Comme le marronnage, il y a là un autre trait familial, sans doute génétique ; comme son père, son frère et son neveu, Jacques Vergès a souvent fait allusion à des complots et à des menaces d’attentats dont il aurait été l’objet.
Le fait le plus net et le seul réellement établi est, en octobre 1961, l’attentat au plastic commis dans l’immeuble où il réside à Paris, 36 Avenue de Villiers. La charge a été placée devant la porte cochère et seule la cage d’escalier est réellement endommagée. L’avocat n’habite d'ailleurs pas au rez-de-chaussée et, en outre, il est en voyage au moment des faits, ce que ne peuvent manquer de savoir les poseurs de bombes, s’ils sont tant soit peu sérieux et professionnels. Il s’agit là d’une des « nuits bleues » de l’OAS et il y aura, cette même nuit, six autres attentats dans Paris. L’attentat a été regardé comme imputable à l’Organisation de l’Armée Secrète, l’OAS, qui, dans d’autres cas, s’est montrée plus expéditive et efficace. Tout semble donc indiquer qu’on ne voulait pas réellement atteindre J. Vergès (la chose était même impossible vu les circonstances), mais l’intimider, avec d’autres, dans le cadre d’une opération plus large, comme il s’en faisait souvent à l’époque.
Le thème de J. Vergès filé et espionné à tous les instants est repris souvent dans nombre de ses déclarations et de ses écrits, en particulier dans son livre de 1998 « J’ai plus de souvenirs que si j’avais mille ans »( p. 168). Comme Zorro, il échappe toujours à toutes ces menaces. Il fait même mieux que Zorro puisque, coïncidence remarquable : il aurait reçu les confidences d’au moins trois anciens « espions » qui avaient été chargés de le surveiller, voire de le tuer, mais qui, des années après sont conquis par l’aura, le charisme et les qualités de J. Vergès. Rassurez-vous, je ne vais pas vous refaire le coup de Daniel et des lions mais c'est tout juste !
C’est le cas de celui qu’il nomme Lardon (1998 : 167-177), un ancien policier de la DST[1], qui lui déclare quand J. Vergès s’étonne de le voir s’adresser à lui : « Vous ne pouvez imaginer ni comment, ni combien de fois, j’ai ouvert votre courrier, écouté vos conversations téléphoniques. Je vous ai suivi au restaurant et à vos autres rendez-vous. C’est peut-être ça le syndrome de Stockholm ; en apprenant à vous connaître un tout petit peu, j’ai appris à vous respecter. » (1998 : 168).
Cet épisode, non daté dans le texte, peut-être situé, du fait de quelques détails, à la fin des années 70 et au début des années 80. Le cadre de l’anecdote-type, si chère à notre héros, est en tout cas posé et il ne changera guère, sauf pour les personnages. Ce récit rappelle en effet, sous une forme très voisine, des faits, sans doute antérieurs, évoqués dans le récit fait, un peu plus tard, à T. Jean-Pierre (2000 : 214-215).
J. Vergès raconte : « Bien des années après la guerre d’Algérie […] un homme est venu me voir [après un dîner-débat] et m’a dit « Je suis un ancien de l’OAS. J’avais été chargé de vous tuer lorsque vous étiez en Suisse », et de se lancer dans la description exacte des lieux où j’avais effectivement séjourné, puis : « Malheureusement, vous n’étiez jamais seul et je n’ai pu vous éliminer. Je m’en étais beaucoup voulu. Mais aujourd’hui, après vous avoir écouté, je me dis que cela aurait été dommage. » (2000 : 181).
Les tueurs genevois de l’OAS ne paraissent pas bien plus efficaces que les assassins réunionnais qui voulaient tuer son frère Paul, plus qu'octogénaire aujourd'hui ! En tout cas, la conversion intellectuelle d’un ancien agent de l’OAS à l’anti-colonialisme, sujet de prédilection de J. Vergès dans les dîners-débats, mérite d’être saluée et portée à son crédit. D’autres cibles de l’OAS n’ont pas eu autant de chance que lui !
Il y aurait eu aussi, plus tard encore, un autre espion à lui faire de semblables confidences, car J. Vergès a la chance inouïe de recueillir les repentances de tous ceux qui ont été, un moment, chargés de l’espionner, voire de l’assassiner.. Les propos de Lardon, ex-policier de la DST, sont, curieusement, exactement identiques à ceux que J. Vergès prête à l’Inspecteur Dufourg, des Renseignements généraux, qui lui aussi demande à J. Vergès de le défendre dans l’affaire Doucé (en 1990). Interrogé sur ce choix, il répond : « Maître, j’avais été chargé par ma hiérarchie de vous suivre, d’écouter vos conversations téléphoniques, d’ouvrir votre courrier. Depuis j’ai une totale confiance en vous ! » (T. Jean-Pierre, 2000 : 214). Les propos de nos deux espions sont, on le constate, étrangement semblables.
Dans ce même livre, une confidence de Jacques Vergès sur un sujet tout autre (mais J. Vergès est-il homme à se trahir si facilement?) est à rapprocher des anecdotes précédentes. Interrogé par T. Jean-Pierre sur ses rapports avec le capitaine Barril qu’il a aussi défendu, J. Vergès déclare : « Il m’a appris qu’il avait été chargé de m’assassiner! Mais l’action ne pouvait, en vertu d’une règle imposée aux services secrets français, être commise qu’à l’étranger où je n’étais jamais seul. Le projet a donc été abandonné. » (2000 : 214).
Dans ce livre, à quelques dizaines de pages de distance (184 et 214), le rapprochement des propos de deux assassins potentiels de J. Vergès intrigue. Comme il n’y a tout de même pas des dizaines de personnes qui ont été chargées de tuer J. Vergès à l’étranger et qui y auraient renoncé pour la même étrange raison, « qu’il n’était jamais seul » ( ce qui n’embarrasse guère, semble-t-il, les vrais tueurs), on peut se demander s’il ne s’agit pas, en fait, d’une confusion, volontaire ou non. L’authenticité du fait et la crédibilité du narrateur s’en trouvent par là même un peu compromises.
Jacques Vergès a raconté plusieurs fois ces histoires, sans qu’on sache bien s’il cherche à brouiller les pistes ou s’il se prend simplement les pieds dans le tapis du calendrier. On vient de voir que, dans les aveux qu’il lui fait, le capitaine Barril, que cite J. Vergès lui-même (T. Jean-Pierre, 2000 : 214), lui affirme qu’il « avait été chargé de l’assassiner ». On se demande un peu pourquoi et surtout quand., car dans ce cas Jacques Vergès pousse un peu trop loin le bouchon !
Examinons d'un peu près les faits et les dates sans être subjogués, comme tant d'autres, par l'aura de Jacques Vergès. S’il y a eu des menaces contre J. Vergès du côté des services secrets français, elles ne peuvent guère dater que de la période du FLN et de la guerre d’Algérie. Cette guerre, faut-il le rappeler, s’achève en 1962, alors que Paul Barril (né en 1946) est âgé alors de 16 ans, ce qui est bien jeune, convenez-en, pour un tueur professionnel des services secrets. En fait, Barril n'entre en scène qu'après l’élection de F. Mitterrand, en 1981-2 et on ne voit guère alors ce qui pourrait justifier l’assassinat de J. Vergès, surtout par la Gauche et plus spécialement par l’entourage immédiat du président. Selon B. Violet, le projet d’assassinat, où devait intervenir Barril, daterait de 1982-1983 (Violet, 2000 : 246). Ici, comme ailleurs, il ne faut pas mettre du sucre sur le miel : « Selon Barril, l’opération aurait dû être exécutée à l’Ile Maurice, à l’occasion d’un sommet de la francophonie » (2000 : 246). La mémoire du Capitaine Barril n’est pas plus sûre que celle de J. Vergès. Le 5ème Sommet de la Francophonie, tenu à Maurice, a eu lieu, en effet, dix ans plus tard, en 1993!
En fait, toutes ces anecdotes ne sont, (vraies, arrangées ou fausses), que des variations sur un même modèle à double effet. Elles alimentent la prodigieuse aura de J. Vergès, cible favorite de tous les méchants, de l’OAS à l’Etat français. Naturellement, il triomphe sans encombre de toutes ces menaces et échappe à tous les pièges. Mieux encore; par là, il gagne les cœurs de tous ceux qu’on avait chargé de l’espionner, voire de le tuer et qui, tous, sont conquis et même subjugués, pour finir, par son courage, son honnêteté, ses vertus, etc. Non seulement, les lions ne dévorent pas Daniel-Jacques, mais ils viennent lui lécher les mains et même pour certains, comme clients, lui apporter leur obole sous forme d'honoraires. Comme on l'a vu, il en est de même pour les juges, aux honoraires près, alors que cette espèce pourtant plus dangereuse encore que les lions.
En fait, les menaces les plus sérieuses sur la vie de J. Vergès sont celles qui sont ultérieures, dont on ne sait rien et dont lui-même se refuse encore aujourd’hui à parler car il lui faudrait en évoquer les causes, de toute évidences peu avouables. En revanche, lors de la guerre d’Algérie, il semble avoir été l’objet, comme on l’a vu, de deux sortes de menaces. Celles de l’OAS auxquelles il vient d’être fait allusion, et celles des services secrets français (le SDECE de l’époque), qui sont antérieures, si elles ont réellement pris forme.
On sait que des exécutions ont alors eu lieu, mais, mis à part l’avocat du collectif FLN Ould Aoudia dont l'assassinat a déjà été évoqué, les vraies cibles étaient plutôt choisies parmi les dirigeants du FLN lui-même ou parmi les trafiquants d’armes. J. Vergès, quant à lui, a affirmé à plusieurs reprises que la France a voulu le faire tuer. Il désigne même Michel Debré, (le père de son cher ami et collaborateur, le député UMP Bernard Debré que nous retrouverons dans la suite), comme responsable, un moment, d’une telle décision : « M. Debré qui avait déjà demandé au service Action de m’abattre » (1998 : 227). Dans son livre d’entretiens avec P.H Felissi, il donne un peu plus de précisions sur ce point :
« Constantin Melnik, chargé des questions de sécurité auprès du Premier ministre de l’époque, écrit dans ses souvenirs que Michel Debré avait un jour convoqué le général Grossin, patron du contre-espionnage, pour lui faire exécuter les « quatre têtes » du collectif, comme il disait - Ould Aoudia, Benabdallah, Oussedik - et moi car, du fait de notre travail, « nous étions plus dangereux qu’une division ». [Ce qui constitue, une fois encore, un compliment qu'il aime à rappeler et il le fait à tout propos car cette mention l'amène à réciter la lettre du général de Gaulle]. Melnik soutient aussi que Foccart a participé aussi à cette réunion […]. Mon cas semblait plus compliqué, car mon engagement comme volontaire dans les Forces françaises libres pendant la Seconde Guerre mondiale [ cf. mon texte de départ sur ce sur sujet] exigeait un ordre explicite du Général de Gaulle pour mon exécution. De fait cet ordre explicite n’est jamais arrivé. » (2005 : 90).
Cette version est proche de celle que donne déjà B. Violet (2000 : 105); ce dernier cite aussi Melnik qui prétend qu’en fait, il n’y a jamais eu d’ordre formel concernant J. Vergès. Le Général de Gaulle se serait sans doute personnellement opposé à une telle idée, si elle lui avait été soumise. Jacques Vergès fait état, à de multiples reprises, de l’envoi qu’il avait fait, en 1957, d’un exemplaire dédicacé du livre qu’il avait écrit avec Georges Arnaud, Pour Djamila Bouhired (Editions de minuit) G. Arnaud avait rédigé la préface et le corps du texte était constitué par la plaidoirie de J. Vergès. La démarche était un peu inattendue de la part de ces auteurs. Plus étonnante encore est la réponse du Général. Brève, mais chaque terme y est pesé, elle mérite d’être citée intégralement et Jacques Vergès, qui connaît par coeur le texte de cette lettre, aime à la citer, comme dans son dernier film, (en 2008, de S. Thisse) :
Lettre à MM. Georges Arnaud et Jacques Vergès
Le 8 décembre 1957
Messieurs,
Je tiens à vous dire que j’ai lu avec intérêt et non sans émotion votre petit livre Pour Djamila Bouhired. Je sais – dirai-je « par expérience » ?- que tout drame français est un monde de drames humains.
Inutile de les cacher ou de les défigurer. A ce point de vue, tout au moins, votre éloquente sincérité ne peut laisser personne indifférent.
Veuillez croire, Messieurs, à mes sentiments les meilleurs et très distingués.
Charles de Gaulle
Avec pour vous, Vergès, mon fidèle souvenir. »
Dans son livre de 1998, J. Vergès précisait que ce texte, dont « par discrétion, il n’avait jamais fait état » (ce qui est faux bien entendu comme on peut le voir dans T. Jean-Pierre, 2000 : 139 et J. Vergès en a fait état depuis à de multiples reprises), a été publié dans Lettres, notes et carnets du Général de Gaulle. La lettre montre que le Général qui, apparemment, n’avait pas oublié l’engagement et la conduite de J. Vergès pendant la guerre [tout en le connaissant bien entendu très mal, dans son détail que nous avons vu dans un précédent texte], n’aurait pas admis son exécution sommaire, comme le présume, sans doute à juste titre, J. Vergès lui-même. La menace a donc été, là aussi, plus théorique que réelle.
Les vraies menaces contre J. Vergès sont, comme on l’a vu, celles qui ne se sont pas exprimées de façon spectaculaire et elles ne venaient sans doute pas ni du côté français ni du côté algérien. Quand, pour une première fois, il quitte précipitamment et quasi clandestinement l’Algérie en 1963, il vient en effet de constater que les tueurs qui ont abattu son ancien client, M. Khemisti, devenu ministre et comme tel son patron et protecteur, (la version officielle est alors que le tueur est un fou) ne se contentent pas de vous envoyer de petits cercueils par la poste ou des listes de noms de personnes qui seront exécutées avec des numéros d’ordre, ni même de mettre des bombinettes devant les portes cochères!
Les vrais dangers, devant lesquels, par la force des choses et par lucidité, il a fui, sept ans plus tard, sont venus plutôt des affaires troubles ou louches, ouvrant des perspectives de gains importants et rapides, auxquelles, souvent, il n’a pas voulu ou n’a pas su résister.
Pour conclure ce texte, un détail entre cent, mais plus gai et tout à fait caractéristique de la rhétorique et de la présentation de soi hagiographiques si chères à Jacques Vergès.
Il s'agit, au cours du procès Barbie d'une de ces anecdotes édifiantes que Jacques Vergès adore et dont il a toute une panoplie. De même que, comme on vient de le voir, les tueurs autrefois chargés de l’assassiner, conquis désormais par la découverte de sa noblesse d’âme, viennent à récipiscence et se confessent à lui, de même, lors du procès Barbie... Mais laissons-lui la parole car tout le sel est dans son récit même :
« Un jour au cours d’une suspension, une journaliste juive a traversé la salle, est montée à la tribune, m’a tendu une rose. Je lui ai baisé la main, j’ai longuement regardé les trente-neuf avocats de parties civiles tout en humant cette rose qui, pour moi, avait un triple parfum de plaisir : l’odeur de la fleur, le souvenir de l’attention de la jeune femme et la tête de mes adversaires » (2000 : 221).
Comme toujours dans ce genre d’anecdote, rien ne manque à la gloire du héros qui conquiert le coeur tous ses ennemis, quand il ne les écrase pas de son talent ou de sa verve. Mieux, dans ce cas, l’ennemi subjugué n’est pas une barbouze patibulaire, mais une jeune juive, qui ne peut être que ravissante (et, on le devine, secrètement éprise du maître). Dans la mesure où les trente neuf avocats l’identifient aussitôt comme telle, sans doute porte-elle, dans la main qui ne tient pas la rose offerte, une pancarte où l’on peut lire « Je suis une journaliste juive amoureuse de Jacques Vergès ».
Quel homme !
[1] Selon B. Violet, il s’agirait là de Daniel Burdan (2000 : 242); le fait est sans grande importance puisque c’est la fable elle-même qui compte !
Affichage des articles dont le libellé est assassinats. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est assassinats. Afficher tous les articles
mardi 27 août 2013
mardi 13 novembre 2012
Dans la famille Merah, je demande...
Drôle de famille ces Merah ! Entre le frère qui se découvre Français et soudain
écrivain (l'édition française est pire encore que les Merah!), l'autre frangin qui
pique les scooters pour l'assassin (je devrais dire le "présumé"
assassin), le "troisième homme" (un cousin peut-être ?), le père, intégriste islamiste, qui fait nourrir la marmaille aux
mamelles de l'anti-France et de l'antisémitisme et la fille, le pire produit de
l'élevage familial que les éditeurs français ne vont quand même pas laisser en jachère
avec un pareil talent !
Sans aller jusqu'au bout de ma pensée, ce qui est désormais interdit dans notre pays des droits de l'homme, cette affaire m'a toujours inspiré quelques doutes, par le parfum de barbouze ( pas le "Barbouze de chez Fior "comme disait Queneau!) qui s'en dégageait d'emblée. Pour faire vite dans le rappel des faits,je reprends mon post du 22 mars, avec son titre :
"Un peu RAID tout de même !
Comme ce blog a le privilège d'être lu par de nobles étrangers, précisons tout de suite à leur intention que le RAID dont on parle tant depuis l'identification du terroriste de Toulouse est le "groupe d'élite" " Recherche, Assistance, Intervention, Dissuasion", organisme dont le créateur et premier responsable fut un certain Ange Mancini !
présidentielle.
Il lui avoue : "On va se faire engueuler. (...) On savait pas grand-chose de toi."
Sans aller jusqu'au bout de ma pensée, ce qui est désormais interdit dans notre pays des droits de l'homme, cette affaire m'a toujours inspiré quelques doutes, par le parfum de barbouze ( pas le "Barbouze de chez Fior "comme disait Queneau!) qui s'en dégageait d'emblée. Pour faire vite dans le rappel des faits,je reprends mon post du 22 mars, avec son titre :
"Un peu RAID tout de même !
Comme ce blog a le privilège d'être lu par de nobles étrangers, précisons tout de suite à leur intention que le RAID dont on parle tant depuis l'identification du terroriste de Toulouse est le "groupe d'élite" " Recherche, Assistance, Intervention, Dissuasion", organisme dont le créateur et premier responsable fut un certain Ange Mancini !
Je ne sais pas quelle sera l'issue finale (nous ne sommes qu'au
début) de toute cette affaire autour du jeune Français musulman
"djihadiste" qui, après avoir tué, à Montauban, quatre soldats
français (d'origine maghrébine et antillaise me semble-t-il), a assassiné d'une
balle dans la tête, à Toulouse, dans une école juive, trois petits enfants et
le père de deux d'entre eux.
Au fur et à mesure que les faits sont mieux connus, ils
apparaissent d'autant plus étonnants que, après qu'au départ, on ait abondamment
souligné les difficultés très grandes d'une pareille enquête, il s'avère que le
criminel était bien connu des services de police, qu'il était identifié comme
potentiellement dangereux et qu'il résidait paisiblement à proximité,
semble-t-il, de l'école où il a commis son dernier crime, le plus odieux de
tous.
L'allusion à sa résidence est d'ailleurs assez incertaine,
puisque, apparemment, ce jeune Mohamed (23 ans et un sourire angélique et
enjôleur) bénéficiait du RSA (la République française est décidément bonne
fille!) ; cette allocation, toutefois, ne devait constituer qu'une infime
partie de ses revenus réels, puisqu'il avait, semble-t-il, plusieurs domiciles
et plusieurs voitures de location, sans parler d'un abondant arsenal qui, en
dépit de la baisse des prix, devait représenter une petite fortune puisque on a
évoqué, entre autres, une uzi, un colt 45 et un 9 mm, sans parler de tout ce
qu'on a pu trouver chez lui chez son frère ou dans l'un ou l'autre de ses
véhicules.
Il y a assurément là un petit mystère et dans l'émission d'Yves
Calvi d'hier les intervenants, s'autocensurant manifestement, sans oser
prononcer quelque nom que ce soit, ont laissé entendre que ces achats d'armes
et ce train de vie pouvaient parfaitement être, en quelque sorte, subventionnés à travers des associations
elles-mêmes soutenues par la France ! J'avoue en être resté en être resté
pantois car, tout en restant extrêmement prudents dans leurs propos, les
intervenants paraissaient tout à fait compétents et sûrs de leur fait!
Un détail curieux aussi et qui aurait dû assurément attirer sur
lui l'attention des services chargés de ce domaine est constitué par deux longs
voyages (ce sont plus exactement des séjours) qu'il avait faits aux confins du
Pakistan et de l'Afghanistan, dans les zones tribales où se trouvent les camps
d'entraînement des volontaires du Jihad ; on apprend même maintenant que le
surnom de ce criminel était, dans ces camps, "Youssef le Français",
lui-même se réclamant, semble-t-il, d'un groupe nommé « les soldats du califat
»!
Même si tout cela est encore un peu incertain, j'ai cru entendre qu'il avait
été interrogé à ce propos et qu'il s'était justifié, en particulier à propos de
son deuxième séjour, en prétendant (« preuves à l'appui » ajoutait-on) qu'il
était là-bas pour faire du "tourisme" ! Interroger de tels individus
sur de telles activités est, de toute évidence, des plus dangereux car
s'entendre répondre en pareil cas « J'ai séjourné là-bas pour faire du tourisme
» vous expose assurément à mourir de rire. Cela n'a pas été le cas,
apparemment, puisque ses déclarations ont été enregistrées par le fonctionnaire
de service avec le plus grand sérieux.
En tout cas, si la campagne électorale n'a pas été réellement
suspendue par ces événements, ils ont opportunément occupé tous les médias
pendant plusieurs jours, ce qui après tout n'est pas n'est pas négligeable et
nous change du halal.
Les choses en resteront-elles la ou aurons-nous droit, une fois
de plus, à la Nième de version de l'arroseur arrosé? Une chose, en tout cas,
est sûre, nul n'a à craindre les confidences de Youssef le Français !"
A dire le vrai, selon la formule autrefois chère à Eve
Ruggieri, ces dernières lignes visaient à donner à penser que je jugeais
fort bien venue, en pleine période électorale, une pareille affaire me rappelait
irrésistiblement, à un moindre degré de gravité, l'affaire du papy tabassé qui
s'était révélée si opportune lors d'une précédente présidentielle.
Mais en fait je reviens sur cette affaire car je n'avais pas
publié en ce 22 mars, une phrase que j'avais consignée la veille (sans la publier), le 21 mars
2012, sur un fait qui m'avait fort étonné sans que nul ne le mentionne.
"Un dialogue pour le moins singulier s'est noué, ce mercredi 21 mars, entre Mohamed Merah et le policier du renseignement, alors que
le RAID fait le siège du tueur de Toulouse.
L'agent de la
direction centrale du renseignement intérieur (DCRI), H., l'avait en effet auditionné,
le 14 novembre 2011, lorsque le jeune homme avait été appelé à s'expliquer sur ses curieux voyages. Le tueur a réclamé sa
présence lors de la négociation, et c'est à lui qu'il se confie principalement. Voici les propos du policier :
"On reprend la discussion qu'on a eue en
novembre, et là, bon, sur de bonnes bases, quoi, avec un peu plus de sincérité, résume le
policier. Parce que bon, tu m'as bien
roulé dans la farine, hein, avoue-le. T'as été bon sur ce coup-là."
Derrière
les mots destinés à mettre Merah en
confiance, mais qui éclairent aussi la vraie nature de leur relation (Qui
manipule qui ?), on sent poindre le désarroi
du policier qui découvre l'ampleur de ce qui lui a échappé. Il lui avoue : "On va se faire engueuler. (...) On savait pas grand-chose de toi."
Est-ce si sûr ? Y
aura-t-il un autre membre de la famille Merah ou plutôt de la Place Beauvau d'alors,
voire de L'Elysée, pour nous dire enfin la vraie vérité ?
Libellés :
assassinats,
barbouze,
élection,
manipulation,
merah,
RAID
mercredi 13 avril 2011
Abidjan : le commencement de la fin.
Comme souvent, on ne peut guère compter sur les médias français pour être informé sur autre chose que la chronique de Clochemerle où les faits-divers métropolitains !
Ce matin, sur l’une des radios d'information quasi continue du matin, j'ai appris, par hasard, dans un communiqué présenté, comme toujours, comme exclusif (ces radios se nourrissent de scoops qui traînent partout depuis la veille) qu'un ministre de Gbagbo, Désiré Tagro, avait été assassiné, ce qui fait, j’en conviens un peu désordre, dans le climat officiel franco-ivoirien de justice et de réconciliation. En fait, on le savait partout depuis la veille (le 12 avril 2011) et la nouvelle était dans la plupart des bulletins internet du paysage audiovisuel sans que les grands médias veuillent trop en parler.
Il s'agit pourtant de l’un des ministres les plus proches de Gbagbo qui avait été l’un des négociateurs des accords passés naguère avec Guillaume Soro. Inutile donc de se référer à la presse française qui n'en parle guère pas et préfère évoquer le ralliement, un peu ridicule, des chefs militaires, mais on trouve plus de détails dans des sites africains, hors de Côte d’Ivoire bien sûr, les médias officiels ivoiriens faisant naturellement le silence sur l’affaire.
La version officielle, qui circule dans les milieux proches du gouvernement est que D. Tagro se serait suicidé, d’une seule balle semble-t-il, à la différence de nombre d’autres « suicidés » célèbres de l’histoire. Selon des versions, concordantes, plus détaillées et moins officielles, Tagro était présent dans le bunker au moment de l'attaque et avait été conduit, un peu brutalement, à l'Hôtel du golf. Là, il aurait été tabassé à coups de crosse par des soldats, puis achevé d'une balle. Ce sort aurait également été celui du docteur Bley, le médecin personnel de Gbagbo ; on a même parlé de deux autres ministres qui auraient également été sommairement exécutés. Difficile d’y voir clair entre les rumeurs que diffusent les partisans de Gbagbo et les demi-vérités ou gros mensonges des communiqués officiels !
Les bruits qui ont couru à propos de Gbagbo lui-même sont aussi, à certains égards, un peu étranges. Le porte-parole des Nations- Unies a ainsi annoncé d'abord (avant de se rétracter) que Laurent Gbagbo avait quitté l’Hôtel du golf et avait été mis en sécurité ailleurs ; selon certaines rumeurs, on le disait conduit dans le Nord du pays (le fief d'ADO), pour prévenir toute tentative de libération. Toutefois, le bruit du suicide du président déchu a également couru, ce qui a donné à penser à certains que l'on pourrait tout à fait, par là, préparer l'opinion à la nouvelle de sa mort.
Va-t-on assister à une épidémie de crises cardiaques chez les anciens dictateurs, Ben Ali d'abord, Moubarak ensuite et enfin Laurent Gbagbo ? Kadhafi, qui a perdu son opulente infirmière, rentrée au pays, a convoqué d’urgence son cardiologue.
DERNIERES NOUVELLES (de Politicosn.com)
"Le mystère Charles Blé Goudé.
Parmi les personnes arrêtées avec Laurent Gbagbo et placées avec lui sous la protection de la police de l’ONU au Golf Hôtel, se trouvent sa mère, Marguerite Lélé Gado, sa femme Simone, ses deux filles, les jumelles Marie-Patrick et Marie-Laurence, ainsi que son fils Michel. Des correspondants de médias français ayant cru voir, comme de nombreuses personnes, Charles Blé Goudé, la rumeur se répand que le leader des « jeunes patriotes » fait partie des détenus. En fait, il n’en est rien et le « fils spirituel » de Gbagbo restait introuvable dans la journée de mardi. Interrogé par RFI mardi matin, le président du Front populaire ivoirien, Pascal Affi N’Guessan n’a pas dévoilé l'endroit où il se trouvait, mais plusieurs sources le disent au 43e BIMA de Port-Bouët sous bonne garde, avec l’ancien ministre de l’Économie et des Finances, Paul-Antoine Bohoun Bouabré, et le porte-parole de l’ex-gouvernement Gbagbo, Ahoua Don Mello. Le général Philippe Mangou, ex-chef d'état-major des armées du président sortant, a, quant à lui, fait allégeance à Alassane Ouattara dans l'après-midi".
Mercredi 13 Avril 2011 - 06:57
Ce matin, sur l’une des radios d'information quasi continue du matin, j'ai appris, par hasard, dans un communiqué présenté, comme toujours, comme exclusif (ces radios se nourrissent de scoops qui traînent partout depuis la veille) qu'un ministre de Gbagbo, Désiré Tagro, avait été assassiné, ce qui fait, j’en conviens un peu désordre, dans le climat officiel franco-ivoirien de justice et de réconciliation. En fait, on le savait partout depuis la veille (le 12 avril 2011) et la nouvelle était dans la plupart des bulletins internet du paysage audiovisuel sans que les grands médias veuillent trop en parler.
Il s'agit pourtant de l’un des ministres les plus proches de Gbagbo qui avait été l’un des négociateurs des accords passés naguère avec Guillaume Soro. Inutile donc de se référer à la presse française qui n'en parle guère pas et préfère évoquer le ralliement, un peu ridicule, des chefs militaires, mais on trouve plus de détails dans des sites africains, hors de Côte d’Ivoire bien sûr, les médias officiels ivoiriens faisant naturellement le silence sur l’affaire.
La version officielle, qui circule dans les milieux proches du gouvernement est que D. Tagro se serait suicidé, d’une seule balle semble-t-il, à la différence de nombre d’autres « suicidés » célèbres de l’histoire. Selon des versions, concordantes, plus détaillées et moins officielles, Tagro était présent dans le bunker au moment de l'attaque et avait été conduit, un peu brutalement, à l'Hôtel du golf. Là, il aurait été tabassé à coups de crosse par des soldats, puis achevé d'une balle. Ce sort aurait également été celui du docteur Bley, le médecin personnel de Gbagbo ; on a même parlé de deux autres ministres qui auraient également été sommairement exécutés. Difficile d’y voir clair entre les rumeurs que diffusent les partisans de Gbagbo et les demi-vérités ou gros mensonges des communiqués officiels !
Les bruits qui ont couru à propos de Gbagbo lui-même sont aussi, à certains égards, un peu étranges. Le porte-parole des Nations- Unies a ainsi annoncé d'abord (avant de se rétracter) que Laurent Gbagbo avait quitté l’Hôtel du golf et avait été mis en sécurité ailleurs ; selon certaines rumeurs, on le disait conduit dans le Nord du pays (le fief d'ADO), pour prévenir toute tentative de libération. Toutefois, le bruit du suicide du président déchu a également couru, ce qui a donné à penser à certains que l'on pourrait tout à fait, par là, préparer l'opinion à la nouvelle de sa mort.
Va-t-on assister à une épidémie de crises cardiaques chez les anciens dictateurs, Ben Ali d'abord, Moubarak ensuite et enfin Laurent Gbagbo ? Kadhafi, qui a perdu son opulente infirmière, rentrée au pays, a convoqué d’urgence son cardiologue.
DERNIERES NOUVELLES (de Politicosn.com)
"Le mystère Charles Blé Goudé.
Parmi les personnes arrêtées avec Laurent Gbagbo et placées avec lui sous la protection de la police de l’ONU au Golf Hôtel, se trouvent sa mère, Marguerite Lélé Gado, sa femme Simone, ses deux filles, les jumelles Marie-Patrick et Marie-Laurence, ainsi que son fils Michel. Des correspondants de médias français ayant cru voir, comme de nombreuses personnes, Charles Blé Goudé, la rumeur se répand que le leader des « jeunes patriotes » fait partie des détenus. En fait, il n’en est rien et le « fils spirituel » de Gbagbo restait introuvable dans la journée de mardi. Interrogé par RFI mardi matin, le président du Front populaire ivoirien, Pascal Affi N’Guessan n’a pas dévoilé l'endroit où il se trouvait, mais plusieurs sources le disent au 43e BIMA de Port-Bouët sous bonne garde, avec l’ancien ministre de l’Économie et des Finances, Paul-Antoine Bohoun Bouabré, et le porte-parole de l’ex-gouvernement Gbagbo, Ahoua Don Mello. Le général Philippe Mangou, ex-chef d'état-major des armées du président sortant, a, quant à lui, fait allégeance à Alassane Ouattara dans l'après-midi".
Mercredi 13 Avril 2011 - 06:57
Libellés :
abidjan,
assassinats,
cote d'ivoire,
gbagbo,
ouattara
Inscription à :
Articles (Atom)