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dimanche 8 juin 2014

UNEF : l'enquête sur l'université française (n° 2 ; suite et fin)


J'aurais pu aborder, en introduction comme en conclusion de ma lecture critique de ce rapport d'enquête sur l’université française, un aspect latent, mais essentiel et inévitable, qui est la situation de la conclusion de cette enquête, par rapport au changement survenu dans la direction de l'UNEF en 2013.

Traditionnellement, ce syndicat a toujours été partagé par des conflits en particulier entre communistes et socialistes, les seconds étant depuis longtemps dominants dans cette organisation, mais divisés. La lutte se circonscrit donc désormais plutôt entre les courants du PS, situation compliquée encore par l’élection présidentielle de 2012. À l’UNEF,  ce changement a été symbolisé par l'éviction récente d’Emmanuel Zemmour, élu en 2011 à la présidence, pourtant réélu en avril 2013, mais qui a dû céder sa place, en décembre 2013, à William Martinet, proche de G. Fioraso durant la préparation de sa loi alors que V. Pécresse avait joué à fond la carte des présidents et se les était gagnés en faisant siennes toutes leurs revendications (Cf. R. Chaudenson, 2013, L'université, l’impossible réforme. Edgard, Valérie Geneviève et les autres…, Paris, l’Harmattan).

Cette enquête sur l'université avait été mise en place par E. Zemmour, alors président mais il est revenu à W. Martinet d'en présenter les résultats, alors que les relations avec la ministre avaient notablement évolué. C’est ce qui explique sans doute l'aspect un peu amphigourique voire contradictoire de nombre de formulations de ce document ; il s'agit à la fois de s’y montrer critique, tout en ménageant du mieux possible le personnel enseignant donc, en somme, de ménager la chèvre et le chou sans oublier le loup !

C'est ainsi que le tableau sans concession qui y est fait du système universitaire français s'achève sur des formules, aussi lénifiantes qu’inattendues, comme par exemple « l'université regorge de talents, mais les enseignants très motivés n’ont ni appui ni moyen » ou « l'université est pleine de bonnes intentions » ou, mieux encore et c'est là sans doute la formule la plus savoureuse, « même si l'institution évolue rapidement depuis quelques années, l'action gouvernementale n'est pas vraiment reconnue ». Madame la ministre, qu’est-ce qu’on dit au gentil Monsieur Martinet ?

Mais revenons à notre texte :
« Le manque de proximité entre universitaires et étudiants, qui ne concerne pas que les professeurs mais aussi les personnels administratifs ou les bibliothécaires, pas suffisamment disponibles, est plus cruellement ressenti par les enfants d'ouvriers », détaille M. Martinet, pour qui « le ministère doit absolument accorder des postes supplémentaires, réellement pourvus, qui ne soient pas utilisés à des fins autres que la réussite des étudiants », comme cela se passe parfois dans les établissements ».

On retrouve ici l'antienne favorite de tous les syndicats d’enseignants sur le manque de moyens et  de personnel. Je ne rappellerai pas ici, qu’un peu avant dans ce même texte, il était fait allusion au « manque d'effectifs étudiants », particulièrement criant dans certaines sections comme les langues slaves ou les lettres classiques où il y a quelquefois autant d'enseignants voire plus que d’étudiants. Dans mon livre de 2013 déjà évoqué ci-dessus , je fais état de mes expériences passées, à propos des bibliothèques et des installations sportives, qui souvent chez nous sont fermées aux étudiants au moment de la semaine ou de l'année où ceux-ci sont susceptibles de fréquenter ces lieux. Au cours divers séjours professionnels  américains et canadiens, j'ai pu mesurer la différence avec les universités d'Amérique du Nord dont on ne cesse pourtant d'invoquer le modèle. L'incapacité totale voire le refus des universités françaises de gérer réellement et en fonction des besoins effectifs les emplois, d’enseignants comme d’ATOS, qui leur sont affectés, est évidemment la cause majeure de telles situations.

De la part d'un responsable d'un syndicat étudiant, il est curieux de voir invoquer le témoignage d'un étudiant en master (certes de Lyon III, si plaisamment nommée Jean Moulin !) pour s'indigner de ne pouvoir y rencontrer un administratif responsable « pour créer un annuaire des anciens ». N'est-ce pas là le rôle même d'un syndicat d'étudiants ?

Et la pédagogie dans tout cela ?
« 35 % des étudiants désertent les amphis, 27 % les travaux dirigés, non pas faute de temps [Ah bon, ! Ne sont-ils pas là pour ça ?] mais parce qu'ils trouvent, à 40 %, les cours « ennuyeux et théoriques », à 52 %, « pas assez interactifs », ou estiment, à 68 %, que « la présence de l'enseignant n'apporte pas de plus-value ». « Ces résultats doivent être perçus comme une alerte. Il faut remettre les étudiants au centre de la mission de l'université et valoriser enfin les enseignants qui s'impliquent à [ sic ! Lire « dans ». Présider l’UNEF n’implique pas, semble-t-il, une pratique minimale du français !]  leur service », avertit M. Martinet. ».

Le rédacteur manque singulièrement de logique (sans évoquer même dans le même développement sa pratique du français quelque peu incertaine ). Si la présence de l'enseignant n'apporte pas de « plus-value » à des « cours ennuyeux et théoriques » et « pas assez interactifs », a quoi bon demander les postes puisque l'augmentation de leur nombre ne rendra en rien l’enseignement plus efficace ? Mieux vaut investir dans les « moocs » et le « FUN » dont la mode semble s'établir, sans qu'on en perçoive clairement les résultats. La seule exception semble être dans nombre d'enseignements de première année de médecine, car  les redoublants de première année viennent perturber les amphis pour empêcher leurs nouveaux concurrents, bacheliers plus récents, de venir les concurrencer dans les examens où règne toujours le numerus clausus.

0Les contradictions de ce texte tiennent-elles, comme je le soulignais en commençant, à l'éventuel changement de direction, d'appréciation et de rédaction en particulier à propos de la Loi Fioraso qui, ayant porté un instant, au début du mandat de François Hollande, les espoirs de la gauche universitaire, les a rapidement déçus, comme on devait s'y attendre, seuls les naïfs pouvant espérer un changement sensible par rapport à la loi Pécresse.
De toute façon depuis longtemps l'objectif majeur pour ne pas dire unique est de faire des économies et de revenir, aussi discrètement que possible, sur une politique universitaire, irréfléchie voire absurde, dont le principe directeur a été la multiplication des établissements universitaires (à la louche de 20 à 85 !), inévitablement génératrice de coûts exponentiellement croissants. En l’absence totale de projet et même de carte universitaires, tous les embryons ou croupion d'universités, créés ici ou là, au gré absolu des exigences des roitelets politiques locaux (comme pour les hôpitaux !), dans des villes moyennes ou même petites, ont tendu inévitablement à vouloir accroître et diversifier leurs domaines d'exercice.

« Quelque 68 % des étudiants estiment que leur université ne les aide pas suffisamment à s'insérer dans un emploi. Dans ce domaine, les établissements ont pourtant fait de grands progrès. Ainsi, 61 % des étudiants ont suivi un stage, d'en moyenne neuf semaines, qu'ils ont le plus souvent décroché eux-mêmes. Car 44 % des répondants à l'enquête UNEF ignorent qu'il existe un bureau des stages sur leur campus. Ils sont 52 % à déclarer avoir bénéficié des modules de préparation aux entretiens d'embauche ou à la rédaction d'un CV, mais 45 % se disent sceptiques sur leur utilité. ».

On retrouve la le sempiternel discours sur la relation entre l'université et l'emploi. L'université cherche-t-elle à se rapprocher de l'industrie ou plus globalement du secteur économique ? On lui reproche de se mettre au service du « grand capital ». Si elle se tient soigneusement éloignée du secteur économique, on lui fait le reproche inverse « de ne pas aider suffisamment les étudiants à s'insérer dans un emploi ». Je m'étonne personnellement d'apprendre par ce texte que 61 % des étudiants ont suivi un stage d’en moyenne neuf semaines » ! Je demande à voir ! Si 44 % des répondants à l'enquête « ignorent  qu'il existe un bureau des stages sur leur campus », je suis personnellement dans la même ignorance et à voir l'activité et l’efficacité moyennes du Service universitaire d'information et d'orientation, je ne puis qu'être étonné de l'apprendre !

En conclusion ; on peut dire que ce document, amphigourique et contradictoire, ne donne pas une image très flatteuse de l'activité ni des capacités du syndicalisme étudiant. Trop souvent en France, il apparaît, en fait, comme la voie la plus rapide et la plus sûre vers le professionnalisme politique. Je n'aurai ici ni le loisir ni la cruauté d'énumérer les innombrables illustrations de ce type de carrière. Je me bornerai à un cas, oublié de tous comme de moi-même !

Tout récemment en effet et par hasard, j'ai pu revoir à la télévision l'image d'Isabelle Thomas qui, sous le règne de Tonton, en fut une des premières illustrations pour le PS et qui dispense donc d'invoquer la foule des autres restés sur le devant de la scène. Je dois dire que cette image inattendue n'était pas très réjouissante ; j’ai eu quelque mal à reconnaître dans cette grosse dame la charmante Isabelle qui avait tant plu à François Mitterrand. Quoiqu’il eût l’âge d’être son grand père, sa promotion fulgurante fut quelque peu « canapé », à en croire la presse pipole ! Ayant eu la curiosité malsaine de consulter son curriculum vitae, j'ai pu voir que, comme bien d'autres, elle n'a jamais rien fait d'autre que du syndicalisme et de la politique. Ce n'est peut-être pas la meilleure voie pour une action politique réaliste et efficace.

Un simple résumé, emprunté à Wikipedia, mais très éclairant,  pour conclure cette conclusion ;
« Isabelle Thomas, née le 26 novembre 1961 au Blanc-Mesnil (Seine-et-Oise), est une femme politique française.
Elle fait des études de droit [ résultat des courses ?] à l'Université de Paris XIII Villetaneuse. En 1981, elle adhère à l’Union nationale des étudiants de France - Indépendante et démocratique (UNEF-ID) et, peu après, est élue au conseil de gestion de son UFR. En 1983,  elle adhère au Parti socialiste.
En 1986, Isabelle Thomas est vice-présidente de l'UNEF-ID ».

« Le mouvement de 1986 a été aussi l’occasion pour le Président de la République François Mitterrand de remarquer Isabelle Thomas. Dès l’année suivante, il la fait entrer au Conseil national du Parti socialiste, et l'intègre à son comité de campagne. Dès lors, elle doit renoncer à son poste au bureau national de l’UNEF-ID pour éviter la confusion de genres. Une fois la réélection du président assurée, il en fait sa chargée de mission pour les problèmes de la jeunesse ».

« Elle se présente aux élections législatives de 1988 en banlieue parisienne mais elle est battue. Elle est candidate lors des législatives de 2012 dans la 7e circonscription d'Ille-et-Vilaine, mais elle est battue de quelques centaines de voix au second tour ».
« Isabelle Thomas s’implante finalement en Bretagne, où elle est conseillère municipale de Saint-Malo et conseillère régionale. Dans ce dernier organe, elle fut présidente de la commission environnement et cadre de vie de 2004 à 2010. Elle est vice-présidente du conseil régional de Bretagne chargée de la mer et de la protection du littoral de 2010 à 2012 ».

«  Isabelle Thomas devient députée européenne en 2012 à la suite de la nomination de Stéphane Le Foll à la tête du ministère de l'agriculture. ». 

Et en plus, avec l’Europe, même pas besoin de se faire élire ! Trop beau !

dimanche 1 juin 2014

Front National et Prim’Holstein.


Vous l'aurez sans doute noté, si vous me lisez de temps en temps, j'aime bien les titres un peu mystérieux, mais rassurez-vous vous aurez, en son temps, l'explication de celui-ci, si vous avez la patience de me lire jusqu’au bout.

Après tout, il n'y a pas de raison que je sois le seul à ne pas ramener ma fraise sur le Front National et les élections européennes. On entend tellement de sottises et de niaiseries sur ce thème que je puis bien en rajouter ici quelques-unes de mon cru.

La première tient au calcul mental qui a disparu de nos savoirs communs. J'entends dire partout qu’un Français sur quatre soutient le Front National alors qu’il a toujours ses meilleurs scores aux Européennes (près de 15% en 1989). On oublie simplement le contexte général et le discrédit abyssal de la classe politique ; si le vote avait eu lieu quelques jours avant le scandale Bygmalion, le FN faisait à coup sûr 30% !

Le FN n’a eu que 25 % des voix des 40 % d’électeurs français qui ont voté ; mes souvenirs arithmétiques de mon examen d'entrée en sixième me font dire que, tout compte fait, un électeur sur 10 (25 % soit un quart de 40 % égale 10%) a voté FN ! Cela dit, ça fait tout de même pas mal bien entendu, même si la meilleure définition que je connaisse d'un électeur du Front National est celle qu'a donnée un jour Djamel Debbouze en disant que c'est « un communiste à qui on a volé deux fois sa Mobylette. ».

Le second point tient à l'historique du mouvement dans la politique nationale ; on glose sans cesse sur le FN, à gauche surtout, en oubliant une seule chose, comme par hasard,  qui est que le véritable créateur du Front National dans sa formule moderne est non pas le père de Marine Le Pen, mais François Mitterrand qui ne s’en est jamais caché. J’ai même entendu Mermaz à l’époque expliquer ça dans le détail !

La politique intérieure de François Mitterrand (qui ne s’intéressait qu’à ça) est d'une simplicité biblique. Je ne parle pas de sa politique extérieure car il n’y entendait rien comme il l'a montré à propos de l'Allemagne et de la Russie. Ses deux seuls projets ont été d’étrangler le parti communiste (pour renforcer le PS et en finir 60 ans après avec le Congrès de Tours), mais surtout de créer le Front National en lui donnant en 1986, par la proportionnelle, 35 sièges à l'Assemblée Nationale et les moyens qui allaient avec. On a souvent parlé d'un accord secret passé en son temps entre Tonton (ancien Volontaire national et Cagoulard) et Le Pen mais ce détail de l'histoire importe assez peu et je le laisserai de côté. Il a mieux réussi dans cette affaire que dans celle des jardins de l'Observatoire pour laquelle il avait monté le coup en octobre 59 avec Pesquet qui était lui-même un homme de l'extrême-droite. Que la gauche ne vienne donc pas maintenant nous bassiner avec le Front National que Tonton a évidemment contribué de façon décisive à mettre en place.

Venons-en aux Européennes et, au-delà à la situation fâcheuse de l’Union Europénne qui fait le lit du FN ! La responsabilité du partie socialiste tout aussi grande et en particulier de son gourou en la matière qui est le sinistre Jacques Delors, le socialiste qui met sa fille aux Oiseaux ! L’homme a toujours rêvé de la gloire de Jean Monnet qu’il n'avait pas dû lire ! C’est lui qui fait entrer dans l’Europe la Grèce dont il sait pourtant que les comptes sont truqués par Goldman Sachs à prix d’or, dont l’administration est inexistante mais qu’il couvre des milliards des « paquets Delors » (en Grèce, dans les magasins, « un paketo Delors » était, à l'époque, la désignation ironique d’un « paquet cadeau ») ; les milliards que Bruxelles expédiait en Grèce prenaient directement le chemin de la Suisse. Delors fait entrer dans l'Europe un pays qui n'avait même pas de cadastre (sauf à Corfou !) et dans lesquelles les deux puissances financières nationales, l'église orthodoxe et les armateurs, sont et demeurent dispensées de payer l'impôt (je ne sais pas s'il y a en Grèce des hommes passés assez heureux pour être à la fois popes et armateurs !).

Si Monsieur Delors avait eu l'esprit (en pensant pour une fois à autre chose qu'à sa gloriole personnelle) de lire les textes officiels inspirés par Jean Monnet, au tout début des années 60, il aurait vu que la plus grande et première exigence qui était présentée était celle de l'harmonisation fiscale et financière de l'Europe naissante, ce qui devenait évidemment totalement impossible, une fois que, pour des raisons purement politiciennes et sans le moindre bon sens, on y aurait fait entrer les PECO (Pays de l'Europe Centrale et Orientale après la fin du Pacte de Varsovie). Une telle politique était évidemment parfaitement absurde… sauf pour assurer la gloire personnelle de Monsieur Jacques Delors !
Mais revenons à l'Europe aux élections européennes et au Front National. Cette pauvre Madame Catherine Trautmann, après 18 ans de bons et services loyaux services au PS et à l'assemblée européenne, a été virée sans ménagement et comme une malpropre, de sa première place sur la liste PS européenne de l'Est, pour y être remplacée par le sinistre Édouard Martin, ex-syndicaliste brusquement converti au socialisme de Solférino, sur lequel il n’avait cessé de vomir auparavant. Il a fort heureusement été élu et pourra tranquillement jouir paisiblement, quelques années durant, des 11 000 € mensuels lui assure cette sinécure qui n'a pas eu le moindre scrupule à briguer.

Il en est de même des 24 bienheureux membres du Front National qui vont jouir des mêmes privilèges ; 6200,72 € net + 4299 € de frais mensuellement (sans parler des 304 € d'indemnités journalières dites si joliment « de subsistance », ce qui doit faire rêver les smicards de notre pays). Comme ce versement suppose toutefois la participation aux séances, on ne doit pas trop les prendre en compte compte tenu des habitudes des députés européens FN!

Le principal point, dont nul ne parle d'ailleurs, tient toutefois à ce que vont encaisser papa et fifille Le Pen, au titre du Front National lui-même, soit 21. 202 € par mois pour chacun des 24 députés européens de cette mouvance pour « frais généraux de fonctionnement » . Pour vous épargner le détail du calcul, la somme perçue par le FN  pour une année entière d’élèvera donc à 6.096.176 €. Autant dire que les « cadres » du Front National, que, dit-on, on savait pas trop comment payer, ce qui expliquait leur petit nombre et leur peu d'enthousiasme, vont voir croître largement leurs rémunérations !

J'allais oublier de donner l'explication de mon titre.

Elle est  très simple pour celles et ceux qui connaissent un peu le cheptel bovin français. L'Europe que stigmatise, quotidiennement et pour ainsi dire sans arrêt, le Front National est en fait, pour lui, à la fois sa « vache à lait » (plus de 6 millions d'euros par an de subventions) et sa « bête noire ». Donc, CQFD ! L’Europe, en matière de métaphore bovine, est, sans le moindre doute et sans la moindre allusion à notre Président, une Prim Holstein, qu’on appelle plus communément, une « hollandaise » qui est une vache, la meilleure de nos laitières, « à robe pie noire intense et à taches blanches et noires ».

Merci Tonton ! Merci Jacques ! Merci François ! 

dimanche 13 avril 2014

Pour bien réussir dans la politique...

Je ne vous referai pas le coup de la chansonnette « Pour bien réussir dans la chaussure … », j’en rappelle simplement le début : « Pour bien réussir dans la chaussure, / Il suffit simplement d'un corsage dont l'échancrure/  laisse voir des trésors charmants… ». Je ne peux pas dire non plus que cela ne marche pas de temps en temps ; on a dit autrefois que c'était là ce qui avait suffi à Édith Cresson pour se voir proposer le poste de Premier Ministre par Tonton mais nous n'en sommes plus tout à fait là, quoique…. En fait, il y a désormais deux méthodes plus sûres et apparemment fort différentes l'une de l'autre ; les récents remaniements politiques nous montrent qu'elles sont toutes deux susceptibles de réussir.
La première est la plus délicate, car elle suppose des éléments qui ne sont guère totalement maîtrisables. Elle consiste, dans un premier temps, pour l'intéressé à occuper un emploi clairement destiné à un autre, dans lequel on aura eu néanmoins l'imprudence, l’inadvertance ou la sottise de l’installer. C'est ce qui s'était passé récemment pour l'ex-secrétaire général de l'Élysée  (dont le seul boulot, bref et sporadique, est de lire des papiers sur le perron élyséen !) qui est apparu d’emblée comme un exemplaire de cette espèce d'individus totalement insignifiants, arrivé là Dieu seul et le Président savent pourquoi. J’aurais pu tout aussi bien prendre comme exemple d’un tel cas notre ex-Premier Ministre qui, taillé sur le même modèle, a connu la même aventure finale. Comme on ne peut pas nommer d’emblée comme SG celui qu’on voulait en fait, mais dont la trahison était trop récente encore, il faut mettre en place comme bouche trou un pantin insignifiant, sorti on ne sait d’où, qui ne fera pas d’histoire quand on le virera au profit du copain enfin pardonné ! Il la bouclera d’autant plus que son éviction sera largement compensée, sur tous les plans, par sa nouvelle nomination. Il fallait un financier, ce fut un préfet qui l’obtint !
L'ex-Premier Secrétaire du parti socialiste constitue un cas en apparence un peu analogue, mais néanmoins très différent dans les faits. Sa première nomination en 2012 fut déjà tout un poème ! Sa nullité reconnue, loin d'être un obstacle à sa nomination le servit. La batterie de cuisine qu’il trimbalait à ses trousses était propre à le rendre docile. Ses erreurs de jeunesse, à une malheureuse époque où il devait faire payer ses costumes favoris par l'association dont il était l’icône afro et chevelue (il a bien changé sur tous les plans) et qui, hélas sans emploi précis (en dépit d’une licence de philosophie à l’ancienneté !), devait se contenter d'emplois fictifs lointains mais peu astreignants. Tout cela avait finit par entraîner des condamnations, dont fort heureusement plus personne ne se souvient et surtout pas le Président de la République, qui s'était pourtant engagé à ne jamais avoir dans son entourage des personnes ayant été condamnées par la justice. Sa force, cachée, était de savoir à la fois qu'il était totalement incapable de remplir la fonction visée alors que cette position était convoitée par une autre figure du parti socialiste, éminente celle-ci, aussi peu vierge que lui sur le plan judiciaire ( à croire qu’il faut ça dans le CV de Premier Secrétaire) mais qui s'emploierait à coup sûr, dans la suite, une fois son incurie avérée, à l’aider à changer d'emploi.
L'astuce toutefois, en pareille circonstance, consiste à occuper un emploi qui se cumule avec la copieuse indemnité d’eurodéputé (pas fou le bougre !) dont on ne peut pas être viré ad nutum (comme disaient les Gracques qu’on verra apparaître plus loin !) et qui exige même un Congrès du PS pour tout changement de titulaire. Dans la mesure où les circonstances empêchent d'en réunir un sur le pouce du jour au lendemain, il est évident qu'on est totalement invirable, sauf démission, et qu'on peut dès lors se faire facilement attribuer, simplement en refusant de céder sa chaise, sinon un ministère plein, du moins un strapontin de Secrétaire d'État. 
L’emploi de député européen, fort rémunérateur, était de toute façon perdu d’avance, vu la concurrence féroce au sein du PS et le poids des has beens ! Quant à l’intérêt pour les affaires européennes, tout indique, de la part de cet eurodéputé une compétence rare qu’ont marquée une absence quasi permanente (place très honorable de 752ème selon Votewatch dans la queue des députés les plus présents au Parlement) et une activité en commission quasi nulle (un seul rapport en cinq ans) !
Tout cela est très banal, mais il existe une autre voie d'accès à un portefeuille de ministre ou, au pire, un maroquin de Secrétaire d'État. Elle est illustrée par le nouveau Secrétaire d'État au budget, Monsieur Christian Eckert qui, jusqu'à cette nomination, était « rapporteur général de la commission des finances de l'économie générale et du contrôle budgétaire » de l'Assemblée nationale (on a supposé qu’il savait compter puisqu’il est professeur de mathématiques, ce qui est d’ailleurs une erreur car, pour les calculs, mieux vaut avoir recours aux physiciens !).
Cette méthode est plus originale car, contrairement à ce que l'on pense et aux comportements de certaines autres ambitions, elle consiste, non pas à faire du léchage systématique des bottes des autorités en place, mais au contraire à les emmerder au maximum, jusqu'au moment où l’on vous évacue par le haut pour se débarrasser enfin de vous.
Monsieur Eckert a beaucoup d'avantages dans cette fonction et dans ce type de stratégie. Dès la naissance peut-on dire car il est né à Algrange, ville dont le nom, à la finale typiquement mosellane, rappelle Gandrange, devenu symbolique. Algrange est l’une des Mecque de la Gauche, ville qui se rendit célèbre pour avoir eu, dès 1923, un maire communiste et fut ensuite un centre des luttes syndicales de 1936 en raison des mines qui s'y trouvaient.
À ce passé glorieux, auquel à vrai dire qu'il ne doit pas grand-chose, Christian Eckert a ajouté des mérites et des choix personnels ; il a été un des rédacteurs du livre paru en 1983, Pour réussir à gauche, dont l’une des corédactrices était M.N. Lienemann, ce qui suffit à montrer la couleur des propositions qui y étaient formulées.
L’amusant de la chose est que ce livre, d’inspiration rocardienne, fut publié sous le pseudonyme des « Gracques », ce qui était à la fois hardi et imprudent puisque si les frères Gracchus (Tiberius et Caius), issus de la nobilitas plébéienne de Rome,  ont tenté, sans y parvenir, de réformer le système social romain cette entreprise ne leur a guère réussi puisqu’ils y ont laissé l’un et l’autre leur peau ! On ne peut pas toutefois reprocher aux politiques socialistes de mal connaître l'histoire romaine, même s'ils essayent de se parer, Dieu seul sait pourquoi, de quelques-uns de ses oripeaux.
Christian Eckert, comme rapporteur général de la commission des finances et dans ses diverses interventions à l'Assemblée nationale, n’a jamais manqué d'avoir une présence constante et très marquée à gauche au sein de la représentation nationale. Un emmerdeur en somme ! Faute de pouvoir le faire taire vu sa position et son passé, il a semblé plus de simple et plus efficace au socialisme libéral, désormais assumé, de l'évacuer par le haut, ce qui sera sûrement tout à fait efficace.

Les voies du pouvoir, comme celles du Seigneur, sont décidément impénétrables ! Feront-elles revenir aux urnes les électeurs ? J’en doute un peu ! On cite souvent comme une formule de Péguy la phrase « Autrefois on mourrait pour la République, maintenant on en vit ». Ce n’est pas tout à fait ce qu’il a écrit dans Notre jeunesse ! Le texte exact est « « La mystique républicaine, c’était quand on mourait pour la République ; la politique républicaine, c’est à présent qu’on en vit.». Au fait songera-t-on à célébrer le centenaire de sa mort au front, en septembre ?

mardi 6 août 2013

La Fondation Copernic, ATTAC et la Cour des comptes : "Quis custodem custodiet ?"

Mon billet d'hier s'intitulait "La Fondation Copernic, ATTAC et la Cour des comptes". Il s'était attaché essentiellement à la forme du texte publié dans le "Club" de Mediapart par la Fondation Copernic le 2 août 2013 et surtout au début de cet article ; je n'y ai pas évoqué sa conclusion qui me fournit, en revanche, le titre du présent billet.

Les auteurs concluent, en effet, en ces termes : « La Cour des comptes est institutionnellement chargée d'examiner les comptes publics et d'évaluer les politiques. N'aurions-nous pas besoin d'un organisme chargé d'évaluer les recommandations et les intentions de l'évaluateur ? ».

Cette conclusion est doublement intéressante. On y reconnaît, en effet, à la Cour des comptes le double rôle d'évaluateur et de conseiller qu'on lui refusait avec vigueur dans la page précédente du même article (forme nouvelle de la "révolution copernicienne" ?). Par ailleurs, on reconnaît là une version adaptée de l'adage latin : «Quis custodem custodiet». Qui gardera le gardien ? Qui évaluera l'évaluateur
La Fondation Copernic et ATTAC sont candidats à cette fonction et s'en sont, par avance, chargées dans ce billet.

Notons au passage qu'on s'en prend avec vigueur au Président Didier Migaud (socialiste qu'on jugerait volontiers renégat), dont la nomination aurait entraîné la multiplication des rapports qui "promeuvent une orientation politique ultralibérale".

Il est nécessaire, à cet égard, de rappeler deux points d'histoire de la Cour que nos auteurs négligent ou ignorent. D. Migaud, nommé en 2010, est le premier à présider la Cour selon les nouveaux principes du changement constitutionnel de 2008 qui, comme on l'a vu, a élargi les missions de la Cour, en particulier dans la perspective des évaluations et des recommandations. Quant aux observations elles-mêmes, je ne sais pas trop quelles sont les plus critiques, de celles de Philippe Seguin ou de celles de D. Migaud qui lui a succédé.

Toutefois, ne doit-on pas aussi, selon le même principe de l'évaluation des évaluateurs, examiner, à leur tour, la Fondation Copernic et ATTAC, en confrontant la façon dont elles se présentent à ce qu'on peut constater par ailleurs?

Je traiterai en peu de mots d'ATTAC que je connais pourtant mieux, puisque c'est tout de même la Fondation Copernic qui se présente en première ligne et qui apparaît dans ce billet comme l'auteur du texte.

Il se trouve que j'ai eu l'occasion, dans le passé, à diverses reprises, de rencontrer son président-fondateur Bernard Cassen, professeur d'anglais détaché, qui était alors le directeur du Monde diplomatique. D'une certaine façon, il avait fait sa chose d'ATTAC, non sans raisons car ATTAC était directement issue du Monde Diplomatique (son local était proche du siège de cet organe de presse, dont les permanents étaient d'ailleurs, me semble-t-il, au départ des employés de ce journal). Les décentralisations d'ATTAC, à partir de 1998, ont créé un premier élément de discorde avec la direction très parisienne qui était, pour l'essentiel, entre les mains de Cassen. Le détail importe peu ici ; toujours est-il que les dissensions entre les comités locaux et la direction parisienne conduisirent, en 2006, au départ de B. Cassen.
Je ne ferai pas état ici d'éléments personnels que j'ai pu connaître dans les conversations que nous avons eues, mais j'ai quand même toujours été très étonné de la grande proximité de Bernard Cassen, réputé de gauche et devenu "altermondialiste", avec des "paladins de la francophonie" dont nul ne faisait mystère de son appartenance à la droite française. Le plus notoire était Michel Guillou, candidat malheureux à des élections sous l'étiquette RPR, qui, en tant que recteur de l'UREF, en 2008 lors du Sommet de la Francophonie de Hué, a confié, à ma stupeur, à Bernard Cassen le rapport général qui faisait suite aux diverses réunions organisées à travers le monde en vue de ce Sommet. Etait-ce un renvoi d'ascenseur ? En effet, j'avais été de la même façon très étonné, en 2001, de voir la Société des Amis du Monde diplomatique c'est-à-dire Bernard Cassen lui-même, financer, pour les faire prendre part (aux côtés de José Bové !) au premier Forum Altermondialiste de Porto Alegre, les voyages de Michel Guillou et d'Albert Salon. L'événement et la conjonction ne manquaient pas de piquant, voire de pittoresque.

Le cas de la Fondation Copernic est assez sensiblement différent, même si comme on peut le voir, dans les trois co-auteurs de cet article sont à la fois membres de la Fondation Copernic et d'ATTAC. Dans le site de la Fondation Copernic (largement, pour ne pas dire intégralement, repris dans Wikipedia), on affiche l'orientation majeure, en déclarant que « depuis1998, la Fondation Copernic travaille à remettre à l'endroit ce que le libéralisme fait fonctionner à l'envers. Soucieuse de son indépendance et restant par principe hors du jeu électoral, Copernic liée à aucun parti politique, aucun syndicat, aucune association, mais s'adresse à toutes les organisations politiques, syndicales et associatives et surtout à toutes celles et ceux qui ne se résignent pas à l'ordre néolibéral." On constate ici, comme dans le billet précédent, que la Fondation Copernic conteste aussi facilement l'ordre néolibéral que la syntaxe du français !

Pour faire simple et rapide, le modèle stratégique initial de la Fondation Copernic (et le nom même le confirme) est la Fondation Saint Simon, créée en 1982 et dont l'ancrage à droite se marquait dans son dogme qui liait économie de marché et démocratie (elle disparaît d'ailleurs en 1999), mais, actuellement, à moins que ce soit l'inverse au plan chronologique, Copernic se veut, dans la mouvance de gauche, une alternative à l'autre "think tank", créé en 2008, nettement ancré au PS, "Terra Nova", stigmatisé comme "social-libéral".

Ces déclarations d'apolitisme sont d'autant plus étonnantes que tout le discours de la Fondation Copernic témoigne de claires orientations de gauche voire d'extrême gauche, qui ne sont en rien honteuses et qu'il serait plus simple d'assumer de façon délibérée, sans qu'elles s'en trouvent pour autant affaiblies.

Ce choix politique se fonde, dans le cas du présent billet, sur un débat économique, dans lequel je ne prendrai évidemment pas parti faute de compétences, mais qui divise tous les économistes que j'ai pu entendre jusqu'à présent. Le rétablissement des comptes publics passe, pour les uns, par une réduction des déficits publics (c'est dans cette ligne que s'inscrit la Cour des comptes), les autres prétendent au contraire que toute baisse du pouvoir d'achat ne peut avoir pour conséquence que d'aggraver la situation économique et donc d'empêcher la réduction des déficits. On voit déjà le malentendu car il y a cent manière de réduire les déficits sans baisser les salaires, en France surtout !

De toute façon, à ma connaissance du moins, la Cour des comptes n'exige en rien, quoique le texte de nos co-auteurs le laisse entendre, qu'il faille "baisser le pouvoir d'achat des fonctionnaires, des retraités, des chômeurs". Ses points de vue et ses recommandations (simplifications, rationalisations, éliminations des doubles emplois et des "millefeuilles", etc.) sont, à bien des égards, proches des propositions de René Dosières. La mauvaise foi des auteurs est ici éclatante et les évaluations comme les recommandations de la Cour méritent mieux qu'une présentation si fallacieuse. J'y reviendrai plus longuement un autre jour

L'affirmation par la Fondation Copernic de son quasi-apolitisme, elle qui se veut « soucieuse de son indépendance et restant par principe hors du jeu électoral », relève d'un comique incongru, quand on se souvient, par exemple, de la violence de certains de ses articles contre N. Sarkozy. Je pense ici à un texte du 26 février 2009 "Sarkozy et l'Université. La revanche d'un cancre" dont les dernières lignes étaient : "Alain Garrigou, Professeur de science politique à l’université de Paris X Nanterre.
PS [Post Scriptum et non Parti Socialiste car on pourrait s'y tromper] : Le titre de l’article est de la seule responsabilité de la Fondation Copernic."

Elle est "hors du jeu électoral" puisqu'elle vous le dit !
Une révolution copernicienne de plus ?

lundi 29 juillet 2013

Affaire DSKuzac

Pauvre Jaurès ! Pauvre Mendes-France ! Pauvres socialistes qui, dans le passé (et peut-être même dans le présent), ont cru à l'idéal socialiste ! On a pu dire "Autrefois, on mourrait pour la République, aujourd'hui on en vit!". On peut désormais ajouter que non seulement on en vit (et sur un grand pied) mais qu'en outre, on la vole! Que peuvent penser ces grands républicains (d'où qu'ils pensent) devant le spectacle que donnent deux des principaux hommes politiques de cette mouvance que, curieusement, leur proximité de comportements conduit à rapprocher en un mot valise "l'affaire DSK-uzac".

Ne revenons pas sur Cahuzac ! Il est probable que le Bourbon Comedy Club nous a donné, avec la seconde audition de Cahuzac, la dernière de ces représentations devenues, au fil du temps et des invités, si réjouissantes, du moins sur le plan dramaturgique. Il faut reconnaître que les choses allaient s'améliorant après la venue des hautes personnalités comme Pierre Moscovici ou Christiane Taubira qui avaient tenu leur rôle avec beaucoup de sérieux, mais de façon conventionnelle. Les prestations plus récentes, de Stéphane Fouks d'abord, puis de Cahuzac ensuite, ont été particulièrement remarquables.

On se prenait même à rêver d'une suite plus plaisante encore puisque, lors de la dernière représentation, plusieurs membres UMP de la Commission avaient réclamé, fort légitimement dans leur position, une confrontation, de toute évidence indispensable, entre Cahuzac et Moscovici puisqu'ils étaient, l'un et l'autre sous serment, en total désaccord sur la fameuse réunion du 16 janvier 2013, dont ce pauvre Jérôme Cahuzac n'avait pas gardé le moindre souvenir, en dépit de l'importance capitale qu'elle avait pour lui, puisqu'elle l'avait mis en présence, pour la première et seule fois, avec les plus hautes autorités politiques dont dépendait son sort. Le pauvre homme !

On se pourléchait les babines d'avance de pouvoir assister à ce nouveau show, d'autant que le rapporteur (PS) Claeys, devant ces demandes convergentes et raisonnables, auxquelles ne semblaient pas s'opposer les membres socialistes de la commission vu leur mutisme, nous avait laissé espérer un moment réjouissant. Toutefois, sans vouloir, comme on aurait pu l'imaginer, prendre une décision immédiate et souveraine, (la commission étant réunie, elle pouvait donc tout à fait le faire sur le champ), le rapporteur (et non le président) nous avait annoncé solennellement qu'il allait "faire des propositions" sur cette question.

Bernique ! La rue de Solférino et Monsieur Désir en ont sans doute décidé autrement et on vérifie une fois de plus le célèbre vers de Corneille : "Et le Désir s'accroit quand l'effet se recule" (et non "quand les fesses reculent", comme me le proposait mon facétieux Dragon 12!). Hélas, nous n'aurons donc sans doute pas la suite et nous ne pouvons que le regretter, vu la qualité des précédentes représentations.

On a ici l'illustration du fonctionnement de notre justice elle-même, dont la lenteur entraîne régulièrement sa condamnation par les instances européennes ; elle tient à ce que, dans une danse sur place, sans doute pleine à la fois de majesté et de grâce, elle est parfaitement inefficace, car quand elle fait un pas en avant, elle en fait aussitôt un autre pour reculer. En la circonstance, la prétendue "proposition" du rapporteur de la commission Cahuzac visait à en rester là, en créant un sentiment général de frustration et d'insatisfaction. Tout cela donne à penser que le beau et chevelu Jérôme a gardé du biscuit de ses fréquents passages aux photocopieuses de Bercy!

Pour l'autre grand socialiste, DSK, le 28 mars 2011, le parquet de Lille avait, sur la base des informations dont il disposait depuis deux mois, ouvert une information judiciaire pour « proxénétisme en bande organisée, association de malfaiteurs et blanchiment en bande organisée ». Le champ des investigations et les griefs s'étaient encore accrus dans la suite par la mention supplémentaire de « faux et usage de faux, abus de biens sociaux et escroquerie » au préjudice des sociétés auxquelles on avait fait payer toutes sortes de prestations, depuis la rémunération des prostituées, la location des chambres d'hôtels et surtout les voyages, parfois lointains, puisqu'il s'agissait de conduire les intéressé(e)s jusqu'en Amérique.

On avait donc cru un moment que les choses suivraient leur cours, mais une proposition de non-lieu est alors faite, pourtant sur les mêmes bases naturellement, par le procureur. Il n'en a finalement rien été et elle n'a pas été suivie par les juges. Toutefois, la notion de "bande organisée", pourtant centrale et évidente, a été supprimée des chefs d'inculpation, ce qui, je crois, fait passer de la Cour d'assises à la Correctionnelle! On reconnaît ici l'allégorie commune de la Justice : la balance pour peser les deux dossiers et le glaive pour couper la poire en deux !

Le détail des éléments recueillis et en particulier les conversations téléphoniques enregistrées ne laissent pourtant aucun doute sur le caractère d'organisation dans cette affaire ; dans tous les cas, il fallait même attendre que s'expriment les désirs de DSK, aussi bien sur les dates et les lieux que sur le cheptel retenu et les exigences de services formulées, pour que soient mis en place le dispositif et la logistique de transport du matériel.

Dans ces conditions il est donc bien difficile à DSK de plaider (comme d'autres... suivez mon regard) que tout cela été fait « à l'insu de son plein gré », bien que "en y réfléchissant", il admette qu'il peut se juger "naïf"!

On comprend toutefois aisément que lui-même ait pu être abusé, étant donné son charme irrésistible et le succès permanent qu'il a auprès de toutes les dames, qu'il s'agisse de journalistes débutantes qui viennent l'interviewer, de secrétaires, de collègues du parti socialiste ou même de femmes de chambre noires d'hôtel américain. Non seulement aucune ne résiste à son embonpoint prometteur, mais toutes le poursuivent et l'assiègent sans cesse, tandis que sa complaisance est sans limite.

Le charme de DSK est si puissant et si évident qu'on ne comprend pas que son ami Stéphane Fouks n'ait pas songé à en faire le George Clooney de quelques campagnes publicitaires qui auraient pu lui procurer de substantiels revenus. Tout indique, en effet, que DSK, ainsi que d'autres grandes figures passées du parti socialiste, est, comme dit le bon peuple, « près de ses sous » ; la moindre dépense qu'il parvient à éviter, dans quelque domaine que ce soit, double le plaisir qu'il peut retirer de la chose, ce qui explique son addiction toute spéciale aux plaisirs de la chair gratuits. Le pauvre homme !

La seule question, dans toute cette affaire, tient aux vrais mobiles de l'étrange générosité de ces hommes d'affaires et de ces policiers ; les premiers se montraient d'autant plus généreux que leurs complaisances se fondaient sur l'escroquerie. Tous les frais étaient assumés, en effet, par des sociétés qu'on escroquaient à coup de fausses factures. Que des hommes d'affaires achètent, aux frais de leurs sociétés, les services de politiques n'est pas chose très nouvelle, mais ils en retirent toujours des bénéfices. Quels pouvaient-ils être ici ? On le voit assez ! On pourrait donc espérer au moins que lorsque la justice est saisie d'une affaire pareille, où l'Etat même est en cause au plus haut niveau et où les faits apparaissent avec tant d'évidence, elle se montre inflexible et n'escamote pas le mode d'organisation de ces libéralités, alors qu'il y a là un témoignage irréfutable et accablant sur le fonctionnement de notre système politique, administratif et financier.

Qu'il s'agisse de scanners et d'I.R.M. dans un cas ou de galipettes et d'inflations (comme dirait Madame Dati) tarifées-gratuites dans l'autre, c'est bien la même réalité ignoble et consternante que nous découvrons sous les oripeaux de la politique et de la franc-maçonnerie.

Tout ça ne sent pas très bon et les mots ont une fois de plus l'initiative, fût-elle dans un facteur commun scatologique ! DSK- Cahuzac ou DS - caca -Huzac ?

jeudi 18 juillet 2013

Commission Cahuzac : le spectacle est permanent mais aucune sortie n'est définitive


Le fonctionnement de la commission parlementaire consacrée à l'affaire Cahuzac est tout différent de celui des bons vieux cinémas permanents d'autrefois, où l'on précisait, à l'entrée, que si le spectacle était permanent, toute sortie était définitive.
Rien de tel ici, ce qui est quelque peu étonnant voire contradictoire, car, alors que les invités à témoigner dans cette commission le font sous serment, ils peuvent être sollicités pour une nouvelle audition, ce qui semble avoir pour but de les amener à modifier ou à corriger leurs premières déclarations.

Le point le plus remarquable dans le fonctionnement de cette commission est que son rapporteur et son président, issus de deux bords politiques différents, commencent à se prendre publiquement aux cheveux, alors qu'ils avaient semblé, jusqu'à présent, travailler dans la plus parfaite harmonie. La dernière déclaration du président De Courson montre qu'il est persuadé que François Hollande était au courant depuis le mois de décembre 2012, alors que son rapporteur Alain Claeys (faut-il préciser qu'il appartient au parti socialiste) est d'un avis contraire. Si ces deux autorités se crèpent le chignon ainsi et pour ça, il est à craindre que le bel ordonnancement de la chevelure de Monsieur de Courson s'en trouve fâcheusement bouleversé. Rassurez-vous les maquilleuses de France Télévision y mettront en bon ordre avant le début des séances.

Il faut dire que ce sont là les deux principaux héros des écrans (avec la personnalité interrogée par la commission), au cours de chacune des séances, car les plans larges y sont interdits dans la mesure où les membres de cette commission ne font pas preuve d'un zèle excessif dans la participation et qu'on n'y compte le plus souvent qu'un maigre tiers des quarante élus qui la composent. Les prises de vue qu'on y réalise rappellent beaucoup celles de l'Assemblée nationale, où le mercredi, quand à la télévision est la, les rares députés en séance se rassemblent frileusement autour de l'orateur du moment pour être saisis par les objectifs des caméras. Il en est de même à la commission Cahuzac et l'on évite ainsi le spectacle, un peu affligeant pour notre démocratie, qu'on avait donné dans les premières séances, où les quelques élus présents étaient clairsemés dans la salle et, pour la plupart, occupés à faire leur courrier ou à envoyer textos et SMS. Informés qu'ils sont désormais du programme établi par le président et son rapporteur, seuls ceux qui figurent effectivement sur l'agenda présidentiel prennent la peine de se rendre à la séance où ils auront à poser une question et donc à avoir les honneurs du petit écran.

Il faut bien dire d'ailleurs qu'on perd désormais très souvent de vue l'affaire elle-même et que, du côté de la droite surtout, évidemment, l'enquête elle-même disparaît au profit de la mise en cause de tel ou tel aspect de la politique du gouvernement qui n'a rien à voir avec elle.

Il est heureux que cette commission avance dans ses travaux à un train de sénateur (ce qui est bien normal !) car quoiqu'on y dépose sous serment, en évitant au mieux les questions gênantes, certains seront amenés à y revenir pour y faire de nouvelles déclarations qui, elles-mêmes, pourraient conduire à reconvoquer à nouveau tel ou tel témoin dont les précédentes déclarations auraient amené la réapparition de personnes déjà interrogées. On risque fort de n'en pas sortir, mais peut-être est-ce préférable ainsi ?

Sans rappeler les faits, disons que l'affaire Cahuzac s'est située, en gros, dans le premier trimestre de l'année 2013, entre le premier article de Mediapart qui en a marqué le début, le 4 décembre 2012, et les aveux inattendus de Jérôme Cahuzac le 2 avril 2013 ; il avait fort heureusement évité de les faire la veille car on n'aurait pas manqué alors de les prendre pour un poisson d'avril !

La question, qui fait débat désormais, n'est pas celle de savoir exactement quand le Président de la République et le Premier Ministre ont été informés et surtout y ont cru ; ils sont les seuls à le savoir vraiment et on ne peut guère imaginer que l'article de Mediapart du début décembre 2012 n'ait pas retenu l'attention des plus hautes autorités de l'État, même s'ils n'étaient pas en mesure de juger réellement de sa pertinence. On sait toutefois aussi, maintenant que les langues se sont déliées, que beaucoup de gens, au PS, étaient au courant des activités hautement rémunératrices du docteur Cahuzac. Elles n'étaient nullement dans les implants capillaires et les moumoutes mais, à une toute autre échelle, dans les ventes illicites et les pots de vin liés aux permis pour les scanners et les IRM

La question actuelle est de savoir si Cahuzac a été mis au courant de la procédure d'enquête lancée à son endroit début janvier 2013. Or, la déclaration de Moscovici a été sur ce point sans ambiguïté ; Cahuzac était, avec Moscovici lui-même, le Président de la République et le Premier Ministre le 16 janvier 2013 à la sortie du conseil des ministres et il a été informé, à ce moment-là, de la procédure engagée auprès de la Suisse, alors qu'il a prétendu, devant la commission, ne jamais avoir été mis au courant.

Comme cette information lui a été donnée à la sortie du conseil des ministres, on peut aisément deviner qu'il plaidera l'omission par malentendu et prétendra qu'il ne s'agissait pas d'une réunion mais simplement d'une conversation entre deux portes, après le conseil des ministres. Je veux bien confirmer par écrit cette hypothèse ; il est donc un peu inutile de réentendre à nouveau Jérôme Cahuzac sur ce point puisque je fournis ici l'explication qu'il avancera.

Si, au contraire on poursuit la procédure, ne faudra-t-il pas alors convoquer à nouveau devant la commission le ministre Moscovici, pour qu'il précise exactement le lieu et les conditions dans lesquelles cette information a été communiquée à Jérôme Cahuzac et ainsi de suite.

Tout cela coûte, Monsieur de Courson, contentez-vous de ma lettre et de mon hypothèse.

mercredi 17 juillet 2013

Politique et économie françaises : eau dans le gaz et gaz dans l'eau

Les politiciens nous prennent vraiment pour des imbéciles.

Vous aurez observé que j'ai employé ici volontairement le mot "politicien", dans le vrai sens qu'il a en français et qui est, le plus souvent, péjoratif ce qu'ignorent la plupart des gens qui usent de ce terme ; si l'on vise une dénotation pure et simple, il vaut mieux dire les hommes politiques, les femmes politiques ou, plus brièvement, les politiques.

Mais là n'est pas le sujet dont je veux traiter!

La commedia dell'arte politique à laquelle nous assistons en ce moment et qui a commencé bien avant l'éviction inopinée (surtout pour elle !) de cette pauvre Delphine Batho et qui se prolonge avec l'affaire du Tricastin tient essentiellement à ce qu'en réalité, le parti socialiste et les Verts d'EELV sont des ennemis naturels, puisque leurs électorats sont partiellement communs. L'alliance, que Martine Aubry a conclue naguère avec les Verts et qui leur accordait un nombre d'élus sans le moindre rapport avec leur poids électoral réel, avait fortement déplu à François Hollande (comme sans doute à Martine Aubry elle même), mais il avait été secrètement ravi sans doute d'avoir eu la chance de ne pas être obligé de la conclure lui-même, ce qu'il aurait bien été forcé de faire s'il s'était trouvé dans la même situation à la tête du PS.

Comme dit le bon peuple, il y a donc, clairement et depuis le début, de "l'eau dans le gaz" entre les socialistes et les Verts ; on ne comprend d'ailleurs pas qu'Hollande n'ait pas fait de Placé, la grande gueule de service, un sous-secrétaire d'Etat adjoint aux anciens combattants ce qui lui aurait aussitôt fermé la dite gueule.

En tout état de cause, le PS et EELV se tiennent, les uns et les autres, par la barbichette. S'il y a trop d'eau dans le gaz ou pire encore du gaz dans l'eau et que ça pète, ils n'arriveront pas à faire listes communes pour les municipales ; les socialistes risquent alors une lourde défaite et il en est de même pour les Verts, sans compter les postes de députés, de sénateurs ou de ministres auxquels celles et ceux qui les occupent n'ont aucune envie de renoncer, tandis que les autres Verts, qui rêvent simplement d'être califes à la place des califes devront s'asseoir sur leurs ambitions. On s'en tiendra donc inévitablement à des escarmouches dont cette pauvre Delphine Batho a fait les frais et cela d'autant que si elle était elle-même, en principe, socialiste, elle s'était elle aussi brouillée avec sa bienfaitrice d'antan, l'infortunée Ségolène qui n'est pas le meilleur appui au sein du PS.

Que voulez-vous ? La politique c'est comme ça ! Comme disait l'autre : "Ces choses-là sont rudes, il faut, pour les comprendre, avoir fait des études ». Et de préférence dans la promotion Voltaire de l'ENA.

Il y a donc de "l'eau dans le gaz" entre les alliés de la coalition au pouvoir et une partie de leurs différends vient curieusement de ce qu'on craint qu'il n'y ait un jour du "gaz dans l'eau !".

Ce titre m'est venu suite à la double considération de la chose politique française et de la résurgence de plus en plus fréquente de l'affaire du gaz de schiste. Un documentaire sur le sujet, "Gazland" a même été diffusé à la télé il y a quelques jours, à une heure de grande écoute. Je pense que ce n'était pas tout à fait par hasard. Très critique, il concernait essentiellement l'exploitation du gaz de schiste aux États-Unis. On y voyait, à de nombreuses reprises, des gens mettre le feu à l'eau qui sortait de leur robinet (car il y avait dans cette eau du gaz inflammable) et tout autant de responsables politiques ou industriels qui, tout en affirmant que ladite eau était parfaitement consommable, refusaient tous obstinément d'en boire la moindre goutte (ce gag a été répété à plusieurs reprises au cours du film).

On avait appris, de sa bouche même, quoiqu'à mots couverts, mais par ailleurs fort clairement, que Delphine Batho, ministre de l'écologie, avait été virée sur intervention de lobbys industriels favorables au gaz de schiste. Détail pittoresque mais fâcheux, on a appris, en cette même circonstance, que l'épouse de Monsieur Crouzet, patron de Vallourec, grande société productrice de tuyaux dans les domaines pétrolier, gazier et nucléaire, est, en fait, contre toute attente, le mari de Madame Sylvie Hubac, directrice de cabinet de François Hollande. Cette-ci, fort opportunément, ne porte pas le nom de son mari, quoiqu'ils soient mariés depuis trente ans et que la chose ne soit guère dans les habitudes françaises, surtout dans le milieu en cause et quand on n'est ni artiste ni auteur !

Au même moment ou à peu près, Arnaud Montebourg, le rebelle de service, a remis sur le tapis médiatique l'affaire du gaz de schiste, en demandant, non sans une solide dose de bon sens, qu'on "explore" (c'est le terme dont il use) la question au lieu d'interdire purement et simplement l'exploitation du gaz de schiste, sans même savoir de quoi on parle, comme le fait la loi Jacob de 2011 que conteste actuellement, en justice, une société américaine Schuepbach qui s'était vu accorder, auparavant, un permis d'exploitation qu'on lui a ensuite retiré (l'affaire va aller devant le Conseil constitutionnel). Des esprits chagrins pourraient noter et faire valoir que Monsieur Jacob, qui s'est surtout illustré dans le débat parlementaire sur les déclarations de patrimoine des parlementaires, en défendant un amendement qui visait à supprimer la pénalisation des déclarations « sciemment » erronées, texte qu'il dut finalement retirer, semble quelque peu lui, le représentant de lobbys agro-machin, puisqu'il a fait à peu près toute sa carrière pré politique au Centre national des jeunes agriculteurs.

Le problème est que, comme toujours en France, nous ne disposons d'aucune information sérieuse sur cette affaire ; la seule émission un peu intelligente et informée que j'ai pu voir sur la question était le "C plus clair" du 12 juillet, qui ,fort heureusement, s'est tenu en l'absence d'Yves Calvi (déjà en vacances chez son pépé), ce qui nous a dispensé de l'inévitable présence à l'écran de Christophe Barbier et des diverses plumes du Figaro. On a pu enfin avoir des informations de gens qui savaient de quoi ils parlaient au lieu de se borner à écouter les platitudes éculées des journalistes ignorants qui peuplent notre PAF.

Arnaud Montebourg prend donc des positions, dont certains s'étonnent, non sans candeur, qu'elles n'entraînent pas son éviction du gouvernement ; cette crainte est évidemment totalement infondée puisqu'il est clair qu'Arnaud Montebourg, Monsieur 17% aux primaires du PS, dit des choses que n'osent et ne peuvent nous dire ni François Hollande ni Jean-Marc Ayrault! En la circonstance, elles sont d'ailleurs l'expression du simple bon sens et j'ai personnellement tenu dans mon blog des propos quasi identiques depuis longtemps, en pensant qu'avant de se prendre aux cheveux sur la question de la fracturation des schistes bitumineux, on ferait mieux d'abord de faire un inventaire géologique sérieux des richesses dont nous disposons réellement, des bénéfices que nous pourrions éventuellement en tirer, des modes d'exploitation possibles (méthane ?) comme des risques qui pourraient s'attacher à cette fracturation et qui ne sont pas seulement celui de la pollution de l'eau, mais également celui de la dispersion dans l'atmosphère de gaz qui ne serait pas retenu dans le sous-sol comme dans l'exportation pétrolière et gazière traditionnelle.

Bien entendu pour informer l'Etat et orienter ses choix stratégiques, il faut avoir des informations et des données incontestables sur ces questions. Tout cela ne peut résulter que de programmes de recherche, sérieux et porteurs (on en cherche!); c'est là ce qui doit compter dans les décisions et les choix à venir et non pas l'avis ni des représentants des lobbies céréaliers ni d'hurluberlus, si verts qu'ils soient.

Eau dans le gaz ou gaz dans l'eau ? Les deux questions sont finalement plus liées qu'on pourrait le croire.

mardi 26 février 2013

L'école 2013.(N° 11) Retour en arrière mais petit saut en avant (en 2010 avec mon blog du 12 mars 2010) : Meirieu est arrivé (sur l'air de "Zorro est arrivé"


 Louons le Seigneur, mes frères et mes sœurs ! Meirieu est arrivé et notre route va être désormais semée de roses et de lis !

La fin des IUFM n’a pas eu que des inconvénients, puisqu’elle a conduit Philippe Meirieu à se rendre enfin disponible pour le salut politique de la France ; en effet, il conduit désormais, aux élections régionales, contre toute attente, la liste Europe-Ecologie en Rhône-Alpes ; le PS n’a pas su se gagner et surtout conserver ses inestimables services, faute de lui proposer la place de J.J. Queyranne; ce dernier n'a qu’à bien se tenir, car l’ex-charlatan des sciences de l'éduc. a commencé à lui tailler des croupières ; il n’y a pas loin de la rue de Grenelle à la rue de Solférino et ce chemin lui est familier !

Je ne veux pas reprendre ici les post que j’ai déjà faits et où j’ai évoqué longuement la figure, magistrale et tutélaire, de Philippe Meirieu.

Je dois dire toutefois que je suis très inquiet, car dans le blog sanglant sur Meirieu paru dans Marianne2 (sur internet) du 7 mars 2009 et dont je vous recommande la lecture, sur la photo qui accompagne l’article, Meirieu porte moustache ! Ce point est capital, car Meirieu, outre ses affaires commercialo-pédagogiques, gère avec le plus grand soin son image.

Je ne vais pas vous refaire le coup de la sémiologie de la figure et des attitudes de Meirieu. Je l’ai déjà fait. Force est de lui reconnaître le mérite majeur d’avoir fait, sur l’autel de l’écologie rhônalpine, le douloureux sacrifice de sa moustache blanche (garantie d’origine et de style) qui complétait si heureusement sa binette de pédago sur le retour (chevelure et moustache de la même farine, lunettes intellectuelles et regard perdu en direction de la ligne bleue de l’éducation, qui se perd, de plus en plus, dans les nuages comme vous l’aurez toutes et tous constaté).

Meirieu est l’homme qui a ouvert en France la route glorieuse des sciences de l’éducation ; si elle a conduit notre école là où elle est actuellement, elle a permis, en revanche, à Meirieu de faire sa carrière universitaire personnelle, tout en montant un fructueux commerce de publications et de produits dérivés en tous genres. Le filon étant quelque peu épuisé, car le pédagogisme a fait son temps, et l’âge de la retraite de ce fonctionnaire arrivant inexorablement pour lui (on ne peut rester, quel que soit son désir, au delà de 68 ans), Meirieu est désormais enfin disponible pour la politique. Il va donc nous créer, après les sciences de l’éducation, les sciences de la politique !

Je l’ai entendu par hasard ce matin, 10 mars 2010, sur France-Infos me semble-t-il. Le problème pour lui est que, si son discours éducatif était parfaitement rodé après trente ans d’usage (et cela d’autant qu’il n’était qu’une simple resucée servile des théories nord-américaines en la matière), son argumentaire écolo-politique est pour le moins indigent.

J’ai rappelé, dans mon précédent post (dont j’ai donné la référence et qu’il faut lire car je ne puis en reprendre ici tous les termes) que sa première mesure pratique majeure concerne la sauvegarde et la promotion des moulins à café de nos grand’mères. Ce matin, j’ai noté, en complément au précédent, son principe majeur en matière de réflexion politique.

Il propose, en effet, de faire d’Europe-Ecologie la pierre angulaire de la future politique française ; elle ne devra plus consister dans le jeu de deux partis (UMP et PS) dont chacun « attend d’être dans l’opposition pour se préparer à revenir au pouvoir ». Je vous jure que c’est vrai. Pour rester dans la chanson, après Henri Salvador (« Zorro est arrivé… »), Jacques Dutronc (PS versus UMP, vous n’y pensez pas ! « Et moi ! Et moi et moi …! »)

Trop occupé par ses affaires pédagogiques dans les dernières décennies, Meirieu n’a jamais entendu parler de Bayrou et de son MoDem. Il faudrait que quelqu’un se décide enfin à lui en parler !

dimanche 24 février 2013

L'école 2013 (N° 9). Retour en arrière : Philippe Meirieu ou les méfaits des sciences de l'éducation (blog du 25 avril 2008)


[Vu les événements, politiques en particulier, le dépit poussant notre héros à quitter son cher PS pour Europe-Ecologie-Les Verts, j'ai repris ce texte d'avril 2008 en février 2010, en lui ajoutant quelques modifications qui figurent ci-dessous, selon la bonne règle, entre crochets et en italiques].

Dimanche 20 avril 2008, Moatti, à l’occasion d’un « Ripostes » sur l’éducation, avec en vedettes Lang et Darcos, nous a ressorti Philippe Meirieu qu’on espérait définitivement disparu avec ses programmes et ses IUFM !

Si, par le plus grand des hasards, vous ne connaissez pas Philippe Meirieu, cette lacune peut être aisément comblée par la consultation de son site ou de tous ceux où il figure et dont, lui-même, ne manque pas de mentionner les adresses par des liens. Autre chance pour vous, certaines sources d’information sont agrémentées d’une photo, car, si étonnante que soit la chose, l’homme paraît aussi satisfait de son image que de sa pensée. Louons le Seigneur, mes frères et mes soeurs, car il vous sera même peut-être accordé d’y entendre la voix du Maître !

Soyons modernes et savants, car l’homme l’impose. Donc un peu de sémiologie de sa nouvelle image pour commencer.


Il arborait, chez Moatti, une curieuse chemise rouge sang (éclatant rappel de ses convictions de gauche ?), mais avec une cravate. Un directeur de CNDP ou d’IUFM, même honoraire, doit garder de la tenue, tout en affichant avec force ses convictions. Il faut donner confiance au client. Chevelure et moustache blanches de rigueur, rinçage bleuté, lunettes, tout en lui signifie le pédago ! Au terme d'un étrange parcours, instituteur monté en graine, il se fait professeur de collège avant de l'être de philosophie, il se enfin lance dans les sciences de l’éducation et la pédagogie, domaines propres à abriter et/ou à générer toutes les impostures éducatives.

La soutenance-éclair d’une thèse (d’Etat, s’il vous plaît, directement, l’homme n’est pas modeste) en sciences de l’éducation, naturellement. Nous sommes en 1983 ; il a 34 ans, ce qui, vu sa carrière antérieure, apparaît quasi fulgurant, du moins dans les disciplines universitaires normales, et cela d’autant que, selon ses termes, ses « engagements militants et professionnels » étaient multiples. Quel homme !

Curieusement pour un homme qui ne nous cache rien (pour ne pas dire qu’il étale tout !), le titre et les références de cette thèse demeurent non précisés. Il faut consulter l’un de ses hagiographes patentés pour apprendre qu’ayant passé son CAP d’instituteur en 1974, il a soutenu une thèse d’Etat en 1983 sur le thème, sinon le sujet suivant : "Apprendre à apprendre". De la bouche même du Docteur Meirieu, on apprend que cette somme était « un énorme pavé de près de 1000 pages » (ce qui est, somme toute, très banal pour une thèse d’Etat), mais surtout qu’elle a exigé de son auteur "dix ans de travail acharné et solitaire" (dixit Ph. Meirieu). Là, il se prend un peu les pieds, sinon dans le tapis, du moins dans la chronologie, car si je compte bien 1983 - 10 = 1973. Ce détail prouve qu’il a commencé sa thèse d’Etat avant même d’être instituteur ! Quel homme (encore !)! Il faut éviter de mettre du sucre sur le miel, comme disait ma grand’mère!

Si la tenue et l’apparence ne changent guère selon les photos, on dispose, en revanche, de deux versions majeures du portrait. La première est, pourrait-on dire, socratique. Un demi-sourire laisse entendre qu’on est allé au bout des choses et qu’on en est revenu. Toutefois, la version officielle, celle du site que notre héros s’est résigné à créer, à la demande générale, est celle du penseur. Le « Penseur » de Rodin appuie sa tête sur son poing droit et regarde le sol ; il ne positive donc pas. Le penseur selon Meirieu (sujet et objet !), tient le précieux think tank, qui lui sert de tête, de sa main gauche (faut-il y voir un signe de son orientation politique majeure ?), l’index est levé (et non le majeur « fuckeur », ne nous y trompons pas !) et le pouce est délicatement allongé sous le menton. Le regard bleu est fixé, non pas sur la ligne de même couleur des Vosges, mais sur l’horizon pédagogique qu’il ne cesse jamais de scruter pour alimenter une réflexion que rien n’interrompt. [Le dernier portrait visible (2010), un troisième, celui de la tête de liste Europe-Ecologie, donne, cette fois, dans le style de la maison Bové-Dany. Plus de cravate, ni de moustache, pull-over de matière et de couleur indéfinissables, plus de pose alambiquée et méditative. Quel homme ! Un vrai Fregoli de la pensée !
].

Philippe Meirieu incarne de façon parfaite tout le mal qu’ont fait à notre école les sciences de l’éducation ; à « Ripostes », la charmante Natacha Polony lui a rappelé, mais avec trop de discrétion à mon sens, qu’il a traîné, vingt ans durant Rue de Grenelle, même s’il paraît l’avoir oublié, et qu’il ne saurait donc fuir les responsabilités qui sont incontestablement les siennes.

Claude Allègre s’est souvent moqué, non sans humour et pertinence, des sciences de l’éducation et de leur jargon. Il aimait à rappeler que le ballon des cours de gym. est, dans cet idiome, le « référentiel bondissant ». Il est donc stupéfiant que, d’abord comme conseiller spécial de Lionel Jospin, puis comme ministre, il ait donné à Philippe Meirieu la place qui fut la sienne. Il est vrai qu’Allègre ne s’intéressait vraiment qu’à l’enseignement supérieur et à la recherche, alors que Meirieu n’est jamais sorti des sciences de l’éducation, dont la maxime suprême est que l’on enseigne bien que ce que l’on ne sait pas.

Philippe Meirieu, qui, depuis un quart de siècle, s’est fait de la pédagogie un superbe fromage où il s’est longtemps et confortablement installé, avant de continuer à en vivre, même après l’avoir quitté, a tenté de rendre à la fromagerie, fût-ce par métaphore, une partie de ce qu’il lui doit, en suggérant, certains s’en souviennent peut-être, de régler enfin les problèmes de la carte scolaire... grâce au camembert.


[ Dernière minute. Ce matin (13 février 2010) entendu sur France-Infos, très tôt (avant 7 heures),que la tête de liste Philippe Meirieu (EEV) centrer sa campagne des régionales sur le sauvetage des moulins à café par les grands-mères! Quel talent!].