Mon billet d'avant-hier « Marcel Proust, le cannibale drôle » m'a ramené au temps de ma jeunesse et, hier, dimanche 22 septembre 2013, la finale du championnat d'Europe de basket également puisque ma jeunesse a été occupée, pour l'essentiel, par les études et le sport. Il y a donc moins loin qu'on pourrait le croire, pour moi du moins, de Marcel Proust à Tony Parker.
En dépit du maintien obstiné de l'article de J. Dubois en première page de MDP, je maintiens ce que j'ai dit de la relation établie entre Marcel Proust et Jean Cocteau, avec, tout de même, la satisfaction d'avoir informé la critique "littéraire" de MDP qu'en dépit de ce qu'en pensent Messieurs Dubois et Arnaud, le faux bourdon, auquel ils assimilent ce pauvre Cocteau, ne fait pas de miel et n'a pas de dard.
Pour en venir maintenant au basket et à Tony Parker, dit "Tipi", basketteur aussi talentueux qu'homme d'affaires avisé, j'avoue être confondu par l'indigence des commentaires de journalistes sportifs à qui un chauvinisme aveugle et forcené tient lieu de compétence. Mais, après tout, ils ne sont pas plus nuls que nos journalistes politiques et certains, et non des moindres, sont même passés du premier emploi au second, l'inverse étant plus rare !
Le match de finale, programmé au tout dernier moment, car tout le monde avait prévu une neuvième défaite de la France contre l'Espagne, a été retransmis sur Canal+, ce qui a été pour cette chaîne un choix inattendu, car toute la semaine, on avait fait la publicité du "classico" français entre l'émir qatari et le milliardaire russe qui se réalise, au plan sportif, dans l'affrontement entre le PSG et Monaco. Choix cornélien pour Canal+, puisque les deux rencontres se déroulaient en même temps et qu'il a fallu les retransmettre l'une et l'autre sur deux chaînes de Canal, différentes fort heureusement.
Sur Canal+, J. Monclar ayant claqué la porte pour l'or moyen oriental, le spécialiste de renfort était George Eddy, qui hante les couloirs de cette chaîne pour y commenter les matchs de la NBA depuis je ne sais combien de décennies et qui cache sa calvitie et abrite son accent américain sous une casquette ornée d'un écusson tricolore. Il est ce qu'il est, mais il connaît assurément mieux le basket que le "journaliste-sic" qu'il était chargé d'assister et qui est mériterait de se nommer Monsieur Causette, car cette orthographe correspond très exactement à la nature même et à la portée de ses propos.
Il ignore tout de ce sport et l'a démontré durant la quinzaine qu'a duré ce championnat d'Europe que la France a gagné contre toute attente. Elle avait déjà perdu, au stade des poules contre la Lettonie et surtout elle n'aurait jamais dû gagner la demi-finale contre l'Espagne. Les Espagnols, qui dominent le basket européen, ont fait preuve, à l'occasion de ce match, d'une grande arrogance, laissant sur la touche et même dans les tribunes, leur meilleur pivot, Pau Gasol, des Lakers de L-A et habitué du All Stars Game, le réservant pour la finale, en pensant sans doute ne faire qu'une bouchée de l'équipe française.
L'équipe espagnole a perdu de justesse la demi-finale, après prolongation, car non seulement elle s'était sottement privée de Pau Gasol, mais, comme la plupart des autres équipes, elle n'a pas su résoudre le problème que pose Tony Parker.
Tony Parker, qui paraît un garçon fort intelligent, joue aussi en NBA (aux Spurs) et il y tient une place très éminente dans une compétition qui n'a pas grand-chose à voir avec notre championnat français. J'incline à croire que Tony Parker envisage de revenir en France prendre sa retraite et comme il a investi dans le basket français (il est actionnaire de l'ASVEL qui en fut longtemps le fief essentiel de ce sport), il s'intéresse de près au basket national et est l'élément majeur de l'équipe de France depuis plusieurs années.
C'est assurément un excellent joueur, un remarquable passeur mais qui a un style un peu monocorde toujours fondé sur le dribble et les pénétrations, ce qui devrait inciter les coaches des équipes qui affrontent l'équipe de France à réfléchir un peu plus à la stratégie qui permettrait le contrer. Ce brave Monsieur Causette, dans sa nullité sportive, s'étonnait dimanche, au début du dernier quart-temps, de constater que plusieurs joueurs de l'équipe de France avaient marqué chacun, contre toutes leurs habitudes, une douzaine de points, alors que Tony Parker n'en avait marqué que quatre ou six je ne sais plus et cela n'a pas d'importance. Le pauvre Monsieur Causette ne comprenait pas, de toute évidence, que si ces trois ou quatre joueurs avaient marqué autant, c'est précisément parce que Tony Parker, assez malheureux et maladroit dans le début du match, avait passé une bonne partie des trois premiers quarts-temps sur le banc de touche, ce qui avait évité à ses coéquipiers de se borner à le regarder jouer et marquer.
André Buffière, qui fut mon maître à penser et à jouer en la matière, disait toujours, que dans une équipe, il vaut mieux avoir dix joueurs qui marquaient chacun sept ou huit. points qu'un seul joueur, excellent et très adroit, qui en marque à lui seul quarante ou cinquante, car le jour où ce dernier est soit maladroit, soit fatigué, soit efficacement marqué ou contré par les adversaires, le match est à tout coup perdu. L'équipe de France a donc fait, en finale, son meilleur match dans ce tournoi, précisément parce que tout le monde a joué, pour une fois, au lieu que seul Tony Parker tienne la vedette, si brillant qu'il soit.
Cela dit, la Lithuanie n'est plus ce qu'elle était, même si elle demeure la patrie du fameux Arvydas Sabonis qui fut un des meilleurs joueurs de l'histoire de ce sport. Avec (ou en dépit de ses 2,20 mètres), il était d'une adresse étonnante, un passeur remarquable et-plus surprenant encore un dribbleur fort adroit. Contre la France, le coach lithuanien a adopté une stratégie assez mauvaise et surtout étonnante, en voulant absolument jouer avec des attaques de près dans la "raquette", où les doubles mètres français, qui sont par ailleurs des malabars, attendaient les attaquants et les balançaient dans les balustrades d'une façon inévitablement fautive, sans que l'arbitrage sanctionne ces agressions. C'est d'ailleurs là un petit reproche qu'on peut faire à Tony Parker, qui use et abuse de sa réputation mondiale, pour influencer les arbitres, alors que beaucoup des pénétrations qu'il fait lui-même dans la "raquette" (et non dans la "peinture" comme se mettent à le dire les commentateurs français, à la sotte imitation des Américains) sont très souvent des passages en force qui mériteraient d'être sanctionnés. "Tipi", comme on l'appelle, avec son air candide et son auréole, influence à tout coup les arbitres en faveur de son équipe ! Le nombre d'attaques où ces joueurs ne parvenaient pas à marquer, alors qu'ils étaient, vu leur taille et leur adresse, tout à fait en mesure de le faire a été considérable et les défenseurs français n'ont pourtant été que rarement sanctionnés.
Devant cette situation, un coach un peu raisonnable aurait abandonné cette stratégie et placé à mi-distance ses redoutables tireurs à trois points qui peuvent être d'une adresse diabolique ; la situation aurait pu alors évoluer de façon très différente, en particulier pour la récupération des rebonds qui a été, de ce fait, quasi exclusivement française. Mais ne nous en plaignons pas de cette erreur !
François Hollande va pouvoir serrer sur son cœur (ou presque) le petit Tony Parker (1 mètre 88) et il ne lui tiendra pas rigueur, quoique étant lui-même le père du mariage gay, d'avoir dit, après le match, que, dans le premier quart-temps, lui et ses camarades français avaient joué comme des tapettes !
Affichage des articles dont le libellé est Proust. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est Proust. Afficher tous les articles
mardi 24 septembre 2013
samedi 21 septembre 2013
La littérature dans Mediapart : "Marcel Proust le cannibale drôle "
Il est rare que MDP fasse une place à la littérature ; à la rigueur, trouve-t-on, ici ou là, un billet dans le Club, mais il est très rare qu'il figure en première page et plus rarement encore, en haut de la première page du Journal comme c'est le cas aujourd'hui, 20 septembre 2013, pour un billet de Jacques Dubois sur un ouvrage de Claude Arnaud qu'il juge "remarquable" et qui s'intitule Proust contre Cocteau.
J'avoue tout ignorer des travaux de Claude Arnaud (que J. Dubois pourvoit, en finale, tantôt d'un "t", tantôt d'un "d", ce qui, pour un patronyme si commun, a singulièrement compliqué mes recherches sur ce modeste auteur). Pour ce qui le concerne, il me semble plutôt s'intéresser à Cocteau qu'alors que j'ai personnellement une position tout à fait inverse. Quant à l'intérêt de Jacques Dubois, il s'explique sans doute par l'une de ses publications Pour Albertine. Proust et le sens du social (Paris, Seuil, 1997 et 2011).
J'ai eu autrefois Proust au programme d'agrégation et j'avoue avoir pris goût à cet auteur que j'ai lu et relu tout au long de ma vie ; il m'est si familier que, lorsque je le reprends, je pratique ce que les Latins auraient appelé, à de toutes autres fins, des "sortes Prousti", ouvrant la Recherche au hasard, non pour y trouver quelque indice sur ma future destinée, mais parce que je suis sûr de m'y retrouver très vite dans un univers familier et que j'apprécie toujours. Pour ce qui concerne les aspects biographiques de cet auteur, j'en suis resté à Georges Painter dont la copieuse et magnifique biographie de Proust me paraît incomparable et me suffit largement.
Je suis un peu étonné de voir Jacques Dubois, un professeur belge très honorablement connu dans divers domaines (dont la sociocritique) et notable pour son livre sur Proust que j'ai évoqué, se risquer dans cette affaire sous de tels titres et plus encore de voir le livre de C. Arnaud/t jouir de la faveur de MDP, car il faut bien en convenir, le sujet est léger et on peut discuter certaines des positions qui sont exposées dans cet ouvrage, du moins à en croire Jacques Dubois, car je n'ai pas eu la curiosité d'aller voir l'ouvrage en cause lui même, faisant toute confiance à ce collègue d'Outre Quiévrain, en dépit de sa légère réserve finale sur l'ouvrage en cause.
On nous y apprend d'emblée que ces deux auteurs, proches "homosexuellement, sans pour autant être amants" le furent plus encore par la littérature, "échangeant leurs œuvres respectives pendant qu'elles s'écrivaient". Je ne veux pas discuter ni les faits ni les dates, connaissant trop mal le sujet, mais, en me référant aux seules données exposées par Jacques Dubois d'après C. Arnaut, on constate un problème. Si, comme le disent ces auteurs, l'amitié entre Cocteau et Proust "est née en 1910", Proust avait déjà pas mal écrit à cette date, en l'absence manifeste des judicieux conseils de Cocteau. Non seulement, il a déjà écrit divers textes dont Jean Santeuil, mais il a même largement entamé la rédaction de la Recherche qu'il commence à écrire, si mes souvenirs sont bons, en 1907. L'amitié de Cocteau n'est donc sans doute pas pour grand chose dans toute cette affaire.
Je ne sais pas ce que sont les relations entre Jacques Dubois et Claude Arnaud mais je trouve le premier (qui semble apprécier fort le second) quelque peu excessif envers Cocteau mais surtout dur à l'égard de Marcel Proust dont il déclare qu'il sera "l'auteur d'une seule [inexact bien sûr, mais surtout quelle oeuvre !] œuvre laborieusement [ces termes sont soulignés par moi] produite et qui mettra un certain temps à rayonner du vivant de l'auteur, malgré le prix Goncourt de 1917".
Ce condescendant "laborieusement" me chiffonne quelque peu et d'une certaine façon aussi le désobligeant "un certain temps" . Proust commence la Recherche en 1907 et sa publication, en dépit de l'importance du texte, qui devait quelque peu effrayer les éditeurs, débute en 1913, l'amenant à recevoir le prix Goncourt en 1917. Après tout, il n'y pas tant d'auteurs qui ont une carrière littéraire si rapide et si brillante. On se le dispute d'ailleurs et, en 1914, la NRF, comme Jacques Dubois a l'honnêteté de le souligner, "reprend à Grasset Du côté de chez Swann" alors qu'elle "refuse de publier des poèmes de Cocteau".
Mauvaise langue pour mauvaise langue, je dirais volontiers de Cocteau ce que disait Musset de Lamartine "Il y a du génie, du talent, de la facilité..." !
Je ne suis donc pas sûr du tout que l'influence de Cocteau sur Proust l'ait poussé « à se surpasser dans son mimétisme prédateur ». C'est bien entendu une opinion purement personnelle, mais je connais peu d'auteurs que je jugerai, d'emblée et à l'emporte-pièce, plus différents l'un de l'autre que Cocteau et Proust.
Jacques Dubois ajoute à l'appui de son point de vue : « Cocteau fut l'un des innombrables modèles qui poussèrent Proust à se surpasser, dans son mimétisme prédateur [d'où le titre insolite du billet de Jacques Dubois "Marcel Proust cannibale"]. Son style fut l'un des pollens dans lesquels ce faux bourdon planta son dard ; on en trouve parfois trace dans l'épaisseur de son miel composite » (page 102).
Ces traces ont toute chances d'être des plus rares ; Claude Arnaud est assurément un grand amateur de Cocteau et comme le dit J. Dubois, en prélude à la citation de cette métaphore : "sa manière est volontiers fleurie". Le problème est qu'elle est aussi loufoque et incohérente. C. Arnaud/t aurait dû également lire, outre Cocteau, Fabre ou Maeterlinck et s'informer mieux sur la vie des abeilles. En effet les faux bourdons, les abeilles mâles, ne produisent pas de miel et n'ont donc pas à butiner ; ils risquent moins encore de "planter leur dard dans les pollens" puisqu'ils sont dépourvus de dard ! Les abeilles elles même butinent avec la langue et non avec le dard qui ne leur sert qu'à se défendre, en général au péril de leur propre vie.
Une remarque en revanche, qui m'a beaucoup intéressé, est celle qui est faite à propos de l'amitié de ces deux êtres « qui adoraient rire ensemble. ». La gaieté de Proust est, en effet, un trait quelque peu inattendu pour certains lecteurs qui connaissent peu ou mal cet auteur.
Divers témoignages confirment cette gaité de Proust dont celui d'Anna de Noailles (un peu suspecte de complaisance ) mais surtout celui de Léon Daudet, polémiste truculent, qui n'est guère tendre en général et qui nous dit « Marcel Proust pouvait être plus gai que personne ». Ces témoignages sur la gaieté de Proust dans la vie courante seraient sans grande importance, s'ils ne confirmaient pas un trait majeur de son œuvre qui, pourtant, a été peu remarqué et moins encore étudié, et qui est constitué par diverses formes de son comique ou mieux de sa drôlerie. Aurais-je eu à faire une troisième thèse que je l'aurais sans doute faite sur "l'humour et le comique dans la Recherche" et le sujet me paraît toujours disponible. Avis aux amateurs!
Je signale que, voulant vérifier si ce sujet avait été étudié dans une période plus récente, je n'ai guère trouvé qu'un article de F. Karimian (2005) sur "l'humour proustien", mais surtout un intéressant site d'André Vincens que vous trouverez aisément sous < Proust-personnages.fr> et qui contient différentes citations dont celle que j'avais projet de proposer pour conclure ce billet dont je ne veux pas rendre la longueur excessive.
Un des traits, qui me fait revenir assez souvent la lecture de Proust, et un peu au hasard car il s'y trouve partout, est en effet que sa drôlerie prend parfois des aspects linguistiques, lorsque Proust, excellent observateur des détails comme on le sait, s'amuse à relever les prononciations étranges où les expressions bizarres de certains de ses personnages, avec toujours des notations d'une extrême finesse et d'une grande précision.
Il y aussi un passage que je m'amuse souvent à citer en demandant de deviner le nom de l'auteur sans avoir jamais trouvé quiconque capable de l'identifier. Vous aurez assurément aucun mal à le faire ici.
"Que vous alliez faire pipi chez la comtesse Caca, ou caca chez la baronne Pipi, c’est la même chose, vous aurez compromis votre réputation et pris un torchon breneux comme papier hygiénique. Ce qui est malpropre. ». Ce propos est de Charlus ; il est adressé à Morel et Proust ajoute : "Morel avait recueilli pieusement cette leçon d’histoire, peut-être un peu sommaire".
Libellés :
André Vincens,
C. Arnaut,
Cocteau,
J. Dubois,
littérature,
Proust
Inscription à :
Articles (Atom)