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samedi 29 mars 2014

Élections municipales 2014 et intercommunalité : ça sent si bon la France !

Élections municipales 2014 et intercommunalité : ça sent si bon la France !
J'ai passé, chère lectrice, distingué lecteur, une fort mauvaise nuit en pensant que vous alliez affronter le second tour des élections municipales sans être suffisamment informé(e) de l'importance de ce scrutin qui fera date dans l'histoire des élections françaises, une importante réforme ayant  été faite, sans tambour ni trompette, pour le 1er janvier 2014.
Vous avez en effet voté dimanche dernier, pour la première fois et sans doute sans y prendre garde et sans le savoir, non seulement pour élire un conseil municipal mais également un conseil « com-mu-nau-taire », ce qui est une considérable innovation !
« L'intercommunalité » désigne en effet, en France, le regroupement de communes, structure administrative légale, chargée d'exercer des compétences qui lui sont déléguées par les communes qui en sont membres. Or, pour la première fois, vous avez pu ou vous allez pouvoir élire les conseillers des communautés de communes sur une liste spécifique dont vous avez connaissance, cette procédure étant substituée aux cuisines internes précédemment en cours au sein des mairies. Toutefois n'allez pas croire, naïvement, que vous avez apporté véritablement des mesures salvatrices aux problèmes que pose le fameux  millefeuilles administratif français qu'il est de bon ton de dénoncer, sans y changer quoi que ce soit sauf à le compliquer encore. Aussi ai-je jugé de mon devoir de vous éclairer lors de ce scrutin.
Faisons d’abord le point. Au 1er janvier 2014 existaient en France, regroupant 98,8 % des communes, 2.145 « Etablissements publics de coopération intercommunale » (EPCI). Ça ne fait guère, par EPCI de ce tonneau, en moyenne,  qu’une quinzaine de communes ! 
On relève, dans cet ensemble, 1903 « communautés de communes », 222 « communautés d'agglomération » (singulier singulier ! La curiosité est ici d’ordre orthographique, puisque les textes officiels mettent au singulier le mot « agglomération », ce qui en rend très problématique la mise en « communauté »). Jusque-là rien de très remarquable … à ce détail orthographique près ! S'y ajoutent 15 « communautés urbaines » (déjà plus étrange dans leur importance puisque Alençon y voisine avec Marseille et le Creusot avec Toulouse !), quatre « syndicats d'agglomération »(même remarque sur ce singulier singulier), une « métropole » : Nice (va savoir pourquoi ?) et surtout quatre communes dont je ne vous donnerai pas en mille de découvrir les noms car nous n'en avons pas le temps et vous n’y parviendriez pas même, si je vous le donnais en dix mille, puisqu’il y a plus de 36.000 communes dans notre beau pays. Or ce sont en effet, et  seuls Dieu et le Père Ubu administratif français savent pourquoi : Saint-Loup-Géanges et Change (Saône-et-Loire), Nalliers (Vendée), et Quincieux (Rhône). Après cet inventaire à la Prévert, où seul manque à l’appel l’indispensable raton-laveur qu’on attendait,  je pense qu'on peut retirer l'échelle administrative !
Vous savez comme moi (et comment ne pas le savoir tant on nous l’a répété) que la France compte plus de 36 000 communes, dont 10 000 ont moins de 200 habitants et 32 000 moins de 2000. Voilà plus d'un demi-siècle qu'on trouve que cette structure, qui nous vient des siècles passés, est devenue de plus en plus inadéquate, puisque la France rurale, à laquelle correspondait cette multiplicité, n'existe plus guère ; on essaye donc, en vain, depuis plus d'un demi-siècle, de porter remède à cette situation, sans oser le faire et si on le fait, comme toujours, on agit avec cette lenteur et ces incohérences qui nous caractérisent. Un des initiateurs de ces réformes a été Jean-Pierre Chevènement qui, visant, comme souvent à la « simplification de la coopération intercommunale » a surtout, semble-t-il, respecté la loi constante et  générale de l’incohérence et de l'inefficacité que je viens d’évoquer.
Depuis les années 50, on a accumulé les réformettes en créant d’abord, des « districts urbains » en 1959, puis des « communautés urbaines » en 1966, un autre pas étant franchi avec la « communauté de communes » créée en 1992 (pour les zones rurales et les petites villes) et la « communauté d'agglomération » en 1999. Je vous passe les détails de la progressive et inexorable mise en place de cette vaste mais incohérente usine à gaz !
Et c'est là où intervient la date fatidique du 1er janvier 2014, moment historique  que nous avons vécu sans y prêter suffisamment attention ; cette date mémorable avait été fixée de façon définitive par la réforme des collectivités territoriales de 2010, qui a rendu obligatoire pour les communes l'adhésion à une intercommunalité. Comme tout cela était encore un peu trop simple, on a aussi mis en place de nouvelles formes d'associations, la « métropole » et le « pôle métropolitain ». On ne saurait  être plus incohérent en matière de simplification ; la seule satisfaction que peuvent avoir les « penseurs » de cette réforme tient à une meilleure définition du « périmètre » et une simplification de la « carte intercommunale » qu’il fallait bien finir par établir.
Comme le disait, avec sa prudence et sa précision habituelles, feu Philippe Seguin « la situation de l'intercommunalité est un indéniable succès quantitatif mais la situation n'est pas pleinement satisfaisant sur le plan qualitatif ». Ah qu’en termes galants… ».  Au 1er janvier 2013, on comptait 14. 800 syndicats communaux ce qui est encore beaucoup, même si on se félicite d’une diminution de 3% de ce nombre !
De la logique profonde qui a présidé à ces réformes, je ne citerai que deux points essentiels car, si peu originaux qu’ils soient, ils ont été fixés après mûres réflexions : d’une part, le périmètre d'une communauté doit en effet respecter un principe de « continuité territoriale » (ce qui empêche, hélas, de mettre dans la même communauté, une commune du Pas-de-Calais et une autre des Alpes-Maritimes) , d’autre part, le fait qu’une commune ne peut appartenir qu'à une seule communauté, ce qui paraît aussi relativement logique, même si ce principe n'est pas une puissante originalité.
La principale nouveauté de ce scrutin de mars 2014 est que, comme vous l'avez constaté au premier tour, si toutefois vous avez été dans la minorité d'électeurs qui se sont rendus aux urnes et on regardé le bulletin, vous avez eu en mains la liste des candidats pour le « conseil communautaire », alors qu'auparavant cette liste était mystérieusement concoctée à l'intérieur de chaque commune ; en réalité, cela ne change pas grand-chose puisque cette liste vous est imposée lors du vote et que le panachage est interdit. Vous voyez donc une fois de plus le caractère totalement bidon de ce type de prétendue réforme majeure visant à plus de « démocratie ». « Démocratie mon cul ! » comme dirait Zazie !
Deux points essentiels sur lesquels il faut que vous soyez éclairés ; d'une part, le financement de l’intercommunalité et d'autre part ses compétences. Pour le financement, les communautés de communes sont dotées d'une fiscalité propre qui peut être « additionnelle aux taxes perçues par les communes » (d'où, en clair, une probable augmentation de l'ensemble de ces taxes) ou prendre la forme de la « taxe professionnelle unique » (TPU) dans le cas des communes qui ne la perçoivent plus.
La question des compétences est plus épineuse puisque les collectivités territoriales ont une compétence générale, alors que les communautés possèdent une compétence spécialisée ; les communes se sont donc dessaisies de toute capacité d'intervention dans les domaines de compétence transférées selon le si joli principe de l'exclusivité (en clair chacun son truc). En théorie, les choses sont simples mais en pratique elles le sont bien moins car très souvent une compétence spécialisée a des incidences sur une compétence générale et inversement.
On s'engage dans la voie de cette réforme, alors que, depuis plus de dix ans, dans de multiples études officielles de très nombreuses et sévères critiques ont été formulées à son endroit : soyons bref, là encore. En juillet 2005, rapport d'Hervé Mariton, qui montre que la coopération intercommunale « sera un facteur significatif d'augmentation des taux des impôts locaux en France » ; cette augmentation de la pression fiscale s'accompagne en outre (on le devinait), hélas d'une inflation des personnels administratifs, en raison en particulier du houblonnage des postes entre communes et intercommunalité. Un autre rapport parlementaire, au titre aussi significatif qu’inquiétant,  Le livre noir de l'intercommunalité (septembre 2005), préparé par les députés Beaudouin et Pernezec affirme que cette réforme comprend, outre les doublets dans des  personnels pléthoriques signalés par H. Mariton, une « insécurité juridique » manifeste, la différence entre les compétences communales et intercommunales n'étant jamais clairement définie, comme on vient de le voir. Ces conclusions sont, en gros, les mêmes que celles du rapport, exactement contemporain, de la Cour des Comptes a propos de l'intercommunalité en France (23 novembre 2005) déjà évoqué ci-dessus lui aussi. Pour en faire un tel usage, on aurait pu au moins faire l’économie de ces rapports qui, d’une façon spectaculaire, vont tous dans le même sens (et finissent dans la même poubelle !).
On voit donc que, comme toujours en France, lorsqu'on entend simplifier, dans les meilleures intentions, un ensemble trop lourd et complexe, on en accroit encore les défauts, en se bornant à ajouter une assiette sur la pile, sans songer un instant à retirer, dans le dessous, une ou deux de celles qu’elle est censée remplacer !

dimanche 16 février 2014

Pan sur le bec !

« Pan sur le bec ! » était autrefois une rubrique du Canard enchaîné où ce volatile confessait et redressait ses erreurs. N’attendez rien de tel de ma part, sinon une anecdote un peu voisine mais en version « 2.0 », comme il est de bon ton de dire aujourd’hui ! Suite à mon billet d’hier, j’ai interrogé Google pour voir ce que j'y trouvais à ce sujet. Quel ne fut pas mon étonnement d’y trouver, parmi les premiers textes signalés, un passage d’un de mes livres, vieux de près dix ans, Vers une autre idée et pour une autre politique de la langue française, extrait d’un de ses chapitre intitulé « Championnat du monde d'orthographe et francophonie », où j’avais déjà traité, dans une perspective un peu différente et plus large du sujet que j’envisageais pour le lendemain ? J’avais tout à fait oublié ce texte. Sénilité, narcissisme ou paresse, je vous laisse le choix du chef d’accusation ! Mais après tout c’est dimanche et le débat sur le travail du dimanche n’est pas clos ; je reprendrai donc ici mon texte.

«  Le titre de ce chapitre [C’était, je le rappelle, « Championnat du monde d'orthographe et francophonie »] semblera sans doute insolite, comme nombre d'autres choses dans ce livre que d'aucuns jugeront irrévérencieuses voire provocatrices. Par ailleurs, je donne le sentiment de changer une nouvelle fois de sujet, en abandonnant la linguistique « dure » pour des considérations de nature très différente. On verra, j’espère, qu’il n’en est rien.

J'ai reçu, il y a quelques mois (je ne sais toujours pas bien pourquoi) une lettre d'un jeune Gabonais qui, en un style des plus fleuris, se prévalait d'un succès flatteur aux Championnats du monde d'orthographe organisés, je suppose, par Bernard Pivot (j'ajoute cette prudence car, peut-être, comme pour les élections de Miss France, y a-t-il des concurrents sur le même créneau !). Cette lettre, par certains côtés émouvante, par d'autres ridicule, illustrait une image du français qui n'est sans doute pas la meilleure qu’on puisse souhaiter en vue de sa diffusion dans le monde.

Soyons clairs ; il y a là, dans ce genre de concours comme dans le commerce des dictionnaires dont j'ai parlé dans le premier chapitre, une affaire purement commerciale avec des produits « dérivés » (comme on dit…) : émissions de télévision, magazines, livres, jeux, etc. Il y a même, comme pour « l'auto-bridge », un outil personnel d'entraînement, naguère manuel, désormais électronique, qui permette de se préparer quotidiennement à ce genre d'épreuve.

Ces concours d’orthographe ne sont, en fait, que des versions, à visée désormais sérieuse, voire nationale et patriotique, (l'opération est retransmise par la télévision depuis le grand amphithéâtre de la Sorbonne!), de la dictée imaginée autrefois par Mérimée pour distraire l’Impératrice Eugénie et son entourage. Cette épreuve est proposée, dans le cadre de ses opérations linguistico-patriotico-commerciales, par B. Pivot, dont les Français ont pu évaluer les compétences réelles en matière orthographique, lors d'une émission où il accueillait Jacques Toubon, alors Ministre de la Culture et de la Francophonie. Mais n’anticipons pas car je raconterai cet épisode édifiant dans le chapitre suivant. [Comme vous n’avez pas sous la main cet excellent livre, il me faut bien vous raconter ici l’histoire promise qui est censée être narrée par un Japonais ! A propos de ce même ministre, je vais te raconter une petite histoire vraie qui va te rassurer définitivement. Quand Jacques Toubon a été nommé Ministre de la Culture et de la Francophonie, en 1993, il a été invité à l’émission « Bouillon de culture ». Il est arrivé sur le plateau, hilare, brandissant une note écrite par un des ses collaborateurs; elle présentait une faute d’orthographe qu’il avait été le seul à repérer parmi tous les gens qui avaient lu ce texte. Il a montré la feuille de papier à Bernard Pivot qui, est, comme tu le sais, le père des Championnats du monde d’orthographe; ils se sont tous les deux esclaffés d'abord, indignés ensuite devant cet attentat scandaleux contre l’orthographe du français, qui est une si belle, si noble et si respectable institution. Manque de chance ! Leur triomphe a été de courte durée. Ils avaient tous les deux tort et ce qu’ils jugeaient une faute scandaleuse était, en fait, l'orthographe correcte du terme. Toute la presse en a ri ! Dans leur position, chez nous, ils auraient dû l’un et l’autre démissionner sur le champ de leurs fonctions. Ici, cela n’a provoqué que des sourires. La France sera toujours la France !].

La dictée de Mérimée (« Ce dîner à Sainte-Adresse, près du Havre, fut un vrai guêpier… ») était un texte qui, certes accumulait à dessein les pièges orthographiques (« les cuisseaux de veau et les cuissots de chevreuil… »), mais qui avait une certaine cohérence. Octave Feuillet, de l’Académie français, fit 24 fautes et le vainqueur, avec trois fautes, fut un étranger, le Prince de Metternich ! 

Les dictées de Pivot ne sont, en revanche, que des ramassis d'aberrations et d’anomalies où le trait d'union joue le rôle majeur ; elles n'ont même pas de validité réelle, au plan strictement administratif, puisque l'arrêté de Georges Leygues, pris le 26 février 1901, a établi des tolérances officielles sur beaucoup de ces points. Ainsi, dans le titre IV de ce texte, « Noms composés », lit-on: « Les mêmes noms composés se rencontrent aujourd’hui tantôt avec le trait d’union, tantôt sans trait d’union. Il est inutile de fatiguer les enfants à apprendre des contradictions que rien ne justifie »  Cet arrêté, plein de bon sens, vaut « pour les examens et concours » nationaux et son préambule précise qu’« il ne sera pas compté de fautes aux candidats pour avoir usé des tolérances indiquées ». En d'autres termes, les fautes sur lesquelles se fondent des championnats d’orthographe ne sont pas des fautes aux yeux de la loi française, car à ma connaissance ce texte est toujours valide.

On peut, de la même façon, se demander en outre si, dans ces concours de dictées plus ou moins officiels, on prend ou non en compte ce qu’on appelle souvent la « réforme Rocard » et qui consiste, en fait, dans des rectifications orthographiques, approuvées à l’unanimité par l’Académie française le 3 mai 1990 et publiées dans le Journal Officiel le 6 décembre de la même année. Un certain nombre de documents diffusés par des organismes officiels respectent ces dispositions (sans toujours le rappeler, ce qui fait parfois problème) ; c’est le cas de la DGLFLF, me semble-t-il  ; j’ajoute cette restriction faute de lire tous les textes qu’elle produit. Il faut avouer qu’on s’y perd un peu puisque l’Académie française, pourtant unanime dans son premier choix, mais cédant sans doute devant la grogne des paladins de la francophonie, a publié, en janvier 1991, un communiqué marquant son souhait que ses recommandations « ne soient pas mises en application par voie impérative ». Il  en résulte que l’application de cette réforme est très limitée et qu’en gros, dans la francophonie du Nord, le respect de ces dispositions est chose rare, ce qui les a fait tomber rapidement dans l’oubli, dans le grand public au moins. De ce fait, si l’on se risque à écrire selon ces normes, il est prudent de le préciser d’emblée pour ne pas se faire taxer d’ignorance ! On peut s’en convaincre, s’il est besoin, en utilisant les correcteurs orthographiques du français dont sont équipés nos ordinateurs. Pour la plupart, ils signalent comme fautes, par des soulignements vengeurs, tout mot écrit selon les recommandations de 1990 ! Le français issu  de la réforme Rocard ne fait pas encore  partie des diverses variétés de orthographiques de français que prennent en compte les machines.

Quant au gouvernement français, il soutient, mais apparemment sans problèmes, à la fois l’application de la réforme Rocard (mise en œuvre dans certaines productions officielles) et des manifestations comme celles qu’organise B. Pivot qui, pour une bonne part, reposent sur le  non-respect radical de la réforme de  1991.

Si Mérimée est sans doute l’inventeur de la dictée faite pour regrouper le maximum de difficultés orthographiques, selon André Goosse, Bernard Pivot n’aurait même pas eu, le premier, l’idée de créer des « championnats d’orthographe ». Les premières compétitions de ce genre auraient, en effet, eu lieu à Bruxelles, ce qui ne m’étonne guère quand on connaît la passion de certains Belges pour la grammaire (A. Goosse, Présentation de l’APARO, 1997 : 4).

De l'orthographe du français.

Comment ne pas rappeler, en abordant ce point, la si pertinente remarque de Pierre Larousse dans l’article « orthographe » de son dictionnaire de 1874 : « Nous passons une grande partie de notre vie à apprendre à écrire en français et, […] les plus instruits et les plus intelligents d’entre nous n’y parviennent qu’imparfaitement ».

On pourrait, de façon quelque peu sophiste, tirer de cette remarque la conclusion que ceux qui arrivent à maîtriser parfaitement cette orthographe sont en fait des imbéciles, ce que la sagesse populaire d’autrefois disait, à sa façon, en proclamant que l’orthographe était la science des ânes!
En fait, ces compétitions sont aussi puériles que vaines ; on pourrait juger qu’elles s'apparentent simplement aux stupides records du Guiness Book, s'il n'y avait pas là des indices de mentalité, qui sont en fait d'autant plus graves pour la langue française que les promoteurs de telles opérations, quand ils ne sont pas assez rusés pour en tirer un profit personnel, sont naïfs et aveugles au point de ne pas voir le tort qu'ils font à l'objet même de leur dévotion : la langue française. La sacralisation du français, dont j'ai donné déjà nombre d'exemples, est, en effet, aussi absurde dans son principe que funeste dans ses conséquences.

Les championnats d'orthographe se fondent sur les inconséquences, les absurdités, les bizarreries, etc., de l'orthographe du français. Il faut reconnaître qu'à cet égard, notre langue est d'une richesse infinie ! Cela tient à son histoire et aux cuistres d'antan, parfois eux-mêmes assez ignorants, qui, au stade du moyen français surtout, l'ont compliquée à qui mieux mieux. [Jacobus Silvius  à qui nous devons l’accent grave, l’accent circonflexe et le tréma est le principal bienfaiteur de notre système orthographique]. Nous n'y pouvons rien, mais devons-nous pour autant en tirer gloire, nuire, par là, à la diffusion de notre langue et même aider certains à en faire commerce et profit ?

Le pire est que la graphie du français, en particulier avec ses signes diacritiques (nos accents aigus, graves, circonflexes, les trémas et les cédilles), est non seulement un handicap pour la diffusion de la langue (les étrangers désireux de l'apprendre s'en effrayent à juste titre, nous y reviendrons) et une surcharge inutile qui, souvent, ne correspond plus à rien dans la pratique langagière (Combien de Français distinguent encore, dans la prononciation, « pâte » de « patte » ?), mais elle constitue un handicap est encore bien plus grave dans le monde informatique. En effet, ces signes, pour la plupart inutiles, sont une vraie catastrophe à l'ère de l'électronique.

Il faut tout de même qu’on sache que ces diacritiques (qui en fait ne le sont même pas, puisque « diacritikos » en grec veut dire « qui sert à distinguer » alors que la plupart des diacritiques n’ont plus réellement cette fonction !) sont de pures inventions des grammairiens et, à leur suite, des éditeurs de la Renaissance, alors que l’ancien français n’en avait pas. Ici, comme ailleurs, on a singé, souvent sottement, les Grecs. On connaît même les noms des inventeurs de ces signes : Robert Estienne pour l’accent aigu en 1530, Jacques Dubois (alias Jacobus Sylvius qui aurait été mieux inspiré de s’en tenir à la nomenclature cérébrale et à son fameux « aqueduc ») pour l’accent grave, l’apostrophe et le tréma en 1531 (Quel homme !).

Il y a plus de vingt ans, Maurice Gross, l’un des premiers et, à l’époque, l'un des rares linguistes à s’intéresser à l’informatique, proposait, non pas de rendre l’orthographe du français plus simple, plus cohérente, plus logique, etc. (tâche impossible dont tant d’autres ont rêvé, avant et après lui), mais simplement de la débarrasser de ses signes diacritiques, dans lesquels il voyait, avant tout le monde, autant d’entraves à l’usage futur de cette langue dans les ordinateurs. Moins connue que d’autres, sa proposition n’a pas eu plus de succès, mais je demeure aujourd’hui encore admiratif devant la précocité et la justesse de son analyse.

A l’époque, ces signes diacritiques étaient des obstacles quasi insurmontables vu la limitation du nombre de bits dans la représentation d’un caractère graphique ; ils ont en partie cessé de l’être, dans l'usage intra-francophone du moins, car, dans les relations internationales, il en est tout autrement. J’entends déjà les utilisateurs moyens des ordinateurs, qui se servent de cette machine pour le courrier familial, s’esclaffer de mon ignorance, puisqu’ils usent chaque jour de l’accent circonflexe, de la cédille et du tréma sans la moindre difficulté. Je note néanmoins que, dans les échanges scientifiques internationaux, la plupart de mes collègues envoient leurs courriels à l’étranger, sans user eux-mêmes de ces signes diacritiques pour éviter les problèmes.

Pour en rester au niveau le plus modeste, celui, par exemple, du simple usage des courriels, chacun a pu constater que les adresses électroniques n’admettent pas les signes diacritiques du français. Ce point me paraît assez clair pour que je ne m’y arrête pas davantage, même si les choses ont un peu évolué, tout récemment d'ailleurs et sans que soient réglés tous les problèmes, loin de là ! Au moment même où j’écris ces lignes, je constate avec un plaisir non dissimulé que, dans un courriel que je reçois d’une collègue allemande, les trémas qui marquent en allemand l’inflexion vocalique (umlaut) ont disparu et que, par exemple, « für » est écrit « fuer » ! Mon collègue et ami Jürgen Lang doit ainsi, dans son adresse électronique, se rebaptiser « Juergen » faute de pouvoir user de « Jürgen ». Quelle joie ; nous ne sommes donc pas les seuls à avoir ce genre de problèmes… quoiqu’on die (comme écrivent Corneille et Racine !).

J’attire au passage l’attention sur le problème que posent aux ordinateurs les diacritiques du français quand on doit les utiliser pour des majuscules. Je n’entre pas dans le détail, laissant à chacun le soin de s’amuser avec ce petit problème électronique que je suggère de réserver pour un soir d’hiver. Simple exemple; si l’on en croit Word, [Ce texte est publié en 2006 !] pour faire un E majuscule avec un accent grave, c’est tout simple et je le fais au fil du texte; par ce qu’on nomme si joliment le « raccourci », il suffit de faire « alt + crtl + 7, majuscule + E » …= È… Formidable, c’est un peu long, très compliqué et difficile à réaliser (il faut presser en même temps plusieurs touches), mais ça marche… la preuve !

Pour tenter d’en finir avec les diacritiques, la réforme Rocard s’était attaquée aux accents circonflexes. On avait décidé, non sans courage et bon sens, de supprimer les accents circonflexes sur i et u et de proposer d’écrire « traitre » et « bruler ». Fort bien. Toutefois, on ajoute aussitôt des exceptions à cette règle comme les 1ères et 2èmes personnes du passé simple (nous vîmes, nous lûmes), et les mots qui, sans accent, seraient homographes (dû, mûr, sûr, jeûne et les formes du verbe croître qui sans accent seraient identiques à des formes du verbe croire). La belle affaire ! J’ai cherché en vain des exemples où une telle homographie pourrait faire problème. En trouverait-on un, ici ou là, qu’on se demande quelle pourrait être l’importance du fait.  Autre changement majeur, on peut désormais écrire « évènement », comme on le prononce en général, et non « événement » comme l’exigent nos correcteurs d’orthographe ! En fait l’auteur de cette réforme me fait penser à Jules César dont un historien latin se demandait s’il était « trop audacieux ou trop prudent » (audacior an prudentior). Peut-être aurait-il fallu avoir l’audace de supprimer, d’un seul coup, tous les accents du français ? Quitte à ne pas être suivi, autant concevoir un grand dessein !

Près de La rumeur publique prétend que, dans la réforme de 1991, les savants rédacteurs du texte ont « consulté », avant de rendre publiques leurs propositions. Qui donc ? Comme aurait écrit Madame de Sévigné, « Je vous le donne en dix, je vous le donne en cent, je vous le donne en mille ». Ne cherchez plus et accordez votre langue au chat ! ... Bernard Pivot ! Je ne doute donc pas un instant que c’est à lui que nous devrons, si le texte est un jour appliqué, les « crûtes » et les « crûmes » qui ont si délicieusement enjolivé les dictées de notre enfance. Je vois d’ailleurs mal, pour le dit « crûmes », en quoi la présence ou l’absence d’accent circonflexe distinguerait les formes du verbe « croire » de celles du verbe « croître ». Mais si Bernard Pivot, qualifié au Québec, à l’occasion de la Semaine de la Francophonie 2005, de « grand maître de la langue française » l’a dit, on ne peut que le croire !

J’ai encore eu tout récemment (juin 2004) à Ouagadougou, avec Marc Van Campenhout (du Centre de recherche Termisti, Institut Supérieur de traducteurs et interprètes de Bruxelles), une vive discussion d’où nous sommes sortis l’un et l’autre sans résultat très net. Mon point de vue personnel est très simple et se résume en deux idées élémentaires, mais fortes.

Premièrement, ce n’est pas parce que « la norme Unicode permet désormais de représenter en une table unique les caractères d’un très grand nombre de langues » (T. Cisse, C. Mbodj, M. Van Campenhout et M. Wane, 2004 : 86) et donc qu’elle permet de « graphiser » n’importe quelle langue à la fantaisie de chaque créateur de signes graphiques, qu’il faut opérer de tels choix sans la moindre réflexion préalable sur la « graphiation » de cette langue. Ce point est capital dans le cas des nombreuses langues du Sud qui n’ont pas de codes graphiques et que l’on entreprend d’en pourvoir. Même si les auteurs de l’article cité ouvrent un paragraphe de leur texte par un titre alléchant et prometteur « Un clavier, pour quoi faire, » (ibidem, 87), on n’y trouve pas de vraie réflexion sur le problème général et la seule préoccupation est en fait d’ordre ergonomique, alors que la première question à se poser, avant celle de savoir comment écrire une langue est celle de savoir « pour quoi ? » on décide de le faire et dans quel environnement économique et social s’opère une telle entreprise.

C’est pour mettre en évidence l’ordre même de ces démarches que je propose de distinguer la « graphiation » (prise en compte de l’ensemble des facteurs linguistiques, sociaux, économiques, etc. qui conditionnent et déterminent le choix et les modes d’écriture de la langue en cause) et la « graphisation » (les choix techniques de la graphie adoptée, opérés en fonction des facteurs mis en évidence dans la phase antérieure). Il est absurde de concevoir des signes graphiques complexes, pourvus de multiples diacritiques pour la seule raison que la technique informatique permet désormais de l’envisager.

En second lieu, tout le monde n’est pas nécessairement un spécialiste des techniques informatiques ; l’usage normal de l’ordinateur doit être comparable à celui de n’importe quel appareil. Je n’ai pas besoin d’être ingénieur en télécommunications pour me servir de mon téléphone ; de même, j’attends de mon ordinateur un usage aisé, convenable et adapté, en dépit du fait que je ne suis pas ingénieur informaticien. Les auteurs de l’article cité ci-dessus reconnaissent eux-mêmes qu’on « trouve sur la toile des gratuiciels qui permettent de créer des claviers qui apparaissent sur l’écran. La saisie s’effectue en activant chaque touche à l’aide de la souris, ce qui s’avère rapidement fastidieux » (ibidem : 89). C’est le moins qu’on puisse dire ! Cette dernière remarque nous renvoie à ma démonstration précédente concernant les accents sur les majuscules en français ! Les langues orales qu’on cherche à écrire connaissent déjà assez de handicaps sociolinguistiques pour qu’on n’y ajoute pas, à plaisir, des obstacles techniques que rien ne justifie.

 L'histoire de l'orthographe du français a été faite par N. Catach qui y a consacré sa vie ; il n'y a plus grand chose à en dire, si ce n'est que, quels que soient ses défauts et ses incohérences, tout démontre qu'il est impossible d'y changer quoi que ce soit, même avec des visées aussi modestes que celles de la réforme tentée par M. Rocard. Prenons-en acte. Faut-il pour autant, à grand renfort de fastes et de publicité, s'en faire gloire et, pire encore, organiser des célébrations rituelles et solennelles de ces tares de notre infortuné système orthographique ? Y-a-t-il un moyen plus sûr et plus efficace de maintenir, voire de renforcer, l'idée bien française que toutes ces absurdités sont intangibles voire sacrées? Faut-il ajouter que, si le Rapport Duvernois affirme avec force (en titre) et pertinence qu’il faut « désacraliser le français » (2004 : 28), on ne trouve pas, dans les pages qui suivent cette forte parole, un seul mot sur cette entreprise de « désacralisation ».

samedi 15 février 2014

Jacobus Silvius et l'accent circonflexe


J’étais presque décidé à quitter ce blog [ Mediapart ], vu que j'y trouve, somme toute, de moins en moins d'intérêt et que le sectarisme tend à y régner sans partage! Comme souvent les décisions que nous prenons sont remises en cause par des éléments qui sont apparemment sans relation avec elles. J'ai déjà évoqué, ici et là, la totale incapacité de la France à réformer quoi que ce soit et je ne pensais guère y revenir, tant les illustrations de ce trait national se multiplient chaque jour.

Je comprends certes que la réforme ne soit pas facile pour nos gouvernants dans les domaines importants où, quelque changement que ce soit, rencontrera forcément une opposition devant laquelle on sera de contraint de céder, suite au conservatisme forcené qui caractérise notre société et aussi, disons le, au total manque de courage et à l’électoralisme forcené de nos décideurs. Via les sondages permanents, tous pratiquent, le plus souvent, ce que je nomme la « politique du doigt mouillé » et n’avancent, en général, une idée que pour y susciter des réactions hostiles qui leur permettront de revenir aussitôt sur cette perspective.

De ce fait, on s'en prend souvent aux indécisions, aux atermoiements et aux palinodies de nos gouvernants, sans comprendre apparemment qu’il s'agit là d'une stratégie ; ils ne cherchent, dans les réactions de rejet que suscite l'annonce d'une quelconque réforme, qu'une bonne raison de ne pas la faire, tout en espérant conserver le bénéfice du mérite de l’avoir proposée. C'est ce que j'appelle, sans grande imagination, « la politique du doigt mouillé » .

 Je ne voudrais pas illustrer ce point par des phénomènes sociaux du type de la grève des chauffeurs de taxi ou bientôt de celle des intermittents du spectacle, certes moins susceptible que la première de gêner la population générale. Il a fallu un incident totalement anodin et même dérisoire pour me conduire à écrire ce billet, alors que j'étais assez fermement décidé à ne plus en faire, du moins dans Mediapart.

 La mise en page d'un livre sur laquelle je travaille actuellement m'a conduit à la fois à reconsidérer les pratiques traditionnelles de la typographie française, mais aussi, de fil en aiguille, au-delà de cette tâche, celles de notre orthographe.

Ayant reçu de l'éditeur la traditionnelle page récapitulative des « signes de correction », j'ai constaté que la forme même du signe conventionnel de correction, qui demande à ce que soit supprimé un mot ou une lettre, témoignait d’une claire ignorance, de la part du rédacteur de cette page, de l'origine d’un tel signe. Cet auteur y a réalisé, en effet, un graphisme, prudemment informe, qui rappelle vaguement et de loin un « f » en écriture anglaise. Or, il s'agit clairement, à l'origine, du « d » initial du subjonctif présent passif du verbe latin « delere » (= détruire), à la troisième personne du singulier, qui, par abréviation, indique la nécessité de supprimer un caractère ou un mot dans l’impression définitive. Au temps où il y avait encore des correcteurs d’imprimerie et des protes (J.P. Colignon, celui du Monde, en devint célèbre !), on appelait encore ce signe un « deleatur », cette forme de subjonctif, à valeur d’obligation et par là d’ordre, signifiant en français, mot-à-mot « qui doit être détruit  », donc « à supprimer ».

Une pareille remarque amène d'ailleurs à considérer, toujours de fil en aiguille et d'une façon plus globale, un point indépendant du précédent qui est l'orthographe même du français qu’on n’a cessé de faire mine de réformer, de l’arrêté de Georges Leygues (26 février 1901) à la loi Rocard de 1990.
Le premier, ne fut que « ministre de l’Instruction Publique et des Beaux-Arts » car il n’y avait pas, en cette infortunée période, de ministère de la culture et l’instruction publique ne s’était pas encore muée en éducation nationale. C’est sans doute ce qui explique que le pauvre Georges Leygues ne demeure dans la mémoire française que par le croiseur qui, ayant reçu son nom, échappa au sabordage de notre flotte à Toulon et participa, certes modestement, au débarquement de Normandie en 1944 !

Le sort des « rectifications orthographiques du français de 1990 » est pire encore puisque elles proposaient une nouvelle orthographe pour certains mots du français « afin de la rendre plus simple ou en supprimer certaines incohérences ». Ces rectifications sont alors approuvées par l'Académie française et publiées dans le Journal Officiel du 6 décembre 1990.
 Cette orthographe est qualifiée de « nouvelle », « recommandée », « rectifiée », « révisée », « modernisée » ou plus simplement « de 1990 », pour la distinguer de l'orthographe dite traditionnelle ou ancienne.

On observe toutefois que l'Académie accepte, curieusement et officiellement (Journalofficiel), d’emblée et contre toute attente, les deux orthographes, la nouvelle comme l’ancienne : « Aucune des deux graphies ne peut être tenue pour fautive ». Il faudra toutefois attendre près de vingt ans une reconnaissance, un peu mollassonne, de la part de la Rue de Grenelle (Bulletin officiel de l'Éducation nationale, juin 2008) : « L’orthographe révisée est la référence » et son inclusion, au moins théorique, « dans les programmes scolaires ». Il n’en a bien entendu rien été et cette réforme reste peu connue et moins encore appliquée, sauf par la DGLFLF et quelques Belges !

Quoique cet aspect ne soit pas traité par la Loi Rocard alors qu’en 1990 il était déjà essentiel (et cela d’autant que faisait partie de la commission des dix linguistes consultés, Maurice Gross qui pourtant, dès 1989, proposait de remplacer les accents et le tréma par un seul signe !), le point que je voudrais aborder ici est celui des « signes diacritiques du français ».

Ces signes autrefois n'étaient que des pièges pour les dictées mais, en 1990, ils sont déjà devenus, depuis plus de dix ans, un insupportable embarras pour l'informatique. Ces signes, des modestes accents à la cédille ou au tréma, ne sont évidemment pas compatibles, surtout à cette époque, avec les pratiques ordinaires des ordinateurs. Il en est à peine différemment aujourd’hui, même si nos machines permettent désormais l’usage de ces signes au prix, mal supportable, de manœuvres subtiles et complexes, ingérables hors de France, tout en les excluant toujours des adresses électroniques. Qui d'entre nous n'a pas eu d'aventure fâcheuse  avec un courriel qu’il avait envoyé en commettant l'imprudence de mettre un accent à Léon ou un ç à Françoise ?

Non seulement nous avons été incapables de nous attaquer, même à l’ère de web 2.0, à de telles survivances qui sont parfaitement inutiles, mais, en outre, auxquelles nous sommes attachés de la façon la plus étrange.

Je vois personnellement là le signe le plus absurde de notre conservatisme qui s'observe dans bien d'autres domaines ;  à mes yeux, le plus remarquable dans cette affaire est que l'immense majorité de ceux qui sont si indéfectiblement attachés à ces signes, en ignorent totalement l'origine et ne voient même pas qu’ils sont, par ailleurs, parfaitement inutiles et que leur histoire, souvent comique, relève de l’arbitraire pur et simple de quelque pédant du XVIe siècle dont le pire est sans doute Jacobus Silvius (de son véritable nom Jacques Dubois !) qui n’est plus guère connu que par son « aqueduc cérébral » dont le rapport avec notre accent circonflexe n’est pas évident !
 (à suivre, éventuellement !)

vendredi 20 septembre 2013

Pléthore et gabegie administratives françaises.

On ne cesse, sempiternellement, de débattre et de s'interroger sur les coûts faramineux de la pléthorique administration française que l'on attribue à des causes diverses que, depuis quelques années, la Cour des Comptes, qui a enfin ouvert les yeux et la bouche, souligne dans la plupart de ces rapports.

J'observais encore une fois, en ce matin du 19 septembre 2013, que nos commentateurs politiques ignorent, pour une bonne partie, le fonctionnement des organismes dont ils parlent. J'entendais ainsi, je ne sais qui, affirmer qu'un rapport de la Cour des Comptes mettait en évidence des dysfonctionnements innombrables auxquelles elle ne proposait d'apporter ni sanction, ni remède. C'est malheureusement vrai mais cela correspond très exactement au curieux fonctionnement de notre Cour des Comptes, si vigilante et si clairvoyante désormais, surtout depuis la présidence de Philippe Seguin, mais qui n'a pas pour fonction de sanctionner et moins encore de réformer, mais simplement de constater.

Les sanctions, s'il y en avait, devraient être prises par la Cour de discipline budgétaire qui est certes en liaison avec la Cour des comptes, mais qui n'intervient que pour sanctionner éventuellement les coupables de dysfonctionnements frauduleux et non simplement inutiles ou stupides. La Cour des Comptes examine les comptes mais ne juge pas les coupables et se prononce moins encore sur "l'opportunité"; elle constate mais ne va en rien plus loin ; ses volumineux rapports, parfaitement informés et fort détaillés, n'ont pour seul effet que de fournir matière à la presse pour des articles dont les journalistes n'ont pas à se fatiguer à chercher eux-mêmes le sujet et la matière.
Par un juste retour des choses, la Cour des comptes, peut-être par malice, vient de calculer ce que coûte à l'État la niche fiscale des journalistes qui bénéficient d'un abattement sur le revenu de 7.650 € dont ils ne parlent guère ! Ce privilège fait perdre à l'État 60 millions par an. Quoique l'expression de niches fiscales soit particulièrement adéquate, quand il s'agit de nos journalistes qui sont les chiens fidèles et complaisants de tous les gouvernements successifs, ils deviennent féroces et des plus dangereux si l'on se risque à y toucher. A tenter de le faire, le pauvre Juppé y a laissé son poste de Premier Ministre, réalisant contre lui, pour une fois, l'union sacrée de toute la presse, de gauche comme de droite.

Il n'y a pas lieu de démontrer la pléthore et la gabegie administratives françaises. Toutes les statistiques les démontrent. On peut les illustrer avec le seul exemple de l'enseignement primaire et secondaire français. Les récentes études montrent, en effet, que si l'on compare, pour des populations d'élèves à peu près équivalentes dans les trois Etats, le coût de cet enseignement en France en Angleterre et en Allemagne, on observe que les Français dépensent 30 milliards par an de plus que les deux autres Etats évoqués pour des systèmes d'enseignement à peu près identiques et avec même, dans le cas de l'Allemagne, des rémunérations des enseignants en cause qui sont nettement supérieures. Le pire de tout est que les résultats, jugés par le niveau des élèves, sont plus mauvais en France !

Il est donc probable que le système lui-même est mauvais et que c'est l'infrastructure elle-même qui coûte très cher avec une foule d'enseignants qui n'enseignent pas (ceux qui ne sont pas "devant les élèves" comme disait Claude Allègre qui voulait, à juste titre et non sans bon sens, "dégraisser le mammouth"), soit parce qu'ils sont mis à la disposition d'une foule d'institutions extrascolaires "laïques" ou prétendument "éducative" souvent proches les Loges (Fédération des oeuvres laïques, UFOLEP, UFOVAL, FOL, MGEN, MAIF, etc.), soit parce que ils exercent des activités syndicales à temps complet ou partiel, soit pour d'autres raisons qui, hors des classes, leur fournissent des sinécures au sens étymologique du terme.

En réalité, la situation de l'éducation nationale est probablement assez spécifique mais marginale ; on sait que, surtout depuis les prétendues "décentralisations", ce sont surtout les multiplications d'emplois, doubles, triples voire quadruples, qu'entraîne notre millefeuille administratif qui sont à l'origine du personnel pléthorique et donc des coûts exorbitants du fonctionnement de notre administration. Selon les sources, le coefficient multiplicateur du nombre des fonctionnaires de l'administration territoriale varie sensiblement, mais tout le monde s'accorde à dire que, dans les deux dernières décennies, il a été très considérable, des communes aux conseils régionaux en passant par les "collectivités de communes" et les conseils généraux. Des quantités de fonctionnaires font la même chose à chacun des étages de ce building administrative ou de ce millefeuille, à votre goût, selon la métaphore choisie, Toutefois, il est un élément dont on rend pas compte suffisamment et dont on ne prend conscience que lorsqu'on est confronté à lui de façon directe.

On sait les difficultés qu'il y a en France à créer une entreprise, alors que, dans la plupart des Etats modernes (aux États-Unis comme en Allemagne), il suffit de quelques jours, voire de quelques heures pour le faire. En France, selon le récent témoignage d'un de mes amis, au bout de six mois de steeple-chase administratif, il n'a pas encore atteint la ligne d'arrivée et grande est donc la tentation de renoncer à son projet car tout indique que, même à ce terme, on est très loin d'être sorti de l'auberge administrative et fiscale.

Il m'a été donné récemment de devoir changer le siège social et le bureau d'une modeste association que je présidais. Quoique l'internet m'ait évité de devoir courir les bureaux, j'ai passé une journée entière, d'une part à recueillir les informations, d'autre part à réunir et à remplir les DIX-SEPT pages indispensables.

Je devrais dire, pour être dans le coup "à RENSEIGNER les fiches". Cet attentat à la langue française me met en rage. On renseigne une PERSONNE et non une FICHE qu'on remplit. Ne peut-on attendre, voire exiger, de l'administration française une connaissance minimale de notre langue nationale (article 2 de notre constitution !)? De même, le mot "mail" qu'on trouve dans tous les documents administratifs n'est pas français et seul le mot "courriel" (que nous ont légué nos cousins québécois) est autorisé dans le vocabulaire administratif officiel.

Revenons à notre maquis administratif ! Il faut faire DEUX dossiers car, en fait, la procédure de changement de bureau fait l'objet d'une demande spécifique ; elle n'est pas inscrite, en effet, dans le formulaire principal qui concerne tous les autres changements : le siège social, création, le changement d'intitulé ou dissolution. En outre, on vous demande un dossier extravagant avec en particulier un "historique" ; je plains les grandes et vieilles associations comme l'Alliance israélite ou même l'Alliance française qui furent créées dans les années 1880 donc bien avant la fameuse loi de 1901 et qui devraient fournir leurs premiers statuts nécessairement antérieurs à cette loi.

Pour vous la faire courte, comme toujours, je vous dirai qu'on vous demande l'original des statuts et l'original du référé récépissé de la préfecture (que vous ne pouvez manifestement fournir qu'une fois!) et deux ou trois autre pièces. Bref en tout avec l'enveloppe timbrée indispensable dix-sept feuilles !

Il est certain que cette extravagante complexification de l'administration explique le grand nombre de nos fonctionnaires qui doivent traiter ces dossiers ; on sait toutefois que, dans nombre d'administrations, le maintien d'une telle complexité et la résistance à l'usage de l'Internet ont été très fortes. La raison majeure était et demeurez, sans qu'on dise le plus souvent, la sacro-sainte préservation de l'emploi. Ce fut en particulier le cas pour les fameuses feuilles de soins de la Sécurité sociale !

Il en résulte une complication administrative et fiscale (c'est sans doute dans ce domaine qu'on atteint les records en la matière) phénoménale qui entraîne naturellement non seulement un alourdissement et un ralentissement de toutes les procédures mais justifie l'existence d'un personnel pléthorique pour traiter de tels dossiers.

Une assez longue et diverses expérience hors de France me conduit à penser que nous ne sommes dépassés dans ce domaine que par certains Etats issus de nos anciennes colonies, africaines en particulier ; ils ont réussi en effet à rendre les procédures françaises plus complexes et plus longues encore, en y ajoutant le piment de leurs cultures spécifiques. Ce fut, mais peut-être l'est-ce aussi dans d'autres pays que je ne connais pas, le cas de Madagascar où, à la pesanteur et à la complexité administratives françaises, s'est ajouté de façon savoureuse la tortueuse lenteur de l'héritage malayo-polynésien.

dimanche 26 mai 2013

Innovation pédagogique dites-vous ?

On lit dans le site du gouvernement pour l'éducation le texte suivant qu'on invite en outre à faire partager ce que je fais, sans plus tarder :

" George Pau-Langevin, ministre déléguée chargée de la réussite éducative, et Vincent Peillon, ministre de l’éducation nationale, ont installé, le 19 avril 2013 au Collège Aimé-Césaire [le choix est sans doute de Madame Pau-Langevin], le Conseil national de l’innovation pour la réussite éducative (CNIRE), présidé par Didier Lapeyronnie, sociologue.
À l’issue de la première journée de travail, les membres du Conseil ont envisagé les trois thèmes de travail suivants pour cette première année :

l'engagement : les innovations pédagogiques et institutionnelles à l’intérieur de l’école

l'ouverture : famille et territoire

la compétence : formation initiale et continue des enseignants "

Vaste programme, même s'il y manque la construction des villes à la campagne !

Hier, samedi 25 mai 2013, j'écoutais, vers 19h30, l'émission hebdomadaire de France Culture consacrée à l'éducation qui portait sur ce nouveau conseil et où était présent son président. J'ai entendu, en début d'émission, poser pour la quinzième ou vingtième fois la même question stupide qui révèle, de la part des journalistes comme des intervenants, une ignorance très fâcheuse des réalités sur lesquelles ils sont amenés à s'exprimer ou pire à faire des propositions et même parfois à suggérer des décisions.

La question sempiternelle sur laquelle on s'interroge inlassablement est la suivante (je résume) : Pourquoi envoie-t-on dans les quartiers difficiles des professeurs inexpérimentés au lieu de professeurs confirmés qui opèrent dans des zones où leur travail est pourtant infiniment plus facile ?
 
On s'interroge à l'infini sur cette étrangeté alors que la réponse est évidente et d'une parfaite clarté.
On fait comme ça parce qu'on ne peut pas faire autrement.

Si l'on a la moindre connaissance du milieu et des pratiques de l'enseignement français, on sait que le seul moment où l'on peut envoyer un enseignant occuper un poste, sans le consulter et même contre son gré, est le moment de sa première nomination, parfois accompagnée d'une année de stagiarisation. S'il ne rejoint pas ce poste, il est regardé comme démissionnaire !

En France il est totalement impossible d'obliger un enseignant (sauf en cas de rarissimes sanctions) à quitter son poste de Plougastel Daoulas, de Guéret ou de Manosque, pour se voir nommé dans un établissement de la banlieue parisienne ou des quartiers Nord de Marseille. En revanche, un jeune professeur; qui vient de passer le CAPES ou l'agrégation ou, mieux encore, qui n'est pas titulaire (quelle que soit la catégorie à laquelle il appartient) peut être nommé n'importe où, sans qu'il ait quoi que ce soit ce soit à dire sur cette nomination, forcé qu'il est de l'accepter.

On comprend évidemment, de ce fait, que c'est dans ce vivier de jeunes professeurs débutants, inévitablement inexpérimentés (seraient-ils expérimentés que ça ne changerait rien à la chose) que l'on puise les enseignants qu'on envoie dans ces quartiers que fuient, dès qu'ils le peuvent, celles et ceux qui ont été précédemment affectés, à condition toutefois qu'ils puissent obtenir la mutation à laquelle ils peuvent aspirer après avoir passé deux ans dans leurs premiers postes.

Comment peut-on prétendre réfléchir, en quoi que ce soit sur quoi que ce soit, sans connaître des dispositions majeures, si anciennes et si évidentes.

Lors d'une précédente émission, j'entendais aussi accumuler les sottises sur les différences de catégories chez les enseignants. On y affirmait que les uns, professeurs certifiés, devaient 18 heures de cours par semaine, alors que les agrégés n'en devaient que 14 ; le service des agrégés n'est pas en effet de 14 heures mais de 15 (les 14 heures de cours sont attachées au service d'enseignement dit de "première chaire" c'est-à-dire comportant un minimum d'heures d'enseignement dans des classes d'examen) ; si les intervenants l'avaient su, ils auraient pu ajouter que pour les classes préparatoires des lycées, les services sont encore moindres et les heures supplémentaires mieux payées.
 
Le principe est que les certifiés enseignent en premier cycle (donc dans les collèges) alors que les agrégés devraient le faire dans les lycées donc pour des classes de second cycle. Ce principe n'est d'ailleurs pas toujours respecté mais il est assez logique que les charges d'enseignement soient considérées comme plus lourdes dans le second cycle que dans le premier. Ajoutons qu'en principe, l'agrégation est censée être un concours plus difficile que le CAPES et que, de toute façon, rien n'empêche un professeur certifié de passer l'agrégation pour accéder à cette catégorie.

J'entendais donc au cours de cette émission qu'a été mis en place le Conseil national de l’innovation pour la réussite éducative, présidée par un sociologue, Monsieur Didier Lapeyronnie qui était présent lors de cette émission et qui a eu la candeur ou l'honnêteté de dire qu'il n'avait jamais été spécialisé ni versé dans les problèmes de l'école, ce que confirme tout à fait d'ailleurs l'examen de son curriculum vitae.

Sauf erreur de ma part, un conseil de ce type avait déjà été mis en place par Jack Lang en 2000 (personne n'en parle!) et il n'avait pas entraîné, me semble-t-il, un changement notable dans la situation de notre système éducatif. Je crains fort que ce nouveau bazar, qui ne comprend pas moins de 40 membres et est des plus hétéroclites, ne soit qu'une usine à gaz de plus dans l'approche des problèmes de notre école. Ils sont pourtant, selon moi, d'une aveuglante clarté et ils tiennent, pour l'essentiel, aux considérables changements qualitatifs qui ont radicalement transformé sa "clientèle", devenue hautement hétérogène, sans qu'on y ait pris garde et sans qu'on ait touché, en quoi que ce soit, aux modalités, aux contenus et même aux programmes de l'éducation qui leur est proposée.

mardi 5 mars 2013

L'école 2013. Retour en arrière. N° 18. "La galère de l'école" (mon blog du 11 mai 2010).


Un des marronniers de la presse a été récemment sollicité à nouveau : les rythmes scolaires avec production des éléments habituels. Nos bambins sont parmi les plus mal classés en Europe pour leurs résultats et leurs niveaux de savoirs, alors qu’ils vont en classe au moins autant sinon plus que les autres. La répartition de leur travail au long de l’année est sans doute en cause, puisque, s’ils ont le moins de jours de classe en un an, les horaires quotidiens français sont les plus lourds. Pas très nouveau en effet !

J’ai été hier confronté à la dure réalité scolaire quotidienne, en m’employant à aider ma petite fille, en sixième depuis la rentrée, à faire ses devoirs du jour. Lourde tâché d’ailleurs quand, étant entré en classe à huit heures du matin, on n’en sort qu’à dix-sept heures avec des leçons à apprendre et des devoirs à faire en français, en sciences naturelles et en histoire !

Je passe sur le français car le morceau n’est pas toujours de la même taille. Dur ! Dur en la circonstance ! L’impératif et le subjonctif ! Je ne ferai pas sur vous la vérification des subtilités grammaticales en cause, ne serait-ce que pour notre modeste et populaire impératif, qui, même pour les verbes du premier groupe, en principe les plus simples, a d’étranges complications (« chante » versus « chantes ») et exige toujours les traits d’union (« chante-la » ou "vas-y") que la réforme Rocard (que seuls certains Belges suivent) a , en principe, supprimés ! Le subjonctif présent, très fréquent, n’est pas des plus simples avec ses changements de radical (« vaille » vs « valons » ou « prenne » vs « prenions »). J’observe, au passage, que le procédé mnémotechnique, proposé par le professeur sur un document photocopié, pour la première personne du pluriel qui, à l’en croire, serait identique à la même personne de l’indicatif imparfait, n’est pas vrai pour tous les verbes (à commencer par « être » et « avoir » !). Passons ! Comme pour le genre, ces mystères grammaticaux sont inexplicables et la seule solution est d’acquérir ces formes par l’usage !

En sciences naturelles, je ne brille guère, comme le montre, d’emblée, l’emploi même de cette formule désuète, alors qu’au niveau universitaire, on dit « SNV » pour « sciences de la nature et de la vie » et, au collège, « SVT » pour « sciences de la vie et de la terre »). Ce qui est présenté à propos du sol est bien compliqué avec de subtils distinguos entre la « litière » (?) et « l’humus ». Je connaissais quelques emplois du mot « litière », mais, honte à moi, j’ignorais son sens spécifique en pédologie. Il est, en effet, regardé comme récent (1977) par le Trésor de la langue française que je vous cite : « La litière est la couche superficielle qui couvre le sol en regroupant les horizons dits « holorganiques ». Elle est constituée de matière organique. ; Résidus végétaux (feuilles et brindilles) encore inaltérés ou peu altérés qui couvrent le sol (d'apr. Agric. 1977) ». Nous avons tout de même échappé à « holorganique » et nous ne devons donc pas trop nous plaindre !

Le passage à la leçon d’histoire est encore plus rude. Pour des enfants, qui n’ont qu’une très vague idée des 25 derniers siècles de la simple chronologie du monde, le sujet du jour est « la bible hébraïque ». Elle se voit consacrer au moins quatre pages dans un ensemble plus vaste sur le passé ancien du judaïsme (N’allez pas en conclure que je suis antisémite ! Je ne suis qu'étonné). Ces développements sont fort intéressants pour moi. Je confondais, dans mon ignorance, la bible hébraïque avec la Torah qui n’en comprend que les cinq premiers livres sur les vingt-quatre du total ; on ne nous en épargne pas le détail, avec les Prophètes et les écrits, dont on ne nous donne pas pourtant les noms hébreux ! Tout cela est fort bien fait et très précis, mais que peuvent en retenir des enfants de onze ans ! Quelle chance pour moi d'avoir fait ma sixième il y a fort longtemps!

Au-delà de ces remarques, se pose un très grave et permanent problème qui est l’une des plaies majeures de notre système éducatif ; ce n’est là au fond que l’application d’un trait fondamental de l’esprit français. Toute réforme est bonne et souhaitable, à condition qu’elle ne touche que les autres et ne nous concerne pas. Toutes les fois que se pose le problème d’une réforme des programmes scolaires dans le sens réaliste d'une réduction, chacun s’y déclare favorable… sauf dans sa propre spécialité ! Le résultat est ce que je viens de décrire par des exemples vécus et offerts par le pur hasard. Tout le reste est à l’avenant. Quelle galère !

jeudi 28 février 2013

L'école 2013 (N°13). Retour en arrière : des réformes éducatives et du bac en particulier (mon blog du 6 mars 2008).


J’ai déjà effleuré ce sujet, en montrant que les réformes éducatives s’étaient, depuis trente ans, inscrites dans une constante logique qui veut que, dans l’éducation nationale, quand on prétend alléger la barque des programmes, on finit toujours par la charger davantage.

Xavier Darcos, souhaite, non sans prudence et sens politique, reporter la réforme des lycées et donc du bac, au-delà des échéances électorales prochaines. Ce n’est pas François Fillon, contraint en 2005,comme ministre, de retirer précipitamment son projet, qui le lui reprochera ! Par ailleurs, une commission sénatoriale, médite sur le sujet. Nul doute qu’on va finir par illustrer, une fois encore, le principe constant ci-dessus évoqué.

Il est pourtant clair, pour tout esprit un peu raisonnable, que la mesure la plus simple, la plus efficace et la plus économique serait la suppression pure et simple du baccalauréat lui-même.


Le bac, « l’examen le plus élaboré du monde » (des crétins s'en vantent!), par le nombre des candidats, des filières et des épreuves, est le fleuron de notre patrimoine éducatif, dont on se prépare sans doute, bien au contraire, à fêter le bicentenaire et dont on envisage peut-être même de demander l’inscription au patrimoine mondial de l’UNESCO.

Cet examen « national » fait perdre un mois de classe à un grand nombre d’élèves qu'il ne concerne pourtant en rien, car nombre d’établissements comme d’enseignants sont mobilisés à cette fin ; il coûte cher (on ne sait même pas combien!) sans servir à grand chose, puisque, si l’on prend en compte ceux qui le passent plusieurs fois, la quasi-totalité des candidats finit par l’obtenir, pour peu qu’on ne se laisse pas rebuter par un ou deux échecs.

Comme cet examen est le premier grade de l’enseignement supérieur, il donne un accès direct à l’université, sauf pour un certain nombre de filières qui ont subrepticement mis en place des formes diverses de sélection.


A ce propos, il est totalement absurde de prétendre, comme je l’ai lu, que les professeurs d’universités devraient « s’investir davantage dans les jurys ». Tous les jurys de bac. sont obligatoirement tous présidés par des enseignants du supérieur, même si ces derniers ne s’acquittent pas toujours dans l’allégresse de ce devoir, qui fait pourtant partie de leurs obligations statutaires et auquel ils ne peuvent se dérober.

L’argument sur l’objectivité et la garantie qu’offrirait le caractère national du bac ne tient guère, car les jurys, pour l’admission directe comme pour l’accès à l’oral de rattrapage, se fondent largement sur les notes et les appréciations de l’année figurant dans les livrets scolaires, sans même parler ici des pressions rectorales sur les jurys. Pour les pré-inscriptions dans les classes préparatoires aux grandes écoles, qui drainent la crème des bacheliers, ce sont d'ailleurs ces notes et évaluations qui jouent le rôle décisif, au stade préalable du moins.

L’année de terminale étant considérée comme très lourde et le nombre des épreuves trop important, des esprits ingénieux et novateurs se demandent si l’on ne pouvait pas scinder ce bac en deux épreuves, sur deux ans, avec, par exemple, en fin de la classe de première, une forme de « probation » de plusieurs matières de cette classe et, de ce fait, l'année suivante, un examen réduit à celles de la seule classe terminale.

Nous retrouverions ainsi un autre grand principe français des réformes en matière éducative qui consiste, à quelques décennies d’intervalle, a réinventer ce qu’on avait supprimé auparavant. Ne pourrait-on pas dès lors imaginer de créer un baccalauréat en deux « parties », où seuls les candidats ayant réussi à la première partie « probatoire » seraient admis à se présenter à la seconde ?.


C’est bizarre, mais ça me rappelle quelque chose ! Pas vous ?

Autre avantage pour les commémorations. Tout en célébrant en 2008 le bicentenaire du baccalauréat, on pourrait fêter, en même temps, vingt-cinq ans plus tard, le retour du baccalauréat en deux parties qu’on a supprimé en 1963 et qu'on est en train de recréer, en douce, en ajoutant peu à peu d'autres épreuves au bac dit "de français".

lundi 25 février 2013

Ecole 2013 ( N°10). Suite du précédent. Philippe Meirieu : du pédagogisme à l’écologie ! (Blog du 13 février 2010).


Soyons justes. On ne peut reprocher à Philippe Meirieu de ne pas savoir gérer, surtout s’il s’agit de sa carrière, de son business éditorial et audio-visuel personnel et, tout récemment, de sa carrière politique. Pour l’école, c’est une toute autre affaire, même s’il nous joue maintenant le gars qui est monté un jour, par hasard, au 110 de la rue de Grenelle parce qu’il y avait vu de la lumière.

C’est la gauche avec Lionel Jospin comme ministre de l’Education nationale (et Claude Allègre comme conseiller spécial et ministre de fait), puis Allègre lui-même comme ministre qui ont fait de Philippe Meirieu, des années durant, le gourou de l’école de France :


- artisan de la création des IUFM (ce qui montre son aveuglement réformateur, puisqu’on les a supprimés sans susciter de regret vingt ans après, mais sa bonne vision de son avenir, puisqu’il s’est récupéré lui-même à la direction de celui de Lyon, avant de gagner, grâce à l’intégration universitaire des IUFM, son ticket d’entrée à Lyon 2.

- père spirituel du « collège unique » désormais jugé désastreux,

- apôtre de la pédagogie par « objectifs », simple démarcage de théories nord-américaines, comme le sont, plus généralement, les prétendues sciences de l’éducation.

Président du Comité d’organisation de la réforme des lycées, directeur de l’INRDP (1998-2000), puis directeur de l’IUFM de Lyon (2001- mars 2006), il a une activité plus importante encore dans la promotion de ses ouvrages (tournées VRP de conférences organisées par ses éditeurs ! Directeur de collection chez ESF, etc.) et/ou des produits dérivés. Pour couronner le tout, reconversion dans l’écologie et le développement durable, avec comme cheval de bataille, on vient de le voir, la sauvegarde des moulins à café de nos grands-mères, économes en énergie et occasion d'un salutaire exercice physique quotidien!

Son site comportait une rubrique inattendue « Films et documents audio-visuels », devenue dans une version plus récente « Films et documents vidéo »; on y trouvait l’évocation de ses activités sur la chaîne Cap-Canal (chaîne locale sur Lyon et Grenoble que la mairie socialiste de Lyon l’a chargé de développer au terme de son mandat à l’IUFM local. On ne saurait laisser en jachère pareilles capacités, mais le PS n’a pas donné à ces ouvertures modestes une suite suffisante pour retenir dans ses rangs un tel talent. Tant pis pour lui et tant mieux pour EEV!

Comment ne pas reconnaître en lui, deux décennies durant, une sorte de télé-évangéliste de l’école, un Billy Graham de la pédagogie ? Dans une logique mercantile, dont les dominantes de son discours pourraient faire croire qu’il la réprouve (mais le portefeuille a ses raisons que la raison ne connaît pas !), Philippe Meirieu a longtemps monnayé, de toutes les façons, la position qu’il s’était faite (et/ou qu’on lui a faite) dans l’éducation nationale française.

C’est son droit, même si l'on peut discuter ce point, comme pour d'autres (suivez mon regard!) au plan déontologique et même juridique ; en tout cas, il est loin d’être le seul à le faire, même s’il est sans aucun doute l’un de ceux qui en ont tiré le plus de profits. On sent d’ailleurs à la remarque liminaire de son « bloc-notes » du 29 août 2006 (« Les livres sur l’école sont, comme chaque année, nombreux à paraître à la rentrée. ») qu’il trouve fâcheux de ne pas avoir, en outre, l’exclusivité de ce genre de productions, lui qui, chaque année, le mois de septembre revenu, tel un pommier pédagogique, produit un ouvrage, avec parfois même, avant ou après, quelques fruits de « contre-saison ».

Ce qui m’agace (on aura déjà peut-être perçu dans mes propos un léger agacement) chez Philippe Meirieu, c’est de voir que cet homme, qui a fait sa carrière et à n’en pas douter sa fortune (du moins pour un ancien instituteur, même adorné d’une thèse d’Etat en sciences de l’éducation) dans les sphères les plus hautes du pouvoir éducatif, non seulement n’assume aucune responsabilité dans les multiples erreurs qu’il a commises ou incité à commettre, mais évoque désormais les problèmes de l’école comme s’il n’avait jamais été pour quoi que ce soit dans toutes ces affaires. Sa très récente conversion à l’écologie rhônalpine va lui permettre de faire table-rase de ce fâcheux passé pédagogique que symbolise assurément le douloureux sacrifice de sa moustache !

Le comble est atteint quand on le voit affirmer, déjà en 2006, dans le même « bloc-notes », qu’il n’est pour rien dans « les absurdités des programmes » (après tout, il n’a été que trois ans, de 1990 à 1993, membre du Comité national des programmes), qu’il ne se sent « nullement impliqué dans la jargonisation du vocabulaire scolaire français » (Ben voyons, ! Peu sportif, il ne s’est jamais intéressé aux « référentiels bondissants" !) et enfin, cerise sur le gâteau, quand il dénonce les « apparatchiks du ministère » ! On croit rêver et l’on est tenté de se pincer. Qu’a-t-il été d’autre, une décennie durant, que le gourou et le chef de file de ces « apparatchiks » !


J'ai déjà posé les questions qui viennent à l'esprit : Alzheimer précoce? Mauvaise foi totale ? Docteur Philip and Mister Meirieu ?

Peut-être au fond Philippe Meirieu nous prend-il, tout simplement, pour des imbéciles ?

vendredi 15 février 2013

L'école 2013 (N° 2) Retour en arrière. Mon blog du 13 mars 2007. Les IUFM et les sciences d'éduc.


France Inter. 13 mars 2007. Emission du matin sur les enseignants. Collège Georges Duhamel dans le 15e. Je ne connais pas la géographie scolaire parisienne, mais je doute que Monsieur Balladur, député de cet arrondissement, ait choisi comme terrain de jeux politiques un quartier "difficile" ou même un "quartier" comme on dit désormais.
J’ai d’ailleurs entendu, au début, vers 7 heures 45, en prenant en marche l’émission de Nicolas Demorand, que les élèves, qui arrivent en classe, restent debout ou, s’ils sont déjà assis, se lèvent à l’arrivée du professeur. Deux hypothèses se sont alors, en un instant, télescopées dans ma tête. Ou bien tous mes amis enseignants, qui me racontent leur quotidien, me mentent et tous leurs élèves sont, en réalité, disciplinés, polis, etc., ou bien le Collège Georges Duhamel dans le 15e parisien, sous la double, auguste et bénéfique influence de Georges (Duhamel) et d’Edouard (Balladur), est, miraculeusement, comme la tente d’Holopherne chez Giraudoux, le seul lieu du monde exempté du péché originel et ses élèves, sont les seuls en France, à continuer à s’y comporter comme autrefois. Je ne me risquerai pas à trancher !
Revenons au sujet. N. Demorand recevait, en ce matin du 13 mars 2007, un certain Jacques Durand, président de la conférence des directeurs d’IUFM.

Pour ceux qui l’auraient oublié, les Instituts de Formation des Maîtres (IUFM) ont été créés, en 1989, par Lionel Jospin, alors ministre de l’éducation nationale, mais, en fait, surtout par celui qui était alors son conseiller spécial, pour quelque tems encore, son ami de trente ans, Claude Allègre. L’idée était de parer les anciennes écoles normales des modernes oripeaux des sciences de l’éducation, tout en y agrégeant quelques universitaires, à qui les IUFM offraient, par raccroc, des postes de maîtres de conférences ou de professeurs, dont les universités elles-mêmes ne les jugeaient le plus souvent pas dignes.

La chose était d’autant plus étrange que, comme je l’ai déjà dit et écrit souvent, C. Allègre était un adversaire résolu et lucide des sciences de l’éducation dont il aimait à se moquer. Je pense ici au ballon, cher à cet ancien basketteur, que les sciences de l’éducation nomment le « référentiel bondissant » dans un exemple que C. Allègre lui-même se plaît à rappeler. La formule complète (je cite de mémoire) est que le joueur « doit se situer dans le temps et dans l’espace par rapport au référentiel bondissant », ce qui, en langage normal, veut dire simplement « recevoir ou intercepter la balle ».

L’échec des IUFM a été patent et, selon le bon vieux principe du pendule si cher à l’administration française, on a décidé de revenir au point de départ, en aggravant la situation. On va donc réintégrer les IUFM dans les universités, au lieu de les supprimer. Comment le faire d’ailleurs car que ferait-on des enseignants des IUFM, dont une partie relève du secondaire et n’a pas le statut des enseignants du supérieur ? 0n ne va donc rien changer aux défauts des IUFM, tout en créant de nouveaux problèmes dans les universités.

En fait, tout ce que j’ai dit, dans des blogs précédents, des sciences de l’éducation et de Philippe Meirieu, s’applique ici. Ph. Meirieu a été non seulement le gourou de la création de ces Instituts, mais, pas fou, s’est lui-même récupéré, au terme de sa faveur politique, à la direction de l’IUFM de Lyon, pour y attendre la retraite en s'essayant à la politique.

Un des moments forts – l’un des rares passages intéressants et surtout sincères de l’émission - a été celui où un jeune enseignant a osé expliquer qu’alors que le stage IUFM commençait en septembre, c’est en février qu’on donnait les formations sur la lutte contre la violence en classe (arts martiaux, etc… ?).

Vu l'intérêt et la nature de telles « formations », cela ne me paraît pas trop grave, simplement inepte, comme bien d’autres choses. Moment comique aussi quand ce même jeune enseignant, dans la consternation générale, évoque l’une des perles du pédagogisme des "sciences de l’éduc."dans les IUFM. Les stagiaires, assis sur des tapis de sport, sont invités à pratiquer collectivement un exercice dans lequel ils se voient, tour à tour, lancer une balle dont la réception leur accorde une minute de temps de parole. Au terme de la minute, qu’ils aient parlé ou non et quel que soit le propos, ils repassent la balle à l’animateur, qui va la renvoyer à un autre stagiaire. Cette affaire est si ridicule qu’aucun des participants à l'émission n’ose même en parler ; le dénommé Jacques Durand, pressé par N. Demorand et sans doute rompu à la pratique du "tapis de parole uéfèmien", finit par noyer le poisson dans un flot de propos aussi généraux qu'insipides ! On a tout de même eu un bref instant de sincérité et de vérité.

Tout confirme (mais qui en doute encore ?) que les sciences de l’éducation sont en fait un « pédangogisme » dans lequel les recettes d’une prétendue didactique sont plaquées sur des connaissances disciplinaires de plus en plus réduites et incertaines. Il est significatif de voir que les étudiants se plaignent, d’une seule voix, du niveau trop élevé des concours qui pourtant n’a guère varié.

En fait, sauf à considérer comme de réelles formations les discours théoriques sur la lutte contre la violence ou les pitreries de passage de parole par l’envoi d’un ballon…,les IUFM ne forment à rien du tout et leur création n’a rien changé. Le malheur est qu'on a mis vingt ans à le reconnaître, sans décider d'essayer d'abord de voir les problèmes.

Autrefois, pour prendre l’exemple du CAPES, celui ou celle qui était reçu à ce concours faisait un stage, une année durant, avec en général deux maîtres de stage différents et en alternant stage actif et passif. En fin d’année, on passait un CAPES « pratique » avant de rejoindre son premier poste. Les IUFM n’ont à peu près rien changé sur ce point pourtant essentiel. Il y a toujours une année de formation plus ou moins bidon, avec, en plus, à l’IUFM, les discours sur la lutte contre la violence et les jeux de ballon évoqués ci-dessus. Les enseignants continuent donc à ne pas être formés. On peut d’ailleurs s’interroger sur la possibilité même de former réellement à un tel métier et nous y reviendrons. L’enseignement, comme la médecine, est un art ; il y a des gens doués, sans avoir jamais appris à enseigner, comme il y en a qui ne le sont pas et qu’il faudrait, en vain peut-être, essayer de former, si l’on ne peut les inviter à choisir un autre métier. En, revanche, ce qui est inévitablement catastrophique est de ne pas bien connaître ce que l’on prétend enseigner, car on ajoute l’insécurité à la maladresse.

C’est ainsi qu’au CAPES interne de physique, par exemple, on propose au candidat un problème du niveau de la 4ème. En apparence, c'est logique puisqu’il enseignera la physique à ce niveau et on présente ainsi la chose. En réalité, si on lui donnait un vrai problème de physique, sans aller jusqu'au niveau du CAPES (le concours externe), pour évaluer par là, son vrai niveau de compétence en cette matière, il ne saurait pas le résoudre. Rien d’étonnant à cela, puisque la très grande majorité de ceux et celles qui passent ce concours interne ont, dans le passé, échoué au concours externe !

Dernière remarque pour Nicolas Demorand, qui s’il parle bien anglais et aime à le faire savoir, à des lacunes en latin et en français. On dit, en effet, « eT cetera… » (eT = et) et non pas « eK cetera).

lundi 10 septembre 2012

Suggestions respectueuses à notre Président.

J'ai vu et entendu, sans doute comme beaucoup, hier soir, notre Président de la République exposer son projet de remise sur pied de l'économie et, plus globalement, de la situation de la France dans les deux ou trois années qui viennent.

Globalement je crois que sa prestation était assez bonne, en tout cas autant qu'elle pouvait l'être, sans entrer dans un détail trop précis, en particulier sur les économies que nous pourrions faire et les points sur lesquels elles devraient porter.

Je crains fort, toutefois, que le gouvernement ne s'attaque pas au principal problème qui est celui du caractère exorbitant et même fou de la dépense publique en France. Pour 2011, elle représente 55,8 % du PIB alors qu'en Allemagne, pour nous l'éternel et inévitable terme de toute comparaison en matière économique ou industrielle, il n'est que de 45,3 % du PIB national.

En d'autres termes, comme nombre de commentateurs l'ont fait remarquer, dont l'excellent Cri du contribuable, si la France avait les mêmes dépenses publiques que l'Allemagne, on pourrait baisser les impôts de 100 milliards d'euros avec un budget en équilibre! Ce point est le principal dans toute analyse de notre situation économique et je dirai même qu'il est quasiment le seul point vraiment essentiel.

Si la France avait la même proportion de fonctionnaires que la RFA, elle en aurait 1,5 million de moins! Cette pléthore de fonctionnaires a été engendrée, depuis trente ans, à la fois par des réformes comme celles des 35 heures et surtout de la décentralisation qui a produit un développement absurde de la fonction publique territoriale car si l'on a créé des fonctionnaires territoriaux, on a gardé en même tempstous  les agents nationaux.

Toute analyse économique fondée sur une comparaison des deux Etats fait apparaître que, en tout et partout, les dépenses publiques françaises sont très supérieures à celle des Allemands, sans que les résultats obtenus soient meilleurs.

En cette période de rentrée, comment ne pas observer que la RFA, plus peuplée, dépense moins pour l'éducation que la France ; le coût d'un élève français du secondaire est de 62 % plus élevé que celui d'un élève allemand ; cela tient en particulier aux horaires des enseignants qui s'ils sont moins payés en France qu'en Allemagne, sont en revanche pratiquement trois fois moins présents dans les écoles, si l'on tient compte, comme l'avait fait autrefois Claude Allègre avec son "dégraissage du mammouth", de l'absentéisme, des heures de délégation et des professeurs sans élèves détachés dans toutes sortes de fonctions.

J'ai entendu dire aussi, et je ne comprends pas très bien comment, qu'il y a beaucoup moins d'écoles en Allemagne qu'en France (en gros le tiers en moins) sans que les élèves soient pour autant moins scolarisés.

Un des points sur lequel je suggérerais de porter le fer des économies est bien entendu celui de l'armée, avec ses 300 000 fonctionnaires (y compris les gendarmes il est vrai). L'armée coûte cher bien entendu par le nombre des personnes qu'elle emploie, mais, aussi et surtout, par les matériels (qu'il faut sans cesse entretenir et , hélas, renouveler) et les frais de fonctionnement (on sait qu'on fait voler les avions et rouler les chars pour ne pas voir diminuer les subventions destinées à payer les carburants).

J'avoue ne pas trop savoir contre qui nous entretenons cette armée car je ne me sens pas menacé par nos voisins immédiats (ni du côté de la Suisse, ni du Luxembourg ni d'Andorre ni de Monaco). Le pire de tout et sans doute notre force dite de "dissuasion nucléaire" dont je n'ai pas réussi à savoir exactement le coût (sans doute couvert par le secret défense) mais qui dépasse certainement la quinzaine de milliards. Cette force est très probablement désuète et nous pourrions sans trop de mal nous mettre sous le parapluie nucléaire américain, comme tout le monde, puisque De Gaulle est mort et que nous sommes à nouveau dans l'OTAN.

Notre président aura-t-il le courage de mener à bien la politique qu'il préconise et avec les actes forts qu'elle supposerait ? J'en doute même s'il prétend engager des réformes au-delà de ce qu'on a pu faire depuis plus d'un demi-siècle.