Messages les plus consultés

Affichage des articles dont le libellé est cote d'ivoire. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est cote d'ivoire. Afficher tous les articles

mardi 3 mai 2011

Côte d'Ivoire, Haïti, Egypte, Libye Et après ? Des lendemains qui ne chantent pas !

La multiplication des canaux d’information et la recherche incessante entre les chaînes télé et radio des moyens de se différencier des autres, conduisent à une perte totale du suivi et de l’analyse de l’information, seul le scoop étant recherché, fût-ce au prix de la validité même de l’information, comme on vient de le voir avec la photo truquée du cadavre de Ben Laden.

Dans une émission, on me posait récemment la question de la « reconstruction » d'Haïti et du silence total qui entourait cette opération, après la vive et universelle émotion à la nouvelle du séisme qui, rappelons-le, a fait 230.000 victimes. La réponse est bien simple et tient dans une formule de notre sagesse populaire « Un clou chasse l'autre ». Le séisme haïtien du 12 janvier 2010 a été effacé presqu’aussitôt, hélas pour Haïti, par un deuxième tremblement de terre au Chili, puis par l’affaire des 34 mineurs enfermés au fond de leur mine, des semaines durant ; la politique a repris le dessus en Côte d'Ivoire, mais ce cas a été supplanté par la Tunisie, elle-même remplacée par l’Egypte qui, à son tour, a été évincée par la Libye, tout cela étant éclipsé, pour finir par Ben Laden.

Sauf dans quelques rares chaînes spécialisées dans l'information, l’information est toujours reléguée à l’arrière-plan, désormais, par la publicité et le divertissement, les profits de la première finançant le second. Le signe le plus clair et le plus grave de cette évolution est que les vrais journalistes (qui ont à peu près tous disparu depuis longtemps), sont remplacés par des bateleurs. Naggui et Dechavane finiront aux JT nationaux s’ils ne sont pas morts avant ! La recherche frénétique des pourcentages d'audience sur lesquels mentent toutes les chaînes comme d’ailleurs, les organismes qui sont chargés de mesurer ces taux, conduit à des débauchages de personnel comparables à ceux du football, le talent des intéressés en moins ! Le plus bel exemple m’a été donné, ce matin même. Europe1, qui ne cesse de se vanter de sa croissance d’audience, après s'être récemment débarrassée de Fogiel qu’on a remplacé par Cahour, acheté à RMC, vire ce dernier au profit de Bruce Toussaint, pitoyable bateleur de Canal+ qu’on achète, sans doute à prix d’or, après qu’il a vidé « L'édition spéciale » de cette chaîne de tout contenu au profit de copies des imitateurs des radios et de jeux stupides. Il procédera sans doute de la même façon avec la « matinale » d'Europe1, ce qui, il faut en convenir, ne sera pas une grande perte. Mais je ne veux pas repartir ici sur l’un de mes thèmes favoris qui est la nullité et la servilité de la plupart de nos journalistes.

Revenons donc au sujet. Dieu sait que tout récemment encore la Côte d'Ivoire a occupé antennes et écrans, au moment où la France a permis à Ouattara de chasser Gbagbo de son repaire. Mais avez-vous la moindre idée de ce qui s'est passé depuis ces événements ? Le moindre incident concernant, où que ce soit, des citoyens français fait pourtant l'objet de l'attention nationale. Toutefois, en Côte d'Ivoire, on a froidement assassiné un professeur français à Yamoussoukro et, par ailleurs, deux Français ont disparu après avoir été enlevés à l’hôtel Novotel d'Abidjan. En avez-vous entendu parler ? Moi non ! On ne peut même pas invoquer sur ce point un clivage politique puisqu'il est probable qu'ils ont été victimes, l'un et les autres, de factions ivoiriennes opposées. C'est tout simplement que la Libye a focalisé toutes les attentions qui se sont d'ailleurs, depuis dimanche, totalement détournées de ce pays pour se consacrer de façon exclusive à Ben Laden.

On pourrait donc finir par se demander si, comme je l’ai laissé, un peu naïvement, supposer les États-Unis ont utilisé l'affaire Ben Laden pour détourner l'attention des médias de la mort, suite au bombardement de leur maison, du fils et des trois petits enfants de Kadhafi ou si c'est Kadhafi lui-même qui a fait livrer Ben Laden aux Américains pour pouvoir tranquillement reprendre son offensive contre Misrata et la rébellion cyrénaïque. Allez savoir....

Le moloch communicationnel consomme, voracement et inlassablement, des images nouvelles et à peine sont-elles diffusées qu'il passe immédiatement à d'autres. Ouattara a fini par triompher de Gbagbo ; la chose était inscrite dans le ciel d'autant que le poids de la France était dans cette affaire totalement décisif. Le vrai problème n'était pas dans l’issue de la rivalité, mais celui de savoir ce qu'on allait faire dans la suite. Or, là-dessus, aucune information. Il semble pourtant que la situation à Abidjan soit loin d'être totalement apaisée et que le nouveau président ne soit même pas installé officiellement dans les locaux officiels qui devraient être les siens.

À un moindre degré, car le pays est plus lointain et d'importance plus réduite, la situation en Haïti, vue depuis la France, est réglée. En fait, il n'en est rien, loin de là, même si le président Martelly a bien été largement élu, sans que cette élection entraîne les violences qu’on pouvait craindre. En effet, les révisions ultérieures des élections législatives (députés et sénateurs) ont été fortement contestées (on a changé les résultats pour près d’une vingtaine de sièges !) ; on ne sait donc pas comment pourra se faire la réforme constitutionnelle prévue, car une minorité de l’assemblée refuse de sièger et le quorum nécessaire pour un vote constitutionnel n’est pas atteint. Tout le monde semble pourtant souhaiter la réforme, qui devait être votée, au plus tard, le 9 mai 2011, le président nouvellement élu entrant en fonction le 14 mai 2011. Naturellement de tels incidents législatifs, en dépit de leur importance, ne sauraient faire la une d'un journal télévisé ou radiodiffusé et moins encore fournir des images mouvementées ou racoleuses.

Heureusement nous avons désormais le feuilleton Ben Laden, dont nous ne sommes encore qu'aux premiers épisodes car nul doute que les hypothèses les plus hardies vont être formulées à son propos. Tout donne, en outre, à penser que certains de ses épigones vont organiser quelques attentats qui pourront fournir à nos services d'information la matière sanguinolente qu’ils affectionnent.

dimanche 24 avril 2011

Côte d'Ivoire : l’assassinat de Philippe Rémond à Yamoussoukro

Le 31 mars 2011, à Yamoussoukro, un enseignant français, Philippe Rémond, professeur agrégé à l’Institut national polytechnique Houphouët-Boigny, était assassiné dans une chambre d’hôtel de la ville. Le fait fut rapporté, le lendemain mais sans le moindre détail sur la victime ni sur les étranges conditions de sa mort ; les médias français, qui en firent mention, parlèrent de « crime crapuleux », voire de « balle perdue », ce qui est tout de même un peu insolite dans une chambre d’hôtel, sauf au Far West à la grande époque.

L’affaire aurait sans doute mérité un peu plus d’attention car l’homme était très loin d’être un inconnu et cela s’est vite su. Président des ressortissants européens pour la Côte d’Ivoire et réputé proche de Laurent Gbagbo, il avait participé à la Radio Télévision Ivoirienne, à une émission intitulée « Raison d’Etat ». Il y avait mis en cause l’annulation des résultats de l’élection présidentielle promulgués par le Conseil constitutionnel national au profit de ceux de la Commission internationale qui donnaient comme vainqueur Alassane Ouattara. Dans le même mouvement, il avait aussi très vivement critiqué la politique de la France.

A la suite de cette émission, Philippe Rémond avait été l’objet de menaces de mort. Ce sont précisément ces menaces qui, après la prise de Yamoussoukro par les forces « républicaines » de Ouattara, l’avaient conduit, par précaution, à quitter son domicile pour se réfugier dans un hôtel. On comprend dès lors que l’explication par la « balle perdue » (mais pas pour tout le monde !) est un peu courte et cela d’autant que, comme l’ont souligné partout, à l’envi, les partisans d’ ADO, la « prise » de Yamoussoukro s’était opérée dans un calme total, ce qui y rendait très improbables les balles perdues.

Il est donc évident que l’idée d’un crime « crapuleux » est ridicule et que Philippe Rémond a été purement et simplement assassiné (même si l’on peut former diverses hypothèses sur ses assassins).

Un des points intéressants de ses déclarations à la RTI était moins ses critiques du rôle de la France dans la crise ivoirienne que son argumentation concernant la mise en cause du Conseil constitutionnel ivoirien qui avait proclamé élu Laurent Gbagbo. Philippe Rémond déclarait ainsi dans une interview ultérieure réalisée par K. Kouassi Maurice et Bamba Mafoumgbè :

« Je suis scandalisé que des pays comme la France et les USA, pour lesquels la Constitution est une loi sacro-sainte, qui n’accepteront pas qu’on touche une virgule de celle-ci, se permettent de se livrer à des déclarations et des actes qui foulent aux pieds la Constitution ivoirienne. Alors qu’à partir du moment où les résultats de l’élection présidentielle ont été proclamés dans les conditions requises par le Conseil constitutionnel, personne n’a le droit de contester cette décision irrévocable ».

L’argument majeur invoqué contre les décisions du Conseil constitutionnel ivoirien qui faisaient de Gbagbo le président élu était que ce Conseil était « à la solde » de ce même Gbagbo. Sans doute, mais, sans connaître, dans leur détail, les règles du mode de désignation du Conseil constitutionnel ivoirien, je suppose que, comme dans les cas de bien des instances africaines, on a strictement calqué sa formation et son fonctionnment sur ceux de l’institution française correspondante. Or, les neuf membres du Conseil constitutionnel français (auxquels s’ajoutent les anciens présidents de la République, membres de droit) sont désignés respectivement par le Président de la République, le Président du Sénat et le Président de l'Assemblée nationale, à raison d'un tiers chacun. On comprend aisément par là que, dans un tel conseil, la voix de l’opposition n’a guère de chances de se faire entendre, à Paris comme à Abidjan !

Mais ce que je juge le plus remarquable, mais non le plus étonnant, vu les circonstances et la couleur politique de l’assassinat, est le silence quasi absolu des médias français sur un drame qui date de moins d’un mois. Une recherche assez systématique que j’ai faite dans Google m’a montré que le fait et ses circonstances n’étaient mentionnés que dans les médias et les sites africains, le plus souvent de la mouvance de Gbagbo avant sa chute.

Je n’ai eu moi-même connaissance de ces faits que grâce à j.michel et à son site onvousditpastout.wordpress.com . Qu’il en soit ici remercié !

L’avantage avec les médias français est qu’ils sont tellement aux ordres qu’on n'a même pas besoin de leur en donner !

Post Scriptum
Par hasard et grâce à delugio (excellent connaisseur de la Côte d'Ivoire) et grâce aussi une fois encore à j.michel j'ai eu accès à une très édifiante et très détaillée biographie de Ouattara, très éclairante sur la façon dont il aurait constitué sa gigantesque fortune, naturellement planquée hors du pays.

samedi 23 avril 2011

Tunisie, Côte d’Ivoire, Haïti. De l'usage de la démocratie.

On vient d'apprendre, en ce matin du samedi 23 avril 2011, que le président élu en Haïti Michel Martelly, jusque là silencieux sur cette question, demandait à la communauté internationale de ne pas reconnaître les résultats finaux, enfin plus ou moins connus, des élections législatives, très favorables au président sortant René Préval, qui les aurait largement manipulés en faveur des candidats de son parti.

La chose survient au moment même où on voit naître une crise au sein de l’Union Européenne face à l’arrivée de dizaines de milliers de Tunisiens fuyant leur pays en marche vers la démocratie, régime dont on nous avait dit qu’ils souhaitaient pourtant, ardemment et depuis longtemps, l'avènement. Cette chère démocratie ne semble donc pas suffire au bonheur des citoyens de Tunisie.

Tout cela n'est évidemment pas sans nous rappeler les événements de Côte d'Ivoire et en particulier le spectacle, insolite et cocasse, d'un représentant du Conseil constitutionnel ivoirien s'emparant, pour les froisser et les déchirer rageusement, des feuillets que le président de la commission électorale internationale s'apprêtait à lire et qui proclamaient la victoire de Ouattara Certes, dans la suite, toutes les instances internationales, qui avaient en principe surveillé le scrutin, ont confirmé la régularité du vote et donc, par là même, cette victoire. Toutefois, même sans ajouter foi aux déclarations, sans grand fondement, de Dumas et de Vergès, on ne peut cependant pas être tout à fait sûr que les élections, lors du deuxième tour, se sont déroulées de façon totalement normale, étant donné les résultats, au moins dans certaines régions du pays.

Proclamer officiellement la démocratie est une chose, la faire fonctionner dans des conditions normales en est une autre.

Le cas d'Haïti est à cet égard tout à fait exemplaire puisque, dans le comptage comme dans le dépouillement des bulletins, à grands frais, on a déployé des moyens importants et surtout extrêmement rapides et modernes, allant des ordinateurs aux scanners, sans que ces outils puissants aient permis une proclamation rapide des résultats. Dès lors, même si le scrutin s'est déroulé, en gros, dans des conditions à peu près normales (ce qui n’est pas simple dans un pays comme Haïti ravagé, un an avant, par un gigantesque séisme causant 230.000 morts), nul ne peut s'empêcher de penser à tout ce qui peut se passer dans une période de dix ou quinze jours qui sépare le vote lui-même de la proclamation des résultats finaux.

Lors de la dernière élection haïtienne où étaient couplées, le même jour, l'élection présidentielle et des élections législatives (pour les député et les sénateurs), on ne peut être qu'étonné de constater que le fort mouvement de rejet de l'équipe au pouvoir (celle du président René Préval), qui avait conduit, au premier tour, son candidat déclaré Jude Célestin à devoir se contenter de la troisième place (alors que les premiers résultats lui avaient accordé d’emblée la deuxième !) a amené une très large majorité à se prononcer en faveur de Michel Martelly (plus de 67 % des voix au deuxième tour) mais avec un total insuccès ou presque lors de l'élection législative (trois élus seulement !). La chose n'est pas très logique même si, naturellement, dans ce type de vote, la personnalité des candidats locaux joue un rôle important.

Michel Martelly, inévitablement contraint à la recherche d'un accord politique avec René Préval, dont il a donné des signes ostensibles par des embrassades publiques et des rencontres plus discrètes, n'a d’abord pas contesté les résultats des élections législatives. Désormais fort du soutien extérieur unanime, il vient de le faire, de la façon la plus nette, en appelant même à la communauté internationale. S'il n'y avait pas eu trop d'incidents lors de la première proclamation des résultats de ces élections (un mort cependant, mais en Haïti c'est un résultat très convenable), il risque d'y en avoir désormais, puisque le président élu met officiellement en cause les résultats et surtout le rôle qu'a pu jouer dans cette affaire le président Préval.

Il faut dire que, du côté gouvernemental, on a poussé un peu loin le bouchon en inversant les résultats pour 18 circonscriptions, ce qui fait passer le nombre des élus du parti de Préval, « Inite » ( = l'unité), d’une petite trentaine à 46. On cite même un cas où le candidat d’Inite est finalement élu alors qu’il avait, lors du premier dépouillement, 15.000 voix de retard ! Ces manoeuvres donneraient donc une position extrêmement forte à Inite pour la suite des événements.

Il en est résulté un déchaînement médiatique de la part des victimes de ces « corrections », dans les radios locales surtout ; on est allé jusqu'à parler d'« assassinat politique » et d'une « conspiration pour replonger le pays dans le chaos » en empêchant toute action du président élu dont la prise de fonction est prévue pour le 10 mai. Il en résulte que l'élection de Michel Martelly que tout le monde avait saluée avec soulagement et espoir et dont on pensait qu’elle pouvait amener une ère, sinon de prospérité, du moins de calme politique, risque fort d'ouvrir une nouvelle période de troubles voire de violences.

La démocratie serait-elle, comme la langue selon Esope, la meilleure et la pire des choses ?

Dernière minute à propos d'Haïti :

"Selon les Etats-Unis dans un communiqué, « Après avoir réexaminé les résultats et les matériels fournis par le CEP, les Nations Unies, et les observateurs internationaux, nous n'avons trouvé aucune explication quant au revirement observé dans les résultats définitifs pour 18 cas des législatives, et lesquels cas, à l'exception de deux, profitent au parti au pouvoir [INITE} . Ces revirements incluent, parmi d'autres, le cas d'un candidat du parti au pouvoir qui avait été placé en troisième position selon les résultats préliminaires, et qui aujourd'hui remporte la première place suivant les résultats définitifs. Dans son cas, les résultats montrent une augmentation de 55.000 votes; de 90.000 votes obtenus pour les préliminaires, il a gagné avec plus de 145.000 votes. »

« Deux autres candidats du parti au pouvoir avaient été placés en deuxième position suivant les résultats préliminaires, et les résultats définitifs du CEP montrent que le total de leur vote est le double de ce qu'ils avaient obtenu pour les préliminaires, et pour l'un d'entre eux, ces résultats montrent également que ses votes dépassent le total des votes enregistrés pour toute sa région », a poursuivit le communiqué des Etats-Unis". Robenson Geffrard dans le Nouvelliste.
rgeffrard@lenouvelliste.com

mercredi 13 avril 2011

Abidjan : le commencement de la fin.

Comme souvent, on ne peut guère compter sur les médias français pour être informé sur autre chose que la chronique de Clochemerle où les faits-divers métropolitains !

Ce matin, sur l’une des radios d'information quasi continue du matin, j'ai appris, par hasard, dans un communiqué présenté, comme toujours, comme exclusif (ces radios se nourrissent de scoops qui traînent partout depuis la veille) qu'un ministre de Gbagbo, Désiré Tagro, avait été assassiné, ce qui fait, j’en conviens un peu désordre, dans le climat officiel franco-ivoirien de justice et de réconciliation. En fait, on le savait partout depuis la veille (le 12 avril 2011) et la nouvelle était dans la plupart des bulletins internet du paysage audiovisuel sans que les grands médias veuillent trop en parler.

Il s'agit pourtant de l’un des ministres les plus proches de Gbagbo qui avait été l’un des négociateurs des accords passés naguère avec Guillaume Soro. Inutile donc de se référer à la presse française qui n'en parle guère pas et préfère évoquer le ralliement, un peu ridicule, des chefs militaires, mais on trouve plus de détails dans des sites africains, hors de Côte d’Ivoire bien sûr, les médias officiels ivoiriens faisant naturellement le silence sur l’affaire.

La version officielle, qui circule dans les milieux proches du gouvernement est que D. Tagro se serait suicidé, d’une seule balle semble-t-il, à la différence de nombre d’autres « suicidés » célèbres de l’histoire. Selon des versions, concordantes, plus détaillées et moins officielles, Tagro était présent dans le bunker au moment de l'attaque et avait été conduit, un peu brutalement, à l'Hôtel du golf. Là, il aurait été tabassé à coups de crosse par des soldats, puis achevé d'une balle. Ce sort aurait également été celui du docteur Bley, le médecin personnel de Gbagbo ; on a même parlé de deux autres ministres qui auraient également été sommairement exécutés. Difficile d’y voir clair entre les rumeurs que diffusent les partisans de Gbagbo et les demi-vérités ou gros mensonges des communiqués officiels !

Les bruits qui ont couru à propos de Gbagbo lui-même sont aussi, à certains égards, un peu étranges. Le porte-parole des Nations- Unies a ainsi annoncé d'abord (avant de se rétracter) que Laurent Gbagbo avait quitté l’Hôtel du golf et avait été mis en sécurité ailleurs ; selon certaines rumeurs, on le disait conduit dans le Nord du pays (le fief d'ADO), pour prévenir toute tentative de libération. Toutefois, le bruit du suicide du président déchu a également couru, ce qui a donné à penser à certains que l'on pourrait tout à fait, par là, préparer l'opinion à la nouvelle de sa mort.

Va-t-on assister à une épidémie de crises cardiaques chez les anciens dictateurs, Ben Ali d'abord, Moubarak ensuite et enfin Laurent Gbagbo ? Kadhafi, qui a perdu son opulente infirmière, rentrée au pays, a convoqué d’urgence son cardiologue.

DERNIERES NOUVELLES (de Politicosn.com)

"Le mystère Charles Blé Goudé.
Parmi les personnes arrêtées avec Laurent Gbagbo et placées avec lui sous la protection de la police de l’ONU au Golf Hôtel, se trouvent sa mère, Marguerite Lélé Gado, sa femme Simone, ses deux filles, les jumelles Marie-Patrick et Marie-Laurence, ainsi que son fils Michel. Des correspondants de médias français ayant cru voir, comme de nombreuses personnes, Charles Blé Goudé, la rumeur se répand que le leader des « jeunes patriotes » fait partie des détenus. En fait, il n’en est rien et le « fils spirituel » de Gbagbo restait introuvable dans la journée de mardi. Interrogé par RFI mardi matin, le président du Front populaire ivoirien, Pascal Affi N’Guessan n’a pas dévoilé l'endroit où il se trouvait, mais plusieurs sources le disent au 43e BIMA de Port-Bouët sous bonne garde, avec l’ancien ministre de l’Économie et des Finances, Paul-Antoine Bohoun Bouabré, et le porte-parole de l’ex-gouvernement Gbagbo, Ahoua Don Mello. Le général Philippe Mangou, ex-chef d'état-major des armées du président sortant, a, quant à lui, fait allégeance à Alassane Ouattara dans l'après-midi".
Mercredi 13 Avril 2011 - 06:57

mardi 12 avril 2011

Côte d'Ivoire : Ouattara ou Mandela ?

Le sinistre feuilleton ivoirien entamé il y a quatre mois a enfin pris fin ; à cet égard, on ne peut que se réjouir que l'intervention militaire des forces française ait pu accélérer le processus, conduire à l’issue finale à moindres frais et surtout épargner des vies humaines.

Naturellement on essaye maintenant de nous faire prendre les vessies pour des lanternes mais l’éloquence et la conviction conjuguées des ministres français concernés n’y font rien. Leur stratégie consiste à invoquer le « mandat » de l’ONU, mais il excluait totalement la capture de Gbagbo et il y avait peu de « populations innocentes » à sauver dans son bunker assiégé – sauf, au mieux, lui-même et les siens. Il n’est pas plus convaincant de faire état, dans l’investissement du bunker, du rôle des forces de l'ONU. On sait qu'elles n'ont aucun moyen logistique sérieux en dehors de ceux de Licorne, mis au couleurs internationales provisoires grâce à quelques seaux de peintures blanche et bleue. Nul n’ignore en outre qu’il s’agit là de troupes hétéroclites de divers Etats, sans formation ni expérience, bien incapables d’actions militaires sérieuses. Ne parlons même pas ici des forces « républicaines » de Ouattara, armée d’opérette, qu’un expert militaire français que j’entendais Dieu sait où, disait même « incapables de tenir une position » !

Une maladresse de communication majeure a été, au matin même de l'attaque contre le refuge de Gbagbo, d’exhiber fièrement, sur tous nos écrans de télévisions, les martiales colonnes de blindés français qui se mettaient fièrement en route, fleur au fusil, pour attaquer la résidence de l'usurpateur. Ces images deviennent fâcheuses, a posteriori, quand on veut nous faire croire ensuite que ces forces françaises n’ont joué aucun rôle dans l'affaire, alors qu'on sait très bien que, sans elles, les troupes « républicaines » d’ADO, avec leurs pétoires, leurs bonnets disparates et leurs accoutrements hétéroclites, auraient été bien incapables de forcer le blocus du bunker, ce qu'on ne cessait de nous répéter depuis huit jours.

De ce point de vue, l'intervention française, en épargnant des vies ivoiriennes, a été bénéfique et elle était assurément indispensable. Reste toutefois maintenant à en payer le prix sur le plan politique et diplomatique, car il est clair que le meilleur moyen de réconcilier les partisans des deux camps est d'opérer cette réconciliation sur le dos des Français, ce qui est à la fois traditionnel et bien commode, compte tenu du passé colonial, du passif de la Françafrique et plus récemment, de ce qui s’est passé en Côte d'Ivoire au début des années 2000 !

En ce qui concerne les images de l’arrestation proprement dite de Laurent en « marcel » blanc et de Simone effondrée dans son fauteuil, aucun doute que le service photographique des armées françaises avait été convoqué pour opérer en la circonstance . Comme l'annonçait M. Longuet ce matin, nous aurons bientôt des images (pas du tout exclusives, comme d’habitude, mais diffusées aux quatre vents des médias) de l'arrestation de Laurent et Simone avec de bons Ivoiriens pur sucre leur mettant la main au collet devant les objectifs des caméras de l'armée française, nos bidasses restant prudemment hors du champ et dans l'ombre. Ne comptez pas sur des papararazzi pour voler des photos de la scène dans son ensemble !

Il est clair, et il a tout à fait raison en cela, que le modèle que s'est donné Ouattara est Nelson Mandela. Il est même allé jusqu'à lui reprendre, sans le citer, la formule de la commission « vérité et réconciliation » que ce dernier avait mise en place au moment de son arrivée au pouvoir en RSA. Reste à savoir si ADO est l'homme politique exceptionnel (sans doute l'homme du siècle !) qu'a été Nelson Mandela qui, après des dizaines d'années en prison, a été capable de concevoir et de conduire une politique réelle et effective de réconciliation nationale.

Il est permis d'en douter car, si ses vingt-sept années de prison avaient forgé l'esprit, la volonté et les convictions de Nelson Mandela au point de lui permettre de gouverner son pays sans haine, en passant de la cellule à l'exercice du pouvoir, il risque d'en être tout autrement en ce qui concerne ADO. Les luxueux bureaux du FMI, les salons VIP et la contemplation des flots du Potomac n'ont peut-être pas eu les mêmes effets sur son caractère que les carrières de chaux de Robben Island et la solitude d'une cellule au milieu des eaux sinistres du Cap des tempêtes sur Nelson Mandela. La boxe et la lutte sociale et politique d'abord, la terrible captivité ensuite, ont assurément forgé le coeur et l'esprit de Mandela, homme en tous points exceptionnel et qui, en outre et c’est le plus admirable de tout, a même su résister, pour finir, à la folie de l’exercice du pouvoir.

Il est à craindre qu'il en soit tout autrement dans le cas d'ADO et ce n’est même pas de ma part une critique. Il est aussi à craindre que l'éphémère unité, qui a régné, depuis quatre mois, dans son camp (avec comme Premier Ministre l’inattendu Guillaume Soro, qu’on voyait plutôt, au départ, dans le camp Gbagbo), ne résiste pas à la victoire. Le pouvoir suscite déjà les convoitises et, de ce fait, les rivalités. On voit réapparaître des ambitions masquées un moment par l'épisode Gbagbo, mais aussi des exigences, plus légitimes ou, en tout cas, plus fondées, comme celle d'un Henri Konan Bédié, leader politique des Baoulés et inventeur contre Ouattara de "l'ivoirité". Classé troisième lors du premier tour de la présidentielle et contestant le vote, il a pourtant été clairement l'instrument majeur, final et inattendu, de la victoire électorale de ce même Ouattara au second tour, en faisant voter pour lui des zones qui, a priori, ne lui étaient en rien acquises.

Nul doute que la plupart des Ivoiriens sont soulagés de la fin de cette guerre civile ! Il serait imprudent d'en conclure que tout est réglé et que le cours normal des choses va reprendre sans nuages.

dimanche 10 avril 2011

De la relativité de la notion de massacre ou bons et mauvais morts

Les tensions politiques qui se sont étendues, depuis le début de 2011, de la Tunisie au Moyen-Orient en passant par l’Egypte et la Libye (le tsunami des révoltes populaires doit composer, en effet, entre le politique, le chronologique et le géographique ce qui fait que sa progression n’est donc pas linéaire), a même fini par toucher la Jordanie et surtout la Syrie, bastion d’un gouvernement dictatorial qu’on jugeait inexpugnable.

J’ai souvent choqué, dans des blogs, me faisant même traiter de sioniste, en déclarant que, si j’étais un Palestinien (ce qu’à Dieu ne plaise !) et si l’on me donnait la possibilité de choisir, au sein de la zone, mon lieu de vie entre (dans le désordre) la Jordanie, la Syrie, le Liban, la Cisjordanie, Gaza et Israël (ce dont rêvent sans doute nombre de Palestiniens), je choisirais, sans la moindre hésitation, Israël ! Je me suis déjà expliqué sur ce point et je suis tout prêt à le faire à nouveau mais, compte tenu du titre de ce post, je voudrais aborder cette question par la sinistre comptabilité des victimes palestiniennes du conflit moyen oriental qui reste, contre toute attente, le meilleur moyen de faire descendre dans les rues les foules des Etats islamiques.

Après une période de calme relatif, les tirs vers Israël ont repris et donc, inévitablement, les représailles israéliennes sur Gaza. Depuis vendredi dernier, 12 Palestiniens (désormais 18 en ce dimanche 10 avril 2011), dont des combattants du Hamas, ont péri lors de raids israéliens, ce qui, pour Gaza, constitue les jours les plus meurtriers depuis la fin de l'opération israélienne de 2008-2009. Selon B’Tselem, ONG israélienne de défense des droits de l’Homme, plus de la moitié des 1.387 morts palestiniens qui avaient été tués lors de « Plomb durci », entre le 7 décembre 2008 et le 18 janvier 2009, étaient des civils. C’était évidemment énorme, mais il s’agissait là d’une opération de guerre contre l’ennnemi juré Israël et elle avait duré un mois et demi.

Toutefois et on l’oublie, dans le sinistre palmarès que j’évoque ici, Israël est loin derrière le Liban où les milices chrétiennes ont, en trois jours, dans les camps de Sabra et de Chatila, causé la mort de centaines voire de milliers de réfugiés palestiniens (les estimations vont de 700 à 3.500).

Dans les massacres de Palestiniens, peuple si précieux et si présent dans l’idéologie des foules arabes, nul ne songe à disputer à la Jordanie la première place dans les massacres de Palestiniens avec son « Septembre noir ». Mais qui s’en souvient encore, surtout après avoir vu, dans la suite, Yasser Arafat se tordre les mains de chagrin derrière le cercueil d’Hussein de Jordanie, l'auteur même de "Septembre noir" ?

Très bref rappel des faits. C'est l'époque où Yasser Arafat appelait ouvertement au renversement de la monarchie hachémite pour s'emparer lui-même de la Jordanie. Le 12 septembre 1970, le leader de l’OLP/Fatah qui porte ses coups aussi bien sur Israël que sur Hussein, fait exploser devant la presse internationale les trois avions d’El Al (vides !) qui avaient été détournés. Hussein doit agir. Le 17 septembre, l'armée jordanienne attaque les fedayins en bombardant camps de réfugiés et sièges d’organisations palestiniennes. Aprés dix jours de bombardements, ces camps sont rasés et les Palestiniens doivent fuir au Liban et même en Israël pour échapper au massacre. La Syrie envoie alors ses blindés à la frontière afin de leur venir en aide, mais Hussein appelle à son secours les États-Unis et même Israël (grâce au Plan Rogers). Les avions israéliens menaçent les chars syriens qui battent en retraite, abandonnant les Palestiniens à leur funeste sort.

C’est Nasser qui, dix jours plus tard, obtient la cessation des hostilités entre la Jordanie et l'OLP. Durant ce mois désormais nommé « Septembre Noir », le nombre de victimes palestiniennes varie, selon les sources, entre 3.500 (sources jordaniennes) et 10.000 (sources palestiniennes), la seconde estimation étant sans doute plus proche de la vérité que la première.

Dernier exemple, différent et plus actuel. Le tsunami « démocratique » ayant touché la Syrie, on évoque désormais chaque jour ou presque des victimes parmi les manifestants. Ainsi, à Deraa (cent kilomètres au Sud de Damas), on a parlé, selon les sources, de 17 ou 27 morts enterrés vendredi dernier. Là encore toutes ces morts sont déplorables, mais Deraa (2011 et le fils Bachar el-Assad) peut-il faire oublier Hama (1982 et le père Hafez el-Assad) ? Dans ce dernier cas, il ne s’agissait pas de simples forces de police et de quelques coups de feu dans des manifestations ! En 1982, Hafez el-Assad avait lancé, non pas la police mais son armée et ses Forces spéciales, sur Hama. Pendant trois semaines, des combats avec bombardements et canonnades, avaient opposé les troupes syriennes aux Frères musulmans et à la population de la ville.

Là aussi, le nombre de victimes demeure inconnu mais il est, en tout cas, énorme. R. Fisk parle de 20 000 morts, The Economist en compte 30 000 et le Comité syrien des droits de l’homme le situe entre 30.000 et 40.000. Le seul point que je veux souligner ici est que ce froid massacre n’a alors suscité nulle réaction de la communauté internationale qui semble s’émouvoir des 17 morts (infiniment regrettables) de Deraa.

En d’autres termes, il y a pour l’opinion internationale et donc pour les médias, des mauvais morts et des bons morts !

Bien plus, pour les premiers, on compte, sans trop d'émotion, en milliers (comme à Hama), en centaines de milliers voire en millions (comme en Afrique Centrale, où l’on ne sait même pas si les génocides ont fait trois, quatre ou cinq millions de victimes), alors qu’ailleurs deux ou trois morts pourvu qu’ils soient du bon côté font les gros titres et tirent des larmes au bon peuple.

Remarque banale de ma part mais que je voudrais extrapoler aux événements actuels et en particulier à ceux de la Libye et de la Côte d’Ivoire où diverses organisations (l’ONU et l’OTAN qui opère là, notons-le, bien loin de son champ d’intervention désigné, à moins que « Atlantique Nord » ne soit devenu « Afrique Noire » !) et la France, accompagnée de quelques Etats, d’ailleurs de plus en plus rares, ont jugé bon d’intervenir militairement dans des conflits intérieurs (ce que, comme on l’a vu ni Hussein de Jordanie ni Hafez el-Assad ni bien d’autres n’avaient pas eu à craindre !).

Là aussi, il y a les bons et les mauvais morts.

Les premiers sont les morts qui auraient pu se trouver dans les forces d’intervention et, fort heureusement, il n’y en a pas eu pour le moment, vu la nature de ces interventions (aériennes ou lointaines en Libye ; quelque peu symboliques en Côte d’Ivoire à en juger par les images et les résultats). Parmi les bons morts se comptent aussi les victimes civiles, sauf bien entendu celles des dommages « collatéraux », mais on n’en sait pas grand chose, car les « envoyés spéciaux » répugnent, de toute évidence et par prudence, à s’approcher des vrais théâtres d’opérations.

Les mauvais sont une catégorie plus mouvante. Ainsi les centaines de morts des massacres de Dokoué, en Côte d’Ivoire, qu’on avait d’abord mis au compte des « mercenaires » de Gbagbo s’étant révélées des victimes des « troupes républicaines » de Ouattara, ces morts ont brusquement vu changer leur statut de « bons morts » en celui de « mauvais morts ». Le récent discours d'ADO évoquant les « exactions » de ses troupes et les « sanctions » qui frapperaient leurs auteurs a été une confirmation indirecte de cette mutation. En Libye, les frappes si efficaces et si destructrices de notre artillerie de marine, des missiles américains ou de nos propres missiles air-sol n’ont pas pu ne pas faire nombre de victimes. Ce sont là sont assurément des mauvais morts que, de ce fait même, on passe totalement sous silence. Ces soldats libyens, rôtis dans leurs camions ou leurs véhicules blindés, tués dans leurs casernes ou derrière leurs pièces d’artillerie n’étaient pourtant pas nécessairement tous de farouches partisans de Kadhafi ; de toute façon, tous avaient, eux-aussi, des parents et des amis que leur mort n’a pas nécessirement gagnés à la cause de la révolution libyenne et de l'intervention extérieure !

« Quelle connerie la guerre ! »
Et celles-ci plus que les autres, car les protagonistes majeurs ne seront pas longs à se réconcilier.
En Lybie, autour des barils de pétrole et de quelques contrats, d’armement de préférence, puisque, sur le terrain libyen, nous aurons pu faire la démonstration « éclatante » de l’efficacité de nos produits.
En Côte d’Ivoire, ce sera plus simple encore car la haine de la France est le sujet déjà programmé pour la réconciliation générale !

LUNDI 11 avril au matin

Le point que j'évoquais en finissant (la réconciliation ivoirienne contre la France et sur son dos) est en marche avec l'intervention, nocturne et absurde, des armes françaises contre la résidence de Gbagbo qui doit bien rire, même si c'est un peu jaune. L'ONU et les "troupes républicaines de ADO" comptent pour du beurre! A qui fera-t-on croire que samedi 9 avril 2011 à 17 heures, on a pu tirer des missiles ou envoyer des obus sur l'Hôtel du Golf, surpeuplé jusque dans ses pelouses, sans faire la moindre victime?

dimanche 3 avril 2011

Encore la Côte d’Ivoire.

Je suis trop souvent porté à faire la critique de la presse française pour ne pas lui rendre justice, voire hommage, lorsqu'elle produit une information de qualité. C'est le cas de l'article de ce matin, dimanche 3 avril 2011, dans la livraison de « Marianne2 » où l’on peut lire un article d'Alain Léauthier sur la situation en Côte d'Ivoire, intitulé « Quatre leçons et quelques illusions sur la chute de Gbagbo ». Objectif, pertinent et surtout bien informé, ce texte dispense de répéter ce qu'il dit lui-même excellemment; je n'insisterai donc ici que sur des points annexes que me suggèrent une certaine connaissance du terrain et la consultation des médias électroniques africains qui sont de bien meilleures sources que nos propres médias.

La presse française s'est en effet extasiée sur la percée rapide, apparemment sans problème et quasi triomphale que les forces « républicaines » de Ouattara (désormais par abbréviation ADO, comme on l'appelle familièrement là-bas ) ont fait, en une petite semaine, en direction d'Abidjan. Même un très fin connaisseur de l'Afrique comme Antoine Glaser a souligné avec admiration la rapidité de l'avance de ces troupes, bien équipées et organisées, en direction du sud. Cette analyse faisait irrésistiblement penser aux dithyrambes sur les premiers succès des « révolutionnaires libyens » en Cyrénaïque. C'était, en Côte d’Ivoire, oublier un peu trop que cette marche à travers le Nord du pays se faisait dans la région où dominait ADO et où il avait obtenu, lors du second tour de l'élection présidentielle, des scores si étonnants que Gbagbo avait pu y trouver les motifs à faire annuler une bonne partie des votes obtenus par ADO.

Il n’était donc pas étonnant que la marche de ses troupes ait été facile et rapide dans une zone qui lui était acquise et où se trouvent, en outre, la plupart des musulmans qui constituent un gros tiers de la population du pays. Les problèmes ont commencé surtout lorsque ces troupes sont sorties de cette zone. Du côté de Yamoussoukro, la capitale fantôme de l'État, choisie en 1983 par Houphouët-Boigny pour cette fonction dans la mesure où elle l'avait vu naître ((fantasme courant chez les potentats africains), les choses ne sont pas trop mal passées. En revanche il a été tout autrement du côté de Duékoué, carrefour stratégique de l'Ouest ivoirien ; les combats y ont été très durs et surtout y ont eu lieu des « violences intercommunautaires » qui auraient fait de 300 à 1000 victimes. Des accusations sont portées contre les deux camps mais elles sont majoritairement adressées aux troupes d’ADO et paraissent mieux fondées. L'O.N.G catholique Caritas parle d'un millier de tués ou disparus sans désigner clairement de responsables tandis que l'ONU, dont les chiffres de victimes sont inférieurs, met en cause clairement les troupes d’ADO. Ce dernier se défend toutefois en affirmant s’en être pris à des « miliciens » et non à des civils, la distinction n'étant pas toujours aisée à établir en pareil cas.

Même si des spécialistes comme A. Glaser contestent formellement qu’il y ait là, en quoi que ce soit, des élements d’affrontements à caractère ethnico-religieux, on ne peut écarter totalement et définitivment de telles hypothèses.

Toujours est-il que la marche des forces « républicaines » d’ADO qui avait été sans problème et quasi triomphale dans le Nord et dont on avait pensé qu'elles ne feraient qu'une bouchée des troupes favorables à Gbagbo qui occupaient Abidjan a brusquement ralenti et a même cessé lors de l'entrée dans la métropole ivoirienne qui regroupe un tiers de la population nationale. Des combats très rudes ont alors eu lieu et un lieu stratégique comme la télévision nationale, qui avait d'abord été prise par les troupes d’ADO, a été, semble-t-il, reprise par les partisans de Gbagbo, à moins que les émissions soient assurées par des installations mobiles, selon une hypothèse qui a été avancée.

Pour Gbagbo, le principal problème et la raison majeure du commencement de sa fin tient à ce que, depuis les derniers mois, le paiement des fonctionnaires (la masse salariale se situe aux alentours de 60 à 70 milliards de francs CFA) a été ralenti ou retardé. Si, fin 2010, tout le monde avait encore été payé régulièrement, dès janvier 2011, il y a eu des retards voire des suspensions dans le paiement des salaires des enseignants et des pensions des retraités. En dépit des promesses qui ont été faites, les fonctionnaires s'impatientent et bon nombre d'entre eux commencent à souhaiter la victoire d’ADO dont ils espèrent fermement qu'elle rétablira, sinon la démocratie, du moins le paiement de leurs salaires ou de leurs retraites.

Cet aspect est sans doute essentiel dans l'évolution actuelle des choses. Il est en tout cas plus important que la prise ou la perte de tel ou tel bâtiment public, qui peut changer de mains en quelques heures sans que la chose ait une grande importance. C’est probablement, en amont, la raison majeure du déclenchement de l’offensive des troupes d’ADO qui compte désormais plus sur le lâchage de Gbagbo par des partisans et des troupes qui ne sont plus payés, que sur une réelle victoire militaire sur le terrain.

mardi 22 février 2011

La rue plus radicale que les urnes ?

Faudrait-il sur ce point consulter les astres à notre façon et étudier leurs conjonctions spécifiques ? L’astrologie chinoise, pourtant millénaire, ne nous laissait guère prévoir de tels événements pour 2011 ! Le lapin (ou le lièvre), quatrième animal du zodiaque chinois, est en effet présenté comme « prudent et conservateur », ce que l’on ne constate guère jusqu’à présent, même si force est de constater que les bouleversements n’ont guère concerné la Chine elle-même, à moins qu’elle soit plutôt sous le signe du lièvre.

Lapin ou lièvre, il semble en tout cas que, pour ce qui concerne l’occident, la période soit favorable aux grands changements politiques dans le monde, d'Haïti à Bahreïn !

Il est vrai qu'en politique comme ailleurs, un clou chasse l'autre. La Côte d'Ivoire a éclipsé Haïti, non seulement sur le plan électoral mais également sur le plan humanitaire, après le séisme du 12 janvier 2010, puisque bon nombre d'engagements pris alors dans l'émotion du moment n’ont pas été tenus ni même rappelés dans la suite. Haïti et la Côte d'Ivoire, qui, en décembre 2010, ont quelque temps occupé le devant de la scène, ont été à leur tour retirés de l'affiche par les événements du Maghreb puis du Moyen-Orient dans son ensemble.

« La rue est plus radicale que les urnes » disais-je en titre et, en effet, les processus électoraux haïtiens et ivoiriens, faute de s’en tenir à leurs résultats, se sont enlisés peu à peu, tandis que les événements des rues conduisaient à des solutions tant en Tunisie qu'en Égypte plus rapides et radicales que nos experts et diplomates ne l’imaginaient, même si comme toujours, ils nous ont alors proclamé qu’ils l’avaient bien prévu. Hélas pour eux, enregistrements et images sont là pour rétablir la vérité de leurs annonces comme de leurs comportements.

On ne sait trop que penser de ce qui se passe en Libye, où la dinguerie du colonel Kadhafi, ces dernières années « mis sous le tapis » (comme on dit désormais) moyennant quelques milliards de commandes, de préférence militaires (bien utiles en cas de tentatives de révolution) peut naturellement l'entraîner dans les pires folies sanguinaires. Quant au Yémen et surtout à Bahreïn (où est basée la cinquième flotte américaine), on ne peut guère savoir ce qui s'y passera car les choses se décideront sans doute dans le secret du bureau ovale de la Maison-Blanche.

La nouvelle la plus étrange du jour, est sans doute l’annonce du franchissement du canal de Suez, ce matin même 22 février 2011, par deux navires de guerre... iraniens. Un tel fait ne s’était pas produit depuis 1979, mais il est rendu possible par la convention internationale qui précise que le canal de Suez est "ouvert à tout navire de commerce ou de guerre". On se demande un peu ce qu'ils ont à faire, dans les circonstances présentes, en Méditerranée. Le prétexte invoqué tient à des manoeuvres en relation avec la Syrie, mais elles semblent plutôt destnées aux Chiites du Liban et surtout de Gaza où l’on cause élections. Israël a déjà qualifié le fait de provocation. Peut-être la chose n’est-elle pas sans rapport non plus avec le projet de nouvelle expédition humanitaire en direction de Gaza (avec, à bord, Stéphane Hessel et son bonnet phrygien) puisque la flotte israëlienne avait eu un rôle décisif dans l’arraisonnement des navires qui avaient tenté déjà de rompre le blocus de Gaza.

En Côte d'Ivoire comme en Haïti, les processus électoraux s'éternisent puisque les premiers tours des élections présidentielles y ont eu lieu il y a déjà quatre mois.

A Abidjan, tout semble indiquer que, contrairement aux prévisions de nos augures politiques internationaux, Gbagbo semble plutôt conforté dans sa position au fil des mois, car il n’est pas tombé « comme un fruit pourri » dans le délai que lui avait accordé, fort imprudemment, son adversaire Ouattara. Le bel ensemble que constituait la CDEAO est en train de se fissurer ; non seulement on attend toujours les actions militaires qui devaient déloger Laurent Gbagbo d'Abidjan, mais ce dernier, qui était déjà assuré du soutien de l'Angola, a désormais celui, moins puissant mais plus proche et plus décisif, du Ghana qui semble s'être retiré de la coalition. Le plus pittoresque de la chose est qu'on paraît s'acheminer désormais vers un prétendu recomptage des bulletins de vote, ce qui paraît une décision plutôt insolite dans la mesure où il a été indiqué que les bulletins du second tour ont été détruits. Tout cela me paraît plutôt, en réalité, une forme de remise en cause discrète du processus électoral qui avait conduit à la désignation de Ouattara comme président.

En Haïti, les choses semblent, non sans mal, se mettre en place en vue de la tenue du deuxième tour fixé au 20 mars 2011, sans que le président Préval ait réussi à prolonger davantage encore son maintien au pouvoir limité au 14 mai 2011. L'intervention inattendue des anciens présidents, Duvalier et Aristide, a paru toutefois, un moment, remettre en question ce calendrier.

Si l'on ne parle plus guère de Duvalier (au point qu'on se demande même parfois s'il n'est pas reparti d'Haïti), Aristide occupe désormais le devant de la scène depuis que le gouvernement haïtien lui a accordé un nouveau passeport diplomatique qui lui permet de rentrer au pays. Ses partisans se sont employés à remettre en état sa magnifique propriété dans les hauts de Port-au-Prince, mais ils ont aussi entrepris une action purement politique avec, en particulier, des manifestations récentes dans la capitale qui se sont, fort heureusement, déroulées sans incident.

Les États-Unis et diverses autorités, nationales et internationales, répètent à l'envi qu'Aristide ne pourra revenir qu'après le deuxième tour des élections mais les choses changent tant et si vite qu'on ne peut pas en être tout à fait certain et on voit mal par ailleurs ce qui pourrait légalement s’opposer à son retour.

Si l'élection de Mirlande Manigat paraissait devoir être acquise sans trop de problèmes (elle avait 10 % des voix d'avance au premier tour, du moins si l'on se fie aux résultats provisoires de début décembre 2010, puisque les résultats définitifs n'ont jamais été communiqués !) les choses évoluent puisque Wyclef, qui avait été écarté du premier tour, s'est prononcé en faveur de Michel Martelly. Il est même venu en Haïti spécialement pour soutenir le chanteur, réalisant par là une alliance autour du thème « sortez les sortants », visant à écarter du pouvoir les politiques proprement dits, dont naturellement sa rivale.

Si la rue est plus radicale que les élections, encore faut-il espérer, dans ces deux cas, que la rue et la violence ne finissent pas par se substituer aux processus électoraux, si difficiles et contestables qu’ils puissent être.

vendredi 7 janvier 2011

Abidjan : folie obsidionale à l'hôtel du golf.

"Folie obsidionale. Désordre mental qui frappe la population d'une ville assiégée. La «fièvre obsidionale» favorisait l'agitation révolutionnaire (BAINVILLE, Hist. Fr., t.2, 1924, p.219). Ce sentiment de l'«espace vital», on l'a vu, avec la fièvre obsidionale, passer de la psychologie des individus dans celle des nations et des peuples (MOUNIER, Traité caract., 1946, p.301)."

Hier, jeudi 6 janvier 2011, j'écoutais chez Jean-Pierre Elkabbach, sur Europe 1, un entretien avec Alassane Ouattara enregistré la veille au téléphone depuis l'hôtel du golf, curieusement devenu Golf Hotel. Alassane Ouattara « homme de paix » s'y exprimait avec beaucoup de modération, n’envisageant qu'à regret l'éventualité d'une intervention des forces militaires étrangères de la CEAO. Il se déclarait prêt à faciliter le départ de Laurent Gbagbo en lui assurant en particulier une retraite honorable, la sécurité et l'absence de poursuites.

Quelques heures plus tard, coup de tonnerre ! On apprenait que le même Alassane Ouattara se prononçait soudain, de la façon la plus décidée, en faveur non seulement d'une intervention militaire, mais, plus précisément encore, de missions commandos sur Abidjan en vue de l'enlèvement par la force de son adversaire.

Le confinement à l'hôtel du golf amènerait-il Alassane Ouattara à perdre le bon sens dont il a fait preuve jusqu'alors, étant entendu que cette sage réserve était pour lui le meilleur des choix possibles, alors qu’il n’en a guère d’autre, en réalité, en dépit des soutiens extérieurs quasi unanimes (une des exceptions étant l’Angola qui soutient sans réserves Gbagbo).

S’était répandue, il y a quelques jours, la nouvelle que le cordon d’encerclement de l'hôtel du golf, assuré, sur les accès terrestres, par les troupes ivoiriennes et onusiennes allait être levé. Certains y ont vu, bien à tort, une mesure de détente alors qu’elle aurait été, au contraire, des plus dangereuses. En effet, seule cette situation de blocage des accès routiers à l'hôtel du golf a, jusqu'à présent, empêché des affrontements violents et sanglants entre les partisans des deux camps. Fort heureusement cette idée a été abandonnée dès lors qu'on a commencé à en mesurer les funestes conséquences immédiates.

À court terme du moins, la situation de Laurent Gbagbo est plus simple à gérer que celle de son adversaire. Certes, on lui refuse le visa d'accès à des pays où il n’a nulle intention d'aller et on interdit l'espace aérien à un Etat qui n'a plus guère de forces aériennes. Le nerf du conflit est l’argent, comme toujours, mais il semble que la Côte d'Ivoire ait assez récemment emprunté à Londres quelques milliards de dollars qui doivent bien s’être retrouvés quelque part. Les propositions de négociations faites par Laurent Gbagbo sont aussi commodes que fallacieuses puisque naturellement si Alassane Ouattara les acceptait, ce qu'il se garde de faire, il reconnaitrait de facto la position que l’autre président occupe dans les conditions que nous savons.

Lancer des commandos étrangers pour s'emparer par la force de Laurent Bagbo serait une pure folie. Elle est même triple.
Au plan politique d’abord, car elle conforterait Gbagbo dans sa posture de victime héroïque de sa défense de l’ivoirité face au parti de l’étranger.
Au plan militaire ensuite car il dispose, pour se défendre, de l'élite de l'armée ivoirienne avec sa garde présidentielle et même de renforts angolais.
Au plan géostratégique enfin puisque les seules troupes qu'on pourrait utiliser à une telle fin (en dehors bien sûr, espérons-le des forces françaises!) sont celles du Nigéria qui ne sont guère préparées à une telle opération et qui, d'autre part et surtout, sont assez mobilisés par la situation nationale nigérianne qui est de la plus grande gravité.
À quelques mois des élections et, dans le cas d'un échec quasi inévitable, le président Goodluck pourrait aisément devenir le président Badluck et il n’aurait plus guère qu’à manger son éternel chapeau.

Alassane Ouattara non seulement demande désormais d'enlever par la force son adversaire mais il affirme, haut et clair, qu'il sera installé à sa place avant la fin du mois de janvier 2011. Il prend donc là des risques considérables, à moins que comme on peut le craindre, il ne soit soudain frappé par le syndrome classique de la folie obsidionale.

jeudi 30 décembre 2010

« Samedi noir à Abidjan » ou « Du sang dans la lagune »

Non ce ne sont pas là les titres, à la OSS 117, de romans noirs tropicaux, mais ce pourrait être, dans quelques jours, les unes de la presse francophone à propos de la crise ivoirienne !

La visite diplomatique des trois chefs d'État de la CEAO aux deux présidents ivoiriens a tourné à la farce, comme on pouvait le prévoir. Il s'agissait pour eux, d’abord et surtout, de ne pas perdre la face après leurs rodomontades, tout en sachant très bien que cette mission ne servirait à rien, même en promettant de la renouveler début janvier. Toutefois, d’ici là, peut-être risque-t-on d’être passé aux choses sérieuses, voire dramatiques, car Laurent Gbagbo commence à comprendre que cette situation, si favorable à ses affaires qu’elle puisse paraître, ne pourra pas se prolonger longtemps, pour des raisons financières surtout.

Cette mission afro-africaine était d'ailleurs assez instructive du seul et simple fait de la différence de comportements entre les deux protagonistes majeurs. Laurent Gbagbo, à l'africaine, était tout sourire. Retrouvailles (entre patrons !), congratulations et embrassades ; un vrai chef africain recevant des grands frères chez lui. Ouattara, au contraire, visage fermé, maigrement logé à l'hôtel du Golf, apparaissait plutôt comme l’un de ces Africains expatriés ayant déjà pris les habitudes et les comportements des gens du Nord.

Si j'avais le temps, je vous ferai ici une interprétation de ces deux scènes en termes de proxémique, cette micro-science si heureusement développée par Edward T. Hall dans son beau livre Silent Language. On y apprend que, dans chaque culture, sont déterminés, informellement mais avec précision, les rapports de comportement entre des interlocuteurs et, en particulier, la distance à laquelle il convient de se tenir par rapport à la personne à laquelle on parle. Ainsi les Arabes qui se tiennent très près de leur interlocuteur et ne manquent jamais de le tripoter au cours de l’interaction seront-ils regardés avec une certaine suspicion par des Japonais dont les codes interactionnels sont tout différents et qui, de ce fait, (j’invente) ne doivent jamais être à moins de 65 cm de leur interlocuteur et surtout s'abstenir soigneusement de le toucher (c’est vrai !).

On parle à nouveau d’une marche sur l'hôtel du Golf pour samedi prochain. Il en avait déjà été question dans le passé mais celui qui l'évoquait était Charles Blé Goubé, personnage à mon sens très dangereux dont le regard évoque pour moi celui des enfants-soldats. En la circonstance, c'est tout autre chose, car l’idée vient de Laurent Gbagbo lui-même. Certes il laissera naturellement à l'un ou l'autre de ses séides le soin de mener l'opération sur le terrain et on la présentera comme spontanée. On ne sait jamais, Ouattara pourrait se trouver au mauvais endroit au mauvais moment et un accident est si vite arrivé. Cela ne mange pas de pain et dans la suite on pourra sans mal se tordre les mains sur son cercueil en déplorant le sort qui l'a frappé. Pourquoi pas même, après tout, organiser des funérailles nationales en profitant de la venue de la mission de la CEAO, puisque chez les Musulmans on enterre très vite les défunts ?

Comme même dans des circonstances aussi inquiétantes, il faut tout de même rire un peu, Laurent Bagbo reçoit aujourd'hui le renfort inattendu des pépés comiques, les deux verts octogénaires (et même plus!), Roland Dumas et Jacques Vergès qui, à l’heure où j’écris ces lignes, sont peut-être même déjà à boire le champagne dans l'avion pour Abidjan.

La chose peut paraître un peu inattendue, du moins aux yeux de la presse française, mais elle est en fait tout à fait logique même si leurs buts ne sont pas identiques, en partie du moins.

Les deux hommes, que tout semble séparer, sont unis par une passion commune de l'argent, du luxe et de la jouissance dans tous les domaines et un peu, mais si peu, par la politique.

Laurent Gbagbo, il faut le reconnaître, a été le seul homme politique ivoirien à résister à Houphouët-Boigny et à choisir l'exil plutôt que l'obéissance. Il a donc été durant son séjour en France accueilli par le parti socialiste dont il faisait même partie me semble-t-il, Simone étant, elle, une marxiste pur sucre. C'était l'époque du mitterrandisme et Roland Dumas en est aujourd'hui le dernier vestige. Rien d’étonnant donc à ce qu'il fasse une virée à Abidjan, tous frais payés naturellement (en première classe et en hôtel cinq étoiles !), avec, en prime et pour le bounga-bounga, quelques accortes négrillonnes propres à ranimer ses sens alanguis (« C'est l’amour qui passe !» comme on dit dans les grands hôtels d'Afrique).

Pour Jacques Vergès c'est un peu la même chose en ce qui concerne le paiement des frais et le programme coquin des soirées. S'y ajoute toutefois la nécessité impérieuse pour lui de relancer un peu la promotion de sa modeste personne (à 85 ans pas de retraite !) qu’on tend à oublier. Son carnet d’adresses de dictateurs africains (les meilleurs clents de cet « anticlonialiste ») s’est vidé ! On ne parle plus guère de lui depuis quelques mois en dépit de ses efforts au théâtre (à son âge ça ne paie pas !) et il faut relancer un peu la machine de la réclame. Cette affaire pourrait l'y aider, à condition pourtant qu'il rentre en France avant un éventuel « samedi noir à Abidjan » qui ferait désordre dans le tableau.

mardi 28 décembre 2010

Abidjan : Drogba for President !

Comme toujours les conseils d’Usbek (Usbek Consulting Corp.), si pertinents qu’ils soient (et en outre gratuits, ce qui est plus rare et ne gâte rien) n’ont pas été suivis.

Du fond des vallées autrichiennes, j’avais pourtant fait une suggestion, au mépris de ma santé mentale, que menaçait gravement le recours obligé au clavier teuton. Je rappelle les termes de ma proposition de solution au problème ivoirien.

« Bref je vais faire court. Après des élections qui ont eu lieu dimanche dernier en Côte d’Ivoire et en Haïti, les Haitiens n’ont toujours pas de président de la republique, tandis que les Ivoiriens en ont deux ! Nous sommes tous des francophonoes que diable et nous devons donc nous entraider. Que Thabo Mbeki reste donc chez lui puisque j ai une solution simple et radicale.

On organise à Abidjan une épreuve qualificative (bras de fer, lutte sénégalaise, 421, morpion, etc..., au choix...) entre Gbagbo et Ouattara ; le vaincu sera expédié aussitôt en Haïti pour y faire president. Apres tout, ce ne sera qu un juste retour de choses , restent à déterminer les modalités concrètes du voyage : En premièe classe aérienne ou à fond de cale ? ». Je penche, à titre personnel, en faveur de la seconde solution, pour des raisons diverses !

Si j’avais voulu plaisanter, étant à l’époque en Autriche, j’aurais pu invoquer, en la circonstance, la devise des Habsbourg. Elle souligne en effet leur stratégie d’accroissement de leur puissance politique par les mariages : "Bella gerant alii, tu felix Austria nube" . Benoît ne me commentant plus , je vais donc devoir traduire « Les autres ont recours à la guerre, toi, heureuse Autriche, au mariage ! »). « Maman Simone » n’étant, dit-on, plus seule en piste, pourquoi ne pas faire de Ouattara la troisième épouse de Laurent. Vous allez me dire que, dans cette affaire, le musulman c’est Ouattara, mais ce pourrait être là justement une raison de plus en faveur de ma suggestion ! Gai ! Gai ! Marions-les !

Une contribution, nouvelle mais majeure, à ce concours d’inventions de solutions au conflit ivoirien a été apportée hier, contre toute attente, par Pascal Boniface, l’un des piliers de « C dans l'air », l’émission de Calvi. Ce dernier qui était naturellement en vacances, comme tout l’audiovisuel français, se serait sans doute esclaffé devant une telle proposition qui a laissé de marbre son remplaçant.

Boniface, expert en géopolitique et en football (il se partage équitablement entre ces deux passions), les a enfin réunies hier.

N’avait-il pas éliminé d’excessives libations festives ou bu un coup de trop pour lutter contre le froid polaire? Je ne sais. Toujours est-il qu’après avoir longuement souligné l’impossibilité de régler ce conflit vu l’inflexibilité de Gbagbo (tous ses propos étant un tissu d’évidences et de banalités, sous le regard doucement ironique d’un Glaser peu loquace), Boniface a sorti, pour finir, son arme secrète propre à résoudre miraculeusement le conflit : le footballeur ivoirien de Chelsea Didier Drogba. L’idée lumineuse de Boniface est que si Drogba demande gentiment à Gbagbo de retirer, ce dernier ne pourra le refuser à l’idole des tiffosi ivoiriens !

Infirmiers emmenez-le !

On ne sait pas si, comme Jules César selon Suétone, Boniface (n’oubliez pas que c’est là un nom de pape !) est « trop audacieux ou trop prudent ». Sa proposition, pour inattendue qu’elle soit, est, en effet, trop timorée. Allons plus loin que le trop prudent Boniface!

Drogba for President !

lundi 27 décembre 2010

Du désert de l'information.

J'ai déjà souvent eu l'occasion de me lamenter sur la nullité généralisée de l'information en France. Je ne reviendrai donc pas sur le sujet, sauf pour signaler que les meilleures émissions d'information générale, politique et économique qu’il m’ait été donné d’écouter, sont celles qu'on trouve, à un moment où les autres chaînes sont particulièrement désertiques (vouées qu’elles sont, par le week-end, au jardinage ou à l'automobile). Le samedi matin et le dimanche matin, sont diffusées ou rediffusées des émissions intitulées, « Morning je ne sais quoi..." (titre sans doute inspiré de « Morning Viet Nam », plus que des crétineries de M. Young que j’espérais définitivement et médiatiquement disparu), sur la chaîne radio BFM qui est, j'en conviens, la voix du « grand capital », comme on disait au bon temps de Georges Marchais. On peut y entendre des propos intelligents et informés qui sortent un peu du ronron ordinaire et imbécile de nos « grandes » radios et de télévisions.

Compte tenu du système des vacances audiovisuelles que j’ai déjà dénoncé et auprès duquel les congés ordinaires de nos écoliers sont de la roupie de sansonnet, on pourrait imaginer que les « journalistes » remplaçants qui officient pendant que les grosses pointures sont en congé, c'est-à-dire une bonne douzaine de semaines par an, pourraient faire des efforts, ne serait-ce que pour faire apparaître la nullité crasse de ceux et celles qu’ils et elles remplacent.

Je prendrai l'exemple du journal de 13:00 sur France2 que j'ai regardé aujourd'hui surtout pour tenter d’avoir des nouvelles de la Côte d’Ivoire et d’Haïti où ont lieu des crises politiques graves. La charmante brunette, qui remplace, pendant ses innombrables congés, Élise Lucet formée sous J.M. Cavada, ne fait pas le moindre effort sur ce point, alors qu'elle dispose de tout le reste de l'année pour se reposer de ces quelques jours d’antenne. Qu'on ne vienne pas me parler du travail journalistique que ces gens-là devraient avoir à faire puisqu'il se borne à nous ânonner tous la même chose, sur toutes les chaînes et toutes les radios; leur commune activité se limite, en effet, à la lecture, devant un micro, des dépêches de l’AFP.

Aujourd'hui donc à 13:00, nous avons eu essentiellement trois « grands » sujets d'une dizaine de minutes chacun. Le premier sur la neige (ce qui un 27 décembre est d'une originalité puissante) le deuxième sur les jouets de Noël changés dans les grands magasins (d'ailleurs le même sur toutes les chaînes de France-Télévision), le troisième sur les soldes à Londres (que le responsable a pu ainsi aller faire outre-Manche aux frais de la chaïne).

En revanche, la grave situation en Côte d'Ivoire n'a justifié qu’un mini-sujet de deux minutes dans lequel une dizaine de secondes au mieux était consacrée à la grève du lundi matin à Abidjan. C'était le seul élément nouveau depuis le week-end, car par ailleurs on s’est borné à nous refiler les restes du réveillon, pas même réchauffés : réunion de la CEAO (tenue le vendredi 24 me semble-t-il), les menaces des Etats (même date) et le puissant soutien qu'ils apportent par là à la démocratie ivoirienne.

On ne peut attendre de ces journalistes-sic quelque réflexion que ce soit sur la délégation prévue pour le rétablissement de la démocratie en Côte d'Ivoire. Elle sera conduite demain par la Guinée, ce qui n'est évidemment drôle que pour ceux qui connaissent un peu l'histoire récente (ou ancienne) de cet Etat et soutenue par le Nigéria où, ces jours-ci, on se massacre joyeusement entre le Nord et le Sud !
Percevoir le comique de la chose suppose naturellement un minimum d’information sur le sujet, ce qui n'est évidemment pas le cas des journalistes de France2.

Quant à Haïti... ! Au fait c’est où Haïti ?

Les téléspectateurs français qui paient une redevance ne méritent-ils pas d'avoir enfin des journaux télévisés dignes de ce nom, pour ne pas parler de l’ineptie et de débilité généralisées des « programmes » des périodes de fêtes (depuis l'avant-avant-veille de Noël au lendemain du surlendemain du Nouvel An) où l'on nous régale inlassablement de bêtisiers, « cent meilleurs », de best-off (avoués ou sournois) et autres âneries de la même farine?

Pauvre France !

lundi 20 décembre 2010

Galopin Ivoirien ou « Galopin i voit rien ? ».

Entendu ce matin sur RMC à huit heures trente Galopin de Villouzeau faire son numéro à propos des événements de Côte d'Ivoire.

Au fait, petite digression comme je les aime ; avez-vous remarqué, ce que je n'avais encore jamais fait auparavant à ma courte honte, que Galopin a pour prénoms « Dominique, Marie, François, René » c'est-à-dire qu'il partage ses deux derniers prénoms avec le Vicomte François René de Chateaubriand qui comme lui fut, un moment, ministre des affaires étrangères ? Vous en restez baba ! Ces détails ne sont pourtant pas sans jeter quelques lumières sur la carrière, le caractère, les comportements et les ambitions littéraires de Galopin de Villouzeau. Il doit être furieux toutefois que le Père Hugo ait dit bien avant lui cette ânerie :« Je serai Chateaubriand ou rien ! ») et devrait, en revanche, me remercier de ce rapprochement flatteur. Mais revenons au sujet du jour.

Sans doute ébloui par la prestance, la coiffure et, en gros, le numéro de François René Galopin, Bourdin qui, en outre, est, comme toujours, d'une confondante ignorance de ce dont il parle, n'a pas songé un instant à évoquer, à propos de la Côte d’Ivoire, le brillant voyage fait à Abidjan en 2003 par Galopin alors ministre des affaires étrangères dont nous constatons aujourd’hui les conséquences lointaines.

Pour votre information (s'il en est besoin), mais surtout pour celle de Bourdin, rappelons ici l'essentiel de la mission effectuée par Galopin en 2003.

Au départ, toujours modeste, il avait commencé par affirmer que sa mission n'était pas « une mission diplomatique comme les autres ». Ben voyons ! Forcément puisque accomplie par Galopin lui-même. Arrivé en avion spécial naturellement, il était vêtu, nous dit-on, d'une chemise bleue mais surtout d'une cravate « à motifs léopard ». Vu la situation, il avait fort heureusement renoncé à la tenue du même métal, mais la cravate devait être, à ses yeux, un élément symboliquement fort pour les Ivoiriens qu'il venait mettre à la raison.

Peu avant l'arrivée au palais où se tenait Bagbo que François-René venait tancer l'importance, le cortège du ministre français est déjà pris à partie par des manifestants qui, sans doute, n’avaient pas vu la cravate. Ayant fini par passer et par rencontrer Bagbo, il lui fait les remontrances prévues et tente de lui dicter ce qu'il doit faire, sans qu'on sache bien quel est réellement le résultat de cet entretien. Vu les circonstances, Galopin est pressé de sortir et de quitter des lieux qui, à son arrivée, lui sont apparus hostiles et peu sûrs ; il se trouve alors bloqué par des manifestants qui ne se sont nullement dispersés et qui, plus nombreux, se montrent au contraire de plus en plus aggressifs ou, en tout cas,vociférants .

Galopin commence donc à paniquer ; se croyant Quai d'Orsay, il s'énerve et braille, impérial, en direction du service d’ordre local :« Tout ça est parfaitement ridicule... J'en ai marre. Vous me réglez ce problème et vite ». Les militaires ivoiriens, qui contiennent sans trop de zèle ni d'enthousiasme les manifestants, n'accordent guère d'importance aux vociférations du blanc. Ggagbo, de l’intérieur, n’en perd évidemment pas une miette, se marre et se lèche les babines devant la manifeste panique de Galopin !

Ce dernier, terrorisé, ne devra son salut qu'à l'arrivée de Gbagbo qui, après s'être fait laver la tête dans l'intimité, s'offre le luxe inestimable de condescendre à finir par venir sauver, en public, la face au ministre français paniqué. Sous la protection de Gbagbo (narquois mais ravi) et les vivats de la foule qui s'ouvre devant Gbagbo comme la Mer Rouge devant Moïse, Galopin reprend quelques couleurs. Gbagbo clame, en direction des manifestants, mais sans rire : « La France est à vos côtés ». Tu parles!

Ayant changé de pantalon, Galopin affirmera plus tard sans rire :« C'est un incident aussi léger que rapidement oublié ». Ben voyons !

Il est bien vrai que cet incident a été rapidement oublié puisque Bourdin ne s'en souvient même pas et que les rodomontades de Galopin donnent à penser que, s'il n’a certainement pas oublié, il parvient aisément à faire comme si.

On peut se demander d'ailleurs à l'entendre, si l'approbation, tout à fait inattendue, qu'il apporte au comportement présidentiel dont on peut pourtant se demander si, à Bruxelles, il n'a pas été quelque peu irresponsable (voir mon précédent post), n’est pas un appel du pied vers le président. La suggestion que fait Galopin d'une « mission de terrain » n'est-elle pas une ouverture en direction de Nicolas Sarkozy. Tandis que la candidature de Galopin à la présidentielle semble de plus en plus mal barrée (interdit aux UMP de lui donner leurs signatures), Nicolas paraît dans une phase d'indulgence et de pardon, quand on voit qu'il nomme Rama Yade ambassadeur à l'Unesco et qu'il refile à Estrosi, hors procédure, une Légion d'honneur dont on se demande ce qu’il a bien pu faire pour ne pas l'avoir encore eue dans sa position.

Pour « prendre langue » avec les protagonistes » comme dit si élégamment Galopin, quel meilleur ambassadeur de terrain que François-René lui-même ? Il n’a autrefois dû son salut qu'à la protection de Gbgbo (ce qui crée des liens) et il avait négocié alors avec Ouattara les accords dont on voit aujourdhui le brillant résultat !

Galopin Ivoirien ou « i voit rien » ?
De toute façon ça ne peut pas être pire que la première fois.