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mercredi 14 mai 2014

Justice Juive

On sait depuis Salomon et son fameux jugement que la justice juive aussi juste qu’efficace, ce qui est fort loin d’être le cas en tout lieu. On vient d'en avoir une nouvelle preuve avec l’affaire Ehud Olmert dont nos médias n’ont guère parlé.

Homme politique majeur en Israël, récent ancien Premier Ministre, Ehud Olmert vient en effet d'être condamné à six ans de prison pour corruption et pour avoir reçu, il y a quelques années dans une obscure affaire immobilière, 120 000 €. Aux six ans de prison auxquels il a été condamné, s’est ajoutée une amende de 210 000 €.  Ces choses là sont rudes ! En outre, l’énoncé de la sentence a été retransmis par toutes les radios du pays ; on a entendu le juge déclarer : « Il avait le poste le plus central et le plus important et il a fini condamné pour les crimes les plus méprisables ! » ajoutant même « Un responsable public qui accepte des pots-de-vin est comparable à un traître ».

Quel pays ! Verrait-on pareil procès et surtout  pareil jugement  chez nous, ce qui ne prouve hélas en rien que certains de nos hommes politiques ne sont pas susceptibles de tels actes délictueux ! Cela me rappelle ce pauvre Président Jules Grévy, contraint à la démission en 1887, par la fameuse affaire des décorations. Son gendre Daniel Wilson, député d’Indre et Loire, vendait, en effet, les décorations (la légion d’honneur se négociant entre 25.000 et 100.000 francs, en général dans des maisons closes !). On en fit alors une chanson demeurée célèbre (« Ah ! Quel malheur d’avoir un gendre ! ) ; en revanche, Wilson, protégé (déjà !) par son immunité parlementaire, ne fut guère inquiété mais surtout (et c’est là que je veux en venir) se fit réélire député deux fois dans la suite!

Pour en revenir à Ehud Olmert qui, pour son malheur est israëlien, la carrière et la politique du personnage n'est pourtant pas, sans intérêt. Olmert avait été maire de Jérusalem de 1993 à 2003 avant d'être Premier Ministre de 2006 à 2009.  On voit par là l'importance du personnage que les débuts de cette affaire ont pourtant fragilisé dès 2008 et conduit à renoncer à se présenter alors aux primaires du parti Kadima qu’il avait créé en 2005.

Vice-Premier Ministre et ministre des Finances du gouvernement de Sharon, après un bref interim, il avait succédé , comme Premier Ministre, au bouillant Ariel frappé par un AVC. Le point le plus remarquable, assez inattendu pour un ancien du Likoud, a été sa conviction intime, acquise peu à peu, qu'on pouvait aboutir à une solution négociée dans le conflit israélo-palestinien. Entre 2006 et 2008, Olmert avait mené des négociations avec Mahmoud Abbas. Son projet était de voir Israël se retirer de la plus grande partie des territoires palestiniens, tout en gardant sous son contrôle, sous une forme ou sous une autre, les colonies de Cisjordanie. On sait maintenant, par des sources américaines, qu’Olmert avait secrètement proposé aussi, en mai 2008, de restituer la plus grande partie de la Cisjordanie aux Palestiniens contre des échanges de territoires et surtout un partage de Jérusalem qui serait devenue la capitale des deux Etats.

Tout cela a malheureusement échoué, comme bien d'autres tentatives en ce sens. Il ne reste donc pas grand-chose de la vie politique d’Olmert, sinon sa fin qui, si elle n'est pas très glorieuse pour un ancien Premier Ministre, force l'admiration pour Israël sur le plan de la justice comme de la démocratie.

mardi 11 mars 2014

Du côté de la robe est la toute-puissance


Le même jour, a été célébrée « la journée de la femme » et a éclaté l'affaire des écoutes officielles dont font l’objet, depuis près d’un an Nicolas Sarkozy et, par voie de conséquence, son avocat Maître Herzog. La chose a fait si grand bruit dans le landerneau de la justice parisienne que la Garde des Sceaux a dû sortir de sa réserve. Dès lors, comment ne pas songer à modifier l'horrible formule machiste du sinistre Arnolphe dans l’Ecole des femmes (« Du côté de la barbe est la toute-puissance ») pour la remplacer par « Du côté de la robe est la toute-puissance ». Voilà qui est plus conforme au désir affirmé d'honorer la femme dans cette journée qui lui est consacrée et répond à la charge imprévisible de la brigade légère des avocats parisiens, conduite de façon un peu inattendue par leur bâtonnier P.O. Sur, qui, pourtant, aux termes de la loi, devait être informé de cette procédure comme l’a souligné la Garde des Sceaux dans son intervention sur France Infos :
« Des règles protectrices existent au bénéfice de certaines catégories de personnes : les parlementaires, les magistrats et les journalistes ». Pour les avocats, la loi précise en effet que le bâtonnier doit être informé des écoutes téléphoniques réalisées par les juges d'instruction. … Par ailleurs, les conversations entre client et avocat peuvent être écoutées par un service d’enquête. Mais elles ne peuvent pas être retranscrites et versées en procédure quand elles portent sur la défense du client. ». Tout cela est clair ! Concernant les perquisitions et les saisies aux cabinet et domicile d’un avocat, cette mesure est parfaitement légale, à partir du moment où un représentant de l’ordre des avocats est présent, ce qui a été, dit-on, le cas lors de la perquisition du domicile de Maître Herzog
Laissons ce fatras procédural passablement absurde d’ailleurs. Que se passe-t-il, en effet, si la personne écoutée (N. Sarkozy en la circonstance) est contactée au téléphone par un avocat nouveau ou inconnu ? On les prévient « Attention vous êtes écoutés ! », les policiers en service d’écoute font venir des témoins pour faire constater qu’ils se bouchent « les yeux et les oneilles » ou, faute de les informer, on fait annuler toute la procédure ! On peut écouter mais pas transcrire ? Va comprendre  Charles !

Tout cela est ridicule ! Tableau de genre. Le lendemain j'ai vu descendre de je ne sais quel palais de justice, trois avocats en robe, pleins de majesté (et à l’évidence de satisfaction !), poussant avec gravité leurs embonpoints,  toutes décorations dehors (et bene pendentes), en direction des caméras. Mais, au fait, qu'est-ce qui dans leur activité  professionnelle destine davantage un avocat à se voir ainsi décoré plutôt qu'un boulanger ou un maçon ? A quel titre ? Décidément, ils sont impayables, si l’ose dire, ces avocats !

Comme on l’a vu, Madame Taubira s'est exprimée avec un parfait bon sens et une grande clarté ; elle a assuré qu'elle faisait montre d'une « vigilance totale » en ce qui concerne les droits de la défense, mais qu'elle n’allait assurément pas
« assurer l'impunité à la profession d'avocat ». Elle a souligné aussi, toujours avec la même pertinence, que, si la défense de Nicolas Sarkozy souhaitait contester les décisions de justice dont ce dernier faisait l'objet, il lui suffisait de faire appel aux voies de recours prévus par la loi, sans avoir à faire écrire à ce sujet au Président de la République, comme menaçait de le faire le bâtonnier de Paris qui pourtant que pourtant on peut supposer parfaitement au fait de la sitation comme des moyens de contestation légaux. J’ai cru comprendre, à l’écouter, que ce qui l’avait le plus choqué, était qu’on ait pu réveiller, à six heures du matin, pour une perquisition un avocat ou un magistrat comme on le fait toujours un quelconque pékin !

C'est, je crois, ce même bâtonnier qui a allégué un point de vue qui vient, une fois de plus, souligner cette malice du hasard qui justifie la modification que j'ai déjà apportée aux propos d'Arnolphe, en suggérant que : « Du côté de la robe est la toute-puissance ». Ce bâtonnier déclare en effet que le cœur et le symbole des « libertés publiques » en France : « est le secret professionnel chez l'avocat, secret professionnel chez le médecin, le secret professionnel chez le curé ».

Vous n'aurez évidemment pas manqué de noter que les trois catégories professionnelles, si j'ose dire, qu’il distingue, se caractérisent où se sont, en effet, caractérisées dans le passé par le port commun de la robe.

La catégorie la plus conservatrice est certes celle des avocats (je reviendrai ensuite sur ce point) ; elle est fort attachée à la robe à 33 boutons, qui s’accompagne de l’épitoge, herminée ou non (celle des avocats docteurs en droit a trois rangs d’hermine), la toque ayant hélas disparu.

Les curés, en France du moins, ont désormais souvent renoncé à la soutane (donc à la robe) pour des tenues bourgeoises, sauf dans quelques minorités religieuses conservatrices qui y restent farouchement attachées.

C’est pire encore pour les médecins pour lesquels je suggérerais volontiers, dans cet esprit, de rétablir les robes et les bonnets pointus qui sont ceux de Molière ; comme nos avocats, ils ont un irrepressible penchant pour le latin, souvent, de cuisine plus que de Cicéron. « Clisterium donare, / Postea seignare, / Ensuitta purgare. » !

La robe est assurément un élément central et fondateur dans la conservation perpétuelle de nos libertés publiques et elle constitue un permanent rappel de la force de la tradition, y compris dans nos universités actuelles où elle fait un retour en force.

J'entendais, l'autre jour, sur une radio, un avocat commencer un propos anodin sous une forme à la fois étrange et tonitruante par cette formule qu'il nous a délivrée avec une lenteur gourmande : « Il appert que… ». Si les avocats craignent d'être écoutés, il leur suffirait, pour ne pas être compris du vulgum pecus, fût-il policier, d'user de ce vocabulaire juridique, dont ils sont tellement friands, même s'ils ne sont pas sensibles au ridicule de son archaïsme.

Comment résister ici au plaisir, pour leur information,  de citer un usage de ce verbe qu’ils aiment, tant dans une orthographe et une citation pour le coup authentiques  : « Constitué Louis Damour, mesnager, du lieu de Velaux, aagé d’environ 50 ans, témoing assigné et produit à la request de M. le procureur général du Roy, ainsin qu’il a faict apparoir de la coppie. — (Extrait d’information faite à la requête de M. le Procureur général du Roy contre le ministre des religionnaires de Vellaux, 24 may 1683) » ?


Pour mettre une note de gaieté dans ces propos austères, je citerai, en complément, une des rares mentions de ce terme dans le Trésor de la langue française : «  attendu qu'il appert clairement des débats que Lagoupille, par le désagrément de son commerce et ses exigences sans nom, a réussi à mettre en fuite la clientèle ordinaire du café du « Pied qui remue »...
COURTELINE, Un Client sérieux, 1897, 3, p. 76 ». Le caractère plaisant de l'usage n'apparaît que si on ajoute qu'il s'agit là d'un extrait d'une œuvre de Courteline, Un client sérieux, 1897, page 76 » !

Le lexique des termes juridiques se flatte, dans son édition 2014 (la 21ème me semble-t-il), d'offrir plus de 5500 entrées. Cet ensemble comporte aussi bon nombre de termes latins dont on se demande à quoi ils servent, d'autant que leur latinité elle-même est souvent des plus douteuses, surtout si l'on prend pour référence la langue de Cicéron. Mais revenons, pour finir, au fameux « appert » qu'affectionnent tellement nos gens de justice, je soupçonne bon nombre d'entre eux de le rattacher, bien à tort, au verbe « apparaître », alors qu'il s'agit en fait du verbe « apparoir » que naturellement des dictionnaires du français ignorent ou, au mieux, signalent comme désuet, même s'il demeure utilisé chez nos cousins québécois, ce qui ne fait qu’en souligner l'archaïsme savoureux.




mercredi 29 janvier 2014

De notre justtce

J'entendais ce matin 29 janvier 2014, à 8h15, sur France Culture, une émission sur la justice qu’ouvrait, comme souvent, un excellent éditorial de Brice Couturier. Jusque là, rien à dire ; on a entendu, dans la suite, les sempiternelles et vaines remarques sur notre justice toujours débordée par le manque de magistrats, son encombrement qui retarde à l'infini les décisions ; c’est là tout ce qu'on entend partout et quotidiennement et qui est tout à fait vrai et pertinent, sans, pour autant que, comme souvent chez nous, soient envisagées et moins encore conduites les réformes aussi évidentes qu’indispensables.
J'ai appris au passage, mais je m'en doutais un peu, qu’en une dizaine d’années, nous comptons 10 000 avocats de plus en France ! Pour la plupart, ce sont sans doute d'anciens hommes politiques qui, naturellement, n’ont pas été soumis aux procédures habituelles d’intégration comme le CAPA (Certificat d’aptitude à la profession d'avocat). Beaucoup n'exercent d'ailleurs pas dans sa réalité cette profession, se bornant à la figuration et au « conseil » rémunérés à d’autres titres.
 Ce point est adjacent ; il est bien plus fâcheux que les simples citoyens ne comprennent rien au discours de la justice et aux textes qu'on leur adresse sur les affaires qui les concernent. Pourquoi ne pas affecter plutôt ces « has beens » politiques sur des emplois de magistrats dont on manque plutôt que d’avocats dont on ne sait que faire. Je vous entends déjà protester et alléguer leur incompétence ! Sont-ils plus compétents pour être avocats que magistrats ? On pourrait même dans ce dernier emploi les munir des dés qui chez Rabelais étaient l’outil de travail quotidien du juge Bridoye.
 Je crois que la principale cause de la lenteur et de l'inefficacité de notre justice, où la moindre affaire met des années à être tranchée et où nos prisons surpeuplées sont pleines de prévenus présumés innocents (ce qui nous fait régulièrement condamner par la Cour européenne) tient à diverses causes, dont on pourrait envisager les solutions mêmes si elles sont toutes de la même nature.
 J'ai  eu, dans les dernières décennies de ma vie, par trois fois, affaire la justice dans des procès où j'étais moi-même attaqué.
 La première fois, ce fut par une romancière à succès qui m'accusait de l'avoir calomniée pour avoir dit qu'elle avait copié un ouvrage ancien dont j’avais moi-même assuré une nouvelle édition après en avoir trouvé le manuscrit inédit . Le pittoresque de la chose tient à que c'était la plagiaire elle-même qui m'accusait de l'avoir calomnié, en révélant, d'ailleurs sans la traîner moi-même en justice, son larcin. Alors qu'il suffisait de comparer les deux textes mis en parallele pour être convaincu. Les juges ont sans doute procédé autre ment car j'ai été condamné en première instance. Il m'a donc fallu faire appel, sur la base d'un vice de forme juridique, pour que je sois acquitté en appel. Mon avocat était parfaitement au courant du défaut de la plainte dès la première instance, mais il ne l'avait pas invoqué tant nous étions sûrs de gagner.
 Les deux autres affaires sont tout aussi ridicules que la précédente.
 Dans le premier cas, j'ai été accusé par une de mes anciennes étudiantes dont j'avais dirigé la thèse d'avoir empêché sa carrière ultérieure, alors que je l'avais bien prévenu dès le départ que je ne la soutiendrai pas dans une telle démarche, vu la médiocrité de son travail. Je dois préciser qu'étaient accusés par cette même étudiante, devenue sans gloire particulière, docteur et candidate à un poste, onze de mes collègues plus un étudiant qu'elle accusait d'avoir rejoint les rangs de cette machination. Condamnée deux fois (en première instance puis en appel) pour « abus de procédure », elle nous a amenés maintenant en cassation !
La dernière affaire est du même tonneau, mais plus pittoresque encore, puisque, en cette circonstance, un haut dignitaire de la Sarkozie me reprochait d'avoir souligné, dans un de mes blogs anciens, qu'il ignorait le sens du mot « errement » (à qui il prêtait le sens d'erreur), ce qui l'a conduit à me faire mettre en examen pour « diffamation », bien entendu aux frais de l'État et de nous-mêmes, puisque ce personnage, mieux introduit dans la Sarkozie que dans la lexicographie française, était porteur d'un mandat officiel de je ne sais quoi. Commencée en 2009, l'affaire s'est résolue fin 2013 ; les magistrats pour finir (j'avais été mis en examen, sans avoir jamais été entendu par le juge d'instruction, ce qui est un manifeste abus d'autorité) ont eu le bon sens et le courage de débouter mon adversaire, en soulignant, non sans pertinence, l'inanité de ces accusations et l'absence totale de diffamation.
Où veux-je donc en venir. ? Je veux simplement dire qu'à en juger par ces trois cas, la justice est encombrée de tas d'affaires qui durent des années et qui auraient dû être écartées, dès le départ, vu le vide et l'inanité des dossiers qu'elles mettent en œuvre. Serait-il donc impossible, comme cela se fait dans d'autres pays moins procéduriers et conservateurs que le nôtre, d'avoir une instance judiciaire, spécifique et préalable, qui écarte d'emblée ce type d'affaires ? Il serait tout à fait possible de maintenir le droit à la justice pour tout citoyen, tout en assortissant le recours à la justice contre l’avis de cette instance, de lourdes pénalités à régler préalablement par le plaignant qui voudrait passer outre cette fin de non-recevoir liminaire !
 Notre adversaire, dans l'affaire de l'étudiante que j'évoquais ci-dessus, a été déboutée deux fois pour « abus de procédure » (ce qui est rare !) et elle persiste en allant en Cour de Cassation où l’on peut espérer que son dossier ne sera pas transmis. Une telle obstination contre des décisions de justice successives sur une plainte jugée abusive ne devrait-elle pas être sanctionnée, d'autant plus qu'il est clair que, comme Dieudonné,  elle poursuit dans cette voie, pour ne pas payer les amendes et les frais auxquels elle a été déjà condamnée ?
Dernier point, et à mes yeux le plus important et le plus urgent sans doute.
Combien de siècles faudra-t-il attendre encore pour que la justice s'exprime enfin dans une langue intelligible pour les justiciables, au lieu d'user de ce grotesque latin de cuisine et pire encore de ce fichu lexique prétendument médiéval qui est censé être celui des chats fourrés du Moyen-Age?Je sais bien les effets qu'on cherche à obtenir par là. On veut ainsi à la fois empêcher les justiciables de comprendre ce qui se passe et perpétuer un privilège professionnel ridicule, mais aussi  se donner un langage particulier, un argot en somme, inintelligible aux autres catégories sociales, donc assimilable au « louchebem » des bouchers d’antan ou au verlan des voyous de nos « quartiers ». Mettre fin à ces pitreries lexicales serait, à n’en pas douter, la réforme la plus nécessaire, la plus utile et la plus facile, même si les résistances seront assurément fortes !

mercredi 9 octobre 2013

Éric Juppé et Alain Woerth : fusible ou lampiste ?


La décision finale des juges de Bordeaux a un peu étonné tout le monde, même si elle n'aurait pas dû surprendre, alors qu'elle est tout à fait dans la logique de notre système et d'une justice qui, selon le mot de Figaro, est toujours indulgente aux grands et dure aux petits, encore que, dans la circonstance, il ne s'agisse ni de l'un ni des autres. Comprenne qui voudra.

A ce propos, pour celles et ceux qui jugeraient étrange la distinction entre "étonner" et "surprendre" qu'on confond désormais si volontiers, je rappellerai une anecdote dont le héros est Emile Littré, l'auteur du dictionnaire. Trouvé au lit avec la bonne par Madame Littré revenue au logis inopinément et comme elle s'exclamait, "Monsieur, je suis surprise de...", elle fut interrompue dans son indignation par la remarque toute professionnelle de son lexicographe de mari ; "Non, Madame, vous êtes étonnée et nous sommes surpris!".

Mais cette mise au point lexicale faite, revenons à notre affaire.

À lire les extraits de la décision de Bordeaux (267 pages si je me souviens bien, car nos magistrats ont la plume facile, même s'ils écrivent de conserve !), il n'est fait aucune allusion claire et précise au point principal des réponses de Nicolas Sarkozy sur le nombre de visites qui a rendues à Madame Bettencourt. Il a toujours affirmé, en effet, contre vents et marées, n'en avoir fait qu'une seule, alors que plusieurs témoignages en signalent au moins deux. Mieux, on dispose de photographies où on le voit entrer chez elle vêtue de façons différentes. Même un Fregoli de la politique change moins vite de costume que d'opinions et il ne saurait le faire dans de telles conditions.

On s'étonne naturellement qu'au terme de considérations sur les comportements de Nicolas Sarkozy qui ont toute l'allure d'un réquisitoire, aussi sévère que fondé, les deux magistrats concluent par l'abandon des poursuites, alors qu'elles sont maintenues contre ce pauvre Éric Woerth qui était pourtant apparemment dans une position subalterne, puisque, s'il allait solliciter de l'argent chez l'héritière de L'Oréal, c'était évidemment pour le financement de la campagne de son candidat et donc avec l'accord de ce dernier, sinon sur ses instructions.

Tout donne donc à penser que pour des raisons qui demeureront inconnues, (Sarkozy a été ministre de l'intérieur et nul ne quitte la Place Beauvau sans emporter quelques dossiers sur ses ennemis ... et ses amis), on a cherché une solution qui ménageât à la fois les juges, en leur permettant de sauver la face puisqu'en cas de poursuite, ils auraient pu éventuellement, vu la teneur de leurs conclusions, atténuées au regard des faits, voir le prévenu relaxé, ce qui leur aurait fait perdre professionnellement la face, et Nicolas Sarkozy lui-même, qui s'il est épargné dans cette affaire, voit son image quelque peu ternie et les poursuites engagées contre son comparse.

On ne peut que songer à la totale similitude qu'il y a, dans cette situation, avec celle qui fut naguère celle du tandem Chirac-Juppé et qui se termina par la condamnation de ce pauvre Juppé, contraint d'aller porter le chapeau ou plutôt la chapka dans les arpents de neige canadiens. En sera-t-il de même pour ce pauvre Monsieur Woerth ? Je lui suggérerais plutôt l'édénique île seychelloise d'Arros. C'est assez probable à moins qu'on ne se contente, pour finir, du menu fretin (en dépit des sommes en jeu) que constituent Messieurs Bannier et de Maistre.

Pauvre Monsieur Woerth ! C'est la dure loi du métier politique en cas de coup dur ; elle vous condamne souvent à des choix douloureux, même en matière de métaphores, entre les inévitables mais nécessaires fonctions de fusible ou de lampiste!

mardi 17 septembre 2013

Justice et prison : le bon sens est-il de droite ou de gauche ?

Les débats actuels (malheureusement aussi incessants que consternants) dont la controverse Taubira-Valls n'est qu'un aspect médiatique, se caractérisent comme tant d'autres par une totale absence de raison comme de bon sens.

Je m'amusais ce matin, comme auparavant, durant le week-end, en écoutant notre président normal et Monsieur de Norpois-Fabius, à constater l'étonnement médiatique général devant le fait que le rapport, tellement attendu, des experts onusiens en Syrie ne mentionnait aucun responsable de l'usage du sarin, alors que, dès le début, la moindre lecture de la lettre de mission de ce comité d'experts montrait qu'il leur était, formellement est rigoureusement, interdit de se prononcer sur cette question. Leur seule et unique découverte est qu'on a utilisé du gaz sarin, ce que l'on sait depuis le début. Les causes de l'aveuglement de la presse (la paresse et l'incurie) et des politiques (omission naturellement volontaire) ne sont certes pas les mêmes mais le résultat est identique.

Depuis la controverse qui a opposé le ministre de l'Intérieur à la Garde des Sceaux, les questions de prison et de justice sont à la mode et on entend toutes sortes d'inepties sur le sujet. J'écoutais, ce matin encore, vers 8 heures 30, une émission un peu moins débile sur France Culture où s'opposaient des journalistes des criminologues et d'autres spécialistes de diverses farines.

Comme toujours chacun lisait midi à sa porte et l'on n'en venait toujours aux mêmes conclusions, il faudrait des postes et des moyens ! Ce raisonnement est malheureusement souvent celui des syndicats, en particulier dans l'éducation nationale où l'on entend sans cesse répéter qu'il faudrait moins d'élèves dans les classes, alors que toutes les études spécialisées sur cette question ont montré que l'incidence de ce facteur est extrêmement faible, voire nulle. Si l'on diminuait d'une unité le nombre des élèves de chacune des classes du système éducatif français, cela coûterait évidemment une fortune mais ne servirait rigoureusement à rien.

En matière de plaisanterie, j'ai posé dans mon blog, il y a quelque temps, un petit problème d'arithmétique que l'on pourrait faire figurer dans le futur examen d'entrée en sixième, même si je le juge sans doute trop difficile pour la majorité des élèves qui seront amenés à s'y présenter et qui pour bon nombre d'entre eux ne comprendraient même pas l'énoncé ... faute de savoir lire. Je le présente donc ici sous une autre forme, un peu plus brève. Comment faire 2.000.000 d'économies par jour dans les prisons françaises ?

Pour vous la faire courte, allons droit au but. Il y a, dans nos prisons, 10.000 étrangers (ce qui notons-le au passage correspond, très exactement, au nombre de places qui y manquent et qu'on cherche, en vain faute de moyens, à y créer) dont l'entretien et la surveillance coûte 200 € par jour. Vous me voyez sans doute venir ! 10 000 × 200 égal de 2.000.000 !

Il suffirait, donc comme cela se fait dans nombre d'autres Etats, tout aussi démocratiques et développés que le nôtre, de renvoyer ces condamnés dans leurs pays d'origine, ce qui est parfaitement légitime puisque, étant dans nos frontières (le plus souvent de façon illégale d'ailleurs), ils n'ont pas jugé bon de respecter nos lois. Certes il faudrait payer leur rapatriement, mais avec quelques charters ou autobus (pour éviter les incidents), cela peut être fait à moindres coûts, car il n'est pas question d'envisager pour eux la business class en direction de leur pays d'origine. Et qu'on ne vienne pas me parler de Sarkozy et de la double peine qui n'est qu'une ânerie plus que nous devons à ce prétendu grand homme d'État.

Dans tous ces débats, chacun lit midi à sa porte, qu'il s'agisse des criminologues, des sociologues, des gardiens de prison ou de tout autre catégorie socioprofessionnelle, sans parler des bonnes âmes toujours vigilantes.

Il est évident que la réflexion devrait d'abord s'attacher, en amont, à des problèmes comme celui je viens d'évoquer (Que faire d'un étranger qui commet un délit ou un crime sur notre sol national) ou à d'autres, tout aussi importants et plus facilement solubles, qui tiennent à une adaptation intelligente de la législation en cours lorsqu'elle est totalement inadaptée, voire stupide. Ainsi, est-il logique et raisonnable de menacer d'une peine de deux ans de prison un père qui ne paye pas la pension alimentaire à laquelle il est astreint ? L'emprisonner n'est pas-t-il pas le meilleur et le plus sûr moyen de maintenir cette situation, voire de la rendre inévitable ?

Il en est de même par exemple pour les délits routiers, même graves, où les peines d'emprisonnement sont évidemment infiniment moins efficaces que ne pourraient l'être des travaux d'intérêt particulier (et non général) qui seraient effectués, au domicile d'un accidenté ou mieux dans les centres et des hôpitaux qui accueillent les blessés de la route pour qu'ils y soient soignés ou éventuellement rééduqués. Je pense que voir, quelques semaines durant, les conséquences concrètes, dramatiques et pitoyables de leur conduite aurait plus de vertus correctives pour les chauffards que de séjourner en prison à regarder la télévision, picoler et fumer des clopes!

Pour en revenir à la question initiale que pose mon titre, le bon sens ne semble ni de droite ni de gauche mais je constate que le bon Descartes s'est largement mit le doigt dans l'œil et que le bon sens n'est en rien "la chose du monde la mieux partagée". Le problème est qu'on oublie toujours de lire la suite !

vendredi 30 août 2013

Jacques Vergès, l'homme des mystères (7) : antisémite ou antisioniste ?

L'avantage avec Jacques Vergès est que, s'il ment très souvent comme on l'a vu, il le fait en usant toujours des mêmes processus de falsification et toujours pour se valoriser, ce qui rend facile de le prendre la main dans le sac.

Prenons l'une de ses ruses les plus courantes qui est de tendre le piège de la déontologie humaniste qu'il affectionne particulièrement et qui vise à faire voir en lui, comme on a osé l'écrire, "un amoureux de la justice". On lui a posé cent ou mille fois la question de savoir s’il défendrait X ou Y (ceux-ci étant toujours des personnages qu’on juge des plus indéfendables, de Maurice Papon à Hitler en passant par Bush ou Sharon). De telles questions sont évidemment pain bénit pour lui qui peut se draper alors dans deux tuniques doublement immaculées.

Celle de l’humanisme d'une part, comme en témoigne le titre de son livre de 2005, emprunté à Térence et à feues les pages roses du Petit Larousse (J. Vergès n’aime rien tant que se piquer d'une culture classique qu'il juge distinguée sans la maîtriser tout à fait), Rien de ce qui est humain ne m’est étranger (il a reculé devant la citation latine originale « Homo sum et nihil humanum mihi alienum puto »).

Celle de la déontologie professionnelle d'autre part, qui le conduit à affirmer « Un avocat est là pour défendre, comme un médecin pour soigner » (le serment d’Hypocrite!). Peu importe les crimes de l'accusé, l'essentiel est toutefois qu'il soit riche ou que des riches payent en douce pour lui. Nous y reviendrons ! Un pauvre peut toutefois, parfois mais pas trop souvent, trouver grâce aux yeux de notre héros s'il apporte une publicité suffisante. Le jardinier maghrébin d'une riche héritière peut ainsi trouver un défenseur bon marché ce qui, comme on l'a vu, n'était en rien le cas des immigrés expulsés de la Sonacotra ! Quant à la défense dite de "rupture", dont J. Vergès se prétend le concepteur, elle fut imaginée et recommandée par Lénine puis reprise, bien plus tard, par Willard, un avocat français

On aura noté que pour lui couper cette voie de dérobade, un peu trop facile, je n'ai pas traité dans mes blogs des causes qu’on lui reproche toujours, qu’il les ait ou non réellement plaidées, de Barbie à Sadam Hussein en passant par Milosevic ou Kieu Sampan. Mieux vaut s’en tenir à ses relations et à ses amitiés choisies, sans lien direct réel avec sa profession d'où le numéro du défenseur humaniste, précédemment décrit et qu'il aime tant, est exclu d'emblée!

Au centre du livre de J. Givet, Le cas Vergès (Lieu commun, 1986)  que j'ai déjà évoqué, se trouve la question de l’antisémitisme de J. Vergès. Sa réponse est bien connue et il l’a encore répétée à T. Jean-Pierre, peu soucieux, comme de coutume, de le pousser dans ses derniers retranchements. Elle est simple et aisément prévisible.

Commençons donc par ce dernier auteur qui est, ici comme ailleurs, tout à fait complaisant pour ne pas dire servile.
"T. Jean-Pierre : « On vous reproche souvent votre antisémitisme.
Jacques [Vergès] : C’est un procès d’intention, un amalgame entre une conviction, l’antisionisme, et un fantasme, la haine supposée que j’aurais des juifs [sic] . Je suis profondément antisioniste ». (2000 : 221). Notons, au passage, qu'il ne répond rien à propose de l'antisémitisme, ce que ne semble pas remarquer Th. Jean-Pierre qui le questionne pourtant à ce propos même !

Cette affirmation vient, dans le livre cité, immédiatement (et ce n'est évidemment pas par hasard), après une de ces anecdotes édifiantes que Jacques Vergès adore et dont il a toute une panoplie. Je l'ai déjà rappelée et je serai donc bref. « Un jour au cours d’une suspension, une journaliste juive a traversé la salle, est montée à la tribune, m’a tendu une rose. Je lui ai baisé la main [comment résister à un tel homme ?], j’ai longuement regardé les trente-neuf avocats des parties civiles [J. Vergès est plus fort que le petit tailleur du conte et ses "neuf d'un coup!" ] tout en humant cette rose qui, pour moi, avait un triple parfum de plaisir : l’odeur de la fleur, le souvenir de l’attention de la jeune femme et la tête de mes adversaires » (2000 : 221).

L'intervention de cette jeune juive, qui, ne peut être que ravissante (faut-il le préciser, et, on le devine, secrètement éprise du maître) est une preuve décisive et définitive que J. Vergès n'est pas antisémite. Elle est surtout des plus inattendues au procès de K. Barbie, le "boucher de Lyon" qui a fait torturer et assassiner des milliers de Juifs et de non-Juifs dont les 44 enfants d'Izieu ! On s'interroge en outre sur le but d'une telle démarche. Le fait que les 39 avocats l’identifient aussitôt comme "une journaliste juive" donne à penser qu'elle portait, dans la main qui ne tient pas la rose offerte, une pancarte où l’on pouvait lire « Je suis une journaliste juive ».

Cela dit, le point de vue qu’exprime le plus souvent Jacques Vergès sur les Juifs est certes celui de l’extrême-droite, mais il est aussi, grosso modo, sans qu'on le dise, celui d’une partie de la gauche française. C’est en tout cas celui d’une frange de l’extrême-gauche, dont on sait qu’elle a fortement contribué à diffuser les thèses révisionnistes. On connaît, dans ce domaine, le rôle des publications de la "Vieille Taupe" avec Pierre Guillaume et Jean-Gabriel Cohn-Bendit, comme celui des éditions de J.E. Hallier qui ont publié en particulier, en 1981, Intolérable intolérance de R. Faurisson (co-signé par J.G. Cohn-Bendit). C’est aussi la position de Roger Garaudy, converti à l’Islam en 1982, qui, dans son livre de 1996, a souscrit aux affirmations du révisionnisme sur le caractère mythique de l’extermination des juifs par les nazis, tombant par là sous le coup de la loi Gayssot et défendu, lors de son procès, comme par hasard... par un certain Jacques Vergès.

Il est facile d’imaginer ce qu’ont pu être les réflexions de Jacques Givet, en 1998, quand J. Vergès a défendu Roger Garaudy, poursuivi suite à la publication de son livre, Les mythes fondateurs de la politique israélienne. Les deux hommes sont intellectuellement proches l’un de l’autre; ex-communistes l’un et l’autre, ils revendiquent le titre d’« antisioniste » et se défendent d’être antisémite ; si Garaudy ne nie pas formellement l’existence des chambres à gaz, il est néanmoins souvent à la limite des positions négationnistes. Il est curieux de noter que si l’un et l’autre se sont convertis à l’Islam, Ragaa (ex Roger) Garaudy, lui, semble demeurer fidèle à la charia, tandis que Mansour Vergès est redevenu Jacques et a oublié son Islam. Le Mouton-Rothschild y est peut-être pour quelque chose, ce qui, après tout, confirmerait l’universelle puissance du complot juif.

J. Givet, (juif lui-même et qui vers 1960, à Genève, avait donné asile à J. Vergès qu'il connaît donc parfaitement) ; dans son ouvrage de 1986 déjà cité, il se livre à une recension très précise et très exhaustive des citations de J. Vergès, avant de formuler sa conclusion qui mérite d’être reproduite un peu longuement, en raison de la qualité de l’écriture et la finesse de l’analyse :
« Me Klarsfeld, à la question qui lui était posée : « Considérez-vous Me Vergès comme un antisémite ? », avait répondu, après un silence, « Rien ne me permet de dire une chose pareille. […]  Il n’a rien dit contre les Juifs. Pourvu que cela dure… ». Et Vergès avait répondu : « Vous ne risquez pas d’entendre cela dans ma bouche. ». Nous l’aurons entendu.

Le cas de Me Vergès est révélateur d’une espèce d’hommes particulière, composée d’individus totalement différents les uns des autres en apparence, mais dont le subconscient collectif est identique. Le phénomène est très répandu en zoologie, où, par exemple, contrairement aux coléoptères dont seuls les entomologistes chevronnés savent distinguer les dizaines de milliers d’espèces, tant nombre d’entre elles se ressemblent, la différence entre la moule et la pieuvre saute immédiatement aux yeux du profane, bien qu’elles soient l’une et l’autre – au fond d’elles-mêmes, mais sans en avoir parfaitement  conscience – des mollusques.

Il existe ainsi des humains de l’espèce antijudaïcus nolens[1] (ci-après a.n.), congénères de l’espèce antijudaïcus vulgaris, plus répandus et plus aisément identifiables grâce à leurs signes extérieurs. Les individus de l’espèce a.n., loin d’avoir « même » un ami juif, en ont beaucoup, avec tout juste une préférence marquée pour ceux qui ne se revendiquent pas comme tels, et surtout pas comme sionistes. Et puis un beau jour, cela éclate dans leur cerveau, comme un pétard demeuré silencieux aussi longtemps qu’il était à l’abri de la moindre étincelle. Alors leurs yeux se brouillent, leur voix s’éraille, leurs mains s’énervent de ne sentir qu’une sorte de vide alentour. » (1986 : 177-178).

J. Givet s’est employé à réunir tous les propos tenus ou écrits par J. Vergès dans les moments où se manifeste son être profond d’a.n..Il est toutefois curieux, que tout en étant bien informé à leur propos, il n’évoque pas davantage la relation prolongée entre J. Vergès et F. Genoud que nous examinerons en détail dans la suite car ce point est majeur.

Revenons à J. Vergès et au livre de J. Givet. Pourquoi, après cette entrée en fanfare de F. Genoud, le personnage disparaît-il de la narration et est-il relégué dans une simple note du livre ? On ne le sait pas et on ne se l’explique pas davantage. Néanmoins, ces relations entre J. Vergès et F. Genoud sont sûrement un élément décisif dans la rupture entre les deux hommes. J. Givet en fait d’ailleurs confidence, en reconnaissant son propre manque de « clairvoyance » :
« Sensible à cette forme d’humour, je n’en eus pas moins un haut-le-cœur quand j’appris qu’au cours de l’instruction et du procès des responsables de l’attentat de Zurich [en 1969], il s’était allié à François Genoud qui avait été nazi et proclamait qu’il le restait. » (1986 : 25).[2]

Le pire est toutefois à venir et je mettrai un terme à ce billet par le propos antisémite le plus ignoble de Jacques Vergès mais qui, somme toute, n'a rien d'étonnant de sa part. Jacques Givet aurait tout de même pu être alerté par un propos de J. Vergès qu’il rapporte et qui est exactement contemporain. Ecoutons J. Givet :

« Un jour – je crois que c’est le jour même où j’ai appris qu’il allait défendre les pirates qui avaient assassiné un pilote d’El Al et que je m’en étais étonné devant lui – Vergès me dit :
- J’aurais aussi défendu Anne Franck.
Entendant cela mon étonnement ne fit que croître.» (1986 : 140)
L’amitié, comme l’amour, est décidément aveugle!

Cette phrase est en effet, à mes yeux et de très loin, la plus immonde de toutes celles que cite J. Givet à propos de Jacques Vergès « a.n. », selon sa « systématique » de l’antisémitisme.
« J'aurais aussi défendu Anne Frank… » déclare J. Verrgès, mais contre quelle accusation, sinon celle d’être une enfant juive, déportée par les nazis à Bergen-Belsen où elle mourut à treize ans, quelques jours après sa soeur Margot ?

Le salaud lumineux  ? Je penserais plutôt à d'autres adjectifs infiniment moins flatteurs (il est vrai que celui-ci est de lui!), généralement antéposés !


[1] Nolens : mot-à-mot « en ne le voulant pas » ; utilisé surtout dans la formule « volens nolens » : qu’on le veuille ou non, de bon ou de mauvais gré.
[2] Dans le livre de T. Jean-Pierre, F. Genoud est à peine évoqué (2000 : 162), alors que l’auteur, dans sa « bibliographie », fait figurer l’ouvrage de P. Péan, L’extrémiste : François Genoud, de Hitler à Carlos (LGF, 1998). Si T. Jean-Pierre a lu ce livre, comment a-t-il pu se contenter de la réponse de J. Vergès, dont je ne citerai que les trois premières lignes (elle en comporte sept en tout !) : « Genoud était un nostalgique du nazisme. Il avait rejoint les rangs de ceux qui se battaient pour les Algériens et, plus tard, prendra fait et cause pour les Palestiniens. » ? Comment T. Jean-Pierre a-t-il pu se contenter d’une réponse pareille ? Il est vrai que la question était simplement « Qui était François Genoud ? ».

mercredi 31 juillet 2013

Ils sont fous ces Ricains !


Étrange pays que les États-Unis, et sur tous les plans ; si admirable par certains côtés, si déconcertant voire absurde par d'autres. 

Dans ce pays, où il est, somme toute, moins dangereux pour le voyageur de passer en douce dans sa valise, une kalachnikov qu'un sauciflard ou un camembert au lait cru, le principe de précaution est poussé à l'extrême mais le laxisme mercantile total.

Ainsi, en même temps, on y laisse les drugstores vendre toutes sortes de produits "para-pharmaceutiques" (au sens étymologique), tous plus trafiqués et falsifiés les uns que les autres, dont la moindre république bananière interdirait la vente et l'usage . À côté de cela leur US Food and Drug Administration est un organisme de vérification des plus sourcilleux. Plus que notre propre Répression des fraudes puisque la FDA a examine avec tant de soin des gousses de vanille venues de France qu'elle s'est aperçue que des importateurs, évidemment français, vendaient des gousses de vanille "rechargées" à la vanilline artificielle, après en avoir extrait la vanilline pure et naturelle pour la vendre sous cette forme. Notre service compétent, lui, n'y avait évidemment vu que du feu !

Le pire est toutefois la justice américaine ; vue de loin, à la différence de la nôtre, si souvent "indulgente aux grands, dure aux petits", elle apparaît toutefois, souvent, comme totalement schizophrène, présentant à la fois une rigueur puritaine sans défaut et un laxisme qui tolère les pires des accommodements. C

Cette réflexion m'est inspirée, une fois de plus, par le cas actuel du soldat Bradley Manning. On apprend, avec beaucoup de satisfaction, que n'étant plus accusé de "collusion avec l'ennemi", il ne risque plus, de ce fait même, la prison à vie, tout en demeurant exposé, si mes oreilles ne m'ont pas trompé, à une condamnation à 162 ans de prison ! Comme je le disais en commençant, ils sont fous ces Ricains !

On le voit aussi, et peut-être surtout, dans les curieux arrangements auxquels donne lieu la justice américaine quand on a les moyens de payer les victimes, réelles ou supposées, comme dans le cas, qui défraya naguère la chronique, du joueur de football américain accusé de meurtres avec des preuves irréfutables. Plus récemment, on a découvert que tous les scandales, esquissés ou déclenchés par la pédophilie de Michael Jackson, maintenant avérée, ont trouvé leurs conclusions dans des solutions de compromis avec le paiement d'indemnités faramineuses aux parents des victimes, réelles ou supposées. Je laisse cette dernière question ouverte car ce type d'arrangements enclenche inévitablement un processus de candidatures multiples, fondées ou non, à ce genre de tractations.

On a pu en voir encore un exemple dans le déroulement grotesque du procès de DSK ; ce dernier, exhibé, dans les débuts, menotté et encadré publiquement par des policiers, a été finalement, plus ou moins blanchi, en dépit du sperme, des collants déchirés, etc., dans le jugement final, moyennant un million de dollars!
 
Il en est de même pour les mensonges publics des présidents ; on a été sans pitié pour ceux de Richard Nixon et d'une indulgence totale à l'égard de ceux de Clinton, qui est actuellement le président le plus populaire et celui dont les tarifs oratoires sont les plus élevés !
 
Va comprendre Charles !

 

vendredi 5 juillet 2013

Affaire Dossier Bettencourt-Mediapart : Bridoye et le Père Ubu

Chères lectrices, chers lecteurs,

Le titre, quelque peu énigmatique de ce billet, va vous obliger à faire appel à vos souvenirs de lycée et de littérature française. Si les choses n'ont pas changé (je doute fort qu'elles l'aient fait quand je constate le rythme du renouvellement de nos programmes scolaires), on étudie Rabelais en seconde, on avait donc quelque chance d'y rencontrer le juge Bridoye que, dans le Tiers Livre, Panurge va consulter à propos de son mariage éventuel. Ce juge à la particularité de s’en remettre au sort et donc aux dés quand les cas lui semblent difficiles. Qu'on n'aille pas ici me faire un procès pour diffamation, car je ne suis pour rien dans cette critique de la justice dont toute la responsabilité incombe à Rabelais lui-même et qui ne s'en cache pas. Le Père Ubu et sa gidouille sont sans doute moins présents dans nos programmes scolaires, mais il est là, à tous les instants et en tous lieux, dans notre administration et je me suis même demandé parfois si l'être qui hante ainsi ses bureaux n'est pas plutôt un de ses parents, né de l'union incestueuse de la Mère Ubu et du Père Soupe, héros de Messieurs les ronds de cuir, l'œuvre immortelle de Georges Courteline.

La décision de la Cour d'appel de Versailles est la suivante et je rappelle les faits, tels que Mediapart les mentionne, même si vous les connaissez :
"La cour d’appel de Versailles a ordonné à Mediapart, jeudi 4 juillet, de supprimer toute citation des enregistrements de l’affaire Bettencourt. Son arrêt nous interdit, de surcroît, de les mentionner à l’avenir."

Le scandale est, en fait, non dans l'affaire elle-même, mais, au-delà, dans le fonctionnement de notre justice qui est non seulement archaïque mais largement incohérente.

L'archaïsme extravagant de notre système judiciaire se marque tant par d'incontestables signes (depuis le langage prétendument médiéval qu'on y emploie, même s'il ne satisfait en rien les historiens de la langue française jusqu'aux costumes ridicules dont on s'y affuble et auxquels on est si résolument attaché dans cette corporation). Tout cela n'est que comique ; plus grave est l'archaïsme dans les modes de fonctionnement.
La question des enregistrements qui sont au centre de cette affaire illustre parfaitement ce conservatisme forcené. En effet la validité des enregistrements réalisés et qui sont accablants pour le milieu dans lequel ils ont été réalisés, sont considérés comme nuls et non avenus par la justice, dans la mesure où ils ont été réalisés à l'insu de ceux qui s'y sont exprimés. En vertu de ce même principe, on ne devrait jamais condamner, pour quelque forfait qu'il ait commis, un individu qui persiste a déclarer qu'il n'en est pas l'auteur et qu'on aurait vu l'accomplir mais A SON INSU !

Comme je ne suis pas, et en rien, spécialiste de ces questions, j'ai consulté des auteurs plus qualifiés que moi (ce qui n'est pas trop difficile) et j'ai appris ceci sur ce point précis :
"Selon la matière, il est possible d'utiliser un enregistrement comme commencement de preuve. Ainsi, en droit pénal, un enregistrement obtenu, même de manière irrégulière, a une valeur d'"indice de preuve" selon la Cour de cassation (v. notamment cass crim 11 février 1992) ; (la Chambre criminelle a d'ailleurs estimé qu'une infraction commise pour obtenir une preuve était possible en vertu des "nécessités de la défense" (cass crim 11 mai 2004)).
En droit civil, la règle est un peu différente. Un enregistrement est également recevable (art 9 cpc), mais si il est fait à l'insu de la personne, il s'agit d'un procédé déloyal rendant la preuve irrecevable en justice (civ 2ème, 7 oct 2004). De plus, en matière civile, dans certains cas, la loi prévoit certains moyens de preuves obligatoires comme un écrit, rendant dés lors un enregistrement, même autorisé par la personne, totalement inutile."

On constate que, dans la justice américaine, des documents enregistrés dans ces conditions seraient valables, alors qu'ils ne sont pas dans le système français (voir ci-dessus) qui est à cet égard totalement arriéré. Il est en effet désormais parfaitement possible, au plan scientifique et technique, de vérifier et de prouver que des enregistrements n'ont pas été l'objet de manipulations et que le seul grief qu'on peut leur faire est qu'ils ont été obtenus, sans que les intéressés soient au courant de cet enregistrement.

Les dispositions françaises sont évidemment stupides ; dans ce domaine comme dans bien d'autres, il est certain que nous finirons par faire comme les Américains, toujours et en tout ; de la même façon, nous échouons dans notre lutte contre beaucoup d'entreprises criminelles car il est interdit à la police française d'infiltrer les réseaux criminels qu'elle poursuit en vain. A visage découvert, on ne trouve rien, comme en matière fiscale ainsi qu'on le voit chaque jour.

Cette justice, si sourcilleuse par ailleurs, ne semble pas avoir relevé que, devant le juge Gentil, Nicolas Sarkozy a déclaré, semble-t-il, n'avoir été qu'une seule fois chez Madame Liliane Bettencourt, alors qu'il y a des photographies qui le montrent en train d'entrer chez elle dans des costumes différents. Est-il un vrai Fregoli politique changeant de look en une seconde entre deux photos ou ces photographies ont-elles été truquées ? Dans ce dernier cas, il devrait être facile de faire authentifier ou récuser ces photographies par des spécialistes ; la chose est encore beaucoup plus facile que pour des enregistrements.

Et dans l'affaire Cahuzac où les enregistrements téléphoniques sont pris en compte et valides à 60%, J. Cahuzac savait-il qu'il était enregistré et qui l'écoutait et l'enregistrait ? Il faudrait un peu de logique dans tout cela !

Il est clair, en tout cas, que notre justice ultraconservatrice ne prend pas en compte les avancées scientifiques dont la police et la télé font si grand cas. On ne voit pas pourquoi des enregistrements faits à l'insu des locuteurs, ne seraient pas valables en vertu du principe qu'ils attentent à sa vie privée. Quel rapport entre ces deux plans ? Toute enquête, sur qui que ce soit, où que ce soit et pour quoi que ce soit, n'est-elle pas, par principe et au départ même, attentatoire à la vie privée de celui qui en est l'objet ; c'est même grâce à cet attentat que se réalisent en général la découverte et la preuve de la vérité.

mardi 26 mars 2013

De la justice


 
« Indulgente aux grands, dure aux petits » (Le mariage de Figaro, III, 5).

Cette vérité qu'énonce Figaro est hélas éternelle et la République comme la démocratie n'ont guère changé les choses. Les circonstances présentes en montrent une fois de plus l'application et la pertinence.

La mise en examen de Monsieur Nicolas Sarkozy l'illustre en quelque sorte doublement peut-être même triplement.

Si j'ai bien suivi l'affaire, pour le même motif (abus de faiblesse, etc.), neuf autres personnes ont déjà été mises en examen, sans que cette procédure ait soulevé le moindre commentaire de qui que ce soit. On met en accusation sans cesse le juge Gentil comme s'il était le seul concerné par cette affaire, alors que, dans la circonstance, c'est un collège de trois magistrats qui a pris la décision de mettre en examen l'ancien président de la République.

En outre, cette décision, après des mois de réflexion et de nouvelles confrontations, repose sur la preuve, évidente et établie, d'un mensonge de Nicolas Sarkozy sur le nombre de ses visites. Il affirme, en dépit des témoignages formels du personnel, n'être venu qu'une fois alors qu'on disposerait de photos prises sur les lieux où il est vêtu de façon très différente. Le problème central n'est donc plus le nombre des visites mais le faux témoignage!

Il est pittoresque de voir quels sont les soutiens de Nicolas Sarkozy qui poussent des cris d'orfraie les plus aigus au nom de la justice, quand on sait comment ces précédents gouvernants se sont eux-mêmes comportés.

Je ne parle pas ici, bien entendu, de grosses et de graves affaires comme celle de M. Merah dont nul ne semble vouloir oser  penser qu'elle a été un coup politique raté (ou réussi selon l'idée qu'on s'en fait). On a voulu refaire le coup du papy torturé de la précédente élection. Comme par hasard, c'est à quelques semaines de l'élection présidentielle de 2012 qu'on a laissé la bride sur le cou à un homme assez dangereux pour qu'on l'ait identifié comme tel et surveillé, des mois durant et qui faisait, en outre, régulièrement de longs voyages touristiques en Afghanistan et au Pakistan.

Ce qui m'avait le plus frappé à l'époque (et je crois avoir fait un blog sur cette question) était l'extrême familiarité d'une conversation enregistrée, après les drames, entre Mohamed Merah et l'un des policiers qui avaient été chargés de sa surveillance et qui était chargé de le convaincre de se rendre. Il était très clair qu'il y avait, entre ces deux individus, des propos et un ton qui marquaient une connivence manifeste ; le policier en cause ne pouvait donc en aucun cas ignorer la dangerosité de son interlocuteur, dont il disait d'ailleurs qu'il les avait bien "eus" (je ne me souviens plus exactement la formule, mais le sens et la familiarité de l'entretien sont de cet ordre).

Si Monsieur Nicolas Sarkozy trouve qu'il est "injustement mis en examen", au moins l'est-il de façon régulière ! Que devrais-je dire moi-même qui suis mis en examen depuis un an (et trois ans après les écrits prétendument diffamatoires alors qu'ils sont clairement donnés comme humoristiques) pour une diffamation dont je n'ai toujours pas compris la nature? Mon seul crime est que je raillais l'ignorance (avérée et illustrée) de la langue française d'un personnage "porteur d'un mandat public" (auquel il avait d'ailleurs dû renoncer pour cause de conflit d'intérêts) dans un blog qui était classé comme humoristique.

Ce personnage, très proche du chef de l'État puisqu'il avait pensé, dit-on, en faire un ministre, après lui avoir confié deux mandats très importants, m'a fait rechercher (je ne sais à quel titre mais dans un clair abus d'autorité, par la brigade financière (?) de la Préfecture de police de Paris pour trouver mon identité et mon téléphone personnel - sur liste rouge - qui étaient pourtant parfaitement connus de l'hébergeur de mon blog qui était le Nouvel Observateur à l'époque.

J'ai été mis en examen pour diffamation sans avoir même la moindre idée de ce qui m'était reproché (le motif était si risible que, comme je l'ai découvert bien plus tard, on l'a subtrepticement modifié après coup) et surtout sans jamais avoir été entendu par un juge d'instruction (sauf 10 minutes à Aix par un juge qui ignorait tout de l'affaire dont était chargée une juge parisienne, lui-même n'en voulant rien savoir et se bornant à vérifier mon identité et ma responsabilité dans la rédaction de ce texte, ce que je n'appelle pas "être entendu par un juge d'instruction"). Tout cela est donc je crois contre toutes les règles. Ces gens-là ont beau jeu, maintenant, de venir protester contre une mise en examen qui, en revanche, paraît avoir été décidée, en tout cas, en conformité avec toutes les exigences de la justice.

Figaro voit juste, mais pas plus que La Fontaine :

"Selon que vous serez puissant ou misérable

Les jugements de cour vous rendront blanc ou noir".

lundi 28 janvier 2013

L'énigme du Nouvel Obs.com.

Je vérifie une fois de plus que lorsqu'on a envie de faire quelque chose, il faut le faire tout de suite sans en différer l'exécution, ne fût-ce que de quelques jours et quelle qu'en soit la raison ; en effet, la chose perd immédiatement à peu près tout attrait et ce qui me paraissait intéressant m'ennuie soudain ; mais ce qui est promis est promis.

J'ai fait état, dans mon post d'hier, de la pitoyable critique que m'avait adressée alors le ou la modérateur(e) du Nouvel Obs.com suite à mon article sur "La vie des dames galantes" (12 avril 2010) ; manifestement la personne qui avait écrit ce texte était aux ordres et n'ayant pas grand-chose à dire n'avait pu avancer que les plus lamentables arguments me prêtant même des termes dont je n'avais pas usé. Qui doit noyer le chien du patron ....!

Ce n'est que trois ans plus tard plus tard que les clés de l'énigme sont apparues. Elles tiennent en une simple chronologie.

2008. Monsieur Denis Olivennes devient directeur de publication du Nouvel Obs. et se confie à la France, dans une lettre savoureuse (du 25 mars 2008 je crois) dont je ne cite que quelques très brefs extraits :

" A VOUS, LECTEURS, j’aurais pu dire tout simplement que, depuis de longues années, j’apprécie, moi aussi, semaine après semaine, les éditoriaux, les analyses, les enquêtes, les interviews ou les débats du Nouvel Observateur ; que j’en goûte l’esprit tolérant, pluraliste et engagé ; que j’en respecte l’exigence intellectuelle et morale, à rebours de l’air du temps trop souvent désinvolte et cynique qui exaspère ou désespère. Bref, que si j’ai accepté avec enthousiasme la proposition de Claude Perdriel de rejoindre Michel Labro et Guillaume Malaurie, Directeurs de la rédaction, Louis Dreyfus, le Directeur Général et toute l’équipe, en qualité de Directeur de la publication, c’est tout simplement parce que j’aime, comme vous, ce journal
[...]
Le Nouvel Observateur est au cœur de trois défis cardinaux des années à venir.

[Je ne citerai que le premier, le plus savoureux vu la suite]

Tout d’abord un enjeu de liberté. Je veux parler évidemment de la « libre communication des pensées et des opinions (…) l’un des droits les plus précieux de l’homme », comme dit la Déclaration de 1789. Elle n’est certes pas menacée dans notre pays par quelque moderne despotisme. Mais, plus sourdement, par la concentration des pouvoirs médiatiques entre les mains de quelques groupes industriels, avec la connivence d’intérêt ou la complaisance qu’une telle situation implique parfois, soit vis-à-vis du monde économique, soit vis-à-vis de telle ou telle force politique et plus généralement du pouvoir. Il est à craindre que les choses n’aillent pas s’améliorant à l’avenir. La totale indépendance du Nouvel Observateur par rapport aux puissances quelles qu’elles soient, son entière liberté de pensée et de parole sont un bien rare et précieux qui doit être défendu becs et ongles et garanti pour les années qui viennent." Fin de citation.

Juin 2009. Le Nouvel Observateur publie un numéro de huit pages à la gloire de Nicolas Sarkozy, ce qui est pour le moins inattendu. Cette publication entraîne immédiatement une prise de position publique de la part de la rédaction dont je ne donne ici que quelques exemples brefs pour en montrer le contenu et le ton à travers l'article de Laure Equy dans Libération :

" La société des rédacteurs, réunie ce vendredi matin en AG, a publié un communiqué au vitriol contre les méthodes employées par son directeur de la publication, Denis Olivennes.[...]

L’argument du timing n’a manifestement pas suffi à convaincre. La société des rédacteurs, dans son communiqué, «s’élève vigoureusement» contre la manière dont s’est déroulé cet épisode. Le principe même de l’entretien n’est pas en cause, souligne-t-elle sans se leurrer sur le risque d’«apparaître comme une instrumentalisation du journal». C’est bien son organisation, «sans consultation des rédacteurs en chefs et des journalistes» qui est jugé «inacceptable et contre-productif».[...]

La société des rédacteurs, qui avait, plus tôt dans la semaine, mis en garde contre une «dérive "sarkophile"», rappelle également avoir été «choquée par la succession de deux couvertures consacrées au changement d’image de Nicolas Sarkozy» qui veut, à mi-mandat, imprimer un nouveau style, assagi, plus consensuel, notamment pour amadouer un électorat de centre-gauche.

La société des rédacteurs, qui avait, plus tôt dans la semaine, mis en garde contre une «dérive "sarkophile"», rappelle également avoir été «choquée par la succession de deux couvertures consacrées au changement d’image de Nicolas Sarkozy» qui veut, à mi-mandat, imprimer un nouveau style, assagi, plus consensuel, notamment pour amadouer un électorat de centre-gauche.

Cette «tentative de séduction nommée "ouverture" ne doit pas passer par le Nouvel Observateur sans contre-enquête ni examen critique», prévient sa rédaction, préoccupée par «l’apparence de complaisance» qui pourrait être renvoyée à son lectorat".

Revenons en arrière ! Août 2009. Je publie dans mon blog, sans m'attirer la moindre remarque des "modérateurs", le 6 août 2009, un texte humoristique sur un certain René Ricol dont j'ignorais tout, mais qui est une figure majeure de la Sarkozie. Comme le montre son titre : « Les errements de René Ricol », ma critique a pour point de départ le discours et porte en particulier sur le fait que Monsieur René Ricol juge plus noble et plus distingué, que le mot "erreur", le mot "errement", mais sans savoir que les sens de ces deux mots ne sont pas du tout les mêmes.
Bref ! Calme plat dans le blog.

J'apprendrai un an et demi plus tard, en février 2011, que je suis mis en examen suite à une plainte en diffamation de Monsieur Ricol, déposée le 23 octobre 2009 comme "porteur d'un mandat public" (il était en août 2009 "médiateur du crédit", quoique depuis deux mois en partance d'un poste qu'il avait DEJA quitté puisque dès septemre 2009 il y avait été remplacé par Monsieur Gérard Rameix !

Alors que le Nouvel Obs connaissait parfaitement mon identité et toutes mes coordonnées (je n'ai pris le pseudo d'Usbek qu'à la demande de l'hébergeur), j'ai appris que j'avais été poursuivi et identifié par la brigade financière de la préfecture de police de Paris et mis en examen sans savoir ce qui m'était reproché (car je ne voyais pas où pouvait se loger la DIFFAMATION) et sans avoir jamais été entendu par un juge d'instruction et, en outre, après une modification subreptice du motif de la plainte (aussi ridicule dans sa seconde version que dans la première),

J'apprends, pour finir, que Monsieur Denis Olivennes est, dans cette affaire, témoin assisté, alors qu'en tant que directeur de publication, sa responsabilité est clairement engagée.

Tout s'est éclairé soudain. « Bon sang mais c'est bien sûr ! »

C'est sans doute la direction du Nouvel Observateur qui, informée de la plainte de Monsieur René Ricol (qui agit en tant que porteur de l'autorité de l'État alors qu'il est déjà remplacé par G. Rameix), a donné ordre aux commentateurs de se donner les moyens de virer ce bloqueur inopportun qui déplaît sans doute à la Sarkozie puisqu'il s'est permis de critiquer la mauvaise qualité du français de l'un de ses plus honorables représentants qu'on donne pour un futur ministre. La chose sera d'autant plus facile que j'ai fais connaître, dès le départ, que si j'avais à choisir entre "me soumettre et me démettre", je choisirai évidemment le second terme de cette alternative. Mon blog a été fermé en avril 2010 , mesure que je conteste en rien mais précédé et accompagné d'une succession d'abus d"autorité et de clairs dénis de justice coutumiers dans la Sarkozie.

Les faits se rétablissent dans toute leur logique dans la suite.
 
Fin 2010 (on m'a viré un mois avant!), Monsieur Denis Olivennes, le coeur brisé, quitte le Nouvel Observateur qu'il aimait tant pour rejoindre .... son ami Monsieur Arnaud Lagardère. CQFD !