Messages les plus consultés

lundi 28 février 2011

Kadhafi raconté aux petits enfants

Ce Kadhafi il est trop, non?

Allez donc voir dans "Arrêt sur images" (via Google) la série de portraits et surtout de couvre-chefs du Guide qu'a préparée Alain Korkos ; ça vaut le détour! Je voulais faire une petite galerie de portraits mais je ne suis pas très habile à côté des virtuoses du blog comme Jmichel ou Expat.

En fait, cette première photo devrait être la dernière, car elle date de l'époque où MK se voyait en guide de l'arabité et fabriquait des Etats avec la Syrie ou l'Egypte. La photo est plus tardive, sans doute de l'époque où il voulait régner sur l'Afrique. En fait, je la laisse là car elle est trop belle et résume un peu tout!



J'aime bien celle-ci car le calot rouge a quelque chose de primesautier et je ne sais pas ce qu'il faut en conclure, mais, comme on peut le voir sur la photo suivante, ce couvre-chef est celui des "amazones". MK aimerait-il à se travestir?



Est-ce que je rêve ou est ce que MK a bien le calot des "amazones" (avec en plus les étoiles du généralissime ?




Ces deux-là sont les plus récentes ; notre fringant jeune officier craint désormais le froid à la tête et aux oreilles.





Comme je suis sûr que nul ne me fera compliment sur les progrès iconographiques de mon blog, je m'en fais moi-même, c'est plus sûr!

ReMAMiement MINIstériel.

Six mois durant, comme dans « Peau d’âne », on a attendu le remaniement annoncé par notre président :
« Anne, ma sœur Anne, ne vois-tu rien venir ? »
« Je ne vois rien que le soleil qui poudroie, et l’herbe qui verdoie » .

Mis en place à grand son de trompe, le nouveau gouvernement Fillon n’a guère dépassé le trimestre d’existence. Le refrain à soudain changé ces jours derniers.
« Je ne vois rien qu’un gouvernement qui merdoie ! ».
Les deux frères, Juppé et Longuet, étaient en route et, de ce fait, en un week-end, le reMAMiement MINIstériel était bouclé !

Discours présidentiel qui nous a offert l’emploi, obligé désormais, du mot à la mode, « régalien ». Bonne élève, Claire Chazal le placera trois fois en deux phrases dans son commentaire.

Sans répéter ici ce que j’en ai dit, je rappelle le sens de cet adjectif qu’on aime tant désormais dans le discours politique à la mode :
« Qui concerne, qui appartient en propre au roi, au souverain. Dans un système démocratique, la douane, institution d'origine seigneuriale et régalienne, est donc chose odieuse et contradictoire (PROUDHON, Syst. contrad. écon., t. 2, 1846, p. 6). Droit régalien. Droit (de paix ou de guerre, de faire la loi, de battre monnaie, etc.) qui appartient au roi, au souverain. Un péage dû aux comtes de Combourg par chaque tête de bétail, espèce de droit régalien (CHATEAUBR., Mém., t. 1, 1848, p. 70) ». (Trésor de la langue française).

Si le ministère de l’intérieur est un domaine régalien, comme le croit Madame Chazal, les « cultes » qui en dépendent le sont donc aussi. Voilà qui va permettre enfin un réglement simple et rapide des problèmes de l’islam en France qu’on ne semble pas voir sous cet angle!

L’analyse interne de ce reMAMiement MINIstériel n’offre guère d’intérêt et on aurait pu voir les choses autrement si on était allé jusqu’à l’éviction de Fillon (pour cause de moubarakophilie) au bénéfice de l’impatient Juppé. On aurait pu alors mettre Guéant au Quai d’Orsay (why not ?) et à l’Intérieur, Longuet, lui qui connaît si bien la France, de la Lorraine à Saint-Tropez !

Ce qui m’interloque davantage est la comparaison, obligée désormais elle aussi dans nos médias, entre la chute du mur de Berlin et les soulèvement populaires actuels du Maghreb. Il y a tout de même une énorme différence que nos journalistes, ignorants et aveugles à la fois, omettent tous. Elle s’appelle évidemment Mikhaïl Gorbatchev qui dirigea, entre 1985 et 1991, l’URSS dont tout dépendait. C’est ce réformateur, éclairé et courageux, qui, dès 1987, s'engagea à l'extérieur (en Afrique surtout) dans la voie de l’apaisement de la guerre froide (ce qui marqua la fin des guignolesques républiques populaires du continent) et commença avec la Perestroïka et la Glasnost la libéralisation de l’URSS. Je donne ces précisions, que je sais triviales, à l’intention de nos journalistes et surtout de Madame Chazal. Rien de tel bien entendu en Tunisie, en Egypte ou en Lybie car les Gorbatchev potentiels, maghrébins ou égyptiens, sont morts ou étaient en prison ou en exil !

Post-Scriptum. Un des amis et lecteurs (l’un n’empêche pas toujours l’autre) m’a signalé hier à propos de Kadhafi une savoureuse galerie de photos d’Alain Korcos parue dans « Arrêt sur images », excellente émission de notre télévision, virée naguère de France Télévision au profit de quelques unes des âneries dont on nous régale. Elle est désormais reconvertie et accessible sur le net sous une forme un peu différente. La série de photos « Les beaux habits de Kadhafi », sortie le même jours que mon blog (le 26 février 2011) était hier en libre accès par Google. J’ai été assez sot et trop honnête pour copier aussitôt quelques unes des photos les plus savoureuses (et il n’en manque pas !) car je voulais demander l’autorisation de le faire. Hélas, aujourd’hui l’accès n’est plus libre, réservé qu’il est aux abonnés d’« Arrêt sur images ». N’empêche que la série vaut le détour !

dimanche 27 février 2011

Des couvre-chefs et des chefs. Illustrations





Des couvre-chefs et des chefs : réflexion lexico-politique.

Les langues naturelles sont pleines de surprises. La nôtre l'est peut-être plus encore que d'autres car son histoire et son évolution y ont fait converger divers idiomes et que même la relation que le français entretient avec le latin est bien plus riche de surprises qu'on pourrait le croire.

Le latin, qui est à l'origine de notre français, n'était pas en effet celui de Cicéron qui n'a guère survécu, dans la suite, que dans les thèmes latins de nos écoles. Ainsi le nom de la « tête » qui était en latin classique (sermo urbanus) « caput » était, dans le latin populaire (sermo vulgaris), « testa » (à l’origine de notre mot « tête ») terme qui correspondrait, à peu près, à une métaphore qui pourrait être « cafetière » ou, dans des comparaisons plus exotiques, « calebasse » « citron » ou « coco ». Il en résulte que le terme français « chef », lui directement issu par simple évolution phonétique de « caput » qui apparaît sous cette forme et avec ce sens à la fin du IXème siècle, n’a pas gardé longtemps sa place et son sens premier puisque l’évolution vers le sens moderne de « celui qui dirige ou commande » se note dès le XIIème siècle. La langue n’a plus guère de trace du sens premier, sauf dans une expression archaïque comme « branler du chef ». « Chef » a toutefois pu conserver sa signification originelle, sans qu’on le perçoive comme tel, dans le mot « couvre-chef », qui, s’il est ancien dans la langue (il apparaît dès le XIIIème siècle pour désigner alors la partie d’un vêtement dont on se couvre la tête) ne désignera l’accessoire adapté à cette fin exclusive, le chapeau (où l’on retrouve bien sûr le radical issu de « caput »), que vers la fin du XIXème siècle.

Un curieux télescopage sémantique fait que le « couvre-chef » (mot-à-mot « couvre-tête ») redevient, d’une certains façon, l’accessoire vestimentaire qui « couvre le chef du chef » et, par conséquent, le signale comme tel. On pourrait en multiplier les exemples, de la mitre de l’évêque ou de la tiare du pape à la casquette des officiers ou des préfets. Ce n’est pas par hasard si, dans nos sociétés coloniales esclavagistes, le port du chapeau était interdit aux esclaves, ce qui, a l’abolition de l’esclavage, en a tellement généralisé le port par les Noirs que ce trait a persisté jusqu’à la période moderne.

J'ai déjà évoqué dans ce même blog, le spectacle prodigieusement comique qu'à récemment donné Stéphane Hessel, en particulier dans son discours de la place des Grands Hommes (entendre plus modestement Place du Panthéon, ce qui, à y réfléchir un peu, est pourtant une dénomination plus noble), le 18 février 2011. Cet estimable nonagénaire était flanqué, en la circonstance, de la capiteuse Leila Shami, ex-représentante de la Palestine à Paris, revenue tout spécialement de Bruxelles pour participer à cette manifestation organisée par la Ligue des droits de l’homme, des partis de gauche et des associations pro-palestiniennes. Si j'étais plus habile (mais j'ai échoué dans cette entreprise, aujourd'hui même, à de multiples reprises), j'aurais pu orner le présent blog de la photo de ce bon vieillard coiffé de son bonnet phrygien rouge dont on exige désormais le port dans chacune de ses interventions. Voilà un étrange couvre-chef (au sens de coiffure) ! Rarement porté depuis les sans-culottes de la révolution française sauf dans les tableaux de genre comme par notre Marianne des timbres-poste et les pêcheurs nissards, le bonnet phrygien figure-t-il même encore au catalogue des loueurs de déguisements ? On a assurément dû en sortir un de la naphtaline pour persuader cet illustre vieillard de s’en coiffer à chacune de ses interventions.

Veut-on, comme on peut le penser, en faire le futur chef, qui coiffé de ce doublement couvre-chef, conduira une nouvelle expédition en Méditerranée visant à briser le blocus de Gaza ? Il y aurait là une forme discrète de retour aux sources moyen-orientales via la Phrygie d’où nous serait venu ce couvre-chef qui fut celui du beau Pâris! J'ai déjà dit le grotesque de cette mascarade dont Stéphane Hessel, vieillard éminemment respectable par son passé et par sa vigueur intellectuelle, aurait dû avoir la force d'âme de s'épargner le ridicule.

Il faut dire que, dans un genre tout différent, il a eu en cette période agitée, pour ce qui est des couvre-chefs, un redoutable concurrent en la personne de Kadhafi. Je dois accorder à la vérité que Kadhafi a pris beaucoup d'avance dans ce domaine car ce chef a, depuis quatre décennies, couvert son chef de toutes sortes de couvre-chefs qui, pour une bonne part, visaient, d’abord et surtout, à l'établir comme tel.

Si le jeune et fringant lieutenant qu’il fut au départ de sa carrière de chef, à la fin des années 60, ne couvrait guère de couvre-chef ses boucles brunes, le colonel qu'il était rapidement devenu, a vite pris l’habitude de se signaler comme chef par le port de casquettes chamarées dignes d'un général soviétique ou mexicain. Ses fantasmes ultérieurs de panarabisme l’ont conduit plutôt, dans la suite, vers des couvre-chefs plus sobres, d’inspiration globalement religieuse, déclinant sous des formes diverses le paradigme de la calotte islamique (je signale aux honorables visiteurs que je déteste tout autant cet emploi du verbe « décliner » que celui, parfaitement abusif au demeurant, du mot « paradigme », mais il faut bien hurler, au moins de temps en temps, avec les loups, ne serait-ce que pour s’en moquer). Dans ces dernières années, il s'en est donc tenu surtout à ce registre, avec des couvre-chefs dont les couleurs s'harmonisaient en général à celles des rideaux dont il jugeait bon de se ceindre.

Serait-ce son goût insolite pour les tenues de ski bleues dont il s’est parfois vêtu de façon inattendue, compte tenu du climat de la Libye, qui l'a conduit à adopter, tout dernièrement, dans ses plus récentes apparitions, de casquettes à oreilles plus convenables sur les sommets neigeux ou dans les solitudes glacées du Grand Nord qu’en Afrique? On s’interroge d’autant plus à ce propos que tout ce qu'on dit à son propos, depuis une semaine, devrait pourtant lui tenir chaud aux oreilles et il n'aurait pas dû avoir besoin de se les couvrir ainsi.

Autant dire que, par un juste retour des choses, le couvre-chef signale de plus en plus le chef aux yeux des peuples et je pourrais donner bien d'autres exemples que ceux de Stéphane Hessel et de Kadhafi, car le vaste espace qui sépare ces deux cas laisse place à un grand nombre de variétés intermédiaires, tant de couvre-chefs que de chefs.

vendredi 25 février 2011

L'aveugle au pistolet ou « ça pue le pétrole ! »

Je ne sais pas si vous connaissez ce roman de Chester Himes, L'aveugle au pistolet ? Son titre peut être souvent invoqué tant les modes des actions humaines sont imprévisibles ; en outre on voit souvent tomber entre des mains humaines des armes dont elles ne peuvent guère se servir que comme pourrait le faire un aveugle.

La nouvelle et nième crise du pétrole qui s'esquisse illustre une fois de plus cette vérité, car, comme toujours, si l'on arme des aveugles, c'est nous qui, au bout du bout, paierons les pots cassés, pour tomber d'une métaphore dans une autre.

Les pays producteurs de pétrole, comme les grandes compagnies pétrolières, comme les Etats (et tout particulièrement le nôtre), comme les pompistes et, surtout, les spéculateurs ont dû sabrer le champagne devant les événements de Libye. Ils avaient même dû parier l’apéro entre eux sur la question de savoir si le prochain terrain de chasse serait le Nigéria (favori un moment), la Lybie ou l’Algérie !

Il est pourtant clair qu'on nous prend, une fois de plus, pour des imbéciles puisque la production libyenne ne représente guère que 2 % de la production mondiale, que le niveau des stocks mondiaux est très élevé, que l'arrêt total des approvisionnements libyens pourrait être supporté pendant trois mois sans problème et qu'enfin l'Arabie Saoudite est très facilement en mesure de compenser la baisse voire l'arrêt de la production libyenne par une légère augmentation de sa propre production. On ne doit pas perdre de vue qu’une des fonctions de l’OPEP est surtout de LIMITER la production de chacun de ses Etats-membres

Il n'empêche que les prix à la pompe et les bénéfices fiscaux de l'État, sans parler des profits des compagnies pétrolières, ont déjà bondi, alors qu'il est certain que l'essence ou le gasoil qui sont dans les cuves de nos stations-service y ont été placés bien avant le début des événements de Libye.

On connaît la musique pour avoir déjà été obligé de danser, à de nombreuses reprises, sur de tels airs. Lors de la crise de juillet 2008, le baril de pétrole avait atteint 147 $. Le prix du litre à la raffinerie se situant alors autour de 0,22 € d'euro et l'État se gavant de ses 80 % de taxe, le pékin automobiliste avait vu alors, comme toujours, bondir le prix du carburant à la pompe. En revanche, les prix du pétrole étant retombés dans la suite, on a constaté qu’une baisse d’une dizaine de centimes au prix du litre tandis qu’explosaient les bénéfices de Total et des autres !

C'est reparti pour un tour semble-t-il, et l'Arabie Saoudite, tablant, par prudence et par avance, sur l’énorme accroissement de ses profits lié à l'augmentation du prix du baril, a déjà lâché aujourd’hui même, gentiment (c’est nous qui payons !), pour sa population, 26 milliards de dollars qui seront un efficace contre-feu à toute tentative locale de revendications sociales ou de contestations politiques.

Il est naturellement évident que les événements de Libye ne sont qu'un prétexte et que la flambée des cours est liée, d’abord et surtout, aux spéculations. Soulignerai-je, une fois de plus, la sottise ou la perversité (à moins que cela ne soit une sotte perversité) de Ben Laden (un Saoudien rappelons-le) s'en prenant aux innocentes tours jumelles du World Trade Center au lieu de lancer ses avions sur le New York Mercantile Exchange, le NYMEX, temple de la spéculation pétrolière, où il aurait pu anéantir une bonne partie des spéculateurs du domaine. En une semaine, les spéculateurs à la hausse ont déja gagné près de 20 $ par baril et on a dû fêter la chose dans tous les bars élégants de Manhattan.

Il y a tout de même un petit risque en ce que les traders malvoyants manipulent parfois imprudemment leurs pistolets. Il consiste en ce qu'une hausse des cours trop importante peut entraîner une baisse de la demande mondiale, ce qui pourrait être fâcheux pour ceux qui ont joué la hausse de façon trop forte et conduire à un ralentissement de la croissance de l'économie mondiale donc de la demande de pétrole. Je crois savoir que la technique en usage dans la spéculation consiste à jouer à la fois à la hausse, de façon forte si l'on y croit, et, plus modestement, à la baisse pour limiter la casse éventuelle. De toute façon et dans tous les cas, c’est notre argent qu’ils jouent et, de toute façon, comme on l’a déjà vu, c'est nous qui serons, à terme, les pigeons de l'affaire et les dindons de la farce. Quant aux grandes compagnies pétrolières, elles feront comme toujours exploser leurs bénéfices, quelle que soit l'issue.

Les arguments des écologistes et les hausses des carburants relativement modérées que nous avons connues n'ont pas pour le moment détourné les Français de la « bagnole », comme disait feu Pompidou, qui ne voyait de problème que quand l’essence serait à dix francs, soit un 1,5 euro, le litre ; toutefois cette désaffection pourrait bien finir par se produire si le baril atteint les 200 $ comme certains augures le prédisent.

Ne vous inquiétez pourtant pas trop pour tous ces braves gens car l’aveugle au pistolet ne se tire jamais dessus !

jeudi 24 février 2011

La fin des ambassades ?

Si j’osais risquer d’offenser les chastes oreilles de Cimabue et de M’ame C, je dirais volontiers, devant la tempête contre les diplomates qui s’est levée dans les médias, pardonnez-moi d'avance l'irrévérence de cette célèbre contrepèterie : « Le vent souffle dans la rue du Quai ».

Le Quai, comme disait Monsieur de Norpois, est en effet dans la tourmente, suite aux récents événements, de Tunisie d’abord, du Mexique ensuite. Après la publication, mercredi 23 février 2011, du « tract » des « ambassadeurs anonymes » (je ne sais pas si cette association existe et si elle a les mêmes finalités que les autres du même genre : « Je suis diplomate mais je me soigne ! ») on dénonçait hier, sur je ne sais quelle radio du matin, le déplorable et scandaleux anonymat, voici qu’aujourd’hui, des ambassadeurs (en retraite ou démissionnaires) sortent de l'ombre et, jetant les masques, dénoncent dans les médias, sous leur nom, la surdité gouvernementale aux notes qu’ils peuvent adresser. La démonstration, pour l'essentiel, concerne la Tunisie et le Mexique et d'anciens ambassadeurs dans ces deux pays se sont faits entendre dans ce débat.

Ambassadeurs « Ferrero rocher » ou ambassadeurs « Têtu » ? (NDLR pour les lecteurs australiens et japonais, Têtu est un magazine qui s’affiche « Gay et lesbien » et le « Ferrero rocher » est une friandise dont la publicité se fonde sur la consommation qu’on en ferait dans les réceptions élégantes de nos ambassades).

Le nouvel ambassadeur de France en Tunisie, s'il n'a pas contribué à rendre son lustre à la fonction, a au moins conduit à reposer le problème qui était autrefois celui qu'affectionnait le regretté Roger Peyrefitte, auteur de La fin des ambassades. En tout cas, on ne peut pas refuser de constater que la photo de Boris Boillon, dans un slip de bain avantageusement moulant, qui a fait le buzz sur la toile, contribue à restituer, dans toute sa séduction juvénile, l’image du « corps diplomatique ». Le risque est toutefois de faire renaître le stéréotype peyrefittien de « la diplomatie des bains et des piscines » !

Sans qu'on n'y prête tellement attention, l’affaire Wikileaks a rétabli une forme de vérité sur les réalités du discours diplomatique, de la France comme des autres Etats. Il y a probablement, partout et toujours, un écart sensible entre des notes confidentielles à usage interne, souvent verbales même si elles sont écrites, rédigées par les services diplomatiques français dans un Etat et le discours officiel et/ou public de ces mêmes services. La chose est à peu près inévitable et universelle.

Je pense toutefois, par une expérience assez diverse et déjà longue, que les services diplomatiques français (les seuls auxquels j'ai eu affaire) n'ont pas toujours, avec le pays où ils séjournent, le contact direct qu'on pourrait attendre de leur part, ne serait-ce que faute d’une pratique linguistique courante qui pourrait leur permettre, réellement, des échanges directs avec n'importe quel citoyen de ce pays. Peu de diplomates français en poste en Hongrie parlent hongrois (je reconnais que ce cas n'est pas le plus facile) ou, pour prendre un exemple moins spécifique, parlent le créole local dans un pays comme Haïti, où plus de 90 % de la population n'a pourtant aucun autre moyen de communication linguistique. Il en résulte que, même si un diplomate français en poste à Port-au-Prince a des contacts, multiples et fréquents, avec des Haïtiens, il ne peut les avoir, inévitablement, qu'avec la petite frange francophone qui nécessairement appartient à une classe sociale très particulière (la bourgeoisie ou l'aristocratie), dont les propos ne reflètent pas forcément les idées et les préoccupations du reste, extrêmement majoritaire, de la population du pays.

Dans d'autres cas, j'ai pu observer que les diplomates ont une tendance forte à se réunir d’abord et surtout entre eux, quand il s'agit de festivités internationales locales ; s'il s'agit, en revanche, de réceptions à l'ambassade de France, on y retrouve toujours les mêmes nationaux et nos services n’ont de contacts qu'avec une fraction très réduite de la population nationale, généralement francophone et qui, donc, ne reflètent que, de façon très lointaine, approximative et souvent biaisée, les points de vue de l'ensemble national. Dans des pays de l'Europe centrale et orientale (PECO), j'ai pu, par exemple, constater que l’information de nos diplomates venait largement d’une minorité infime d'intellectuels francophones (friands, bien sûr, d’invitations voire de breloques) ou de responsables ou membres d'associations de professeurs de français qui s'employaient à persuader nos services que la masse de la population bulgare, lettone ou polonaise aspirait, de toutes ses forces, à la francophonie voire à la francophilie. MDR !

Quand on voit que la fortune diplomatique d’un Boris Boillon tient pour l'essentiel à ce qu'il était capable de parler arabe, on comprend qu'on est très loin de l'époque où l’on a mis en place l'ancêtre de l'INALCO actuel pour la formation linguistique de nos diplomates. Ainsi, une grande partie des agents diplomatiques en poste dans les pays arabophones n'a pas, en effet, la moindre connaissance de la langue et de la culture arabes, ce qui entraîne inévitablement des biais fâcheux dans la connaissance qu'ils peuvent avoir du pays où ils se trouvent et, par conséquent, la représentation qu’ils peuvent en donner à Paris.

Pire encore ! Ne parlons même pas au plan scientifique de certains chercheurs « arabisants » de nos institutions scientifiques qui sont spécialisées sur un domaine sans avoir de réelle connaissance de sa langue. On sait que, dans les pays du Sud, pendant très longtemps, les anthropologues français ignoraient souvent totalement les langues des populations qu’ils « étudiaient » et usaient systématiquement d’interprètes et de témoins, allant parfois jusqu’à les faire venir à Paris ! Il est facile de constater qu'il en est tout autrement aux États-Unis, par exemple ; la chose est prouvée par le simple fait que, dans les universités américaines, les départements de linguistique sont presque toujours dans les départements d'anthropologie, ce qui n’est jamais le cas en France.

J'entendais ce matin une formule que j'ai notée tant elle m’a amusé et qui émanait d'un ancien ambassadeur de France au Mexique, à propos de la fameuse affaire Florence Cassez. Je la cite très exactement car je l'ai notée : « Moi, je connais bien les Mexicains, j'ai été ambassadeur au Mexique. ». Défense de rire ! Je ne reviens pas sur ce que j'ai dit plus haut, mais je pourrais citer ici le cas d'une conseillère culturelle française à Madrid qui avait été affectée à ce poste sans avoir la moindre connaissance de l’espagnol. Il est vrai que c'était lors d'un changement de gouvernement et qu'il fallait bien placer quelque part les membres des cabinets ministériels. Ajoutons que la brièveté et les conditions de séjour des ambassadeurs (rarement durant plus de trois ans) font que, même s'ils en ont le désir, le temps leur manque pour acquérir une vraie connaissance du pays, surtout si, en outre, ils n’en connaissent pas la langue.

mercredi 23 février 2011

Boillon de cultures


Boris Boillon. Voilà un homme qui a su, pour partie involontairement sans doute, faire le buzz.

Comme Cronin dans Les clés du royaume, que j’ai lu quand j’étais petit, j’aborderai le sujet par « Le commencement de la fin ».

Sans que j’ai bien su si c’était par « Facebook » ou par « Copains d’avant », notre héros, Boris Boillon (BB2 pour faire plus court mais le situer par rapport à la première), a conquis, en un instant ou presque, la gloire médiatique grâce à une photo de lui placée dans l’un ou l’autre de ces réseaux. Je dois à la vérité de dire que, peu familier de tels lieux de la toile, je n’ai pas eu le courage d’aller vérifier ce détail, me satisfaisant d’abord, dans un premier temps, avant investigation plus précise, de la photo de BB2 brandie avec indignation par Marine Le Pen, qui la jugeait attentatoire à la dignité du corps diplomatique français, pourtant ainsi mis en valeur.

Il est vrai qu’après examen, plus approfondi mais facile, car tous les sites de videos l’ont reproduite à l’envi, je dois dire que la photo de son Excellence Boris Boillon n’est pas piquée des vers ni même des hannetons. Je pense qu’elle a été faite, par ses soins, pour participer au concours de la meilleure photo de couverture pour le magazine Têtu ! Elle a sans doute été jugée trop peu originale, car on en avait déjà vu une bonne douzaine du genre, même si les modèles, dans ces cas, n’étaient pas des ambassadeurs de France. Peut-être ce cliché aurait-il été plus apprécié si son Excellence y avait été saisi dans cet appareil à un moment spécifique de sa vie professionnelle, une remise de lettres de créance par exemple. En revanche, cette photo le montre en maillot de bain moulant (style Jean-Marie Bigard ou, mieux encore, Franck Dubost), le torse épilé et huilé mettant en valeur des abdominaux, soigneusement travaillés avant et en vue de la prise de vue.





En tout cas, après avoir posé quasi nu, voilà BB2 « habillé pour l’hiver » ; les émissions satiriques, des « Guignols de l’info » (en baisse ! Au secours Gaccio !) au « Petit Journal » de Yann Barthès (en hausse) vont s’en donner à coeur joie durant une bonne quinzaine (et plus si affinités !).

« Tout le monde n'a pas eu la chance d'avoir des parents communistes » était le titre d’un film de Josiane Balasko. Boris Boillon l’a eue, lui, cette chance ; il en a hérité un prénom russe et une initiation à l’arabe qui a été à l’origine de sa fortune diplomatique. En effet, ses parents (des enseignants « pieds rouges ») sont partis en Algérie pour aider à la décolonisation du nouvel Etat. BB2 y a donc, été, inévitablement et sans mérite particulier, initié à cette langue jusqu’à son retour en France.

Etudes parisiennes modestes (IEP et INALCO) ; n’étant pas énarque, il ne pouvait guère espérer mieux qu’un poste de consul en fin de carrière. En fait, il sera nommé ambassadeur à 40 ans après de fructueux passages dans la mouvance de Nicolas Sarkozy, au ministère de l’intérieur d’abord, puis à l’Elysée. C’est sa connaissance de l’arabe qui est à la base de ses promotions. Cette circonstance amène d’ailleurs à s’interroger sur l’usage, plus intelligent, que pourrait faire la France, dans sa politique extérieure, des Français issus de l’immigration dont les savoirs culturels et linguistiques seraient sans doute utiles dans divers lieux du monde.

« Le commencement de la fin ». J’ai vu BB2 pour la première fois, comme tout le monde, chez Denisot, à un « Grand journal » de Canal +, fin novembre 2010. Il y a fait un numéro assez insupportable de suffisance et de satisfaction de soi, agrémenté de rodomontades ridicules sur ce qu’on allait voir, grâce à lui, en Irak, pays qu’il a quitté quelques semaines plus tard ! Il a parlé, en particulier lors de cette émission, de son amitié avec Kadhafi, faisant un éloge ému de ce dernier et confiant, non sans satisfaction, que Mouammar l’appelle « son fils ». J’ai appris, dans la suite, que sa fortune auprès du président de la république tient au rôle, obscur mais majeur, que BB2 a joué dans la libération des infirmières bulgares, dont le succès a été attribué, ensuite, urbi et orbi, à Cécilia, pour les raisons que l’on sait !

Passons sur les détails. Vu cette première prestation à Canal +, la suite ne m’a guère étonné et en particulier son comportement, inouï de morgue, d’arrogance et surtout de sottise, à l’égard de la journaliste tunisienne (une femme donc !) qui interviewait le tout nouvel ambassadeur de France, à peine débarqué. Sans vouloit tirer sur une ambulance, deux remarques pour conclure sur le personnage. Obligé de faire amende honorable, il l’a fait en arabe, en ânonnant laborieusement un texte qu’il lisait manifestement mot à mot. D’autre part et surtout, un ambassadeur de France, qui a dû aller un peu à l’école, devrait savoir qu’on « présente des excuses » et qu’on ne « s’excuse pas », car si l’on peut « s’excuser » soi-même, à quoi bon faire une telle démarche ?

mardi 22 février 2011

La rue plus radicale que les urnes ?

Faudrait-il sur ce point consulter les astres à notre façon et étudier leurs conjonctions spécifiques ? L’astrologie chinoise, pourtant millénaire, ne nous laissait guère prévoir de tels événements pour 2011 ! Le lapin (ou le lièvre), quatrième animal du zodiaque chinois, est en effet présenté comme « prudent et conservateur », ce que l’on ne constate guère jusqu’à présent, même si force est de constater que les bouleversements n’ont guère concerné la Chine elle-même, à moins qu’elle soit plutôt sous le signe du lièvre.

Lapin ou lièvre, il semble en tout cas que, pour ce qui concerne l’occident, la période soit favorable aux grands changements politiques dans le monde, d'Haïti à Bahreïn !

Il est vrai qu'en politique comme ailleurs, un clou chasse l'autre. La Côte d'Ivoire a éclipsé Haïti, non seulement sur le plan électoral mais également sur le plan humanitaire, après le séisme du 12 janvier 2010, puisque bon nombre d'engagements pris alors dans l'émotion du moment n’ont pas été tenus ni même rappelés dans la suite. Haïti et la Côte d'Ivoire, qui, en décembre 2010, ont quelque temps occupé le devant de la scène, ont été à leur tour retirés de l'affiche par les événements du Maghreb puis du Moyen-Orient dans son ensemble.

« La rue est plus radicale que les urnes » disais-je en titre et, en effet, les processus électoraux haïtiens et ivoiriens, faute de s’en tenir à leurs résultats, se sont enlisés peu à peu, tandis que les événements des rues conduisaient à des solutions tant en Tunisie qu'en Égypte plus rapides et radicales que nos experts et diplomates ne l’imaginaient, même si comme toujours, ils nous ont alors proclamé qu’ils l’avaient bien prévu. Hélas pour eux, enregistrements et images sont là pour rétablir la vérité de leurs annonces comme de leurs comportements.

On ne sait trop que penser de ce qui se passe en Libye, où la dinguerie du colonel Kadhafi, ces dernières années « mis sous le tapis » (comme on dit désormais) moyennant quelques milliards de commandes, de préférence militaires (bien utiles en cas de tentatives de révolution) peut naturellement l'entraîner dans les pires folies sanguinaires. Quant au Yémen et surtout à Bahreïn (où est basée la cinquième flotte américaine), on ne peut guère savoir ce qui s'y passera car les choses se décideront sans doute dans le secret du bureau ovale de la Maison-Blanche.

La nouvelle la plus étrange du jour, est sans doute l’annonce du franchissement du canal de Suez, ce matin même 22 février 2011, par deux navires de guerre... iraniens. Un tel fait ne s’était pas produit depuis 1979, mais il est rendu possible par la convention internationale qui précise que le canal de Suez est "ouvert à tout navire de commerce ou de guerre". On se demande un peu ce qu'ils ont à faire, dans les circonstances présentes, en Méditerranée. Le prétexte invoqué tient à des manoeuvres en relation avec la Syrie, mais elles semblent plutôt destnées aux Chiites du Liban et surtout de Gaza où l’on cause élections. Israël a déjà qualifié le fait de provocation. Peut-être la chose n’est-elle pas sans rapport non plus avec le projet de nouvelle expédition humanitaire en direction de Gaza (avec, à bord, Stéphane Hessel et son bonnet phrygien) puisque la flotte israëlienne avait eu un rôle décisif dans l’arraisonnement des navires qui avaient tenté déjà de rompre le blocus de Gaza.

En Côte d'Ivoire comme en Haïti, les processus électoraux s'éternisent puisque les premiers tours des élections présidentielles y ont eu lieu il y a déjà quatre mois.

A Abidjan, tout semble indiquer que, contrairement aux prévisions de nos augures politiques internationaux, Gbagbo semble plutôt conforté dans sa position au fil des mois, car il n’est pas tombé « comme un fruit pourri » dans le délai que lui avait accordé, fort imprudemment, son adversaire Ouattara. Le bel ensemble que constituait la CDEAO est en train de se fissurer ; non seulement on attend toujours les actions militaires qui devaient déloger Laurent Gbagbo d'Abidjan, mais ce dernier, qui était déjà assuré du soutien de l'Angola, a désormais celui, moins puissant mais plus proche et plus décisif, du Ghana qui semble s'être retiré de la coalition. Le plus pittoresque de la chose est qu'on paraît s'acheminer désormais vers un prétendu recomptage des bulletins de vote, ce qui paraît une décision plutôt insolite dans la mesure où il a été indiqué que les bulletins du second tour ont été détruits. Tout cela me paraît plutôt, en réalité, une forme de remise en cause discrète du processus électoral qui avait conduit à la désignation de Ouattara comme président.

En Haïti, les choses semblent, non sans mal, se mettre en place en vue de la tenue du deuxième tour fixé au 20 mars 2011, sans que le président Préval ait réussi à prolonger davantage encore son maintien au pouvoir limité au 14 mai 2011. L'intervention inattendue des anciens présidents, Duvalier et Aristide, a paru toutefois, un moment, remettre en question ce calendrier.

Si l'on ne parle plus guère de Duvalier (au point qu'on se demande même parfois s'il n'est pas reparti d'Haïti), Aristide occupe désormais le devant de la scène depuis que le gouvernement haïtien lui a accordé un nouveau passeport diplomatique qui lui permet de rentrer au pays. Ses partisans se sont employés à remettre en état sa magnifique propriété dans les hauts de Port-au-Prince, mais ils ont aussi entrepris une action purement politique avec, en particulier, des manifestations récentes dans la capitale qui se sont, fort heureusement, déroulées sans incident.

Les États-Unis et diverses autorités, nationales et internationales, répètent à l'envi qu'Aristide ne pourra revenir qu'après le deuxième tour des élections mais les choses changent tant et si vite qu'on ne peut pas en être tout à fait certain et on voit mal par ailleurs ce qui pourrait légalement s’opposer à son retour.

Si l'élection de Mirlande Manigat paraissait devoir être acquise sans trop de problèmes (elle avait 10 % des voix d'avance au premier tour, du moins si l'on se fie aux résultats provisoires de début décembre 2010, puisque les résultats définitifs n'ont jamais été communiqués !) les choses évoluent puisque Wyclef, qui avait été écarté du premier tour, s'est prononcé en faveur de Michel Martelly. Il est même venu en Haïti spécialement pour soutenir le chanteur, réalisant par là une alliance autour du thème « sortez les sortants », visant à écarter du pouvoir les politiques proprement dits, dont naturellement sa rivale.

Si la rue est plus radicale que les élections, encore faut-il espérer, dans ces deux cas, que la rue et la violence ne finissent pas par se substituer aux processus électoraux, si difficiles et contestables qu’ils puissent être.

lundi 21 février 2011

De la « ligne bleue des Vosges » à la Place du même métal

La fameuse formule de la « ligne bleue des Vosges » figurait, avec l’invitation discrète à ne jamais l’oublier, dans le testament de Jules Ferry. Peut-être est-ce là ce qui a contribué à ce que, jusqu’à la Première Guerre mondiale, les écoliers de France en gardent le souvenir. Est-ce aussi ce qui a conduit de grandes figures du Parti socialiste à s’éloigner de la Rue de Solférino pour rallier la Place des Vosges ? Ainsi, bien après Victor Hugo, lui aussi socialiste, également à sa façon bien spéciale, Jack Lang (dans un symbolique retour aux sources, puisqu’il est lui-même natif de Mirecourt dans les Vosges !), puis Dominique Strauss-Kahn ( que son enfance marocaine a conduit inévitablement à faire emplette d’un somptueux riad à Marrakech) ont choisi comme adresse parisienne la Place des Vosges, l’ancienne « Place Royale » (Est-ce ce nom chargé de mauvais souvenirs ou le manque de moyens qui a détourné François Hollande d’y rejoindre les autres éléphants du PS ?)

Jack Lang a acquis Place des Vosges un petit (du moins le décrit-il ainsi) appartement de 165 mètres carrés. DSK de son côté a opté pour un logis plus digne de son importance et de son volume, puisque, sur deux niveaux, il y dispose de 240 mètres carrés. Adresses de prestige mais aussi preuves d’un esprit d’économie exemplaire puisque, pour le second par exemple, l’investissement de quatre millions d’euros dans un tel achat correspond à plus treize ans de son salaire actuel de Directeur du FMI. Voilà un exemple qui témoigne en faveur de l'ancien ministre de nos Finances, même s'il a dû les quitter avec un peu de précipitation.

Il est vrai que peut-être le logis de DSK a-t-il été acquis pour le couple par son épouse. Elle est l’héritière, avec d’autres ayant-droits il est vrai, des biens et surtout des tableaux de son grand-père, le marchand d’art, Paul Rosenberg. Une bonne centaine de ses toiles, saisies par les Allemands, ont été récupérées après la guerre. Ainsi, en 2003, à New-York, la seule vente de « La Femme en rouge et vert » de Fernand Léger a rapporté 16 millions d'euros, soit l’équivalent de quatre vastes appartements Place des Vosges.

Rassurez-vous toutefois, l’expulsion très médiatisée, le 23 octobre à l'aube, d’une trentaine de squatteurs, qui, à l’initiative de « Jeudi noir », occupaient un hôtel particulier de la Place des Vosges, ne concernait ni l’un ni l’autre de nos deux hommes politiques socialistes, comme on a pu le craindre !

Je n’ajouterai pas mon modeste caquet au concert de gloses et de commentaires que la récente visite de DSK à Paris a déclenché. Je ne sais pas si DSK, pour épargner ses frais d’hôtel au FMI, a été logé avec les membres du G20 ou s’il est allé dormir Place des Vosges, ne serait-ce que pour prévenir l’incursion ultérieure d’éventuels squatters.

L’écoute de toutes les exégèses tournant autour de DSK m’a inspiré une hypothèse que je n’ai entendue nulle part et qui me paraît pourtant tout à fait envisageable.

En effet, depuis sa fameuse affaire de moeurs en 2008, dans le contexte américain (certains avaient même alors demandé sa démission, ce qui n’est pas étonnant aux Etats-Unis), on sait, de toute façon et de façon sûre, que le mandat de DSK ne sera, en aucun cas, renouvelé.

Une stratégie habile, dans le contexte français, pourrait donc être celle du judoka, ce qui, je vous l’accorde, ne correspond guère au physique de DSK que j’entendais tout à l’heure définir par je ne sais quel journal, suite à son numéro du week-end, comme une « effeuilleuse replète ». Je changerais plutôt l’adjectif "replète" pour « obèse », tout en gardant la qualification professionnelle. Le principe de base du judo, pour en revenir à lui, est, en effet, en principe du moins, d’utiliser la force et le poids de l’adversaire pour le vaincre. On en doute un peu il est vrai, quand on voit notre Français champion du monde toutes catégories avec ses deux mètres et ses 120 kilos).

Pour l’effet « teasing » (pour causer « in »), contrairement à ce que disent tous les glosateurs, je pense que le public que vise DSK dans son strip-tease médiatique, est moins l’électorat français (comme tout le monde le suppose) que le public étasunien et plus particulièrement, à terme, le FMI lui-même. Pour faire court, DSK se sachant, lui, non renouvelable, ne va-t-il pas tout faire pour tenter de se faire virer du FMI avant le terme de son mandat?

Coup double en cas de succès de la manoeuvre.

N’oublions pas que DSK est avocat, comme tous nos politiques désormais, et qu’il n’est pas ennemi des petits profits (souvenons-nous de la MNEF). Peut-être, en cas de « licenciement » avant le terme de son contrat, pourrait-il prétendre à une grosse indemnité sur la base de ses 325.000 euros annuels, sans compter le préjudice moral.

Mais l’essentiel est l’électorat français. Viré du FMI, DSK, à qui on ne cesse de reprocher, à gauche (où se trouvent ses pires ennemis), d’être "l’agent du capitalisme sauvage mondial" (ce qu’a démontré la politique du FMI en Grèce, pour ne pas chercher plus loin !), apparaîtrait alors, au contraire, comme la "victime du FMI". Dans cette hypothèse, comptez sur DSK que les palinodies ne rebutent pas (il a très vite condamné le régime tunisien après avoir encensé la gestion de Ben Ali moins de deux ans avant !) pour nous expliquer qu’il a été viré pour avoir tenté héroïquement de défendre les pauvres du monde (il est socialiste non ?) contre la violence sanguinaire du FMI. Je l’entends déjà ! Besancenot et Mélanchon, débordés de façon inattendue et inhabituelle, sur leur gauche, en resteront sans voix (au singulier et au pluriel donc au plan personnel et électoral).

C’était le conseil, avisé et gratuit, comme toujours d’Usbek and Co limited ; toutefois, je ne serais pas contre un petit chèque en cas de succès !

dimanche 20 février 2011

Zoroastre, Mahomet et Ali

Les émissions de Calvi, sur la Cinq à 17 heures 48 (je ne sais jamais si c’est « C plus clair » ou « C dans l’air » mais la chose est sans importance) sont souvent intéressantes dans une télévision qui ne donne plus guère que dans la Pernauterie style TF1 et s’apparente désormais aux magazines populaires d’antan, Détective ou Qui Police?, qui ne faisaient que dans le fait-divers, de préférence sanglant et éventuelllement salace. Ces émissions sont surtout intéressantes quand Calvi s'abstient d'y inviter Odon Vallet (hélas toujours libre et qui vient, la teinture encore toute fraiche, nous réciter des citations laborieusement apprises le matin même) ou les « journalistes » parisiens habitués des lieux, qui sont là pour promouvoir leur feuille de chou et/ou leur dernier livre ; leurs propos se réduisent, le plus souvent, à des conversations de bistrot germano-pratin, sans avoir le charme des brèves de comptoir. En revanche, certains des invités ont à dire des choses qui ne traînent pas partout, comme l’économiste Jean-Marie Daniel, Adler, Benjamin Stora ou Antoine Sfeir, tous hélas trop rares en ces lieux.

Il y a deux ou trois jours, A. Sfeir a eu deux interventions intéressantes.

La première, la moins riche sur le plan général mais la plus drôle sur le plan personnel pour le Libanais qu’il est, a concerné la Syrie. Il nous a confié, quoiqu’il lui en coûtât (de son propre aveu, a peine murmuré il est vrai) que Bachar El Hassad était populaire en Syrie, la population locale ne portant sa détestation que sur son entourage.

Seconde remarque d’une toute autre portée, à propos des événements qui agitent le Maghreb et le Machrek. A. Sfeir, le seul à le faire, a placé, dans une vue originale mais qui mérite sans doute des éclairages, tous ces événements dans le cadre d'un vieux conflit entre la Perse et le monde arabe, commencé il y a quatorze siècles. On a pu en trouver le symbole dans les récents échanges aigres-doux entre l'Iran et l'Égypte.

Certes poser le problème en ces termes constitue une hypothèse brillante et séduisante mais dont les fondements sont quand même un peu trop lointains pour être réellement pertinents. Je ne pense pas que ni un Ahmadinejad, dont les études sont un mystère et qui se passionne plus pour le football que pour Zoroastre, ni un Moubarak (ou le général qui ne tardera pas à lui succéder) n’aient la moindre idée sur de tels sujets.

Nous avons sans doute en occident, une vue un peu plus exacte et présente de la Perse, à travers les Achéménides, Darius, Xerxès puis Alexandre, que celle qu’on doit avoir dans les campagnes iraniennes d’où est issu notre Mahmood. Ce n’est qu’au VIIè siècle que la conquête musulmane fera de la Perse, devenue sous les Sassanides l’Iran, une terre d’islam. Cette terre reprendra le nom de Perse jusqu’en 1934 ou le Shah lui fera retrouver son nom vernaculaire d’Iran, seuls les étrangers ayant, en fait repris, le vieux nom de Perse hérité de la dénomination grecque.

Arabisé et islamisé, l’Iran gardera sa langue ( du groupe indo-iranien de la famille indo-européenne, sans aucun rapport avec l’arabe, même si une écriture du persan est apparentée à celle de l’arabe) et des élémnts de sa culture (en particulier à travers le zoroastrisme).

C'est là une idée, brillante mais fondée et qui mérite d'être exposée dans le contexte géo-stratégique actuel, même si je ne suis pas totalement convaincu pour ma part. En revanche, comme j'ai déjà eu l'occasion de le dire, je trouve que, dans toutes ces affaires, on a une tendance fâcheuse à sous-estimer le conflit entre Musulmans chiites et sunnites, qui est probablement la cause de la mort du plus grand nombre de Musulmans dans la dernière décennie, sans même prendre en compte dans cette affaire la guerre Iran-Irak qui avait, pour une part limitée, l'aspect d'un conflit de cette nature, même si 60% des Irakiens sont chiites (contre 90% des Iraniens).

Je suis très loin d'être un spécialiste de l'islam, mais j'ai toujours été frappé par la violence des conflits entre Chiites et Sunnites, surtout quand on songe à ce qui sépare réellement, sur le plan théologique, ces deux courants. Les Chiites considèrent qu’Ali, cousin et gendre du Prophète et le premier homme à accepter l'islam, est le successeur immédiat de Mahomet. Why not ?

Cette affaire me fait toujours penser à Gulliver et à la guerre entre Lilliput et Blefuscu, suite aux conflits entre les « Petit boutiens » et « Gros boutiens » qui se divisaient et s’affrontaient sur la façon d'entamer les oeufs à la coque, par le gros ou le petit bout ! Il est vrai, toutefois, que nos propres guerres de religion ne sont guère plus défendables, vues de l’extérieur, et que leurs conséquences ont été, à l’époque, tout aussi catastrophiques.

Force est de constater que si minoritaires que soient les Chiites dans l’ensemble des Musulmans du monde (ils ne sont pas sans doute plus de 15%), ils jouent un rôle qu’on aurait sans doute tort de négliger, au Moyen-Orient surtout, qu’ils le tiennent soit de l’extérieur (par les prises de position et les probables actions en sous-main de l’Iran, tant au Liban qu’à Gaza), soit de l’intérieur (à Bahrein où ils sont très majoritaires ou au Yemen ).

Un pays exemplaire à cet égard que je connaisse est l’Ile Maurice dont la population compte 20% de Musulmans. Ils vivent en bonne intelligence, même s’ils célèbrent de façon différente, l’achoura. Les Sunnites jeûnent, suivant ainsi l'exemple du Prophète. Pour les Chiites, très minoritaires, c’est un jour de deuil important qui marque la mort de l'imam Hussein, petit-fils de Mahomet, tué lors de la bataille de Kerbala en Irak (sa tombe s’y trouve). Tout au long de la journée qu’on nomme le « goun », les hommes marchent dans les rues en se frappant la poitrine et la tête ou même en se flagellant pour exprimer leur douleur au souvenir de la mort d’Hussein. La sagesse locale créole conseille de ne s’en point mêler. « Si to per tig, to pa get gun” (= si tu as peur du tigre, ne vas pas voir le Goon”).

Pour conclure sur ce point et dans l’attente des commentaires de plus savants que moi en la matière, je dois dire que je crains moins les affrontements de Zoroastre et de Mahomet que ceux qui, à propos d’Ali, peuvent survenir entre Chiites et Sunnites.

samedi 19 février 2011

Coluche au trou!

Deux remarques liminaires pour les nobles étrangers qui pourraient me lire en des terres aussi lointaines que le Brésil, l’Australie ou les Émirats arabes unis.

Coluche est un humoriste français, trop tôt arraché par un camion à l'affection de ceux qui appréciaient ses plaisanteries. La France, quant à elle, est un pays prétendument démocratique où l'ordre moral le plus rigoureux et le plus stupide (excusez la tautologie, car un ordre moral est toujours stupide !) est en train de s'installer. On se borne encore, pour le moment, à chasser les humoristes des radios et des télés comme à les condamner dans des procès grotesques, mais tout donne à penser qu'on tardera pas à les mettre enfin et une bonne fois pour toutes en prison.

Le discours favori des tenants de l'ordre moral qui régissent les associations affichées comme antiracistes, qui sont le bras séculier de cet ordre et qui visent, à les croire, à instaurer une parfaite égalité entre tous les citoyens est, en fait, celui d’un égalitarisme forcené mais de façade ; il conduit certes à prétendre nier, au moins, dans les propos, des inégalités sociales, dont ces mêmes zélateurs de l'égalité s'accommodent, en revanche, parfaitement dans la vie courante. On peut même noter que bon nombre d'entre eux, dans leur vie politique ultérieure, ont utilisé, pour sauter, beaucoup plus haut et plus loin, que leurs capacités propres ne permettaient de le prévoir, le tremplin si commode et tellement gratifiant de cet égalitarisme. Je n'ose pas citer de noms de peur de me retrouver moi-même à l'ombre, mais je pense que vous pouvez aisément voir de qui je parle en ces termes.

Les conséquences de cet ordre moral nouveau se font sentir jusque dans la langue française qui présentent quelques expressions consacrées dont on doit désormais se garder absolument d’user. On a vu récemment un parfumeur en retraite devenu l’objet d’un lynchage médiatique de la part de cette presse bien pensante et menacé de toutes parts de procès (je ne sais pas s'ils ont été réellement intentés) pour avoir utilisé la vieille expression française « travailler comme un nègre » que Flaubert et quelques autres ont pu employer autrefois sans encourir les foudres de la justice. Ajouterai-je que le malheureux a eu la chance, dans son malheur, de ne pas qualifier le résultat de l'activité en cause de « travail d'Arabe », expression qui a pourtant donné son titre à un film récent. Dans ce cas-là, on aurait peut-être pu envisager pour lui le rétablissement de la peine de mort.

Il est heureux que Coluche soit mort assez tôt pour ne pas être taxé de racisme et se voir poursuivi sur ce chef d'accusation. En effet, les peuples d’Outre-Quiévrain étaient l’une des cibles favorites de ses plaisanteries et il avait toujours à raconter une histoire sur ceux qu'il appelait « nos amis les Belges ». Je précise, pour les mêmes nobles étrangers qui pourraient me lire, qu'il parodiait par la une expression familière qui fut même, un moment, le titre d'une émission télévisée connue, « Nos amis les bêtes ». Comme il aimait aussi à se moquer des syndicalistes (une de ces formules était la suivante : « Le capitalisme c'est l'exploitation de l'homme par l'homme, le syndicalisme c'est l'inverse ») aurait-il vécu jusqu’à nos jours qu’il aurait sans doute passé son temps dans les tribunaux avant de finir sur la paille humide des cachots pour racisme anti-belge et anti-syndical !

On a vu récemment deux humoristes bien connus et non sans talent, Stéphane Guillon et Didier Porte, chassés comme des malpropres de l'audiovisuel public pour avoir plaisanté quelques-uns de nos politiques qui, d'ailleurs n'appartenaient pas nécessairement tous au parti majoritaire.

L'affaire la plus récente est celle du procès fait à Éric Zemmour et qui vient de se terminer par la condamnation de ce journaliste qui, d’ailleurs, est plus un chroniqueur qu'un humoriste, mais qui avait eu le malheur de prétendre que le pourcentage des condamnés dans la petite délinquance était plus important chez les Blacks et les Beurs que chez les Caucasiens pur sucre. Un tel propos ne fait référence qu’à des statistiques et il est extrêmement discutable de feindre d'en déduire qu'au plan moral, les premiers sont inférieurs au second.

Il y a là, bien entendu, que la simple conséquence, tout à fait évidente, de facteurs sociaux qu’on ne peut guère contester. Ils font que ces populations, socialement marginalisés, en sont, par force et parfois, réduits, comme Panurge en son temps, à se procurer de l’argent « en façon de larcin furtivement fait ». lls ont, de ce fait même, infiniment plus de chances de s'exposer à des sanctions pénales que les populations aisées voire riches, classes sociales dont relèvent manifestement les nobles instigateurs de ces procès, qu’on ne voit guère mettre en oeuvre, hors des prétoires, la sollicitude dont ils font preuve en justice.

Dans l'ordre moral qu'on est en train d'instaurer en France, le pire n'est assurément pas la morale mais la sottise !

vendredi 18 février 2011

Dockers de Marseille : les vraies données

Je croyais que la Cour des Comptes était une sorte de sinécure-dortoir où l’on casait des trublions politiques dont on ne savait plus trop que faire (style Pierre Joxe ou Philippe Seguin) pour que l’atmosphère de château de la Belle au bois dormant les « calmât » (comme dirait l’autre). Avec Seguin, les choses ont bien changé et c’est sans doute lui qui, grand amateur de football, a laissé derrière lui l’idée de distribuer des cartons jaunes et rouges aux mauvais sujets.

J’ai lu, comme tout le monde, et je les ai même citées, les remarques faites sur Marseille et ses dockers, avant même que ce rapport 2011 soit officiellement publié. Faut-il en déduire que, comme les procureurs (qu’on entend désormais chaque jour alors que, jusqu’à une date récente, ils étaient aussi muets que leurs visages étaient inconnus), les rédacteurs de ces rapports se confient aux journalistes, à moins que les petites mains de l’institution fassent, ici ou là, quelques photocopies des rapports en cours pour les négocier auprès des médias ?

Peu importe d’’ailleurs car mon propos est ailleurs et toute la presse a d’ailleurs reproduit les mêmes informations, sur les salaires comme sur les horaires de dockers et autres portiqueurs et, plus globalement, sur la situation du port de Marseille. En revanche, je me suis plongé, avec le plus grand intérêt et je vous en recommande, sinon la lecture (car il comporte plus de 180 pages) mais la visite, dans un texte un peu plus ancien (2006), le rapport public de la Cour des comptes, « Les ports français face aux mutations du transport maritime : l’urgence de l’action ».

En dehors du grand intérêt et de la fiabilité des données qu’il présente, il illustre aussi le fait que ces rapports si précis et si remarquables qu’ils soient, ne servent rigoureusement à rien. En effet, pour les responsables administratifs qui pourraient voir critiquer leur gestion par la Cour des comptes, ces reproches n’ont pas la moindre conséquence, tant que les « coupables » ne sont pas traduits devant la Cour de discipline budgétaire, ce qui n’arrive guère qu’une fois sur cent et encore (statistique personnelle, à la louche !).

Voici donc quelques remarques puisées dans ce rapport, sur les questions dont on traitait déjà dans le rapport 1999 et dont on débat à nouveau dans le rapport 2011, en attendant qu’elles se retrouvent à nouveau dans le prochain, les suggestions faites dans le rapport 2006 étant restées, pour la plupart sans effet, selon les constats mêmes des rédacteurs!

Voici quelques bons morceaux :

« Alors que l’essor du transport maritime et, plus particulièrement, l’explosion du trafic de conteneurs (qui a progressé de 9,6 % en 2004), ont constitué de puissants moteurs de développement pour les principales places européennes, les ports français n’ont pas pleinement tiré parti de cette situation pour augmenter leur part de marché. Celle-ci a au contraire diminué - parfois significativement - au profit de leurs concurrents européens.
Pourtant, la France bénéficie en théorie d’atouts géographiques pour devenir, avec ses trois façades maritimes, l’une des principales portes d’entrée en Europe des marchandises transportées par les lignes régulières des grands armements maritimes. Adossés à un important marché de consommateurs, couvrant la France, la Suisse, le sud de l’Allemagne et le nord de l’Italie, les ports maritimes français disposent théoriquement d’un potentiel de développement, créateur d’emplois directs ou indirects.
Malgré l’augmentation continue du trafic portuaire traité par les ports français, le constat de leur moindre croissance par rapport à celle de leurs principaux concurrents européens a particulièrement retenu l’attention de la Cour.
[...]
Ainsi, après avoir dépassé le port de Hong Kong en 2003, celui de Rotterdam en 2004 et celui de Singapour en 2005, le port de Shanghai est désormais le plus grand port du monde, avec une croissance annuelle de 30 % et un trafic de 443 millions de tonnes en 2005. Avec 369 millions de tonnes, le port de Rotterdam, premier port mondial au milieu des années 1990, n’occupe désormais que le troisième rang derrière Singapour. Anvers a régressé de six places et se situe au 15ème rang. En 2005, onze des quinze premiers ports mondiaux sont asiatiques. Marseille et Le Havre, qui occupaient respectivement en 1998 les 18ème et 36ème rangs, rétrogradent aux 24ème et 39ème rangs.
[...]
En 2005, les six principaux terminaux et treize des vingt premiers ports à conteneurs au monde étaient situés en Asie. Seuls, en Europe, figuraient parmi les vingt premiers ports à conteneurs : Rotterdam (7ème rang), Hambourg (8ème rang) et Anvers (12ème rang). Cinquième puissance exportatrice mondiale, la France ne dispose plus que de deux ports parmi les cent premiers, avec le Havre au 36ème rang et Marseille au 70ème.
[...]
[Les dockers, comme on va le voir, ne sont pas seuls responsables du déclin de Marseille !]
La stratégie de développement d’avant-ports ou de « ports secs » répond au même objectif de massification des trafics et d’intégration dans les chaînes de transport. Ces installations, généralement desservies par plusieurs modes de transport terrestre, sont des lieux de rabattement et de diffusion des conteneurs en liaison directe avec un port maritime. Dans le cadre d’un accord conclu avec la Compagnie nationale du Rhône, gestionnaire du port de Lyon Edouard Herriot, le port de Marseille a ouvert à Lyon en 1996 un port avancé qui inclut depuis 2004 le dédouanement des marchandises. Son développement s’est heurté aux réticences des transitaires marseillais et à leur refus d’ouvrir l’informatique portuaire, pourtant partiellement financée par le port autonome, à leurs concurrents lyonnais. Le problème de l’accès au système d’information n’est toujours pas résolu.
Le port de Barcelone a annoncé le choix de Toulouse pour organiser son port avancé dans le sud de la France et étendre sa zone d’influence jusqu’à Lyon, avec un objectif de trafic de 200 000 EVP à l’horizon 2015.

[C’est donc Barcelone qui décide de la politique portuaire interne de la France]

Sur la façade Sud, le coût de la manutention à Marseille, supérieur d’environ un tiers à celui de deux autres ports méditerranéens retenus, et son poids dans le coût global de passage portuaire (61 %) expliquent la totalité de la charge supplémentaire pesant sur l’armateur par rapport aux escales dans les ports concurrents. Les coûts de manutention comprennent deux parties, les redevances domaniales et d’usage des outillages versées par les manutentionnaires au port pour un tiers environ, d’une part, et les coûts propres aux manutentionnaires pour les deux autres tiers, d’autre part. D’après les données fournies à la Cour, les prestations facturées par le port de Marseille sont plus élevées qu’au Havre de 18 %, ce qui représente un supplément de 5€ par conteneur. Les coûts propres des entreprises de manutention seraient également supérieurs de 42 % à Marseille, soit 20 € par conteneur. Ce handicap est accentué par le niveau des coûts d’immobilisation du navire qui est encore plus élevé que celui constaté au Havre. Compte tenu de l’absence de saturation des terminaux à conteneurs, l’explication ne peut être que l’organisation peu compétitive de ceux-ci.
[...]
Le manque de fiabilité de Marseille est dénoncé depuis longtemps par les armateurs et les chargeurs. Selon les données produites par « l’observatoire de la fiabilité » créé par le port autonome en 1999, près d’une escale sur cinq a été marquée par un incident entre 2000 et 2004. Le tiers de ces incidents est imputable au port, les autres relevant de la responsabilité des opérateurs de la place. Ces incidents résultent principalement de causes techniques et de problèmes d’organisation, mais 10 % d’entre eux proviennent de problèmes sociaux. Mais cette proportion est certainement sous-estimée car elle ne prend pas en compte les détournements et les dégradations de conteneurs ou de marchandises transportées. Dans ce contexte, les conflits sociaux survenus à l’automne 2005 ont porté un préjudice sérieux à l’image déjà très dégradée du port. La paralysie des terminaux pendant quinze jours a contribué au fléchissement de l’activité perceptible avant le conflit sur les deux bassins.
[...]
Les rémunérations des dockers
Salaire brut moyen annuel d’un docker en France : 32 000 € pour 35 H ; à Anvers: 37 277 € pour l’équivalent de 35 H ; à Hambourg : 31 000 € pour une durée de travail de 35 à 38 H.
Source : UNIM – données 2004
[Le problème est que, comme vous allez le voir dans la suite, ces chiffres ne correspondent pas à la réalité]

VRAIS SALAIRES [ce titre est dans le rapport !]
Ce port où la réforme de la manutention reste inachevée fait figure d’exception. La mensualisation des dockers est encore partielle à Marseille et Fos où les deux bureaux centraux de main d’oeuvre (BCMO) restent actifs, contrairement à la quasi-totalité des autres ports autonomes maritimes. A la fin 2004, la place marseillaise totalise plus de 80 % des intermittents encore actifs en France sur ses deux bassins et le taux de mensualisation n’atteint que 72 %. Les clauses du code des ports maritimes relatives au nombre maximal d’intermittents et à leur taux d’inemploi ne sont pas appliquées et les radiations d’intermittents en surnombre qu’impose la loi ne sont pas intervenues. Cela tient certes en partie au dépôt de bilan, dans les dix dernières années, de deux sociétés de manutention dont le personnel n’a été que partiellement repris par les autres manutentionnaires.

Avec un taux d’inemploi de 0,9 %, le statut d’intermittence des 218 dockers du BCMO de Marseille ne paraît cependant pas justifié. Des sociétés de groupement de moyens entre manutentionnaires gèrent 46 % des ouvriers mensualisés en 2004 et permettent une certaine flexibilité dans la répartition des dockers entre les sociétés mais constituent, de fait, des BCMO parallèles qui échappent à la présidence et donc au contrôle du directeur du port et vont à l’encontre de l’esprit de la réforme de 1992.
Le port autonome a pourtant contribué à l’ajustement des effectifs des dockers en finançant la moitié de la part locale du plan social engagé après la réforme de 1992, soit 45,7 M€. De plus, près de mille dockers peuvent bénéficier du dispositif actuel de cessation anticipée d’activité pour les travailleurs exposés à l’amiante [ ????????] qui a fait l’objet d’un accord local instituant des allocations complémentaires. Le port autonome a contribué, avec l’accord de l’Etat, de 2001 à 2004 à hauteur de 5,1 M€ au financement de cet accord, soit le cinquième du coût global du dispositif pour les sociétés de manutention, en contrepartie d’un plan d’amélioration de la performance de la manutention et d’un objectif d’augmentation du trafic. L’impact de ces aides sur les performances des sociétés de manutention n’a cependant pas été démontré. En outre, deux sociétés de manutention ont été mises en redressement judiciaire entre 1996 et 2004 laissant des impayés de 5 M€ au port autonome. Ce dernier détenait encore 2,3 M€ de créances échues et non réglées au 30 avril 2005 sur des sociétés de manutention. La comptabilité analytique du port autonome montre pourtant que les tarifs appliqués aux sociétés de manutention, parfois réduits par des rabais commerciaux, ne couvrent que les deux tiers de ses coûts.
[...]
Ce soutien public ne semble pas avoir pour autant permis d’améliorer la compétitivité de la place dont les coûts de passage portuaire sont grevés par les opérations de manutention. La contribution propre des manutentionnaires à cette compétitivité dépend certes de la productivité annuelle des équipements qui est mauvaise à Marseille, mais elle relève de la défaillance du système français d’exploitation portuaire en l’absence d’un commandement unique sur les terminaux et de la mauvaise optimisation du linéaire de parc par les opérateurs. De ce fait, le nombre d’EVP manutentionnés à Fos est de 350 par an et mètre de quai en 2002 contre 400 au Havre, 600 à Valence et 1300 à Anvers. Ces coûts tiennent également aux rémunérations versées par ces sociétés. Selon les éléments recueillis par le port autonome dans le cadre du comité de suivi du plan de performance, le salaire mensuel brut moyen d’un ouvrier mensualisé s’établissait en effet en 2003 à 4 600 € sur le bassin de Fos, et à 3 800 € sur celui de Marseille, soit des montants supérieurs au salaire moyen de la branche selon les données communiquées par l’UNIM.
[...]
Les ouvriers dockers employés par les sociétés de manutention et les portiqueurs, salariés des ports autonomes, doivent travailler en étroite coordination pour charger et décharger les navires à quai. Toute opération implique en effet simultanément la présence de portiqueurs conduisant des engins en état de marche et celle d’ouvriers dockers assurant la manutention des conteneurs à bord et sur les quais. Ces deux catégories de personnel concourent à une activité de nature commerciale dont la responsabilité incombe aux sociétés de manutention en application de la loi du 18 juin 1966 sur le transport maritime.
[...]
Le maintien de primes versées par les sociétés de manutention aux portiqueurs de certains ports
Le travail des agents de conduite du port sous la responsabilité commerciale des sociétés de manutention a donné lieu au versement par celles-ci de rémunérations additionnelles destinées à inciter les portiqueurs à adapter leur travail à leurs besoins. Ces pratiques étaient présentes jusqu’à une période récente dans une quinzaine de ports maritimes. Un processus de normalisation a été engagé en 2002, notamment au Havre. Ces primes persistent néanmoins aujourd’hui encore dans quelques ports, dont celui de Marseille où elles peuvent atteindre près de 1 000 € par mois. Elles majorent dans des proportions significatives le salaire brut mensuel moyen des portiqueurs qui s’établit à 2 900 € en 2004. Les portiqueurs ne travaillent en pratique que 28 heures par semaine compte tenu des usages locaux (le portiqueur part dès qu’un bateau est déchargé…). Enfin, contrairement aux ports étrangers, où il n’y a qu’un portiqueur par engin ou trois pour deux engins, deux portiqueurs sont affectés à chaque engin mais un seul peut le conduire. En conséquence, la durée de travail productif est d’environ 14 heures par semaine [souligné par moi]
Cet usage est contestable à de multiples égards. Il place les salariés du port en situation de double employeur pour le même travail dans des conditions dérogatoires au droit commun. Il induit un partage incertain des responsabilités entre les deux « employeurs » en cas d’accident, avec un risque pour la direction du port autonome d’être tenue pour responsable d’accidents imputables à des activités de ses salariés commandées et payées par les sociétés de manutention. En outre, accordées selon des critères non transparents, ces primes créent une inégalité de traitement entre les personnels portuaires et contribuent à affaiblir l’autorité des directions des ports sur leurs propres salariés. »
[...]
UNE MODERNISATION INACHEVÉE
La réalisation de l’unité de commandement par « l’intégration » des salariés concernés des ports dans les entreprises opératrices des principaux terminaux à conteneurs constitue pourtant une réponse adaptée aux enjeux de l’harmonisation des rythmes de travail des deux catégories de personnel concernées et à la nécessité de supprimer un dispositif de rémunération des plus contestables.
L’exemple de l’absence d’harmonisation du travail sur les terminaux de Fos (2003)
Les conventions et accords prévoient que les portiqueurs travaillent 7h54 par jour et 4,16 jours par semaine en moyenne sur un cycle, soit 32h54 par semaine, les dockers 6h par jour et 6 jours par semaine, soit 36h par semaine25. La durée d’un cycle de travail d’une équipe est de 7h pour les portiqueurs hors temps de vestiaire et de mise en route et d’arrêt des portiques. Elle est de 6h pour les dockers, temps de vestiaire et mise en route compris. Les rotations des équipes font ainsi apparaître des plages horaires pour lesquelles il y a des portiqueurs mais pas de dockers.
Source : port autonome de Marseille
Equipe 1 Equipe 2 Equipe 3
Portiqueurs 5H33 à 13H27 12H33 à 20H27 19H33 à 3H27
Portiqueurs hors vestiaire et mise en route/arrêt 6H00 à 13H ; 13H00 à 20H00 ; 20H00 à 3H00
Dockers 6H30 à 12H30 ; 13H00 à 19H30 ; 20H à 2H00
Plages horaires décalées 1H00 0H30 1H00. »

Edifiant non ?

Petit complément d'information pour les salaires des dockers de la Martinique. Extrait de http//politiques-publiques.com/martinique ;

"Pour répondre à vos interrogations fréquentes sur les salaires de cette corporation, Politiques Publiques vous propose un document issu des négociations annuelles obligatoire de 2005, alors que les deux sociétés de manutention exerçant sur le port fonctionnaient encore. Elles ont depuis déposé le bilan, et vu naître le nouveau groupement employeur GEMO.

De 2002 à 2004, les salaires devenus mensualisés des dockers ont connu une augmentation considérable. Ils se situaient par ailleurs, à l’orée de ces NAO 2005 - selon le statut (professionnels ou occasionnels), les tâches, l’ancienneté, et le nombre d’heures travaillées - dans une fourchette allant de 3 300 à 10 200 € bruts mensuels. Des salaires qui ont bien entendu connu de nouvelles évolutions au gré des NAO entre 2005 et 2010".

jeudi 17 février 2011

Douce France

Rassurez-vous je ne vais pas mettre ce post sous le signe de la célébration du dixième anniversaire de la mort de Charles Trenet ! C'est simplement, et que les visiteurs lointains de ce blog (de l’Australie au Brésil en passant par les Emirats et la Lettonie ! Ô puissance de Google !) me pardonnent, que je vais revenir à un problème tristement franco-français.

Adonc ce matin, mercredi 16 février 2011, dans un moment d'oisiveté et de repos, j'ai écouté sur RMC « les grandes gueules ». On devait y recevoir Bruno Gaccio que j'aime bien, mais qui se fait rare sur nos antennes. Je lui signale que mon logiciel Dragon, à qui je dicte désormais mes textes mais qui est peu informé du paysage audiovisuel français, a écrit ici à son propos « Bruno le tuyau », peut-être par une fine allusion à la suite, comme on va le voir ! Curieusement, comme je l’ai récemment appris, après avoir longtemps perdu sa trace –hormis une brève réapparition médiatique, dans le sillage, si j’ose dire, de Ségolène Royal –, Bruno Gaccio se serait récupéré, avec un très joli poste mais loin des écrans, à Canal Plus, d'où il était parti, avec perte et fracas, après avoir été espionné par cette chaîne.

Comme quoi il n'est pas de malheur irréparable et qu’il n’y a rien de tel qu’une bonne grosse brouille et un procès pour fonder une amitié...A moins toutefois qu’il ne soit revenu là grâce à quelque « tuyau » (d’où le surnom que lui donne mon Dragon) qui, dans la suite, lui aurait donné barre sur ses ex-patrons. Puisqu’il est désormais à Canal Plus, ne pourrait-il, dans une feinte maladresse, pousser Denisot dans les escaliers pour le remplacer ensuite au Grand Journal où, à force de jeunisme et de minorités visibles ( des blacks aux beurs, y compris la miss meteo québécoise à bouche en cul de poule et à facéties laborieuses), on s’ennuie à mourir. Allez Bruno, un bon mouvement... pour une fois !

En fait je n’ai pas pu écouter Gaccio car il arrivait trop tard et j'avais déjà perdu patience.

J’ai, en effet, entendu, pendant un gros quart d'heure, le plus singulier ramassis de sottises, suite à la réexpédition au ministère de l'éducation nationale (110 rue de Grenelle, 75007), par les chevaliers pédagos concernés, de 47 arrêtés de nomination dans l'ordre des palmes académiques, en signe de protestation contre la politique de « prime à la casse » de Luc Chatel.

Pour les nobles étrangers qui pourraient me lire sous d’autres cieux, ainsi que pour les visiteurs qui ne seraient pas au fait des pratiques de notre belle éducation nationale, il faut préciser ici que les palmes académiques sont une décoration qu'il est d’usage de donner à peu près à tous les enseignants blanchis sous le harnais, à condition toutefois que, dans la pratique de l'enseignement, ils ne se soient pas livrés à des pratiques par trop condamnables, du style de l'exhibitionnisme ou de la pédophilie. En revanche, si vous vous êtes abstenu d’écarts pédagogiques de ce genre, vous avez des chances raisonnables, au bout de 25 ans ou 30 de carrière, d'être décoré, à votre tour, de ces palmes académiques (ce ne sont pas celles des canards mais celles, plus nobles, des palmiers).

En résumé, le fait d'avoir reçu ce hochet ne signale pas des mérites notables. On devait interviewer, dans l’émission de RMC en cause, un proviseur « honoraire » (ce qui équivaut à « en retraite » dans les autres professions) qui était l'un des initiateurs de cette démarche revendicative qu’on avait sans doute jugée originale. Les jeunes vendeurs de légumes de Tunis ou du Caire s’immolent par le feu en signe de protestation ; les proviseurs « honoraires », eux, se bornent à renvoyer au ministère leurs palmes académiques. C'est tout de même moins désagréable, même si cela devrait les conduire, en bonne logique, à sacrifier ce cher ruban, violet me semble-t-il, qui orne leur veston et même, pour certains, leur pyjama.

On a tout de même fini par entendre ce brave homme qui n'avait pas grand-chose à dire d'ailleurs, mais il nous avait fallu subir auparavant, en l’attendant, des échanges, tous plus ineptes les uns que les autres, à propos de notre école française, dont on connaît les résultats très médiocres dans les classements internationaux, en dépit du fait que les moyens dont elle dispose la placent plutôt dans le peloton de tête pour les investissements éducatifs.

Personnellement, j'ai, pour cette situation dont j’ai déjà parlé, des explications dans le détail desquelles je n'entrerai pas parce que cela nous conduirait trop loin. Parmi les sottises que j’ai pu entendre ce matin, je ne signalerai que les plus grosses.

Ainsi, a-t-on cité, comme le plus apprécié des récents ministres de l'éducation nationale, Jack Lang, ce qui relève de la plaisanterie ; on a évoqué aussi le cas de Claude Allègre qui avait eu la fameuse formule du dégraissage du mammouth. Je préfère ne pas parler ici de Lang, dans un accès de charité dont je suis peu coutumier, mais surtout dans la mesure où il s’est désormais reconverti dans la piraterie, ce qui a, au moins, le mérite de la clarté.

Quant à Claude Allègre, je pense que c'est à peu près effectivement le seul vrai ministre que nous ayons eu, mais ses ambitions étaient sans doute excessives, à vouloir s’attaquer à la fois au SNES et au CNRS ! Son cher ami Jospin l'a renvoyé (encore un ami de trente ans), moins par crainte des syndicats comme on l’a dit ce matin (même si effectivement ce ministre a essayé de les mettre un peu au pas), mais pour satisfaire aux exigences de Lang et de Fabius qui exigeaient la tête d’Allègre pour revenir au gouvernement, retour rendu indispensable au sein du PS en vue des échéances électorales. Cette trahison d'une vieille amitié, au profit de deux hommes qu’il n’estimait guère, n'est sans doute pas l'un des titres de gloire majeurs de Lionel Jospin.

On nous a ressorti aussi la vieille chanson de la solution de tous les problèmes de l'école par la décentralisation. J'en ai déjà parlé il y a peu dans ce blog (à propos des primes aux responsables d'établissements) et je n'y reviens donc pas. Sans être un jacobin farouche et en étant très conscient de la pesanteur de la centralisation du système français de l'éducation nationale, je me demande si je ne préfère pas encore l’autorité lointaine de la rue de Grenelle à celle, plus proche, plus constante et plus pressante des petits chefs (scolaires ou universitaires) qu'une décentralisation plus avancée ne manquerait pas de susciter ou de renforcer. On l'a vu dans d'autres domaines et, au fond, les fonctionnaires de la direction de l'équipement nommés de Paris, à l'époque où ils régnaient sur les permis de construire entre autres choses, avaient moins tendance à monnayer leurs autorisations que ne l’ont fait ensuite, dans le cadre décentralisé, les élus locaux.

Le vrai problème de l'éducation nationale, pour ne pas dire le seul, est l'incapacité au changement et le conservatisme forcené du corps enseignant. Sur ce point, je propose un principe tout simple : toute corporation est corporatiste par définition, mais la corporation des enseignants l’est en quelque sorte doublement, car tout individu a tendance à souhaiter voir reproduit le modèle éducatif dans lequel il a été lui-même formé. Les enseignants, par ce simple petit raisonnement arithmétique, sont donc corporatistes, non pas au double, mais « au carré ».

Les choses sont d'autant plus fâcheuses que, sur un plan plus général, chacun s'accorde à reconnaître les difficultés majeures que les Français ont avec toute réforme. Pour être plus précis, chacun est pour les réformes, à condition toutefois qu'elles ne s'appliquent qu’aux autres et non à lui-même À partir de là vous voyez ce que peut être la situation d’un ministre de l'éducation nationale en France.

Pour vous donner un exemple simple de l'application de cette règle : il suffit de regarder depuis des décennies, pour ne pas dire plus, les réformes qu'on a tenté de mettre en place à propos des horaires et des programmes scolaires. Tous les enseignants reconnaissent qu’ils sont trop chargés, mais, le moment venu de trancher dans le vif, aucune spécialité disciplinaire ne veut voir réduit son programme, alors que chacune est très favorable à la réduction des programmes des autres. C'est pourquoi, dans les faits, la plupart des prétendues tentatives de réductions dans les programmes, soit ne concernent que des disciplines qui ne sont pas en mesure de se défendre face aux autres, soit conduisent parfois plus à modifier voire à alourdir les programmes qu'à les réduire.

Je suis déjà bien long mais il y a tant à dire sur ce sujet !

mardi 15 février 2011

Egypte et Tunisie. Démocraties de papier.

On pouvait s'attendre à une période euphorique en Égypte comme en Tunisie, suite aux révolutions si rapidement et si heureusement survenues. Il n'en est rien, semble-t-il ; le montrent les mouvements sociaux qui se succèdent en Égypte, où chaque groupe ou corporation fait entendre des revendications que le précédent régime étouffait dans l'oeuf, comme en Tunisie, où l'on constate surtout un exode massif en direction de l'Europe.

Les cas des deux pays sont, semble-t-il, bien différents.

En Tunisie, en somme, il n'y a plus d'État et l’on ne sait pas ce que sont exactement devenus les autorités et les ministres qui avaient été mis en place, non sans débats et contestations. Il en résulte une situation d'anarchie, parfois violente, ce qui empêche les flux touristiques qui sont la principale ressource du pays, avec l’harissa du Cap Bon. Le trait le plus marquant est toutefois l'exode, soudain et massif, (5000 personnes en trois jours), en particulier en direction de Lampedusa qui n'est guère qu'à 130 km des côtes tunisiennes et que des milliers de Tunisiens, candidats à l'émigration, tentent de rallier sur des embarcations de fortune (on en a vu à la télévision) ou en ayant recours aux services de passeurs qui ne manquent pas de s'engraisser sur leur dos (1.000 $ par passager). L’aventure n’est pas sans risques, vu les dangers d’une Méditerranée capricieuse, l’état lamentable de certaines embarcations et les risques d’arraisonnement (un garde-côte tunisien a ainsi éperonné une barque causant la mort de plusieurs de ses passagers).

On a peine à croire qu'il s'agisse là de personnes qui s'étaient compromises avec le précédent régime et qui craindraient, de ce fait, des représailles. Il est clair, à les entendre, que la plupart de ces migrants, souvent des chômeurs, se dirigent d’abord vers l'Italie, via Lampedusa, mais qu’ils ont souvent l’intention ensuite d'essayer (ils ne s'en cachent pas et peuvent compter sur la complicité active des autorités italiennes) de gagner la France, où, ils le savent, les conditions d'accueil faites aux migrants peuvent leur sembler infiniment plus favorables.

En Égypte, il en est, semble-t-il, tout autrement, du moins à ce que nous savons de la situation. Si l’on n'avait pas pu suivre, pas à pas, le cours des choses durant la dizaine de jours qui a précédé le départ du président Moubarak, et si les choses se passaient dans un autre pays, d'Afrique ou d'Amérique latine, on dirait assurément qu'on est en présence d'un coup d'Etat militaire. En effet, on constate qu’au Caire, le parlement a été dissous, le gouvernement mis à pied et que tous les pouvoirs ont été mis aux mains d'un comité militaire, ce qu’on appelle, ici ou là, une junte ! Partout ailleurs, on ne manquerait donc pas de parler de putsch, puisque l’idée d’un gouvernement civil provisoire de cinq membres a été rejetée par l’armée. La seule raison pour laquelle on ne parle pas de coup de force militaire est qu’entre le gouvernement Moubarak et l'état actuel des choses, il y a une parfaite continuité. On ne saurait donc pas véritablement parler de coup d'Etat, car il a été permanent depuis un demi-siècle, de Nasser à Moubarak.

On commence à découvrir que les choses ne se sont pas passées tout à fait comme on nous l'a dit ; en particulier, les musées du Caire, dont on disait qu'ils avaient été épargnés, ont été largement pillés et dépouillés de certaines de leurs pièces les plus rares, ce qui éclaire sur les compétences des voleurs en matière d’égyptologie. La situation égyptienne actuelle se caractérise surtout par des mouvements sociaux et des revendications qui, à un moment ou à un autre, devront bien être contrôlés, voire réprimés ; en outre, rien ne garantit vraiment que les réformes annoncées pour les semaines ou les mois qui viennent seront réellement mises en oeuvre.

Je me demande si cet exode massif de Tunisiens vers Lampedusa, l’Italie puis la France, ne se justifie pas du fait d’une très bonne connaissance des lois de notre pays. Certaines associations françaises spécialisées s’emploient, en effet, très activement, à faire connaître, dans le Sud, aux candidats à l’émigration vers la France, toutes les dispositions qui peuvent leur être favorables. Les lois françaises tendent, en effet, à privilégier, dans la régularisation des immigrants, le statut de réfugié politique, même s’il semble un peu difficile à invoquer réellement en la circonstance, en dépit de l’émotion suscitée ici par les événements de Tunisie qui constitue aussi un élément favorable.

Les experts de l'arabité, d'Olivier Roy à Benjamin Stora, s'expriment dans tous les médias et nous expliquent, en long et en large, que les mouvements islamiques ne sont plus qu'ils étaient, qu'ils se sont embourgeoisés et, en somme, qu'ils ont mis la charia à l'heure de la démocratie occidentale.

Je veux bien le croire, même si je ne suis pas tout à fait convaincu, tant par le discours actuel des Frères musulmans d'Égypte que par celui du leader de l’islamisme tunisien, revenu de son exil londonien, ou encore par celui que tient un Tariq Ramadan (héritier du fondateur des Frères musulmans d’Egypte), discours qu'on entend depuis longtemps, et qui a une fâcheuse tendance à être double voire triple, en fonction des auditoires auxquels il s'adresse et des objectifs visés, au moment où même il est tenu.

Je crains un peu que ces vrais savants qui s'expriment dans nos médias n’aient un souci quelque peu excessif, conscient ou non, de combattre ou en tout cas de freiner la tendance à l'islamophobie qui est latente devant les incertitudes de telles situations. Il y a toutefois, hors du Maghreb et de l'Égypte, nombre de situations islamiques, où l'on ne constate pas une telle révision des stratégies si l’on s’en tient d’abord aux politiques mises en oeuvre dans les Etats islamiques ou apparentés, du Pakistan au Nigéria.

Causez "in" (2)

Je cite à nouveau le texte de départ pour vous éviter de revenir au post d’hier :

« Les fonctions régaliennes sont, hélas, impactées par les errements de ceux ou celles qui les exercent et qui n’ont pas été convenablement casté(e)s ; initiées par des incapables, elles sont actées, in fine, sans qu’on ait pris soin de renseigner les questionnaires ad hoc. ».

« INITIER». Ce verbe est systématiquement employé désormais avec un complément d’objet direct NON ANIME (« initier un projet »), alors qu’en français normal il ne peut guère avoir pour objet qu’un animé et, de préférence, un humain (« initier quelqu’un » ; ce verbe a d’ailleurs un usage pronominal courant (« s’initier à quelque chose » qui est logique et confirme le point précédent, s’il en est besoin. Dans les sectes, on initie les nouveau membres, comme autrefois les dames mûres initiaient les jeunes gens aux joies de l’amour. Je ne veux pas vous infliger ici le long article du TLF qui confirme cette vue et je n’en donne donc que de brefs extraits.

"NITIER verbe transitif.
A. RELIG. ANC. Recevoir, admettre (quelqu'un) à la connaissance des mystères, à la participation aux cérémonies secrètes, au nombre des participants au culte d'une divinité. Orphée, qui, ayant été initié aux mystères de ce dieu [Bacchus] en Égypte, transporta ce culte en Béotie (DUPUIS, Orig. cultes, 1798, p. 151) p. 61).
B. P. ext. [En parlant d'une religion, d'une société (secrète), d'une compagnie])
C. Au fig. 1. Révéler (à quelqu'un) les secrets, la connaissance de quelque chose de caché ou d'un savoir ésotérique. 2. Enseigner (à quelqu'un) les rudiments d'un art, d'une science, d'une technique.
Prononc. et Orth. : [inisje], (il) initie [inisi]. Att. ds Ac. dep. 1694."

On ne trouve naturellement, ni dans la littérature (dont le grande majorité des auteurs savent fort heureusement le français) ni dans le TLF, le sens abusif de ce terme (« commencer »), qu’affectionnent nos modernes technocrates ; cet abus de langage est, au demeurant, parfaitement inutile, puisque, comme dans tous les cas que je dénonce ici, notre langue dispose de mots parfaitement adéquats (dans le cas présent « mettre en oeuvre, débuter, entamer, etc. »). Sans doute sont-ils jugés trop « communs » par nos modernes Pères Soupe.

« ACTER »
En français et selon le TLF, le verbe n’est guère que juridique ou vieilli, les deux allant, comme souvent de pair ; le principal, pour ne pas dire le seul talent, de nos «juristes » (ou réputés tels) est de parler soit le français du XVIème siècle, soit le latin, les deux étant aussi mauvais l’un que l’autre en général.

« DROIT
A. [En parlant de procédure ou de protocole] Noter quelque chose dans un protocole, en prendre acte :
1. M. le baron Jomini propose de ne consigner dans les protocoles que les points sur lesquels la conférence sera d'accord et de ne pas acter les divergences.
Conférence de Bruxelles, Journal Officiel, 30 oct. 1874, p. 7275, col. 1 (Littré). [...]
3. Les néologismes en série que je signalais l'autre jour sont plus pernicieux [que des bévues comme vox soli au lieu de vae soli]. On m'avait indiqué acter pour prendre acte et j'en avais fait justice. LANCELOT, Le Temps, 8 sept. 1938.
4. Au début de l'après-midi, M. de Monzie a fait aux journalistes accrédités au ministère de travaux publics la communication suivante : (...) Toutes les questions de détail étant mises au point, un compromis définitif [au sujet du conflit du port de Marseille] sera acté ce soir, sous la signature du ministre. LANCELOT, Le Temps, 13 sept. 1938.
B. Vieilli. Faire un acte (juridique, diplomatique). (BESCH. 1845, DG). ».

On peut noter que plusieurs des fautes que je signale ici semblent prendre leur origine dans la formation juridique de nombre de nos « élites » qui recherchent volontiers, fût-ce à tort, des formulations qu’ils jugent au-delà de l’entendement du petit peuple.

RENSEIGNER
Cette faute est, assurément, l’une de celles qui m’exaspèrent le plus, tant elle est stupide et désormais généralisée ; on la trouve même, en particulier, dans nombre de formulaires administratifs ou officiels, où l’on nous engage à « renseigner » telle ou telle rubrique, ligne ou case.

Point n’est besoin d’avoir recours ici au TLF tant la chose est évidente (« Donner, fournir à quelqu'un des indications, des éclaircissements sur ce qu'il désire savoir d'une personne ou d'une chose »). Le sujet de ce verbe peut être un inanimé quand on dit par exemple que tel détail d’un manuscrit nous « renseigne » sur tel ou tel point.

On « remplit » une rubrique ou une case d’un formulaire ou d’un questionnaire mais on saurait "renseigner" un morceau de papier. La généralisation de ce tour est non seulement stupide mais scandaleuse car les services même de l’Etat se livrent eux-mêmes à ces atteintes à la langue.

AD HOC et IN FINE.
Je jure que je n’ai pas fait exprès d’en venir in fine à « in fine » !

Une remarque générale d’abord en forme d’hommage funèbre, un peu tardif, j’en conviens, à feue (du latin « fatutus ») Jacqueline de Romilly, grande propagandiste des études classiques (ce que je ne suis guère, que Benoît me le pardonne !).

J’ai toujours remarqué que nombre de ceux qui n’ont pas, dans leur jeunesse, sué sur le De viris illustribus ou les discours de Démosthène et, pire encore, sur la morphologie grecque et la latine syntaxe (observez, s’il vous plaît, le joli chiasme !) ont, pour le latin et le grec un amour immodéré. Ainsi, comme récemment un journaliste de France-Infos, adorent-ils le mot « aéropage » pour qualifier une assemblée choisie, alors que c’est en fait un « aréopage » (du grec araiopagos), le terme étant le plus souvent victime d’une collision « paronymique » (et non paroxystique) avec l’aéroplane ou l’aéroport. Il est vrai que, sur la même radio, un autre journaliste se avouait « obnibulé », dans un discours ou voisinaient les « z’heurts » et les « z’handicapés » !

« Ad hoc » (rien à voir avec le Capitaine et ses « anacoluthes ») est plus courant et assurément moins « in » que « in fine » dont je ne m’explique pas le succès actuel mais récent. Je me demande s’il ne tient pas à un système de prêt bancaire devenu en vogue dans lequel nombre d’apprentis spéculateurs ont laissé des plumes. Je me borne à en citer ici la définition officielle :

« Ce type de prêt a été mis au point pour résoudre les problèmes des investisseurs locatifs. Son principe est simple : pendant la durée du Crédit [notez la majuscule respectueuse du Veau d’Or] vous ne rembourserez que les intérêts. Ainsi le capital emprunté reste intact jusqu'au terme du Crédit [même remarque] et, à l'échéance, vous le remboursez en une seule fois. En augmentant le montant total des intérêts, il présente un avantage d'ordre fiscal et s'adresse aux personnes fortement imposées et qui perçoivent déjà des revenus fonciers ou qui possèdent des liquidités.
Pour solder le capital, vous allez constituer une épargne en versant chaque mois pendant toute la durée du Crédit [toujours la majuscule!] une mensualité sur un produit de placement associé et prévu à cet effet. Cette épargne est nantie en faveur de la banque qui détermine le type de support adéquat (Assurance Vie, ou autre). La banque dispose ainsi d'une garantie réelle puisqu'elle s'assure que l'épargne sera bien destinée au remboursement du capital et que la qualité du support est suffisante ».

Le système « in fine » a surtout, pour la banque, l’avantage de faire DEUX prêts au lieu d’un et d’avoir, toujours et dans tous les cas, sans le moindre risque pour elle, la garantie qu’offre le bien acquis (ça ne vous rappelle rien ?) ; on fait en effet briller aux yeux de celui qui contracte le crédit, la possibilité de gains mirobolants sur des placements qu’on se garde de lui présenter comme spéculatifs. Si la crise arrive et si les spéculations s’effondrent, la banque garde le bien si l’acquéreur n’est pas en mesure de le payer « plein pot », puisque évidemment il a laissé bien des plumes dans l’affaire, lui !

Infelix avis (qu’il soit dindon ou pigeon !). In finis fine.

lundi 14 février 2011

"Causez in"

« Les fonctions régaliennes sont, hélas, impactées par les errements de ceux ou celles qui les exercent et qui n’ont pas été convenablement casté(e)s; initiées par des incapables, elles sont actées, in fine, sans qu’on ait pris soin de renseigner les questionnaires ad hoc. ».

Vous avez compris ? Si oui, vous avez de la chance, car vous causez parfaitement le dialecte in du bobo parisien. Si vous n’avez pas tout compris, laissez-moi vous expliquer.

Il y a longtemps que je veux dire un mot de ces questions. La goutte d’eau lexicale qui a fait déborder le vase de ma juste colère linguistique est venue récemment.

Cela s’est passé je crois, vers la fin de la semaine dernière, en entendant, aux Grandes gueules » de RMC, Madame Nadine Morano, ministre actuelle de je ne sais quoi. Conformément à la mode récente, mais active, elle a réussi à place l’adjectif régalien, atteignant, en cette occasion et cela d’autant qu’elle évoquait, en même temps, Nicolas Sarkozy, une forme d’extase que la décence m’interdit de préciser davantage. Car nos politiques et nos journalistes (je ne sais à qui attribuer le mérite de la chose) ont récemment découvert l’adjectif « régalien ».

Consultons donc, comme je vous le conseille souvent, le Trésor de la langue française (TLF) accessible en ligne, ce qui rend la consultation plus facile que par la manipulation, sportive il est vrai, de ses seize pesants volumes.

« REGALIEN, adj. HIST. Qui concerne, qui appartient en propre au roi, au souverain. Dans un système démocratique, la douane, institution d'origine seigneuriale et régalienne, est donc chose odieuse et contradictoire (PROUDHON, Syst. contrad. écon., t. 2, 1846, p. 6).
Droit régalien. Droit (de paix ou de guerre, de faire la loi, de battre monnaie, etc.) qui appartient au roi, au souverain. Un péage dû aux comtes de Combourg par chaque tête de bétail, espèce de droit régalien (CHATEAUBR., Mém., t. 1, 1848, p. 70).
Prononc. et Orth.: [ ], fém. [- ]. Ac. 1694, 1718: re-; dep. 1740: ré-. Étymol. et Hist. 1690 droits régaliens (FUR.). »

On comprend, à lire cet article, la faible pertinence de ce terme dans notre Cinquième République, ce que souligne, par anticipation, la citation de Proudhon. Bref, l'emploi de ce terme a une connotation archaïsante qui, selon moi, n’est pas, souvent, sans une forme d’écho idéologique.

Passons sur « régalien » et venons à « impacter »
La réponse du TLF est brève et sans appel :
« impacter n'a pas été trouvé dans une entrée du TLF ».

Dont acte. Allons à « errements », dont l’emploi au sens d’ « erreur » est certes fautif, mais tellement plus élégant par son ampleur et son discret charme désuet que le modeste « erreur ». Lisons une fois encore le TLF qui, pour des raisons qui m’échappent un peu offre deux entrées.

« ERREMENTS 1. Subst. masc. plur. Vx et littér. Manière d'agir, de se comporter. Vous y suivrez, j'espère, jeune homme, les errements de monsieur le Premier (BALZAC, Cath. de Médicis, Martyr calv., 1841, p. 256) :
M. David apprit à la peinture à déserter les traces des Lebrun et des Mignard, et à oser montrer Brutus et les Horaces. En continuant à suivre les errements du siècle de Louis XIV, nous n'eussions été, à tout jamais, que de pâles imitateurs.
STENDHAL, Racine et Shakespeare, 1823, p. 4.”
« ERREMENTS 2. Subst. masc. plur. A. Action d'aller çà et là sans but précis. Les errements de mains tremblotantes autour d'un petit corps aimé (GONCOURT, Journal, 1892, p. 259). Rare, au sing. Assurer à ses gestes le maximum d'efficacité, en éliminant tout errement (HUYGHE, Dialog. avec visible, 1955, p. 25). Fig.. Votre esprit se plaît dans un doux errement (ROSTAND, Princesse loint., 1895, p. 70).
B. Péj. Habitude néfaste, manière d'agir blâmable. Persévérer dans ses errements. Ces déplorables errements de l'esprit de parti (SAND, Hist. vie, t. 4, 1855, p. 374). Ne pas retomber dans les vieux errements (MARTIN DU G., Thib., Épil., 1940, p. 976). »
« Et les hommes, que penseront-ils de moi, dont ils avaient une opinion si élevée, quand ils apprendront les errements de ma conduite, la marche hésitante de ma sandale, dans les labyrinthes boueux de la matière, et la direction de ma route ténébreuse à travers les eaux stagnantes et les humides joncs de la mare... » LAUTRÉAM., Chants Maldoror, 1869, p. 247. ». »

Ne parlons même pas de l’infâme « caster » !

Je déjà suis bien long et je finirai donc demain, en ajoutant quelques autres horreurs que vous pourriez me suggérer en commentaires !