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mercredi 30 avril 2014

France Université Numérique (Fin)

Je ne vais naturellement pas reprendre dans cette conclusion ce que j'ai déjà dit ; je ne ferai que souligner ici le caractère à la fois étrange et habituel d'un tel projet.
Comme partout et toujours, nous nous efforçons de faire ce que font ou ont fait les Américains ; comme d’habitude, nous le faisons avec une dizaine d'années de retard et, pire,  souvent même au moment où ils abandonnent eux-mêmes la stratégie que nous leur empruntons.
L'impression que j'ai et que j'exprimais déjà, est que les fameux « moocs », puisqu’il faut bien les appeler ainsi car nous n’avons même pas été capables, en dépit de nos commissions de terminologies multiples, de leur imaginer un nom, ont été utilisés par les grandes universités américaines, qui sont à l’origine de cette mode, pour se faire une publicité gratuite dont elles ne semblent pourtant avoir aucun besoin, puisqu'elles refusent, chaque année, des milliers de candidats prêts à payer les droits d'inscription faramineux qu'elles exigent. Elles cherchaient sans doute plutôt par là à soigner leur image pieuse, grâce à une publicité peu coûteuse, en donnant l'impression fallacieuse d’ouvrir à tous un accès gratuit à leurs enseignements. On a vu qu'il n'en est rien et qu'en réalité, si des cours peuvent être mis sans problème à la disposition de quiconque, on continue à vendre, et fort cher, les diplômes eux-mêmes. Une récente étude dont j'ai entendu parler, sans la lire ni même en avoir la référence, démontre d'ailleurs que 90 ou 95 % des gens qui, à un moment ou à  un autre, suivent ces enseignements sur les moocs, abandonnent et que ceux ou celles qui veulent continuer finissent par s'inscrire à des filières payantes pour valider leur formation.
Nous reviendrons dans la suite aux intentions, probablement cachées, qu'il y a dans le projet français et dont il n'est même pas sûr que Madame Fioraso soit elle-même consciente ( limitation de l’entrée à université de tous les bacheliers, les mauvais n’auront qu’à aller dans les moocs …s’ils savent lire ; majoration des droits d’inscription, etc. J’y reviendrai).
Les moocs ne sont donc nullement une « révolution » dans l'enseignement supérieur où existe depuis toujours un « télé-enseignement » ; à cet égard, il est amusant de voir, côte à côte, dans le site du CNAM, sur la même page, une publicité pour les cours télévisés du CNAM qui existent depuis 1963 et dont le CNAM revendique même l’invention et l’annonce de quatre cours de son mooc, dont les inscriptions sont annoncées comme « terminées », ce qui conduit à s’interroger sur la formule elle-même!
Les moocs sont en outre très loin d'être la réponse aux problèmes qui se posent dans nos universités. Pour plus de détails, je renvoie à mon récent livre Université : l’impossible réforme. Edgar, Valérie, Geneviève et les autres… ( Paris , l’Harmattan, 183 pages, 2013).
On verra sans doute rapidement disparaître la plupart de ces moocs, dont on commence à discuter la place et le mode de prise en compte dans le « service » des enseignants ; il serait intéressant de voir, de plus près, quels sont ceux des étudiants qui en ont tiré quelque chose de réel et comment se fait la validation. Il est un peu étonnant, à cet égard, de voir déjà de prétendus « experts » (en quoi ?) offrie leurs services pour calculer tout cela.
On peut d'ailleurs constater déjà que la vogue des moocs est sur le déclin ; ces derniers sont dorénavant plus ou moins concurrencés sinon remplacés par les « coocs », qui sont des moocs mis en place par les entreprises pour leurs collaborateurs, leurs partenaires ou leurs clients. En février 2014, Orange par exemple a lancé sa « plate-forme de cours en ligne pour les entreprise » dont le premier cours portait sur une « initiation au monde numérique » ! Avec la modestie, naturelle et constante dans les entreprises françaises, Orange prévoyait des millions d'inscrits ici quelques années.
Le programme FUN lancé à grand fracas en octobre 2013 par G. Fioraso et qui est décrit, comme on l’a vu, dans le site officiel du gouvernement français, répond sans doute à plusieurs motivations dont l’une, très générale, est la découverte du « numérique » par la rue de Grenelle ! Aimez-vous le numérique ? On en a mis partout ! Le numérique et les TIC sont à la fois la panacée et la pierre philosophale ! L'une des motivations est, on l’a vu, qui sert de prétexte en tout cas, est l’imitation d’un système américain qui, aux Etats-Unis, existe déjà comme je le dis, à d’autres fins, depuis une bonne quinzaine d'années. Sur la question de l'enseignement à distance, les États-Unis eux-mêmes ont été largement précédés d’ailleurs par d'autres Etats, où l'étendue même et la démographie rendaient bien avant la chose indispensable comme le Canada ou l'Australie.
Le problème est celui de la validation des enseignements ainsi dispensés à distance ; j’ai déjà fait allusion à l'expérience que nous avons conduite à Aix-en-Provence, à la fin des années 90, avec Louis-Jean Calvet et quelques collègues, dans le cadre d'un DESS de « coopération linguistique et éducative ». Il comportait deux filières, l’une dite « présentielle », l'autre sous forme d'un « cyber-enseignement » ; ce dernier avait été rendu indispensable par le fait que les inscrits étaient dispersés à travers le monde dans les instituts ou centres culturels français et avaient tous accès à l’internet. Il ne s'agissait donc pas en fait de simples cours en ligne, puisque dans les facultés de lettres en tout cas, l'usage n'est pas de faire des cours écrits ou dictés. Le travail des étudiants inscrits était de faire un mémoire, sur un sujet concernant souvent l'Etat où ils se trouvaient ; le cours comportait donc à la fois un exposé général de la problématique du DESS mais, surtout et aussi, des documents pertinents indispensables qui n'étaient pas toujours accessibles en Albanie, au Liban ou au Venezuela. (À cette époque, il était beaucoup moins facile qu'aujourd'hui d'avoir accès à des sources bibliographiques sur Internet). Le but était de donner à la fois aux étudiants les outils problématiques et la matière documentaire dont ils pourraient avoir besoin pour leur mémoire (à titre indicatif, le cours que je faisais dans ce cadre sur internet, comportait 600 pages !). Il fallait donc pour ce type d’enseignement (nullement destiné à tous mais réservé à des étudiants de bac + 5) une définition précise du public visé, les soutenances, précédées d’uns session d’enseignement finale, se faisant à Paris en fin d’année.
Au-delà de l'effet de mode (les modes passent aussi vite qu’elles sont apparues), je m'interroge sur les causes réelles de cette opération FUN qui demeure extrêmement modeste et sans réelles perspectives ; elle n'est même pas originale puisque toutes les universités disposent de services de télé-enseignement, sans parler du dispositif national.
Ne viserait-on pas, en réalité, à apporter un concours, plus illusoire que réel, à la politique générale de réduction des dépenses dans l'enseignement supérieur, en ayant l’air de donner une issue de secours convenable à la masse des étudiants qui sont inscrits à l'université sans jamais y mettre les pieds ! Il y a là une illusion de plus, car la grande masse de ces étudiants fantômes ne s'inscrivent nullement en fac pour bénéficier d'un enseignement quelconque (la preuve en est qu'ils ne viennent pas aux cours), mais simplement pour bénéficier des avantages liés à l'inscription en université (bourses, aides diverses, carte de séjour pour les étrangers, sécurité sociale, réduction au cinéma et tarifs réduits en divers lieux, etc.). Si c'est un public désireux d'une formation générale dans quelque domaine que ce soit qu’on vise, le modèle est alors celui de France Culture ; on pourrait tout à fait ajouter aux émissions qui y remplissent déjà cette fonction, d'autres émissions plus spécialisées, en créant peut-être alors un vrai « France Culture universitaire ». Le coût d’un tel projet, « centralisé »,  serait moindre que celui de cent moocs et il aurait au moins le mérite de la franchise et peut-être de l'efficacité.
J'ai déjà essayé de montrer, dans des blogs comme dans mon livre, comment une politique universitaire, sans projet et sans boussole, a conduit depuis trente ans à des erreurs dont l’une des plus évidentes était la multiplication même des universités, dont le nombre a plus que quintuplé et dont les implantations ont été des plus curieuses, car elle ne répondait guère qu'à des projets politiques de ministres, de maires ou de conseils généraux. L'incapacité à gérer réellement la carte universitaire la France avec quelque bon sens n'a fait que rajouter aux conséquences financières désastreuses de cette démagogie politique stupide. Comme toujours, on est passé d'un extrême à l'autre, et les contraintes financières actuelles amènent à des réductions de budgets qui mettent nombre d'universités au bord de l'immobilisme, voire de la faillite. Ce ne sont assurément pas les moocs qui permettront de sortir de cette ornière universitaire.

mercredi 29 janvier 2014

De notre justtce

J'entendais ce matin 29 janvier 2014, à 8h15, sur France Culture, une émission sur la justice qu’ouvrait, comme souvent, un excellent éditorial de Brice Couturier. Jusque là, rien à dire ; on a entendu, dans la suite, les sempiternelles et vaines remarques sur notre justice toujours débordée par le manque de magistrats, son encombrement qui retarde à l'infini les décisions ; c’est là tout ce qu'on entend partout et quotidiennement et qui est tout à fait vrai et pertinent, sans, pour autant que, comme souvent chez nous, soient envisagées et moins encore conduites les réformes aussi évidentes qu’indispensables.
J'ai appris au passage, mais je m'en doutais un peu, qu’en une dizaine d’années, nous comptons 10 000 avocats de plus en France ! Pour la plupart, ce sont sans doute d'anciens hommes politiques qui, naturellement, n’ont pas été soumis aux procédures habituelles d’intégration comme le CAPA (Certificat d’aptitude à la profession d'avocat). Beaucoup n'exercent d'ailleurs pas dans sa réalité cette profession, se bornant à la figuration et au « conseil » rémunérés à d’autres titres.
 Ce point est adjacent ; il est bien plus fâcheux que les simples citoyens ne comprennent rien au discours de la justice et aux textes qu'on leur adresse sur les affaires qui les concernent. Pourquoi ne pas affecter plutôt ces « has beens » politiques sur des emplois de magistrats dont on manque plutôt que d’avocats dont on ne sait que faire. Je vous entends déjà protester et alléguer leur incompétence ! Sont-ils plus compétents pour être avocats que magistrats ? On pourrait même dans ce dernier emploi les munir des dés qui chez Rabelais étaient l’outil de travail quotidien du juge Bridoye.
 Je crois que la principale cause de la lenteur et de l'inefficacité de notre justice, où la moindre affaire met des années à être tranchée et où nos prisons surpeuplées sont pleines de prévenus présumés innocents (ce qui nous fait régulièrement condamner par la Cour européenne) tient à diverses causes, dont on pourrait envisager les solutions mêmes si elles sont toutes de la même nature.
 J'ai  eu, dans les dernières décennies de ma vie, par trois fois, affaire la justice dans des procès où j'étais moi-même attaqué.
 La première fois, ce fut par une romancière à succès qui m'accusait de l'avoir calomniée pour avoir dit qu'elle avait copié un ouvrage ancien dont j’avais moi-même assuré une nouvelle édition après en avoir trouvé le manuscrit inédit . Le pittoresque de la chose tient à que c'était la plagiaire elle-même qui m'accusait de l'avoir calomnié, en révélant, d'ailleurs sans la traîner moi-même en justice, son larcin. Alors qu'il suffisait de comparer les deux textes mis en parallele pour être convaincu. Les juges ont sans doute procédé autre ment car j'ai été condamné en première instance. Il m'a donc fallu faire appel, sur la base d'un vice de forme juridique, pour que je sois acquitté en appel. Mon avocat était parfaitement au courant du défaut de la plainte dès la première instance, mais il ne l'avait pas invoqué tant nous étions sûrs de gagner.
 Les deux autres affaires sont tout aussi ridicules que la précédente.
 Dans le premier cas, j'ai été accusé par une de mes anciennes étudiantes dont j'avais dirigé la thèse d'avoir empêché sa carrière ultérieure, alors que je l'avais bien prévenu dès le départ que je ne la soutiendrai pas dans une telle démarche, vu la médiocrité de son travail. Je dois préciser qu'étaient accusés par cette même étudiante, devenue sans gloire particulière, docteur et candidate à un poste, onze de mes collègues plus un étudiant qu'elle accusait d'avoir rejoint les rangs de cette machination. Condamnée deux fois (en première instance puis en appel) pour « abus de procédure », elle nous a amenés maintenant en cassation !
La dernière affaire est du même tonneau, mais plus pittoresque encore, puisque, en cette circonstance, un haut dignitaire de la Sarkozie me reprochait d'avoir souligné, dans un de mes blogs anciens, qu'il ignorait le sens du mot « errement » (à qui il prêtait le sens d'erreur), ce qui l'a conduit à me faire mettre en examen pour « diffamation », bien entendu aux frais de l'État et de nous-mêmes, puisque ce personnage, mieux introduit dans la Sarkozie que dans la lexicographie française, était porteur d'un mandat officiel de je ne sais quoi. Commencée en 2009, l'affaire s'est résolue fin 2013 ; les magistrats pour finir (j'avais été mis en examen, sans avoir jamais été entendu par le juge d'instruction, ce qui est un manifeste abus d'autorité) ont eu le bon sens et le courage de débouter mon adversaire, en soulignant, non sans pertinence, l'inanité de ces accusations et l'absence totale de diffamation.
Où veux-je donc en venir. ? Je veux simplement dire qu'à en juger par ces trois cas, la justice est encombrée de tas d'affaires qui durent des années et qui auraient dû être écartées, dès le départ, vu le vide et l'inanité des dossiers qu'elles mettent en œuvre. Serait-il donc impossible, comme cela se fait dans d'autres pays moins procéduriers et conservateurs que le nôtre, d'avoir une instance judiciaire, spécifique et préalable, qui écarte d'emblée ce type d'affaires ? Il serait tout à fait possible de maintenir le droit à la justice pour tout citoyen, tout en assortissant le recours à la justice contre l’avis de cette instance, de lourdes pénalités à régler préalablement par le plaignant qui voudrait passer outre cette fin de non-recevoir liminaire !
 Notre adversaire, dans l'affaire de l'étudiante que j'évoquais ci-dessus, a été déboutée deux fois pour « abus de procédure » (ce qui est rare !) et elle persiste en allant en Cour de Cassation où l’on peut espérer que son dossier ne sera pas transmis. Une telle obstination contre des décisions de justice successives sur une plainte jugée abusive ne devrait-elle pas être sanctionnée, d'autant plus qu'il est clair que, comme Dieudonné,  elle poursuit dans cette voie, pour ne pas payer les amendes et les frais auxquels elle a été déjà condamnée ?
Dernier point, et à mes yeux le plus important et le plus urgent sans doute.
Combien de siècles faudra-t-il attendre encore pour que la justice s'exprime enfin dans une langue intelligible pour les justiciables, au lieu d'user de ce grotesque latin de cuisine et pire encore de ce fichu lexique prétendument médiéval qui est censé être celui des chats fourrés du Moyen-Age?Je sais bien les effets qu'on cherche à obtenir par là. On veut ainsi à la fois empêcher les justiciables de comprendre ce qui se passe et perpétuer un privilège professionnel ridicule, mais aussi  se donner un langage particulier, un argot en somme, inintelligible aux autres catégories sociales, donc assimilable au « louchebem » des bouchers d’antan ou au verlan des voyous de nos « quartiers ». Mettre fin à ces pitreries lexicales serait, à n’en pas douter, la réforme la plus nécessaire, la plus utile et la plus facile, même si les résistances seront assurément fortes !

mardi 17 décembre 2013

« L'HISTEGĖ » UN « TRÉSOR NATIONAL »


La réforme de "l'histégé" en terminale envisagée par Luc Chatel en décembre 2009 avait fait le buzz et la une des médias. Comme on pouvait le prévoir, cette réforme a suscité une réaction et une pétition des professeurs d’histoire, car ce sont eux surtout qui ont pris la tête du mouvement, dans la mesure où ils fréquentent bien plus les médias audiovisuels que leurs obscurs collègues géographes ; ils ont donc pensé, avec bon sens, qu’ils seraient mieux et plus vite entendus. Les promoteurs de l’idée sont Azéma, Kaspi, Stora et Tulard, invités quasi permanents de nos chaînes, de France-Culture aux niaiseries historisantes de Stéphane Bern.
J’ai cru comprendre que « l’idée », si l’on peut appeler ça une idée, est de réduire d’une heure, entre la première et la terminale de la filière S (l’élite ), les enseignements d’histoire et de géographie, en supprimant, du même coup, le caractère obligatoire de ces matières en terminale ; elles seront en option avec un horaire réduit pour les élèves de terminale qui le souhaiteront, mais on alourdira leur horaire en première avec une épreuve de contrôle définitive en fin d’année. Cela participe, comme toujours de façon sournoise, du rétablissement subreptice de la première partie du bac qu’on a supprimée dans le passé. J’ai déjà évoqué ce point et je n’y reviens pas.
On reconnaît là une loi permanente de l’évolution de l’administration française qui finit toujours par rétablir ce qu’elle a précédemment supprimé, comme elle supprime, après un certain temps, ce dont elle avait proclamé, à grand son de trompe, l’absolue nécessité de création. Ces cas sont ceux des IUFM (pour l’éducation nationale) et de la DGCID (pour le ministère des affaires étrangères). Comme disait ma bonne grand’mère "Faire et défaire c’est toujours travailler".
Tout cela appelle trois remarques, outre celle que je viens de formuler et qui concerne le fonctionnement général de nos administrations.
La première tient au mouvement clairement corporatiste de nos plus éminents historiens. Tout le monde se plaint tout le temps que les programmes scolaires sont trop chargés, mais, dès qu’on touche au programme d’une discipline quelconque, en l’allégeant ou en le modifiant à peine, on voit aussitôt se dresser la corporation concernée, qu’il s’agisse du latin, de l’histoire ou de la gymnastique !
Deuxième observation : Ce genre de réaction n'est que l’application spécifique d’une loi plus générale, inscrite au tréfonds de notre identité nationale actuellement en débat : « Toutes les réformes sont toujours souhaitées par tout citoyen français, sauf celles qui le concernent et le touchent directement et personnellement en quoi que ce soit ». La réforme en somme, c’est toujours pour les autres !
Troisième point. Cette affaire montre, une fois de plus, combien nos ministres sont mal conseillés. Personne ne s’avise, en effet, parmi eux de dire que « l’histoire et la géographie » ou, dans le jargon professionnel, « listégé », constituent une étrange spécialité hybride, purement française donc inscrite, par là-même, dans notre identité nationale à défaut de l’être dans nos gènes. Nul autre pays ne songe à rapprocher deux spécialités si totalement différentes et si parfaitement étrangères l'une à l'autre. Bien des formes de géographie spécialisée, de la géographie physique (glaciaire par exemple) à la géographie économique sont plus proches de sciences comme la géologie ou l’économie qui ne sont nullement présentes dans les facultés de lettres et de sciences humaines, où est enseignée l’histoire.
Je ne vais pas faire ici l’histoire du « concept », mais si la rue de Grenelle avait eu la bonne idée de me consulter, j’aurais, stratégiquement, conseillé de séparer d’abord les deux disciplines, à la fois pour diviser l’opposition corporatiste (vieille tactique toujours efficace) et pour régler une question pédagogique bien réelle, tant ces deux disciplines sont différentes.


mercredi 2 octobre 2013

Université : blog et livre

Le jour même où j'envoyais à l'éditeur le texte électronique final et la quatrième de couverture du livre que j'ai finalement décidé de publier sur l'université française, j'ai lu le billet mis dans son blog par Bernard Gensane qui s'intitule "Vers un statut sarkozien des enseignants du supérieur", accompagné d'un commentaire en forme de sous titre :"Hollande-Fioraso est la continuation de Sarkozy-Pécresse en pire".

En ce 1er octobre 2013, qui était autrefois la rentrée des classes, nos points de vue sont curieusement proches à certains égards, quoique très sensiblement différents à d'autres. En guise de très modeste scoop, je vous livre le titre du livre (215 pages à paraître chez l'Harmattan) que j'ai finalement retenu après quelques autres : Université : l'impossible réforme. Edgar, Valérie, Geneviève et les autres.... Sans doute quelques ministres, dont surtout Claude Allègre m'en voudront-ils un peu de ne pas les avoir mentionnés; mais, depuis 68 le titre aurait été décidément trop long pour le format de l'ouvrage et en outre à l'exception de Savary et d'Allègre, ils n'ont, pour la plupart, pas fait grand chose.

Le billet de Bernard Gensane s'appuie essentiellement sur les idées qui ont été présentées lors de la réunion de "concertation" tenue « par la Direction des ressources humaines (DGRH) du ministère de l'enseignement supérieur et la recherche ( MSER ; on a, une fois de plus, oublié "l'espace" qui fait, si joliment partie des attributions de Madame Fioraso et qui fait rêver, tout en lui donnant moins de tracas que les deux autres) sur un projet de modification du décret fixant les dispositions statutaires applicables aux enseignants-chercheurs.

On pourrait juger, et cela montre l'importance des transformations envisagées, que le projet implique, d'abord et surtout, un changement dans « les seuils de représentation des deux sexes dans les comités de sélection, conséquence de la loi numéro 2013 – 660 du 22 juillet dernier sur l'enseignement supérieur et la recherche" (dite loi ESR ou loi Fioraso). Il m'avait, pauvre de moi, totalement échappé que l'établissement de la "parité" dans ces instances allait régler enfin nos problèmes universitaires et nous faire bondit dans le classement chinois qui préoccupe tant !

Je vous invite donc à lire le blog de B. Gensane car je n'en évoquerai bien entendu que quelques points dont certains (dont il n'est en rien responsable), m'apparaissent d'ailleurs tout à fait obscurs, en particulier celui qui concerne « le droit à la recherche pour les enseignants chercheurs". Je crois que, dans certains cas, il serait moins nécessaire de leur ouvrir un droit à la recherche que de prendre des dispositions pour les obliger à en faire, surtout dans certaines disciplines universitaires.

Bernard Gensane souligne d'ailleurs que nombre de ces dispositions sont « vivement combattues par la communauté universitaire », mais on comprendra au terme de mon billet ce qu'est cette "communauté". On verra, dans mon livre et dans le détail (pages 104-105) ce qu'il faut penser de ces mouvements "exceptionnels de 2009" pour combattre le projet Pécresse de réforme des services. Ils sont, en effet, tout à fait exceptionnels, non par leur ampleur mais par le fait que, pour la première fois dans l'histoire de l'université française, on a pu voir le SNESUP et l'Autonome Sup défiler la main dans la main !

Les questions de "procédure de qualification par le CNU" avaient été abordées au Sénat, en première lecture, et très contestées (contre l'avis de la ministre), en particulier par les représentants d'Europe Ecologie-Les Verts qui, à vrai dire n'y entendaient pas grand chose. J'en parle en détail dans mon livre (chapitre sur "Le CNU et la loi ESR") mais j'y reviens d'autant moins ici que les amendements proposés n'ont finalement pas été retenus dans le texte définitif de la loi.

« Des améliorations de carrière, pourtant très attendues, ne figurent pas dans le projet en l'état [… ] Enfin le ministère se garde bien d'évoquer le volume horaire du service d'enseignement dont le SNESUP demande la réduction à 150 heures HTD". J'ignorais cette dernière revendication du SNESUP qui est toutefois bien dans l'esprit syndical qui pose deux problème. D'une part, ce service est moindre que dans la pluprt des pays de même type (USA, RFA, etc.) et surtout, d'autres part, dans les universités françaises voisinent, avec les enseignants du supérieur, des PRAG (agrégés) et des PRCE (certifiés) qui accomplissent un service double pour des salaires souvent inférieurs. Le SNESUP ne serait-il pas au courant de tout cela ?

Je suis en revanche tout à fait d'accord avec la conclusion du billet : "ce projet est marqué par des tentatives insidieuses de remise en cause des procédures nationales, et par la primauté, qui continue à être accordée, aux mécanismes locaux de recrutement, de promotion et d’affectation des services".

In cauda venenum : Les derniers mots du billet sont "Source : SNESUP". N'aurait-il pas été préférable et plus éclairant de la mentionner en commençant ? A vrai dire, je m'en doutais un peu.

jeudi 23 mai 2013

L'autonomie des Universités. Troisième épisode


Au milieu de l'année 2007, il était amusant de constater que venaient sur le tapis politique français, au même moment et à la même initiative mais sans qu'on les rapproche, la « liquidation » de mai 68 et une réforme, alors conduite par Madame Pécresse, visant à développer « l’autonomie des universités » qui serait le remède à tous leurs maux.

Je laisserai de côté le premier point dans son ensemble, car il y a là une auberge espagnole où chacun trouve naturellement ce qu’il y apporte ; j’ai même vu, le mardi 29 mai 2007, Jean-Michel
Aphatie avancer, hardiment et sans rire, que Nicolas Sarkozy portait sur Mai 68 une main parricide, dans la mesure où sa famille personnelle était une famille recomposée! On aura décidément tout entendu !

Pour moi, je ne suis pas sûr que la libération des mœurs ou la loi sur l’avortement soient des conséquences, immédiates et directes, du seul Mai 68. La loi Neuwirth sur « la régulation des naissances » et la contraception, qui est une étape essentielle, date de décembre 1967 ! Ces évolutions ne sauraient donc être portées au seul crédit des événements du printemps de l’année suivante. En revanche, s’il est une loi qui est un pur produit de mai 68, c’est bien la loi Edgar Faure sur les universités qui met en place un système qui est, en gros, celui que nous connaissions encore avant la loi Pécresse vu le peu de changements de fond apportés au système universitaire français entre 1968 et 2007.

Le paradoxe le plus frappant est que « l’autonomie », qu’on a prétendu instaurer en 2007 et dont on aurait mieux fait de célébrer le quarantième anniversaire, constituait en effet la maître-mot de cette loi de 1968, même si on l'a oublié.
Le terme est quasi obsessionnel dans ce texte. L’autonomie y est partout, qu’elle soit « administrative » (Titre III), « pédagogique » (Titre IV) ou « financière » (Titre V). « Autonomie » est le PREMIER mot des trois principaux « Titres » de la loi de 1968, qu’on nomme en général loi Edgar Faure (Le mot « titre » est à prendre ici au sens technique et désigne un ensemble d’articles dans le texte d’une loi).

La loi Edgar Faure est sans doute le plus pur produit de mai 68, dans la mesure où elle visait, surtout et d’abord, à casser le vieux système universitaire français dont la référence suprême et ultime était l'antique Sorbonne, pour tenter d'instaurer une forme de démocratie universitaire, au moins verbale. La limite essentielle de la réforme demeurait toutefois dans le fait que les universités dépendaient toujours, de façon quasi exclusive, du financement de l’Etat.

Le premier aspect fut plus facile à régler que le second.

Dans l’ordre symbolique, cette réforme mit d’abord fin au privilège de l’Université de Paris. Certains enseignants parisiens, de l’une ou l’autre des treize universités parisiennes actuelles (la quatorzième, souvent et  longtemps rêvée, peut-être par superstition après tout, vu le caractère maléfique attribué au nombre treize, ne vit jamais le jour), continuent à se présenter, toujours fallacieusement et le plus souvent par pur mercantilisme, comme « Professeur à la Sorbonne ». Or, ce titre n’existe plus depuis 1968 et moins encore la rémunération spéciale qui s’y attachait. Il n’y a plus de Sorbonne ! Paris-Sorbonne ou Sorbonne Nouvelle ne sont que des succédanés aussi nostalgiques qu'abusifs. En fait, ces universités ont pour seule authentique dénomination administrative, Paris 4 et Paris 3. Ce sont leurs conseils qui ont adopté, comme ils en avaient le droit et comme l’ont fait aussi l’immense majorité des universités provinciales, des dénominations moins austères ou plus prestigieuses, à leurs yeux du moins.

Le vrai problème était (et demeure) celui du financement des universités et non celui de savoir si l'on peut ou non y faire des cours en anglais ! Il continue à dépendre quasi exclusivement de l’Etat, d’abord et surtout par la rémunération des personnels enseignants, techniques, administratifs ou de service. A titre indicatif, dans le prix de revient global d’une université (ne parlons pas du seul budget, car il n’incluait pas la rémunération des personnels statutaires, qui sont payés directement par l’Etat, hors budget), les traitements représentent, en gros, en moyenne et au minimum, les trois quarts.

Cette masse est évidemment à la fois énorme et incompressible. L’université, en outre, dans certaines limites, ne peut donc « agir » que sur une modeste fraction de son budget affiché ; ajoutons que, dans cette fraction budgétaire elle-même, des dépenses incompressibles (entretien courant, fluides, chauffage, heures complémentaires, personnel contractuel recruté sur budget universitaire, etc.) tiennent une place très importante. Comparer le budget d’une université française avec, par exemple, celui d’une université américaine, privée et même publique (d'Etat), n’a donc guère de sens, si l’on ne prend pas en compte les énormes différences structurelles et même culturelles.

Globalement d’ailleurs, depuis la loi Edgar Faure, les rares aménagements qui ont été apportés sont, pour la plupart, allés dans le sens d’un très léger accroissement de l’autonomie budgétaire de détail des établissements, mais, par la force des choses, dans des limites très modestes. Ainsi a-t-on pu plus facilement, dans certains cas, faire passer des crédits d’une ligne budgétaire à une autre (dans le cas des heures complémentaires par exemple), même si les contraintes restaient très pesantes. Le problème majeur demeure toutefois que, dans un budget universitaire, le pourcentage de crédits sur lesquels peut s’exercer cette prétendue « autonomie » est très faible. L’université a une autonomie, mais elle n’a pas les moyens de l’exercer.

En feignant de parler d’autonomie des universités, n’est-ce pas en fait de privatisation qu’on a voulu parler, sans oser le dire, et sans qu'une telle évolution soit d'ailleurs possible ? La privatisation ne peut dès lors conduire qu'à la paupérisation globale et à des choix masqués, la prétendue autonomie servant en fait à couvrir un désengagement, politique, moral et financier, de l'Etat et l'étouffement progressif des petits établissements qu'on a multipliés de façon excessive sans oser désormais les supprimer.

Un exemple significatif : la France peut-elle ou veut-elle continuer à offrir la quasi-gratuité des études supérieures, quasi unique dans le Nord, sans pratiquer une sélection à l’entrée des universités, comme cela se fait à peu près partout, et en laissant s’opérer, de plus en plus, une sélection cachée, tant par l’orientation aveugle vers des filières-poubelles que par l’échec massif dans les premières années ?

La première mesure à prendre, élémentaire et salutaire, ne serait-elle pas de supprimer le baccalauréat (qu’obtiennent entre 82 et 90% des candidats - selon le mode de calcul) ? Il coûte très cher sans qu'on sache même exactement combien, car tout dépend de ce que l'on fait entrer dans le calcul de son prix de revient, (on va parfois jusqu'à 300 millions d’euros par an, sans en rien savoir en fait) ; le pire est qu'il ampute et désorganise les fins d’années scolaires, et, sans servir à quoi que ce soit, empêche de poser le problème de la sélection à l’entrée à l’université, qu’on laisse s’opérer clandestinement, comme les détournements de la carte scolaire, par des consultations, faites en douce, des livrets scolaires, des exigences latentes de mentions, des droits supplémentaires et subreptices, etc.
Il en est de même pour le détournement, ancien et constant, des filières courtes (IUT, BTS) dont la plupart des étudiants passent, dès qu'ils ont leur DUT ou leur BTS, par équivalences, dans les filières longues. Ces choix sont majeurs, même s’ils ne sont pas explicités et si, quand ils sont esquissés, le sont de façon détournée et/ou latente.
On aurait dû voir, en revanche,  un signe prémonitoire dans le fait que le Président de la Conférence des Présidents d’Universités, au moment de la loi Pécresse, s’appelait... Monsieur Finance ?

 

vendredi 12 avril 2013

La France éternelle. : la Banque de France

La France est décidément et sera toujours la France.

L'aspect le plus intéressant et le plus significatif de la situation actuelle n'est en rien l'affaire Cahuzac, car on finira bien par savoir la vérité ; le dernier acte le plus réussi serait, sans doute, de voir Monsieur Cahuzac venir, le 19 avril 2013, s'expliquer devant l'Assemblée nationale, ce que tout le monde semble redouter, au PS surtout.

En revanche, le comportement de nos politiques est admirable car il est, à la puissance 2, celui de tous les Français. On le constate partout et toujours, les Français sont, en effet, tous pour les réformes ... à condition cependant qu'elles ne les concernent pas eux-mêmes. Nos femmes et nos hommes politiques qui sont des Français présentent donc cette caractéristique, mais, si je puis dire, "au carré". Il est évident, en effet, que le "dégraissage du millefeuille", métaphore bizarre qui devient l'expression à la mode, en combinant, d'une façon inattendue et inadéquate, le mammouth de Claude Allègre et le millefeuille administratif, les atteint doublement dans leurs œuvres vives puisque il les toucherait à la fois dans les monopoles électoraux dont ils bénéficient et au portefeuille, directement, par les indemnités liées aux différentes fonctions mais surtout par l'atteinte à tous les bénéfices annexes qu'ils en retirent, quel que soit leur degré de latence et d'illégitimité.

Question simple ; comment simplifier sans toucher au cumul des mandats et surtout des privilèges. Ah qu'est jolie et riche de sens la double signification, dans notre langue, du mot MANDAT! 

Ces dernières années, il m'arrivait assez souvent de passer devant la luxueuse villa du quartier Mazarin d'Aix-en-Provence où avait (je ne sais pas pourquoi j'use ici de cet imparfait quand le présent serait de toujours de mise) le privilège de résider le directeur local de la Banque de France. Depuis la réforme de 1998, qui a porté l'euro sur les fonts baptismaux financiers et créé la Banque centrale européenne, je ne sais pas trop à quoi s'occupe exactement l'abondant personnel de la Banque de France (13 009 personnes fin 2010) dans ses 131 agences régionales en France. Ce personnel constitue d'ailleurs l'un de ses records de pléthore administrative dont nous demeurons les fiers titulaires, puisque notre chère Banque de France a le privilège de compter, à elle seule, plus d'employés que les seize autres banques centrales de toute la zone euro, à en croire le rapport de la Cour des Comptes du 12 février 2012. J'ajoute que ce même rapport de la Cour des Comptes de 2012 signale, et ce n'est pas pour étonner, que la Banque de France présente des "sureffectifs" qui, en moyenne et à la louche, peuvent être évalués à 10 % (ce qui paraît bien peu mais ce doit être selon les "normes" de l'établissement), sans parler du nombre très excessif des implantations régionales, dont le nombre est supérieur à celui des départements puisqu'on n'en comptait 131 (pour votre information et en passant, la Bundesbank allemande prévoit pour 2017, 31 caisses régionales quand la France en aura encore, semble-t-il, 105).

J'observe en passant, d'ailleurs, qu'on peut s'interroger (mais peut-être l'ai-je déjà fait ?) sur la Cour des Comptes elle-même, puisque ses rapports, toujours fort intéressants et éclairants, ne servent A RIEN puisqu'ils ne sont pas contraignants et moins encore coercitifs. Cette noble institution n'a aucun pouvoir de sanction ni même de contrainte ; elle a, en revanche, le mérite de fournir par ses nombreux rapports, copieux et toujours bien informés, la matière de réjouissants articles à notre presse écrite et audiovisuelle nationale qui s'épargne ainsi un travail qui serait le sien mais qu'elle serait bien incapable de faire. On sait, en effet, que la Cour des Comptes n'examine que les comptes et non les comptables, ceux-ci ne relevant que de la Cour de discipline budgétaire qui elle, en revanche, ne s'intéresse pas aux comptes eux-mêmes ! C'est étudié pour !

Si notre Banque de France comptait 13 009 employés fin 2010 (et je puis vous assurer que ce sont là des fonctionnaires privilégiés auprès desquels les autres sont odieusement exploités), on envisage d'ici 2020 la disparition de 5000 emplois. Là aussi, rassurez-vous, ce ne sont que des départs à la retraite, mais fort curieusement, on va aussi recruter 2500 personnes ! On se demande un peu comment par quel paradoxe arithmétique, on aboutira à la réduction des effectifs qu'on annonce pour 2020. Sans doute, comme l'annonçait l'autre : « Demain on rasera gratis ».

J'entendais l'autre jour le directeur général de la Banque de France causer dans le poste ... pour ne rien dire d'ailleurs, mais fort heureusement le journaliste qui l'interviewait apparemment ne voyait aucun paradoxe dans l'existence de tels effectifs vu les finalités et activités de cette noble institution ; il s'est donc bien gardé de poser la moindre question à ce sujet et l'entretien fut aussi courtois que parfaitement dépourvu de contenu. C'est l'avantage en France on peut toujours compter sur les journalistes pour ne rien dire.

Demain je vous raconterai une histoire encore plus belle que celle-ci car je la connais bien, celle des zones franches douanières de la Haute-Savoie !

lundi 4 mars 2013

Ecole 2013. Retour en arrière N° 17. "Mise en place des diplômes nationaux" (Mon blog du 15 février 2010)


« Mise en place des diplômes nationaux de master ouverts aux étudiants se destinant aux métiers de l'enseignement - rentrée universitaire 2010 »
Chère lectrice, cher lecteur,

Je vois d’ici votre œil concupiscent s’allumer de convoitise à la simple lecture du titre de la circulaire n° 2009-1037 de la DGESIP A3 en date du 23-12-2009 que je viens de citer.

Ne comptez toutefois pas sur moi pour vous en livrer l’intégralité ni même le résumé (des textes de cette densité ne se peuvent résumer), bien que, dans mon louable désir de comprendre enfin quelque chose à la « mastérisation » qu’on nous annonce, j’aie fait l’immense effort d’en parcourir les indigestes pages. Je ne me livrerai donc ici qu’à une approche par quelques remarques de simple bon sens que m’ont inspiré d’ailleurs plutôt la forme que le fonds de ce document.

Ma première remarque touche à la date même de ce texte qui devrait entrer en application à la rentrée prochaine (donc en septembre 2010) et qui pourtant n’a été publié que le 23 décembre 2009. Autant dire qu’il est arrivé dans la hotte du Père Noël ! Cette date me paraît bien tardive, puisque désormais nos universités, dans un louable souci d’efficacité et dans la recherche désespérée de semestres dont la durée dépasse trois mois, rouvrent leurs portes début ou mi-septembre. Comme une rentrée ne s’improvise pas totalement, il faut que les services des enseignants et les emplois du temps soient prêts, au plus tard, fin juin, on voit qu’il ne reste guère que moins de six mois pour bâtir ces nouvelles formations qui visent à révolutionner un système vieux de plus d’un siècle !

Un autre point majeur qui frappe, dès le titre de cette circulaire, est l’usage qui y est fait du terme « métiers de l’enseignement ». La formule est doublement remarquable ; d’une part, en raison du pluriel du mot « métiers ». Il y aurait donc, dans l’enseignement, d’autres métiers que celui d' «enseignant » ou de "professeur" ? La chose est d’autant plus étonnante que la plus grande réforme de l’éducation nationale, au cours du dernier demi-siècle, a été de changer le titre d’« instituteur » en celui de « professeur des écoles » ! Je sais bien, rassurez-vous, qu’il y a des « documentalistes» et des « conseillers principaux d'éducation « (les anciens surveillants généraux) qui, comme les « chefs d’établissements », qu’on s’étonne d’ailleurs, de ne pas voir mentionnés dans ce texte (n’auraient-ils pas de « métier »?) sont, à peu près tous, d’anciens professeurs, pour la plupart las d’enseigner et pour certains, aspirant à bénéficier d’un logement de fonction et/ou de quelques primes spécifiques.

Plus important toutefois, dans ce texte fondateur, me paraît l’usage du mot « métier » lui-même qui, naguère encore, aurait pu être jugé inconvenant dans un tel contexte. Sacerdoce ? Apostolat ? Vaste et importante question, qui, souvent, dans le passé, a été réglée par la négative, cette question elle-même étant jugée, le plus souvent, incongrue voire sacrilège. « L’université doit-elle préparer à l’exercice d’un métier ? ». Plusieurs formules ont été imaginées pour contourner cette interrogation, à défaut d’y répondre vraiment, tant par la création d’universités plus ou moins dérogatoires (comme autrefois Dauphine ou Compiègne) ou de filières courtes comme les IUT, ou longues mais « professionnalisantes », voire même « professionnelles ».

L’enseignement, qui est pourtant le débouché professionnel majeur des étudiants des filières universitaires de lettres et de sciences dures, est toujours resté hors des perspectives d’emploi, même si la préparation des concours de recrutement restait l’apanage des universités, les agrégés demeurant, naturellement, libres de devenir, à défaut d’enseignants, Président de la République, Premier ministre, PDG de Paribas ou fondateur du MoDem (en attendant plus et mieux si affinités)!
 
Je n’ai guère traité que des deux lignes du titre !
 
Je saute pourtant directement à la signature de la circulaire. « Le directeur général pour l'enseignement supérieur et l'insertion professionnelle. Patrick Hetzel ».
 
In cauda venenum car là se trouvent l’innovation majeure et la clé du mystère.
 
Patrick Hetzel, en effet, qui a naguère enseigné à Lyon 3, est un professeur de gestion de l’université de Paris 2 (Panthéon-Assas), établissement bien connu lui aussi pour ne pas abriter de révolutionnaires et dont les activités majeures sont fort éloignées des métiers de l'enseignement. Nous y reviendrons en essayant de voir, pour le coup, le contenu du texte !

samedi 2 mars 2013

L'école 2013 (N°15). Retour en arrière : "L'histégé" et l'identité nationale (mon blog du 9 décembre 2009).


La réforme de "l'histégé" (entendre "histoire et géographie") en terminale, envisagée par le ministre Luc Chatel, fait depuis deux ou trois jours le buzz et la une des médias.

Comme on pouvait le prévoir, cette réforme a suscité une réaction et une pétition des professeurs d’histoire, car ce sont eux surtout qui ont pris la tête du mouvement, dans la mesure où ils fréquentent bien plus les médias audiovisuels que leurs obscurs collègues géographes ; ils ont donc pensé, avec bon sens, qu’ils seraient mieux et plus vite entendus. Les promoteurs de l’idée sont Azéma, Kaspi, Stora ou Tulard, invités quasi permanents de nos chaînes, de France-Culture aux niaiseries historisantes de Stéphane Bern.

J’ai cru comprendre que « l’idée », si l’on peut appeler ça une idée, est de réduire d’une heure, entre la première et la terminale de la noble filière S, les enseignements d’histoire et de géographie, en supprimant, du même coup, le caractère obligatoire de ces matières en terminale ; elles y seront en option avec un horaire réduit pour les élèves de terminale qui le souhaiteront, mais on alourdira leur horaire en première avec une épreuve de contrôle définitive en fin d’année. Cela participe, comme toujours de façon sournoise, du rétablissement subreptice de la première partie du bac qu’on a supprimée dans le passé et dont j'ai parlé dans un blog précédent.

On reconnaît là cette loi permanente de l’évolution de l’administration française qui finit toujours par rétablir ce qu’elle a précédemment supprimé, comme elle supprime, après un certain temps, ce dont elle avait proclamé, à grand son de trompe, l’absolue nécessité de création. De tels cas sont, par exemple, ceux des IUFM (pour l’éducation nationale) et de la DGCID (pour le ministère des affaires étrangères). Comme disait ma bonne et sage grand’mère "Faire et défaire c’est toujours travailler".

Tout cela appelle trois remarques, outre celle que je viens de formuler et qui concerne le fonctionnement général de nos administrations.

La première tient au mouvement clairement corporatiste de nos plus éminents enseignants. Tout le monde se plaint, tout le temps, que les programmes scolaires sont trop chargés, mais, dès qu’on touche, si peu que ce soit, au programme d’une discipline quelconque, en l’allégeant ou en le modifiant à peine, on voit aussitôt se dresser toute la corporation concernée, qu’il s’agisse du latin, de l’histoire ou de la gymnastique !

Deuxième observation : Ce genre de réaction n'est que l’application spécifique d’une loi plus générale, inscrite au tréfonds de notre identité nationale actuellement en débat : « Toutes les réformes sont toujours souhaitées par tout citoyen français, sauf celles qui le concernent et le touchent plus ou moins, directement et personnellement, en quoi que ce soit ». La réforme en somme, c’est, toujours et en tout,... pour les autres !

 Troisième point. Cette affaire montre, une fois de plus, combien nos ministres sont mal conseillés. Personne ne s’avise, en effet, de dire que « l’histoire et la géographie » ou, dans le jargon professionnel national, « l'histégé », constituent une étrange spécialité hybride, purement et spécifiquement française donc inscrite, par là-même, dans notre identité nationale. Nul autre pays en effet ne songe à rapprocher deux spécialités, si totalement différentes et si parfaitement étrangères l'une à l'autre. Bien des formes de géographie spécialisée, de la géographie physique (glaciaire par exemple) à la géographie économique, sont bien plus proches de sciences, de la nature ou autres, comme la géologie ou l’économie qui ne sont nullement présentes dans les facultés de lettres et de sciences humaines, où est, en revanche, enseignée l’histoire.

Je ne vais pas faire ici l’histoire de cet étrange « concept » d'"histégé", mais si la Rue de Grenelle avait eu la bonne idée de me consulter, j’aurais, stratégiquement, conseillé de séparer les cas des deux disciplines, à la fois pour diviser l’opposition corporatiste (vieille tactique toujours efficace) et pour régler une question pédagogique bien réelle, tant des deux disciplines sont différentes.

La prochaine fois que vous envisagez une réforme, appelez-moi Monsieur le Ministre, au lieu de payer des imbéciles de conseillers à 10.000 ou 15.000 euros par mois ; mes tarifs de consultation sont bien plus raisonnables et surtout mes conseils sont infiniment meilleurs !

mardi 26 février 2013

L'école 2013.(N° 11) Retour en arrière mais petit saut en avant (en 2010 avec mon blog du 12 mars 2010) : Meirieu est arrivé (sur l'air de "Zorro est arrivé"


 Louons le Seigneur, mes frères et mes sœurs ! Meirieu est arrivé et notre route va être désormais semée de roses et de lis !

La fin des IUFM n’a pas eu que des inconvénients, puisqu’elle a conduit Philippe Meirieu à se rendre enfin disponible pour le salut politique de la France ; en effet, il conduit désormais, aux élections régionales, contre toute attente, la liste Europe-Ecologie en Rhône-Alpes ; le PS n’a pas su se gagner et surtout conserver ses inestimables services, faute de lui proposer la place de J.J. Queyranne; ce dernier n'a qu’à bien se tenir, car l’ex-charlatan des sciences de l'éduc. a commencé à lui tailler des croupières ; il n’y a pas loin de la rue de Grenelle à la rue de Solférino et ce chemin lui est familier !

Je ne veux pas reprendre ici les post que j’ai déjà faits et où j’ai évoqué longuement la figure, magistrale et tutélaire, de Philippe Meirieu.

Je dois dire toutefois que je suis très inquiet, car dans le blog sanglant sur Meirieu paru dans Marianne2 (sur internet) du 7 mars 2009 et dont je vous recommande la lecture, sur la photo qui accompagne l’article, Meirieu porte moustache ! Ce point est capital, car Meirieu, outre ses affaires commercialo-pédagogiques, gère avec le plus grand soin son image.

Je ne vais pas vous refaire le coup de la sémiologie de la figure et des attitudes de Meirieu. Je l’ai déjà fait. Force est de lui reconnaître le mérite majeur d’avoir fait, sur l’autel de l’écologie rhônalpine, le douloureux sacrifice de sa moustache blanche (garantie d’origine et de style) qui complétait si heureusement sa binette de pédago sur le retour (chevelure et moustache de la même farine, lunettes intellectuelles et regard perdu en direction de la ligne bleue de l’éducation, qui se perd, de plus en plus, dans les nuages comme vous l’aurez toutes et tous constaté).

Meirieu est l’homme qui a ouvert en France la route glorieuse des sciences de l’éducation ; si elle a conduit notre école là où elle est actuellement, elle a permis, en revanche, à Meirieu de faire sa carrière universitaire personnelle, tout en montant un fructueux commerce de publications et de produits dérivés en tous genres. Le filon étant quelque peu épuisé, car le pédagogisme a fait son temps, et l’âge de la retraite de ce fonctionnaire arrivant inexorablement pour lui (on ne peut rester, quel que soit son désir, au delà de 68 ans), Meirieu est désormais enfin disponible pour la politique. Il va donc nous créer, après les sciences de l’éducation, les sciences de la politique !

Je l’ai entendu par hasard ce matin, 10 mars 2010, sur France-Infos me semble-t-il. Le problème pour lui est que, si son discours éducatif était parfaitement rodé après trente ans d’usage (et cela d’autant qu’il n’était qu’une simple resucée servile des théories nord-américaines en la matière), son argumentaire écolo-politique est pour le moins indigent.

J’ai rappelé, dans mon précédent post (dont j’ai donné la référence et qu’il faut lire car je ne puis en reprendre ici tous les termes) que sa première mesure pratique majeure concerne la sauvegarde et la promotion des moulins à café de nos grand’mères. Ce matin, j’ai noté, en complément au précédent, son principe majeur en matière de réflexion politique.

Il propose, en effet, de faire d’Europe-Ecologie la pierre angulaire de la future politique française ; elle ne devra plus consister dans le jeu de deux partis (UMP et PS) dont chacun « attend d’être dans l’opposition pour se préparer à revenir au pouvoir ». Je vous jure que c’est vrai. Pour rester dans la chanson, après Henri Salvador (« Zorro est arrivé… »), Jacques Dutronc (PS versus UMP, vous n’y pensez pas ! « Et moi ! Et moi et moi …! »)

Trop occupé par ses affaires pédagogiques dans les dernières décennies, Meirieu n’a jamais entendu parler de Bayrou et de son MoDem. Il faudrait que quelqu’un se décide enfin à lui en parler !

vendredi 22 février 2013

L'école 2013 (N°7) . Retour en arrière. Du vocabulaire au cartable (Blog du 3 novembre 2007)

Depuis deux ans, les ministres successifs de l’Education Nationale, l’assureur Gilles de Robien comme l’agrégé Xavier Darcos, font appel pour résoudre leurs problèmes, quels qu’ils soient, à Alain Bentolila de Paris V-Nathan qui, de mission en rapport, règle les uns après les autres tous les problèmes de l’école, avec un succès qu’on peut chaque jour constater.

A la demande de Gilles de Robien, vain pourfendeur, pour l’apprentissage de la lecture, d’une méthode globale que nul n’utilise plus, Bentolila s’est attaqué à l’illettrisme. Ce domaine lui est familier puisque, la foule des livres de lecture dont il a "dirigé" la production (le "semi-global" Gaffi, ses innombrables resucées et les produits dérivés d’icelui) a puissamment aidé à faire en sorte que 20% voire 25% des élèves français ne sachent pas lire en fin de cycle primaire. Désastre pédagogique certes, mais admirable réussite commerciale.


Et on ne s’est pas arrêté là. Après avoir fabriqué en foule des illettrés, on s’est donné l’opportunité de créer des observatoires de la lecture, pour en étudier la production de masse (Comme dit une de nos vieilles chansons paillardes « "Sortons zob-server l’illettrisme…") ; en suite de quoi, les mêmes se sont mis à produire de nouveaux ouvrages pour combattre ce fléau qu’ils avaient eux-mêmes créé.

Fort de ces succès, Bentolila, toujours sous de Robien, s’est attaqué ensuite sur demande ministérielle toujours, à la grammaire, cette fois avec le soutien inattendu d’Erik Orsenna et d’un gnome inconnu, de Paris V, dont le nom m’échappe sans que j’aie la patience de rechercher le post que j’avais écrit alors à ce propos. Le rapport avait l’ambition un peu insolite de régler, en même temps que celui de la grammaire, le problème de la violence scolaire. Le respect des règles de la concordance des temps et de l’accord des verbes pronominaux réfléchis devait apaiser les passions, ce qui n’est peut-être pas faux, mais reste néanmoins à démontrer.

Toujours à la demande de la Rue de Grenelle (on ne change pas une équipe qui gagne surtout quand elle porte le maillot Nathan), le polyvalent Bento s’est chargé du lexique ; il a instauré ce que dans un post irrévérencieux j’ai appelé « la BA lexicale ». Bentolila s’est inspiré de Baden-Powell. Comme tout scout doit accomplir chaque jour une bonne action, sa BA (dont vous aurez noté que, par un signe irrécusable du destin, la BA des scouts, par les initiales mêmes d'Alain Bentolila, annonçait la BA lexicale!), chaque élève doit apprendre quelques mots par jour. Naturellement, comme dans les cas précédents, les éditions Nathan sont là pour aider à la réalisation de ces mirifiques objectifs pédagogiques.

Devant la multiplicité des domaines d’intervention de Bentolila, j’avoue ne pas comprendre pourquoi Xavier Darcos semble encore hésiter à faire appel à Superbento dans l’affaire du poids des cartables qui est donnée comme la préoccupation majeure de la Rue de Grenelle en ce moment. Certes, la maison Nathan fait plutôt dans les livres scolaires et leurs produits dérivés que dans les cartables et les sacs à dos, car il paraît avoir échappé à nos éminents experts en pédagogie que le cartable n’est plus guère de mise dans nos écoles.

Certes, dans ses précédentes missions, Superbento n’a guère brillé par l’originalité et la novation, mais il est clair que son imagination était bridée par les contraintes commerciales que lui imposait son employeur "dissimulé". Ici rien de tel dans ce cas et Superbento peut tout oser.

Les cartables sont-ils trop lourds ? Pourquoi, par exemple, ne pas imaginer de les équiper d’un dispositif qui, couplé à un peson très simple, permettrait, grâce à un distributeur familial ou scolaire d’hélium, de gonfler un ballon qui réduirait le poids du cartable le ramenant au poids idéal souhaité. Le coût de l’installation et de son fonctionnement pourrait être réduit sinon même annulé par la vente de l’espace publicitaire qu’offriraient ces ballons. Le secrétaire d’Etat aux sports, désormais à mi-temps sans la santé, Bernard Laporte, expert en matière de ballon, pourrait tout à fait gérer la régie publicitaire qui commercialiserait ces espaces.

La mode du sac à dos pourrait aussi conduire à une amélioration du système dans le sens du déplacement individuel global en prenant en compte en outre ses aspects écologiques. En effet, les bretelles du sac à dos, une fois renforcées, pourraient devenir un harnais propre soutenir à la fois l’écolier et son sac de classe. L’adjonction d’un petit moteur électrique fonctionnant avec des panneaux solaires souples, disposés sur la partie du ballon exposée à la lumière, la face dans l’ombre restant disponible pour la publicité, assurerait alors le déplacement individuel écologique de l’élève porteur du dispositif, la hauteur au-dessus du sol étant naturellement réduite pour éviter tout risque d’accident et permettre aux passants croisés une lecture facile des messages de publicité.

Si un pauvre Persan comme moi peut, en un instant, imaginer deux solutions si novatrices au problème du poids des cartables et sacs scolaires, on comprend aisément ce que pourront être, dans ce même domaine, les propositions génialement innovantes de Superbento !

D’avance, bravo Superbento !


jeudi 21 février 2013

L'école 2013. (N ° 6). Retour en arrière. Toujours le lexique (mon blog du 27 décembre 2007).


On a découvert récemment comment le directeur de cabinet du ministre chargé du relogement des mal logés louait, depuis un quart de siècle (il faut ajouter que le directeur en cause est un préfet proche de la chiraquie), un superbe appartement de 190 mètres carrés (à Port-Royal) à un tarif HLM. On a, comme toujours, instruit cette affaire à charge, au lieu d’admirer et de louer l’ingéniosité du préfet à trouver des solutions simples et peu coûteuses au problème du logement à Paris, ce qui le désignait tout naturellement aux fonctions qui étaient les siennes aux côtés de Madame Boutin.

Je prévois un autre scandale le jour où l’on va découvrir que le gourou de nos ministres successifs de l’éducation nationale, Superbentolila, n’a jamais passé le moindre concours de recrutement de l’éducation nationale et n’a donc jamais enseigné de sa vie, hors de l’université de Paris V, où il a fait toute sa carrière sous la haute protection du... SNES-Sup. Ce syndicat de gauche à l’air fin aujourd’hui, puisque Superbento a changé de camp politique au fil de ses intérêts financiers. En fait, il n’est même guère présent à Paris V, puisque son principal employeur de fait est Nathan qui, par le plus grands des hasards bien entendu, édite des livres scolaires touchant exactement aux domaines dont on lui demande de traiter dans ses rapports officiels ! Vous voyez le "rapport", si j'ose dire ? 

Il est vrai que quand on voit les propositions qu’il fait au ministre, on comprend vite qu’il n’était pas nécessaire d’avoir une grande connaissance et expérience de l’école pour les formuler. Elles tiennent en trois mesures-phares (ou plutôt lumignons), toutes d’une puissante originalité, comme vous allez le voir :

- scolarisation en maternelle à trois ans (plutôt qu’à deux, ce qui est loin d’être admis et possible partout) ;

- faire « apprendre un mot par jour » aux enfants ;

- donner une formation spécifique de 50 heures aux futur(e)s enseignant(e)s de maternelle.

Fichtre! Il ne fallait pas moins qu'une Commission ad hoc présidée par Superbento pour en arriver là! La vraie question demeure et peut-être un jour saura-t-on le fond des choses. Pourquoi et comment laisse-t-on ce linguiste, dont la production scientifique, effective et réellement personnelle, est des plus modestes, occuper ainsi ce terrain scolaire et tisser sa toile, comme celle de Nathan, sous couvert de remédiation d’un illettrisme qu’ils ont largement contribué à créer par leurs méthodes de lecture et à développer à travers de pseudo-organismes scientifico-professionnels comme l’Observatoire de l’illettrisme ou, désormais, le programme « Télé Formation Lecture » du même Superbento qui, comme par hasard, renvoie aux mallettes « Formation lecture » produites … Devinez par qui et où ? Non, on ne gagne rien car c’est trop facile : chez Nathan par Superbento.

Le lexique, une des spécialités de cet éditeur, est donc, heureuse coïncidence, la clé de voûte de toutes les réformes proposées par Superbento, durant tout le cycle primaire, depuis la maternelle. Sans reprendre ici un de mes anciens posts sur le sujet que je replace avant ou après celui-ci (au gré des hasards de l’informatique), faisons preuve d’un bon sens et opérons un petit calcul tout simple, en prenant en compte que les enfants doivent apprendre, selon ses prescriptions, un mot par jour en maternelle et trois mots au primaire.


Un peu d'arithmétique élémentaire. Sur la base de 180 jours de classe dans l’année et du nombre d'années, les enfants devront donc apprendre en maternelle (1 x 3 x 180 = 540) et en primaire (3 x 5 x 180 = 2700) soit, pour une scolarité normale jusqu’à 11 ans, 3.240 mots.

Si l’on sait, ce qu’ignorent sans doute à la fois Superbento et Monsieur Darcos, que
le travail de Ch. Bernet a enfin établi, de façon sûre et définitive, l'étendue exacte du vocabulaire dont use Racine (2626 vocables, dont 252 noms propres, pour les tragédies profanes) et que le lexique français courant comporte environ 1500 mots, on mesure à la fois l'ignorance de l'expert et l’absurdité de la tâche comme de la démarche. On voit bien, en revanche, l’intérêt qu'elle offre pour AB et l’éditeur Nathan.

Le scandale est du même ordre que celui de l’affaire Bolufer, ex-directeur de cabinet de Christine Boutin, contraint, lui, à la démission par l'affaire que j'évoquais au début de ce texte. Elle est certes d'un genre un peu différent mais de telles manœuvres pourraient aisément être regardées comme de la prévarication ; cela d’autant, que, comme dans le cas d'autres affaires connues, on dissimule parfois, dans l'édition, une activité professionnelle effective sous le voile d'une rémunération en droits d’auteur, fiscalement privilégiée.


La vraie question est celle du pourquoi du comment ! Peut-être le saura-t-on un jour, mais cet état de fait ne semble choquer personne et surtout pas les ministres.