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lundi 12 mai 2014

Esclavage et réparations : Taubira "Chassez le naturel..."

J’émettais hier l’hypothèse que Chirac qui avait choisi  le 10 mai comme date de célébration de l’abolition de l’esclavage pour faire une niche posthume  à Tonton n’avait pas prévu qu’une ex-indépendantiste, ayant même porté cette loi funeste qui porte son nom, serait un jour Garde des Sceaux et, comme telle, au centre même de la cérémonie de célébration, entre le Président et Fabius, le premier des ministres dans l’ordre protocolaire! Je dois dire que dans ma revue de presse personnelle pour vérifier les faits, j’ai vu au moins trois videos différentes de cette même cérémonie dont deux avec le Premier Ministre et une sans lui ! A mourir de rire ! Une fois de plus nos médias sont à la hauteur ! C. Taubira a-t-elle eu une bouffée d’indépendantiste, vu les circonstances ? Elle a en tout cas, davantage créé le buzz, en évoquant à propos de sa réserve vocale un refus de se mêler à un « karaoké d’estrade » ! Faut-il penser que, par une ruse ultramarine, elle a volontairement créé le buzz pour éviter qu’on ne reparle, à l’occasion de cette célébration, d’un sujet qui lui avait causé quelques ennuis il y a exactement un an, à propos des « réparations » que certains de ses anciens amis politiques ne manqueraient sans doute pas de réclamer à nouveau. J’ai donc relu, dans cette perspective mon blog de mai 2013 sur le sujet et ai jugé opportun de le republier ici.

 "J'aurais volontiers conseillé la prudence à Madame Taubira ! Celle-ci, dans cette affaire, prône une "politique foncière" pour les descendants d'esclaves. Evoquant les discriminations et le racisme qui sont "les survivances de cette violence", la Ministre de la justice affirme que "nous sommes tous comptables des injustices qui s'entretiennent et se reproduisent, parce qu'elles sont enracinées dans cette période d'esclavage et de colonisation", dans un entretien au JDD (à paraître ; cité dans Atlantico 12/5/13).

La Garde des Sceaux évoque la "confiscation des terres" qui " fait que, d'une façon générale, les descendants d'esclaves n'ont guère accès au foncier". Elle poursuit : "Il faudrait donc envisager, sans ouvrir de guerre civile, des remembrements fonciers, des politiques foncières. Il y a des choses à mettre en place sans expropriation, en expliquant très clairement quel est le sens d'une action publique qui consisterait à acheter des terres". "En Guyane, l'État avait accaparé le foncier, donc là, c'est plus facile. Aux Antilles, c'est surtout les descendants des maîtres qui ont conservé les terres donc cela reste plus délicat à mettre en oeuvre".

Sous la réserve que ces propos soient bien ceux de la Garde des sceaux, ma première remarque concerne la phrase suivante : "La confiscation des terres fait que, d'une façon générale, les descendants d'esclaves n'ont guère accès au foncier". Que signifie l'expression "la confiscation des terres" ; terres confisquées à qui, par qui et au profit de qui ? La structure même de la phrase donne à penser qu'il s'agit des terres des esclaves qui, par définition même n'en avait pas ! Quant à la formule qui suit ( " d'une façon générale, les descendants d'esclaves n'ont guère accès au foncier"), elle est évidemment fausse car certains d'entre eux, comme on dit ailleurs, ont "du foin dans leur bottes", comme ce député réunionnais qui a, par l'importance de ses revenus et de son patrimoine, défrayé récemment la chronique métropolitaine.

Le cas d'Haïti, à la période de l’indépendance et dans les décennies qui la suivent immédiatement, est à cet égard intéressant et significatif ; on pouvait, en effet, s'y attendre à une "révolution foncière" et à une distribution aux esclaves libérés des terres devenues disponibles par la mort ou le départ de leurs propriétaires blancs. N'étant pas historien moi-même, je me range sur ces aspects aux côtés d’André-Marcel d’Ans, dont je partage la plupart des points de vue qu’il a exprimés avec talent dans son remarquable ouvrage de 1987, Haïti. Paysage et société, qui, à mon sens, demeure la référence majeure. Selon cet auteur, on n’assiste alors nullement, dans le pays, à la révolution sociale et en particulier agraire qu’on aurait pu imaginer après la fin de la colonisation française. Ainsi le système plantationnaire, où les Mulâtres (souvent des affranchis donc d'anciens esclaves) ont déjà une large place sociale dès la fin de la période française, puisqu’ils possèdent alors une bonne partie des terres, dans le Sud surtout ; le système est donc maintenu, naturellement à leur profit, par les nouveaux maîtres du pays qui sont portant tous d'anciens esclaves ou leurs descendants. Toussaint Louverture lui-même, en 1801, prend un décret sur les transactions foncières qui vise à empêcher l’émergence de propriétés petites ou moyennes, de surface inférieure à 50 carreaux (D’Ans, op.cit., 1987 : 179). Il en résulte donc une marginalisation des Noirs, anciens esclaves désormais libres, quand ils ne s’intègrent pas dans un système qu’A.-M. d’Ans n’hésite pas à qualifier de « néo-esclavagiste » et qui  est maintenu au bénéfice des généraux noirs dans le Nord comme à celui des Mulâtres dans le Sud. Il y a là les premiers signes de la lutte entre Noirs et Mulâtres qui va marquer, tout au long, l’histoire d’Haïti et qui fonde la scission qui, à la suite de l’assassinat de Dessalines par les anciens affranchis, s’opère en octobre 1806, entre le Royaume du Nord d’Henry Christophe qui s’appuie sur les « planteurs militaires » noirs et le Sud tenu par Alexandre Pétion, réputé plus libéral, où dominent les Mulâtres. Le problème majeur est toutefois, d’abord et surtout, économique. Non seulement la production agro-industrielle de sucre s’est fortement réduite, mais les événements de Saint-Domingue ont, de ce fait même, ouvert le marché sucrier à de nouveaux concurrents, en particulier la Jamaïque et Cuba qui doublent voire triplent leur production, au moment même où en Europe le sucre de betterave prend une place de plus en plus grande. Les morts de Pétion et de Christophe permettent, pour une vingtaine d’années (1821-1843), l’arrivée au pouvoir de Jean-Pierre Boyer, ancien officier mulâtre comme Pétion. Boyer va non seulement réunifier le pays, mais « envoyer les invétérés traîneurs de sabre de la noblesse christophienne reconquérir la partie orientale –anciennement espagnole – de l’île, où d’ailleurs ces officiers et leurs soudards, firent tout ce qu’il fallait pour rendre le nom d’haïtien définitivement odieux pour les Dominicains » (D’Ans, op.cit., 1987 : 190). C’est aussi Boyer qui, comme je l'ai déjà montré, négociera avec la France le paiement des 150 millions de francs or (finalement devenus 90) destinés, en principe, à indemniser les colons français que l’indépendance du pays avait dépossédés. Certains historiens haïtiens, sans toujours bien connaître les conditions et les modalités de cet accord comme de cette négociation, ont fait reproche à Boyer d’avoir signé ce traité, condition indispensable à la reconnaissance et à la sécurité du nouvel Etat. J'ai déjà évoqué cette question et je n'y reviens donc pas. La mauvaise situation d'Haïti tient donc moins à l'indemnité payée à la France (même si elle n'a en rien arrangé les choses!) qu'à la ruine, déjà consommée, de l'économie agro-sucrière.

Madame Taubira ne connaît assurément pas l'histoire sociale et économique d'Haïti ; on ne peut trop lui en faire grief ! En revanche, elle rêve, quand elle déclare à propos des Antilles françaises : "Il y a des choses à mettre en place sans expropriation, en expliquant très clairement quel est le sens d'une action publique qui consisterait à acheter des terres [...]. En Guyane, l'État avait accaparé le foncier, donc là, c'est plus facile. Aux Antilles, c'est surtout les descendants des maîtres qui ont conservé les terres donc cela reste plus délicat à mettre en oeuvre".

Une telle opération serait sans doute "délicate", mais elle est surtout sans la moindre logique historique et sociale (sauf dans le cadre d'une vraie "révolution agraire"...un peu tardive et peu probable !) ; elle serait en outre et surtout follement coûteuse vu le prix des terrains dans ces départements ultramarins ; rien ne prouve d'ailleurs que les descendants d'esclaves (sans même parler des Domiens de métropole) aient le moindre goût pour la culture de la banane ou de la canne à sucre, ce qui conduirait peut-être à faire venir, sous une forme ou une autre, de nouveaux esclaves !"

jeudi 18 avril 2013

A avoir vu ou à voir à propos d'Haïti : "Assistance mortelle" de Raoul Peck sur Arte, mardi 16 avril 2013.


Avant d'aborder les questions que pose ce film, il faut dire quelques mots sur Raoul Peck dont la vie, la carrière et la personnalité sont fort intéressantes, mais sans doute mal connues.

Raoul Peck est né en 1953 à Port-au-Prince, mais son père, ingénieur agronome, quitte Haïti en 1961 avec le premier contingent d'Haïtiens qui vont au Congo ex-belge, pour compenser le refus de la Belgique d'établir, avec son ancienne colonie, des relations de coopération du même type que celles que la France a instaurées.

Curieusement, il en résulte qu'un jeune linguiste né à Liège, André Marcel D'Ans, fera, au Congo, la première thèse française sur le créole haïtien, en ayant, parmi ses principaux témoins haïtiens, la gouvernante de Madame Sylvain, sœur de Suzanne Sylvain, qui en 1936 avait elle-même été l'auteur d'un ouvrage demeuré classique sur ce même créole.

En 1963, le jeune Raoul Peck rejoint son père au Congo avec le reste de sa famille ; ses parents y resteront 28 ans ; il poursuivra lui ses études aux États-Unis, en France puis en Allemagne où il va acquérir une formation d'ingénieur et d'économiste à l'université de Berlin. Militant de gauche, il rêve de retourner en Haïti pour combattre la dictature de Duvalier. Il change d'orientation professionnelle dans les années 80 pour devenir journaliste photographe et cinéaste et réaliser plusieurs court-métrages documentaires en Allemagne. Après une carrière, marquée par diverses productions cinématographiques remarquées, tant sur Cuba que sur l'Allemagne, il obtient, en 1994, pour "L'homme sur les quais" le prix du meilleur court-métrage lors du Festival du cinéma africain de Milan ainsi que divers autres prix qui le conduiront, dans les années 90, à enseigner la mise en scène et l'écriture de scénario à l'université de New York.

C'est alors que s'ouvre pour lui une carrière politique car, sous la présidence d'Aristide, le Premier Ministre Rosny Smarth lui propose, en 1996, le poste de ministre de la culture. Ce séjour ministériel sera de courte durée puisque, en 1997, Rosny Smarth démissionne, devant l'évolution du régime d'Aristide, avec cinq de ses ministres, don R. Peck.

En 2000, R. Peck commence une collaboration avec la chaîne européenne Arte et c'est sans doute dans le prolongement de ces liens que se situe le film qui a été projeté mardi 16 avril 2013 à 20h50 sur cette même chaîne.

Le titre, un peu ambigu et paradoxal au départ, vise essentiellement à dénoncer l'inefficacité et la gabegie de l'assistance "humanitaire" internationale en Haïti, alors qu'un grand mouvement de solidarité s'était dessiné dans le monde après le gigantesque séisme du 12 janvier 2010 qu'on a nommé en créole : « Goudou goudou » et qui a fait plus de 200.000 victimes. Il  est impossible d'entrer dans le détail du film lui-même qui est remarquable et illustre surtout le désastre de cette prétendue coopération ; je me limiterai donc ici à quelques remarques.

La première est évidemment la mise en cause des États-Unis et en particulier celle de Bill Clinton, dont l'image, au cours du film, ne cesse de se dégrader jusqu'à ce que, vers la fin, lorsqu'est établi le bilan du désastre, vienne s'inscrire sucessivement, sous son image, comme un générique de fin, la foule des titres de président ou de coordonnateur qui ont été les siens durant ces deux années. Il est clairement dit, pour une fois, que ce sont les États-Unis qui ont choisi et fait élire Michel Martelly comme président de la République, au terme de processus électoraux dont il suffit de dire que, si le président élu a bien obtenu plus de 60 % des suffrages, moins du quart des électeurs ont voté et que les conditions du scrutin n'ont pas été d'une parfaite régularité.

Le thème dominant du film est que la coopération, prétendument humanitaire, fonctionne très largement sans relation réelle avec les Haïtiens et parfois même en opposition avec ce qu'ils pourraient attendre ou désirer. La dénonciation de la corruption, des plus banales, est un moyen commode et sûr de faire en sorte qu'une bonne partie des crédits de l'aide internationale retourne, en fait, dans les pays donateurs, si elle les a jamais quittés. Tout cela est parfaitement connu et on dit même que ce sont les Suisses qui détiennent tous les records en la matière, en récupérant plus de 85 % des crédits qu'ils peuvent apporter au titre des diverses aides.

Tout cela n'est pas très nouveau mais ne se dit guère. Or actuellement, en Haïti même, on observe à travers la presse quotidienne un changement d'attitude très sensible à l'égard des États-Unis, comme envers une présidence de la République et un gouvernement qui n'en sont que l'émanation comme chacun le sait.

Les passages les plus intéressants du film, car il y a là des témoignages inédits et rares, sont les interviews que Raoul Peck réalise aussi bien avec l'ancien président Préval qu'avec son Premier Ministre, Jean-Max Bellerive. Tous deux s'expriment très librement ; Préval explique même comment on a voulu lui faire le coup que les Etats-Unis avaient déjà fait à Aristide en l'enlevant sous prétexte de le protéger ; sont aussi filmées des scènes étonnantes comme celle où, durant une séance tout à fait officielle, au moment où Bill Clinton monte sur l'estrade pour prendre la parole, le Président Préval se lève et quitte ostensiblement sa place et la salle. Tout cela illustre bien le climat dans lequel se déroule cette fameuse "coopération humanitaire" qui est, sans cesse, marquée par de constants différents et accrochages entre les O.N.G. et le gouvernement haïtien qui souvent ne brille pas ni par l'initiative, ni par l'honnêteté.

Le témoignage le plus copieux et qui m'a paru le plus intéressant est celui de Jean-Max Bellerive qui s'exprime très longuement, souvent avec franchise et beaucoup de détails ; il rappelle que, dans un contexte où la notion même d'O.N.G. est extrêmement floue, on en a compté un moment jusqu'à 4000 dans le pays ! Dans ce même blog en 2010, j'ai eu ainsi l'occasion de m'interroger sur des expéditions humanitaires françaises qui prétendaient amener en Haïti des psychologues (une de nos spécialités nationales avec le sureffectif administratif et le steak-frites) pour soigner les malheureuses victimes de la catastrophe. Tous ces braves gens devaient ignorer sans doute que la grande majorité des Haïtiens ne sont francophones que sur le papier ou dans les statistiques démo-linguistiques québécoises et qu'il doit y avoir en France un nombre très réduit de psychologues assez familiers avec le créole haïtien pour pouvoir en user dans leurs thérapies.

Pour conclure sur un aspect qui pourrait sembler mineur, j'ai été personnellement frappé par la très faible présence de la France dans ce film ; à peine entrevoit-on un moment (il disparaît aussitôt) l'ambassadeur de France, Didier Le Bret (mais qui ne "grogne" pas ; petite blague pour ceux qui, comme moi, savent par coeur, depuis l'enfance, Cyrano de Bergerac!) ; il avait pourtant demandé à être nommé en Haïti et son séjour là-bas a dû, à mon avis, fortement le décevoir.

Sur le plan linguistique, il est curieux de constater que dans ce film on entend à peu près jamais de français (une des deux langues du pays) enregistré en Haïti ; l'essentiel des propos enregistrés est soit en anglo-américain, soit en créole ; encore faut-il souligner que, si je me souviens bien, celles et ceux qui s'expriment le plus fréquemment en français me paraissent être Belges ou Québécois. Il y a là, une fois de plus, les signes de la vieille stratégie américaine d'éviction du français que la politique française ne fait que favoriser tout en la dénonçant !

Il serait bon qu'un tel film, avec les commentaires adéquats, soit projeté aux diplomates qui, au Quai d'Orsay, ont la charge d'Haïti, comme aux décideurs de l'OIF et de l'AUF, car cela pourrait peut-être inciter tout ce petit monde à avoir enfin, puisque, après tout c'est là leur job, une politique un peu mieux adaptée et un peu plus réaliste.

jeudi 6 décembre 2012

Les enfants du malheur : Tchad et Haïti

Le 26 janvier 2010, une quinzaine après le terrible sinstre d'Haïti, j'ai publié ce post qui complète ceux que j'ai reproduits depuis deux jours et qui retrouvent, hélas, toute leur actualité avec le procès de l'Arche de Zoé et, bien plus grave, la perpétuation de la situation haïtienne.
"
"J’observais, dans mon post de samedi « Haïti : adoptés ou « restavek »? » que ces questions d’adoption des enfants haïtiens suite au séisme me rappelaient, à certains égards, l’affaire de l’Arche de Zoé. J’ai reçu d’Orange, pour ce texte un intéressant et long commentaire qui je me permets de publier, comme je le fais parfois, dans la mesure où, vu le décalage dû à l’envoi et à la mise en ligne, les commentaires qui sont ajoutés au post qu’ils concernent, échappent souvent à l’attention des lecteurs quotidiens de ce blog.
Voici donc le commentaire d’Orange :
 
« Un enfant qu’il soit en zone détruite par une catastrophe naturelle ou dans une zone de guerre est forcément en danger…..Ces petits Haïtiens doivent être rapatriés tout comme auraient dû l’être les 103 enfants de l’Arche de Zoé dont tout le monde se fout de savoir s’ils sont heureux en zone sécurisée auprès de leurs pseudo-parents ou même si ils sont encore vivants…..Le monde ne se voit pas par le petit trou qu’on a bien voulu nous montrer….
 
L’UNICEF avait promis un suivi des 103 enfants réunis par l’Arche de Zoé, elle devait s’assurer de leur santé et de leur scolarité. Aujourd’hui, aucune nouvelle d’aucun enfant…Toute demande d’information reste lettre morte. Etonnant de la part d’une association si sûre d’elle et certaine du fait que ces enfants pouvaient retourner vivre ou (survivre) dans la zone frontalière Tchad /Soudan ? Pourquoi ce silence ? Où sont les enfants ? Qui s’en inquiète aujourd’hui, alors que ceux-là même qui leur prêtaient des familles, concédaient qu’ils avaient besoin d’assistance ?
 
Il faut aller au delà des évidences véhiculées par les médias et qui arrangent, en premier lieu, les Etats et les organisations soumises aux exigences de ces Etats. Effectivement, il ne faut pas tout confondre. Les enfants haitiens concernés par une adoption doivent être rapatriés en France, ce qui ne serait qu’une accélération des procédures en cours. Question de bon sens et mesure d’urgence. Les enfants pris en charge, soignés et nourris par l’Arche de Zoé pendant deux mois, n’étaient pas concernés par une procédure d’adoption. Ils étaient réfugiés d’une zone de guerre, orphelins et originaires du Darfour dans leur quasi-totalité. Ils devaient venir en France pour se reconstruire et vivre en sécurité. Les puissants en ont décidé autrement. ….
 
J’ajouterai que, pour les 103 enfants de l’Arche de Zoé, aucune partie civile n’avait pu être identifiée dans cette mascarade de procès et que ceux qui se prétendaient “parent” d’un de ces enfants n’ont pas pu le prouver et enfin que le tribunal à N’Djamena avait systématiquement refusé des tests ADN mis à disposition gratuitement.
 
La vérité est ailleurs à ne pas en douter il suffit d’être un peu intelligent pour comprendre que finalement ces 103 enfants de cette affaire politico-diplomatique ou ces pauvres petits Haïtiens sans famille ne sont pas si importants par rapport à d’autres enjeux, qu’ils soient économiques, politiques, diplomatiques ou autres malheureusement....Ne faisons pas de même avec ces petits Haïtiens ! Pendant que nous nous posons des questions (à savoir s’ils ont des parents ou pas), ils errent dans les rues, affamés. Combien de temps tiendront ils ?????? Avons nous bonne conscience, bons penseurs que nous sommes?"
 
Si l’on m’a lu, on aura déjà compris que je suis tout à fait d’accord avec ce point de vue. Le seul détail sur lequel je voudrais ajouter quelque mots au propos d’Orance, concerne l’UNICEF, dont j’ai souligné dans mon post le rôle ambigu.
Orange dit « l’UNICEF […] association si sûre d’elle…] ». Or, contrairement à ce que beaucup de gens pensent (j’ai vérifié, avant d’écrire ces lignes), l’UNICEF n’est pas une organisation non gouvernementale, une ONG, mais une Agence de l’Organisation des Nations Unies (ONU) qui, créée en 1946, se nommait au départ « United Nations International Children's Emergency Fund ». Elle a concervé son acronyme quand elle a changé de nom pour devenir « United Nations Children's Emergency Fund ». Je ne sais pas ce qui a justifié cet important changment de dénomination mais, en tout cas, on a conservé l’ancien sigle. Son budget avoisine les 3 milliards de dollars et ses frais de gestion et d’administration approchent les 100 millions de dollars. Les agents de l’UNICEF (je ne parle pas ici des « ambassadrices » folkloriques » style top-model) ont donc le statut de fonctionnaire international avec les hauts niveaux de rémunération et les grands avantage fiscaux (pas d’impôts) qui s’attachent à ce type de fonction.
L’une des actions majeures de l’UNICEF a été la rédaction de la Charte des droits de l’enfant, dont l’existence des « restavek » haïtiens apporte la preuve de la grande efficacité, puisque Haïti a signé cette charte en 1994 et qu’il y en avait plus de 170.000 dans le pays avant le séisme!
Et combien après ?"
Hélas, trois ans après les choses n'ont fait qu'empirer !

samedi 1 décembre 2012

La fin de la récré à l'UMP ?



MDR sera désormais plus l'acronyme définitoire de l'UMP.

La formule a l'avantage d'offrir un double sens; l'un classique, calqué (comme toujours hélas) sur le LOL américain, "mort de rire" (c'est la formule qui convient, en la présente circonstance aux spectateurs du guignol politique français) ; l'autre, nouveau et qui vient de sortir, de "mort(s) de ridicule" qui s'applique lui aux marionnettes de la scène politico-électorale.

Le maître, Monsieur Nicolas, vient, en effet, de siffler la fin de la récré. Dans son indulgence et sa grande bonté, il a donné aux deux cancres 72 heures pour remettre les choses en place et se rabibocher, sans d'ailleurs (pas fou) indiquer la formule qu'il souhaite. Faute de quoi, ce sera la punition générale voire la fessée.

Naturellement, comme il faut bien trouver des coupables ou au moins des responsables ailleurs qu'entre soi, on s'en prend donc aux instituts de sondage (dont on ne cesse de nous répéter qu'il ne faut pas les croire!) qui, suivis comme leurs ombres par les journalistes, avaient prévu la victoire totale de Fillon.
 
On se demande en revanche pourquoi, sinon par paresse et par habitude, ils n'avaient pas sondé le corps électoral lui-même, fort mystérieux il faut le dire jusque dans son étendue réelle ( 310 000 adhérents se flatte-t-on là-bas mais 170 000 votants théoriques dont 35 000 procurations quelque peu suspectes) et surtout dans sa composition même puisque seul un des deux candidats détenait la liste exacte et secrète des électeurs). On aurait sondé les sympathisants, ce qui est une définition bien vague.
 
Quant au scrutin, les conditions du vote auraient été pour le moins étrange avec des locaux choisis par l'équipe de Copé non sans calcul. Ainsi à Nice, fief des partisans de Fillon, beaucoup de gens n'ont pas pu voter vu l'exiguïté et le caractère quasi inaccessible de certains bureaux de vote. On comprendra que, si l'on y ajoute à tout cela, les diverses manipulations lors du dépouillement et surtout l'oubli opportun de trois départements où Copé n'était, semble-t-il, pas majoritaire, ce qui faisait que l'omission de ces terres lointaines entraînait sa victoire finale, il faut dire que le pronostic n'était pas facile.

Le résultat est que les Haïtiens et les Congolais (entre autres peuples du Sud qui ne bénéficient pas de notre beau régime démocratique et dont les élections sont souvent l'objet de la critique voire de la risée de notre presse) sont à leur tour morts de rire devant le spectacle que le plus grand parti de France, grande donneuse de leçons, leur a donné dans l'élection (toujours en cours) de son président.

C'est samedi et j'ai du boulot car je voudrais essayer d'avancer voire de finir un livre que j'ai eu la faiblesse et la sottise d'entreprendre.

lundi 26 novembre 2012

L'UMP à l'école : arithmétique et géographie


Si la bataille de chiffonniers qui se déroule actuellement à l'intérieur de l'UMP m'amuse, comme toute la France, pour reprendre une formule chère à Jacques Chirac et à laquelle je ne me risquerais pas sans cette illustre référence que j'assortis ici de prudents guillemets "ça m'en touche une sans faire bouger l'autre !". En d'autres termes, je suis totalement indifférent aux dissensions internes d'un parti qui ne me concerne en rien.

En revanche, deux aspects me paraissent extravagants et je suis étonné qu'ils ne fassent ni l'objet d'un débat interne à l'UMP (ce qu'explique évidemment la mauvaise foi totale du président potentiel qui, sur ce terrain, bat, de très loin et très nettement, son adversaire), ni surtout d'observations de la part de la presse que j'ai pu lire.

Si j'ai bien compris (et vous m'arrêterez et me corrigerez si je me trompe), les élections UMP ont eu lieu le dimanche 18 novembre 2012. Alors qu'on attendait les résultats pour le soir même, il n'en a rien été et, après que les candidats, contre toute attente, eurent, chacun de leur côté, annoncé leur victoire, il a fallu attendre le mardi 20 novembre 2012 pour que la commission bégayante (dans sa dénomination de COCO je ne sais quoi comme dans son activité) annonce enfin que Jean-François Copé était vainqueur avec un écart de voix très réduit qui, dans les premières annonces, allait de 93 à 98 avant de s'arrêter pour finir sur 98. Edifiant !

Il a été unanimement constaté que le vote lui-même avait été extrêmement long et que certains électeurs, au bout d'une heure ou deux d'attente, avaient renoncé (sans doute vu leur âge) à participer à ce scrutin, lassés qu'ils étaient d'attendre ou pris de malaises. L'explication avancée était que, outre le choix d'un candidat (entre Copé et Fillon), ils avaient à se prononcer sur des motions (quatre je crois), procédure dont on voit mal pourquoi elle pouvait si considérablement retarder les opérations de vote. Tout cela était-il une ruse pour expliquer qu'à peine plus de la moitié des 310.000 adhérents avaient pris part à ce scrutin si important?

Les deux candidats ont dénoncé, en termes vagues, des manœuvres frauduleuses de leur adversaire, mais, comme la commission électorale avait rendu son verdict à partir de résultats (que personnellement je n'ai jamais vus nulle part avec mention des scores de chacun des deux candidats ni de mention des bulletins nuls) et que les partisans de l'un et l'autre camp, qui se trouvaient dans cette commission, avaient approuvé ces résultats le mardi 20, on peut admettre qu'ils étaient, dès lors, définitifs, quelles que soient, par ailleurs, les réserves qui pourraient être faites dans la suite.

Bref ! Mardi 20 novembre 2012 au soir, tout était donc réglé de façon définitive.

Mais est apparu mercredi 21 un élément nouveau, de nature tout à fait différente car il ne s'agit en rien d'une fraude classique mais d'une erreur de la Commission électorale et qui, de ce fait, est SEUL, en revanche, susceptible de modifier ces résultats car il s'agit de l'omission (inouïe) par la commission électorale des votes de divers lieux exotiques. On a parlé d'abord de Mayotte, puis ensuite de la Nouvelle-Calédonie et de Wallis-et-Futuna dont les résultats n'auraient pas été pris en compte par la commission dans la totalisation et le décompte opérés du 18 au 20 novembre 2012. Ces omissions ont été dans la suite reconnues et confirmées par le président de ladite commission.

La seule issue possible à pareille situation était dès lors des plus simples. On gardait les résultats annoncés mardi (qui donnaient Copé vainqueur de 98 voix) et on ajoutait à ces résultats, approuvés par tous et entérinés par la commission pour tous les autres lieux de vote, les voix qui résultaient de la prise en compte des trois lieux omis (Mayotte, Nouvelle-Calédonie, Wallis-et-Futuna). On peut évidemment s'étonner d'un tel oubli et le fait que ces votes aient eu lieu avant ( le samedi 17 et non le dimanche 18), comme toujours, en raison du décalage horaire, n'est évidemment pas une excuse, même s'il peut, éventuellement, constituer une explication.

Pourquoi cette solution si simple, si logique et ajouterais-je la seule qui soit égale n'a pas été retenue ? Je n'en sais rien mais vu les conditions dans lesquelles se sont déroulés ce scrutin et l'établissement de ces résultats, il n'y a pas lieu de s'étonner. Tout semble indiquer que les membres de cette commission ne savent pas compter et les lenteurs sur l'établissement des résultats comme les incertitudes concernant les écarts de voix, si minimes qu'ils soient, le confirment. Tout cela me fait penser aux dernières présidentielles congolaise ou haïtienne, ce qui est tout sauf flatteur pour une démocratie !

Si, à l'UMP, on ignore l'arithmétique élémentaire, on n'est guère meilleur en géographie. L'association de territoires du Pacifique (la Nouvelle-Calédonie et Wallis-et-Futuna) et de Mayotte (qui se situe dans l'océan Indien) a de quoi étonner. L'explication par le décalage horaire aurait dû conduire, dans ces conditions, à intégrer à cet ensemble La Réunion qui, faut-il le rappeler, se situe à l'Est de Mayotte (les Comores sont dans le Canal de Mozambique!) et qui donc aurait dû être incluse dans la zone oubliée.

Tout cela est parfaitement abracadabrant(esque) comme disait l'autre et on ne peut que frissonner rétrospectivement en pensant que ce parti a gouverné la France dans la décennie qui vient de s'écouler.

Petite blague sans rapport avec ce sujet pour finir un peu plus gaiement. On a lu, dans toute la presse, un à peu près sur l'"ayraultport de Nantes", mais on ne semble pas avoir pensé à le prolonger avec "l'Ayraultport de Notre Dame d'Hollande", Ségolène, dans sa Charente voisine, est pourtant parfaite en Notre Dame pour compléter le trio de l'Ouest socialiste!

mardi 30 octobre 2012

Haïti : « restavek» ou adoptés ?


Tout à fait par hasard, j'ai zappé, dimanche 28 octobre 2012 sur TF1, au moment même où passait un reportage sur les "restavek" haïtiens ; il avait d'ailleurs pour moi un léger parfum de réchauffé car ce ne doit pas être le premier sur la question. J'ai constaté, lundi matin, dans mes statistiques que mes posts anciens sur le sujet avaient connu une fréquentation inhabituelle, probablement de part de gens qui ayant vu le documentaire à la télé ont dû taper "restavek" dans Google pour en savoir davantage.

Tout cela m'a rappelé les débats incompréhensibles qui ont eu lieu en France en 2010-2011 (on n'y pense plus guère aujourd'hui) et la position invraisemblable de la France et du ministre Kouchner en particulier sur laquelle est fort heureusement revenue Michèle Alliot-Marie qui lui a succédé au Quai d'Orsay. Pour connaître un peu la situation de ces enfants en Haïti, je n’ai pas du tout les mêmes scrupules que bien des gens que j’ai entendu alors s’exprimer, sur ces questions d'adoption, pour faire part de leurs craintes de voir se mettre en place d'hypothétiques trafics d’enfants.

De tels agissements ne sont certes pas exclus, mais, en pareil cas, il faut mettre en balance les avantages et les inconvénients des solutions. Or, entre un orphelin de trois ans restant en Haïti, privé de sa famille d'une façon ou d'une autre (qu'il soit orphelin, qu'il ait été "placé" comme on disait autrefois en France, ou parfois même plus ou moins vendu) et réduit à devenir "restavek", et le même enfant, venant en France pour y entrer dans une famille qui l’espère et l’attend de toutes ses forces, même si elle a plus ou moins payé pour l'adopter, je n’hésite pas même une nano-seconde avant de trancher en faveur de l’adoption. N'oublions pas qu'il y a en France des dizaines de millers de demandes d'adoption non satisfaites!

J’hésite d’autant moins que je connais, hélas, bien la sinistre pratique des « restavek », que j'ai été sans doute le premier à signaler et à dénoncer, après le "goudou goudou" du 12 janvier 2010.
Le film de TF1 redisait, sur le sort et la condition des "restavek" haïtiens,  ce que j'ai moi-même répété et qui a déjà été montré dans un film précédent, mais il avait l'immense inconvénient de doubler en français tous les propos, tous tenus en créole bien entendu mais dont on n'entendait pas un seul mot, au lieu de les sous-titrer. Nombre de téléspectateurs français ont donc dû en conclure que tout le monde parle français dans ce pays, si joliment et si fallacieusement dit "francophone"!

J'ai consacré plusieurs posts à cette question ; je ne reviens donc pas sur les faits eux-mêmes ni sur les conséquences du séisme sur les procédures d’adoption engagées par des parents français. Nombre de ces procédures se sont trouvées inévitablement interrompues par la destruction, dans la catastrophe, des documents et/ou des dossiers administratifs, tant dans les lieux privés que publics.

Les événements d’Haïti, en dépit des immenses différences, ont souffert en outre de la comparaison  avec l’affaire de l’Arche de Zoé, survenue en Afrique et dont on n'a plus guère parlé ensuite, comme toujours. Celui ou celle qui sait exactement quelle en fut la conclusion gagne la traditionnelle tringle à rideaux!

Loin de moi l’idée de défendre les olibrius de cette association ! En revanche , je reste très sceptique quant aux preuves administratives qu’on a semblé vouloir alors exiger, aux confins du Soudan et du Tchad ( !), de la part des parents, soit pour leur rendre des enfants dont ils prétendaient qu’ils étaient les leurs, soit pour leur accorder une indemnisation du « préjudice » moral. Ubuesco-kafkaien dans ces contextes africains, mais le Père Soupe, comme l’adjudant Tifris, ne veulent pas le savoir!

Comme beaucoup d'Haïtiens ( je suis bien placé pour le savoir),  les dictionnaires du créole local sont souvent très discrets (pour ne pas dire mensongers parfois) sur la définition même de ce terme, ce qui est assez significatif sur le tabou linguistique qui frappe cette pratique. Ainsi lit-on dans le Ti diksyonnè kreyol-franse (1976) : « Restavek : domestique (attaché depuis l’enfance à une famille [Ah qu'en termes galants ces choses-là sont dites !] Gen de restavek ki pa konn manman yo : il y a des domestiques qui ne connaissent pas leur mère.[ce cas est celui de tous] ». L’exemple en dit plus que la définition ! La traduction "enfants esclaves" utilisée dans le film correspond infiniment mieux à la cruelle réalité.

En effet, le statut du « restavek » (< rester « habiter, être » + avec) est bien plus proche de celui d’un esclave que de celui d’un domestique, puisque le point principal est qu’il s’agit d’un enfant qui vit dans une famille qui n’est pas la sienne et qui y travaille très dur sans être payé ne recevant de ses maîtres que le gite et le couvert, l’un et l’autre étant réduits au strict minimum, et souvent même à un peu moins.

C’est en Haïti une pratique très ancienne (d'origine française et non africaine) que l’aggravation de la situation économique a contribué à maintenir. La catastrophe de 2010 et l'état actuel du pays ont donc peu de chances de la faire reculer, bien au contraire. Je ne citerai ici, pour étayer mon témoignage, qu’un bref extrait d’un document de l’UNICEF dont la position et le comportement dans le passé post-séisme n'ont pas toujours aussi clairs comme je l'ai montré dans mes posts : « Le travail d'un enfant domestique [restavek] est souvent très dur, jusqu'à l8 heures par jour. L'enfant-restavek, parfois âgé de 5 ans seulement, fréquemment sous-alimenté, ne reçoit aucune instruction et aucun salaire, la loi haïtienne ne prévoyant pas de rémunération pour ce type de travail. L'enfant "restavek" subit, parfois, des violences physiques ou sexuelles. Il est souvent coupé de tout lien avec sa propre famille, en raison des distances qui les séparent, de l'analphabétisme et de l'absence de tout moyen de communication ».

Le phénomène est donc loin d’être marginal puisqu’on estimait, avant le séisme de 2010,  le nombre des restavek à plus de 170.000, soit environ 8% des enfants ou des adolescents entre 5 et 17 ans, la plupart d’entre eux étant naturellement originaires des zones rurales et, bien entendu,  totalement déscolarisés. Ce nombre dépasserait aujourd'hui les 200.000 et la généralisation de la scolarisation promise est bien loin d'être en route.

Faut il en dire davantage ?

Vaut-il mieux que des enfants, devenus orphelins à la suite du séisme ou dont les parents, déjà pauvres, ont perdu leurs dernières ressources dans cette immense catastrophe ou dans celles qui ont suivi, dont Sandy, la plus récente, deviennent des « restavek » (ce qui a toutes chances de leur arriver) ou qu’ils soient adoptés par des familles françaises, qui souhaitent en faire leurs enfants, fût-ce, pour une infime minorité, dans des conditions peut-être un peu incertaines voire hasardeuses au strict plan administratif ?

Pour moi, je le répète, je n’hésiterais pas une seconde, mais je ne suis pas à la place des décideurs à manches de lustrine qui ignorent tous des questions qu'ils traitent !


mardi 17 avril 2012

Haiti recto verso

Les lecteurs de ce blog ont pu constater que je consacre de temps à autre un blog à Haïti, après avoir beaucoup écrit sur le sujet au cours de l'année du séisme du 12 janvier 2010. J'ai même réuni mes blogs et les commentaires les plus intéressants qu'ils avaient suscités dans un livre paru à l'Harmattan sous le titre Gougou Goudou [nom onomatopéique de la catastrophe en créole haïtien] : une année de terreur, d'erreurs et de rumeurs.
En effet, au départ, la plupart de mes blogs étaient destinés à corriger les erreurs ou les sottises de la presse française. J'ai depuis consacré quelques textes à différents aspects de la situation haïtienne ; l'examen des localisations de mes lecteurs (rien n'échappe à Google Big Brother) me montre que ces textes sont lus par quelques Haïtiennes et Haïtiens au pays mais aussi aux États-Unis ou au Canada par d'autres qui sont sans doute des membres de la diaspora. Je connais certaines et certains de ces lecteurs et mes textes sont donc parfois des formes de messages à leur intention.
Les situations haïtiennes, en particulier au plan politique, sont si complexes qu'un étranger comme moi a beaucoup de peine à s'y reconnaître ; du fait même que je suis étranger, j'ai aussi souvent quelque scrupule à exprimer, sur les situations haïtiennes, des points de vue peut-être biaisés par mon ignorance, bien que je m'efforce de suivre les choses à partir des quotidiens haïtiens, désormais aisément accessibles sur Internet.
Le hasard m'a récemment mis en contact à Marseille, à la clinique Clairval, avec le Docteur Jonas Jolivert, neuro-chirurgien d'origine haïtienne, qui est le collaborateur proche du professeur Graziani, neuro-chirurgien éminent qui opère dans cette clinique. Bien entendu, nous avons beaucoup parlé d'Haïti et surtout le Dr Jolivert m'a donné l'adresse de son blog  < haitirectoverso.blogspot.fr > que j'ai aussitôt consulté et qui m'a paru à la fois admirable et passionnant. J'en ai fait connaître l'adresse à quelques amis qui s'intéressent à  Haïti et tous ont partagé l'enthousiasme que m'avaient inspiré sa visite et sa lecture.
Je pense qu'il est donc plus sage, plutôt que de m'aventurer sur le terrain de la politique haïtienne, de plus en plus complexe, mouvante et glissante au fil des jours, de vous suggérer de consulter régulièrement le site (sans tréma sur Haiti) où vous trouverez une information à la fois précise, sûre et diverse car le Dr Jolivert est un observateur vigilant des réalités haïtiennes auquel rien n'échappe.
Je vous recommande donc cette lecture, car non seulement ce blog est parfaitement informé dans tous les domaines, mais il est, en outre, très richement illustré, ce qui ne gâte rien bien entendu!

jeudi 17 mars 2011

« Nous sommes tous des Japonais »

« Nous sommes tous des Japonais ».

Bernard Kouchner, hier chez Elkabach sur Europe 1 à 8 heures et quart, n’était pas peu fier de sa formule, même s’il ne peut pas ignorer qu’elle a déjà beaucoup servi et que, dans l’année précédente, un clou chassant l’autre, nous étions déjà tous des Haïtiens après les 230.000 morts du séisme de Port-au-Prince, en janvier 2012, car si les Haïiens n’ont pas eu de menaces nucléaires, un ou deux cyclones sans compter une épidémie de choléra ne les ont pas empêchés de sombrer dans l’oubli. Sur le registre plus personnel mais dans le même esprit, J.F. Kennedy avait déjà manifesté sa solidarité avec les Berlinois lors du blocus soviétique de la ville par son fameux « Ich bin ein Berliner !).

A ma connaissance, le plus ancien usage d’une telle formule se trouve dans la tradition orale française, reprise dans le monde créole. Dans l’océan Indien, dans la série des contes de « Petit Jean » (localement « Ti zan ») se trouve un récit qui illustre déjà cette formule. Le récit est quelque peu mâtiné de Petit Poucet, puisque Petit Jean y a huit frères, de telles osmoses étant courantes dans les récits oraux créoles. Poursuivi par un méchant ogre qui veut le dévorer, ce dernier persuade leur hôtesse de faire porter à Petit Jean un « langouti » (vêtement indien) rouge pour qu’il puisse le distinguer des autres avant de le manger. Petit Jean, le « trickster » rusé et méfiant, coupe en dix le langouti rouge et en donne un morceau à chacun des frères. L’ogre venant le lendemain dévorer sa victime désignée et cherchant « Ti zan langouti rouz » voit tous les enfants porteurs du même langouti rouge et s’entend alors répondre, « Nou tous Ti Zan langouti rouz ! » (= nous sommes tous Petit Jean au langouti rouge).

Impatiente lectrice et impétueux lecteur, je vous entends déjà maugréer en vous demandant où je veux en venir en sautant ainsi de Bernard Kouchner à Petit Jean (sans faire, je le jure, la moindre allusion à la taille de ces deux héros).

Je veux simplement en venir au sujet du jour, l’état de la centrale nucléaire japonaise et les conséquences imprévisibles du séisme et du tsunami.

Comme toujours, on nous abreuve d’images repassées en boucle et souvent données comme originales après une bonne demi-douzaine de (re-)diffusions. J’entendais récemment regretter par un/une de nos journalistes, l’absence de vues des cadavres (je vous jure que c’est vrai !). Ce sont des images que s’interdisent, paraît-il, (hélas pour nous) les Japonais. Nous ne sommes donc pas tout à fait des Japonais, car nos télés, en revanche, sont très friandes de tels spectacles, même si elles nous préviennent toujours de leur horreur, avant de les diffuser, comme toutes les publicités, obsédantes et racoleuses, pour les aliments gras ou sucrés, l’alcool et les jeux, ne manquent jamais de nous prévenir des graves dangers de la consommation de ces produits dont elles font néanmoins, sans états d’âme ni remords, la « réclame » !

Le plus clair est que l’on entend guère, dans nos médias, que des journalistes, totalement ignorants des questions en cause, ou des responsables administratifs ou commerciaux (secrètement ravis, en fait, d’une catastrophe lointaine qui devrait gravement compromettre la production japonaise sur le marché très concurrentiel du nucléaire), mais très rarement de vrais spécialistes qui pourraient nous apporter des informations intéressantes qui souvent d’ailleurs ne sont pas communiquées par les autorités japonaises.

Je me limiterai donc à un seul point, indéfiniment ressassé et qui est la comparaison entre Tchernobyl et Fukushima, comparaison à propos de laquelle je serai ravi d’ouvrir mon espace éditorial à Olivier s’il veut bien faire ici un effort.

A propos du fameux « nuage », dont on nous menace pour la suite, et qui avait circulé, après Tchernobyl au-dessus de l’Europe (en évitant toutefois la France grâce à la vigilance de nos autorités de l’époque et à l’anticyclone des Açores) j’ai entendu un vrai savant dire que les deux catastophes était très différentes, ce qui rendait leurs conséquences très différentes aussi à cet égard.

Dans le cas de Tchernobyl (26 avril 1986), le programme soviétique mis en place là-bas relevait de la filière de réacteurs RBMK-1000, réacteurs à eau ordinaire modérés par du graphite ; ce modèle, dont l’usage remontait aux années 70, était utilisé exclusivement dans les républiques de l'ex-URSS (Tchernobyl, rappelons-le, est en Ukraine, au Nord de Kiev). Le fameux « nuage » de Tchernobyl, si j’ai bien compris (mais l’avis d’Olivier serait précieux), était formé surtout de particules de graphite radioactives, suceptibles d’une durée de vie et d’action très supérieures à celle des particules d’eau qui forment les « nuages » de Fukushima.

On parle de « nuages » dans tous les cas, mais on doit sans doute distinguer ceux qui sont formés d’eau de ceux qui, comme dans le cas de Tchernobyl, sont constitués de particules solides, du graphite dans ce cas ou de particules volcaniques (sans danger pour le coup même si ces nuages sont fort gênants) dans le cas de l’éruption du volcan islandais qui a mis en émoi naguère le ciel européen.

Ne pourrait-on nous traiter comme des adultes au lieu de ne nous offrir que de scoops éculés et des interviews insipides de voyageurs qui n’ont rien d’autre à nous dire que leurs préoccupations personnelles ?

mardi 18 janvier 2011

Le bal des présidents.

L'Organisation Internationale de la Francophonie ne va pas tarder à devoir ouvrir une nouvelle direction chargée du suivi des élections présidentielles dans les Etats-membres de l’OIF.

La Tunisie est venue, en effet, s'ajouter à la Côte d'Ivoire et à Haïti dans la série des crises présidentielles.

Un mot cependant sur les conditions précises du départ du président Ben Ali. Il se trouve en effet que j’ai suivi, avec beaucoup de vigilance et dans leur détail, les dernières heures de Ben Ali. Trois faits se sont succédés dans les 90 minutes qui ont précédé sa décision de départ.

Vers 17:00, en effet, le président Ben Ali a annoncé le limogeage de son gouvernement et une heure après il a donné l'ordre de tirer à nouveau sur les manifestants, ce qui était pour le moins inattendu après une telle annonce. À 18:30, Ben Ali décidait de prendre la fuite. Que s'était-il donc passé ?

Mon hypothèse, qui n'a rien de très original, est que le président s'est rendu compte, après avoir donné l’ordre de tirer, que l'armée, sur laquelle il comptait en dernière analyse, ne lui obéirait pas. Comme l'avaient fait, en 1907, les hommes du 17ème régiment d'infanterie de Béziers, a qui l'on avait donné l'ordre de tirer sur les vignerons qui manifestaient, les soldats tunisiens ont « mis la crosse en l'air ». Les auteurs tunisiens, qui ne manquent pas, n’ont plus qu’à se mettre au travail, comme l'avait fait Montehus, pour écrire le texte qui deviendra le premier chant révolutionnaire du futur État démocratique tunisien. Ce sera le « Salut à vous, braves soldats de Tunis », sur le modèle classique du chant qu’ont appris, dans leur jeunesse, tous les enfants de la gauche française, à l'époque où il y en avait encore une « Salut à vous, braves soldats du 17ème... Vous auriez, en tirant sur nous, assassiné la République ».

En Côte d'Ivoire se prolonge depuis bientôt deux mois le pas de deux des présidents Gbagbo et Ouattara, sans qu’on perçoive de signe annonçant la fin de leur ballet politique. Il en est un peu de même en Haïti, même si la disposition protocolaire des candidats sur le podium tend à être modifiée par la Commission d'experts internationaux, le chanteur Martelly se voyant offrir la deuxième marche d'où l’on voudrait faire descendre le candidat du président qui, sans être son vrai gendre, serait, selon certains, le père de son petit-fils.

Il semble bien que le jeu du président René Préval soit de faire traîner les choses pour prolonger jusqu'à mi-mai 2011 le mandat qu'il exerce. Il n'en avait pas fait mystère au départ, mais l'opposition unanime à cette idée l'avait conduit à feindre d'y renoncer. Dans sa recherche de procédés dilatoires, Préval a imaginé de demander la nomination d'une commission d'experts internationaux dont il conteste désormais les résultats.

Sont-ce les figures chorégraphiques prolongées de l’élection présidentielle haïtienne qui ont conduit Jean-Claude Duvalier, « Baby Doc », a imaginer de revenir dans le pays qui l’avait chassé du pouvoir (« déchouqué ») il y a 25 ans ? Il a dû se souvenir soudain qu'après tout, il était « président à vie de la république d’Haïti » et que l'article 41 de la constitution de 1987 interdit l'exil des citoyens haïtiens. Comme nulle poursuite n'était engagée contre lui, ni au plan national et au plan international, et que maintenant, de nouveau, Air France assure un vol direct entre Paris et Port-au-Prince, il a décidé de revenir au pays, sans éclairer quiconque sur ses intentions.

Il faudrait clairement, dans tout cela, une autorité supérieure qui mette fin à
une situation qui s'apparente, à la fois, au jeu des chaises musicales et au bal
des débutantes.

Les uns, comme Gbagbo et Ouattara à Abidjan, se disputent la même chaise présidentielle ; d'autres, qui n'en sont pas encore là, faute de deuxième tour, essayent d'obtenir le ticket donnant le droit d'entrer dans la danse ; le dernier venu, Jean-Claude Duvalier, fait, pour le moment, tapisserie, en attendant son tour, mais, sans trop d'angoisse, puisque, nous dit-on, il a déjà en poche son billet de retour (j’espère qu’il a pensé aussi au visa de retour en France !).

Ne faudrait-il pas, comme l’a déjà suggéré « Usbek Consulting and Co », qu'une autorité supérieure mette un peu d'ordre dans tout cela, quelles que soient les procédures envisagées. Elles peuvent soit relever du bon sens et la raison (Ouattara qui est un économiste (distingué) et musulman (très modéré) ferait un président tout à fait convenable pour la Tunisie, de même que Gbagbo, refaisant, quelques siècles plus tard, le voyage des « bossales » guinéens pourrait être un président fort présentable pour Haïti, souvent regardé comme un morceau d'Afrique), soit faire appel au pur et simple hasard, si, comme pour l’organisation des épreuves sportives internationales, on choisit de mettre dans des boîtes différentes les noms des postes à pourvoir et ceux des candidats potentiels, en laissant le sort décider des appariements ultérieurs.

Affaire à méditer et à suivre

mercredi 1 décembre 2010

Elections présidentielles en Haïti et en Côte d'Ivoire.

Le hasard a voulu que les élections présidentielles en Haïti et en Côte d'Ivoire aientt lieu le même jour, le 28 novembre 2010. Peut-être aurait-il fallu consulter les marabouts et les cauris pour éviter cette date semble-t-il pas été très heureuse dans les deux cas.

Les problèmes sont assurément différents.

En Haïti une foule de candidats (18 me semble-t-il, dont quelques-uns folkloriques, l’élection attirant les chanteurs !) mais surtout un corps électoral des plus incertains, en raison des insuffisances structurelles de l'état-civil local, mais surtout du séisme du 12 janvier 2010 qui a détruit une partie des archives en la matière. Établir, dans les délais et dans les conditions qui sont celles du pays, les cartes d'identité de tous les électeurs présumés n'a pas été, on le devine, une mince affaire et beaucoup de demandeurs n'ont pas été servis, tandis que d'autres l’auraient été plusieurs foid, dans des conditions quelque peu incertaines.

Il est donc difficile de savoir exactement dans quelles conditions se sont déroulées les élections haïtiennes (certains organismes américains ont parlé de « farce », tandis que d'autres commissions jugeaient les chose à peu près normales) ; il en est de même en Côte d'Ivoire où l’on a si on a évoqué des fraudes et même des destructions de bureaux de vote (dans le nord du pays surtout) et si le vote des expatriés ivoiriens en France même, a lui aussi été jugé sujet à contestations.

En dépit de circonstances quelque peu discutables dans le déroulement des opérations électorales, la situation n'est pas du tout la même dans les deux pays. En Haïti, il y a pléthore de candidats sans qu'on sache bien au fond quelles sont les réels favoris (un chanteur local semble bénéficier d'une grande faveur), tandis qu en Côte d'Ivoire l'affrontement se limite à deux hommes Laurent Gbagbo, président sortant, en place depuis 10 ans et ayant ralenti durant cette période tout processus électoral et Allassane Ouattara son principal et seul rival. Le problème est qu'à travers ces deux hommes, s'opposent deux régions (le Nord pour Allassane Ouattara, le Sud pour Gbagbo) et surtout, au-delà, deux religions, le Nord étant musulmans et le Sud chrétien ou animiste.

Quoique Allassane Ouattara soit né près de Yamoussoukro (où l'ancien président Houphouët-Boigny a construit sa gigantesque cathédrale), Gbagbo a essayé de mettre en doute et en cause son « ivoirité», la famille Ouattara ayant une origine lointaine hors de la Côte d'Ivoire dans une zone sahélienne plus vaste. Après une carrière ministérielle somme toute brillante, Allassane Ouattara,, économiste de formation, a été mis hors du jeu politique national par ses adversaires grâce à l'octroi d'une sinécure dorée au Fonds Monétaire International ce qui permettait de l'écarter, provisoirtement au moins, du débat ivoirien (Est-ce que cela ne vous rappelle pas quelque chose ?).

Le pire de tout est que non seulement risque fort de se ranimer dans cette affaire l'affrontement régional et religieux entre le Nord et le Sud qui a déjà fait bien des victimes, mais que les délais apportés dans le dépouillement de l’élection (et la situation est la même en Haïti) accréditent fâcheusement l'idée que ces retards sont mis à profit pour truquer les élections, comme si de telles opérations ne pouvaient pas se faire en quelques heures.

Avant le deuxième tour des élections, tout semblait donner à penser à une victoire de Gbagbo qui prétendait lui-même le résultat acquis. Or mardi 30 novembre 2010, alors que la commission électorale devait donner les premiers résultats ne, au moins pour les votes des Ivoiriens expatriés, de représentants de Gbagbo dans la commission électorale internationale ont interrompu la proclamation des résultats, en allant même jusqu'à déchirer les procès-verbaux que le président de cette commission se préparait à lire. De tels incidents donnent à penser que les partisans de Gbagbo qui jugeaient la victoire certaine sont désormais dans un état d'esprit un peu différent.

En Haïti, les retards dans la proclamation des résultats ne seront sans doute pas un élément très favorable pour la suite des événements, néanmoins il n'aura pas, on l'espère, de circonstances trop dramatiques. En revanche en Côte d'Ivoire tout donne à penser qu'on risque d'aller, dans de telles conditions, vers des affrontements violents entre le Nord et le Sud, dans lesquelles l'opposition religieuse n'est évidemment pas un élément favorable.

samedi 29 mai 2010

Vive le sport !

« Vive le sport ! » comme disait le nain sportif de France2, Gérard Holtz, un « journaliste » de plus au-dessus de sa condition. Le fait de montrer sa binette à la télé, en étant, en outre, très bien payé pour ça, en dépit de la médiocrité de ses prestations professionnelles, l’ a conduit à rêver de gloire artistique ! Je crois, en effet, avoir entendu dire qu’il avait tâté du théâtre, faisant mal la différence entre un public captif comme celui de France2 et un public qu’on doit attirer et qui, en outre, paye sa place (en plus fort cher en général).

Bref la nain sportit avait comme formule favorite « Vive le sport et France2 ». Non seulement, on devrait écarter des écrans des journalistes si médiocres, mais on devrait aussi interdire, dans les médias (télés et radios) « l’auto-publicité ». Le CSA, dans les rares moments où il sort de ses siestes inteminables, interdit, « sur les antennes » la publicité rédactionnelle ; de ce fait, sur RMC le matin, le Gardois de service à cette heure (Bourdin ne cesse de nous rappeler ses origines cévenoles) prend des mines de vierge effarouchée, quand l’un de ses auditeurs ou invités mentionne le nom d’une marque de quoi que ce soit. En revanche, chez Bourdin (comme chez Fogiel sur Europe1), il ne se passe pas cinq minutes « sur cette antenne », sans que le « patron » et l’un ou l’autre des intervenants stipendiés de la radio, en fasse la publicité (« Nous sommes les meilleuts !») ou , à défaut, en cite au moins le nom ! C’est la même chose sur toutes les chaînes et il serait bon qu’on s’y applique à soi-même la règle commune. La chose est d’autant plus exaspérante que la qualité des prestations est souvent loin de correspondre à l’enthousiasme qu’elles suscitent, du moins chez ceux–là mêmes , qui les fournissent. On n’est jamais aussi bien servi que...

A ce propos et avant d’en venir à mon sujet, car je vais bien finir par y arriver (mais c’est samedi et l’on peut musarder un moment), un mot comme toujours sur le professionalisme de nos journalistes. Ce matin, 29 mai 2010, sur France-Infos, 8 heures. Comme vous le savez peut-être, à France-Infos, on repasse sans cesse les mêmes sujets et entre les rediffusions, un(e) « journaliste » fait les « enchaînements » et surtout donne l’heure. Souvent, on commence par une erreur sur l’heure, ce qui donne des émotions à des auditeurs un peu préssés. Ainsi, ce main on annonce « 9 heures 7 » au lieu de « huit heures sept » ! Par hasard, la journaliste s’en rend compte et elle réctifié tout de suite. On repasse alors le sujet sur le compétition de football attribuée à la France. Budget annoncé par la journaliste « Un milliard 700.000 euros « ; Bof ! C’est 1 milliard 700 millions d’euros, mais au point où l’on en est, nous n’en sommes plus à 699,3 millions d’euros près. Dans le sujet qui suit, le journaliste donne le bon chiffre, mais, en revanche, dans son texte, préparé et rediffusé, il évoque des précédents, dont les Jeux Olympiques de 2000 à Athènes ! Sauf que c’était en 2004 et non en 2000. Des grands professionnels et des gens sérieux, comme je vous le dis !

Habile transition de ma part vers mon sujet : le succès de la France, qui a devancé la Turquie (d’une voix !) à Genève pour l’attribution du Championnat d’Europe de football.

Oubliés la dette, le chômage, les retraites, les gouffres abyssaux de notre dette et les perspectives sinistres de notre économie ! Sarkozy, qui avait pris le risque (bien mince car l’Italie était hors course depuis longtemps) de se rendre à Genève avec Roselyne, obtient enfin un succès,dérisoire à dire vrai ! Et voilà Rama Yade en première ligne et propulsée dans tous les médias !

Elle fait fort ce matin notre Rama : la France retrouve enfin « le bonheur » (je laz cite texto!) et qui sait « la richesse », puisque claquer près de 2 milliards à construire des stades (car soyez sûr qu’on ira très au-delà du 1,7 milliard dans l’addition finale) va relancer notre économie et réduire notre déficit et nos dettes ! On comprend un tel enthousisme de la part du moustachu président de la Ligue de Football, mais de la part d’un ministre qui, certes a des raisons de se réjouir de ce choix, on ne doit pas aller jusqu’à pareil délire, quelles que soieznt les consignes!

Rama en rajoute même, car comme elle part pour Haïti faire, comme tout le monde, son tour de piste caritativo-humanitaire, d’ailleurs de moins en moins obligé , au fur et à mesure que les mois passent. « Vive le sport » encore et toujours, car non seulement le football va sauver la France de la banqueroute, prévue par un Attali qui, lui, ne manque jamais un coup d’édition pour en faire son beurre (Françaises, Français ! Préparez-vous à la crise en ne dépensant pas bêtement vingt euros dans l’achat de son livre !). mais le sport et Rama Yade vont aussi et en plus sauver Haïit. Au lieu de se lamenter sur leur sort, les jeunes Haïtiens et les jeunes Haïtiennes vont faire du sport. On ne sait pas trop où ni comment, à moins que notre Rama n’apporte dans ses bagages quelques dizaines ou même centaines de terrains de sport. Puisqu’on rêve, pourquoi se gêner ?