Le 31 mars 2011, à Yamoussoukro, un enseignant français, Philippe Rémond, professeur agrégé à l’Institut national polytechnique Houphouët-Boigny, était assassiné dans une chambre d’hôtel de la ville. Le fait fut rapporté, le lendemain mais sans le moindre détail sur la victime ni sur les étranges conditions de sa mort ; les médias français, qui en firent mention, parlèrent de « crime crapuleux », voire de « balle perdue », ce qui est tout de même un peu insolite dans une chambre d’hôtel, sauf au Far West à la grande époque.
L’affaire aurait sans doute mérité un peu plus d’attention car l’homme était très loin d’être un inconnu et cela s’est vite su. Président des ressortissants européens pour la Côte d’Ivoire et réputé proche de Laurent Gbagbo, il avait participé à la Radio Télévision Ivoirienne, à une émission intitulée « Raison d’Etat ». Il y avait mis en cause l’annulation des résultats de l’élection présidentielle promulgués par le Conseil constitutionnel national au profit de ceux de la Commission internationale qui donnaient comme vainqueur Alassane Ouattara. Dans le même mouvement, il avait aussi très vivement critiqué la politique de la France.
A la suite de cette émission, Philippe Rémond avait été l’objet de menaces de mort. Ce sont précisément ces menaces qui, après la prise de Yamoussoukro par les forces « républicaines » de Ouattara, l’avaient conduit, par précaution, à quitter son domicile pour se réfugier dans un hôtel. On comprend dès lors que l’explication par la « balle perdue » (mais pas pour tout le monde !) est un peu courte et cela d’autant que, comme l’ont souligné partout, à l’envi, les partisans d’ ADO, la « prise » de Yamoussoukro s’était opérée dans un calme total, ce qui y rendait très improbables les balles perdues.
Il est donc évident que l’idée d’un crime « crapuleux » est ridicule et que Philippe Rémond a été purement et simplement assassiné (même si l’on peut former diverses hypothèses sur ses assassins).
Un des points intéressants de ses déclarations à la RTI était moins ses critiques du rôle de la France dans la crise ivoirienne que son argumentation concernant la mise en cause du Conseil constitutionnel ivoirien qui avait proclamé élu Laurent Gbagbo. Philippe Rémond déclarait ainsi dans une interview ultérieure réalisée par K. Kouassi Maurice et Bamba Mafoumgbè :
« Je suis scandalisé que des pays comme la France et les USA, pour lesquels la Constitution est une loi sacro-sainte, qui n’accepteront pas qu’on touche une virgule de celle-ci, se permettent de se livrer à des déclarations et des actes qui foulent aux pieds la Constitution ivoirienne. Alors qu’à partir du moment où les résultats de l’élection présidentielle ont été proclamés dans les conditions requises par le Conseil constitutionnel, personne n’a le droit de contester cette décision irrévocable ».
L’argument majeur invoqué contre les décisions du Conseil constitutionnel ivoirien qui faisaient de Gbagbo le président élu était que ce Conseil était « à la solde » de ce même Gbagbo. Sans doute, mais, sans connaître, dans leur détail, les règles du mode de désignation du Conseil constitutionnel ivoirien, je suppose que, comme dans les cas de bien des instances africaines, on a strictement calqué sa formation et son fonctionnment sur ceux de l’institution française correspondante. Or, les neuf membres du Conseil constitutionnel français (auxquels s’ajoutent les anciens présidents de la République, membres de droit) sont désignés respectivement par le Président de la République, le Président du Sénat et le Président de l'Assemblée nationale, à raison d'un tiers chacun. On comprend aisément par là que, dans un tel conseil, la voix de l’opposition n’a guère de chances de se faire entendre, à Paris comme à Abidjan !
Mais ce que je juge le plus remarquable, mais non le plus étonnant, vu les circonstances et la couleur politique de l’assassinat, est le silence quasi absolu des médias français sur un drame qui date de moins d’un mois. Une recherche assez systématique que j’ai faite dans Google m’a montré que le fait et ses circonstances n’étaient mentionnés que dans les médias et les sites africains, le plus souvent de la mouvance de Gbagbo avant sa chute.
Je n’ai eu moi-même connaissance de ces faits que grâce à j.michel et à son site onvousditpastout.wordpress.com . Qu’il en soit ici remercié !
L’avantage avec les médias français est qu’ils sont tellement aux ordres qu’on n'a même pas besoin de leur en donner !
Post Scriptum
Par hasard et grâce à delugio (excellent connaisseur de la Côte d'Ivoire) et grâce aussi une fois encore à j.michel j'ai eu accès à une très édifiante et très détaillée biographie de Ouattara, très éclairante sur la façon dont il aurait constitué sa gigantesque fortune, naturellement planquée hors du pays.
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dimanche 24 avril 2011
mercredi 13 avril 2011
Abidjan : le commencement de la fin.
Comme souvent, on ne peut guère compter sur les médias français pour être informé sur autre chose que la chronique de Clochemerle où les faits-divers métropolitains !
Ce matin, sur l’une des radios d'information quasi continue du matin, j'ai appris, par hasard, dans un communiqué présenté, comme toujours, comme exclusif (ces radios se nourrissent de scoops qui traînent partout depuis la veille) qu'un ministre de Gbagbo, Désiré Tagro, avait été assassiné, ce qui fait, j’en conviens un peu désordre, dans le climat officiel franco-ivoirien de justice et de réconciliation. En fait, on le savait partout depuis la veille (le 12 avril 2011) et la nouvelle était dans la plupart des bulletins internet du paysage audiovisuel sans que les grands médias veuillent trop en parler.
Il s'agit pourtant de l’un des ministres les plus proches de Gbagbo qui avait été l’un des négociateurs des accords passés naguère avec Guillaume Soro. Inutile donc de se référer à la presse française qui n'en parle guère pas et préfère évoquer le ralliement, un peu ridicule, des chefs militaires, mais on trouve plus de détails dans des sites africains, hors de Côte d’Ivoire bien sûr, les médias officiels ivoiriens faisant naturellement le silence sur l’affaire.
La version officielle, qui circule dans les milieux proches du gouvernement est que D. Tagro se serait suicidé, d’une seule balle semble-t-il, à la différence de nombre d’autres « suicidés » célèbres de l’histoire. Selon des versions, concordantes, plus détaillées et moins officielles, Tagro était présent dans le bunker au moment de l'attaque et avait été conduit, un peu brutalement, à l'Hôtel du golf. Là, il aurait été tabassé à coups de crosse par des soldats, puis achevé d'une balle. Ce sort aurait également été celui du docteur Bley, le médecin personnel de Gbagbo ; on a même parlé de deux autres ministres qui auraient également été sommairement exécutés. Difficile d’y voir clair entre les rumeurs que diffusent les partisans de Gbagbo et les demi-vérités ou gros mensonges des communiqués officiels !
Les bruits qui ont couru à propos de Gbagbo lui-même sont aussi, à certains égards, un peu étranges. Le porte-parole des Nations- Unies a ainsi annoncé d'abord (avant de se rétracter) que Laurent Gbagbo avait quitté l’Hôtel du golf et avait été mis en sécurité ailleurs ; selon certaines rumeurs, on le disait conduit dans le Nord du pays (le fief d'ADO), pour prévenir toute tentative de libération. Toutefois, le bruit du suicide du président déchu a également couru, ce qui a donné à penser à certains que l'on pourrait tout à fait, par là, préparer l'opinion à la nouvelle de sa mort.
Va-t-on assister à une épidémie de crises cardiaques chez les anciens dictateurs, Ben Ali d'abord, Moubarak ensuite et enfin Laurent Gbagbo ? Kadhafi, qui a perdu son opulente infirmière, rentrée au pays, a convoqué d’urgence son cardiologue.
DERNIERES NOUVELLES (de Politicosn.com)
"Le mystère Charles Blé Goudé.
Parmi les personnes arrêtées avec Laurent Gbagbo et placées avec lui sous la protection de la police de l’ONU au Golf Hôtel, se trouvent sa mère, Marguerite Lélé Gado, sa femme Simone, ses deux filles, les jumelles Marie-Patrick et Marie-Laurence, ainsi que son fils Michel. Des correspondants de médias français ayant cru voir, comme de nombreuses personnes, Charles Blé Goudé, la rumeur se répand que le leader des « jeunes patriotes » fait partie des détenus. En fait, il n’en est rien et le « fils spirituel » de Gbagbo restait introuvable dans la journée de mardi. Interrogé par RFI mardi matin, le président du Front populaire ivoirien, Pascal Affi N’Guessan n’a pas dévoilé l'endroit où il se trouvait, mais plusieurs sources le disent au 43e BIMA de Port-Bouët sous bonne garde, avec l’ancien ministre de l’Économie et des Finances, Paul-Antoine Bohoun Bouabré, et le porte-parole de l’ex-gouvernement Gbagbo, Ahoua Don Mello. Le général Philippe Mangou, ex-chef d'état-major des armées du président sortant, a, quant à lui, fait allégeance à Alassane Ouattara dans l'après-midi".
Mercredi 13 Avril 2011 - 06:57
Ce matin, sur l’une des radios d'information quasi continue du matin, j'ai appris, par hasard, dans un communiqué présenté, comme toujours, comme exclusif (ces radios se nourrissent de scoops qui traînent partout depuis la veille) qu'un ministre de Gbagbo, Désiré Tagro, avait été assassiné, ce qui fait, j’en conviens un peu désordre, dans le climat officiel franco-ivoirien de justice et de réconciliation. En fait, on le savait partout depuis la veille (le 12 avril 2011) et la nouvelle était dans la plupart des bulletins internet du paysage audiovisuel sans que les grands médias veuillent trop en parler.
Il s'agit pourtant de l’un des ministres les plus proches de Gbagbo qui avait été l’un des négociateurs des accords passés naguère avec Guillaume Soro. Inutile donc de se référer à la presse française qui n'en parle guère pas et préfère évoquer le ralliement, un peu ridicule, des chefs militaires, mais on trouve plus de détails dans des sites africains, hors de Côte d’Ivoire bien sûr, les médias officiels ivoiriens faisant naturellement le silence sur l’affaire.
La version officielle, qui circule dans les milieux proches du gouvernement est que D. Tagro se serait suicidé, d’une seule balle semble-t-il, à la différence de nombre d’autres « suicidés » célèbres de l’histoire. Selon des versions, concordantes, plus détaillées et moins officielles, Tagro était présent dans le bunker au moment de l'attaque et avait été conduit, un peu brutalement, à l'Hôtel du golf. Là, il aurait été tabassé à coups de crosse par des soldats, puis achevé d'une balle. Ce sort aurait également été celui du docteur Bley, le médecin personnel de Gbagbo ; on a même parlé de deux autres ministres qui auraient également été sommairement exécutés. Difficile d’y voir clair entre les rumeurs que diffusent les partisans de Gbagbo et les demi-vérités ou gros mensonges des communiqués officiels !
Les bruits qui ont couru à propos de Gbagbo lui-même sont aussi, à certains égards, un peu étranges. Le porte-parole des Nations- Unies a ainsi annoncé d'abord (avant de se rétracter) que Laurent Gbagbo avait quitté l’Hôtel du golf et avait été mis en sécurité ailleurs ; selon certaines rumeurs, on le disait conduit dans le Nord du pays (le fief d'ADO), pour prévenir toute tentative de libération. Toutefois, le bruit du suicide du président déchu a également couru, ce qui a donné à penser à certains que l'on pourrait tout à fait, par là, préparer l'opinion à la nouvelle de sa mort.
Va-t-on assister à une épidémie de crises cardiaques chez les anciens dictateurs, Ben Ali d'abord, Moubarak ensuite et enfin Laurent Gbagbo ? Kadhafi, qui a perdu son opulente infirmière, rentrée au pays, a convoqué d’urgence son cardiologue.
DERNIERES NOUVELLES (de Politicosn.com)
"Le mystère Charles Blé Goudé.
Parmi les personnes arrêtées avec Laurent Gbagbo et placées avec lui sous la protection de la police de l’ONU au Golf Hôtel, se trouvent sa mère, Marguerite Lélé Gado, sa femme Simone, ses deux filles, les jumelles Marie-Patrick et Marie-Laurence, ainsi que son fils Michel. Des correspondants de médias français ayant cru voir, comme de nombreuses personnes, Charles Blé Goudé, la rumeur se répand que le leader des « jeunes patriotes » fait partie des détenus. En fait, il n’en est rien et le « fils spirituel » de Gbagbo restait introuvable dans la journée de mardi. Interrogé par RFI mardi matin, le président du Front populaire ivoirien, Pascal Affi N’Guessan n’a pas dévoilé l'endroit où il se trouvait, mais plusieurs sources le disent au 43e BIMA de Port-Bouët sous bonne garde, avec l’ancien ministre de l’Économie et des Finances, Paul-Antoine Bohoun Bouabré, et le porte-parole de l’ex-gouvernement Gbagbo, Ahoua Don Mello. Le général Philippe Mangou, ex-chef d'état-major des armées du président sortant, a, quant à lui, fait allégeance à Alassane Ouattara dans l'après-midi".
Mercredi 13 Avril 2011 - 06:57
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mardi 12 avril 2011
Côte d'Ivoire : Ouattara ou Mandela ?
Le sinistre feuilleton ivoirien entamé il y a quatre mois a enfin pris fin ; à cet égard, on ne peut que se réjouir que l'intervention militaire des forces française ait pu accélérer le processus, conduire à l’issue finale à moindres frais et surtout épargner des vies humaines.
Naturellement on essaye maintenant de nous faire prendre les vessies pour des lanternes mais l’éloquence et la conviction conjuguées des ministres français concernés n’y font rien. Leur stratégie consiste à invoquer le « mandat » de l’ONU, mais il excluait totalement la capture de Gbagbo et il y avait peu de « populations innocentes » à sauver dans son bunker assiégé – sauf, au mieux, lui-même et les siens. Il n’est pas plus convaincant de faire état, dans l’investissement du bunker, du rôle des forces de l'ONU. On sait qu'elles n'ont aucun moyen logistique sérieux en dehors de ceux de Licorne, mis au couleurs internationales provisoires grâce à quelques seaux de peintures blanche et bleue. Nul n’ignore en outre qu’il s’agit là de troupes hétéroclites de divers Etats, sans formation ni expérience, bien incapables d’actions militaires sérieuses. Ne parlons même pas ici des forces « républicaines » de Ouattara, armée d’opérette, qu’un expert militaire français que j’entendais Dieu sait où, disait même « incapables de tenir une position » !
Une maladresse de communication majeure a été, au matin même de l'attaque contre le refuge de Gbagbo, d’exhiber fièrement, sur tous nos écrans de télévisions, les martiales colonnes de blindés français qui se mettaient fièrement en route, fleur au fusil, pour attaquer la résidence de l'usurpateur. Ces images deviennent fâcheuses, a posteriori, quand on veut nous faire croire ensuite que ces forces françaises n’ont joué aucun rôle dans l'affaire, alors qu'on sait très bien que, sans elles, les troupes « républicaines » d’ADO, avec leurs pétoires, leurs bonnets disparates et leurs accoutrements hétéroclites, auraient été bien incapables de forcer le blocus du bunker, ce qu'on ne cessait de nous répéter depuis huit jours.
De ce point de vue, l'intervention française, en épargnant des vies ivoiriennes, a été bénéfique et elle était assurément indispensable. Reste toutefois maintenant à en payer le prix sur le plan politique et diplomatique, car il est clair que le meilleur moyen de réconcilier les partisans des deux camps est d'opérer cette réconciliation sur le dos des Français, ce qui est à la fois traditionnel et bien commode, compte tenu du passé colonial, du passif de la Françafrique et plus récemment, de ce qui s’est passé en Côte d'Ivoire au début des années 2000 !
En ce qui concerne les images de l’arrestation proprement dite de Laurent en « marcel » blanc et de Simone effondrée dans son fauteuil, aucun doute que le service photographique des armées françaises avait été convoqué pour opérer en la circonstance . Comme l'annonçait M. Longuet ce matin, nous aurons bientôt des images (pas du tout exclusives, comme d’habitude, mais diffusées aux quatre vents des médias) de l'arrestation de Laurent et Simone avec de bons Ivoiriens pur sucre leur mettant la main au collet devant les objectifs des caméras de l'armée française, nos bidasses restant prudemment hors du champ et dans l'ombre. Ne comptez pas sur des papararazzi pour voler des photos de la scène dans son ensemble !
Il est clair, et il a tout à fait raison en cela, que le modèle que s'est donné Ouattara est Nelson Mandela. Il est même allé jusqu'à lui reprendre, sans le citer, la formule de la commission « vérité et réconciliation » que ce dernier avait mise en place au moment de son arrivée au pouvoir en RSA. Reste à savoir si ADO est l'homme politique exceptionnel (sans doute l'homme du siècle !) qu'a été Nelson Mandela qui, après des dizaines d'années en prison, a été capable de concevoir et de conduire une politique réelle et effective de réconciliation nationale.
Il est permis d'en douter car, si ses vingt-sept années de prison avaient forgé l'esprit, la volonté et les convictions de Nelson Mandela au point de lui permettre de gouverner son pays sans haine, en passant de la cellule à l'exercice du pouvoir, il risque d'en être tout autrement en ce qui concerne ADO. Les luxueux bureaux du FMI, les salons VIP et la contemplation des flots du Potomac n'ont peut-être pas eu les mêmes effets sur son caractère que les carrières de chaux de Robben Island et la solitude d'une cellule au milieu des eaux sinistres du Cap des tempêtes sur Nelson Mandela. La boxe et la lutte sociale et politique d'abord, la terrible captivité ensuite, ont assurément forgé le coeur et l'esprit de Mandela, homme en tous points exceptionnel et qui, en outre et c’est le plus admirable de tout, a même su résister, pour finir, à la folie de l’exercice du pouvoir.
Il est à craindre qu'il en soit tout autrement dans le cas d'ADO et ce n’est même pas de ma part une critique. Il est aussi à craindre que l'éphémère unité, qui a régné, depuis quatre mois, dans son camp (avec comme Premier Ministre l’inattendu Guillaume Soro, qu’on voyait plutôt, au départ, dans le camp Gbagbo), ne résiste pas à la victoire. Le pouvoir suscite déjà les convoitises et, de ce fait, les rivalités. On voit réapparaître des ambitions masquées un moment par l'épisode Gbagbo, mais aussi des exigences, plus légitimes ou, en tout cas, plus fondées, comme celle d'un Henri Konan Bédié, leader politique des Baoulés et inventeur contre Ouattara de "l'ivoirité". Classé troisième lors du premier tour de la présidentielle et contestant le vote, il a pourtant été clairement l'instrument majeur, final et inattendu, de la victoire électorale de ce même Ouattara au second tour, en faisant voter pour lui des zones qui, a priori, ne lui étaient en rien acquises.
Nul doute que la plupart des Ivoiriens sont soulagés de la fin de cette guerre civile ! Il serait imprudent d'en conclure que tout est réglé et que le cours normal des choses va reprendre sans nuages.
Naturellement on essaye maintenant de nous faire prendre les vessies pour des lanternes mais l’éloquence et la conviction conjuguées des ministres français concernés n’y font rien. Leur stratégie consiste à invoquer le « mandat » de l’ONU, mais il excluait totalement la capture de Gbagbo et il y avait peu de « populations innocentes » à sauver dans son bunker assiégé – sauf, au mieux, lui-même et les siens. Il n’est pas plus convaincant de faire état, dans l’investissement du bunker, du rôle des forces de l'ONU. On sait qu'elles n'ont aucun moyen logistique sérieux en dehors de ceux de Licorne, mis au couleurs internationales provisoires grâce à quelques seaux de peintures blanche et bleue. Nul n’ignore en outre qu’il s’agit là de troupes hétéroclites de divers Etats, sans formation ni expérience, bien incapables d’actions militaires sérieuses. Ne parlons même pas ici des forces « républicaines » de Ouattara, armée d’opérette, qu’un expert militaire français que j’entendais Dieu sait où, disait même « incapables de tenir une position » !
Une maladresse de communication majeure a été, au matin même de l'attaque contre le refuge de Gbagbo, d’exhiber fièrement, sur tous nos écrans de télévisions, les martiales colonnes de blindés français qui se mettaient fièrement en route, fleur au fusil, pour attaquer la résidence de l'usurpateur. Ces images deviennent fâcheuses, a posteriori, quand on veut nous faire croire ensuite que ces forces françaises n’ont joué aucun rôle dans l'affaire, alors qu'on sait très bien que, sans elles, les troupes « républicaines » d’ADO, avec leurs pétoires, leurs bonnets disparates et leurs accoutrements hétéroclites, auraient été bien incapables de forcer le blocus du bunker, ce qu'on ne cessait de nous répéter depuis huit jours.
De ce point de vue, l'intervention française, en épargnant des vies ivoiriennes, a été bénéfique et elle était assurément indispensable. Reste toutefois maintenant à en payer le prix sur le plan politique et diplomatique, car il est clair que le meilleur moyen de réconcilier les partisans des deux camps est d'opérer cette réconciliation sur le dos des Français, ce qui est à la fois traditionnel et bien commode, compte tenu du passé colonial, du passif de la Françafrique et plus récemment, de ce qui s’est passé en Côte d'Ivoire au début des années 2000 !
En ce qui concerne les images de l’arrestation proprement dite de Laurent en « marcel » blanc et de Simone effondrée dans son fauteuil, aucun doute que le service photographique des armées françaises avait été convoqué pour opérer en la circonstance . Comme l'annonçait M. Longuet ce matin, nous aurons bientôt des images (pas du tout exclusives, comme d’habitude, mais diffusées aux quatre vents des médias) de l'arrestation de Laurent et Simone avec de bons Ivoiriens pur sucre leur mettant la main au collet devant les objectifs des caméras de l'armée française, nos bidasses restant prudemment hors du champ et dans l'ombre. Ne comptez pas sur des papararazzi pour voler des photos de la scène dans son ensemble !
Il est clair, et il a tout à fait raison en cela, que le modèle que s'est donné Ouattara est Nelson Mandela. Il est même allé jusqu'à lui reprendre, sans le citer, la formule de la commission « vérité et réconciliation » que ce dernier avait mise en place au moment de son arrivée au pouvoir en RSA. Reste à savoir si ADO est l'homme politique exceptionnel (sans doute l'homme du siècle !) qu'a été Nelson Mandela qui, après des dizaines d'années en prison, a été capable de concevoir et de conduire une politique réelle et effective de réconciliation nationale.
Il est permis d'en douter car, si ses vingt-sept années de prison avaient forgé l'esprit, la volonté et les convictions de Nelson Mandela au point de lui permettre de gouverner son pays sans haine, en passant de la cellule à l'exercice du pouvoir, il risque d'en être tout autrement en ce qui concerne ADO. Les luxueux bureaux du FMI, les salons VIP et la contemplation des flots du Potomac n'ont peut-être pas eu les mêmes effets sur son caractère que les carrières de chaux de Robben Island et la solitude d'une cellule au milieu des eaux sinistres du Cap des tempêtes sur Nelson Mandela. La boxe et la lutte sociale et politique d'abord, la terrible captivité ensuite, ont assurément forgé le coeur et l'esprit de Mandela, homme en tous points exceptionnel et qui, en outre et c’est le plus admirable de tout, a même su résister, pour finir, à la folie de l’exercice du pouvoir.
Il est à craindre qu'il en soit tout autrement dans le cas d'ADO et ce n’est même pas de ma part une critique. Il est aussi à craindre que l'éphémère unité, qui a régné, depuis quatre mois, dans son camp (avec comme Premier Ministre l’inattendu Guillaume Soro, qu’on voyait plutôt, au départ, dans le camp Gbagbo), ne résiste pas à la victoire. Le pouvoir suscite déjà les convoitises et, de ce fait, les rivalités. On voit réapparaître des ambitions masquées un moment par l'épisode Gbagbo, mais aussi des exigences, plus légitimes ou, en tout cas, plus fondées, comme celle d'un Henri Konan Bédié, leader politique des Baoulés et inventeur contre Ouattara de "l'ivoirité". Classé troisième lors du premier tour de la présidentielle et contestant le vote, il a pourtant été clairement l'instrument majeur, final et inattendu, de la victoire électorale de ce même Ouattara au second tour, en faisant voter pour lui des zones qui, a priori, ne lui étaient en rien acquises.
Nul doute que la plupart des Ivoiriens sont soulagés de la fin de cette guerre civile ! Il serait imprudent d'en conclure que tout est réglé et que le cours normal des choses va reprendre sans nuages.
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dimanche 3 avril 2011
Encore la Côte d’Ivoire.
Je suis trop souvent porté à faire la critique de la presse française pour ne pas lui rendre justice, voire hommage, lorsqu'elle produit une information de qualité. C'est le cas de l'article de ce matin, dimanche 3 avril 2011, dans la livraison de « Marianne2 » où l’on peut lire un article d'Alain Léauthier sur la situation en Côte d'Ivoire, intitulé « Quatre leçons et quelques illusions sur la chute de Gbagbo ». Objectif, pertinent et surtout bien informé, ce texte dispense de répéter ce qu'il dit lui-même excellemment; je n'insisterai donc ici que sur des points annexes que me suggèrent une certaine connaissance du terrain et la consultation des médias électroniques africains qui sont de bien meilleures sources que nos propres médias.
La presse française s'est en effet extasiée sur la percée rapide, apparemment sans problème et quasi triomphale que les forces « républicaines » de Ouattara (désormais par abbréviation ADO, comme on l'appelle familièrement là-bas ) ont fait, en une petite semaine, en direction d'Abidjan. Même un très fin connaisseur de l'Afrique comme Antoine Glaser a souligné avec admiration la rapidité de l'avance de ces troupes, bien équipées et organisées, en direction du sud. Cette analyse faisait irrésistiblement penser aux dithyrambes sur les premiers succès des « révolutionnaires libyens » en Cyrénaïque. C'était, en Côte d’Ivoire, oublier un peu trop que cette marche à travers le Nord du pays se faisait dans la région où dominait ADO et où il avait obtenu, lors du second tour de l'élection présidentielle, des scores si étonnants que Gbagbo avait pu y trouver les motifs à faire annuler une bonne partie des votes obtenus par ADO.
Il n’était donc pas étonnant que la marche de ses troupes ait été facile et rapide dans une zone qui lui était acquise et où se trouvent, en outre, la plupart des musulmans qui constituent un gros tiers de la population du pays. Les problèmes ont commencé surtout lorsque ces troupes sont sorties de cette zone. Du côté de Yamoussoukro, la capitale fantôme de l'État, choisie en 1983 par Houphouët-Boigny pour cette fonction dans la mesure où elle l'avait vu naître ((fantasme courant chez les potentats africains), les choses ne sont pas trop mal passées. En revanche il a été tout autrement du côté de Duékoué, carrefour stratégique de l'Ouest ivoirien ; les combats y ont été très durs et surtout y ont eu lieu des « violences intercommunautaires » qui auraient fait de 300 à 1000 victimes. Des accusations sont portées contre les deux camps mais elles sont majoritairement adressées aux troupes d’ADO et paraissent mieux fondées. L'O.N.G catholique Caritas parle d'un millier de tués ou disparus sans désigner clairement de responsables tandis que l'ONU, dont les chiffres de victimes sont inférieurs, met en cause clairement les troupes d’ADO. Ce dernier se défend toutefois en affirmant s’en être pris à des « miliciens » et non à des civils, la distinction n'étant pas toujours aisée à établir en pareil cas.
Même si des spécialistes comme A. Glaser contestent formellement qu’il y ait là, en quoi que ce soit, des élements d’affrontements à caractère ethnico-religieux, on ne peut écarter totalement et définitivment de telles hypothèses.
Toujours est-il que la marche des forces « républicaines » d’ADO qui avait été sans problème et quasi triomphale dans le Nord et dont on avait pensé qu'elles ne feraient qu'une bouchée des troupes favorables à Gbagbo qui occupaient Abidjan a brusquement ralenti et a même cessé lors de l'entrée dans la métropole ivoirienne qui regroupe un tiers de la population nationale. Des combats très rudes ont alors eu lieu et un lieu stratégique comme la télévision nationale, qui avait d'abord été prise par les troupes d’ADO, a été, semble-t-il, reprise par les partisans de Gbagbo, à moins que les émissions soient assurées par des installations mobiles, selon une hypothèse qui a été avancée.
Pour Gbagbo, le principal problème et la raison majeure du commencement de sa fin tient à ce que, depuis les derniers mois, le paiement des fonctionnaires (la masse salariale se situe aux alentours de 60 à 70 milliards de francs CFA) a été ralenti ou retardé. Si, fin 2010, tout le monde avait encore été payé régulièrement, dès janvier 2011, il y a eu des retards voire des suspensions dans le paiement des salaires des enseignants et des pensions des retraités. En dépit des promesses qui ont été faites, les fonctionnaires s'impatientent et bon nombre d'entre eux commencent à souhaiter la victoire d’ADO dont ils espèrent fermement qu'elle rétablira, sinon la démocratie, du moins le paiement de leurs salaires ou de leurs retraites.
Cet aspect est sans doute essentiel dans l'évolution actuelle des choses. Il est en tout cas plus important que la prise ou la perte de tel ou tel bâtiment public, qui peut changer de mains en quelques heures sans que la chose ait une grande importance. C’est probablement, en amont, la raison majeure du déclenchement de l’offensive des troupes d’ADO qui compte désormais plus sur le lâchage de Gbagbo par des partisans et des troupes qui ne sont plus payés, que sur une réelle victoire militaire sur le terrain.
La presse française s'est en effet extasiée sur la percée rapide, apparemment sans problème et quasi triomphale que les forces « républicaines » de Ouattara (désormais par abbréviation ADO, comme on l'appelle familièrement là-bas ) ont fait, en une petite semaine, en direction d'Abidjan. Même un très fin connaisseur de l'Afrique comme Antoine Glaser a souligné avec admiration la rapidité de l'avance de ces troupes, bien équipées et organisées, en direction du sud. Cette analyse faisait irrésistiblement penser aux dithyrambes sur les premiers succès des « révolutionnaires libyens » en Cyrénaïque. C'était, en Côte d’Ivoire, oublier un peu trop que cette marche à travers le Nord du pays se faisait dans la région où dominait ADO et où il avait obtenu, lors du second tour de l'élection présidentielle, des scores si étonnants que Gbagbo avait pu y trouver les motifs à faire annuler une bonne partie des votes obtenus par ADO.
Il n’était donc pas étonnant que la marche de ses troupes ait été facile et rapide dans une zone qui lui était acquise et où se trouvent, en outre, la plupart des musulmans qui constituent un gros tiers de la population du pays. Les problèmes ont commencé surtout lorsque ces troupes sont sorties de cette zone. Du côté de Yamoussoukro, la capitale fantôme de l'État, choisie en 1983 par Houphouët-Boigny pour cette fonction dans la mesure où elle l'avait vu naître ((fantasme courant chez les potentats africains), les choses ne sont pas trop mal passées. En revanche il a été tout autrement du côté de Duékoué, carrefour stratégique de l'Ouest ivoirien ; les combats y ont été très durs et surtout y ont eu lieu des « violences intercommunautaires » qui auraient fait de 300 à 1000 victimes. Des accusations sont portées contre les deux camps mais elles sont majoritairement adressées aux troupes d’ADO et paraissent mieux fondées. L'O.N.G catholique Caritas parle d'un millier de tués ou disparus sans désigner clairement de responsables tandis que l'ONU, dont les chiffres de victimes sont inférieurs, met en cause clairement les troupes d’ADO. Ce dernier se défend toutefois en affirmant s’en être pris à des « miliciens » et non à des civils, la distinction n'étant pas toujours aisée à établir en pareil cas.
Même si des spécialistes comme A. Glaser contestent formellement qu’il y ait là, en quoi que ce soit, des élements d’affrontements à caractère ethnico-religieux, on ne peut écarter totalement et définitivment de telles hypothèses.
Toujours est-il que la marche des forces « républicaines » d’ADO qui avait été sans problème et quasi triomphale dans le Nord et dont on avait pensé qu'elles ne feraient qu'une bouchée des troupes favorables à Gbagbo qui occupaient Abidjan a brusquement ralenti et a même cessé lors de l'entrée dans la métropole ivoirienne qui regroupe un tiers de la population nationale. Des combats très rudes ont alors eu lieu et un lieu stratégique comme la télévision nationale, qui avait d'abord été prise par les troupes d’ADO, a été, semble-t-il, reprise par les partisans de Gbagbo, à moins que les émissions soient assurées par des installations mobiles, selon une hypothèse qui a été avancée.
Pour Gbagbo, le principal problème et la raison majeure du commencement de sa fin tient à ce que, depuis les derniers mois, le paiement des fonctionnaires (la masse salariale se situe aux alentours de 60 à 70 milliards de francs CFA) a été ralenti ou retardé. Si, fin 2010, tout le monde avait encore été payé régulièrement, dès janvier 2011, il y a eu des retards voire des suspensions dans le paiement des salaires des enseignants et des pensions des retraités. En dépit des promesses qui ont été faites, les fonctionnaires s'impatientent et bon nombre d'entre eux commencent à souhaiter la victoire d’ADO dont ils espèrent fermement qu'elle rétablira, sinon la démocratie, du moins le paiement de leurs salaires ou de leurs retraites.
Cet aspect est sans doute essentiel dans l'évolution actuelle des choses. Il est en tout cas plus important que la prise ou la perte de tel ou tel bâtiment public, qui peut changer de mains en quelques heures sans que la chose ait une grande importance. C’est probablement, en amont, la raison majeure du déclenchement de l’offensive des troupes d’ADO qui compte désormais plus sur le lâchage de Gbagbo par des partisans et des troupes qui ne sont plus payés, que sur une réelle victoire militaire sur le terrain.
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mardi 22 février 2011
La rue plus radicale que les urnes ?
Faudrait-il sur ce point consulter les astres à notre façon et étudier leurs conjonctions spécifiques ? L’astrologie chinoise, pourtant millénaire, ne nous laissait guère prévoir de tels événements pour 2011 ! Le lapin (ou le lièvre), quatrième animal du zodiaque chinois, est en effet présenté comme « prudent et conservateur », ce que l’on ne constate guère jusqu’à présent, même si force est de constater que les bouleversements n’ont guère concerné la Chine elle-même, à moins qu’elle soit plutôt sous le signe du lièvre.
Lapin ou lièvre, il semble en tout cas que, pour ce qui concerne l’occident, la période soit favorable aux grands changements politiques dans le monde, d'Haïti à Bahreïn !
Il est vrai qu'en politique comme ailleurs, un clou chasse l'autre. La Côte d'Ivoire a éclipsé Haïti, non seulement sur le plan électoral mais également sur le plan humanitaire, après le séisme du 12 janvier 2010, puisque bon nombre d'engagements pris alors dans l'émotion du moment n’ont pas été tenus ni même rappelés dans la suite. Haïti et la Côte d'Ivoire, qui, en décembre 2010, ont quelque temps occupé le devant de la scène, ont été à leur tour retirés de l'affiche par les événements du Maghreb puis du Moyen-Orient dans son ensemble.
« La rue est plus radicale que les urnes » disais-je en titre et, en effet, les processus électoraux haïtiens et ivoiriens, faute de s’en tenir à leurs résultats, se sont enlisés peu à peu, tandis que les événements des rues conduisaient à des solutions tant en Tunisie qu'en Égypte plus rapides et radicales que nos experts et diplomates ne l’imaginaient, même si comme toujours, ils nous ont alors proclamé qu’ils l’avaient bien prévu. Hélas pour eux, enregistrements et images sont là pour rétablir la vérité de leurs annonces comme de leurs comportements.
On ne sait trop que penser de ce qui se passe en Libye, où la dinguerie du colonel Kadhafi, ces dernières années « mis sous le tapis » (comme on dit désormais) moyennant quelques milliards de commandes, de préférence militaires (bien utiles en cas de tentatives de révolution) peut naturellement l'entraîner dans les pires folies sanguinaires. Quant au Yémen et surtout à Bahreïn (où est basée la cinquième flotte américaine), on ne peut guère savoir ce qui s'y passera car les choses se décideront sans doute dans le secret du bureau ovale de la Maison-Blanche.
La nouvelle la plus étrange du jour, est sans doute l’annonce du franchissement du canal de Suez, ce matin même 22 février 2011, par deux navires de guerre... iraniens. Un tel fait ne s’était pas produit depuis 1979, mais il est rendu possible par la convention internationale qui précise que le canal de Suez est "ouvert à tout navire de commerce ou de guerre". On se demande un peu ce qu'ils ont à faire, dans les circonstances présentes, en Méditerranée. Le prétexte invoqué tient à des manoeuvres en relation avec la Syrie, mais elles semblent plutôt destnées aux Chiites du Liban et surtout de Gaza où l’on cause élections. Israël a déjà qualifié le fait de provocation. Peut-être la chose n’est-elle pas sans rapport non plus avec le projet de nouvelle expédition humanitaire en direction de Gaza (avec, à bord, Stéphane Hessel et son bonnet phrygien) puisque la flotte israëlienne avait eu un rôle décisif dans l’arraisonnement des navires qui avaient tenté déjà de rompre le blocus de Gaza.
En Côte d'Ivoire comme en Haïti, les processus électoraux s'éternisent puisque les premiers tours des élections présidentielles y ont eu lieu il y a déjà quatre mois.
A Abidjan, tout semble indiquer que, contrairement aux prévisions de nos augures politiques internationaux, Gbagbo semble plutôt conforté dans sa position au fil des mois, car il n’est pas tombé « comme un fruit pourri » dans le délai que lui avait accordé, fort imprudemment, son adversaire Ouattara. Le bel ensemble que constituait la CDEAO est en train de se fissurer ; non seulement on attend toujours les actions militaires qui devaient déloger Laurent Gbagbo d'Abidjan, mais ce dernier, qui était déjà assuré du soutien de l'Angola, a désormais celui, moins puissant mais plus proche et plus décisif, du Ghana qui semble s'être retiré de la coalition. Le plus pittoresque de la chose est qu'on paraît s'acheminer désormais vers un prétendu recomptage des bulletins de vote, ce qui paraît une décision plutôt insolite dans la mesure où il a été indiqué que les bulletins du second tour ont été détruits. Tout cela me paraît plutôt, en réalité, une forme de remise en cause discrète du processus électoral qui avait conduit à la désignation de Ouattara comme président.
En Haïti, les choses semblent, non sans mal, se mettre en place en vue de la tenue du deuxième tour fixé au 20 mars 2011, sans que le président Préval ait réussi à prolonger davantage encore son maintien au pouvoir limité au 14 mai 2011. L'intervention inattendue des anciens présidents, Duvalier et Aristide, a paru toutefois, un moment, remettre en question ce calendrier.
Si l'on ne parle plus guère de Duvalier (au point qu'on se demande même parfois s'il n'est pas reparti d'Haïti), Aristide occupe désormais le devant de la scène depuis que le gouvernement haïtien lui a accordé un nouveau passeport diplomatique qui lui permet de rentrer au pays. Ses partisans se sont employés à remettre en état sa magnifique propriété dans les hauts de Port-au-Prince, mais ils ont aussi entrepris une action purement politique avec, en particulier, des manifestations récentes dans la capitale qui se sont, fort heureusement, déroulées sans incident.
Les États-Unis et diverses autorités, nationales et internationales, répètent à l'envi qu'Aristide ne pourra revenir qu'après le deuxième tour des élections mais les choses changent tant et si vite qu'on ne peut pas en être tout à fait certain et on voit mal par ailleurs ce qui pourrait légalement s’opposer à son retour.
Si l'élection de Mirlande Manigat paraissait devoir être acquise sans trop de problèmes (elle avait 10 % des voix d'avance au premier tour, du moins si l'on se fie aux résultats provisoires de début décembre 2010, puisque les résultats définitifs n'ont jamais été communiqués !) les choses évoluent puisque Wyclef, qui avait été écarté du premier tour, s'est prononcé en faveur de Michel Martelly. Il est même venu en Haïti spécialement pour soutenir le chanteur, réalisant par là une alliance autour du thème « sortez les sortants », visant à écarter du pouvoir les politiques proprement dits, dont naturellement sa rivale.
Si la rue est plus radicale que les élections, encore faut-il espérer, dans ces deux cas, que la rue et la violence ne finissent pas par se substituer aux processus électoraux, si difficiles et contestables qu’ils puissent être.
Lapin ou lièvre, il semble en tout cas que, pour ce qui concerne l’occident, la période soit favorable aux grands changements politiques dans le monde, d'Haïti à Bahreïn !
Il est vrai qu'en politique comme ailleurs, un clou chasse l'autre. La Côte d'Ivoire a éclipsé Haïti, non seulement sur le plan électoral mais également sur le plan humanitaire, après le séisme du 12 janvier 2010, puisque bon nombre d'engagements pris alors dans l'émotion du moment n’ont pas été tenus ni même rappelés dans la suite. Haïti et la Côte d'Ivoire, qui, en décembre 2010, ont quelque temps occupé le devant de la scène, ont été à leur tour retirés de l'affiche par les événements du Maghreb puis du Moyen-Orient dans son ensemble.
« La rue est plus radicale que les urnes » disais-je en titre et, en effet, les processus électoraux haïtiens et ivoiriens, faute de s’en tenir à leurs résultats, se sont enlisés peu à peu, tandis que les événements des rues conduisaient à des solutions tant en Tunisie qu'en Égypte plus rapides et radicales que nos experts et diplomates ne l’imaginaient, même si comme toujours, ils nous ont alors proclamé qu’ils l’avaient bien prévu. Hélas pour eux, enregistrements et images sont là pour rétablir la vérité de leurs annonces comme de leurs comportements.
On ne sait trop que penser de ce qui se passe en Libye, où la dinguerie du colonel Kadhafi, ces dernières années « mis sous le tapis » (comme on dit désormais) moyennant quelques milliards de commandes, de préférence militaires (bien utiles en cas de tentatives de révolution) peut naturellement l'entraîner dans les pires folies sanguinaires. Quant au Yémen et surtout à Bahreïn (où est basée la cinquième flotte américaine), on ne peut guère savoir ce qui s'y passera car les choses se décideront sans doute dans le secret du bureau ovale de la Maison-Blanche.
La nouvelle la plus étrange du jour, est sans doute l’annonce du franchissement du canal de Suez, ce matin même 22 février 2011, par deux navires de guerre... iraniens. Un tel fait ne s’était pas produit depuis 1979, mais il est rendu possible par la convention internationale qui précise que le canal de Suez est "ouvert à tout navire de commerce ou de guerre". On se demande un peu ce qu'ils ont à faire, dans les circonstances présentes, en Méditerranée. Le prétexte invoqué tient à des manoeuvres en relation avec la Syrie, mais elles semblent plutôt destnées aux Chiites du Liban et surtout de Gaza où l’on cause élections. Israël a déjà qualifié le fait de provocation. Peut-être la chose n’est-elle pas sans rapport non plus avec le projet de nouvelle expédition humanitaire en direction de Gaza (avec, à bord, Stéphane Hessel et son bonnet phrygien) puisque la flotte israëlienne avait eu un rôle décisif dans l’arraisonnement des navires qui avaient tenté déjà de rompre le blocus de Gaza.
En Côte d'Ivoire comme en Haïti, les processus électoraux s'éternisent puisque les premiers tours des élections présidentielles y ont eu lieu il y a déjà quatre mois.
A Abidjan, tout semble indiquer que, contrairement aux prévisions de nos augures politiques internationaux, Gbagbo semble plutôt conforté dans sa position au fil des mois, car il n’est pas tombé « comme un fruit pourri » dans le délai que lui avait accordé, fort imprudemment, son adversaire Ouattara. Le bel ensemble que constituait la CDEAO est en train de se fissurer ; non seulement on attend toujours les actions militaires qui devaient déloger Laurent Gbagbo d'Abidjan, mais ce dernier, qui était déjà assuré du soutien de l'Angola, a désormais celui, moins puissant mais plus proche et plus décisif, du Ghana qui semble s'être retiré de la coalition. Le plus pittoresque de la chose est qu'on paraît s'acheminer désormais vers un prétendu recomptage des bulletins de vote, ce qui paraît une décision plutôt insolite dans la mesure où il a été indiqué que les bulletins du second tour ont été détruits. Tout cela me paraît plutôt, en réalité, une forme de remise en cause discrète du processus électoral qui avait conduit à la désignation de Ouattara comme président.
En Haïti, les choses semblent, non sans mal, se mettre en place en vue de la tenue du deuxième tour fixé au 20 mars 2011, sans que le président Préval ait réussi à prolonger davantage encore son maintien au pouvoir limité au 14 mai 2011. L'intervention inattendue des anciens présidents, Duvalier et Aristide, a paru toutefois, un moment, remettre en question ce calendrier.
Si l'on ne parle plus guère de Duvalier (au point qu'on se demande même parfois s'il n'est pas reparti d'Haïti), Aristide occupe désormais le devant de la scène depuis que le gouvernement haïtien lui a accordé un nouveau passeport diplomatique qui lui permet de rentrer au pays. Ses partisans se sont employés à remettre en état sa magnifique propriété dans les hauts de Port-au-Prince, mais ils ont aussi entrepris une action purement politique avec, en particulier, des manifestations récentes dans la capitale qui se sont, fort heureusement, déroulées sans incident.
Les États-Unis et diverses autorités, nationales et internationales, répètent à l'envi qu'Aristide ne pourra revenir qu'après le deuxième tour des élections mais les choses changent tant et si vite qu'on ne peut pas en être tout à fait certain et on voit mal par ailleurs ce qui pourrait légalement s’opposer à son retour.
Si l'élection de Mirlande Manigat paraissait devoir être acquise sans trop de problèmes (elle avait 10 % des voix d'avance au premier tour, du moins si l'on se fie aux résultats provisoires de début décembre 2010, puisque les résultats définitifs n'ont jamais été communiqués !) les choses évoluent puisque Wyclef, qui avait été écarté du premier tour, s'est prononcé en faveur de Michel Martelly. Il est même venu en Haïti spécialement pour soutenir le chanteur, réalisant par là une alliance autour du thème « sortez les sortants », visant à écarter du pouvoir les politiques proprement dits, dont naturellement sa rivale.
Si la rue est plus radicale que les élections, encore faut-il espérer, dans ces deux cas, que la rue et la violence ne finissent pas par se substituer aux processus électoraux, si difficiles et contestables qu’ils puissent être.
dimanche 30 janvier 2011
Démocratie et conflits d'intérêts. D'Haïti à l’Egypte
Au moment où, dans le débat public national, « démocratie » (pour le Sud) et « conflits d'intérêts » (en France) sont les maîtres-mots de l'information comme toutes les discussions, personne ne semble se poser la question des rapports qui peuvent s'établir entre ces termes et les notions qu’ils portent.
Commençons donc par Haïti puisqu'en ce dimanche 30 janvier 2011, Hillary Clinton, dans quelques heures (il est 9 heures en France et le décalage horaire est de moins 6 heures) va débarquer de son jet privé sur l'aéroport de Port-au-Prince, où l'on aura assurément fait de la place pour elle au parking.
Elle estime, sans le moindre doute, apporter en Haïti les valeurs de l'humanisme et de la démocratie ; elle vient en effet, plus précisément, faire pression sur le président René Préval comme sur les candidats au second tour de la présidentielle pour permettre un déroulement rapide d'un scrutin, en panne depuis le 28 novembre 2010, jour du premier tour dont les résultats n'ont toujours pas été officiellement proclamés, comme on a pu le lire dans mes précédents posts sur Haïti.
La date de cette proclamation a été sans cesse remise et elle est actuellement annoncée pour le 2 février 2011. Le second tour aurait lieu le 20 mars avec des résultats donnés le 16 avril 2011. René Préval, dont le mandat se termine le 7 février et avait été prolongé (mais avec contestation sur ce point), resterait donc en place jusqu’au 14 mai au moins, comme il le souhaitait lui-même, bien entendu, mais comme la pression internationale le lui refusait.
Naturellement comme on cachait à notre pauvre Président ce qui se passait en Tunisie, on ne dit pas tout sur la situation et l’opinion haïtiennes à Madame Clinton !
La pauvre Hillary ne sait sans doute pas (on se garde bien de le lui dire) que le bruit court là-bas que le couple Clinton tirerait des profits (cachés mais considérables) de l'assistance internationale et humaine au désastre haïtien. Dans la « Clinton Global Initiative » qui « coordonne » tout cela, Bill ne tirerait pas que le dollar, symbolique et annuel, qui lui est attribué comme unique rémunération.
Le couple Clinton lui-même fait aussi un peu problème et il est « improbable », comme dirait notre « Fredo », dans la mesure où on sait pas, au juste, où en sont leurs relations personnelles (hors des images pieuses destinées à la presse people).
On ne sait pas davantage si Hillary s'est enfin convertie au système d'humidification de ses cigares qu'affectionne tant ce cher Bill.
Bien des gens, sans doute mal intentionnés, se demandent donc si l'intérêt d'Hillary Clinton dans cette affaire ne tient qu'au seul bonheur du peuple haïtien. Le plus grave est que les actions qu’elle conduit dans ce cadre, quels qu’en soient les vrais motifs, sont pour partie contre-productifs et constituent, dans les faits, autant de « boomerangs » ou de « pavés de l'ours » (à vous de choisir la métaphore qui vous conviendra le mieux).
De l’autre côté de l’Atlantique, « nan Ginen » comme on dit en créole haïtien, l'intérêt américano-français porté au processus électoral ivoirien fait l'objet d'analyses du même genre et la propagande très intense de Laurent Gbagbo ne se prive naturellement pas d’exploiter, à tort ou à raison, cet argumentaire comme je l’ai montré dans un précédent post. Naturellement les photos du mariage de Alassane (Dramane, ce second prénom étant amovible en fonction des circonstances et des visées) Ouattara avec la blonde Dominique Novion , célébré à Neuily par Nicolas Sarkozy, sont partout ; on ne manque pas de rappeler aussi que cette femme d’affaires fut la gestionnaire des biens d’Houphouët-Boigny et d’Omar Bongo (une sorte de Patrick de Maistre en tailleur Channel en somme). Comme on ne la voit guère voilée, on ne sait pas si elle s’est convertie à l’islam pour épouser Alassane Dramane (ce qui est une obligation pour tout bon musulman), mais il est clair que tout cela fait parfaitement les affaires de Laurent Gbagbo, sans pour autant militer vraiment en faveur de la démocratie.
Mais revenons à Haïti et à Hillary Clinton, nul doute que le président Préval sera tout sourire pour l’accueillir à sa descente d'avion ; il écoutera assurément avec la même courtoise aménité et sans doute en hochant du chef, ses fermes et pressants conseils en faveur de la reprise du processus électoral et donc de l’éviction définitive de son propre candidat, Jude Célestin. Ce dernier, quoique son retrait ait été annoncé par son parti INITE, ne l’a pas confirmé, jusqu'à présent et, dit-on, à l’instigation de Préval (qui veut faire durer les choses) alors que cette démarche personnnelle, selon la loi haïtienne, est absolument indispensable pour que ce retrait soit effectif.
À n'en pas douter, Hillary reprendra donc, dans quelques heures, son avion avec la conviction qu'elle a une fois de plus rempli sa mission et triomphé de ces maudits blacks qui, non contents de l'avoir odieusement écartée de la présidence des États-Unis, lui mettent maintenant des bâtons dans les roues dans le cadre de ses actuelles activités.
Nul doute non plus qu'aussitôt Hillary envolée, René Préval dénoncera, plus ou moins discrètement et/ou par séides interposés, les insupportables manoeuvres américaines et internationales, qui visent, une fois de plus, à imposer au peuple haïtien des choix qui ne sont pas les siens. Ce genre de numéro marche toujours en Haïti où le nationalisme reste très présent, puisque, ne l'oublions pas et chacun se fait fort de nous le rappeler à tout moment, Haïti, première république noire, a été aussi la première colonie a secouer victorieusement le joug du colonialiste.
Et la Tunisie me direz-vous ? Et l'Égypte, poursuivrez-vous, non sans raison ?
Au moment où la France découvre, après deux siècles de cette situation, que la démocratie et les conflits d'intérêts font tout à fait bon ménage, tant dans la politique que dans l'économie, ne devrait-elle pas s'interroger aussi sur ces mêmes rapports dans les pays du Sud ou le Nord se livre à tant de déclarations enflammées en faveur de cette même démocratie, sans jamais faire mention de ses intérêts?
Certes, à l'aune de nos moeurs et de nos habitudes de pensée, la liberté d'expression est une valeur que nous ne cessons de mettre en avant pour contester les régimes policiers instaurés dans nombre de pays du Sud, avec lesquels nous avons par ailleurs les meilleurs rapports et où nous aimons tant à passer nos vacances.
Sommes-nous cependant tout à fait sûrs que le fait de pouvoir acheter en Tunisie « Le monde » ou « Libération » (à un prix quotidien, que, comme l’accès internet, ne peuvent guère se permettre les marchands de légumes tunisiens, fussent-ils titulaires d'une maîtrise de sociologie) va changer de façon définitive leur mode de vie et leurs conditions d'existence ?
Ne devrait en pas se demander, plus sérieusement et pour un instant, ce que signifie d'ailleurs la liberté d'expression dans un Etat comme l'Italie où la plupart des médias sont aux mains ou aux ordres d'un Silvio Berlusconi, sans parler de la France de Hersant et désormais de Lagardère ? Moi-même victime naguère, dans mes blogs, de la censure du Nouvel Obs puis de TF1, ne suis-je pas bien placé pour en parler et en juger ?
En France même personne ne semble faire le lien entre le cumul des mandats électoraux et/ou des fonctions ministérielles et les fameux conflits d'intérêts dont on vient soudain de découvrir, avec stupeur, l'existence. Personne n'avait donc jamais remarqué que les fonctions électorales (maires de grandes villes ou présidents de conseil régional ou général) permettent, d'abord et surtout, de détourner au profit de ces mêmes zones et de leurs électeurs (villes, départements ou régions) une bonne partie des crédits de l'État (quand il s'agit d'installer de nouveaux services ou équipements) ou, au contraire, de protéger ces mêmes zones quand elles sont menacées de restrictions dans ces mêmes matières !
Les hommes politiques du Sud ne sont pas forcément tous des imbéciles. Préval ou Gbagbo actuellement et peut-être bientôt Moubarak (moins exposé car regardé comme très utile à nos intérêts stratégiques au Moyen Orient) sauront, de toute évidence, faire apparaître ou donner à soupçonner, sous les revendications du Nord en faveur de la démocratie, le jeu des intérêts de ces mêmes Etats, grands donneurs de leçons de démocratie.
En fait, Hillary Clinton ou Nicolas Sarkozy font le jeu, sur le plan interne, de ceux dont ils pensent cnaïvement contester la position. On le voit depuis deux mois en Côte d'Ivoire ; on risque de le voir en Haïti mais, dans ces deux cas, les choses sont, somme toute et comme en Tunisie, moins graves qu'en Égypte où la chute de Moubarak risque d'avoir des conséquences catastrophiques, dont ne semblent réellement conscients pour le moment, à en juger par leurs réactions, qu’Israël, la Cisjordanie et la Jordanie qui sont naturellement en première ligne.
Quant à savoir quel profit réel tireront les fellahs égyptiens de la présence, dans les kiosques cairotes, du « Monde » et de « Libération » (dans l'hypothèse où ces journaux auraient été interdits comme en Tunisie) j'avoue ne pas trop savoir à quoi m'en tenir sur ce point.
Commençons donc par Haïti puisqu'en ce dimanche 30 janvier 2011, Hillary Clinton, dans quelques heures (il est 9 heures en France et le décalage horaire est de moins 6 heures) va débarquer de son jet privé sur l'aéroport de Port-au-Prince, où l'on aura assurément fait de la place pour elle au parking.
Elle estime, sans le moindre doute, apporter en Haïti les valeurs de l'humanisme et de la démocratie ; elle vient en effet, plus précisément, faire pression sur le président René Préval comme sur les candidats au second tour de la présidentielle pour permettre un déroulement rapide d'un scrutin, en panne depuis le 28 novembre 2010, jour du premier tour dont les résultats n'ont toujours pas été officiellement proclamés, comme on a pu le lire dans mes précédents posts sur Haïti.
La date de cette proclamation a été sans cesse remise et elle est actuellement annoncée pour le 2 février 2011. Le second tour aurait lieu le 20 mars avec des résultats donnés le 16 avril 2011. René Préval, dont le mandat se termine le 7 février et avait été prolongé (mais avec contestation sur ce point), resterait donc en place jusqu’au 14 mai au moins, comme il le souhaitait lui-même, bien entendu, mais comme la pression internationale le lui refusait.
Naturellement comme on cachait à notre pauvre Président ce qui se passait en Tunisie, on ne dit pas tout sur la situation et l’opinion haïtiennes à Madame Clinton !
La pauvre Hillary ne sait sans doute pas (on se garde bien de le lui dire) que le bruit court là-bas que le couple Clinton tirerait des profits (cachés mais considérables) de l'assistance internationale et humaine au désastre haïtien. Dans la « Clinton Global Initiative » qui « coordonne » tout cela, Bill ne tirerait pas que le dollar, symbolique et annuel, qui lui est attribué comme unique rémunération.
Le couple Clinton lui-même fait aussi un peu problème et il est « improbable », comme dirait notre « Fredo », dans la mesure où on sait pas, au juste, où en sont leurs relations personnelles (hors des images pieuses destinées à la presse people).
On ne sait pas davantage si Hillary s'est enfin convertie au système d'humidification de ses cigares qu'affectionne tant ce cher Bill.
Bien des gens, sans doute mal intentionnés, se demandent donc si l'intérêt d'Hillary Clinton dans cette affaire ne tient qu'au seul bonheur du peuple haïtien. Le plus grave est que les actions qu’elle conduit dans ce cadre, quels qu’en soient les vrais motifs, sont pour partie contre-productifs et constituent, dans les faits, autant de « boomerangs » ou de « pavés de l'ours » (à vous de choisir la métaphore qui vous conviendra le mieux).
De l’autre côté de l’Atlantique, « nan Ginen » comme on dit en créole haïtien, l'intérêt américano-français porté au processus électoral ivoirien fait l'objet d'analyses du même genre et la propagande très intense de Laurent Gbagbo ne se prive naturellement pas d’exploiter, à tort ou à raison, cet argumentaire comme je l’ai montré dans un précédent post. Naturellement les photos du mariage de Alassane (Dramane, ce second prénom étant amovible en fonction des circonstances et des visées) Ouattara avec la blonde Dominique Novion , célébré à Neuily par Nicolas Sarkozy, sont partout ; on ne manque pas de rappeler aussi que cette femme d’affaires fut la gestionnaire des biens d’Houphouët-Boigny et d’Omar Bongo (une sorte de Patrick de Maistre en tailleur Channel en somme). Comme on ne la voit guère voilée, on ne sait pas si elle s’est convertie à l’islam pour épouser Alassane Dramane (ce qui est une obligation pour tout bon musulman), mais il est clair que tout cela fait parfaitement les affaires de Laurent Gbagbo, sans pour autant militer vraiment en faveur de la démocratie.
Mais revenons à Haïti et à Hillary Clinton, nul doute que le président Préval sera tout sourire pour l’accueillir à sa descente d'avion ; il écoutera assurément avec la même courtoise aménité et sans doute en hochant du chef, ses fermes et pressants conseils en faveur de la reprise du processus électoral et donc de l’éviction définitive de son propre candidat, Jude Célestin. Ce dernier, quoique son retrait ait été annoncé par son parti INITE, ne l’a pas confirmé, jusqu'à présent et, dit-on, à l’instigation de Préval (qui veut faire durer les choses) alors que cette démarche personnnelle, selon la loi haïtienne, est absolument indispensable pour que ce retrait soit effectif.
À n'en pas douter, Hillary reprendra donc, dans quelques heures, son avion avec la conviction qu'elle a une fois de plus rempli sa mission et triomphé de ces maudits blacks qui, non contents de l'avoir odieusement écartée de la présidence des États-Unis, lui mettent maintenant des bâtons dans les roues dans le cadre de ses actuelles activités.
Nul doute non plus qu'aussitôt Hillary envolée, René Préval dénoncera, plus ou moins discrètement et/ou par séides interposés, les insupportables manoeuvres américaines et internationales, qui visent, une fois de plus, à imposer au peuple haïtien des choix qui ne sont pas les siens. Ce genre de numéro marche toujours en Haïti où le nationalisme reste très présent, puisque, ne l'oublions pas et chacun se fait fort de nous le rappeler à tout moment, Haïti, première république noire, a été aussi la première colonie a secouer victorieusement le joug du colonialiste.
Et la Tunisie me direz-vous ? Et l'Égypte, poursuivrez-vous, non sans raison ?
Au moment où la France découvre, après deux siècles de cette situation, que la démocratie et les conflits d'intérêts font tout à fait bon ménage, tant dans la politique que dans l'économie, ne devrait-elle pas s'interroger aussi sur ces mêmes rapports dans les pays du Sud ou le Nord se livre à tant de déclarations enflammées en faveur de cette même démocratie, sans jamais faire mention de ses intérêts?
Certes, à l'aune de nos moeurs et de nos habitudes de pensée, la liberté d'expression est une valeur que nous ne cessons de mettre en avant pour contester les régimes policiers instaurés dans nombre de pays du Sud, avec lesquels nous avons par ailleurs les meilleurs rapports et où nous aimons tant à passer nos vacances.
Sommes-nous cependant tout à fait sûrs que le fait de pouvoir acheter en Tunisie « Le monde » ou « Libération » (à un prix quotidien, que, comme l’accès internet, ne peuvent guère se permettre les marchands de légumes tunisiens, fussent-ils titulaires d'une maîtrise de sociologie) va changer de façon définitive leur mode de vie et leurs conditions d'existence ?
Ne devrait en pas se demander, plus sérieusement et pour un instant, ce que signifie d'ailleurs la liberté d'expression dans un Etat comme l'Italie où la plupart des médias sont aux mains ou aux ordres d'un Silvio Berlusconi, sans parler de la France de Hersant et désormais de Lagardère ? Moi-même victime naguère, dans mes blogs, de la censure du Nouvel Obs puis de TF1, ne suis-je pas bien placé pour en parler et en juger ?
En France même personne ne semble faire le lien entre le cumul des mandats électoraux et/ou des fonctions ministérielles et les fameux conflits d'intérêts dont on vient soudain de découvrir, avec stupeur, l'existence. Personne n'avait donc jamais remarqué que les fonctions électorales (maires de grandes villes ou présidents de conseil régional ou général) permettent, d'abord et surtout, de détourner au profit de ces mêmes zones et de leurs électeurs (villes, départements ou régions) une bonne partie des crédits de l'État (quand il s'agit d'installer de nouveaux services ou équipements) ou, au contraire, de protéger ces mêmes zones quand elles sont menacées de restrictions dans ces mêmes matières !
Les hommes politiques du Sud ne sont pas forcément tous des imbéciles. Préval ou Gbagbo actuellement et peut-être bientôt Moubarak (moins exposé car regardé comme très utile à nos intérêts stratégiques au Moyen Orient) sauront, de toute évidence, faire apparaître ou donner à soupçonner, sous les revendications du Nord en faveur de la démocratie, le jeu des intérêts de ces mêmes Etats, grands donneurs de leçons de démocratie.
En fait, Hillary Clinton ou Nicolas Sarkozy font le jeu, sur le plan interne, de ceux dont ils pensent cnaïvement contester la position. On le voit depuis deux mois en Côte d'Ivoire ; on risque de le voir en Haïti mais, dans ces deux cas, les choses sont, somme toute et comme en Tunisie, moins graves qu'en Égypte où la chute de Moubarak risque d'avoir des conséquences catastrophiques, dont ne semblent réellement conscients pour le moment, à en juger par leurs réactions, qu’Israël, la Cisjordanie et la Jordanie qui sont naturellement en première ligne.
Quant à savoir quel profit réel tireront les fellahs égyptiens de la présence, dans les kiosques cairotes, du « Monde » et de « Libération » (dans l'hypothèse où ces journaux auraient été interdits comme en Tunisie) j'avoue ne pas trop savoir à quoi m'en tenir sur ce point.
jeudi 20 janvier 2011
La crise ivoirienne : Sommes-nous « chocolat » ?
La crise ivoirienne qui va bientôt fêter ses deux mois, n’occupe plus guère le devant de la scène médiatique française, éclipsée qu’elle est désormais par les événements de Tunisie, plus proches, plus importants et surtout plus riches de péripéties dramatiques et par les menus faits qui, plutôt dans le genre rocambolesque, se produisent sur la scène haïtienne, où les anciens présidents (« Baby Doc » et « Titid »), songent, avec des fortunes diverses, à reprendre du service devant l’impasse électorale qui se prolonge entre les trois candidats issus du premier tour.
La lutte Gbagbo-Ouattara n’est pas pour autant terminée et Laurent Gbagbo, qui dispose de tous les moyens d’information nationaux, paraît avoir mis sur pied une campagne de presse assez habile dans le contexte ivoirien actuel, puisqu’elle vise à associer, pour des motifs inavouables, au sein du « parti de l’étranger », (qui soutient son adversaire), la France et les Etats-Unis, tout en plaçant entre eux, non pas la traditionnelle pomme de discorde, mais la cabosse de cacao qui est la principale richesse nationale, largement contrôlée toutefois par des firmes agro-alimentaires américaines.
On a ainsi pu lire le 19 janvier 2011, dans « Abidjan.net », un très long article dont je ne reprends ici que quelques passages significatifs et dont la « source » serait un agent des services secrets français :
« Bon nombre d’Ivoiriens, qui admettent que la crise ivoirienne est fomentée par la France, continuent de s’interroger sur l’intérêt « subit » éprouvé par les Etats-Unis d’Amérique de s’associer à la France pour accomplir le coup d’Etat en Côte d’Ivoire. [...].
Plus que les Français, les Américains, à travers la CIA, ont décidé de s’emparer de la Côte d’Ivoire à partir d’un plan machiavélique conçu avant les années 1988. C’est, de nos jours, ce plan a été réactivé. La construction de la grande ambassade des Etats- Unis en Côte d’Ivoire fait partie de ce plan tout comme l’installation d’un ivoiro-burkinabè, en la personne d’Alassane Ouattara, à la tête du pays. L’objectif est la naturalisation des quatre millions de Burkinabè vivant en Côte d’Ivoire afin de garantir la production du cacao et du café dans ce pays. » [...]
Depuis octobre 2000, la CIA utilise une arme fatale : la fragilisation du régime Gbagbo pour arriver à le faire vomir par tout le peuple ivoirien afin de l’écarter facilement du pouvoir. [...]
Les Américains ont toujours agi en se cachant derrière les Français, eux-mêmes manipulés à souhait et croyant régler leur propre problème avec ce Laurent Gbagbo qui ne veut pas se faire domestiquer.[...].
Nicolas Sarkozy, agent français de la Cia, participe volontairement de cette manipulation des Américains. Ce sont ces derniers qui l’ont fait président de la France. Souvenez-vous de l’affaire Clearstream montée par les Américains pour lui permettre de devancer son adversaire du même camp : Dominique de Villepin. [...].
La raison : les Ivoiriens se détournent du cacao pour l’hévéa. Il leur faut une population acquise pour produire essentiellement le cacao. [Je passe sur de longues explications qui ne sont pas sans intérêt mais qui remontent à Houphouët-Boigny, puis à Konan Bedié, pour aller à la conclusion, forte comme on va le voir].
Pour des raisons diverses, certains hommes d’affaires français et des agents de la DGSE à leur solde veulent la tête de Gbagbo. Mais il faut savoir, avant tout, que la Côte d’Ivoire doit ses malheurs à la CIA américaine et au lobby des chocolatiers américains. Nicolas Sarkozy n’est qu’un valet de service dans cette affaire. Il est temps de le savoir ».
Le plus intéressant est sans doute le cheminement de ce texte qui, dans « Abidjan.net », annonce comme source Nouvelle Afrique, où se trouve effectivement le même récit, dans la livraison du 13 janvier 2011. Cet article de Nouvelle Afrique est lui-même repris de Notre voie, journal d’Abidjan dont la simple vue des « unes » ne laisse aucun doute sur son caractère très « pro-Gbagbo ».
Si la stratégie politique de Gbagbo et de ses partisans (indépendamment des faits et de leur analyse), est parfaitement claire, on peut se demander s’il y a un lien avec le procès entamé, depuis plus de deux ans, dans le cadre d’une opération « mains propres » au sein de la filière café-cacao, dans lequel 22 prévenus viennent d’être mis en liberté provisoire, dans l’attente du début de leur procès, le 27 janvier 2011?
La lutte Gbagbo-Ouattara n’est pas pour autant terminée et Laurent Gbagbo, qui dispose de tous les moyens d’information nationaux, paraît avoir mis sur pied une campagne de presse assez habile dans le contexte ivoirien actuel, puisqu’elle vise à associer, pour des motifs inavouables, au sein du « parti de l’étranger », (qui soutient son adversaire), la France et les Etats-Unis, tout en plaçant entre eux, non pas la traditionnelle pomme de discorde, mais la cabosse de cacao qui est la principale richesse nationale, largement contrôlée toutefois par des firmes agro-alimentaires américaines.
On a ainsi pu lire le 19 janvier 2011, dans « Abidjan.net », un très long article dont je ne reprends ici que quelques passages significatifs et dont la « source » serait un agent des services secrets français :
« Bon nombre d’Ivoiriens, qui admettent que la crise ivoirienne est fomentée par la France, continuent de s’interroger sur l’intérêt « subit » éprouvé par les Etats-Unis d’Amérique de s’associer à la France pour accomplir le coup d’Etat en Côte d’Ivoire. [...].
Plus que les Français, les Américains, à travers la CIA, ont décidé de s’emparer de la Côte d’Ivoire à partir d’un plan machiavélique conçu avant les années 1988. C’est, de nos jours, ce plan a été réactivé. La construction de la grande ambassade des Etats- Unis en Côte d’Ivoire fait partie de ce plan tout comme l’installation d’un ivoiro-burkinabè, en la personne d’Alassane Ouattara, à la tête du pays. L’objectif est la naturalisation des quatre millions de Burkinabè vivant en Côte d’Ivoire afin de garantir la production du cacao et du café dans ce pays. » [...]
Depuis octobre 2000, la CIA utilise une arme fatale : la fragilisation du régime Gbagbo pour arriver à le faire vomir par tout le peuple ivoirien afin de l’écarter facilement du pouvoir. [...]
Les Américains ont toujours agi en se cachant derrière les Français, eux-mêmes manipulés à souhait et croyant régler leur propre problème avec ce Laurent Gbagbo qui ne veut pas se faire domestiquer.[...].
Nicolas Sarkozy, agent français de la Cia, participe volontairement de cette manipulation des Américains. Ce sont ces derniers qui l’ont fait président de la France. Souvenez-vous de l’affaire Clearstream montée par les Américains pour lui permettre de devancer son adversaire du même camp : Dominique de Villepin. [...].
La raison : les Ivoiriens se détournent du cacao pour l’hévéa. Il leur faut une population acquise pour produire essentiellement le cacao. [Je passe sur de longues explications qui ne sont pas sans intérêt mais qui remontent à Houphouët-Boigny, puis à Konan Bedié, pour aller à la conclusion, forte comme on va le voir].
Pour des raisons diverses, certains hommes d’affaires français et des agents de la DGSE à leur solde veulent la tête de Gbagbo. Mais il faut savoir, avant tout, que la Côte d’Ivoire doit ses malheurs à la CIA américaine et au lobby des chocolatiers américains. Nicolas Sarkozy n’est qu’un valet de service dans cette affaire. Il est temps de le savoir ».
Le plus intéressant est sans doute le cheminement de ce texte qui, dans « Abidjan.net », annonce comme source Nouvelle Afrique, où se trouve effectivement le même récit, dans la livraison du 13 janvier 2011. Cet article de Nouvelle Afrique est lui-même repris de Notre voie, journal d’Abidjan dont la simple vue des « unes » ne laisse aucun doute sur son caractère très « pro-Gbagbo ».
Si la stratégie politique de Gbagbo et de ses partisans (indépendamment des faits et de leur analyse), est parfaitement claire, on peut se demander s’il y a un lien avec le procès entamé, depuis plus de deux ans, dans le cadre d’une opération « mains propres » au sein de la filière café-cacao, dans lequel 22 prévenus viennent d’être mis en liberté provisoire, dans l’attente du début de leur procès, le 27 janvier 2011?
mardi 18 janvier 2011
Le bal des présidents.
L'Organisation Internationale de la Francophonie ne va pas tarder à devoir ouvrir une nouvelle direction chargée du suivi des élections présidentielles dans les Etats-membres de l’OIF.
La Tunisie est venue, en effet, s'ajouter à la Côte d'Ivoire et à Haïti dans la série des crises présidentielles.
Un mot cependant sur les conditions précises du départ du président Ben Ali. Il se trouve en effet que j’ai suivi, avec beaucoup de vigilance et dans leur détail, les dernières heures de Ben Ali. Trois faits se sont succédés dans les 90 minutes qui ont précédé sa décision de départ.
Vers 17:00, en effet, le président Ben Ali a annoncé le limogeage de son gouvernement et une heure après il a donné l'ordre de tirer à nouveau sur les manifestants, ce qui était pour le moins inattendu après une telle annonce. À 18:30, Ben Ali décidait de prendre la fuite. Que s'était-il donc passé ?
Mon hypothèse, qui n'a rien de très original, est que le président s'est rendu compte, après avoir donné l’ordre de tirer, que l'armée, sur laquelle il comptait en dernière analyse, ne lui obéirait pas. Comme l'avaient fait, en 1907, les hommes du 17ème régiment d'infanterie de Béziers, a qui l'on avait donné l'ordre de tirer sur les vignerons qui manifestaient, les soldats tunisiens ont « mis la crosse en l'air ». Les auteurs tunisiens, qui ne manquent pas, n’ont plus qu’à se mettre au travail, comme l'avait fait Montehus, pour écrire le texte qui deviendra le premier chant révolutionnaire du futur État démocratique tunisien. Ce sera le « Salut à vous, braves soldats de Tunis », sur le modèle classique du chant qu’ont appris, dans leur jeunesse, tous les enfants de la gauche française, à l'époque où il y en avait encore une « Salut à vous, braves soldats du 17ème... Vous auriez, en tirant sur nous, assassiné la République ».
En Côte d'Ivoire se prolonge depuis bientôt deux mois le pas de deux des présidents Gbagbo et Ouattara, sans qu’on perçoive de signe annonçant la fin de leur ballet politique. Il en est un peu de même en Haïti, même si la disposition protocolaire des candidats sur le podium tend à être modifiée par la Commission d'experts internationaux, le chanteur Martelly se voyant offrir la deuxième marche d'où l’on voudrait faire descendre le candidat du président qui, sans être son vrai gendre, serait, selon certains, le père de son petit-fils.
Il semble bien que le jeu du président René Préval soit de faire traîner les choses pour prolonger jusqu'à mi-mai 2011 le mandat qu'il exerce. Il n'en avait pas fait mystère au départ, mais l'opposition unanime à cette idée l'avait conduit à feindre d'y renoncer. Dans sa recherche de procédés dilatoires, Préval a imaginé de demander la nomination d'une commission d'experts internationaux dont il conteste désormais les résultats.
Sont-ce les figures chorégraphiques prolongées de l’élection présidentielle haïtienne qui ont conduit Jean-Claude Duvalier, « Baby Doc », a imaginer de revenir dans le pays qui l’avait chassé du pouvoir (« déchouqué ») il y a 25 ans ? Il a dû se souvenir soudain qu'après tout, il était « président à vie de la république d’Haïti » et que l'article 41 de la constitution de 1987 interdit l'exil des citoyens haïtiens. Comme nulle poursuite n'était engagée contre lui, ni au plan national et au plan international, et que maintenant, de nouveau, Air France assure un vol direct entre Paris et Port-au-Prince, il a décidé de revenir au pays, sans éclairer quiconque sur ses intentions.
Il faudrait clairement, dans tout cela, une autorité supérieure qui mette fin à
une situation qui s'apparente, à la fois, au jeu des chaises musicales et au bal
des débutantes.
Les uns, comme Gbagbo et Ouattara à Abidjan, se disputent la même chaise présidentielle ; d'autres, qui n'en sont pas encore là, faute de deuxième tour, essayent d'obtenir le ticket donnant le droit d'entrer dans la danse ; le dernier venu, Jean-Claude Duvalier, fait, pour le moment, tapisserie, en attendant son tour, mais, sans trop d'angoisse, puisque, nous dit-on, il a déjà en poche son billet de retour (j’espère qu’il a pensé aussi au visa de retour en France !).
Ne faudrait-il pas, comme l’a déjà suggéré « Usbek Consulting and Co », qu'une autorité supérieure mette un peu d'ordre dans tout cela, quelles que soient les procédures envisagées. Elles peuvent soit relever du bon sens et la raison (Ouattara qui est un économiste (distingué) et musulman (très modéré) ferait un président tout à fait convenable pour la Tunisie, de même que Gbagbo, refaisant, quelques siècles plus tard, le voyage des « bossales » guinéens pourrait être un président fort présentable pour Haïti, souvent regardé comme un morceau d'Afrique), soit faire appel au pur et simple hasard, si, comme pour l’organisation des épreuves sportives internationales, on choisit de mettre dans des boîtes différentes les noms des postes à pourvoir et ceux des candidats potentiels, en laissant le sort décider des appariements ultérieurs.
Affaire à méditer et à suivre
La Tunisie est venue, en effet, s'ajouter à la Côte d'Ivoire et à Haïti dans la série des crises présidentielles.
Un mot cependant sur les conditions précises du départ du président Ben Ali. Il se trouve en effet que j’ai suivi, avec beaucoup de vigilance et dans leur détail, les dernières heures de Ben Ali. Trois faits se sont succédés dans les 90 minutes qui ont précédé sa décision de départ.
Vers 17:00, en effet, le président Ben Ali a annoncé le limogeage de son gouvernement et une heure après il a donné l'ordre de tirer à nouveau sur les manifestants, ce qui était pour le moins inattendu après une telle annonce. À 18:30, Ben Ali décidait de prendre la fuite. Que s'était-il donc passé ?
Mon hypothèse, qui n'a rien de très original, est que le président s'est rendu compte, après avoir donné l’ordre de tirer, que l'armée, sur laquelle il comptait en dernière analyse, ne lui obéirait pas. Comme l'avaient fait, en 1907, les hommes du 17ème régiment d'infanterie de Béziers, a qui l'on avait donné l'ordre de tirer sur les vignerons qui manifestaient, les soldats tunisiens ont « mis la crosse en l'air ». Les auteurs tunisiens, qui ne manquent pas, n’ont plus qu’à se mettre au travail, comme l'avait fait Montehus, pour écrire le texte qui deviendra le premier chant révolutionnaire du futur État démocratique tunisien. Ce sera le « Salut à vous, braves soldats de Tunis », sur le modèle classique du chant qu’ont appris, dans leur jeunesse, tous les enfants de la gauche française, à l'époque où il y en avait encore une « Salut à vous, braves soldats du 17ème... Vous auriez, en tirant sur nous, assassiné la République ».
En Côte d'Ivoire se prolonge depuis bientôt deux mois le pas de deux des présidents Gbagbo et Ouattara, sans qu’on perçoive de signe annonçant la fin de leur ballet politique. Il en est un peu de même en Haïti, même si la disposition protocolaire des candidats sur le podium tend à être modifiée par la Commission d'experts internationaux, le chanteur Martelly se voyant offrir la deuxième marche d'où l’on voudrait faire descendre le candidat du président qui, sans être son vrai gendre, serait, selon certains, le père de son petit-fils.
Il semble bien que le jeu du président René Préval soit de faire traîner les choses pour prolonger jusqu'à mi-mai 2011 le mandat qu'il exerce. Il n'en avait pas fait mystère au départ, mais l'opposition unanime à cette idée l'avait conduit à feindre d'y renoncer. Dans sa recherche de procédés dilatoires, Préval a imaginé de demander la nomination d'une commission d'experts internationaux dont il conteste désormais les résultats.
Sont-ce les figures chorégraphiques prolongées de l’élection présidentielle haïtienne qui ont conduit Jean-Claude Duvalier, « Baby Doc », a imaginer de revenir dans le pays qui l’avait chassé du pouvoir (« déchouqué ») il y a 25 ans ? Il a dû se souvenir soudain qu'après tout, il était « président à vie de la république d’Haïti » et que l'article 41 de la constitution de 1987 interdit l'exil des citoyens haïtiens. Comme nulle poursuite n'était engagée contre lui, ni au plan national et au plan international, et que maintenant, de nouveau, Air France assure un vol direct entre Paris et Port-au-Prince, il a décidé de revenir au pays, sans éclairer quiconque sur ses intentions.
Il faudrait clairement, dans tout cela, une autorité supérieure qui mette fin à
une situation qui s'apparente, à la fois, au jeu des chaises musicales et au bal
des débutantes.
Les uns, comme Gbagbo et Ouattara à Abidjan, se disputent la même chaise présidentielle ; d'autres, qui n'en sont pas encore là, faute de deuxième tour, essayent d'obtenir le ticket donnant le droit d'entrer dans la danse ; le dernier venu, Jean-Claude Duvalier, fait, pour le moment, tapisserie, en attendant son tour, mais, sans trop d'angoisse, puisque, nous dit-on, il a déjà en poche son billet de retour (j’espère qu’il a pensé aussi au visa de retour en France !).
Ne faudrait-il pas, comme l’a déjà suggéré « Usbek Consulting and Co », qu'une autorité supérieure mette un peu d'ordre dans tout cela, quelles que soient les procédures envisagées. Elles peuvent soit relever du bon sens et la raison (Ouattara qui est un économiste (distingué) et musulman (très modéré) ferait un président tout à fait convenable pour la Tunisie, de même que Gbagbo, refaisant, quelques siècles plus tard, le voyage des « bossales » guinéens pourrait être un président fort présentable pour Haïti, souvent regardé comme un morceau d'Afrique), soit faire appel au pur et simple hasard, si, comme pour l’organisation des épreuves sportives internationales, on choisit de mettre dans des boîtes différentes les noms des postes à pourvoir et ceux des candidats potentiels, en laissant le sort décider des appariements ultérieurs.
Affaire à méditer et à suivre
vendredi 7 janvier 2011
Abidjan : folie obsidionale à l'hôtel du golf.
"Folie obsidionale. Désordre mental qui frappe la population d'une ville assiégée. La «fièvre obsidionale» favorisait l'agitation révolutionnaire (BAINVILLE, Hist. Fr., t.2, 1924, p.219). Ce sentiment de l'«espace vital», on l'a vu, avec la fièvre obsidionale, passer de la psychologie des individus dans celle des nations et des peuples (MOUNIER, Traité caract., 1946, p.301)."
Hier, jeudi 6 janvier 2011, j'écoutais chez Jean-Pierre Elkabbach, sur Europe 1, un entretien avec Alassane Ouattara enregistré la veille au téléphone depuis l'hôtel du golf, curieusement devenu Golf Hotel. Alassane Ouattara « homme de paix » s'y exprimait avec beaucoup de modération, n’envisageant qu'à regret l'éventualité d'une intervention des forces militaires étrangères de la CEAO. Il se déclarait prêt à faciliter le départ de Laurent Gbagbo en lui assurant en particulier une retraite honorable, la sécurité et l'absence de poursuites.
Quelques heures plus tard, coup de tonnerre ! On apprenait que le même Alassane Ouattara se prononçait soudain, de la façon la plus décidée, en faveur non seulement d'une intervention militaire, mais, plus précisément encore, de missions commandos sur Abidjan en vue de l'enlèvement par la force de son adversaire.
Le confinement à l'hôtel du golf amènerait-il Alassane Ouattara à perdre le bon sens dont il a fait preuve jusqu'alors, étant entendu que cette sage réserve était pour lui le meilleur des choix possibles, alors qu’il n’en a guère d’autre, en réalité, en dépit des soutiens extérieurs quasi unanimes (une des exceptions étant l’Angola qui soutient sans réserves Gbagbo).
S’était répandue, il y a quelques jours, la nouvelle que le cordon d’encerclement de l'hôtel du golf, assuré, sur les accès terrestres, par les troupes ivoiriennes et onusiennes allait être levé. Certains y ont vu, bien à tort, une mesure de détente alors qu’elle aurait été, au contraire, des plus dangereuses. En effet, seule cette situation de blocage des accès routiers à l'hôtel du golf a, jusqu'à présent, empêché des affrontements violents et sanglants entre les partisans des deux camps. Fort heureusement cette idée a été abandonnée dès lors qu'on a commencé à en mesurer les funestes conséquences immédiates.
À court terme du moins, la situation de Laurent Gbagbo est plus simple à gérer que celle de son adversaire. Certes, on lui refuse le visa d'accès à des pays où il n’a nulle intention d'aller et on interdit l'espace aérien à un Etat qui n'a plus guère de forces aériennes. Le nerf du conflit est l’argent, comme toujours, mais il semble que la Côte d'Ivoire ait assez récemment emprunté à Londres quelques milliards de dollars qui doivent bien s’être retrouvés quelque part. Les propositions de négociations faites par Laurent Gbagbo sont aussi commodes que fallacieuses puisque naturellement si Alassane Ouattara les acceptait, ce qu'il se garde de faire, il reconnaitrait de facto la position que l’autre président occupe dans les conditions que nous savons.
Lancer des commandos étrangers pour s'emparer par la force de Laurent Bagbo serait une pure folie. Elle est même triple.
Au plan politique d’abord, car elle conforterait Gbagbo dans sa posture de victime héroïque de sa défense de l’ivoirité face au parti de l’étranger.
Au plan militaire ensuite car il dispose, pour se défendre, de l'élite de l'armée ivoirienne avec sa garde présidentielle et même de renforts angolais.
Au plan géostratégique enfin puisque les seules troupes qu'on pourrait utiliser à une telle fin (en dehors bien sûr, espérons-le des forces françaises!) sont celles du Nigéria qui ne sont guère préparées à une telle opération et qui, d'autre part et surtout, sont assez mobilisés par la situation nationale nigérianne qui est de la plus grande gravité.
À quelques mois des élections et, dans le cas d'un échec quasi inévitable, le président Goodluck pourrait aisément devenir le président Badluck et il n’aurait plus guère qu’à manger son éternel chapeau.
Alassane Ouattara non seulement demande désormais d'enlever par la force son adversaire mais il affirme, haut et clair, qu'il sera installé à sa place avant la fin du mois de janvier 2011. Il prend donc là des risques considérables, à moins que comme on peut le craindre, il ne soit soudain frappé par le syndrome classique de la folie obsidionale.
Hier, jeudi 6 janvier 2011, j'écoutais chez Jean-Pierre Elkabbach, sur Europe 1, un entretien avec Alassane Ouattara enregistré la veille au téléphone depuis l'hôtel du golf, curieusement devenu Golf Hotel. Alassane Ouattara « homme de paix » s'y exprimait avec beaucoup de modération, n’envisageant qu'à regret l'éventualité d'une intervention des forces militaires étrangères de la CEAO. Il se déclarait prêt à faciliter le départ de Laurent Gbagbo en lui assurant en particulier une retraite honorable, la sécurité et l'absence de poursuites.
Quelques heures plus tard, coup de tonnerre ! On apprenait que le même Alassane Ouattara se prononçait soudain, de la façon la plus décidée, en faveur non seulement d'une intervention militaire, mais, plus précisément encore, de missions commandos sur Abidjan en vue de l'enlèvement par la force de son adversaire.
Le confinement à l'hôtel du golf amènerait-il Alassane Ouattara à perdre le bon sens dont il a fait preuve jusqu'alors, étant entendu que cette sage réserve était pour lui le meilleur des choix possibles, alors qu’il n’en a guère d’autre, en réalité, en dépit des soutiens extérieurs quasi unanimes (une des exceptions étant l’Angola qui soutient sans réserves Gbagbo).
S’était répandue, il y a quelques jours, la nouvelle que le cordon d’encerclement de l'hôtel du golf, assuré, sur les accès terrestres, par les troupes ivoiriennes et onusiennes allait être levé. Certains y ont vu, bien à tort, une mesure de détente alors qu’elle aurait été, au contraire, des plus dangereuses. En effet, seule cette situation de blocage des accès routiers à l'hôtel du golf a, jusqu'à présent, empêché des affrontements violents et sanglants entre les partisans des deux camps. Fort heureusement cette idée a été abandonnée dès lors qu'on a commencé à en mesurer les funestes conséquences immédiates.
À court terme du moins, la situation de Laurent Gbagbo est plus simple à gérer que celle de son adversaire. Certes, on lui refuse le visa d'accès à des pays où il n’a nulle intention d'aller et on interdit l'espace aérien à un Etat qui n'a plus guère de forces aériennes. Le nerf du conflit est l’argent, comme toujours, mais il semble que la Côte d'Ivoire ait assez récemment emprunté à Londres quelques milliards de dollars qui doivent bien s’être retrouvés quelque part. Les propositions de négociations faites par Laurent Gbagbo sont aussi commodes que fallacieuses puisque naturellement si Alassane Ouattara les acceptait, ce qu'il se garde de faire, il reconnaitrait de facto la position que l’autre président occupe dans les conditions que nous savons.
Lancer des commandos étrangers pour s'emparer par la force de Laurent Bagbo serait une pure folie. Elle est même triple.
Au plan politique d’abord, car elle conforterait Gbagbo dans sa posture de victime héroïque de sa défense de l’ivoirité face au parti de l’étranger.
Au plan militaire ensuite car il dispose, pour se défendre, de l'élite de l'armée ivoirienne avec sa garde présidentielle et même de renforts angolais.
Au plan géostratégique enfin puisque les seules troupes qu'on pourrait utiliser à une telle fin (en dehors bien sûr, espérons-le des forces françaises!) sont celles du Nigéria qui ne sont guère préparées à une telle opération et qui, d'autre part et surtout, sont assez mobilisés par la situation nationale nigérianne qui est de la plus grande gravité.
À quelques mois des élections et, dans le cas d'un échec quasi inévitable, le président Goodluck pourrait aisément devenir le président Badluck et il n’aurait plus guère qu’à manger son éternel chapeau.
Alassane Ouattara non seulement demande désormais d'enlever par la force son adversaire mais il affirme, haut et clair, qu'il sera installé à sa place avant la fin du mois de janvier 2011. Il prend donc là des risques considérables, à moins que comme on peut le craindre, il ne soit soudain frappé par le syndrome classique de la folie obsidionale.
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jeudi 6 janvier 2011
Dominique (vil)Pin et Dominique de Villepin (N° 2).
Le Moloch de l’information est insatiable ! En fait, je ne sais pas trop si notre paysage audiovisuel est un Moloch (auquel les Cananéens sacrifiaient leurs premiers nés) ou un Chronos (qui lui se bornait à dévorer ses propres enfants)
Il faut chaque jour aux medias de nouvelles idoles, aussitôt changées en victimes. Hier, mercredi 5 janvier 2011, Libération et France-Infos pensaient avoir le jack-pot du scoop (tout relatif d’ailleurs) . Pour ranimer l’affaire ivoirienne, quelque peu languissante après cinq semaines de sur-place, à peine agitée par deux ou trois missions, sans objet ni effet, de l’UA et de la CEAO, ils avaient déniché un certain Dominique Pin, ex-premier conseiller de l’ambassade de France à Abidjan de 2000 à 2002. Celui, clairement aux ordres dans l’offensive officielle française anti-Gbagbo (avec un effet de billard à trois bandes contre Dominique de Villepin, comme on va le voir), se posait en sauveur de Ouattara, en 2001-2002, ce dernier étant alors menacé de mort par les sbires de Gbagbo ! Il était, comme l’ambassadeur Renaud Vignal (arrivé à Abidjan en 2001), partisan de la fermeté envers Gbagbo. Ils voulaient, selon le joli lapsus de Dominique Pin, ramener Gbagbo « à la maison » (qu’il corrige vite en « à la raison »!) tandis que Villepin, à l’Elysée, imposait, en sa faveur, une « politique de postures ».
On comprend aisément que lorsqu’en 2002, Chirac fait de Dominique de Villepin son ministre des affaires étrangères, les jours du premier conseiller de l’ambassade en Côte d’Ivoire, en outre son quasi parfait homonyme, Dominique le « vil » Pin, sont comptés. L’équipe Renaud Vignal-Dominique (vil) Pin fait aussitôt sa valise ! Début 2003, Laurent Gbagbo tirera tous les profits de tout cela, comme on l’a vu dans un précédent post. En 2003, Gbagbo humilie alors, du même coup, un Galopin terrorisé par les manifestants qui le bloquent, ravi de lui sauver la mise tout en lui faisant perdre la face.
Notre presse nationale, toujours si merveilleusement informée, commence, à partir de là, à pédaler dans la semoule. Le (vil) Pin, mis sur la touche, occupe divers postes diplomatiques ou consulaires (Séville, Madrid), avant un retour en Afrique un peu insolite pour un « diplomate », puisqu’il entre alors dans l’industrie, comme directeur régional d’Areva-Niger ! Le noble Villepin lui n’est plus dans la course, loin de là ! En juillet 2007, Pin est viré par le gouvernement nigérien qui le soupçonner de fricoter avec la rébellion touareg, sans doute à raison, car AREVA doit payer pour tenter de protéger ses employés contre les attaques ou les enlèvements par les rebelles!
Y-a-t-il un double Pin, à moins que la DGSE n’ait, en Afrique, un agent double bien engagé dans la Françafrique?
Le (vil) Pin d’Abidjan est pour l’état-civil ( à en croire un annuaire diplomatique d’époque et de style) PIN Dominique, Louis, Joseph, né le 7 mai 1948, alors que PIN Dominique, Guy, Jean Yves est né, lui, le 16 juin 1947, selon sa propre notice du Who’s Who. Ingénieur de formation, ce Pin-là est le spécialiste français du traitement des déchets. Il a longtemps dirigé la SITA, (spécialisée dans ce domaine), avant d’être, depuis 2003, directeur général délégué de Suez-Environnement, ce qu confirme le site de cette société. Or ce dernier titre de DG de Suez-Environnement est le plus souvent attribué au premier Pin comme vous pouvez aisément le vérifier un peu partout!
Volontairement ou non, on confond donc allègrement les deux PIN, mais il faut bien dire que les choses ne sont pas claires, loin de là, et cela d’autant plus que l’un et l’autre sont ignorés de Wikipedia, quand ils ne sont pas purement et simplement confondus, ce que favorisent encore les proximités industrielles et commerciales (fortuites aussi ?) entre AREVA et SUEZ.
Elémentaire mon cher Watson !
Il faut chaque jour aux medias de nouvelles idoles, aussitôt changées en victimes. Hier, mercredi 5 janvier 2011, Libération et France-Infos pensaient avoir le jack-pot du scoop (tout relatif d’ailleurs) . Pour ranimer l’affaire ivoirienne, quelque peu languissante après cinq semaines de sur-place, à peine agitée par deux ou trois missions, sans objet ni effet, de l’UA et de la CEAO, ils avaient déniché un certain Dominique Pin, ex-premier conseiller de l’ambassade de France à Abidjan de 2000 à 2002. Celui, clairement aux ordres dans l’offensive officielle française anti-Gbagbo (avec un effet de billard à trois bandes contre Dominique de Villepin, comme on va le voir), se posait en sauveur de Ouattara, en 2001-2002, ce dernier étant alors menacé de mort par les sbires de Gbagbo ! Il était, comme l’ambassadeur Renaud Vignal (arrivé à Abidjan en 2001), partisan de la fermeté envers Gbagbo. Ils voulaient, selon le joli lapsus de Dominique Pin, ramener Gbagbo « à la maison » (qu’il corrige vite en « à la raison »!) tandis que Villepin, à l’Elysée, imposait, en sa faveur, une « politique de postures ».
On comprend aisément que lorsqu’en 2002, Chirac fait de Dominique de Villepin son ministre des affaires étrangères, les jours du premier conseiller de l’ambassade en Côte d’Ivoire, en outre son quasi parfait homonyme, Dominique le « vil » Pin, sont comptés. L’équipe Renaud Vignal-Dominique (vil) Pin fait aussitôt sa valise ! Début 2003, Laurent Gbagbo tirera tous les profits de tout cela, comme on l’a vu dans un précédent post. En 2003, Gbagbo humilie alors, du même coup, un Galopin terrorisé par les manifestants qui le bloquent, ravi de lui sauver la mise tout en lui faisant perdre la face.
Notre presse nationale, toujours si merveilleusement informée, commence, à partir de là, à pédaler dans la semoule. Le (vil) Pin, mis sur la touche, occupe divers postes diplomatiques ou consulaires (Séville, Madrid), avant un retour en Afrique un peu insolite pour un « diplomate », puisqu’il entre alors dans l’industrie, comme directeur régional d’Areva-Niger ! Le noble Villepin lui n’est plus dans la course, loin de là ! En juillet 2007, Pin est viré par le gouvernement nigérien qui le soupçonner de fricoter avec la rébellion touareg, sans doute à raison, car AREVA doit payer pour tenter de protéger ses employés contre les attaques ou les enlèvements par les rebelles!
Y-a-t-il un double Pin, à moins que la DGSE n’ait, en Afrique, un agent double bien engagé dans la Françafrique?
Le (vil) Pin d’Abidjan est pour l’état-civil ( à en croire un annuaire diplomatique d’époque et de style) PIN Dominique, Louis, Joseph, né le 7 mai 1948, alors que PIN Dominique, Guy, Jean Yves est né, lui, le 16 juin 1947, selon sa propre notice du Who’s Who. Ingénieur de formation, ce Pin-là est le spécialiste français du traitement des déchets. Il a longtemps dirigé la SITA, (spécialisée dans ce domaine), avant d’être, depuis 2003, directeur général délégué de Suez-Environnement, ce qu confirme le site de cette société. Or ce dernier titre de DG de Suez-Environnement est le plus souvent attribué au premier Pin comme vous pouvez aisément le vérifier un peu partout!
Volontairement ou non, on confond donc allègrement les deux PIN, mais il faut bien dire que les choses ne sont pas claires, loin de là, et cela d’autant plus que l’un et l’autre sont ignorés de Wikipedia, quand ils ne sont pas purement et simplement confondus, ce que favorisent encore les proximités industrielles et commerciales (fortuites aussi ?) entre AREVA et SUEZ.
Elémentaire mon cher Watson !
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mercredi 5 janvier 2011
Abidjan : Dominique (vil)Pin ou Dominique de Villepin ?
Le malin génie de mon ordinateur, dont j’évoquais hier les farces successives qui me font à chaque fois changer de propos, a encore frappé.
Pourtant Dieu sait que ce matin, mercredi 5 janvier 2011, je tenais un bon sujet. Suite au retour en France des deux ganaches du barreau parisien (« pathétiques » ou « pitoyables » selon les qualificatifs des uns ou des autres), j’avais entendu ce sinistre duo interviewé à France-Infos, en me demandant comment ils avaient pu se tirer du lit assez tôt pour intervenir à 8 heures 30 ! Rien à dire ! Les deux baveux affirmaient, de conserve et avec impudence, ne pas avoir touché un sou pour cette ridicule prestation (la question qui fâche était la flèche du Parthe d’un journaliste complaisant) après avoir fait leur numéro habituel.
Le premier, le doyen d’âge, avait causé, comme à son habitude, dans le genre noble et filandreux, s’étant paré de sa qualité d’ancien président du conseil constitutionnel français ! On se souvient de ses prestations dans cet emploi, bien conformes aux vues de Mitterrand. Tonton, qui savait bien pourquoi il l’avait installé dans une telle sinécure, avait, aimait-il à dire, deux avocats « Badinter pour le droit, Dumas pour le tordu ».
A propos de Michèle Alliot-Marie qui l’a paré de l’un de deux adjectifs que j’ai rappelés ci-dessus, Dumas a lancé, sans doute fier de sa trouvaille : « Je la laisse jaspiner ». Devant l’incompréhension du journaliste (mais que peut-on attendre d’un journaliste de France-Infos pour qui la langue française est toujours pleine de mystères), Dumas ,pour faire le savant, a invoque Lacan ! Pauvre Dumas et pauvre Lacan ! Le verbe, comme le confirme le TLF, n’est qu’argotique et non lacanien (« arg. . Jaser, bavarder. Hé! Pomme de canne! mugit une voix, tu jaspineras plus tard, sers-nous d'abord des bocks! (HUYSMANS, Marthe, 1876, p. 93). Elle n'a que ses bouts de chiffon qui la comprennent, le soir, dans les coins tranquilles, elle défait son baluchon, elle leur jaspine, pas besoin d'articuler, pour eux, c'est trop fatigant, elle parle comme les chiens (ARAGON, Beaux quart., 1936, p. 251) ». Dumas aurait été mieux inspiré d’invoquer Auguste Le Breton que Lacan, mais le bougre n’a jamais reculé devant une imposture !
Quant à Vergès, les journalistes qui, comme Apathie, disent qu’il aurait même défendu Hitler, devrait plutôt méditer une autre formule de Jacques Vergès Elle est rapportée par J. Givet, qui fut son ami et l’accueillit même chez lui au moment où l’avocat s’était réfugié à Genève. Je la cite d’après R. Chaudenson , Vergès Père, fils et frères. Une saga réunionnaise (Paris, l’Harmattan, 2007) :
« Un jour, [c’est J. Givet qui parle] je crois que c’était le jour même où j’ai appris qu’il allait défendre les pirates qui avaient assassiné un pilote d’El Al et je m’en était étonné devant lui, Vergès me dit : « J’aurais aussi défendu Anne Franck ». » (2007 : 243).
C’est sans doute l’un des plus ignobles propos de cet individu qui persiste à se poser en « anticolonialiste » et à être considére comme tel par quelques nigauds comme Ph.K. Felissi. Vergès ne fait pas trop état de ses relations amicales (et non professionnelles) étroites avec quelques chers disparus comme Mobutu, Eyadema ou Bongo comme avec quelques autres dictateurs africains encore bien vivants comme Idriss Deby ou Sassou Nguesso (cf. R. Chaudenson , 2007 : 229-267).
Puisque nous sommes partis de la Côte d’Ivoire, revenons y un instant car décidémment je ne pourrais aborder que demain le sujet que j’avais prévu pour aujourd’hui et dont j'ai gardé le titre.
Jacques Vergès, aujourd’hui grand défenseur de Gbagbo, depuis que , vers 2005, il en est devenu le stipendié (cf. R. Chaudenson, 2007 : 267), est passé par toutes les couleurs de l’arc-en-ciel politique ivoirien. Il fut d'abord l’avocat d’Houphouët-Boigny (ennemi juré de son ami actuel Laurent G.), qui lui aurait donné certains des masques qui ornent le bureau parisien de l’avocat. Il se mit ensuite au service d’Henri Conan Bédié avant d’être un proche d’Alassane Ouattara.
Peut-on rêver meilleur « go between » pour régler la crise d’Abidjan ?
Il vous faudra toutefois attendre demain pour comprendre le titre de ce post car je suis finalement revenu à mon premier sujet et il est tard !
Pourtant Dieu sait que ce matin, mercredi 5 janvier 2011, je tenais un bon sujet. Suite au retour en France des deux ganaches du barreau parisien (« pathétiques » ou « pitoyables » selon les qualificatifs des uns ou des autres), j’avais entendu ce sinistre duo interviewé à France-Infos, en me demandant comment ils avaient pu se tirer du lit assez tôt pour intervenir à 8 heures 30 ! Rien à dire ! Les deux baveux affirmaient, de conserve et avec impudence, ne pas avoir touché un sou pour cette ridicule prestation (la question qui fâche était la flèche du Parthe d’un journaliste complaisant) après avoir fait leur numéro habituel.
Le premier, le doyen d’âge, avait causé, comme à son habitude, dans le genre noble et filandreux, s’étant paré de sa qualité d’ancien président du conseil constitutionnel français ! On se souvient de ses prestations dans cet emploi, bien conformes aux vues de Mitterrand. Tonton, qui savait bien pourquoi il l’avait installé dans une telle sinécure, avait, aimait-il à dire, deux avocats « Badinter pour le droit, Dumas pour le tordu ».
A propos de Michèle Alliot-Marie qui l’a paré de l’un de deux adjectifs que j’ai rappelés ci-dessus, Dumas a lancé, sans doute fier de sa trouvaille : « Je la laisse jaspiner ». Devant l’incompréhension du journaliste (mais que peut-on attendre d’un journaliste de France-Infos pour qui la langue française est toujours pleine de mystères), Dumas ,pour faire le savant, a invoque Lacan ! Pauvre Dumas et pauvre Lacan ! Le verbe, comme le confirme le TLF, n’est qu’argotique et non lacanien (« arg. . Jaser, bavarder. Hé! Pomme de canne! mugit une voix, tu jaspineras plus tard, sers-nous d'abord des bocks! (HUYSMANS, Marthe, 1876, p. 93). Elle n'a que ses bouts de chiffon qui la comprennent, le soir, dans les coins tranquilles, elle défait son baluchon, elle leur jaspine, pas besoin d'articuler, pour eux, c'est trop fatigant, elle parle comme les chiens (ARAGON, Beaux quart., 1936, p. 251) ». Dumas aurait été mieux inspiré d’invoquer Auguste Le Breton que Lacan, mais le bougre n’a jamais reculé devant une imposture !
Quant à Vergès, les journalistes qui, comme Apathie, disent qu’il aurait même défendu Hitler, devrait plutôt méditer une autre formule de Jacques Vergès Elle est rapportée par J. Givet, qui fut son ami et l’accueillit même chez lui au moment où l’avocat s’était réfugié à Genève. Je la cite d’après R. Chaudenson , Vergès Père, fils et frères. Une saga réunionnaise (Paris, l’Harmattan, 2007) :
« Un jour, [c’est J. Givet qui parle] je crois que c’était le jour même où j’ai appris qu’il allait défendre les pirates qui avaient assassiné un pilote d’El Al et je m’en était étonné devant lui, Vergès me dit : « J’aurais aussi défendu Anne Franck ». » (2007 : 243).
C’est sans doute l’un des plus ignobles propos de cet individu qui persiste à se poser en « anticolonialiste » et à être considére comme tel par quelques nigauds comme Ph.K. Felissi. Vergès ne fait pas trop état de ses relations amicales (et non professionnelles) étroites avec quelques chers disparus comme Mobutu, Eyadema ou Bongo comme avec quelques autres dictateurs africains encore bien vivants comme Idriss Deby ou Sassou Nguesso (cf. R. Chaudenson , 2007 : 229-267).
Puisque nous sommes partis de la Côte d’Ivoire, revenons y un instant car décidémment je ne pourrais aborder que demain le sujet que j’avais prévu pour aujourd’hui et dont j'ai gardé le titre.
Jacques Vergès, aujourd’hui grand défenseur de Gbagbo, depuis que , vers 2005, il en est devenu le stipendié (cf. R. Chaudenson, 2007 : 267), est passé par toutes les couleurs de l’arc-en-ciel politique ivoirien. Il fut d'abord l’avocat d’Houphouët-Boigny (ennemi juré de son ami actuel Laurent G.), qui lui aurait donné certains des masques qui ornent le bureau parisien de l’avocat. Il se mit ensuite au service d’Henri Conan Bédié avant d’être un proche d’Alassane Ouattara.
Peut-on rêver meilleur « go between » pour régler la crise d’Abidjan ?
Il vous faudra toutefois attendre demain pour comprendre le titre de ce post car je suis finalement revenu à mon premier sujet et il est tard !
jeudi 30 décembre 2010
« Samedi noir à Abidjan » ou « Du sang dans la lagune »
Non ce ne sont pas là les titres, à la OSS 117, de romans noirs tropicaux, mais ce pourrait être, dans quelques jours, les unes de la presse francophone à propos de la crise ivoirienne !
La visite diplomatique des trois chefs d'État de la CEAO aux deux présidents ivoiriens a tourné à la farce, comme on pouvait le prévoir. Il s'agissait pour eux, d’abord et surtout, de ne pas perdre la face après leurs rodomontades, tout en sachant très bien que cette mission ne servirait à rien, même en promettant de la renouveler début janvier. Toutefois, d’ici là, peut-être risque-t-on d’être passé aux choses sérieuses, voire dramatiques, car Laurent Gbagbo commence à comprendre que cette situation, si favorable à ses affaires qu’elle puisse paraître, ne pourra pas se prolonger longtemps, pour des raisons financières surtout.
Cette mission afro-africaine était d'ailleurs assez instructive du seul et simple fait de la différence de comportements entre les deux protagonistes majeurs. Laurent Gbagbo, à l'africaine, était tout sourire. Retrouvailles (entre patrons !), congratulations et embrassades ; un vrai chef africain recevant des grands frères chez lui. Ouattara, au contraire, visage fermé, maigrement logé à l'hôtel du Golf, apparaissait plutôt comme l’un de ces Africains expatriés ayant déjà pris les habitudes et les comportements des gens du Nord.
Si j'avais le temps, je vous ferai ici une interprétation de ces deux scènes en termes de proxémique, cette micro-science si heureusement développée par Edward T. Hall dans son beau livre Silent Language. On y apprend que, dans chaque culture, sont déterminés, informellement mais avec précision, les rapports de comportement entre des interlocuteurs et, en particulier, la distance à laquelle il convient de se tenir par rapport à la personne à laquelle on parle. Ainsi les Arabes qui se tiennent très près de leur interlocuteur et ne manquent jamais de le tripoter au cours de l’interaction seront-ils regardés avec une certaine suspicion par des Japonais dont les codes interactionnels sont tout différents et qui, de ce fait, (j’invente) ne doivent jamais être à moins de 65 cm de leur interlocuteur et surtout s'abstenir soigneusement de le toucher (c’est vrai !).
On parle à nouveau d’une marche sur l'hôtel du Golf pour samedi prochain. Il en avait déjà été question dans le passé mais celui qui l'évoquait était Charles Blé Goubé, personnage à mon sens très dangereux dont le regard évoque pour moi celui des enfants-soldats. En la circonstance, c'est tout autre chose, car l’idée vient de Laurent Gbagbo lui-même. Certes il laissera naturellement à l'un ou l'autre de ses séides le soin de mener l'opération sur le terrain et on la présentera comme spontanée. On ne sait jamais, Ouattara pourrait se trouver au mauvais endroit au mauvais moment et un accident est si vite arrivé. Cela ne mange pas de pain et dans la suite on pourra sans mal se tordre les mains sur son cercueil en déplorant le sort qui l'a frappé. Pourquoi pas même, après tout, organiser des funérailles nationales en profitant de la venue de la mission de la CEAO, puisque chez les Musulmans on enterre très vite les défunts ?
Comme même dans des circonstances aussi inquiétantes, il faut tout de même rire un peu, Laurent Bagbo reçoit aujourd'hui le renfort inattendu des pépés comiques, les deux verts octogénaires (et même plus!), Roland Dumas et Jacques Vergès qui, à l’heure où j’écris ces lignes, sont peut-être même déjà à boire le champagne dans l'avion pour Abidjan.
La chose peut paraître un peu inattendue, du moins aux yeux de la presse française, mais elle est en fait tout à fait logique même si leurs buts ne sont pas identiques, en partie du moins.
Les deux hommes, que tout semble séparer, sont unis par une passion commune de l'argent, du luxe et de la jouissance dans tous les domaines et un peu, mais si peu, par la politique.
Laurent Gbagbo, il faut le reconnaître, a été le seul homme politique ivoirien à résister à Houphouët-Boigny et à choisir l'exil plutôt que l'obéissance. Il a donc été durant son séjour en France accueilli par le parti socialiste dont il faisait même partie me semble-t-il, Simone étant, elle, une marxiste pur sucre. C'était l'époque du mitterrandisme et Roland Dumas en est aujourd'hui le dernier vestige. Rien d’étonnant donc à ce qu'il fasse une virée à Abidjan, tous frais payés naturellement (en première classe et en hôtel cinq étoiles !), avec, en prime et pour le bounga-bounga, quelques accortes négrillonnes propres à ranimer ses sens alanguis (« C'est l’amour qui passe !» comme on dit dans les grands hôtels d'Afrique).
Pour Jacques Vergès c'est un peu la même chose en ce qui concerne le paiement des frais et le programme coquin des soirées. S'y ajoute toutefois la nécessité impérieuse pour lui de relancer un peu la promotion de sa modeste personne (à 85 ans pas de retraite !) qu’on tend à oublier. Son carnet d’adresses de dictateurs africains (les meilleurs clents de cet « anticlonialiste ») s’est vidé ! On ne parle plus guère de lui depuis quelques mois en dépit de ses efforts au théâtre (à son âge ça ne paie pas !) et il faut relancer un peu la machine de la réclame. Cette affaire pourrait l'y aider, à condition pourtant qu'il rentre en France avant un éventuel « samedi noir à Abidjan » qui ferait désordre dans le tableau.
La visite diplomatique des trois chefs d'État de la CEAO aux deux présidents ivoiriens a tourné à la farce, comme on pouvait le prévoir. Il s'agissait pour eux, d’abord et surtout, de ne pas perdre la face après leurs rodomontades, tout en sachant très bien que cette mission ne servirait à rien, même en promettant de la renouveler début janvier. Toutefois, d’ici là, peut-être risque-t-on d’être passé aux choses sérieuses, voire dramatiques, car Laurent Gbagbo commence à comprendre que cette situation, si favorable à ses affaires qu’elle puisse paraître, ne pourra pas se prolonger longtemps, pour des raisons financières surtout.
Cette mission afro-africaine était d'ailleurs assez instructive du seul et simple fait de la différence de comportements entre les deux protagonistes majeurs. Laurent Gbagbo, à l'africaine, était tout sourire. Retrouvailles (entre patrons !), congratulations et embrassades ; un vrai chef africain recevant des grands frères chez lui. Ouattara, au contraire, visage fermé, maigrement logé à l'hôtel du Golf, apparaissait plutôt comme l’un de ces Africains expatriés ayant déjà pris les habitudes et les comportements des gens du Nord.
Si j'avais le temps, je vous ferai ici une interprétation de ces deux scènes en termes de proxémique, cette micro-science si heureusement développée par Edward T. Hall dans son beau livre Silent Language. On y apprend que, dans chaque culture, sont déterminés, informellement mais avec précision, les rapports de comportement entre des interlocuteurs et, en particulier, la distance à laquelle il convient de se tenir par rapport à la personne à laquelle on parle. Ainsi les Arabes qui se tiennent très près de leur interlocuteur et ne manquent jamais de le tripoter au cours de l’interaction seront-ils regardés avec une certaine suspicion par des Japonais dont les codes interactionnels sont tout différents et qui, de ce fait, (j’invente) ne doivent jamais être à moins de 65 cm de leur interlocuteur et surtout s'abstenir soigneusement de le toucher (c’est vrai !).
On parle à nouveau d’une marche sur l'hôtel du Golf pour samedi prochain. Il en avait déjà été question dans le passé mais celui qui l'évoquait était Charles Blé Goubé, personnage à mon sens très dangereux dont le regard évoque pour moi celui des enfants-soldats. En la circonstance, c'est tout autre chose, car l’idée vient de Laurent Gbagbo lui-même. Certes il laissera naturellement à l'un ou l'autre de ses séides le soin de mener l'opération sur le terrain et on la présentera comme spontanée. On ne sait jamais, Ouattara pourrait se trouver au mauvais endroit au mauvais moment et un accident est si vite arrivé. Cela ne mange pas de pain et dans la suite on pourra sans mal se tordre les mains sur son cercueil en déplorant le sort qui l'a frappé. Pourquoi pas même, après tout, organiser des funérailles nationales en profitant de la venue de la mission de la CEAO, puisque chez les Musulmans on enterre très vite les défunts ?
Comme même dans des circonstances aussi inquiétantes, il faut tout de même rire un peu, Laurent Bagbo reçoit aujourd'hui le renfort inattendu des pépés comiques, les deux verts octogénaires (et même plus!), Roland Dumas et Jacques Vergès qui, à l’heure où j’écris ces lignes, sont peut-être même déjà à boire le champagne dans l'avion pour Abidjan.
La chose peut paraître un peu inattendue, du moins aux yeux de la presse française, mais elle est en fait tout à fait logique même si leurs buts ne sont pas identiques, en partie du moins.
Les deux hommes, que tout semble séparer, sont unis par une passion commune de l'argent, du luxe et de la jouissance dans tous les domaines et un peu, mais si peu, par la politique.
Laurent Gbagbo, il faut le reconnaître, a été le seul homme politique ivoirien à résister à Houphouët-Boigny et à choisir l'exil plutôt que l'obéissance. Il a donc été durant son séjour en France accueilli par le parti socialiste dont il faisait même partie me semble-t-il, Simone étant, elle, une marxiste pur sucre. C'était l'époque du mitterrandisme et Roland Dumas en est aujourd'hui le dernier vestige. Rien d’étonnant donc à ce qu'il fasse une virée à Abidjan, tous frais payés naturellement (en première classe et en hôtel cinq étoiles !), avec, en prime et pour le bounga-bounga, quelques accortes négrillonnes propres à ranimer ses sens alanguis (« C'est l’amour qui passe !» comme on dit dans les grands hôtels d'Afrique).
Pour Jacques Vergès c'est un peu la même chose en ce qui concerne le paiement des frais et le programme coquin des soirées. S'y ajoute toutefois la nécessité impérieuse pour lui de relancer un peu la promotion de sa modeste personne (à 85 ans pas de retraite !) qu’on tend à oublier. Son carnet d’adresses de dictateurs africains (les meilleurs clents de cet « anticlonialiste ») s’est vidé ! On ne parle plus guère de lui depuis quelques mois en dépit de ses efforts au théâtre (à son âge ça ne paie pas !) et il faut relancer un peu la machine de la réclame. Cette affaire pourrait l'y aider, à condition pourtant qu'il rentre en France avant un éventuel « samedi noir à Abidjan » qui ferait désordre dans le tableau.
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mardi 28 décembre 2010
Abidjan : Drogba for President !
Comme toujours les conseils d’Usbek (Usbek Consulting Corp.), si pertinents qu’ils soient (et en outre gratuits, ce qui est plus rare et ne gâte rien) n’ont pas été suivis.
Du fond des vallées autrichiennes, j’avais pourtant fait une suggestion, au mépris de ma santé mentale, que menaçait gravement le recours obligé au clavier teuton. Je rappelle les termes de ma proposition de solution au problème ivoirien.
« Bref je vais faire court. Après des élections qui ont eu lieu dimanche dernier en Côte d’Ivoire et en Haïti, les Haitiens n’ont toujours pas de président de la republique, tandis que les Ivoiriens en ont deux ! Nous sommes tous des francophonoes que diable et nous devons donc nous entraider. Que Thabo Mbeki reste donc chez lui puisque j ai une solution simple et radicale.
On organise à Abidjan une épreuve qualificative (bras de fer, lutte sénégalaise, 421, morpion, etc..., au choix...) entre Gbagbo et Ouattara ; le vaincu sera expédié aussitôt en Haïti pour y faire president. Apres tout, ce ne sera qu un juste retour de choses , restent à déterminer les modalités concrètes du voyage : En premièe classe aérienne ou à fond de cale ? ». Je penche, à titre personnel, en faveur de la seconde solution, pour des raisons diverses !
Si j’avais voulu plaisanter, étant à l’époque en Autriche, j’aurais pu invoquer, en la circonstance, la devise des Habsbourg. Elle souligne en effet leur stratégie d’accroissement de leur puissance politique par les mariages : "Bella gerant alii, tu felix Austria nube" . Benoît ne me commentant plus , je vais donc devoir traduire « Les autres ont recours à la guerre, toi, heureuse Autriche, au mariage ! »). « Maman Simone » n’étant, dit-on, plus seule en piste, pourquoi ne pas faire de Ouattara la troisième épouse de Laurent. Vous allez me dire que, dans cette affaire, le musulman c’est Ouattara, mais ce pourrait être là justement une raison de plus en faveur de ma suggestion ! Gai ! Gai ! Marions-les !
Une contribution, nouvelle mais majeure, à ce concours d’inventions de solutions au conflit ivoirien a été apportée hier, contre toute attente, par Pascal Boniface, l’un des piliers de « C dans l'air », l’émission de Calvi. Ce dernier qui était naturellement en vacances, comme tout l’audiovisuel français, se serait sans doute esclaffé devant une telle proposition qui a laissé de marbre son remplaçant.
Boniface, expert en géopolitique et en football (il se partage équitablement entre ces deux passions), les a enfin réunies hier.
N’avait-il pas éliminé d’excessives libations festives ou bu un coup de trop pour lutter contre le froid polaire? Je ne sais. Toujours est-il qu’après avoir longuement souligné l’impossibilité de régler ce conflit vu l’inflexibilité de Gbagbo (tous ses propos étant un tissu d’évidences et de banalités, sous le regard doucement ironique d’un Glaser peu loquace), Boniface a sorti, pour finir, son arme secrète propre à résoudre miraculeusement le conflit : le footballeur ivoirien de Chelsea Didier Drogba. L’idée lumineuse de Boniface est que si Drogba demande gentiment à Gbagbo de retirer, ce dernier ne pourra le refuser à l’idole des tiffosi ivoiriens !
Infirmiers emmenez-le !
On ne sait pas si, comme Jules César selon Suétone, Boniface (n’oubliez pas que c’est là un nom de pape !) est « trop audacieux ou trop prudent ». Sa proposition, pour inattendue qu’elle soit, est, en effet, trop timorée. Allons plus loin que le trop prudent Boniface!
Drogba for President !
Du fond des vallées autrichiennes, j’avais pourtant fait une suggestion, au mépris de ma santé mentale, que menaçait gravement le recours obligé au clavier teuton. Je rappelle les termes de ma proposition de solution au problème ivoirien.
« Bref je vais faire court. Après des élections qui ont eu lieu dimanche dernier en Côte d’Ivoire et en Haïti, les Haitiens n’ont toujours pas de président de la republique, tandis que les Ivoiriens en ont deux ! Nous sommes tous des francophonoes que diable et nous devons donc nous entraider. Que Thabo Mbeki reste donc chez lui puisque j ai une solution simple et radicale.
On organise à Abidjan une épreuve qualificative (bras de fer, lutte sénégalaise, 421, morpion, etc..., au choix...) entre Gbagbo et Ouattara ; le vaincu sera expédié aussitôt en Haïti pour y faire president. Apres tout, ce ne sera qu un juste retour de choses , restent à déterminer les modalités concrètes du voyage : En premièe classe aérienne ou à fond de cale ? ». Je penche, à titre personnel, en faveur de la seconde solution, pour des raisons diverses !
Si j’avais voulu plaisanter, étant à l’époque en Autriche, j’aurais pu invoquer, en la circonstance, la devise des Habsbourg. Elle souligne en effet leur stratégie d’accroissement de leur puissance politique par les mariages : "Bella gerant alii, tu felix Austria nube" . Benoît ne me commentant plus , je vais donc devoir traduire « Les autres ont recours à la guerre, toi, heureuse Autriche, au mariage ! »). « Maman Simone » n’étant, dit-on, plus seule en piste, pourquoi ne pas faire de Ouattara la troisième épouse de Laurent. Vous allez me dire que, dans cette affaire, le musulman c’est Ouattara, mais ce pourrait être là justement une raison de plus en faveur de ma suggestion ! Gai ! Gai ! Marions-les !
Une contribution, nouvelle mais majeure, à ce concours d’inventions de solutions au conflit ivoirien a été apportée hier, contre toute attente, par Pascal Boniface, l’un des piliers de « C dans l'air », l’émission de Calvi. Ce dernier qui était naturellement en vacances, comme tout l’audiovisuel français, se serait sans doute esclaffé devant une telle proposition qui a laissé de marbre son remplaçant.
Boniface, expert en géopolitique et en football (il se partage équitablement entre ces deux passions), les a enfin réunies hier.
N’avait-il pas éliminé d’excessives libations festives ou bu un coup de trop pour lutter contre le froid polaire? Je ne sais. Toujours est-il qu’après avoir longuement souligné l’impossibilité de régler ce conflit vu l’inflexibilité de Gbagbo (tous ses propos étant un tissu d’évidences et de banalités, sous le regard doucement ironique d’un Glaser peu loquace), Boniface a sorti, pour finir, son arme secrète propre à résoudre miraculeusement le conflit : le footballeur ivoirien de Chelsea Didier Drogba. L’idée lumineuse de Boniface est que si Drogba demande gentiment à Gbagbo de retirer, ce dernier ne pourra le refuser à l’idole des tiffosi ivoiriens !
Infirmiers emmenez-le !
On ne sait pas si, comme Jules César selon Suétone, Boniface (n’oubliez pas que c’est là un nom de pape !) est « trop audacieux ou trop prudent ». Sa proposition, pour inattendue qu’elle soit, est, en effet, trop timorée. Allons plus loin que le trop prudent Boniface!
Drogba for President !
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mardi 21 décembre 2010
Côte d'Ivoire : l'argent nerf de la guerre ou nerf de la paix ?
Il est de moins en moins vraisemblable qu’à moins d’affrontements meutriers comme celui que promet, pour la fin de la semaine, Charles Blé Goudé en voulant marcher avec ses hommes sur l’Hôtel du Golf, le bras de fer entre Laurent Gbagbo et Alassane Ouattara se règle sans qu’interviennent dans cette affaire des facteurs extérieurs peut-être inattendus.
Ce ne seront sans doute ni l’UA/NEPPAD, ni l'ONU (dont les rodomontades quant à sa force de frappe n'ont guère de valeur, puisque la logistique des troupes onusiennes dépend exclusivement de celle des troupes françaises de l'opération Licorne, ce qui, en cas de conflit grave, risquerait de nous y entraîner, même contre notre volonté) ni les Etats du Nord (interdire à la famille de Laurent Gbagbo l'accès à la France et aux États-Unis est sans effet puisque la durée de cette mesure sera inévitablement brève) ni la France elle-même (l'intervention improvisée de Nicolas Sarkozy à Bruxelles, dont il a lui-même pris conscience du caractère inopportun, au moment même où il s'y livrait). Ces prises de positions ou injonctions extérieures n'ont fait que renforcer la position des extrémistes de l'entourage de Gbagbo, du genre de Charles Blé Goudé, qui ont pu clamer, à l'envi, que « la Côte d'Ivoire n'est pas une sous-préfecture de la France. ».
En fait la question majeure, à très brève échéance, est la suivante : Laurent Gbagbo pourra-t-il, pour décembre, payer les fonctionnaires et surtout l'armée avant les fêtes de fin d'année, ces paiements devant en principe s'effectuer dans les jours qui viennent, avant Noël?
La réponse à cette question est malaisée, car si, en principe, ces paiements ne pourraient guère se faire sans l'accord de la Banque Centrale des Etats d'Afrique de l'Ouest (BCEAO), il n'est pas impossible que Laurent Gbagbo dispose, en Côte d'Ivoire même et hors BCEAO, d'une certaine masse de fonds sur des comptes divers. Dans ce cas, l'asphyxie financière sur laquelle semble compter Alassane Ouattara, dont la signature est, en principe, nécessaire pour que la BCEAO délivre des fonds, risquerait fort de n'être pas immédiatement efficace, surtout si Laurent Gbagbo est assez adroit (et sur ce plan on peur lui faire confiance !) pour payer, en priorité voire exclusivement, les troupes qui lui sont fidèles c'est-à-dire sa garde présidentielle. Reste à savoir, dans le cas où les soldes des autres corps ne seraient pas payées, quel serait le comportement de ces troupes donf on dit qu'elles ne sont pas tout à fait acquises au gouvernement de Laurent Gbagbo.
Il ne fait pas de doute qu’Alassane Ouattara, économiste rompu aux mécanismes de la finance ivoirienne et internationale (il a été autrefois directeur-adjoint du FMI) et reconnu comme seul président de la République de Côte d’Ivoire par la BCEAO, compte, sans le dire, sur l'érosion rapide des capacités de paiement de son rival, tant pour l'armée que pour les fonctionnaires. On doit toutefois prendre en compte que, en raison de sa maîtrise absolue de tous les moyens d'information nationaux, Laurent Gbagbo n’aura pas de mal et n'hésitera pas un instant à imputer à son adversaire le non-paiement des traitements et des soldes à la veille des fêtes de fin d'année.
Si l’on ne peut guère espérer, à très court terme, un règlement pacifique du conflit politique, il pourrait se faire néanmoins que ces questions d'argent entraînent, en particulier au sein de l'armée dont le poids et le rôle sont décisifs, des changements importants qui pourraient conduire Laurent Gbagbo à perdre l'essentiel de son soutien logistique majeur, à condition toutefois qu'une scission au sein des troupes ivoiriennes ne conduise pas à des affrontements meurtriers et, cette fois-ci, inévitablement dramatiques.
L'argent dit-on est le nerf de la guerre. Sera-t-il, en Côte d'Ivoire, celui de la paix ?
Ce ne seront sans doute ni l’UA/NEPPAD, ni l'ONU (dont les rodomontades quant à sa force de frappe n'ont guère de valeur, puisque la logistique des troupes onusiennes dépend exclusivement de celle des troupes françaises de l'opération Licorne, ce qui, en cas de conflit grave, risquerait de nous y entraîner, même contre notre volonté) ni les Etats du Nord (interdire à la famille de Laurent Gbagbo l'accès à la France et aux États-Unis est sans effet puisque la durée de cette mesure sera inévitablement brève) ni la France elle-même (l'intervention improvisée de Nicolas Sarkozy à Bruxelles, dont il a lui-même pris conscience du caractère inopportun, au moment même où il s'y livrait). Ces prises de positions ou injonctions extérieures n'ont fait que renforcer la position des extrémistes de l'entourage de Gbagbo, du genre de Charles Blé Goudé, qui ont pu clamer, à l'envi, que « la Côte d'Ivoire n'est pas une sous-préfecture de la France. ».
En fait la question majeure, à très brève échéance, est la suivante : Laurent Gbagbo pourra-t-il, pour décembre, payer les fonctionnaires et surtout l'armée avant les fêtes de fin d'année, ces paiements devant en principe s'effectuer dans les jours qui viennent, avant Noël?
La réponse à cette question est malaisée, car si, en principe, ces paiements ne pourraient guère se faire sans l'accord de la Banque Centrale des Etats d'Afrique de l'Ouest (BCEAO), il n'est pas impossible que Laurent Gbagbo dispose, en Côte d'Ivoire même et hors BCEAO, d'une certaine masse de fonds sur des comptes divers. Dans ce cas, l'asphyxie financière sur laquelle semble compter Alassane Ouattara, dont la signature est, en principe, nécessaire pour que la BCEAO délivre des fonds, risquerait fort de n'être pas immédiatement efficace, surtout si Laurent Gbagbo est assez adroit (et sur ce plan on peur lui faire confiance !) pour payer, en priorité voire exclusivement, les troupes qui lui sont fidèles c'est-à-dire sa garde présidentielle. Reste à savoir, dans le cas où les soldes des autres corps ne seraient pas payées, quel serait le comportement de ces troupes donf on dit qu'elles ne sont pas tout à fait acquises au gouvernement de Laurent Gbagbo.
Il ne fait pas de doute qu’Alassane Ouattara, économiste rompu aux mécanismes de la finance ivoirienne et internationale (il a été autrefois directeur-adjoint du FMI) et reconnu comme seul président de la République de Côte d’Ivoire par la BCEAO, compte, sans le dire, sur l'érosion rapide des capacités de paiement de son rival, tant pour l'armée que pour les fonctionnaires. On doit toutefois prendre en compte que, en raison de sa maîtrise absolue de tous les moyens d'information nationaux, Laurent Gbagbo n’aura pas de mal et n'hésitera pas un instant à imputer à son adversaire le non-paiement des traitements et des soldes à la veille des fêtes de fin d'année.
Si l’on ne peut guère espérer, à très court terme, un règlement pacifique du conflit politique, il pourrait se faire néanmoins que ces questions d'argent entraînent, en particulier au sein de l'armée dont le poids et le rôle sont décisifs, des changements importants qui pourraient conduire Laurent Gbagbo à perdre l'essentiel de son soutien logistique majeur, à condition toutefois qu'une scission au sein des troupes ivoiriennes ne conduise pas à des affrontements meurtriers et, cette fois-ci, inévitablement dramatiques.
L'argent dit-on est le nerf de la guerre. Sera-t-il, en Côte d'Ivoire, celui de la paix ?
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