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vendredi 7 mars 2014

La cour de Babel

« Ils viennent d’arriver en France. Ils sont Irlandais, Serbes, Brésiliens, Tunisiens, Chinois ou Sénégalais... Pendant un an, Julie Bertuccelli a filmé les échanges, les conflits et les joies de ce groupe de collégiens âgés de 11 à 15 ans, réunis dans une même « classe d’accueil » pour apprendre le français. Dans ce petit théâtre du monde s’expriment l’innocence, l’énergie et les contradictions de ces adolescents qui, animés par le même désir de changer de vie, remettent en cause beaucoup d’idées reçues sur la jeunesse et l’intégration et nous font espérer en l’avenir... » . Ne cherchez pas à en savoir plus, toutes les notices de promotion du film sont reprises, mot à mot, par toutes les annonces dans Google car J. Bertuccelli n’est pas Polanski !

Dans la présentation de ce film, sur Canal+ en ce jeudi 6 mars 2014, dans son « Grand Journal », il est clair que le plus mauvais a été, alors qu’il  était pourtant chargé d'ouvrir la séance, le ministre de l'éducation nationale Vincent Peillon. Il faut dire qu'à la différence de toutes les autres protagonistes, il n'avait pas répété sa prestation. Pour les autres, en effet, la séance du Grand journal comportait à peu près toutes les mimiques, répliques et situations qu'on trouve dans la brève présentation promotionnelle du film. Lui semble ne pas avoir répété sa modeste intervention !

Toutefois le mérite dans l'affaire revient peut-être plutôt à Freud qu'à Monsieur Peillon lui-même. Il nous a, en effet, sorti, un superbe et des plus opportuns lapsus, en disant « l'écueil » au lieu de « l'école » et, en se corrigeant aussitôt, ce qui était la meilleure façon d'attirer l'attention sur la chose. Quoi qu'il ait assez peu parlé, il nous en a sorti aussi une autre bien bonne, pour nous inviter à admirer l'école française, si scrupuleuse, si vigilante et si efficace dans l'accueil des étrangers non francophones, en disant (la citation est parfaitement exacte et vous pourrez vérifier) : « Regardez ce que fait la République là où elle est encore debout ! ». Je continue à ne pas en croire mes oreilles et je comprends tout à fait qu'avec des idées comme celle-ci, Monsieur Vincent Peillon envisage de quitter le 110 de la rue de Grenelle pour Strasbourg et le Parlement européen, qui sont des havres plus sûrs.

Cette petite séance du « Grand Journal » m'en a rappelé une autre sur laquelle j'avais même fait un billet que je pourrais peut-être retrouver. C'était au sujet du film « Entre les murs », car, comme vous le savez et c’est notre malheur, notre télévision sert essentiellement à faire la promotion des films dans lesquels les chaînes mettent des sous, ce qui est le cas de la plupart de nos nombreuses productions. Cofinancer un film revient en effet moins cher que d'acheter les droits d'un match de foot de notre misérable Première Ligue !

Cette émission a été, comme toujours, une simple forme de promotion pour je ne sais quel produit ou personnage ! Antoine de Caunes, qui hélas n'est plus ce qu'il était, et ne compte plus que sur les charmes  de sa Miss Météo (Daphné devrait se méfier !), s'est borné, en gros, à étirer comme du chewing-gum la présentation du film qu'on trouve à tous les étages de Google, avec les mêmes personnages, les mêmes répliques, les mêmes situations ce qui, offrait évidemment à ses yeux, la garantie que les trois minettes (pas de garçon bien sûr) nous donneraient ainsi une image assez flatteuse de leurs compétences en français grâce à des propos cent fois répétés.

Naturellement, il fallait aussi  jouer sur la séduction en prenant trois grâces (cachons les boudins !), un parfait échantillonnage de jeunes beautés exotiques, une Libyenne (bien blanche) pour l'Islam, une Guinéenne pour l'Afrique profonde et une Ukrainienne, qui, en outre, nous en a poussé une à la fin car elle chante, dans le film comme dans la présentation et comme dans le Grand Journal. C'est à la fois utiliser les physiques et les compétences, sans prendre de risques. Elles en ont d'autant moins pris pour la circonstance que, comme je l'ai déjà dit, elles avaient répété cent fois des phrases qui sont non seulement dans le film lui-même, mais également dans la présentation qu'on peut en trouver dans Google ; vous pouvez consulter, ce qui vous dispensera d'aller voir le film.

Le vrai drame est que ce type de produit est à la fois mensonger et stupide ! La non-pratique de la langue française est évidemment la cause majeure de l'échec scolaire des enfants de l'immigration qui parlent de moins en moins et de plus en plus mal le français. Sur ce plan, ce film est une vraie fiction ; il m'arrive souvent d’entendre des jeunes parler entre eux, ici ou là, à Paris comme à Marseille ; je puis vous dire que leur langue véritable (la variation du français est un des thèmes de ma recherche et j'ai beaucoup écrit sur ce point) n'a pas grand-chose à voir avec les énoncés que nous ont produits, pour la télévision, ces trois jeunes filles, au demeurant ravissantes mais dont le témoignage n'a pas l'ombre de la moindre pertinence. Tout cela ne ser à rien sionon à écarter les vrais problèmes !
Il est évident qu'enseigner le français, de façon urgente et prioritaire mais surtout efficace, est une nécessité pédagogique absolue mais que le faire, comme dans ce film, à des élèves qui ont entre 11 et 15 ans est évidemment beaucoup trop tard. On  se demande ce qu'ils (les vrais enfants et non ces figurantes de luxe dans un quartier bobo !) ont pu faire à l'école pendant la dizaine d'années précédentes, puisqu'ils recevaient un enseignement dans une langue qu'ils ne comprenaient pas et surtout qu’on ne s’était jamais réellement préoccupé de leur enseigner, puisqu'on les traitait exactement comme des enfants dont le français était la langue maternelle.

Bref je ne veux pas m'attarder trop sur cette question car j'ai sous presse un livre dont je ne donnerai ici que le titre, tout à fait significatif : L’école française : refondation, rénovation ou replâtrage ? Il est évident qu’à mes yeux c'est la troisième dénomination qui est la bonne et ce film en apporte une illustration de plus ! Cerise sur le gâteau s’il en est besoin. Ce film a été tourné dans un collège de rue de la Grange-aux-Belles, dans le Xe arrondissement de Paris, tout près du Canal Saint Martin et de l’Hôtel du Nord, sans doute dans ce qui fut le siège du « Laboratoire de pédagogie expérimentale » ! Comment trouver un lieu plus propice ? On n’allait tout de même pas aller s’encanailler dans le 93 !

L'apport personnel d'Antoine de Caunes a été d'administrer la preuve du succès de l'entreprise en demandant à ces trois jeunes filles les sens de trois mots quasi inconnus de la langue française, qu'elles ont évidemment donnés sans coup férir ! Elles avaient bien entendu été prévenues et avaient longuement répété l'épisode auparavant, alors que 999 Français sur 1000 auraient été bien empêchés de répondre.

Cher Antoine de Caunes, comme disait ma bonne grand mère, « Il ne faut pas mettre du sucre sur le miel » ; c’est ce que vous avez fait et j’en ai la preuve, même si je suis sans doute un des seuls spectateurs à l’avoir noté et pire encore à le prouver.

Vous avez en effet demandé à la jeune Libyenne le sens du mot « matabiche » qu’elle a donné sans la moindre hésitation. Cher Antoine, vous avez par là doublement signé votre crime. Il est bien évidemment impossible que cette minette ait connu ce mot qui est ignoré de tous et figure à peine dans mon cher TLFI où ne l’ont amené d’ailleurs que les citations de Gide. Mais surtout ce terme, ancien et oublié, est un terme de l’Afrique Centrale (Congo), à des milliers de kilomètres de la Libye, ce qui démontre à la fois la stupidité de la question et l'évidence du trucage de cette interrogation. La chose a toutefois permis à Monsieur le ministre de faire assaut de modestie avec le public (les trois minettes allogènes non comprises, car elles, elles étaient bien sûr, dans le coup !) en confessant une ignorance qui n'a rien de scandaleux.

Cher Antoine de Caunes , vous ne devriez pas nous prendre ainsi pour des imbéciles ! Comme preuve de ce que j’avance, voici l’article sur « matabiche » dans le TLFI que vous me copierez dix fois pour lundi !
« Matabiche : subst. masculin. Région. (Afrique noire). Pourboire, pot de vin. Synon. bac(c)hich, bak(s)chich.Le vieux (...) ne s'attendait évidemment à rien recevoir, car, lorsque je lui glisse un matabiche dans la main, son visage (...) se détend (Gide, Voy. Congo, 1927, p.832). J'écris à Coppet également à ce sujet, afin que ces pauvres gens ne soient point frustrés; de plus, quelques matabiches récompenseront les bons vouloirs (Gide, Retour Tchad, 1928, p.920).Prononc.: [matabiʃ]. Étymol. et Hist. 1927 (Gide, Voy. Congo, p.744). Mot du Congo Belge et d'Afrique Équatoriale Française, empr., par l'intermédiaire du bantou [d'Angola] matabicho «pourboire», au port. matabicho «gorgée de boisson alcoolique», lui-même issu de l'expr. matar o bicho «tuer le ver, en buvant à jeun un verre de vin ou d'alcool» littéralement «tuer (matar, v. matador) la bête (bicho, v. bête et biche)»; v. Boletim de filologia, t. 18, 1959, pp.301-307. Fréq. abs. littér.: 15. ».

dimanche 16 février 2014

Pan sur le bec !

« Pan sur le bec ! » était autrefois une rubrique du Canard enchaîné où ce volatile confessait et redressait ses erreurs. N’attendez rien de tel de ma part, sinon une anecdote un peu voisine mais en version « 2.0 », comme il est de bon ton de dire aujourd’hui ! Suite à mon billet d’hier, j’ai interrogé Google pour voir ce que j'y trouvais à ce sujet. Quel ne fut pas mon étonnement d’y trouver, parmi les premiers textes signalés, un passage d’un de mes livres, vieux de près dix ans, Vers une autre idée et pour une autre politique de la langue française, extrait d’un de ses chapitre intitulé « Championnat du monde d'orthographe et francophonie », où j’avais déjà traité, dans une perspective un peu différente et plus large du sujet que j’envisageais pour le lendemain ? J’avais tout à fait oublié ce texte. Sénilité, narcissisme ou paresse, je vous laisse le choix du chef d’accusation ! Mais après tout c’est dimanche et le débat sur le travail du dimanche n’est pas clos ; je reprendrai donc ici mon texte.

«  Le titre de ce chapitre [C’était, je le rappelle, « Championnat du monde d'orthographe et francophonie »] semblera sans doute insolite, comme nombre d'autres choses dans ce livre que d'aucuns jugeront irrévérencieuses voire provocatrices. Par ailleurs, je donne le sentiment de changer une nouvelle fois de sujet, en abandonnant la linguistique « dure » pour des considérations de nature très différente. On verra, j’espère, qu’il n’en est rien.

J'ai reçu, il y a quelques mois (je ne sais toujours pas bien pourquoi) une lettre d'un jeune Gabonais qui, en un style des plus fleuris, se prévalait d'un succès flatteur aux Championnats du monde d'orthographe organisés, je suppose, par Bernard Pivot (j'ajoute cette prudence car, peut-être, comme pour les élections de Miss France, y a-t-il des concurrents sur le même créneau !). Cette lettre, par certains côtés émouvante, par d'autres ridicule, illustrait une image du français qui n'est sans doute pas la meilleure qu’on puisse souhaiter en vue de sa diffusion dans le monde.

Soyons clairs ; il y a là, dans ce genre de concours comme dans le commerce des dictionnaires dont j'ai parlé dans le premier chapitre, une affaire purement commerciale avec des produits « dérivés » (comme on dit…) : émissions de télévision, magazines, livres, jeux, etc. Il y a même, comme pour « l'auto-bridge », un outil personnel d'entraînement, naguère manuel, désormais électronique, qui permette de se préparer quotidiennement à ce genre d'épreuve.

Ces concours d’orthographe ne sont, en fait, que des versions, à visée désormais sérieuse, voire nationale et patriotique, (l'opération est retransmise par la télévision depuis le grand amphithéâtre de la Sorbonne!), de la dictée imaginée autrefois par Mérimée pour distraire l’Impératrice Eugénie et son entourage. Cette épreuve est proposée, dans le cadre de ses opérations linguistico-patriotico-commerciales, par B. Pivot, dont les Français ont pu évaluer les compétences réelles en matière orthographique, lors d'une émission où il accueillait Jacques Toubon, alors Ministre de la Culture et de la Francophonie. Mais n’anticipons pas car je raconterai cet épisode édifiant dans le chapitre suivant. [Comme vous n’avez pas sous la main cet excellent livre, il me faut bien vous raconter ici l’histoire promise qui est censée être narrée par un Japonais ! A propos de ce même ministre, je vais te raconter une petite histoire vraie qui va te rassurer définitivement. Quand Jacques Toubon a été nommé Ministre de la Culture et de la Francophonie, en 1993, il a été invité à l’émission « Bouillon de culture ». Il est arrivé sur le plateau, hilare, brandissant une note écrite par un des ses collaborateurs; elle présentait une faute d’orthographe qu’il avait été le seul à repérer parmi tous les gens qui avaient lu ce texte. Il a montré la feuille de papier à Bernard Pivot qui, est, comme tu le sais, le père des Championnats du monde d’orthographe; ils se sont tous les deux esclaffés d'abord, indignés ensuite devant cet attentat scandaleux contre l’orthographe du français, qui est une si belle, si noble et si respectable institution. Manque de chance ! Leur triomphe a été de courte durée. Ils avaient tous les deux tort et ce qu’ils jugeaient une faute scandaleuse était, en fait, l'orthographe correcte du terme. Toute la presse en a ri ! Dans leur position, chez nous, ils auraient dû l’un et l’autre démissionner sur le champ de leurs fonctions. Ici, cela n’a provoqué que des sourires. La France sera toujours la France !].

La dictée de Mérimée (« Ce dîner à Sainte-Adresse, près du Havre, fut un vrai guêpier… ») était un texte qui, certes accumulait à dessein les pièges orthographiques (« les cuisseaux de veau et les cuissots de chevreuil… »), mais qui avait une certaine cohérence. Octave Feuillet, de l’Académie français, fit 24 fautes et le vainqueur, avec trois fautes, fut un étranger, le Prince de Metternich ! 

Les dictées de Pivot ne sont, en revanche, que des ramassis d'aberrations et d’anomalies où le trait d'union joue le rôle majeur ; elles n'ont même pas de validité réelle, au plan strictement administratif, puisque l'arrêté de Georges Leygues, pris le 26 février 1901, a établi des tolérances officielles sur beaucoup de ces points. Ainsi, dans le titre IV de ce texte, « Noms composés », lit-on: « Les mêmes noms composés se rencontrent aujourd’hui tantôt avec le trait d’union, tantôt sans trait d’union. Il est inutile de fatiguer les enfants à apprendre des contradictions que rien ne justifie »  Cet arrêté, plein de bon sens, vaut « pour les examens et concours » nationaux et son préambule précise qu’« il ne sera pas compté de fautes aux candidats pour avoir usé des tolérances indiquées ». En d'autres termes, les fautes sur lesquelles se fondent des championnats d’orthographe ne sont pas des fautes aux yeux de la loi française, car à ma connaissance ce texte est toujours valide.

On peut, de la même façon, se demander en outre si, dans ces concours de dictées plus ou moins officiels, on prend ou non en compte ce qu’on appelle souvent la « réforme Rocard » et qui consiste, en fait, dans des rectifications orthographiques, approuvées à l’unanimité par l’Académie française le 3 mai 1990 et publiées dans le Journal Officiel le 6 décembre de la même année. Un certain nombre de documents diffusés par des organismes officiels respectent ces dispositions (sans toujours le rappeler, ce qui fait parfois problème) ; c’est le cas de la DGLFLF, me semble-t-il  ; j’ajoute cette restriction faute de lire tous les textes qu’elle produit. Il faut avouer qu’on s’y perd un peu puisque l’Académie française, pourtant unanime dans son premier choix, mais cédant sans doute devant la grogne des paladins de la francophonie, a publié, en janvier 1991, un communiqué marquant son souhait que ses recommandations « ne soient pas mises en application par voie impérative ». Il  en résulte que l’application de cette réforme est très limitée et qu’en gros, dans la francophonie du Nord, le respect de ces dispositions est chose rare, ce qui les a fait tomber rapidement dans l’oubli, dans le grand public au moins. De ce fait, si l’on se risque à écrire selon ces normes, il est prudent de le préciser d’emblée pour ne pas se faire taxer d’ignorance ! On peut s’en convaincre, s’il est besoin, en utilisant les correcteurs orthographiques du français dont sont équipés nos ordinateurs. Pour la plupart, ils signalent comme fautes, par des soulignements vengeurs, tout mot écrit selon les recommandations de 1990 ! Le français issu  de la réforme Rocard ne fait pas encore  partie des diverses variétés de orthographiques de français que prennent en compte les machines.

Quant au gouvernement français, il soutient, mais apparemment sans problèmes, à la fois l’application de la réforme Rocard (mise en œuvre dans certaines productions officielles) et des manifestations comme celles qu’organise B. Pivot qui, pour une bonne part, reposent sur le  non-respect radical de la réforme de  1991.

Si Mérimée est sans doute l’inventeur de la dictée faite pour regrouper le maximum de difficultés orthographiques, selon André Goosse, Bernard Pivot n’aurait même pas eu, le premier, l’idée de créer des « championnats d’orthographe ». Les premières compétitions de ce genre auraient, en effet, eu lieu à Bruxelles, ce qui ne m’étonne guère quand on connaît la passion de certains Belges pour la grammaire (A. Goosse, Présentation de l’APARO, 1997 : 4).

De l'orthographe du français.

Comment ne pas rappeler, en abordant ce point, la si pertinente remarque de Pierre Larousse dans l’article « orthographe » de son dictionnaire de 1874 : « Nous passons une grande partie de notre vie à apprendre à écrire en français et, […] les plus instruits et les plus intelligents d’entre nous n’y parviennent qu’imparfaitement ».

On pourrait, de façon quelque peu sophiste, tirer de cette remarque la conclusion que ceux qui arrivent à maîtriser parfaitement cette orthographe sont en fait des imbéciles, ce que la sagesse populaire d’autrefois disait, à sa façon, en proclamant que l’orthographe était la science des ânes!
En fait, ces compétitions sont aussi puériles que vaines ; on pourrait juger qu’elles s'apparentent simplement aux stupides records du Guiness Book, s'il n'y avait pas là des indices de mentalité, qui sont en fait d'autant plus graves pour la langue française que les promoteurs de telles opérations, quand ils ne sont pas assez rusés pour en tirer un profit personnel, sont naïfs et aveugles au point de ne pas voir le tort qu'ils font à l'objet même de leur dévotion : la langue française. La sacralisation du français, dont j'ai donné déjà nombre d'exemples, est, en effet, aussi absurde dans son principe que funeste dans ses conséquences.

Les championnats d'orthographe se fondent sur les inconséquences, les absurdités, les bizarreries, etc., de l'orthographe du français. Il faut reconnaître qu'à cet égard, notre langue est d'une richesse infinie ! Cela tient à son histoire et aux cuistres d'antan, parfois eux-mêmes assez ignorants, qui, au stade du moyen français surtout, l'ont compliquée à qui mieux mieux. [Jacobus Silvius  à qui nous devons l’accent grave, l’accent circonflexe et le tréma est le principal bienfaiteur de notre système orthographique]. Nous n'y pouvons rien, mais devons-nous pour autant en tirer gloire, nuire, par là, à la diffusion de notre langue et même aider certains à en faire commerce et profit ?

Le pire est que la graphie du français, en particulier avec ses signes diacritiques (nos accents aigus, graves, circonflexes, les trémas et les cédilles), est non seulement un handicap pour la diffusion de la langue (les étrangers désireux de l'apprendre s'en effrayent à juste titre, nous y reviendrons) et une surcharge inutile qui, souvent, ne correspond plus à rien dans la pratique langagière (Combien de Français distinguent encore, dans la prononciation, « pâte » de « patte » ?), mais elle constitue un handicap est encore bien plus grave dans le monde informatique. En effet, ces signes, pour la plupart inutiles, sont une vraie catastrophe à l'ère de l'électronique.

Il faut tout de même qu’on sache que ces diacritiques (qui en fait ne le sont même pas, puisque « diacritikos » en grec veut dire « qui sert à distinguer » alors que la plupart des diacritiques n’ont plus réellement cette fonction !) sont de pures inventions des grammairiens et, à leur suite, des éditeurs de la Renaissance, alors que l’ancien français n’en avait pas. Ici, comme ailleurs, on a singé, souvent sottement, les Grecs. On connaît même les noms des inventeurs de ces signes : Robert Estienne pour l’accent aigu en 1530, Jacques Dubois (alias Jacobus Sylvius qui aurait été mieux inspiré de s’en tenir à la nomenclature cérébrale et à son fameux « aqueduc ») pour l’accent grave, l’apostrophe et le tréma en 1531 (Quel homme !).

Il y a plus de vingt ans, Maurice Gross, l’un des premiers et, à l’époque, l'un des rares linguistes à s’intéresser à l’informatique, proposait, non pas de rendre l’orthographe du français plus simple, plus cohérente, plus logique, etc. (tâche impossible dont tant d’autres ont rêvé, avant et après lui), mais simplement de la débarrasser de ses signes diacritiques, dans lesquels il voyait, avant tout le monde, autant d’entraves à l’usage futur de cette langue dans les ordinateurs. Moins connue que d’autres, sa proposition n’a pas eu plus de succès, mais je demeure aujourd’hui encore admiratif devant la précocité et la justesse de son analyse.

A l’époque, ces signes diacritiques étaient des obstacles quasi insurmontables vu la limitation du nombre de bits dans la représentation d’un caractère graphique ; ils ont en partie cessé de l’être, dans l'usage intra-francophone du moins, car, dans les relations internationales, il en est tout autrement. J’entends déjà les utilisateurs moyens des ordinateurs, qui se servent de cette machine pour le courrier familial, s’esclaffer de mon ignorance, puisqu’ils usent chaque jour de l’accent circonflexe, de la cédille et du tréma sans la moindre difficulté. Je note néanmoins que, dans les échanges scientifiques internationaux, la plupart de mes collègues envoient leurs courriels à l’étranger, sans user eux-mêmes de ces signes diacritiques pour éviter les problèmes.

Pour en rester au niveau le plus modeste, celui, par exemple, du simple usage des courriels, chacun a pu constater que les adresses électroniques n’admettent pas les signes diacritiques du français. Ce point me paraît assez clair pour que je ne m’y arrête pas davantage, même si les choses ont un peu évolué, tout récemment d'ailleurs et sans que soient réglés tous les problèmes, loin de là ! Au moment même où j’écris ces lignes, je constate avec un plaisir non dissimulé que, dans un courriel que je reçois d’une collègue allemande, les trémas qui marquent en allemand l’inflexion vocalique (umlaut) ont disparu et que, par exemple, « für » est écrit « fuer » ! Mon collègue et ami Jürgen Lang doit ainsi, dans son adresse électronique, se rebaptiser « Juergen » faute de pouvoir user de « Jürgen ». Quelle joie ; nous ne sommes donc pas les seuls à avoir ce genre de problèmes… quoiqu’on die (comme écrivent Corneille et Racine !).

J’attire au passage l’attention sur le problème que posent aux ordinateurs les diacritiques du français quand on doit les utiliser pour des majuscules. Je n’entre pas dans le détail, laissant à chacun le soin de s’amuser avec ce petit problème électronique que je suggère de réserver pour un soir d’hiver. Simple exemple; si l’on en croit Word, [Ce texte est publié en 2006 !] pour faire un E majuscule avec un accent grave, c’est tout simple et je le fais au fil du texte; par ce qu’on nomme si joliment le « raccourci », il suffit de faire « alt + crtl + 7, majuscule + E » …= È… Formidable, c’est un peu long, très compliqué et difficile à réaliser (il faut presser en même temps plusieurs touches), mais ça marche… la preuve !

Pour tenter d’en finir avec les diacritiques, la réforme Rocard s’était attaquée aux accents circonflexes. On avait décidé, non sans courage et bon sens, de supprimer les accents circonflexes sur i et u et de proposer d’écrire « traitre » et « bruler ». Fort bien. Toutefois, on ajoute aussitôt des exceptions à cette règle comme les 1ères et 2èmes personnes du passé simple (nous vîmes, nous lûmes), et les mots qui, sans accent, seraient homographes (dû, mûr, sûr, jeûne et les formes du verbe croître qui sans accent seraient identiques à des formes du verbe croire). La belle affaire ! J’ai cherché en vain des exemples où une telle homographie pourrait faire problème. En trouverait-on un, ici ou là, qu’on se demande quelle pourrait être l’importance du fait.  Autre changement majeur, on peut désormais écrire « évènement », comme on le prononce en général, et non « événement » comme l’exigent nos correcteurs d’orthographe ! En fait l’auteur de cette réforme me fait penser à Jules César dont un historien latin se demandait s’il était « trop audacieux ou trop prudent » (audacior an prudentior). Peut-être aurait-il fallu avoir l’audace de supprimer, d’un seul coup, tous les accents du français ? Quitte à ne pas être suivi, autant concevoir un grand dessein !

Près de La rumeur publique prétend que, dans la réforme de 1991, les savants rédacteurs du texte ont « consulté », avant de rendre publiques leurs propositions. Qui donc ? Comme aurait écrit Madame de Sévigné, « Je vous le donne en dix, je vous le donne en cent, je vous le donne en mille ». Ne cherchez plus et accordez votre langue au chat ! ... Bernard Pivot ! Je ne doute donc pas un instant que c’est à lui que nous devrons, si le texte est un jour appliqué, les « crûtes » et les « crûmes » qui ont si délicieusement enjolivé les dictées de notre enfance. Je vois d’ailleurs mal, pour le dit « crûmes », en quoi la présence ou l’absence d’accent circonflexe distinguerait les formes du verbe « croire » de celles du verbe « croître ». Mais si Bernard Pivot, qualifié au Québec, à l’occasion de la Semaine de la Francophonie 2005, de « grand maître de la langue française » l’a dit, on ne peut que le croire !

J’ai encore eu tout récemment (juin 2004) à Ouagadougou, avec Marc Van Campenhout (du Centre de recherche Termisti, Institut Supérieur de traducteurs et interprètes de Bruxelles), une vive discussion d’où nous sommes sortis l’un et l’autre sans résultat très net. Mon point de vue personnel est très simple et se résume en deux idées élémentaires, mais fortes.

Premièrement, ce n’est pas parce que « la norme Unicode permet désormais de représenter en une table unique les caractères d’un très grand nombre de langues » (T. Cisse, C. Mbodj, M. Van Campenhout et M. Wane, 2004 : 86) et donc qu’elle permet de « graphiser » n’importe quelle langue à la fantaisie de chaque créateur de signes graphiques, qu’il faut opérer de tels choix sans la moindre réflexion préalable sur la « graphiation » de cette langue. Ce point est capital dans le cas des nombreuses langues du Sud qui n’ont pas de codes graphiques et que l’on entreprend d’en pourvoir. Même si les auteurs de l’article cité ouvrent un paragraphe de leur texte par un titre alléchant et prometteur « Un clavier, pour quoi faire, » (ibidem, 87), on n’y trouve pas de vraie réflexion sur le problème général et la seule préoccupation est en fait d’ordre ergonomique, alors que la première question à se poser, avant celle de savoir comment écrire une langue est celle de savoir « pour quoi ? » on décide de le faire et dans quel environnement économique et social s’opère une telle entreprise.

C’est pour mettre en évidence l’ordre même de ces démarches que je propose de distinguer la « graphiation » (prise en compte de l’ensemble des facteurs linguistiques, sociaux, économiques, etc. qui conditionnent et déterminent le choix et les modes d’écriture de la langue en cause) et la « graphisation » (les choix techniques de la graphie adoptée, opérés en fonction des facteurs mis en évidence dans la phase antérieure). Il est absurde de concevoir des signes graphiques complexes, pourvus de multiples diacritiques pour la seule raison que la technique informatique permet désormais de l’envisager.

En second lieu, tout le monde n’est pas nécessairement un spécialiste des techniques informatiques ; l’usage normal de l’ordinateur doit être comparable à celui de n’importe quel appareil. Je n’ai pas besoin d’être ingénieur en télécommunications pour me servir de mon téléphone ; de même, j’attends de mon ordinateur un usage aisé, convenable et adapté, en dépit du fait que je ne suis pas ingénieur informaticien. Les auteurs de l’article cité ci-dessus reconnaissent eux-mêmes qu’on « trouve sur la toile des gratuiciels qui permettent de créer des claviers qui apparaissent sur l’écran. La saisie s’effectue en activant chaque touche à l’aide de la souris, ce qui s’avère rapidement fastidieux » (ibidem : 89). C’est le moins qu’on puisse dire ! Cette dernière remarque nous renvoie à ma démonstration précédente concernant les accents sur les majuscules en français ! Les langues orales qu’on cherche à écrire connaissent déjà assez de handicaps sociolinguistiques pour qu’on n’y ajoute pas, à plaisir, des obstacles techniques que rien ne justifie.

 L'histoire de l'orthographe du français a été faite par N. Catach qui y a consacré sa vie ; il n'y a plus grand chose à en dire, si ce n'est que, quels que soient ses défauts et ses incohérences, tout démontre qu'il est impossible d'y changer quoi que ce soit, même avec des visées aussi modestes que celles de la réforme tentée par M. Rocard. Prenons-en acte. Faut-il pour autant, à grand renfort de fastes et de publicité, s'en faire gloire et, pire encore, organiser des célébrations rituelles et solennelles de ces tares de notre infortuné système orthographique ? Y-a-t-il un moyen plus sûr et plus efficace de maintenir, voire de renforcer, l'idée bien française que toutes ces absurdités sont intangibles voire sacrées? Faut-il ajouter que, si le Rapport Duvernois affirme avec force (en titre) et pertinence qu’il faut « désacraliser le français » (2004 : 28), on ne trouve pas, dans les pages qui suivent cette forte parole, un seul mot sur cette entreprise de « désacralisation ».

samedi 15 février 2014

Jacobus Silvius et l'accent circonflexe


J’étais presque décidé à quitter ce blog [ Mediapart ], vu que j'y trouve, somme toute, de moins en moins d'intérêt et que le sectarisme tend à y régner sans partage! Comme souvent les décisions que nous prenons sont remises en cause par des éléments qui sont apparemment sans relation avec elles. J'ai déjà évoqué, ici et là, la totale incapacité de la France à réformer quoi que ce soit et je ne pensais guère y revenir, tant les illustrations de ce trait national se multiplient chaque jour.

Je comprends certes que la réforme ne soit pas facile pour nos gouvernants dans les domaines importants où, quelque changement que ce soit, rencontrera forcément une opposition devant laquelle on sera de contraint de céder, suite au conservatisme forcené qui caractérise notre société et aussi, disons le, au total manque de courage et à l’électoralisme forcené de nos décideurs. Via les sondages permanents, tous pratiquent, le plus souvent, ce que je nomme la « politique du doigt mouillé » et n’avancent, en général, une idée que pour y susciter des réactions hostiles qui leur permettront de revenir aussitôt sur cette perspective.

De ce fait, on s'en prend souvent aux indécisions, aux atermoiements et aux palinodies de nos gouvernants, sans comprendre apparemment qu’il s'agit là d'une stratégie ; ils ne cherchent, dans les réactions de rejet que suscite l'annonce d'une quelconque réforme, qu'une bonne raison de ne pas la faire, tout en espérant conserver le bénéfice du mérite de l’avoir proposée. C'est ce que j'appelle, sans grande imagination, « la politique du doigt mouillé » .

 Je ne voudrais pas illustrer ce point par des phénomènes sociaux du type de la grève des chauffeurs de taxi ou bientôt de celle des intermittents du spectacle, certes moins susceptible que la première de gêner la population générale. Il a fallu un incident totalement anodin et même dérisoire pour me conduire à écrire ce billet, alors que j'étais assez fermement décidé à ne plus en faire, du moins dans Mediapart.

 La mise en page d'un livre sur laquelle je travaille actuellement m'a conduit à la fois à reconsidérer les pratiques traditionnelles de la typographie française, mais aussi, de fil en aiguille, au-delà de cette tâche, celles de notre orthographe.

Ayant reçu de l'éditeur la traditionnelle page récapitulative des « signes de correction », j'ai constaté que la forme même du signe conventionnel de correction, qui demande à ce que soit supprimé un mot ou une lettre, témoignait d’une claire ignorance, de la part du rédacteur de cette page, de l'origine d’un tel signe. Cet auteur y a réalisé, en effet, un graphisme, prudemment informe, qui rappelle vaguement et de loin un « f » en écriture anglaise. Or, il s'agit clairement, à l'origine, du « d » initial du subjonctif présent passif du verbe latin « delere » (= détruire), à la troisième personne du singulier, qui, par abréviation, indique la nécessité de supprimer un caractère ou un mot dans l’impression définitive. Au temps où il y avait encore des correcteurs d’imprimerie et des protes (J.P. Colignon, celui du Monde, en devint célèbre !), on appelait encore ce signe un « deleatur », cette forme de subjonctif, à valeur d’obligation et par là d’ordre, signifiant en français, mot-à-mot « qui doit être détruit  », donc « à supprimer ».

Une pareille remarque amène d'ailleurs à considérer, toujours de fil en aiguille et d'une façon plus globale, un point indépendant du précédent qui est l'orthographe même du français qu’on n’a cessé de faire mine de réformer, de l’arrêté de Georges Leygues (26 février 1901) à la loi Rocard de 1990.
Le premier, ne fut que « ministre de l’Instruction Publique et des Beaux-Arts » car il n’y avait pas, en cette infortunée période, de ministère de la culture et l’instruction publique ne s’était pas encore muée en éducation nationale. C’est sans doute ce qui explique que le pauvre Georges Leygues ne demeure dans la mémoire française que par le croiseur qui, ayant reçu son nom, échappa au sabordage de notre flotte à Toulon et participa, certes modestement, au débarquement de Normandie en 1944 !

Le sort des « rectifications orthographiques du français de 1990 » est pire encore puisque elles proposaient une nouvelle orthographe pour certains mots du français « afin de la rendre plus simple ou en supprimer certaines incohérences ». Ces rectifications sont alors approuvées par l'Académie française et publiées dans le Journal Officiel du 6 décembre 1990.
 Cette orthographe est qualifiée de « nouvelle », « recommandée », « rectifiée », « révisée », « modernisée » ou plus simplement « de 1990 », pour la distinguer de l'orthographe dite traditionnelle ou ancienne.

On observe toutefois que l'Académie accepte, curieusement et officiellement (Journalofficiel), d’emblée et contre toute attente, les deux orthographes, la nouvelle comme l’ancienne : « Aucune des deux graphies ne peut être tenue pour fautive ». Il faudra toutefois attendre près de vingt ans une reconnaissance, un peu mollassonne, de la part de la Rue de Grenelle (Bulletin officiel de l'Éducation nationale, juin 2008) : « L’orthographe révisée est la référence » et son inclusion, au moins théorique, « dans les programmes scolaires ». Il n’en a bien entendu rien été et cette réforme reste peu connue et moins encore appliquée, sauf par la DGLFLF et quelques Belges !

Quoique cet aspect ne soit pas traité par la Loi Rocard alors qu’en 1990 il était déjà essentiel (et cela d’autant que faisait partie de la commission des dix linguistes consultés, Maurice Gross qui pourtant, dès 1989, proposait de remplacer les accents et le tréma par un seul signe !), le point que je voudrais aborder ici est celui des « signes diacritiques du français ».

Ces signes autrefois n'étaient que des pièges pour les dictées mais, en 1990, ils sont déjà devenus, depuis plus de dix ans, un insupportable embarras pour l'informatique. Ces signes, des modestes accents à la cédille ou au tréma, ne sont évidemment pas compatibles, surtout à cette époque, avec les pratiques ordinaires des ordinateurs. Il en est à peine différemment aujourd’hui, même si nos machines permettent désormais l’usage de ces signes au prix, mal supportable, de manœuvres subtiles et complexes, ingérables hors de France, tout en les excluant toujours des adresses électroniques. Qui d'entre nous n'a pas eu d'aventure fâcheuse  avec un courriel qu’il avait envoyé en commettant l'imprudence de mettre un accent à Léon ou un ç à Françoise ?

Non seulement nous avons été incapables de nous attaquer, même à l’ère de web 2.0, à de telles survivances qui sont parfaitement inutiles, mais, en outre, auxquelles nous sommes attachés de la façon la plus étrange.

Je vois personnellement là le signe le plus absurde de notre conservatisme qui s'observe dans bien d'autres domaines ;  à mes yeux, le plus remarquable dans cette affaire est que l'immense majorité de ceux qui sont si indéfectiblement attachés à ces signes, en ignorent totalement l'origine et ne voient même pas qu’ils sont, par ailleurs, parfaitement inutiles et que leur histoire, souvent comique, relève de l’arbitraire pur et simple de quelque pédant du XVIe siècle dont le pire est sans doute Jacobus Silvius (de son véritable nom Jacques Dubois !) qui n’est plus guère connu que par son « aqueduc cérébral » dont le rapport avec notre accent circonflexe n’est pas évident !
 (à suivre, éventuellement !)

vendredi 13 décembre 2013

Ecole, statistiques et immigration

J'espère que cette accumulation initiale de 13 ne conduira pas à faire à ce livre, dont j'écris aujourd'hui les dernières pages, un sort trop malheureux. Il me faut néanmoins, un jour ou l'autre, mettre un terme à cette divagation sur notre école, mais j’aurais pu mieux choisir la date.
Je suis d'autant plus contraint à conclure que j'ai vu, il y a deux jours, sur France 5, une émission que j'ai déjà évoquée dans un billet précédent à propos de Madame Moisan, directrice, au ministère de l'éducation nationale, de la prévision et de la prospective (Vaste programme – du moins en ce moment -comme avait dit autrefois le Général, certes  sur un autre sujet mais, au fond, pas si éloigné que ça, comme on le verra dans la suite). Elle voisinait dans cette émission avec une rectrice en retraite, le président de quelque association parisienne de parents d'élèves, et un jeune homme qui, au bout de huit années de galère, avait rendu son tablier de professeur de ZEP. Comme souvent dans ce genre d'émission, les propos étaient très parisiens (Calvi veut éviter les frais de déplacement) et, en outre, le pauvre professeur de collège qui connaissait assurément le terrain mieux que les autres, en était réduit, le plus souvent, à faire de la figuration, en particulier du fait de la faconde de Madame Moisan.
Celle-ci, de formation mathématique comme on pouvait le supposer, nous a beaucoup parlé statistique, ce qu'imposait à la fois sa fonction et l'occasion qui avait conduit à réunir ces quatre personnes et qui était évidemment les résultats du PISA. Comme souvent les propos échangés (en dépit de l’absence de l’inévitable Christophe Barbier qui me fait fuir à tout coup) étaient sans grand intérêt. Le seul point qui ait véritablement retenu mon attention, même si ce ne fut guère le cas pour les autres participants, fut une remarque adjacente de Madame Moisan, signalant, au passage et sans s’y attacher, que la chute brutale des résultats scolaires français, du moins en croire les statistiques, se situait vers 1995.
Je ne suis en rien spécialiste de l'histoire de l'éducation et moins encore statisticien et je livre telle quelle une hypothèse en laissant le soin à des spécialistes le soin de la confirmer ou de la réfuter
J’ai en effet été frappé moins par le fait que le début de la chute des résultats scolaires français se situe en 1995 que par l’observation que 1995 se situe en gros une vingtaine d'années après la mise en œuvre de la politique dite du « regroupement familial » par Giscard d'Estaing durant sa présidence. Je me borne ici à quelques remarques sommaires.
Jusqu’à 1960, le taux de natalité de la population immigrée est inférieur à celui des Français, parfois largement. L'immigration féminine est alors rare et la population immigrée est surtout formée, en grande partie, de travailleurs qui sont des hommes isolés dont les familles restent au pays. La situation commence à changer en 1970. Dès 1971, on note 71.000 naissances de mère étrangère pour moins de 3,2 millions d'étrangers.
À partir de 1974, les choses changent radicalement avec la fin de l'immigration de travailleurs masculins isolés ; ce sont surtout dès lors des femmes (et des enfants) qui immigrent au titre du regroupement familial qu’organise le décret d’avril 1976. Ce changement amène un rythme soutenu de naissances au sein de l'immigration, malgré la stagnation et même parfois le recul du nombre des étrangers, surtout dû désormais aux naturalisations.
Pour résumer, depuis les années 1990, on observe une augmentation continuelle de l'immigration familiale en France et l’incidence de ce changement démographique a des incidences majeures sur l’école. Revenons un peu en arrière sur une remarque j'ai fait à plusieurs reprises dans mes blogs
La raison majeure de la dégradation des résultats de notre système éducatif me paraît tenir à deux facteurs essentiels.
D'une part, le changement considérable du public scolaire à la fois sous l'effet de la massification antérieure et sous celui de la nouvelle politique d'immigration à partir de 1975 00dont la principale caractéristique était le regroupement familial.
D'autre part, l'absence de modification des programmes et des objectifs de l'école, alors que le public scolaire a été radicalement modifié, ce qui aurait dû amener une réflexion sur l'adaptation des objectifs scolaires à cette nouvelle population, au moins durant les premières périodes de sa scolarisation.
Même si c'est un point de détail, j'ai tout de même été stupéfait d'entendre l'une de ces spécialistes (je ne sais plus si c'est l'ex rectrice ou la directrice des statistiques) qu'il y a 30 ans, donc vers 1995, les enfants français n'étaient pas tous scolarisés. ! Je vous jure qu’elle a dit ça ! Dans la bouche d’une si haute autorité éducative, une telle affirmation me paraît tout de même relever d’une stupéfiante ignorance ou d’une nullité crasse en calcul mental, les deux pouvant bien sûr coexister 
En tout cas, je n'ai nulle part entendu dire par aucun expert, ni en éducation ni en démographie ou en statistique, que la politique de regroupement familial avait été un facteur très important dans la dégradation de l’état de notre système scolaire et donc qu’il fallait, de toute évidence, en tenir compte et en tirer les conséquences. C'est en effet le regroupement familial qui a fait que, même si les migrants adultes continuent à former dans la population générale un pourcentage relativement modeste et qui se réduit du fait des naturalisations, il en a été tout autrement dans les populations scolarisables et ou scolarisées, en particulier pour ce qui est de l’intégration culturelle et linguistique des nouveaux arrivants ou des enfants nés dans des familles non francophones (mixtes ou non)..
Pour un témoin comme moi qui a habité Marseille durant plusieurs années, cette remarque est évidente, puisque j'y ai vu, durant toute cette période, des mères de famille maghrébines, comoriennes (Marseille est sans doute la ville comorienne la plus importante) ou africaines, tenant par la main ou traînant dans leur jupes ou leurs boubous, une demi-douzaine de marmots, ce qui n'est guère le cas des mères de famille « françaises de souche » comme dit l'autre. De ce fait, assez logiquement l'incidence majeure de ce facteur n'a cessé de croître entre (pour fixer les dates d'une façon arbitraire) 1975 et 1995, les faits majeurs apparaissant dans les statistiques de la réussite scolaire à partir de cette dernière date, selon Madame Moisan, témoin des plus autorisés par sa fonction de DEPP).
Je ne reviens pas sur les problèmes que pose la scolarisation d'enfants qui ne parlent pas le français dans un système scolaire qui n'est pas fait pour eux et où l’on persiste à croire, dur comme fer, (naïvement ou sottement comme vous voudrez) qu'enseigner enfrançais équivaut à enseigner le français ! 
Qu'on n’aille pas m’objecter que les CLIN ; les ZEP ou, ici ou là, les pitreries de cet acabit, poursuivent cet objectif et répondent de façon efficace à ces besoins évidents. Il s'agit là, comme autrefois dans les CEFISEM, de dispositifs qui ont toutes les allures de paysages à la Potemkine ! Il suffit de voir ce qui se passe dans les pays qui ont fait vraiment le choix de mettre en place des dispositifs spécifiques pour les enfants de la migration qui ne parlent pas la langue du pays, pour constater que c'est évidemment la seule solution, mais que c'est précisément celle qu'on se refuse, en France, à mettre en œuvre et même à envisager.
Je suis d'autant plus convaincu de la pertinence de ce point de vue que j'ai vécu de nombreuses années à la Réunion, où le problème a été longtemps le même, du fait que la plupart des enfants qui entraient à l'école parlaient le créole réunionnais et non le français. Je m’y suis heurté, durant toutes ces années, à la résistance farouche des autorités administratives éducatives locales comme à celle de la plupart des enseignants, de français surtout. Les choses ne sont pas réglées actuellement et il suffit pour s'en convaincre de regarder les statistiques de l'échec scolaire qui doivent  être familières à Madame Moisan  et devraient lui donner à réfléchir! 
Je me garderai, au terme de ce parcours, de formuler des conclusions et de suggérer des propositions dont on peut espérer que la plupart des responsables sont parfaitement conscients, même s'ils se refusent tous farouchement à les mettre en œuvre. Il en sera de même sans doute de la « Refondation du système éducatif » par la majorité de gauche actuellement au pouvoir. La ferait-elle d’ailleurs, contre la volonté de ses électeurs et de la plupart des enseignants, que le gouvernement de droite qui lui succédera vraisemblablement s'emploierait aussitôt à remettre en place les bonnes vieilles structures de notre système éducatif qui ont si sûrement et si heureusement fait leurs preuves avec Jules Ferry !

mercredi 22 mai 2013

Langue française : la loi Toubon et le Dictionnaire de termes officiels de la langue française


La loi Toubon, votée le 4 août 1994, dont on reparlera à propos de l'usage de l'anglais dans nos universités, a imposé, pour les textes administratifs, l'usage d’un vocabulaire français "officiel", disposition qui, comme dans le cas de "courriel" n'est guère respectée. Dans ces circonstances et à cette fin, il a donc fallu, à la hâte, fabriquer et éditer un Dictionnaire de termes officiels de la langue française ( sans nom d'auteur, DGLF).
Issu des travaux des multiples commissions de terminologie des ministères français (chacun a la sienne comme dans "l'Ami Bidasse"), ce dictionnaire, outre des aberrations qu'il contient, a un vice bien plus grave à mes yeux. Comme on le verra par des exemples, il prend quasi systématiquement le contre-pied des propositions québécoises en matière de terminologie, alors qu'on ne cesse de nous vanter l'harmonisation et la mise en synergie au sein de la francophonie. Or, les Québécois, par la force des choses et l’effet de leur Loi 101, se sont consacrés, bien plus que les Français et depuis bien plus longtemps, au développement terminologique de la langue française. Il aurait donc été courtois, logique et intelligemment coopératif de retenir un certain nombre des termes dont ils avaient usé avant nous et qui, souvent, étaient aussi convenables, sinon meilleurs, que ceux qui ont été proposés dans la suite par la France.

On sait l’importance du social dans le lexical; cette remarque est toujours d'actualité et on peut la faire, de nos jours, à propos de ce Dictionnaire de termes officiels de la langue française. Si l'on y examine les vocabulaires du sport par exemple, on ne peut être que stupéfait de voir la place accordée au golf qui ne paraît pourtant pas être en France le sport le plus répandu. Si, comme on peut le penser, l'auteur a compilé les propositions des Commissions ministérielles de terminologie, force est de conclure que les distingués membres de la Commission du Ministère de la jeunesse et des sports fréquentent davantage les « greens » que les jeux de boules des bistrots, les terrains de « foot » ou les « play grounds » des banlieues (N'oublions pas que l’actuel Président de la Commission générale de terminologie est Monsieur de Broglie qui n'a rien d'un bouliste ni d’un hooligan !). C'est, après tout, leur droit, mais cela perpétue néanmoins, dans l'innovation terminologique, une tradition lexicographique qui remonte au XVIIe siècle (ce n'en est que mieux aux yeux de certains!). Le vrai et seul problème est que tout donne à penser que les membres de cette Commission sont, hélas, meilleurs golfeurs que terminologues! Dans ce dernier domaine, leur « handicap » apparaît en effet très lourd.
Le vocabulaire de ce sport constitue environ 40% des termes sportifs contenus dans l’ouvrage. Ce choix est un peu étrange, je viens de le dire, mais le plus important est ailleurs. En effet, sur le plan proprement terminologique, deux aspects apparaissent nettement.
D’une part, une grande indigence proprement néologique. On y procède essentiellement par des traductions littérales absurdes des mots anglais qu’on prétend éviter. On impose ainsi « aigle » pour « eagle » ou « oiselet » pour « birdie », etc. L’innovation proprement terminologique est donc nulle. Autant garder les termes anglais, éventuellement en les francisant à la Marcel Aymé (sur le modèle de « biftèque » ou de « coquetèle »)
La seconde remarque tient à l’évitement systématique des termes proposés par les Québécois. Pourquoi proposer, par exemple, de dire en français « chien de fusil » pour l’anglicisme « dog leg » (« trou dont le tracé dessine un coude très accentué »), tout en signalant que « les termes allée coudée et trou coudé sont également utilisés au Canada ») (1994 : 37). Les termes québécois sont bien meilleurs que le terme proposé qui, en français moderne, est désuet, hors de l’expression « dormir en chien de fusil ». Qui sait, de nos jours, ce qu’est un « chien de fusil » ? J’ajoute que dire "au Canada " et non "au Québec, me paraît une mesquinerie inutile ou, plus grave encore, une ignorance de la sensibilité des Québécois à l’égard d’une telle formulation. On trouve mieux encore avec l’article « par » : « par n.m., Domaine Sport/golf. Définition « Nombre de coups considéré comme la référence sur [sic ; je dirais plutôt « pour », que « sur » mais enfin…] un trou. Note : le terme utilisé au Canada [même remarque que plus haut] pour le par est « la normale ». Anglais : "par". On voit qu’on déroge au principe, réputé fondateur, d’éviter l’emprunt anglais pour la seule satisfaction de ne pas user du terme (québécois) de « normale » qui semble pourtant excellent.
Outre l’inventaire terminologique lui-même, l’ouvrage publié en janvier-février 1994, comprend un recueil de « textes généraux » de près de 150 pages (315-462). Tout cela est d’une pesanteur insupportable et même absurde, puisque tous les arrêtés comportent une annexe qui n’est pas reproduite dans la mesure où les termes proposés figurent eux-mêmes dans le dictionnaire. On a le sentiment qu’on a voulu chercher à donner à l’ouvrage une taille impressionnante car ces annexes doublent le volume de l’inventaire des termes lui-même. Il y a toutefois là une indication éventuelle sur l’identité de l’auteur de ce travail puisque, à cette même époque, a été soutenue une thèse dont le contenu paraît fort proche et qui, par sa nature même, conduit à pareille recension de documents, tout à fait inutile en dehors du genre académique.
On s’étonne, mais sans le regretter, de ne pas trouver, dans cet ensemble, insipide et répétitif, le texte fondateur de cette entreprise terminologique française, le décret n° 72-19 du 7 janvier 1972 instituant auprès des administrations centrales des commissions de terminologie et rendant, dès cette époque, obligatoire l’emploi des termes ainsi retenus dans tous les documents officiels. On a peut-être, dans ce dernier détail, la vraie raison de l’omission de ce document essentiel, cette circonstance illustrant, une fois de plus, le goût, bien français, pour des lois et décrets qu’on n’applique pas réellement (ce qui est également le cas de la loi Toubon elle-même).

 Le Dictionnaire en cause est donc un travail contestable au plan lexicographique proprement dit. Il n’y a pas lieu de s’en étonner quand on sait que ces commissions, dont l’activité relève pourtant, pour une part importante, des sciences du langage, ne comportent aucun lexicographe ou lexicologue. Certes, l’appui et le contrôle scientifiques sont apportés, dans les commissions spécialisées, par le « Commissaire général à la langue française ou son représentant », dans la commission générale, par ce même Commissaire général, le Secrétaire général du Haut Conseil de la Francophonie « ou son représentant » et le Secrétaire Perpétuel de l’Académie française « ou son représentant ». Si éminentes que puissent être ces personnalités, elles n’ont pas nécessairement le profil scientifique précis en cause. Pour prendre des exemples parmi les personnalités qui ont occupé certaines de ces fonctions durant la période concernée, S. Farandjis était, par exemple, historien et A. Magnant, administrateur civil ; en outre, leurs multiples occupations ne leur permettent guère, en général, de prendre part de façon régulière et suivie aux travaux de ces commissions.
Il n’aurait donc pas été mauvais, avant la publication de ce Dictionnaire de termes officiels, de recueillir à son propos quelques avis compétents. Il constitue, en effet, une sorte de florilège des erreurs et aberrations en matière lexicographique et néologique. La simple consultation de la couverture du livre et de sa quatrième de couverture laisse rêveur. Sur la première, on trouve, d’une façon qu’on a sans doute jugée ingénieuse et percutante, les définitions des mots qui forment le titre même du livre. Pour « des » (Dictionnaire des termes [observez que le vrai titre est, de façon étrange "Dictionnaire de termes" ]), on lit donc « article masc. et fém. pluriel ». Fournir pour ce terme, en pareil cas, une telle définition n’aurait pas été pardonné à un élève de cours moyen deuxième année, à l’époque où l’on savait encore la grammaire et où l’on faisait de « l’analyse grammaticale ». Dans cet emploi, « des » ( < « de les ») est un article contracté et, comme tel, il est, en outre, à classer sous « de » dans un dictionnaire ! Sur la quatrième de couverture, on lit : « Doter la langue française de termes inventifs [sic], telle est la tâche des commissions de terminologie ». Enrichir la langue, soit ; encore faut-il la connaître et ne pas trop la malmener. « Inventif » est ici tout à fait impropre, car cet adjectif ne peut qualifier que celui qui a le don d’inventer ou qui est fertile en ressources. On voit mal comment un mot pourrait présenter ces caractères. Peut-être a-t-on voulu dire « inventés », mais de pareilles approximations ne laissent pas d’inquiéter surtout sur la couverture d’un tel ouvrage. On ne peut s’empêcher de songer au grand Emile Littré. Il perdait si peu ses moyens et ses réflexes professionnels que, Madame Littré le trouvant un jour au lit avec la bonne et s’exclamant « Emile, je suis surprise de vous trouver là ! », il lui fit aussitôt observer, non sans esprit et à propos : « Pas du tout, ma chère ! Vous êtes étonnée ; c’est nous qui sommes surpris ! ».
Ce livre qu’on baptise, aussi pompeusement qu’inexactement, « dictionnaire » n’est donc qu’un simple agrégat de termes, eux-mêmes issus de listes, que caractérise une totale absence de systématicité. Le vocabulaire le plus courant, celui des médias par exemple, avec sa nuée d’emprunts à l’anglo-américain, de « prime time » à « pannel » en passant par « medley », n’est même pas pris en compte (à croire qu’il ne doit pas y avoir de Commission pour ça!).
L’exemple du sport est l’un des plus absurdes, mais aussi des plus significatifs. On y rompt des lances contre des mots intégrés dans le français ordinaire depuis près d’un siècle (la proscription aberrante de « corner » et « penalty » a révolté, à juste titre, B. Pivot, grand amateur de football !) et l’on y pourfend des termes que nul n’emploie jamais. Ainsi évoque-t-on un mythique « goal » qu’on dénonce alors que nul n’en use! Sur tous les terrains de foot de France, un "goal" est un « gardien de but » et non un « but ». On note nombre d'erreurs de référents. Remplacer « starter » par « démarreur » prouve qu’on ne sait pas plus ce qu’est un démarreur qu’un starter, ces deux pièces étant tout à fait différentes! Le fait que nul n’ait fait remarquer pareille bévue, à ma connaissance du moins, montre le peu d’intérêt que portent à un tel ouvrage les professionnels, qui sont pourtant les premiers concernés. La commission technique en cause apparaît donc n’être guère plus compétente en mécanique qu’en lexicographie. Autre exemple : « cafèterie » est imposé pour remplacer « cafétéria » qui, notons-le en passant, est parfaitement intégré au français ; or, le mot « cafèterie » existe déjà dans notre langue depuis longtemps avec le sens de « plantation de caféiers ». Les membres de la Commission et les académiciens ignoreraient-ils aussi le français ? On aurait pu, en tout cas, vérifier tous ces détails dans de vrais dictionnaires.

 

mardi 21 mai 2013

Email, mél ou courriel ?


 Le choix terminologique entre ces termes, sans doute sans importance aux yeux de certains, est aux miens à la fois exemplaire et de la plus grande gravité. On me pardonnera donc d'en traiter ici dans le détail car il est essentiel. Alors que la Loi Toubon et le Dictionnaire de termes officiels de la langue française ( sans nom d'auteur, DGLF) datent de 1994, donc sont antérieurs à la création, en France, de la "Commission générale de terminologie et de néologie", la responsabilité de cette dernière est, en revanche, incontestable dans l’affaire que je vais évoquer ici. Elle souligne en outre que, dans tout cela, ces comportements, que je juge regrettables, reçoivent le soutien et même l’aval des autorités françaises les plus officielles, même si ces dernières ne sont sans doute ni informées, ni préoccupées du détail des faits (ce qui, à mes yeux, ne constitue en rien une excuse !).

La sotte prétention des Français à tout régenter, seuls et de façon exclusive, dans la langue française, pour le présent comme pour le futur, est illustrée de la façon la plus caricaturale par l'affaire de la création d'un équivalent français de l'anglo-américain e-mail. Je m'honore d'avoir joué un rôle modeste dans cette affaire, en particulier, en dénonçant ce scandale très publiquement, en présence même de Monsieur de Broglie, lors d'une réunion au Centre de conférences de l'avenue Kléber, en 2001 me semble-t-il.
 Résumé de l'histoire.
Avant même que se pose le problème du choix d'un terme administratif pour désigner ce que les anglophones ont nommé e-mail, j'avais connaissance, par mes relations constantes avec le Québec, du terme « courriel » que les Québécois avaient adopté pour traduire ce mot. Ce choix m'avait paru excellent, à la fois par la pertinence et la transparence sémantiques du terme (une sorte de mot-valise pour « courrier-électronique ») et par ses possibilités paradigmatiques (courriel >courrieler). Certes j'avais quelque crainte quant aux réactions du côté français vu les comportements antérieurs (Dictionnaire de 1994!), mais on pouvait espérer voir ce néologisme si réussi adopté par les Français.

Il n’en a évidement rien été ! Le choix initial par la France du mot « mél » m'a néanmoins étonné, quoiqu'on y retrouve cet absurde parti-pris de s'affranchir de l'influence de l'anglais, en suivant, en même temps, cette langue de la façon la plus servile, comme lorsque, pour éviter, dans le vocabulaire du golf, cher à nos terminologues français officiels, birdie ou eagle, on leur donne, comme équivalents français, « oiselet » ou « aigle »!

Le choix français a été rendu officiel par un texte du 2/12/1997 dont je cite quelques extraits hautement significatifs, en notant au passage qu’en 1994, le Dictionnaire ignorait encore jusqu’à l’existence du courrier électronique :
« La commission générale de terminologie et de néologie s’est penchée sur la traduction française de l’anglo-américain e-mail et en particulier sur le symbole à utiliser […] Le  symbole retenu est Mél [en gras dans le texte]. […] La commission générale a adopté un certain nombre de dénominations : […] message électronique [désigne] le document. […] L’Académie française vient d’approuver ces propositions qui seront publiées prochainement au Journal officiel ».

On a peine à croire qu’on puisse voir imposé, comme graphie officielle, approuvée par les plus hautes instances académiques, un mot mél (avec un accent aigu !). Une des règles absolues du français est, en effet, qu'un é (e fermé) est impossible devant la liquide l, finale de syllabe, comme on le constate dans tous les mots où se présente cette séquence. Dans ciel, miel ou fiel, non seulement e est toujours ouvert (è), mais il n'y a jamais d'accent (et surtout pas d'accent aigu). Dans cette ignorance inouïe, on distingue toutefois la raison possible d'une proposition si aberrante: peut-être a-t-on voulu, pour l'inévitable verbe dérivé (comme « faxer » issu de « fax »), éviter la confusion avec « mêler » qu'aurait suscitée le mot « mel » (sans accent). Je ne vois pas d'autres raisons quoique la rationalité de la chose m'échappe, puisque le verbe « mêler » a un accent circonflexe qui, de toute façon, distingue le terme de mel (sans accent) comme de mél (avec un impossible accent aigu).

Un point essentiel est que dans ce texte, aucune mention n’est faite du mot « courriel » dont l’usage était pourtant déjà, depuis longtemps, généralisé au Québec. Personnellement, j'ai, dès le départ, systématiquement usé de ce terme et mené une campagne, incessante mais vaine, en tous lieux et en tous temps, contre ce monstrueux mél.

L’histoire n’est pas finie. Elle s’achève sur un gros mensonge ou, en tout cas, si l’on est d’un naturel indulgent, sur une éclatante mauvaise foi. En effet, en juillet 2003 (donc au bout de près de six ans !), la Commission se range enfin dans la voie du bon sens, mais les termes, dans lesquels elle le fait, valent le détour:
« Utilisé depuis un certain temps notamment au Québec, ce néologisme s’est progressivement répandu dans l’usage français pour désigner le courrier électronique, qu’il s’agisse du message lui-même, ou, par extension de la messagerie utilisée. […] Evocateur, avec une sonorité bien française, le mot courriel est largement utilisé dans la presse et concurrence avantageusement l’emprunt à l’anglais mail. La commission générale se range donc à la proposition québécoise désormais consacrée par l’usage, tout en maintenant la forme  courrier électronique comme synonyme. En effet, dès 1997, elle avait publié comme équivalent français de e-mail, le terme courrier électronique, qui reste parfaitement adapté.
Enfin le symbole Mél., qui n’a jamais été proposé comme terme équivalent de e-mail, reste utilisable comme symbole et jamais comme nom, devant une adresse électronique, de même que Tél. s’emploie devant un numéro de téléphone. »

Ce texte mérite d’être commenté en détail car il constitue un étonnant monument de mauvaise foi où, tout en cherchant, en apparence, la conciliation, on manifeste la volonté permanente d’avoir toujours raison, envers et contre tous… à la française en somme !

Petit commentaire. Le rédacteur de ce texte est si ému de devoir revenir sur la proclamation du 2 décembre 1997 qu’il en oublie de préciser de quel mot il s’agit (D’Austerlitz à Canossa, le parcours est difficile !). Le « depuis un certain temps » (en fait six ans !) est plaisant et n’est pas sans rappeler une histoire de feu Fernand Raynaud. Elle mettait en scène un adjudant interrogeant de jeunes recrues sur le temps que le fût du canon met à se refroidir après qu’on a tiré un coup. Les réponses des bidasses sont multiples et diverses (de deux secondes à trois mois), mais la vraie réponse, que personne ne trouve bien sûr et qui constitue la chute de l’histoire, est, comme ici,.... « un certain temps ».

Le « notamment  au Québec » vise à montrer qu’on ne recule pas devant les seuls Québécois, mais qu’on cède noblement à une sollicitation générale qui se manifeste, en France même, dans la presse (ce qui me paraît aussi totalement faux !). Le mot est, en fait, très spécifiquement québécois, au départ du moins, la terminologie étant, avec le sirop d'érable, l'une des deux spécialités de la Belle Province.

La Commission se garde de noter que si le mot « courriel » s’est « progressivement répandu dans l’usage français » (ce qui est également faux car il est très loin de l'être, dix ans plus tard !), c’est que les Français n’ont pas tenu compte de son injonction de 1997. En outre, si les mérites de « courriel » (« Evocateur, avec une sonorité bien française ») sont si éclatants, on se demande pourquoi la Commission ne l’a pas retenu d’emblée !

On poursuit dans le même registre. Le texte de 1997, que celui de 2003 rend caduc, reste néanmoins « parfaitement adapté » ! Nous sommes bien toujours les meilleurs, même quand nous sommes contraints de revenir sur nos choix ! Bien que je nourrisse pas le fol espoir que mes critiques contre « mél » aient pu être entendues (je les avais plusieurs fois écrites et même communiquées en une circonstance publique à G. de Broglie), j’observe qu’on s’efforce ici d’y répondre, non sans astuce, mais avec une manifeste mauvaise foi. L’argument pour justifier l’aberrante orthographe de « mél. »que j’avais dénoncée est l’invocation d’un parallèle avec « tél. », dont on use devant un numéro de téléphone. Les deux cas sont, en réalité, sans aucun rapport. « Tél. » est clairement (avec ou sans point derrière) l’abréviation de « téléphone » qui a, lui, un accent aigu « normal ». De quel mot commençant par « mél-»  ce « mél. » serait-il l’abréviation ?

L’argument est de toute évidence fallacieux, même couvert par l’autorité de l’Académie française. En outre, la Commission comporte, dans ses membres, quelques linguistes. Aucun d’entre eux ne pouvait ignorer que l’usage de ce « mél. », même limité au symbole précédant une adresse électronique, allait immédiatement entraîner la « substantivation » du terme et l’émergence d’un verbe dérivé, exactement comme dans le cas de « fax ».

Le bon sens a fini, non sans mal, par triompher et la France, contrainte et forcée, a abandonné ce « maudit » mél (je dis « maudit » par référence aux Québécois, pour lesquels nous sommes souvent, et nous le fûmes, en l'occurrence, six années durant et à raison, les « maudits » Français!). Nous avons en tout cas, en la circonstance, montré une fois de plus notre manque total d'esprit de coopération francophone et confirmé cette arrogance qu'on nous reproche tant et qui rend évident, une fois de plus, que nous nous jugeons les seuls propriétaires de la langue française.

J’ajoute que non seulement « courriel » a permis, comme on pouvait le prévoir, de créer le dérivé verbal « courrieler », mais qu’il a engendré, au Québec du moins, (mais peut-être en userons-nous à notre tour un jour), le terme « pourriel » qui désigne joliment  les « courriels » importuns et souvent porteurs de virus qui, de plus en plus, envahissent nos messageries électroniques et que nos machines appellent "spams".

Cette affaire ramène, une fois de plus, le problème de la langue française que la loi Fioraso risque fort de poser à nouveau.
 J'y reviendrai donc!

jeudi 18 avril 2013

A avoir vu ou à voir à propos d'Haïti : "Assistance mortelle" de Raoul Peck sur Arte, mardi 16 avril 2013.


Avant d'aborder les questions que pose ce film, il faut dire quelques mots sur Raoul Peck dont la vie, la carrière et la personnalité sont fort intéressantes, mais sans doute mal connues.

Raoul Peck est né en 1953 à Port-au-Prince, mais son père, ingénieur agronome, quitte Haïti en 1961 avec le premier contingent d'Haïtiens qui vont au Congo ex-belge, pour compenser le refus de la Belgique d'établir, avec son ancienne colonie, des relations de coopération du même type que celles que la France a instaurées.

Curieusement, il en résulte qu'un jeune linguiste né à Liège, André Marcel D'Ans, fera, au Congo, la première thèse française sur le créole haïtien, en ayant, parmi ses principaux témoins haïtiens, la gouvernante de Madame Sylvain, sœur de Suzanne Sylvain, qui en 1936 avait elle-même été l'auteur d'un ouvrage demeuré classique sur ce même créole.

En 1963, le jeune Raoul Peck rejoint son père au Congo avec le reste de sa famille ; ses parents y resteront 28 ans ; il poursuivra lui ses études aux États-Unis, en France puis en Allemagne où il va acquérir une formation d'ingénieur et d'économiste à l'université de Berlin. Militant de gauche, il rêve de retourner en Haïti pour combattre la dictature de Duvalier. Il change d'orientation professionnelle dans les années 80 pour devenir journaliste photographe et cinéaste et réaliser plusieurs court-métrages documentaires en Allemagne. Après une carrière, marquée par diverses productions cinématographiques remarquées, tant sur Cuba que sur l'Allemagne, il obtient, en 1994, pour "L'homme sur les quais" le prix du meilleur court-métrage lors du Festival du cinéma africain de Milan ainsi que divers autres prix qui le conduiront, dans les années 90, à enseigner la mise en scène et l'écriture de scénario à l'université de New York.

C'est alors que s'ouvre pour lui une carrière politique car, sous la présidence d'Aristide, le Premier Ministre Rosny Smarth lui propose, en 1996, le poste de ministre de la culture. Ce séjour ministériel sera de courte durée puisque, en 1997, Rosny Smarth démissionne, devant l'évolution du régime d'Aristide, avec cinq de ses ministres, don R. Peck.

En 2000, R. Peck commence une collaboration avec la chaîne européenne Arte et c'est sans doute dans le prolongement de ces liens que se situe le film qui a été projeté mardi 16 avril 2013 à 20h50 sur cette même chaîne.

Le titre, un peu ambigu et paradoxal au départ, vise essentiellement à dénoncer l'inefficacité et la gabegie de l'assistance "humanitaire" internationale en Haïti, alors qu'un grand mouvement de solidarité s'était dessiné dans le monde après le gigantesque séisme du 12 janvier 2010 qu'on a nommé en créole : « Goudou goudou » et qui a fait plus de 200.000 victimes. Il  est impossible d'entrer dans le détail du film lui-même qui est remarquable et illustre surtout le désastre de cette prétendue coopération ; je me limiterai donc ici à quelques remarques.

La première est évidemment la mise en cause des États-Unis et en particulier celle de Bill Clinton, dont l'image, au cours du film, ne cesse de se dégrader jusqu'à ce que, vers la fin, lorsqu'est établi le bilan du désastre, vienne s'inscrire sucessivement, sous son image, comme un générique de fin, la foule des titres de président ou de coordonnateur qui ont été les siens durant ces deux années. Il est clairement dit, pour une fois, que ce sont les États-Unis qui ont choisi et fait élire Michel Martelly comme président de la République, au terme de processus électoraux dont il suffit de dire que, si le président élu a bien obtenu plus de 60 % des suffrages, moins du quart des électeurs ont voté et que les conditions du scrutin n'ont pas été d'une parfaite régularité.

Le thème dominant du film est que la coopération, prétendument humanitaire, fonctionne très largement sans relation réelle avec les Haïtiens et parfois même en opposition avec ce qu'ils pourraient attendre ou désirer. La dénonciation de la corruption, des plus banales, est un moyen commode et sûr de faire en sorte qu'une bonne partie des crédits de l'aide internationale retourne, en fait, dans les pays donateurs, si elle les a jamais quittés. Tout cela est parfaitement connu et on dit même que ce sont les Suisses qui détiennent tous les records en la matière, en récupérant plus de 85 % des crédits qu'ils peuvent apporter au titre des diverses aides.

Tout cela n'est pas très nouveau mais ne se dit guère. Or actuellement, en Haïti même, on observe à travers la presse quotidienne un changement d'attitude très sensible à l'égard des États-Unis, comme envers une présidence de la République et un gouvernement qui n'en sont que l'émanation comme chacun le sait.

Les passages les plus intéressants du film, car il y a là des témoignages inédits et rares, sont les interviews que Raoul Peck réalise aussi bien avec l'ancien président Préval qu'avec son Premier Ministre, Jean-Max Bellerive. Tous deux s'expriment très librement ; Préval explique même comment on a voulu lui faire le coup que les Etats-Unis avaient déjà fait à Aristide en l'enlevant sous prétexte de le protéger ; sont aussi filmées des scènes étonnantes comme celle où, durant une séance tout à fait officielle, au moment où Bill Clinton monte sur l'estrade pour prendre la parole, le Président Préval se lève et quitte ostensiblement sa place et la salle. Tout cela illustre bien le climat dans lequel se déroule cette fameuse "coopération humanitaire" qui est, sans cesse, marquée par de constants différents et accrochages entre les O.N.G. et le gouvernement haïtien qui souvent ne brille pas ni par l'initiative, ni par l'honnêteté.

Le témoignage le plus copieux et qui m'a paru le plus intéressant est celui de Jean-Max Bellerive qui s'exprime très longuement, souvent avec franchise et beaucoup de détails ; il rappelle que, dans un contexte où la notion même d'O.N.G. est extrêmement floue, on en a compté un moment jusqu'à 4000 dans le pays ! Dans ce même blog en 2010, j'ai eu ainsi l'occasion de m'interroger sur des expéditions humanitaires françaises qui prétendaient amener en Haïti des psychologues (une de nos spécialités nationales avec le sureffectif administratif et le steak-frites) pour soigner les malheureuses victimes de la catastrophe. Tous ces braves gens devaient ignorer sans doute que la grande majorité des Haïtiens ne sont francophones que sur le papier ou dans les statistiques démo-linguistiques québécoises et qu'il doit y avoir en France un nombre très réduit de psychologues assez familiers avec le créole haïtien pour pouvoir en user dans leurs thérapies.

Pour conclure sur un aspect qui pourrait sembler mineur, j'ai été personnellement frappé par la très faible présence de la France dans ce film ; à peine entrevoit-on un moment (il disparaît aussitôt) l'ambassadeur de France, Didier Le Bret (mais qui ne "grogne" pas ; petite blague pour ceux qui, comme moi, savent par coeur, depuis l'enfance, Cyrano de Bergerac!) ; il avait pourtant demandé à être nommé en Haïti et son séjour là-bas a dû, à mon avis, fortement le décevoir.

Sur le plan linguistique, il est curieux de constater que dans ce film on entend à peu près jamais de français (une des deux langues du pays) enregistré en Haïti ; l'essentiel des propos enregistrés est soit en anglo-américain, soit en créole ; encore faut-il souligner que, si je me souviens bien, celles et ceux qui s'expriment le plus fréquemment en français me paraissent être Belges ou Québécois. Il y a là, une fois de plus, les signes de la vieille stratégie américaine d'éviction du français que la politique française ne fait que favoriser tout en la dénonçant !

Il serait bon qu'un tel film, avec les commentaires adéquats, soit projeté aux diplomates qui, au Quai d'Orsay, ont la charge d'Haïti, comme aux décideurs de l'OIF et de l'AUF, car cela pourrait peut-être inciter tout ce petit monde à avoir enfin, puisque, après tout c'est là leur job, une politique un peu mieux adaptée et un peu plus réaliste.