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lundi 25 février 2013

Ecole 2013 ( N°10). Suite du précédent. Philippe Meirieu : du pédagogisme à l’écologie ! (Blog du 13 février 2010).


Soyons justes. On ne peut reprocher à Philippe Meirieu de ne pas savoir gérer, surtout s’il s’agit de sa carrière, de son business éditorial et audio-visuel personnel et, tout récemment, de sa carrière politique. Pour l’école, c’est une toute autre affaire, même s’il nous joue maintenant le gars qui est monté un jour, par hasard, au 110 de la rue de Grenelle parce qu’il y avait vu de la lumière.

C’est la gauche avec Lionel Jospin comme ministre de l’Education nationale (et Claude Allègre comme conseiller spécial et ministre de fait), puis Allègre lui-même comme ministre qui ont fait de Philippe Meirieu, des années durant, le gourou de l’école de France :


- artisan de la création des IUFM (ce qui montre son aveuglement réformateur, puisqu’on les a supprimés sans susciter de regret vingt ans après, mais sa bonne vision de son avenir, puisqu’il s’est récupéré lui-même à la direction de celui de Lyon, avant de gagner, grâce à l’intégration universitaire des IUFM, son ticket d’entrée à Lyon 2.

- père spirituel du « collège unique » désormais jugé désastreux,

- apôtre de la pédagogie par « objectifs », simple démarcage de théories nord-américaines, comme le sont, plus généralement, les prétendues sciences de l’éducation.

Président du Comité d’organisation de la réforme des lycées, directeur de l’INRDP (1998-2000), puis directeur de l’IUFM de Lyon (2001- mars 2006), il a une activité plus importante encore dans la promotion de ses ouvrages (tournées VRP de conférences organisées par ses éditeurs ! Directeur de collection chez ESF, etc.) et/ou des produits dérivés. Pour couronner le tout, reconversion dans l’écologie et le développement durable, avec comme cheval de bataille, on vient de le voir, la sauvegarde des moulins à café de nos grands-mères, économes en énergie et occasion d'un salutaire exercice physique quotidien!

Son site comportait une rubrique inattendue « Films et documents audio-visuels », devenue dans une version plus récente « Films et documents vidéo »; on y trouvait l’évocation de ses activités sur la chaîne Cap-Canal (chaîne locale sur Lyon et Grenoble que la mairie socialiste de Lyon l’a chargé de développer au terme de son mandat à l’IUFM local. On ne saurait laisser en jachère pareilles capacités, mais le PS n’a pas donné à ces ouvertures modestes une suite suffisante pour retenir dans ses rangs un tel talent. Tant pis pour lui et tant mieux pour EEV!

Comment ne pas reconnaître en lui, deux décennies durant, une sorte de télé-évangéliste de l’école, un Billy Graham de la pédagogie ? Dans une logique mercantile, dont les dominantes de son discours pourraient faire croire qu’il la réprouve (mais le portefeuille a ses raisons que la raison ne connaît pas !), Philippe Meirieu a longtemps monnayé, de toutes les façons, la position qu’il s’était faite (et/ou qu’on lui a faite) dans l’éducation nationale française.

C’est son droit, même si l'on peut discuter ce point, comme pour d'autres (suivez mon regard!) au plan déontologique et même juridique ; en tout cas, il est loin d’être le seul à le faire, même s’il est sans aucun doute l’un de ceux qui en ont tiré le plus de profits. On sent d’ailleurs à la remarque liminaire de son « bloc-notes » du 29 août 2006 (« Les livres sur l’école sont, comme chaque année, nombreux à paraître à la rentrée. ») qu’il trouve fâcheux de ne pas avoir, en outre, l’exclusivité de ce genre de productions, lui qui, chaque année, le mois de septembre revenu, tel un pommier pédagogique, produit un ouvrage, avec parfois même, avant ou après, quelques fruits de « contre-saison ».

Ce qui m’agace (on aura déjà peut-être perçu dans mes propos un léger agacement) chez Philippe Meirieu, c’est de voir que cet homme, qui a fait sa carrière et à n’en pas douter sa fortune (du moins pour un ancien instituteur, même adorné d’une thèse d’Etat en sciences de l’éducation) dans les sphères les plus hautes du pouvoir éducatif, non seulement n’assume aucune responsabilité dans les multiples erreurs qu’il a commises ou incité à commettre, mais évoque désormais les problèmes de l’école comme s’il n’avait jamais été pour quoi que ce soit dans toutes ces affaires. Sa très récente conversion à l’écologie rhônalpine va lui permettre de faire table-rase de ce fâcheux passé pédagogique que symbolise assurément le douloureux sacrifice de sa moustache !

Le comble est atteint quand on le voit affirmer, déjà en 2006, dans le même « bloc-notes », qu’il n’est pour rien dans « les absurdités des programmes » (après tout, il n’a été que trois ans, de 1990 à 1993, membre du Comité national des programmes), qu’il ne se sent « nullement impliqué dans la jargonisation du vocabulaire scolaire français » (Ben voyons, ! Peu sportif, il ne s’est jamais intéressé aux « référentiels bondissants" !) et enfin, cerise sur le gâteau, quand il dénonce les « apparatchiks du ministère » ! On croit rêver et l’on est tenté de se pincer. Qu’a-t-il été d’autre, une décennie durant, que le gourou et le chef de file de ces « apparatchiks » !


J'ai déjà posé les questions qui viennent à l'esprit : Alzheimer précoce? Mauvaise foi totale ? Docteur Philip and Mister Meirieu ?

Peut-être au fond Philippe Meirieu nous prend-il, tout simplement, pour des imbéciles ?

dimanche 24 février 2013

L'école 2013 (N° 9). Retour en arrière : Philippe Meirieu ou les méfaits des sciences de l'éducation (blog du 25 avril 2008)


[Vu les événements, politiques en particulier, le dépit poussant notre héros à quitter son cher PS pour Europe-Ecologie-Les Verts, j'ai repris ce texte d'avril 2008 en février 2010, en lui ajoutant quelques modifications qui figurent ci-dessous, selon la bonne règle, entre crochets et en italiques].

Dimanche 20 avril 2008, Moatti, à l’occasion d’un « Ripostes » sur l’éducation, avec en vedettes Lang et Darcos, nous a ressorti Philippe Meirieu qu’on espérait définitivement disparu avec ses programmes et ses IUFM !

Si, par le plus grand des hasards, vous ne connaissez pas Philippe Meirieu, cette lacune peut être aisément comblée par la consultation de son site ou de tous ceux où il figure et dont, lui-même, ne manque pas de mentionner les adresses par des liens. Autre chance pour vous, certaines sources d’information sont agrémentées d’une photo, car, si étonnante que soit la chose, l’homme paraît aussi satisfait de son image que de sa pensée. Louons le Seigneur, mes frères et mes soeurs, car il vous sera même peut-être accordé d’y entendre la voix du Maître !

Soyons modernes et savants, car l’homme l’impose. Donc un peu de sémiologie de sa nouvelle image pour commencer.


Il arborait, chez Moatti, une curieuse chemise rouge sang (éclatant rappel de ses convictions de gauche ?), mais avec une cravate. Un directeur de CNDP ou d’IUFM, même honoraire, doit garder de la tenue, tout en affichant avec force ses convictions. Il faut donner confiance au client. Chevelure et moustache blanches de rigueur, rinçage bleuté, lunettes, tout en lui signifie le pédago ! Au terme d'un étrange parcours, instituteur monté en graine, il se fait professeur de collège avant de l'être de philosophie, il se enfin lance dans les sciences de l’éducation et la pédagogie, domaines propres à abriter et/ou à générer toutes les impostures éducatives.

La soutenance-éclair d’une thèse (d’Etat, s’il vous plaît, directement, l’homme n’est pas modeste) en sciences de l’éducation, naturellement. Nous sommes en 1983 ; il a 34 ans, ce qui, vu sa carrière antérieure, apparaît quasi fulgurant, du moins dans les disciplines universitaires normales, et cela d’autant que, selon ses termes, ses « engagements militants et professionnels » étaient multiples. Quel homme !

Curieusement pour un homme qui ne nous cache rien (pour ne pas dire qu’il étale tout !), le titre et les références de cette thèse demeurent non précisés. Il faut consulter l’un de ses hagiographes patentés pour apprendre qu’ayant passé son CAP d’instituteur en 1974, il a soutenu une thèse d’Etat en 1983 sur le thème, sinon le sujet suivant : "Apprendre à apprendre". De la bouche même du Docteur Meirieu, on apprend que cette somme était « un énorme pavé de près de 1000 pages » (ce qui est, somme toute, très banal pour une thèse d’Etat), mais surtout qu’elle a exigé de son auteur "dix ans de travail acharné et solitaire" (dixit Ph. Meirieu). Là, il se prend un peu les pieds, sinon dans le tapis, du moins dans la chronologie, car si je compte bien 1983 - 10 = 1973. Ce détail prouve qu’il a commencé sa thèse d’Etat avant même d’être instituteur ! Quel homme (encore !)! Il faut éviter de mettre du sucre sur le miel, comme disait ma grand’mère!

Si la tenue et l’apparence ne changent guère selon les photos, on dispose, en revanche, de deux versions majeures du portrait. La première est, pourrait-on dire, socratique. Un demi-sourire laisse entendre qu’on est allé au bout des choses et qu’on en est revenu. Toutefois, la version officielle, celle du site que notre héros s’est résigné à créer, à la demande générale, est celle du penseur. Le « Penseur » de Rodin appuie sa tête sur son poing droit et regarde le sol ; il ne positive donc pas. Le penseur selon Meirieu (sujet et objet !), tient le précieux think tank, qui lui sert de tête, de sa main gauche (faut-il y voir un signe de son orientation politique majeure ?), l’index est levé (et non le majeur « fuckeur », ne nous y trompons pas !) et le pouce est délicatement allongé sous le menton. Le regard bleu est fixé, non pas sur la ligne de même couleur des Vosges, mais sur l’horizon pédagogique qu’il ne cesse jamais de scruter pour alimenter une réflexion que rien n’interrompt. [Le dernier portrait visible (2010), un troisième, celui de la tête de liste Europe-Ecologie, donne, cette fois, dans le style de la maison Bové-Dany. Plus de cravate, ni de moustache, pull-over de matière et de couleur indéfinissables, plus de pose alambiquée et méditative. Quel homme ! Un vrai Fregoli de la pensée !
].

Philippe Meirieu incarne de façon parfaite tout le mal qu’ont fait à notre école les sciences de l’éducation ; à « Ripostes », la charmante Natacha Polony lui a rappelé, mais avec trop de discrétion à mon sens, qu’il a traîné, vingt ans durant Rue de Grenelle, même s’il paraît l’avoir oublié, et qu’il ne saurait donc fuir les responsabilités qui sont incontestablement les siennes.

Claude Allègre s’est souvent moqué, non sans humour et pertinence, des sciences de l’éducation et de leur jargon. Il aimait à rappeler que le ballon des cours de gym. est, dans cet idiome, le « référentiel bondissant ». Il est donc stupéfiant que, d’abord comme conseiller spécial de Lionel Jospin, puis comme ministre, il ait donné à Philippe Meirieu la place qui fut la sienne. Il est vrai qu’Allègre ne s’intéressait vraiment qu’à l’enseignement supérieur et à la recherche, alors que Meirieu n’est jamais sorti des sciences de l’éducation, dont la maxime suprême est que l’on enseigne bien que ce que l’on ne sait pas.

Philippe Meirieu, qui, depuis un quart de siècle, s’est fait de la pédagogie un superbe fromage où il s’est longtemps et confortablement installé, avant de continuer à en vivre, même après l’avoir quitté, a tenté de rendre à la fromagerie, fût-ce par métaphore, une partie de ce qu’il lui doit, en suggérant, certains s’en souviennent peut-être, de régler enfin les problèmes de la carte scolaire... grâce au camembert.


[ Dernière minute. Ce matin (13 février 2010) entendu sur France-Infos, très tôt (avant 7 heures),que la tête de liste Philippe Meirieu (EEV) centrer sa campagne des régionales sur le sauvetage des moulins à café par les grands-mères! Quel talent!].

lundi 18 février 2013

L'école 2013. (N°4) Retour en arrière. Septembre 2007



Désormais, comme on le sait, dans tous les domaines, tout est dans le marketing, peu importe le fonds et les modes de production. Un bel exemple nous en est, actuellement, donné avec un livre L’orthographe, à qui la faute ? (ESF). Sa rédaction n’a pas nécessité moins que le concours de deux maîtres de conférences, Danièle Manesse (issue de Paris V je crois, désormais promue professeur à Paris 3 ) et Danièle Cogis (IUFM de Paris), de deux professeurs des écoles, la piétaille de l’entreprise à peine mentionnée dans certains des avis de publication, et d’un universitaire en retraite André Chervel, chercheur associé au Service d’histoire de l’éducation, auteur d’une préface (D. Manesse, elle, dit « postface » ; je ne suis pas allé voir et où est l’importance ?) et qui avait mené une enquête identique, en 1987, avec Danièle Manesse d’ailleurs.

Indépendamment même de son contenu et de son intérêt, assez minces d’ailleurs, une telle publication me paraît poser trois ordres de problèmes que j’aborderai successivement.

Le premier est celui de la détermination, exclusive désormais, de toutes les politiques éditoriales, en ce qui concerne les savoirs comme le divertissement, par les exigences du marché. Un livre est publié désormais non pour l’intérêt qu’il présente, mais exclusivement pour les profits qu’il semble susceptible d’engendrer dans une conjoncture choisie. On aura noté que je dis ici « savoirs» et non « sciences humaines et sociales », car, en la matière et tout particulièrement en sciences du langage, secteur dont relève l’ouvrage en cause, il n’y a plus en France un seul éditeur spécialisé digne de ce nom.


Ne nous y trompons pas, les Editions sociales, qui publient l’ouvrage de Manesse and co., ne sont plus celles que dirigea autrefois, durant plus de dix ans, Lucien Sève et elles donnent aujourd’hui, entre autres domaines, dans le développement personnel et le « coaching ». Elles n’ont de toute façon rien à voir ni avec Routledge ou Cambridge University Press (E-U et UK), ni même avec J. Benjamins (Hollande). L’édition scientifique française est désormais naine ou morte.

De toute façon, chacun sait que dans l’édition tout est désormais commandé par les commémorations (200 ou 250 livres sur Mozart pour l’année Mozart ; pour les commémorations de l’abolition de la traite ou de l’esclavage (on ne fait pas trop la différence entre les deux !)-plusieurs ouvrages, deux au moins « écrits » par des ignorantes ! La réputation des auteurs , fût-elle acquise dans un tout autre champ, est l'essentiel. Un livre de Zidane sur l’éducation ou l’astrologie ferait sans doute un malheur. Passons…

L’éducation a été au centre des débats, dans l’éphémère de la campagne électorale, par le biais inattendu de la lutte contre la violence grâce à la grammaire ; publions d’importe quoi, mais publions ; on trouvera toujours un créneau à la télé pour la promotion de l’ouvrage.

Le deuxième ordre de problèmes tient à l’ouvrage lui-même et à son probable contenu. Dois-je répéter que je ne l’ai pas lu et que je n’ai aucune intention de le lire et moins encore de l’acheter? J’investirai bien plus volontiers les vingt euros qu’il doit coûter dans une pression et une moules-frites, agrémentées de la lecture du « Canard enchaîné ». Je puis d’autant me passer de cette lecture et en parler de façon relativement autorisée qu’il n’échappe à personne que l’orthographe est de plus en plus mal connue des jeunes et des élèves en particulier. Notre blog en apporte chaque jour de multiples preuves. A quand une thèse sur l’orthographe des blogs du NO ?

Je ne sais pas si vous avez noté, comme moi, qu’une partie non négligeable de la production scientifique en sciences humaines et sociales consiste essentiellement à formaliser des évidences et à présenter en statistiques, tableaux, camemberts, diagrammes, histogrammes, etc. les truismes les plus éculés. Autrefois, il y avait un certain mérite à procéder à de telles mises en forme, aussi longues que fastidieuses. Aujourd’hui, les ordinateurs font tout le travail en un clin d’œil, mais le bon peuple, qui l’ignore, demeure admiratif.

Est-il vraiment indispensable, sauf pour se faire un titre dans un dossier d' habilitation à diriger des recherches, de proposer, en dictée, un texte de Fénelon de 83 mots (celui de l’enquête précédente de 1987) à un échantillon représentatif de 2 767 élèves de 123 classes, du CM2 à la troisième, pour constater la baisse du niveau des élèves en orthographe? L’avantage est qu’en 2026 ou même avant, on pourra renouveler cette prodigieuse expérience scientifique. Le marronnier orthographique est inusable et inépuisable.

Sans vouloir médire, il aurait sans doute été plus intéressant de faire faire une dictée, peut-être un peu plus difficile, à un certain nombre d’élèves-professeurs des IUFM, dont la fonction sera précisément d’enseigner l’orthographe à leurs élèves. On aurait pu avoir quelques surprises, à en juger par les annotations que je lis, de temps à autres, sur des cahiers d’écoliers.

La conclusion majeure de l’ouvrage, si j’en juge par les divers comptes rendus que j’ai lus (ils me paraissent tous mettre en évidence le prévisible peu d’intérêt de ce livre) est que les élèves de cinquième de 2005 font autant de fautes d’orthographe que les élèves de CM2 de 1987. Ceux-ci, eux-mêmes, en faisaient beaucoup plus que ceux qui étaient entrés en sixième avant 1956, car ils n’auraient jamais pu faire la dictée de l’examen d’entrée en sixième, supprimé en 1956.

Il faudrait lire ce livre (ce que je ne ferai pas, je le répète) pour être sûr que les auteurs, d’après les commentaires que j’ai pu lire, ne semblent pas soupçonner que la désaffection de l’immense majorité des élèves à l’égard de la lecture ait pu jouer un rôle dans l’évolution qu’elles étudient. Ce serait un comble, mais rien ne m’étonne vu la suite !

Le troisième problème est à mes yeux le plus grave et le plus important. On a vu que Danièle Cogis est maître de conférences à l’IUFM de Paris ; Danièle Manesse est issue de Paris V si je me souviens bien (où enseigne, notons-le au passage, Alain Bentolila quand il n’est pas dans son bureau de chez Nathan). Le point essentiel pour moi est que s’il faut en croire Luc Cedelle, dans Le Monde (08/02/07) , elle est « une proche de Philippe Meirieu, considéré dans le débat sur l'éducation comme le chef de file des pédagogues ». Nous y voilà !


J’ai naguère consacré à ce personnage une partie d’un blog intitulé « La carte scolaire : fromage ou dessert ? » ; comme le sujet revient sur le tapis électoral, il va falloir que je repasse le plat. Je me borne ici à ce qui concerne directement le présent propos. Revenons sur la scène du crime, comme on dit à la télé. ; IUFM, D. Cogis, D. Manesse, A. Chervel, INRDP (Institut National de Recherche Pédagogique)... Ph. Meirieu.
Eurêka. Tout se met soudain en place. Bon sang, mais c’est bien sûr !

Lionel Jospin comme ministre de l’Education nationale (avec Claude Allègre comme conseiller spécial et ministre de fait), puis Claude Allègre lui-même comme ministre ont fait de Philippe Meirieu, entre 1989 et 2000, le gourou de l’école de France : artisan de la création des IUFM (ce qui montre sa vision de l’avenir, puisqu’il a dirigé dans la suite celui de Lyon où il s'est "récupéré" au terme de sa période de gloire parisienne), père spirituel du « collège unique » quoiqu'apôtre de la pédagogie par « différenciée »,président du Comité d’organisation de la réforme des lycées, puis directeur de l’INRDP (1998-2000), et enfin Directeur de l’IUFM de Lyon (2000-2006), il a admirablement géré sa carrière et déployé une activité constante dans la promotion de ses ouvrages (Tournées VRP de conférences organisées par ses éditeurs, etc.) ou des produits dérivés. Son site comporte même une rubrique inattendue « Films et documents audio-visuels »; on y trouve l’évocation de ses activités sur la chaîne Cap-Canal (chaîne locale sur Lyon et Grenoble que la mairie socialiste de Lyon l’a chargé de développer au terme de son mandat à l’IUFM) et les références de ses séries de films comme la publicité pour ses diaporamas. On ne peut s’empêcher de voir en lui une sorte de télé-évangéliste de l’école, un Billy Graham de la pédagogie.

Dans une logique financière dont les dominantes de son discours pourraient faire croire qu’il la réprouve (mais le portefeuille a ses raisons que la raison ne connaît pas !), Philippe Meirieu a monnayé, de toutes sortes de façons, la position qu’il s’est faite (et/ou qu’on lui a faite) dix années durant dans l’éducation nationale française. C’est son droit et il est loin d’être le seul à le faire, même s’il est sans aucun doute l’un de ceux qui en tirent le plus de profits. On sent d’ailleurs à la remarque liminaire de son« bloc-notes » du 29 août 2006 (« Les livres sur l’école sont, comme chaque année, nombreux à paraître à la rentrée. ») qu’il trouve fâcheux de ne pas avoir l’exclusivité de ce genre de production, lui qui, le mois de septembre revenu, comme un pommier pédagogique, produit un ouvrage, avec parfois même quelques fruits de « contre-saison ».

Ce qui m’agace (on aura déjà perçu dans mon propos un léger agacement) chez Philippe Meirieu, c’est de voir qu’un homme, qui a fait sa carrière et à n’en pas douter sa fortune dans les sphères les plus hautes du pouvoir éducatif, non seulement n’assume aucune responsabilité dans les erreurs qu’il a commises ou incité à commettre, mais évoque les problèmes de l’école comme s’il n’avait jamais été pour rien dans toutes ces affaires.

Le comble est atteint quand on le voit affirmer dans le même « bloc-notes »,qu’il n’est pour rien dans « les absurdités des programmes » et qu’il ne se sent « nullement impliqué dans la jargonisation du vocabulaire scolaire français » et enfin, cerise sur le gâteau, quand il dénonce les « apparatchiks du ministère ». On est tenté de se pincer. Qu’a-t-il été d’autre, dix années durant que le gourou et le chef de ces « apparatchiks ». Alzheimer précoce ou Docteur Philippe et Mister Meirieu ?

« Ort(h)ographe, à qui la faute ? » L’astuce est un peu faiblarde (dans le titre du livre, le h est amovible), mais la réponse est claire. Pour une bonne part, la faute incombe au type d' enseignants et de formateurs qu’incarnent les« auteures » (on peut leur faire ce petit plaisir féministe), aux IUFM, puisque c’est l’invention de Meirieu et que c’est là qu’on a formé les maîtres, aux horaires et aux programmes, mais ces gens-là ou leurs séides ont eu,
des années durant, la haute main sur tous ces domaines qui portent encore leur marque..

Au fait, devinez qui dirige chez ESF, éditeur du livre en cause, la collection« Pédagogie » ? Je vois que vous avez déjà deviné, ce n’était pas difficile : Philippe Meirieu bien sûr.

vendredi 15 février 2013

L'école 2013 (N° 2) Retour en arrière. Mon blog du 13 mars 2007. Les IUFM et les sciences d'éduc.


France Inter. 13 mars 2007. Emission du matin sur les enseignants. Collège Georges Duhamel dans le 15e. Je ne connais pas la géographie scolaire parisienne, mais je doute que Monsieur Balladur, député de cet arrondissement, ait choisi comme terrain de jeux politiques un quartier "difficile" ou même un "quartier" comme on dit désormais.
J’ai d’ailleurs entendu, au début, vers 7 heures 45, en prenant en marche l’émission de Nicolas Demorand, que les élèves, qui arrivent en classe, restent debout ou, s’ils sont déjà assis, se lèvent à l’arrivée du professeur. Deux hypothèses se sont alors, en un instant, télescopées dans ma tête. Ou bien tous mes amis enseignants, qui me racontent leur quotidien, me mentent et tous leurs élèves sont, en réalité, disciplinés, polis, etc., ou bien le Collège Georges Duhamel dans le 15e parisien, sous la double, auguste et bénéfique influence de Georges (Duhamel) et d’Edouard (Balladur), est, miraculeusement, comme la tente d’Holopherne chez Giraudoux, le seul lieu du monde exempté du péché originel et ses élèves, sont les seuls en France, à continuer à s’y comporter comme autrefois. Je ne me risquerai pas à trancher !
Revenons au sujet. N. Demorand recevait, en ce matin du 13 mars 2007, un certain Jacques Durand, président de la conférence des directeurs d’IUFM.

Pour ceux qui l’auraient oublié, les Instituts de Formation des Maîtres (IUFM) ont été créés, en 1989, par Lionel Jospin, alors ministre de l’éducation nationale, mais, en fait, surtout par celui qui était alors son conseiller spécial, pour quelque tems encore, son ami de trente ans, Claude Allègre. L’idée était de parer les anciennes écoles normales des modernes oripeaux des sciences de l’éducation, tout en y agrégeant quelques universitaires, à qui les IUFM offraient, par raccroc, des postes de maîtres de conférences ou de professeurs, dont les universités elles-mêmes ne les jugeaient le plus souvent pas dignes.

La chose était d’autant plus étrange que, comme je l’ai déjà dit et écrit souvent, C. Allègre était un adversaire résolu et lucide des sciences de l’éducation dont il aimait à se moquer. Je pense ici au ballon, cher à cet ancien basketteur, que les sciences de l’éducation nomment le « référentiel bondissant » dans un exemple que C. Allègre lui-même se plaît à rappeler. La formule complète (je cite de mémoire) est que le joueur « doit se situer dans le temps et dans l’espace par rapport au référentiel bondissant », ce qui, en langage normal, veut dire simplement « recevoir ou intercepter la balle ».

L’échec des IUFM a été patent et, selon le bon vieux principe du pendule si cher à l’administration française, on a décidé de revenir au point de départ, en aggravant la situation. On va donc réintégrer les IUFM dans les universités, au lieu de les supprimer. Comment le faire d’ailleurs car que ferait-on des enseignants des IUFM, dont une partie relève du secondaire et n’a pas le statut des enseignants du supérieur ? 0n ne va donc rien changer aux défauts des IUFM, tout en créant de nouveaux problèmes dans les universités.

En fait, tout ce que j’ai dit, dans des blogs précédents, des sciences de l’éducation et de Philippe Meirieu, s’applique ici. Ph. Meirieu a été non seulement le gourou de la création de ces Instituts, mais, pas fou, s’est lui-même récupéré, au terme de sa faveur politique, à la direction de l’IUFM de Lyon, pour y attendre la retraite en s'essayant à la politique.

Un des moments forts – l’un des rares passages intéressants et surtout sincères de l’émission - a été celui où un jeune enseignant a osé expliquer qu’alors que le stage IUFM commençait en septembre, c’est en février qu’on donnait les formations sur la lutte contre la violence en classe (arts martiaux, etc… ?).

Vu l'intérêt et la nature de telles « formations », cela ne me paraît pas trop grave, simplement inepte, comme bien d’autres choses. Moment comique aussi quand ce même jeune enseignant, dans la consternation générale, évoque l’une des perles du pédagogisme des "sciences de l’éduc."dans les IUFM. Les stagiaires, assis sur des tapis de sport, sont invités à pratiquer collectivement un exercice dans lequel ils se voient, tour à tour, lancer une balle dont la réception leur accorde une minute de temps de parole. Au terme de la minute, qu’ils aient parlé ou non et quel que soit le propos, ils repassent la balle à l’animateur, qui va la renvoyer à un autre stagiaire. Cette affaire est si ridicule qu’aucun des participants à l'émission n’ose même en parler ; le dénommé Jacques Durand, pressé par N. Demorand et sans doute rompu à la pratique du "tapis de parole uéfèmien", finit par noyer le poisson dans un flot de propos aussi généraux qu'insipides ! On a tout de même eu un bref instant de sincérité et de vérité.

Tout confirme (mais qui en doute encore ?) que les sciences de l’éducation sont en fait un « pédangogisme » dans lequel les recettes d’une prétendue didactique sont plaquées sur des connaissances disciplinaires de plus en plus réduites et incertaines. Il est significatif de voir que les étudiants se plaignent, d’une seule voix, du niveau trop élevé des concours qui pourtant n’a guère varié.

En fait, sauf à considérer comme de réelles formations les discours théoriques sur la lutte contre la violence ou les pitreries de passage de parole par l’envoi d’un ballon…,les IUFM ne forment à rien du tout et leur création n’a rien changé. Le malheur est qu'on a mis vingt ans à le reconnaître, sans décider d'essayer d'abord de voir les problèmes.

Autrefois, pour prendre l’exemple du CAPES, celui ou celle qui était reçu à ce concours faisait un stage, une année durant, avec en général deux maîtres de stage différents et en alternant stage actif et passif. En fin d’année, on passait un CAPES « pratique » avant de rejoindre son premier poste. Les IUFM n’ont à peu près rien changé sur ce point pourtant essentiel. Il y a toujours une année de formation plus ou moins bidon, avec, en plus, à l’IUFM, les discours sur la lutte contre la violence et les jeux de ballon évoqués ci-dessus. Les enseignants continuent donc à ne pas être formés. On peut d’ailleurs s’interroger sur la possibilité même de former réellement à un tel métier et nous y reviendrons. L’enseignement, comme la médecine, est un art ; il y a des gens doués, sans avoir jamais appris à enseigner, comme il y en a qui ne le sont pas et qu’il faudrait, en vain peut-être, essayer de former, si l’on ne peut les inviter à choisir un autre métier. En, revanche, ce qui est inévitablement catastrophique est de ne pas bien connaître ce que l’on prétend enseigner, car on ajoute l’insécurité à la maladresse.

C’est ainsi qu’au CAPES interne de physique, par exemple, on propose au candidat un problème du niveau de la 4ème. En apparence, c'est logique puisqu’il enseignera la physique à ce niveau et on présente ainsi la chose. En réalité, si on lui donnait un vrai problème de physique, sans aller jusqu'au niveau du CAPES (le concours externe), pour évaluer par là, son vrai niveau de compétence en cette matière, il ne saurait pas le résoudre. Rien d’étonnant à cela, puisque la très grande majorité de ceux et celles qui passent ce concours interne ont, dans le passé, échoué au concours externe !

Dernière remarque pour Nicolas Demorand, qui s’il parle bien anglais et aime à le faire savoir, à des lacunes en latin et en français. On dit, en effet, « eT cetera… » (eT = et) et non pas « eK cetera).

dimanche 23 septembre 2012

Encore l'éducation

Au moment même où s'ouvre je ne sais quelle énième série de colloques, États généraux, Grenelle ou réunions de tout poil sur l'éducation, il est stupéfiant d'entendre et de lire tant de sottises sur le sujet.

On s'abstient bien entendu, par exemple, de signaler, à propos de la formation des maîtres, le fait plus évident qui est, que, vingt ans après avoir constaté l'absence de formation réelle des maîtres et créé, à cette fin, sous Jospin inspiré par Ph. Mérieu, les Instituts Universitaires de Formation des Maîtres, les sinistres IUFM, on les a supprimés, pour envisager aussitôt, sous Peillon, de les remplacer par je ne sais quelles "Ecoles Supérieures du Professorat et de l'Education", instituts universitaires qui n'en seront que la vague resucée. En effet, les IUFM étaient déjà dans les universités en fait, par leur nom mêrme mais surtout en raison du nombre de leurs enseignants qui n'étaient là que faute de mieux et aspiraient à entrer dans les universités par la grande porte! Même après la suppression théorique des IUFM,  ces derniers n'ont disparu en fait que pour une partie d'entre eux.

Ce sont, comme toujours, ces allers-retours caractérisent le fonctionnement de l'administration française et comme disait ma bonne grand-mère « faire et défaire c'est toujours travailler ».

Une longue familiarité avec l'éducation nationale me ramène d'ailleurs beaucoup plus loin encore, puisque, vers 1958, on a déjà mis en oeuvre l'idée même de Peillon avec les IPES, les Instituts de Préparation à l'Enseignement Secondaire dont nos responsables actuels de la rue de Grenelle ne connaissent sans doute pas l'existence. Il s'agissait, exactement comme désormais dans nos futures Ecoles, de recruter, devant le manque prévisible d'enseignants, des étudiants encore non licenciés, de les payer durant la préparation de leur licence et de leur maîtrise pour ensuite en faire des enseignants du secondaire. Monsieur Peillon devrait bien consulter les archives du ministère de l'éducation nationale qui contiennent sur ce point des informations utiles.

Une autre sottise qu'on entend, quotidiennement ou presque, concerne les affectations dans les établissements réputés difficiles de ce qu'on appelle désormais les « quartiers ».

Les bons apôtres, dans leur robuste sens commun et leur ignorance tout aussi robuste, s'étonnent qu'on ne nomme pas, dans ces établissements, des maîtres confirmés, expérimentés et compétents. Mais, mon pauvre monsieur ou ma bonne dame, c'est qu'on ne peut pas!

Les dits maîtres confirmés et compétents sont déjà depuis 10, 15 ou 20 ans enseignants à Romorantin, à Menton ou à Quimper et ils n'ont aucune envie d'aller enseigner dans le 93 ou dans les quartiers Nord de Marseille. Or un professeur titulaire, certifié ou agrégé, est totalement inamovible ; il est évidemment impossible de le déplacer sans qu'il l'ait, au préalable, demandé lui-même, dans le cadre d'une mutation, demande qu'il se gardera bien en la circonstance, de formuler, comme vous vous en doutez !

Vous comprenez dès lors que le seul moment où le ministère de l'éducation nationale est libre de placer un enseignant à peu près où il veut est celui de sa première nomination. La direction du personnel de la Rue de Grenelle n'agit donc pas ainsi par perversité ou vice. C'est tout bêtement parce qu'on ne peut pas faire autrement qu'on envoie systématiquement dans ces postes difficiles de jeunes professeurs qui sont par définition sans expérience mais sont contraints d'accepter des postes dont nul ne veut !

Ils sont ensuite obligés d'y passer quelques années, car les mutations sont extrêmement difficiles à obtenir, même au-delà des deux premières années où elles ne peuvent être sollicitées. Il ne reste donc plus à ces jeunes enseignants qu'à faire contre mauvaise fortune bon cœur, à se faire porter malades ou à démissionner pour changer de métier.

On pourrait songer à changer ce statut mais alors gare aux syndicats!

Bien entendu nos journalistes, comme d'habitude, ne connaissent rien et ne comprennent rien aux sujets dont ils traitent. Il semble qu'une solution, dans le cadre du régime actuel, serait, non pas une prime minable, mais, par exemple, de doubler le salaire de professeurs, déjà pourvus d'une ancienneté suffisante et surtout dont les capacités auraient été dûment évaluées, s'ils acceptaient de se faire nommer dans ce type de poste. Dans ces conditions, on trouverait sans doute des candidats mais je ne pense pas que cette mesure soit envisagée sérieusement (Et encore et toujours gare aux syndicats!).

vendredi 31 août 2012

Le marronnier de la formation des maîtres (2)

"Enseigner : un métier qui s'apprend". Le grand gourou

Si, par le plus grand des hasards, vous ne connaissez pas Philippe Meirieu, cette lacune peut être aisément comblée par la consultation de son site ou de tous ceux où il figure et dont il ne manque pas de mentionner les adresses par des liens. Autre chance pour vous, certaines sources d’information sont agrémentées d’une photo, car, si étonnante que soit la chose, l’homme paraît aussi satisfait de son image que de sa pensée. Louons le Seigneur, mes frères et soeurs, car il vous sera même peut-être accordé, parfois, d’avoir le privilège d'y entendre la voix du Maître !

Soyons modernes et savants dans cette approche, car l’homme l’impose.

Un peu de sémiologie de l’image. Il arborait, le 20 avril 2008 chez Moatti dans un "Ripostes", une curieuse chemise rouge sang (éclatant rappel de ses convictions originelles de gauche encore présentes avant qu'il vire au vert, l'année suivante, en passant du PS à Europe Ecologie), mais avec cravate. Un directeur de CNDP ou d’IUFM, même honoraire, doit garder de la tenue. Il faut donner confiance au client. Chevelure et moustache blanches bien entendu, rinçage bleuté, lunettes, tout signifie de façon éclatante le pédago ! Instituteur monté en graine, il se lança vite dans les sciences de l’éducation et la pédagogie, domaines propres à abriter et/ou à générer les impostures éducatives.

Je dois à la vérité des faits une rectification; en effet, depuis qu’il a troqué le PS pour Europe Ecologie en vue des régionales (avec une tête de liste que l’ingratitude du PS ne lui a jamais offerte)  et qu’il a abandonné le pédagogisme pour la politique et délaissé le sauvetage des élèves pour celui de la planète, Philippe Meirieu, en habile communicant, a supprimé  de son appareil sémiologique la moustache (photo de février 2010) qui auparavant était la sienne depuis près de 40 ans. Elle faisait désormais un peu trop "pédago" ou même "instruisou" pour les nouvelles destinées auxquelles il aspire et ne pouvait rivaliser avec celle de José Bové.

La soutenance-éclair d’une thèse (d’Etat, s’il vous plaît, directement et sans "tri-cycle", car  l’homme, s'il n’est pas modeste est pressé), en sciences de l’éducation, naturellement. Revenons en 1983 et le voilà docteur d'Etat ; il a 34 ans, ce qui, vu sa carrière antérieure, apparaît quasi fulgurant, du moins dans les disciplines universitaires normales, et cela d’autant que, selon ses termes, ses « engagements militants et professionnels » ont déjà été multiples. Quel homme !

Curieusement pour quelqu'un qui ne nous cache rien (pour ne pas dire qui étale tout !), le titre et les références de cette thèse demeurent non précisés. Il faut consulter l’un de ses hagiographes patentés pour apprendre qu’ayant passé son CAP d’instituteur en 1974, il a soutenu une thèse d’Etat dès 1983 sur le thème, sinon le sujet suivant : "Apprendre à apprendre". De la bouche même du Docteur Meirieu, on apprend que cette somme était « un énorme pavé de près de 1000 pages » (ce qui est, somme toute, très banal et n'a rien d'excessif pour une thèse d’Etat), mais surtout qu’elle a exigé de son auteur "dix ans de travail acharné et solitaire" (dixit Ph. Meirieu). Là, il se prend un peu les pieds, sinon dans le tapis, du moins dans la chronologie, car si on compte bien 1983 - 10 = 1973. Ce détail prouve qu’il a commencé sa thèse d’Etat avant même d’être instituteur titulaire ! Quel homme (encore !). Il faut éviter de mettre du sucre sur le miel, comme disait ma bonne grand’mère!

Si la tenue et l’apparence ne changent guère selon les photos, on dispose, en revanche, de deux versions majeures du portrait. La première est, pourrait-on dire, socratique. Un demi-sourire laisse entendre qu’on est allé au bout des choses et qu’on en est revenu. Toutefois, la version officielle, celle du site que notre héros s’est résigné à créer, à la demande générale, est celle du penseur. Le « Penseur » de Rodin, on s'en souvient, appuie sa tête sur son poing droit et regarde le sol ; il ne positive donc pas. Le penseur selon Meirieu (sujet et objet !), tient le précieux think tank, qui lui sert de tête, de sa main gauche (faut-il y voir un signe de son orientation politique majeure, pour un temps au moins?), l’index doctoral est levé (et non le majeur « fuckeur », ne nous y trompons pas !), le pouce étant délicatement allongé sous le menton. Le regard bleu est fixé, non pas sur la ligne de même couleur des Vosges, mais sur l’horizon pédagogique qu’il ne cesse de scruter pour alimenter une réflexion que rien ne suspend jamais.

Philippe Meirieu incarne de façon parfaite tout le mal qu’ont fait à notre école les sciences de l’éducation ; lors du « Ripostes » que j'ai évoqué, la charmante Natacha Polony lui a rappelé, mais avec bien trop de discrétion à mon sens, qu’il a traîné, quinze ans durant, Rue de Grenelle, même s’il paraît l’avoir totalement oublié ; il ne saurait donc fuir des responsabilités qui sont incontestablement les siennes.

Claude Allègre s’est souvent moqué, non sans humour et pertinence, des sciences de l’éducation et de leur jargon. Il aimait à rappeler que le ballon des cours de gym d'antan. est, dans ce nouvel idiome, le « référentiel bondissant ». Il est donc stupéfiant que, d’abord comme conseiller spécial de Lionel Jospin, puis comme ministre, il ait donné à Philippe Meirieu la place qui fut la sienne. Il est vrai qu’Allègre ne s’intéressait vraiment qu’à l’enseignement supérieur et à la recherche, alors que Meirieu n’est jamais sorti des sciences de l’éducation, dont la maxime suprême est que l’on enseigne bien que ce que l’on ne sait pas.

Philippe Meirieu, qui, depuis un quart de siècle, s’est fait de la pédagogie un superbe fromage où il s’est longtemps installé, avant de continuer à en vivre, même après l’avoir quitté, a tenté de rendre à la fromagerie, fût-ce par métaphore, une partie de ce qu’il lui doit, en suggérant, certains s’en souviennent peut-être, de régler les problèmes de la carte scolaire grâce au camembert.
 

A suivre.

jeudi 30 août 2012

Le marronnier de la rentrée : la formation des maîtres (1)

 

"Enseigner un métier qui s'apprend"

La formation des maîtres est, avec l'immobilier et le salaire des cadres, l'un des marronniers de notre presse écrite agonisante. Songer que ce pauvre Christophe Barbier, directeur de l'Express, est de obligé de faire LUI-MEME la réclame de son hebdomadaire à la radio. Finira-t-on par le voir, dans les rues, glapir "Demandez l'Express ! Demandez l'Express !". Pauvre France!

Je me vois donc contraint moi aussi, après avoir entendu, ce matin-même, notre nouveau ministre de l'éducation nationale, de revenir sur cette question à propos de laquelle on entend tant de sottises et d'erreurs. 

J’ai écrit, je ne sais plus quand un blog après lecture d'un article paru dans un magazine "professionnel" à l’usage sans doute exclusif des pédagos ; il avait pour titre « Formation des enseignants : mise au point » et était illustré d’une photo qui surmontait cet intitulé. On y voyait une douzaine de personnages vociférant devant une pancarte émanant d’un ou plusieurs IUFM (Institut de formation des maîtres pour les non-initiés, s’il y en a encore), cet acronyme encadrant le slogan suivant, en capitales pour la première ligne « ENSEIGNER, UN METIER QUI S’APPREND » et, pour la seconde, en écriture anglaise malhabile « Pour un service public de la formation ». Je ne sais pas trop si l’on avait voulu reproduire la graphie maladroite d’un élève de CM1 ou l’écriture normale des étudiants actuels de  Master 2, puisque nos enseignants du futur seront recrutés à ce niveau académique. Je penche plutôt vers la seconde hypothèse pour avoir vu, très récemment encore, des copies d’étudiants de lettres modernes de ce niveau.

Premier constat, et non le moindre, sur les douze personnages de la photo, les deux tiers (8) sont des filles, ce qui est un indicateur fort sur l’évolution de la profession, surtout dans le primaire et le secondaire, la vague de féminisation atteignant désormais l’université. Cette évolution a un certain nombre de conséquences importantes, d’ordres divers, dans le détail desquels je ne puis entrer ici.

Seconde remarque. Les IUFM sont, comme les régions ultramarines « monodépartementales », des innovations relativement récentes, 1982 pour les secondes, 1989 pour les premiers. La généralisation des IUFM n’a donc que vingt ans ce qui est fort peu pour une réforme très importante puisqu’elle fut présentée, en son temps, comme révolutionnaire et qu’elle concernait à la fois le primaire et le secondaire. Auparavant, la formation des instituteurs se faisait dans les écoles normales et les professeurs du secondaire, certifiés ou agrégés, n’avaient aucune formation réelle, les « Centres Pédagogiques Régionaux » n’étant qu’une vaste farce sur laquelle je vais revenir).

Cette création des IUFM s’est inscrite dans l’apparition progressive dans notre pays des « sciences de l’éducation » qui nous sont venues d’Amérique du Nord. On a d’ailleurs retenu le terme de « licence de sciences de l’éducation », (dénomination québécoise), jugée plus noble que « licence de pédagogie » qui avait pourtant alors les faveurs du ministère. Cette nouvelle filière universitaire instituée, il a bien fallu ouvrir des activités et des emplois pour ces licenciés (et bientôt docteurs !) en sciences de l’éducation.

L’exemple, funestement  prototypique de cette évolution, est Philippe Meirieu. Ancien instituteur, il a, non sans adresse, surfé sur cette vague politico-pédagogique. En 1983, il soutient un doctorat d’Etat sur le sujet suivant « Apprendre à apprendre » sur lequel il est toutefois inexplicablement discret, peut-être parce qu’il en déclinera inlassablement, dans la suite, le titre : « Apprendre à apprendre », « Apprendre à apprendre à apprendre», « Apprendre à apprendre à apprendre…etc. ». Il est l’un des artisans de la loi d’orientation de L. Jospin qui, en 1989, crée les IUFM, et il devient, une dizaine d’années durant, le gourou de la rue de Grenelle. Il a fini sa carrière comme directeur de l’IUFM de Lyon, avant de se replier sur l’université de Lyon 2 pour jeter enfin le masque de la pédagogie afin d’entrer ouvertement en politique sous l’étiquette Europe-Ecologie, en 2009. Je ne puis développer cet aspect ici, mais dès demain, car son action est essentielle, j'évoquerai Ph. Meirieu dont le rôle a été aussi funeste que déterminant.

Revenons à notre propos. Dans ce contexte, à la fin des années 80, la pédagogie, même si on lui a préféré « sciences de l’éducation », devient le maître-mot des filières universitaires ainsi dénommées comme les IUFM eux-mêmes qui en sont la résultante. On avait là enfin l’application du bon vieux principe « Ce qu’on sait faire on le fait, ce qu’on ne sait pas faire, on l’enseigne ! »

Pour éclairer ce point, sans raconter ma vie (vous m’accorderez que je ne donne guère dans ce travers, pourtant assez courant dans certains blogs), je voudrais illustrer cette question de la fameuse formation des maîtres par mon cas personnel. J’ai autrefois passé successivement les deux concours de recrutement d’enseignants ouverts dans mon domaine, le CAPES d’abord, l’agrégation ensuite.

Le CAPES comportait alors une épreuve dite « théorique », écrite d'abord, orale ensuite pour les admissibles (le tout après la licence donc à bac + 3 mais en fait à bac + 4 car il fallait une année pour préparer ce concours). Si l’on y était admis, ce CAPES théorique faisait de vous un « professeur certifié stagiaire », rémunéré et affecté à ce titre à un Centre Pédagogique Régional (CPR), institution parfaitement mythique comme on va le voir.

La prétendue « formation » ne comportait, en effet, aucun enseignement et consistait exclusivement en des heures de stage dans deux établissements. Il s’agissait d’assister, chaque semaine, à quelques heures d’enseignement (six si je me souviens bien) d’un « maître de stage », qui se bornait à faire, devant deux ou trois stagiaires planqués au fond de sa classe, son cours normal. Le drôle de la chose, dans mon cas, est que le premier semestre de mon stage s’est déroulé dans un lycée de garçons qui était, par hasard, celui-là même où j’avais fait mes classes secondaires ; j’y avais donc déjà fait, comme élève, sept années de stage à temps plein ; je n’avais donc plus grand chose à apprendre sur les pratiques pédagogiques de mes anciens maîtres!

En fin d’année de CPR, on faisait une heure de classe devant un inspecteur général, la chose étant censée être l’épreuve « pratique » du CAPES. Une fois définitivement reçu (je n’ai jamais vu quiconque échouer à cette épreuve pratique), on était nommé dans un établissement et vogue, pour quarante ans, la galère pédagogique !

Les choses étaient encore pires, si l’on peut dire pour l’agrégation, où elles prenaient vraiment l’allure d’une farce. En d’autres termes, à cette époque, pour le secondaire, s’il y avait, pour les deux concours de recrutement, des épreuves théoriques difficiles (par exemple pour l’agrégation, moins de 10% des candidats étaient reçus pour un concours à bac + 5 (au moins) : licence en trois ans + diplôme d’études supérieures (DES qui deviendra ensuite la maîtrise) et en outre, en général, une voire deux années de préparation spécifique fort sérieuse du concours. La formation professionnelle, une fois les concours passés, était rigoureusement NULLE.

Pour en finir avec mon cas, je ne veux en retenir que trois conclusions.

1 . Pour ce qui me concerne du moins, les heures de stage ne m’ont rigoureusement rien appris. Cette année de stage fut pour moi une année de vacances payées qui m’ont permis de préparer le DES que je n’avais pas encore et qu’il me fallait posséder pour me présenter à l’agrégation. Mes « maîtres de stage », excellents enseignants eux-mêmes, ne m’ont en rien conseillé, puisque ces stages consistaient pour eux à faire devant des stagiaires leurs cours habituels et qu’ils ne nous ont vu enseigner, au mieux, qu’une heure ou deux.

2. Ma seule formation pédagogique est celle que j’ai reçue (et qu’ils ne cherchaient nullement à me donner) de deux de mes maîtres, Pierre Savinel et Jean Pouilloux, dont je garde toujours le souvenir, aussi vivace et présent, tant d’années après, le premier professeur de première au lycée, le second  professeur d’université.

3. A mes yeux, l’enseignement, comme la médecine, est d’abord un art, mais, dans les deux cas, il est indispensable, pour les exercer, de maîtriser, aussi complètement que possible, les savoirs qu’implique et met en œuvre l’exercice de ces arts.

Les professeurs de l’époque, « non formés  », étaient-ils moins bons que ceux des vingt dernières années qui ont tâté des IUFM (avant qu'on les supprime) et de la 
« pédagogie/sciences de l’éducation »? Je n’en suis pas certain (litote pour dire que je suis à peu près sûr du contraire !).

Je suis déjà long et je n’ai présenté ici que les premiers éléments de mon point de vue. Je reviendrai demain sur le sujet à partir du cas Meirieu qui est exemplaire.

vendredi 27 janvier 2012

De l'école

Je n'avais en rien l'intention de revenir sur les problèmes de l'école dont j’ai souvent parlé, mais c'est l'actualité qui m'amène à le faire en me conduisant à étendre mon propos de l'école à l'université.

Mieux vaut commencer par l'université, surtout au moment où l’on voit l'équipe gouvernementale en place faire figurer, dans les réussites du quinquennat, la loi de réforme des universités (LRU) de Madame Pécresse. J'ai déjà consacré des blogs à cette question et je continue à penser que la LRU (pour faire court) n'a rigoureusement rien changé ; si elle a eu quelque action dans le domaine universitaire, c’'est plutôt pour en aggraver les défauts que pour y porter remède.

Comme je l'ai déjà dit à différentes reprises, la seule chose qu'il y a à admirer dans cette loi est l'astuce de la ministre ou, plus probablement, de l'un ou l'autre de ses conseillers, dont l'un en particulier avait été vice-président de la Conférence des présidents d'université et qui de ce fait connaissait bien la faune de la CPU. Elle a consisté à inscrire dans cette loi les deux revendications majeures des présidents d'universités eux-mêmes, de façon à se gagner par là leur faveur, leurs intérêts personnels les motivant plus que ceux de leurs établissements. Ces deux revendications concernaient en effet exclusivement, l'une et l'autre, les présidents (droit à un second mandat présidentiel et mainmise totale sur les recrutements d'enseignants, en éliminant les commissions de spécialités au profit de commissions ad hoc choisies par eux et donc à leur botte) et nullement les universités elles-mêmes. Faire figurer désormais dans le budget de l'université, la masse incompressible des salaires du personnel et la gestion des sites est naturellement illusoire. En effet, les charges d'entretien des sites sont tout aussi incompressibles, dans leur ensemble, que les salaires et cela ne conduit qu’en apparence à un accroissement du budget et des moyens. En outre où se situe l’autonomie d’établissements qui reçoivent de l’Etat 95% de leurs budgets ! Cette loi LRU est de la poudre aux yeux !

J'en viens à l'école puisqu'il paraît que M. Bayrou, dont on a pu apprécier les idées et l’efficacité dans ce domaine quand il était ministre de l'éducation nationale, a, dit-on, des idées sur l'école, dont les deux piliers sont la restauration du calcul mental et de la culture générale. Mieux vaut tard que jamais. Why not ?

Je lisais ce matin même que la culture générale était gravement atteinte dans le système éducatif par la suppression de l’épreuve de ce nom au concours de Sciences-Po Paris. En fait la culture générale, la vraie, n'a rien à craindre quand on connaît la nature de ce genre de concours qu’on trouve dans tous les établissements de cette farine ! Il s'agit en effet de questions à choix multiples (QCM) que des machines corrigent sans problèmes, surtout pour les correcteurs qui ne veulent pas se fatiguer à corriger des devoirs rédigés. Les dits QCM portent sur toutes sortes de sujets, qui vont du sport à la littérature en passant par l’économie, car à Sciences Po comme à l’ENA, on se doit d’avoir « des clartés de tout » et garder quelque chose en soi "quand on a tout oublié" (Voilà deux questions de culture générale – fournies par Usbek et gratuites comme toujours - pour les fabricants de ce genre de QCM !). Auprès de ces épreuves de culture générale, feu le jeu des mille francs apparaît comme une épreuve intellectuelle de la plus haute tenue. Ces questionnaires sont parfaitement ridicules et on devrait les présenter plutôt sous le nom d’« épreuve d'inculture générale ».

Quant à l’évaluation plus générale de nos établissements éducatifs, j'ai eu à ce sujet une discussion avec une de mes amies qui a récemment pris sa retraite de l’IUFM où elle enseignait. Vous savez feus ces Instituts universitaires de formation des maîtres, temples de la grande déesse Pédagogie, nés des sciences nord-américaines de l’Education et accouchés Rue de Grenelle par le bon docteur Meirieu, l’immortel auteur d’une thèse (d’Etat s’il vous plait) sur « Apprendre à apprendre à apprendre…. « , lui-même reconverti dans l’écologie suite à la non-reconnaissance de son génie par le PS rhodanien ?

Comme je lui faisais observer ( à cette amie et non à l’Auguste Philippe Meyrieu– petite question de grammaire française qui pourrait figurer dans un quizz de l’ENA : pourquoi cette majuscule apparemment intempestive à « Auguste » et quelle est la nature de ce mot ?), après avoir eu à connaître de quelques devoirs de lycéens, que le niveau m'en paraissait singulièrement bas, ne serait-ce que, sur le plan des savoirs, du style et de l'orthographe, elle m’a fait observer (avec, il est vrai, un esprit de contradiction qui ne la quitte guère) qu’au contraire les élèves actuels sont bien meilleurs que ceux d’autrefois.

Elle n'a pas manqué évidemment, cet égard, de faire valoir leur habileté à manipuler les ordinateurs, ce qui à vrai dire n’a pas grand-chose à voir avec le problème en cause. Il me semble, au contraire, que la pratique des jeux et du zapping qui marque de façon forte ces NTIC (nouvelles techniques d'information et de communication), la télévision et/ou l’ordinateur) est une caractéristique actuelle de la fréquentation constante de telles sources d'information, qu'on retrouve malheureusement dans les manuels scolaires que j'ai pu avoir entre les mains ces derniers temps. Je pense ici en particulier à l'histoire et au français.

On voit ainsi des élèves de cinquième devoir prendre en compte (observez que je ne dis pas « apprendre ») les noms des livres de la Bible hébraïque, quand ils sont totalement incapables d'avoir moindre idée de la chronologie générale de l'histoire de l'Antiquité. En français, de la même façon, on a traité avec mépris le Lagarde et Michard ( et autres) où histoire littéraire et textes figuraient et s’éclairaient réciproquement et on les a remplacés par des ouvrages de type nouveau où l'on procède à des regroupements, bizarroïdes et achroniques d'auteurs qui peuvent être (exemple authentique) Marot et Desnos et où figurent, à des fins manifestes de nouveauté et d'originalité, des auteurs dont nul n'a jamais entendu parler et dont les exemples textuels invoqués sont des plus médiocres pour ne pas dire nuls !

Tout cela se fait sous les auspices de la rénovation et de la pédagogie, mais aussi il faut bien le dire (même si on se garde  de le faire) d'un total mercantilisme. Il faut bien faire marcher le business monopolistique de l’édition scolaire et renouveler sans cesse des manuels que la plupart des enseignants, non sans bon sens ailleurs, se refusent à utiliser, mais dont les achats massifs, assumés désormais surtout par les mairies ou les institutions départementales et régionales, font marcher un fructueux commerce et permettent aux patrons mais même aux simples directeurs de collection et aux inspecteurs généraux de s'offrir des villas en Bretagne ou sur la Côte d'Azur.

Il y a encore beaucoup à dire mais je suis déjà bien long.

mercredi 15 juin 2011

Enseigner, un métier ? (1)

A l’heure où les syndicats d’enseignants organisent des manifs contre les suppressions de postes et de classes et où une grande campagne de publicité gouvernementale, rappelant celles de l ‘armée, propose 17.000 emplois d’enseignants, comment ne pas s’interroger sur « le plus noble des affreux métiers » .

J’ai sous les yeux un article paru il y a quelques années (avant la fin des IUFM et la « mastérisation ») dans un magazine professionnel, sans doute à l’usage exclusif des pédagos ; il a pour titre « Formation des enseignants : mise au point » et il est illustré d’une photo qui surmonte son intitulé. On y voit douze personnages vociférant devant une pancarte émanant d’un ou plusieurs IUFM (Institut de formation des maîtres pour les non-initiés, s’il y en a encore) puisque cet acronyme encadre le slogan suivant, en capitales pour la première ligne « ENSEIGNER, UN METIER QUI S’APPREND » et, pour la seconde, en écriture anglaise malhabile « Pour un service public de la formation ». Je ne sais pas trop si l’on a voulu reproduire la graphie maladroite d’un élève de CM1 ou s’il s’agit de l’écriture normale des étudiants de Master 2, puisque nos enseignants du futur seront recrutés à ce niveau académique. Je penche plutôt vers la seconde hypothèse pour avoir vu, très récemment encore, des copies d’étudiants de lettres modernes de ce niveau.

Premier constat, et non le moindre, sur les douze personnages de la photo, les deux tiers (8 car, à la différence de nos ministres successifs de l’éducation national je sais calculer un pourcentage et faire une règle de trois) sont des filles, ce qui est un indicateur fort sur l’évolution de la profession, surtout dans le primaire et le secondaire, la vague de féminisation atteignant désormais l’université. Cette évolution a un certain nombre de conséquences importantes, d’ordres divers, dans le détail desquels je ne puis entrer ici.

Seconde remarque. Les IUFM étaient des innovations relativement récentes ( 1989). Ces temples de la pédagogie ont duré une vingtaine d’année et ont déjà disparu ; c’est fort peu pour une réforme présentée comme très importante et même comme révolutionnaire puisqu’elle concernait à la fois le primaire et le secondaire. Auparavant, la formation des instituteurs se faisait dans les écoles normales et les professeurs du secondaire, certifiés ou agrégés, n’avaient aucune formation réelle, les « Centres Pédagogiques Régionaux » n’étant qu’une vaste farce sur laquelle je vais revenir.

Cette création des IUFM s’est inscrite, en fait, dans l’apparition progressive dans notre pays des « sciences de l’éducation » qui nous sont venues d’Amérique du Nord. On a d’ailleurs retenu le terme de « licence de sciences de l’éducation », dénomination québécoise, jugée plus noble que « licence de pédagogie » qui avait pourtant alors les faveurs du ministère. Cette nouvelle filière universitaire instituée, il a bien fallu ouvrir des activités et des emplois pour ces licenciés (et bientôt docteurs) en sciences de l’éducation.

L’exemple, funestement prototypique de cette évolution, est Philippe Meirieu. Ancien instituteur, il a, non sans adresse, surfé sur cette vague politico-pédagogique. En 1983, il soutient un doctorat d’Etat avec le sujet suivant « Apprendre à apprendre », sur lequel il est toutefois inexplicablement discret, peut-être parce qu’il en déclinera inlassablement, dans la suite, le titre : « Apprendre à apprendre », « Apprendre à apprendre à apprendre», « Apprendre à apprendre à apprendre…etc. ». Il est l’un des artisans majeurs de la loi d’orientation de L. Jospin qui, en 1989, crée les IUFM, et devient, une dizaine d’années durant, le gourou de la rue de Grenelle. Il a fini sa carrière comme directeur de l’IUFM de Lyon, avant de se replier sur l’université de Lyon 2 pour jeter enfin le masque de la pédagogie afin d’entrer ouvertement en politique sous l’étiquette Europe-Ecologie) en 2009.

Dans ce contexte, à la fin des années 80, la pédagogie, même si on lui a préféré « sciences de l’éducation », devient le maître-mot des filières universitaires ainsi dénommées comme des IUFM eux-mêmes qui en sont la résultante avant qu’on passe aux « mastaires ». On avait là enfin l’application ouverte du vieux principe « Ce qu’on sait faire on le fait, ce qu’on ne sait pas faire, on l’enseigne ! »

Pour éclairer ce point, sans raconter ma vie (vous m’accorderez que je ne donne guère dans ce travers, pourtant assez courant dans certains blogs), je voudrais illustrer cette question de la fameuse formation des maîtres par mon cas personnel. J’ai autrefois passé successivement les deux concours de recrutement d’enseignants ouverts dans mon domaine (« les lettres classiques »), le CAPES d’abord, l’agrégation ensuite.

Le CAPES comportait alors une épreuve dite « théorique » (après la licence donc à bac + 3 mais en fait à bac+4 car il fallait une année pour préparer ce concours). Si l’on y était admis, ce CAPES théorique faisait de vous un « professeur stagiaire » rémunéré et affecté à ce titre à un Centre Pédagogique Régional, un CPR, institution parfaitement utopique (au sens propre) et mythique comme on va le voir. La « formation » ne comportait, en effet, aucun enseignement et consistait exclusivement en des heures de stage. Il s’agissait d’assister, chaque semaine, à quelques heures d’enseignement d’un prétendu « maître de stage », qui se bornait à faire, devant deux ou trois stagiaires planqués au fond de sa classe, son cours normal. Le drôle de la chose, dans mon cas, est que le premier semestre de mon stage s’est déroulé dans un lycée de garçons qui était, par hasard, celui-là même où j’avais fait mes études ; j’y avais donc déjà fait, comme élève, sept années de stage à temps plein et je n’avais donc plus grand chose à apprendre de mes anciens maîtres! En fin d’année de CPR, on faisait une heure de classe devant un inspecteur général, la chose étant censée être l’épreuve « pratique » du CAPES. Une fois définitivement reçu (je n’ai jamais vu quiconque échouer à cette épreuve pratique), on était nommé dans un établissement et, pour quarante ans, vogue la galère pédagogique !

Les choses étaient encore pires, si l’on peut dire pour l’agrégation, où elles prenaient vraiment l’allure d’une farce. En d’autres termes, à cette époque, pour le secondaire, s’il y avait, pour les deux concours de recrutement, des épreuves théoriques difficiles (par exemple pour l’agrégation, moins de 10% des candidats étaient reçus pour un concours à bac + 5 (au moins) : licence en trois ans + diplôme d’études supérieures (DES qui deviendra ensuite la maîtrise) et en outre, en général, une voire deux années de préparation spécifique fort sérieuse du concours. En revanche, la formation professionnelle, une fois les concours passés, était rigoureusement NULLE et se ramenait à une quinzaine de jours de stage dont on dispensait même ceux qui, comme moi, avaient déjà le CAPES

Pour en finir avec mon cas qui n’est, en rien particulier, je ne veux en retenir que trois conclusions.
1 . Pour ce qui me concerne du moins, les heures de stage ne m’ont rigoureusement rien appris. Cette année de stage fut pour moi une année de vacances payées qui m’ont permis de préparer le DES que je n’avais pas encore et qu’il me fallait posséder pour me présenter à l’agrégation. Mes « maîtres de stage », charmants et excellents enseignants eux-mêmes, ne m’ont en rien conseillé, puisque ces stages consistaient pour eux à faire devant des stagiaires leurs cours habituels et qu’ils ne nous ont vu enseigner, au mieux, qu’une heure ou deux.

2. Ma seule formation pédagogique est celle que j’ai reçue (et qu’ils ne cherchaient nullement à me donner) de deux de mes maîtres, Pierre Savinel et Jean Pouilloux, dont je garde toujours le souvenir, aussi vivace et présent, le premier, professeur de lettres classiques en première au lycée, le second, professeur de grec à l’université.

3. A mes yeux, l’enseignement, comme la médecine, est d’abord un art, mais, dans les deux cas, il est indispensable, pour les exercer, de maîtriser, aussi complètement que possible, les savoirs qu’implique et met en œuvre l’exercice de ces arts.

Les professeurs de l’époque, « non formés », étaient-ils moins bons que ceux des vingt dernières années qui ont tâté des fameux IUFM et de la « pédagogie/sciences de l’éducation » ou des futurs « mastérisés »? Je n’en suis pas certain (litote pour dire que je suis à peu près sûr du contraire !).