels airs. Lors de la crise de juillet 2008, le baril de pétrole avait atteint 147 $. Le prix du litre à la raffinerie se situant alors autour de 0,22 € d'euro et l'État se gavant de ses 80 % de taxe, le pékin automobiliste avait vu alors, comme toujours, bondir le prix du carburant à la pompe. En revanche, les prix du pétrole étant retombés dans la suite, on a constaté qu’une baisse d’une dizaine de centimes au prix du litre tandis qu’explosaient les bénéfices de Total et des autres !

C'est reparti pour un tour semble-t-il, et l'Arabie Saoudite, tablant, par prudence et par avance, sur l’énorme accroissement de ses profits lié à l'augmentation du prix du baril, a déjà lâché aujourd’hui même, gentiment (c’est nous qui payons !), pour sa population, 26 milliards de dollars qui seront un efficace contre-feu à toute tentative locale de revendications sociales ou de contestations politiques.

Il est naturellement évident que les événements de Libye ne sont qu'un prétexte et que la flambée des cours est liée, d’abord et surtout, aux spéculations. Soulignerai-je, une fois de plus, la sottise ou la perversité (à moins que cela ne soit une sotte perversité) de Ben Laden (un Saoudien rappelons-le) s'en prenant aux innocentes tours jumelles du World Trade Center au lieu de lancer ses avions sur le New York Mercantile Exchange, le NYMEX, temple de la spéculation pétrolière, où il aurait pu anéantir une bonne partie des spéculateurs du domaine. En une semaine, les spéculateurs à la hausse ont déja gagné près de 20 $ par baril et on a dû fêter la chose dans tous les bars élégants de Manhattan.

Il y a tout de même un petit risque en ce que les traders malvoyants manipulent parfois imprudemment leurs pistolets. Il consiste en ce qu'une hausse des cours trop importante peut entraîner une baisse de la demande mondiale, ce qui pourrait être fâcheux pour ceux qui ont joué la hausse de façon trop forte et conduire à un ralentissement de la croissance de l'économie mondiale donc de la demande de pétrole. Je crois savoir que la technique en usage dans la spéculation consiste à jouer à la fois à la hausse, de façon forte si l'on y croit, et, plus modestement, à la baisse pour limiter la casse éventuelle. De toute façon et dans tous les cas, c’est notre argent qu’ils jouent et, de toute façon, comme on l’a déjà vu, c'est nous qui serons, à terme, les pigeons de l'affaire et les dindons de la farce. Quant aux grandes compagnies pétrolières, elles feront comme toujours exploser leurs bénéfices, quelle que soit l'issue.

Les arguments des écologistes et les hausses des carburants relativement modérées que nous avons connues n'ont pas pour le moment détourné les Français de la « bagnole », comme disait feu Pompidou, qui ne voyait de problème que quand l’essence serait à dix francs, soit un 1,5 euro, le litre ; toutefois cette désaffection pourrait bien finir par se produire si le baril atteint les 200 $ comme certains augures le prédisent.

Ne vous inquiétez pourtant pas trop pour tous ces braves gens car l’aveugle au pistolet ne se tire jamais dessus !

mardi 22 février 2011

La rue plus radicale que les urnes ?

Faudrait-il sur ce point consulter les astres à notre façon et étudier leurs conjonctions spécifiques ? L’astrologie chinoise, pourtant millénaire, ne nous laissait guère prévoir de tels événements pour 2011 ! Le lapin (ou le lièvre), quatrième animal du zodiaque chinois, est en effet présenté comme « prudent et conservateur », ce que l’on ne constate guère jusqu’à présent, même si force est de constater que les bouleversements n’ont guère concerné la Chine elle-même, à moins qu’elle soit plutôt sous le signe du lièvre.

Lapin ou lièvre, il semble en tout cas que, pour ce qui concerne l’occident, la période soit favorable aux grands changements politiques dans le monde, d'Haïti à Bahreïn !

Il est vrai qu'en politique comme ailleurs, un clou chasse l'autre. La Côte d'Ivoire a éclipsé Haïti, non seulement sur le plan électoral mais également sur le plan humanitaire, après le séisme du 12 janvier 2010, puisque bon nombre d'engagements pris alors dans l'émotion du moment n’ont pas été tenus ni même rappelés dans la suite. Haïti et la Côte d'Ivoire, qui, en décembre 2010, ont quelque temps occupé le devant de la scène, ont été à leur tour retirés de l'affiche par les événements du Maghreb puis du Moyen-Orient dans son ensemble.

« La rue est plus radicale que les urnes » disais-je en titre et, en effet, les processus électoraux haïtiens et ivoiriens, faute de s’en tenir à leurs résultats, se sont enlisés peu à peu, tandis que les événements des rues conduisaient à des solutions tant en Tunisie qu'en Égypte plus rapides et radicales que nos experts et diplomates ne l’imaginaient, même si comme toujours, ils nous ont alors proclamé qu’ils l’avaient bien prévu. Hélas pour eux, enregistrements et images sont là pour rétablir la vérité de leurs annonces comme de leurs comportements.

On ne sait trop que penser de ce qui se passe en Libye, où la dinguerie du colonel Kadhafi, ces dernières années « mis sous le tapis » (comme on dit désormais) moyennant quelques milliards de commandes, de préférence militaires (bien utiles en cas de tentatives de révolution) peut naturellement l'entraîner dans les pires folies sanguinaires. Quant au Yémen et surtout à Bahreïn (où est basée la cinquième flotte américaine), on ne peut guère savoir ce qui s'y passera car les choses se décideront sans doute dans le secret du bureau ovale de la Maison-Blanche.

La nouvelle la plus étrange du jour, est sans doute l’annonce du franchissement du canal de Suez, ce matin même 22 février 2011, par deux navires de guerre... iraniens. Un tel fait ne s’était pas produit depuis 1979, mais il est rendu possible par la convention internationale qui précise que le canal de Suez est "ouvert à tout navire de commerce ou de guerre". On se demande un peu ce qu'ils ont à faire, dans les circonstances présentes, en Méditerranée. Le prétexte invoqué tient à des manoeuvres en relation avec la Syrie, mais elles semblent plutôt destnées aux Chiites du Liban et surtout de Gaza où l’on cause élections. Israël a déjà qualifié le fait de provocation. Peut-être la chose n’est-elle pas sans rapport non plus avec le projet de nouvelle expédition humanitaire en direction de Gaza (avec, à bord, Stéphane Hessel et son bonnet phrygien) puisque la flotte israëlienne avait eu un rôle décisif dans l’arraisonnement des navires qui avaient tenté déjà de rompre le blocus de Gaza.

En Côte d'Ivoire comme en Haïti, les processus électoraux s'éternisent puisque les premiers tours des élections présidentielles y ont eu lieu il y a déjà quatre mois.

A Abidjan, tout semble indiquer que, contrairement aux prévisions de nos augures politiques internationaux, Gbagbo semble plutôt conforté dans sa position au fil des mois, car il n’est pas tombé « comme un fruit pourri » dans le délai que lui avait accordé, fort imprudemment, son adversaire Ouattara. Le bel ensemble que constituait la CDEAO est en train de se fissurer ; non seulement on attend toujours les actions militaires qui devaient déloger Laurent Gbagbo d'Abidjan, mais ce dernier, qui était déjà assuré du soutien de l'Angola, a désormais celui, moins puissant mais plus proche et plus décisif, du Ghana qui semble s'être retiré de la coalition. Le plus pittoresque de la chose est qu'on paraît s'acheminer désormais vers un prétendu recomptage des bulletins de vote, ce qui paraît une décision plutôt insolite dans la mesure où il a été indiqué que les bulletins du second tour ont été détruits. Tout cela me paraît plutôt, en réalité, une forme de remise en cause discrète du processus électoral qui avait conduit à la désignation de Ouattara comme président.

En Haïti, les choses semblent, non sans mal, se mettre en place en vue de la tenue du deuxième tour fixé au 20 mars 2011, sans que le président Préval ait réussi à prolonger davantage encore son maintien au pouvoir limité au 14 mai 2011. L'intervention inattendue des anciens présidents, Duvalier et Aristide, a paru toutefois, un moment, remettre en question ce calendrier.

Si l'on ne parle plus guère de Duvalier (au point qu'on se demande même parfois s'il n'est pas reparti d'Haïti), Aristide occupe désormais le devant de la scène depuis que le gouvernement haïtien lui a accordé un nouveau passeport diplomatique qui lui permet de rentrer au pays. Ses partisans se sont employés à remettre en état sa magnifique propriété dans les hauts de Port-au-Prince, mais ils ont aussi entrepris une action purement politique avec, en particulier, des manifestations récentes dans la capitale qui se sont, fort heureusement, déroulées sans incident.

Les États-Unis et diverses autorités, nationales et internationales, répètent à l'envi qu'Aristide ne pourra revenir qu'après le deuxième tour des élections mais les choses changent tant et si vite qu'on ne peut pas en être tout à fait certain et on voit mal par ailleurs ce qui pourrait légalement s’opposer à son retour.

Si l'élection de Mirlande Manigat paraissait devoir être acquise sans trop de problèmes (elle avait 10 % des voix d'avance au premier tour, du moins si l'on se fie aux résultats provisoires de début décembre 2010, puisque les résultats définitifs n'ont jamais été communiqués !) les choses évoluent puisque Wyclef, qui avait été écarté du premier tour, s'est prononcé en faveur de Michel Martelly. Il est même venu en Haïti spécialement pour soutenir le chanteur, réalisant par là une alliance autour du thème « sortez les sortants », visant à écarter du pouvoir les politiques proprement dits, dont naturellement sa rivale.

Si la rue est plus radicale que les élections, encore faut-il espérer, dans ces deux cas, que la rue et la violence ne finissent pas par se substituer aux processus électoraux, si difficiles et contestables qu’ils puissent être.