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dimanche 24 novembre 2013
Kennedy et Obama ?
En ce cinquantième anniversaire de l'assassinat de Kennedy, comment ne pas être frappé, en dépit des différences, par la similarité de leurs parcours qui donne à penser que le second s'est inspiré de la trajectoire et de la stratégie politiques du premier ?
Pour des observateurs peu perspicaces comme moi, il apparaissait, à son époque, aussi peu probable que JFK issu d'une famille irlandaise catholique se fît élire président dans une Amérique où ce groupe ethnico-religieux était non seulement minoritaire, mais encore marqué d'une façon relativement peu flatteuse ; les Irlandais, catholiques, passaient volontiers dans l'Amérique profonde, à moins qu'ils ne se fassent flics (et encore...), pour des voyous voire des gangsters. Dans le cas d'Obama, que dire des noirs, surtout lorsqu'ils sont, en outre, affublés du prénom d'Hussein, même s'il ne figure qu'en seconde position dans leur état-civil. Vu de loin, un papiste irlandais n'avait pas plus de chances de se voir élire président des Etats-Unis qu'un noir de Chicago, ne le fût-il qu'à moitié. Les politologues du CNRS et/ou de Sciences Po nous expliqueront savamment (mais a posteriori comme pour les crises ...) qu'ils jouèrent précisément sur leur caractère minoritaire, l'un comme l'autre, pour donner l'image d'une Amérique accueillante et propre à réaliser tous les rêves, même les plus fous. C'était pourtant loin d'être gagné d'avance et il leur a donc fallu montrer d'autres talents et jouer sur d'autres registres.
L'un d'entre eux fut évidemment leur physique avantageux, dans des genres pourtant fort différents, mais propres à leur attirer les suffrages féminins. J'entendais hier des commentateurs de la carrière de Kennedy s'extasier sur son bronzage permanent qui illustrait, à leurs yeux, son caractère jeune et sportif. De la part de spécialistes de la question, c'est un peu étonnant ! On sait en fait désormais que J.F. Kennedy ne devait son bronzage permanent qu'à une maladie des glandes surrénales qu'on appelle précisément de ce fait « la maladie bronzée d'Addison ». Curieusement, j'ai toujours entendu parler dans ma famille de cette maladie, car un de mes oncles en souffrait et en est d'ailleurs mort lui-même à peu près à l'âge de Kennedy, mais du fait de cette maladie et non pas sous les balles du Mannlicher Carcano de Lee Harvey Oswald.
Au fond, curieusement, leur situation était un peu homologue quoique inverse, Kennedy jouait sur un bronzage flatteur dû à sa maladie qui faisait paraitre malsaine la blancheur de ses concurrents, tandis qu'Obama, tout en étant manifestement noir, l'était en même temps aussi peu et aussi discrètement qu'il est possible du fait, lui, de son métissage !
On m'objectera que ces éléments sont objectifs et quasi intangibles et qu'Obama n'a pas pu jouer sur sa couleur de peau ou son apparence pour se rapprocher du modèle que lui avait donné Kennedy. C'est vrai, mais il en est tout autrement sur l'aspect qu'on pourrait appeler globalement "people", pour lequel il est, en revanche, clair qu'il a adopté l'image du couple de John et Jackie Kennedy.
Bien entendu je ne parle pas ici de la réalité des faits ; si les Kennedy ont toujours donné l'image du parfait couple glamour et de la famille idéale avec les bambins courant dans le bureau ovale sous l'oeil enamouré de leurs parents, on sait que John s'occupait peu de sa famille, menait une vie de bâton de chaise et accumulait les passades, de sorte qu'auprès de lui notre DSK national n'était qu'un pâle amateur ; ses liaisons (comme avec cette pauvre Marilyn qu'il partageait avec son frère) sont demeurées relativement discrètes. Toutefois, ces secrets ont alors été bien gardés, comme ses relations avec la mafia dont l'élément le plus connu est naturellement son amitié avec Frank Sinatra.
Dans la réalité de leur vie, il est clair que Kennedy et Obama menaient des existences très différentes, ce qu'on peut légitimement supposer du moins aussi longtemps que la conduite de Barack est à l'abri de tout soupçon. Il semble d'ailleurs que Jackie et Michele soient, elles-mêmes, des femmes très différentes l'une de l'autre à bien des égards. En tout cas, l'image publique de la famille Obama a été, d'emblée, très strictement calquée sur celle de la famille Kennedy, quelles que soient les réalités qui les différencient dans la vie réelle. Il serait trop long et sans doute parfaitement inutile de comparer tout cela dans le détail, les seules différences importantes étant dans l'âge des enfants qui permettaient une exploitation communicationnelle encore plus efficace et plus grande du côté des Kennedy dont les enfants étaient plus jeunes et permettaient donc des spectacles plus attendrissants et par là, plus efficaces.
Souhaitons toutefois à Barak Hussein Obama de ne pas pousser trop loin, le parallèle et de ne pas finir comme son modèle, solution radicale à laquelle ont certainement dû songer certains de ses opposants mais dont son évolution politique rapide, au cours de ses mandats, l'a sans doute mis à l'abri.
vendredi 2 août 2013
L'élection malienne. Quelle élection malienne ?
Comme j'ai déjà eu l'occasion de le dire (mais en ce temps de rénovation pédagogique, la répétition demeure néanmoins "l'âme de l'enseignement"), la presse française est tellement "aux ordres" qu'il n'y a même pas besoin de lui en donner. Elle prévient les désirs du gouvernement ; comme dans Andromaque, Pyrrhus, dont les refus prévenaient les larmes de sa bien-aimée, les journalistes français pourraient dire à Fabius et Hollande : "Que leur refus de parler du Mali ont prévenu leurs ordres".
L'élection présidentielle malienne était censée tourner à la gloire de l'influence française. La France, sottement soucieuse d'instaurer une pseudo démocratie dans la bergerie malienne pour mieux y introduire le loup américain, avait; contre le bon sens et le désir de beaucoup de Maliens, maintenu l'élection présidentielle au 28 juillet 2013. Ce vote, présenté au départ comme un extraordinaire succès, avait été alors l'objet de nombreux articles et commentaires célébrant naturellement tous la rare clairvoyance du gouvernement français dans ce choix, que d'aucuns s'étaient obstinés à juger hasardeux, voire malencontreux.
Depuis dimanche soir, en revanche, le silence est de rigueur dans la toute presse française.
Les résultats de l'élection devaient être donnés mardi 30 juillet 2013 à 17 heures, ce qui est déjà bien long, en dépit de l'étendue du territoire, car la situation a radicalement changé en Afrique depuis la généralisation des téléphones portables et de l'internet.
On a commencé par annoncer le mardi que les résultats n'arriveraient que mercredi 31 puis, dans la suite, qu'ils ne seraient donnés que vendredi 2 août 2013 c'est-à-dire aujourd'hui même, où je n'ai encore rien vu venir, les seuls articles français datant de trois jours. Le communiqué du gouvernement malien donne la date nouvelle sans la moindre explication !
On ne pourra guère aller au-delà de cette date, puisque la loi constitutionnelle malienne oblige à publier les résultats électoraux au maximum dans les cinq jours qui suivent l'élection. Avec un nombre de bulletins qui ne doit pas dépasser les 3,5 millions, mettre plus de cinq jours pour les compter est effectivement d'autant plus long que, d'après les informations qui ont circulé, le vote des 200.000 Maliens de France a été très difficile et de peu d'importance et que, dans les pays étrangers voisins, où se trouvent des réfugiés maliens, l'élection s'est réduite à très peu de chose.
Cette élection qui était présentée au départ comme triomphale tant pour la France (et L. Fabius surtout) que pour la démocratie locale, commence à être sérieusement contestée, en particulier par le candidat qui serait arrivé en deuxième position derrière Keita. La chose n'est pas très surprenante d'ailleurs, puisque la position de Keita est forte surtout dans le Sud et la région de Bamako alors que Cissé a un électorat potentiel qui se situe plutôt dans le Nord où les élections se sont déroulées dans des conditions beaucoup plus contestables.
On se prépare donc, sur place, à une campagne de contestation a déjà commencé en particulier du côté des partisans de Cissé par une remise en cause les résultats de ces élections qui, dans le meilleur des cas, conduira à un deuxième tour prévu pour la mi-août. Retarder ainsi la publication des résultats du premier tour incite naturellement à penser qu'on se donne ainsi le temps d'en trafiquer les résultats. On peut donc craindre que les choses ne tournent plus mal encore, en particulier dans le nord du pays.
Tout cela était éminemment prévisible et quasiment écrit dans le ciel ; les conditions de cette élection ont été telles qu'il ne sera sans doute pas difficile de trouver une masse considérable de motifs de contestation et d'annulation. Fort heureusement aujourd'hui même a eu lieu le dernier conseil des ministres français et tous nos politiques seront en vacances, ce qui ne manquera pas de permettre de jeter un voile pudique sur cette affaire malienne ou de l'oublier, sans pour autant la régler, comme on le verra très certainement à la rentrée... sinon avant, car le brave capitaine Sanogo doit suivre tout ça de près !
L'élection présidentielle malienne était censée tourner à la gloire de l'influence française. La France, sottement soucieuse d'instaurer une pseudo démocratie dans la bergerie malienne pour mieux y introduire le loup américain, avait; contre le bon sens et le désir de beaucoup de Maliens, maintenu l'élection présidentielle au 28 juillet 2013. Ce vote, présenté au départ comme un extraordinaire succès, avait été alors l'objet de nombreux articles et commentaires célébrant naturellement tous la rare clairvoyance du gouvernement français dans ce choix, que d'aucuns s'étaient obstinés à juger hasardeux, voire malencontreux.
Depuis dimanche soir, en revanche, le silence est de rigueur dans la toute presse française.
Les résultats de l'élection devaient être donnés mardi 30 juillet 2013 à 17 heures, ce qui est déjà bien long, en dépit de l'étendue du territoire, car la situation a radicalement changé en Afrique depuis la généralisation des téléphones portables et de l'internet.
On a commencé par annoncer le mardi que les résultats n'arriveraient que mercredi 31 puis, dans la suite, qu'ils ne seraient donnés que vendredi 2 août 2013 c'est-à-dire aujourd'hui même, où je n'ai encore rien vu venir, les seuls articles français datant de trois jours. Le communiqué du gouvernement malien donne la date nouvelle sans la moindre explication !
On ne pourra guère aller au-delà de cette date, puisque la loi constitutionnelle malienne oblige à publier les résultats électoraux au maximum dans les cinq jours qui suivent l'élection. Avec un nombre de bulletins qui ne doit pas dépasser les 3,5 millions, mettre plus de cinq jours pour les compter est effectivement d'autant plus long que, d'après les informations qui ont circulé, le vote des 200.000 Maliens de France a été très difficile et de peu d'importance et que, dans les pays étrangers voisins, où se trouvent des réfugiés maliens, l'élection s'est réduite à très peu de chose.
Cette élection qui était présentée au départ comme triomphale tant pour la France (et L. Fabius surtout) que pour la démocratie locale, commence à être sérieusement contestée, en particulier par le candidat qui serait arrivé en deuxième position derrière Keita. La chose n'est pas très surprenante d'ailleurs, puisque la position de Keita est forte surtout dans le Sud et la région de Bamako alors que Cissé a un électorat potentiel qui se situe plutôt dans le Nord où les élections se sont déroulées dans des conditions beaucoup plus contestables.
On se prépare donc, sur place, à une campagne de contestation a déjà commencé en particulier du côté des partisans de Cissé par une remise en cause les résultats de ces élections qui, dans le meilleur des cas, conduira à un deuxième tour prévu pour la mi-août. Retarder ainsi la publication des résultats du premier tour incite naturellement à penser qu'on se donne ainsi le temps d'en trafiquer les résultats. On peut donc craindre que les choses ne tournent plus mal encore, en particulier dans le nord du pays.
Tout cela était éminemment prévisible et quasiment écrit dans le ciel ; les conditions de cette élection ont été telles qu'il ne sera sans doute pas difficile de trouver une masse considérable de motifs de contestation et d'annulation. Fort heureusement aujourd'hui même a eu lieu le dernier conseil des ministres français et tous nos politiques seront en vacances, ce qui ne manquera pas de permettre de jeter un voile pudique sur cette affaire malienne ou de l'oublier, sans pour autant la régler, comme on le verra très certainement à la rentrée... sinon avant, car le brave capitaine Sanogo doit suivre tout ça de près !
mercredi 31 juillet 2013
Ils sont fous ces Ricains !
Étrange pays que
les États-Unis, et sur tous les plans ; si admirable par certains côtés, si
déconcertant voire absurde par d'autres.
Dans ce pays, où
il est, somme toute, moins dangereux pour le voyageur de passer en douce dans
sa valise, une kalachnikov qu'un sauciflard ou un camembert au lait cru, le
principe de précaution est poussé à l'extrême mais le laxisme mercantile total.
Ainsi, en même
temps, on y laisse les drugstores vendre toutes sortes de produits
"para-pharmaceutiques" (au sens étymologique), tous plus trafiqués et
falsifiés les uns que les autres, dont la moindre république bananière
interdirait la vente et l'usage . À côté de cela leur US Food and Drug
Administration est un organisme de vérification des plus sourcilleux. Plus que
notre propre Répression des fraudes puisque la FDA a examine avec tant de soin
des gousses de vanille venues de France qu'elle s'est aperçue que des
importateurs, évidemment français, vendaient des gousses de vanille "rechargées"
à la vanilline artificielle, après en avoir extrait la vanilline pure et
naturelle pour la vendre sous cette forme. Notre service compétent, lui, n'y
avait évidemment vu que du feu !
Le pire est toutefois
la justice américaine ; vue de loin, à la différence de la nôtre, si souvent
"indulgente aux grands, dure aux petits", elle apparaît toutefois,
souvent, comme totalement schizophrène, présentant à la fois une rigueur
puritaine sans défaut et un laxisme qui tolère les pires des accommodements. C
Cette réflexion
m'est inspirée, une fois de plus, par le cas actuel du soldat Bradley Manning.
On apprend, avec beaucoup de satisfaction, que n'étant plus accusé de "collusion
avec l'ennemi", il ne risque plus, de ce fait même, la prison à vie, tout
en demeurant exposé, si mes oreilles ne m'ont pas trompé, à une condamnation à
162 ans de prison ! Comme je le disais en commençant, ils sont fous ces Ricains
!
On le voit aussi,
et peut-être surtout, dans les curieux arrangements auxquels donne lieu la
justice américaine quand on a les moyens de payer les victimes, réelles ou
supposées, comme dans le cas, qui défraya naguère la chronique, du joueur de
football américain accusé de meurtres avec des preuves irréfutables. Plus
récemment, on a découvert que tous les scandales, esquissés ou déclenchés par
la pédophilie de Michael Jackson, maintenant avérée, ont trouvé leurs
conclusions dans des solutions de compromis avec le paiement d'indemnités
faramineuses aux parents des victimes, réelles ou supposées. Je laisse cette dernière
question ouverte car ce type d'arrangements enclenche inévitablement un
processus de candidatures multiples, fondées ou non, à ce genre de tractations.
On a pu en voir
encore un exemple dans le déroulement grotesque du procès de DSK ; ce dernier,
exhibé, dans les débuts, menotté et encadré publiquement par des policiers, a
été finalement, plus ou moins blanchi, en dépit du sperme, des collants
déchirés, etc., dans le jugement final, moyennant un million de dollars!
Il en
est de même pour les mensonges publics des présidents ; on a été sans pitié
pour ceux de Richard Nixon et d'une indulgence totale à l'égard de ceux de
Clinton, qui est actuellement le président le plus populaire et celui dont les
tarifs oratoires sont les plus élevés !
Va comprendre Charles !
dimanche 22 janvier 2012
« Les Afghans sont méchants » (suite et, hélas, probablement pas fin!)
J'avais, pour aujourd'hui, un autre sujet de blog mais deux déclarations touchant à l'Afghanistan m'ont détourné de ce projet initial.
La première est celle de Mme Hillary Clinton.
Je me doutais bien que la déclaration de notre président, faite sous le coup de l'émotion générale, le jour de l'assassinat des quatre soldats français en Afghanistan, n'allait pas plaire au gouvernement américain. Il y manifestait, en effet, une velléité de retirer les troupes françaises en Afghanistan, avant le terme prévu en accord avec les Etats-Unis.
La réaction ne s'est pas faite attendre. Les déclarations présidentielles du lendemain étaient déjà beaucoup plus nuancées ; Hillary Clinton n'a pas manqué de faire entendre officiellement sa voix et de rappeler ses exigences en la matière, alors que notre président , parti en Guyane, était en train de voguer en pirogue sur le Maroni ou de visiter un bout de forêt amazonienne. Ces circonstances l'ont naturellement dispensé de répondre aux injonctions américaines.
La seconde déclaration est celle de notre ministre de la défense au cours de sa visite en Afghanistan. Il a déploré, non sans quelque naïveté, que les talibans, qui se font incorporer dans la nouvelle armée afghane, ne se déclarent pas comme tels, avec les fâcheuses conséquences qu'on a pu observer récemment. Il faut dire qu'en la circonstance, le futur assassin s'était pourtant assez nettement signalé puisque, après une première incorporation dans les nouvelles forces afghanes, il avait déserté, était parti au Pakistan et n'en était revenu que pour se faire, à nouveau, engager dans l'armée.
J'ai entendu vaguement parler de contrôle de ces engagements qui se feraient, pour les candidats à l'incorporation, à partir d'identification pupillaire. Cette forme sophistiquée d'identification par l'iris a été imaginée en 1936 par un ophtalmologue Franck Burch mais est connue surtout par les films de James Bond. Elle a fait néanmoins l'objet de brevets au milieu des années 90. Je doute toutefois un peu que ce système d'identification par l'iris soit réellement utilisé pour identifier les éventuels talibans, même si on leur fait croire qu'il y a un vrai contrôle ; ainsi, dans certains aéroports du Sud, fait-on passer les voyageurs à embarquer devant des appareils dont les écrans de contrôle restent toujours noirs, voire, mieux encore, sous des portiques...en bois (détail authentique!).
Va savoir...le taliban, dont on a vu qu'il est fourbe, est sans doute aussi rusé et il ferme sans doute les yeux au moment d'un tel contrôle, au cas fort improbable où il serait réellement mis en oeuvre.
Assurément et en tout cas, à en croire notre ministre de la défense, il aurait dû absolument faire état de sa qualité de taliban au moment de son incorporation, comme on doit déclarer, en entrant aux USA, qu'on n'y vient pas pour y commettre un attentat ! De toute façon, vu la suite et les desseins qui étaient probablement déjà les siens, on ne pouvait guère attendre de sa part une si scrupuleuse honnêteté.
Il faut bien dire d'ailleurs dire que, quand on voit les candidats à l'engagement (on en a incorporé 180 000 !), on comprend aussitôt qu'il n'est pas très facile de distinguer, parmi ces centaines de barbus inquiétants et enturbannés, ceux qui peuvent être de vrais talibans de ceux qui en ont simplement l'apparence.
Je me demande d'ailleurs comment peut se faire cette fameuse instruction qui devrait être, logiquement aussi et peut-être d'abord, une forme d'endoctrinement, dans la mesure où les instructeurs français ne parlent évidemment pas le pachtou ou le farsi (je ne sais même pas si leur instruction ne se ferait pas, par hasard, en arabe puisqu'ils sont musulmans !). Quand aux aspirants militaires afghans (talibans ou non), ils ne parlent évidemment pas un mot de français! Cette situation de communication doit engendrer quelques problèmes ! Je ne puis donc que m'amuser, une fois de plus, quand j'entend parler, comme ce matin par notre ministre, des relations d'amitié qui se nouent entre les instructeurs français et leurs clients afghans. Peut-être au fond le massacre d'avant-hier n'est-il qu'un simple malentendu linguistique !
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samedi 11 juin 2011
DSK. Justice des USA 2
J’ai reproduit hier l’intéressant article de John R. Macarthur sur la justice américaine, paru le 6 juin 2011 dans le Devoir de Montréal sous le titre "Des Français désenchantés", en renvoyant à aujourd’hui, faute d’espace, mes remarques sur le sujet.
J.R. Macarthur note que « le principe selon lequel un accusé est [présumé] innocent jusqu’à ce qu’il soit reconnu coupable « au-delà du doute raisonnable » fait partie du tissu social, voire de l’amour propre, d’une Amérique pieuse lorsqu’elle vante la supériorité de son système judiciaire et de sa Constitution » ; il observe aussitôt combien cette présomption d’innocence est difficile à maintenir, surtout dans un cas comme celui de DSK qu’on présente comme « le Perv » français et dont on ne cesse de rappeler l’inclination quasi pathologique pour les femmes, qu’on illustre de plus en plus, de jour en jour, par des exemples voire des témoignages, comme celui de la blonde Kristin Davis, la « Madam » de Manhattan.
Quelles que soient les précautions prises pour favoriser la présomption d’innocence, déambuler entre deux policiers (avec ou sans menottes) ne plaide nulle part en faveur de l’innocence de l’intéressé. On se souvient du fâcheux lapsus de Nicolas Sarkozy sur le « présumé coupable » qu’on lui a tant reproché, mais, à tout prendre, ce serait peut-être une formule préférable a l’autre car, si elle marque la possibilité de l’innocence de l’intéressé puisque sa culpabilité n’est que « présumée», elle plaide aussi, par ailleurs, en faveur du sérieux de la justice qui ne devrait pas être mise en oeuvre sans de bonnes raisons, ce dont quelques récentes mascarades judiciaires conduisent à douter.
Dans un premier temps, les Français, volontiers frondeurs, ont été, secrètement ou ouvertement, assez satisfaits de voir un puissant, le riche directeur général du FMI, dans lequel beaucoup voyaient déjà le futur président de la République française, menotté entre deux policiers comme un vulgaire voleur de poules. C’est notre côté Figaro, lui qui, dans le Mariage, lance au Comte Almaviva sa définition de la justice devenue célèbre « Indulgente aux grands, dure aux petits ! ».
C’est sur ce point que je me sépare de J.R. Macarthur quand il observe : « Les pires clichés sur la culture française sont répandus au nom du droit prétendument égalitaire de la République américaine. D’après ce stéréotype, la France est un pays ultra-tolérant, débordant de libertins jouissant des moeurs corrompues, dissolues et relâchées. L’élite française se croit au-dessus des lois faites pour les petites gens, et les beaux mots de Liberté, Égalité, Fraternité ne sont que des prétentions ».
Je ne suis pas assez bon connaisseur de l’histoire des Etats-Unis pour savoir si l’on y trouve, comme dans la nôtre, dans le dernier siècle et demi, les mêmes figures officielles un peu douteuses. Sous la Troisième République, un président de la République, Jules Grévy, dont le gendre avait ouvert à l’Elysée un petit commerce de légions d’honneur ; Félix Faure, un autre président de la même république, qui, douze ans plus tard, ne survécut pas à l’une des visites de sa maîtresse dans son bureau présidentiel ; à la fin des années 50, le Président du Sénat (socialiste déjà !), deuxième personnage de l’Etat, organisateur de soirées pédophiles, les fameux « ballets roses », dans un pavillon officiel de la République (quoiqu’ayant tout nié avec la dernière énergie, il sera pour finir condamné à un an de prison - avec sursis fort heureusement !) ; dans un genre différent, un autre président, socialiste également, entretiendra et fera garder aux frais de l’Etat, deux mandats durant, l’une de ses maîtresses et leur fille, sans que nul n’y trouve à redire ni même n’en parle !
Quant à la France, « patrie des droits de l’homme », si l’on convoque tant soit peu l’histoire, force est d’admettre que les idées des Lumières et, par là, celles de notre Révolution sont plutôt nées en Angleterre où d’ailleurs nombre de nos « philosophes » ont, à un moment ou un autre, trouvé refuge et inspiration. Ce n’est donc pas par hasard, si les démocraties actuelles de Grande-Bretagne (en dépit de l’état monarchique) et des Etats-Unis sont, à bien des égards, plus authentiques que la nôtre.
L’image flatteuse que les Français, bien conscients au départ que tout se serait passé autrement si DSK avait logé dans un palace parisien et non new-yorkais, n’a toutefois pas tardé à changer et à se dégrader au fil des jours. L'arrivée d’Anne Sinclair en jet privé, la caution faramineuse payée sans sourciller pour éviter la prison à son mari, la location d’un gîte à 50 000 $ par mois, tout cela a ouvert les yeux du public français, moins sur la justice américaine que sur la fortune des époux DSK et, par là, du candidat socialiste, favori du bon peuple pour la prochaine présidentielle.
On avait cru constater que la justice des États-Unis, à la différence de celle de Figaro traitait de la même façon les grands et les petits. On a vite compris qu’il n’en était rien. Divers signes l‘ont montré, sans parler de ceux que nous n'avons pas pu voir. Je ne doute pas, en effet, que dans son indulgence et sa longanimité, Anne Sinclair n’ait fait un saut chez Tiffany pour offrir à son Dominique un bracelet électronique serti de diamants. Les paparazzi ont certes réussi une image de sa cheville, quand il montait en voiture, mais hélas le fil d'Écosse de la chaussette n'a pas permis un constat plus précis sur ce point.
À la différence de John R. Macarthur, je ne crois pas vraiment que « les droits de l'État accusateur privent les droits de l'accusé » par le biais des « fuites dans la presse ».L’injustice est moins, quand l’accusé dispose de millions de dollars, dans la possibilité de recruter des avocats talentueux que dans la capacité de payer des détectives et éventuellement surtout , dans la suite, d’acheter des témoins, voire des membres du futur jury (puisque l’unanimité des jurés est requise). On le savait certes tout cela depuis longtemps, au simple souvenir des affaires O.J. Simpson et Michael Jackson !
Que Cyrus Vance Jr. essaye d'utiliser cette affaire, surtout après son récent échec, pour exercer son ambition n'est pas chose nouvelle aux États-Unis, mais il est clair que les immenses moyens du couple Strauss-Kahn leur donneront les moyens de rivaliser, sans trop de problèmes, avec le procureur de New York.
« Indulgente aux grands, dure aux petits », la justice l’est aux Etats-Unis comme dans tous les Etats du monde. En France, chacun sait qu'il vaut mieux être défendu, à défaut d'une vedette du barreau, par un avocat sérieux qui étudiera sérieusement votre dossier pour vous défendre, que par un avocat commis d'office et qu’il vaut mieux avoir à faire à un adversaire obscur qu’à un adversaire proche du pouvoir. Il en est de même aux États-Unis, mais la grande différence entre les deux systèmes tient aux possibilités de négociations sur la reconnaissance ou le refus de la culpabilité ; elles amènent à ce que la plus grande partie des affaires (entre 90 et 95 % semble-t-il) n'arrivent pas jusqu'au procès, mais s'achèvent dans une négociation qui peut conduire à la réduction des peines voire à leur absence totale.
De ce fait, je pense que la conclusion de John R. Macarthur est un peu discutable (l’avenir jugera !) quand il écrit : « A mon avis, Vance s'est trop investi dans la poursuite de DSK pour négocier quoi que ce soit ; il lui faut une condamnation et une punition. Bientôt la cour criminelle de Manhattan ressemblera à une arène romaine où le sang va couler. Pourvu que les Français profitent de ce combat pour abandonner leur rêve américain ».
Je ne suis pas aussi sûr que lui que les choses se passent ainsi, car si le procureur est sans doute peu disposé à mettre les pouces et à voir cette affaire, sur le retentissement de laquelle il compte pour lancer sa carrière future, s'achever dans une négociation, on peut tout à fait imaginer que quelques millions de dollars soient en mesure de convaincre Mme Diallo que tout ce qu’elle a raconté ne s'est passé que dans son imagination et que, en réalité, c'est elle qui, voyant sortir de DSK de sa salle de bains dans le plus simple appareil, n'a pas pu résister à l’appel de la chair et l'irrésistible attraction de la bedaine de Dominique.
J.R. Macarthur note que « le principe selon lequel un accusé est [présumé] innocent jusqu’à ce qu’il soit reconnu coupable « au-delà du doute raisonnable » fait partie du tissu social, voire de l’amour propre, d’une Amérique pieuse lorsqu’elle vante la supériorité de son système judiciaire et de sa Constitution » ; il observe aussitôt combien cette présomption d’innocence est difficile à maintenir, surtout dans un cas comme celui de DSK qu’on présente comme « le Perv » français et dont on ne cesse de rappeler l’inclination quasi pathologique pour les femmes, qu’on illustre de plus en plus, de jour en jour, par des exemples voire des témoignages, comme celui de la blonde Kristin Davis, la « Madam » de Manhattan.
Quelles que soient les précautions prises pour favoriser la présomption d’innocence, déambuler entre deux policiers (avec ou sans menottes) ne plaide nulle part en faveur de l’innocence de l’intéressé. On se souvient du fâcheux lapsus de Nicolas Sarkozy sur le « présumé coupable » qu’on lui a tant reproché, mais, à tout prendre, ce serait peut-être une formule préférable a l’autre car, si elle marque la possibilité de l’innocence de l’intéressé puisque sa culpabilité n’est que « présumée», elle plaide aussi, par ailleurs, en faveur du sérieux de la justice qui ne devrait pas être mise en oeuvre sans de bonnes raisons, ce dont quelques récentes mascarades judiciaires conduisent à douter.
Dans un premier temps, les Français, volontiers frondeurs, ont été, secrètement ou ouvertement, assez satisfaits de voir un puissant, le riche directeur général du FMI, dans lequel beaucoup voyaient déjà le futur président de la République française, menotté entre deux policiers comme un vulgaire voleur de poules. C’est notre côté Figaro, lui qui, dans le Mariage, lance au Comte Almaviva sa définition de la justice devenue célèbre « Indulgente aux grands, dure aux petits ! ».
C’est sur ce point que je me sépare de J.R. Macarthur quand il observe : « Les pires clichés sur la culture française sont répandus au nom du droit prétendument égalitaire de la République américaine. D’après ce stéréotype, la France est un pays ultra-tolérant, débordant de libertins jouissant des moeurs corrompues, dissolues et relâchées. L’élite française se croit au-dessus des lois faites pour les petites gens, et les beaux mots de Liberté, Égalité, Fraternité ne sont que des prétentions ».
Je ne suis pas assez bon connaisseur de l’histoire des Etats-Unis pour savoir si l’on y trouve, comme dans la nôtre, dans le dernier siècle et demi, les mêmes figures officielles un peu douteuses. Sous la Troisième République, un président de la République, Jules Grévy, dont le gendre avait ouvert à l’Elysée un petit commerce de légions d’honneur ; Félix Faure, un autre président de la même république, qui, douze ans plus tard, ne survécut pas à l’une des visites de sa maîtresse dans son bureau présidentiel ; à la fin des années 50, le Président du Sénat (socialiste déjà !), deuxième personnage de l’Etat, organisateur de soirées pédophiles, les fameux « ballets roses », dans un pavillon officiel de la République (quoiqu’ayant tout nié avec la dernière énergie, il sera pour finir condamné à un an de prison - avec sursis fort heureusement !) ; dans un genre différent, un autre président, socialiste également, entretiendra et fera garder aux frais de l’Etat, deux mandats durant, l’une de ses maîtresses et leur fille, sans que nul n’y trouve à redire ni même n’en parle !
Quant à la France, « patrie des droits de l’homme », si l’on convoque tant soit peu l’histoire, force est d’admettre que les idées des Lumières et, par là, celles de notre Révolution sont plutôt nées en Angleterre où d’ailleurs nombre de nos « philosophes » ont, à un moment ou un autre, trouvé refuge et inspiration. Ce n’est donc pas par hasard, si les démocraties actuelles de Grande-Bretagne (en dépit de l’état monarchique) et des Etats-Unis sont, à bien des égards, plus authentiques que la nôtre.
L’image flatteuse que les Français, bien conscients au départ que tout se serait passé autrement si DSK avait logé dans un palace parisien et non new-yorkais, n’a toutefois pas tardé à changer et à se dégrader au fil des jours. L'arrivée d’Anne Sinclair en jet privé, la caution faramineuse payée sans sourciller pour éviter la prison à son mari, la location d’un gîte à 50 000 $ par mois, tout cela a ouvert les yeux du public français, moins sur la justice américaine que sur la fortune des époux DSK et, par là, du candidat socialiste, favori du bon peuple pour la prochaine présidentielle.
On avait cru constater que la justice des États-Unis, à la différence de celle de Figaro traitait de la même façon les grands et les petits. On a vite compris qu’il n’en était rien. Divers signes l‘ont montré, sans parler de ceux que nous n'avons pas pu voir. Je ne doute pas, en effet, que dans son indulgence et sa longanimité, Anne Sinclair n’ait fait un saut chez Tiffany pour offrir à son Dominique un bracelet électronique serti de diamants. Les paparazzi ont certes réussi une image de sa cheville, quand il montait en voiture, mais hélas le fil d'Écosse de la chaussette n'a pas permis un constat plus précis sur ce point.
À la différence de John R. Macarthur, je ne crois pas vraiment que « les droits de l'État accusateur privent les droits de l'accusé » par le biais des « fuites dans la presse ».L’injustice est moins, quand l’accusé dispose de millions de dollars, dans la possibilité de recruter des avocats talentueux que dans la capacité de payer des détectives et éventuellement surtout , dans la suite, d’acheter des témoins, voire des membres du futur jury (puisque l’unanimité des jurés est requise). On le savait certes tout cela depuis longtemps, au simple souvenir des affaires O.J. Simpson et Michael Jackson !
Que Cyrus Vance Jr. essaye d'utiliser cette affaire, surtout après son récent échec, pour exercer son ambition n'est pas chose nouvelle aux États-Unis, mais il est clair que les immenses moyens du couple Strauss-Kahn leur donneront les moyens de rivaliser, sans trop de problèmes, avec le procureur de New York.
« Indulgente aux grands, dure aux petits », la justice l’est aux Etats-Unis comme dans tous les Etats du monde. En France, chacun sait qu'il vaut mieux être défendu, à défaut d'une vedette du barreau, par un avocat sérieux qui étudiera sérieusement votre dossier pour vous défendre, que par un avocat commis d'office et qu’il vaut mieux avoir à faire à un adversaire obscur qu’à un adversaire proche du pouvoir. Il en est de même aux États-Unis, mais la grande différence entre les deux systèmes tient aux possibilités de négociations sur la reconnaissance ou le refus de la culpabilité ; elles amènent à ce que la plus grande partie des affaires (entre 90 et 95 % semble-t-il) n'arrivent pas jusqu'au procès, mais s'achèvent dans une négociation qui peut conduire à la réduction des peines voire à leur absence totale.
De ce fait, je pense que la conclusion de John R. Macarthur est un peu discutable (l’avenir jugera !) quand il écrit : « A mon avis, Vance s'est trop investi dans la poursuite de DSK pour négocier quoi que ce soit ; il lui faut une condamnation et une punition. Bientôt la cour criminelle de Manhattan ressemblera à une arène romaine où le sang va couler. Pourvu que les Français profitent de ce combat pour abandonner leur rêve américain ».
Je ne suis pas aussi sûr que lui que les choses se passent ainsi, car si le procureur est sans doute peu disposé à mettre les pouces et à voir cette affaire, sur le retentissement de laquelle il compte pour lancer sa carrière future, s'achever dans une négociation, on peut tout à fait imaginer que quelques millions de dollars soient en mesure de convaincre Mme Diallo que tout ce qu’elle a raconté ne s'est passé que dans son imagination et que, en réalité, c'est elle qui, voyant sortir de DSK de sa salle de bains dans le plus simple appareil, n'a pas pu résister à l’appel de la chair et l'irrésistible attraction de la bedaine de Dominique.
vendredi 10 juin 2011
DSK : La justice aux USA
L'un de mes commentateurs (pas très anonyme en fait, mais dans notre Blogspot, le plus simple, pour un commentaire, est de choisir l'anonymat, quitte à le signer ensuite!) me signale un intéressant article de John R. Macarthur sur la justice américaine, paru le 6 juin 2011 dans le Devoir de Montréal sous le titre "Des Français désenchantés". John R. MacArthur est collaborateur de Harper’s Magazine où sa chronique revient le premier lundi de chaque mois.
Je me permets de le reproduire ici (http://www.ledevoir.com/international/actualites-internationales/324848/des- (...)), mais comme ce texte est un peu long, je reporte à demain mes propres remarques, sur l'article comme sur le sujet :
"Interrogé par les médias français sur l’arrestation de Dominique Strauss-Kahn, j’ai fait de mon mieux pour respecter la présomption d’innocence. Après tout, on ne sait pas ce qui s’est vraiment passé entre l’ancien chef du FMI et Nafissatou Diallo, la femme de chambre qui l’accuse d’agression sexuelle et de tentative de viol. De plus, le principe selon lequel un accusé est innocent jusqu’à ce qu’il soit reconnu coupable « au-delà du doute raisonnable » fait partie du tissu social, voire de l’amour propre, d’une Amérique pieuse lorsqu’elle vante la supériorité de son système judiciaire et de sa Constitution.
Malheureusement, j’ai dû très rapidement céder à la réalité juridique et politique de mon pays où l’on est presque toujours jugé coupable avant d’être jugé formellement par la cour criminelle. Difficile d’insister sur un principe de droit sacré — même en parlant sur les ondes étrangères — alors que l’on est accablé par le cirque grotesque et le bruit assourdissant qui accompagnent tout procès criminel de célébrités. Comment maintenir une position éthique devant des titres de quotidiens (alimentés par le procureur de Manhattan et la police) sur « Le Perv » français et son inclination pour les femmes ? Les centaines de journalistes parmi lesquels je me suis trouvé l’autre jour devant le Bristol Plaza (immeuble de luxe de l’Upper East Side qui a refusé l’emménagement de DSK et son épouse) ne s’intéressaient certainement pas à l’équité de la justice à l’égard de Strauss-Kahn.
Hélas, ce n’est pas seulement DSK qui se trouve humilié par la cruauté et la vulgarité de la justice américaine. Les Français qui croyaient au « rêve américain » incarné par le visage noir du président Obama, l’ancien professeur de droit, sont également choqués et déçus de voir l’un des leurs rudement mis en examen et exhibé menottes aux poignets devant le monde entier lors de son transfert vers Rikers Island. Pas de juge d’instruction pour exiger des photographes le respect des bonnes manières, pas de retenue par des gendarmes corrects.
Marie-Monique Steckel, directrice de l’Alliance française à New York, a confié au New York Times, dans la suite immédiate de l’affaire : « mon côté français est ressorti avec plus de force que je ne l’aurais pensé ». Selon Mme Steckel, « un coureur de jupons est plus acceptable en France. On considère cela comme indice de bonne santé et de vigueur, ce qui est différent des Américains plus puritains. Cependant, la violence contre les femmes est une autre histoire ». Le résultat, constate Mme Steckel, est une image de la France ternie.
En effet, les pires clichés sur la culture française sont répandus au nom du droit prétendument égalitaire de la République américaine. D’après ce stéréotype, la France est un pays ultratolérant, débordant de libertins jouissant des moeurs corrompues, dissolues et relâchées. L’élite française se croit au-dessus des lois faites pour les petites gens, et les beaux mots de Liberté, Égalité, Fraternité ne sont que des prétentions.
Devant cette avalanche d’idées préconçues, j’ai du mal à convaincre mes confrères américains que la France est une société profondément conservatrice, où la vie de famille (au contraire des romans de Houellebecq) reste primordiale. Oui, la France souffre des maux qui affligent l’Occident : cupidité et corruption financière, désintégration du foyer traditionnel et de la vie centrée dans les villes, surdosage des antidépresseurs. Cela dit, il y reste néanmoins une stabilité civique, une solidarité nationale. La conduite du beau monde à Paris et outre-mer ne représente ni la France profonde ni la France moyenne.
Hypocrisie américaine
Ce qui m’agace dans l’affaire Strauss-Kahn, c’est la gigantesque hypocrisie américaine. Nos commentateurs sont là à faire la morale à tout un peuple considéré comme louche de nature, mais ferment les yeux sur l’industrie de la pornographie, de la prostitution et des narcotiques en Amérique, dont la production et la consommation sont énormes et croissantes. Sans vouloir exagérer leur importance, je trouve intéressantes les dernières statistiques nationales sur les viols connus (pas les condamnations pour viol) de l’ONU : aux États-Unis, il y en aurait 28,6 par 100 000 personnes et en France 16,6.
En revanche, je trouve tout aussi troublante l’attitude des Français, étonnés de découvrir dans l’affaire Strauss-Kahn une Amérique non conforme à « l’Amérique qu’on aime », un pays largement imaginaire, symbolisé par le visage de Barack Obama à la Maison-Blanche. J’entends ça un peu partout, comme à la conférence du Nouvel Observateur à Paris en janvier, où les Français sur mon plateau ont tous répondu non à la question « Le rêve Obama est-il mort ? ». Le fait que Marie Monique Steckel ait attendu quarante ans — jusqu’à l’élection de Barack Obama — pour devenir citoyenne américaine illustre aussi cet état d’esprit.
Mais quelle est donc cette « nouvelle » Amérique dont les Français rêvent ? Égalitaire ? On voit bien que les droits de l’État accusateur priment les droits de l’accusé. Avec ses fuites dans la presse, Cyrus Vance Jr., ambitieux procureur élu de New York, est en train de systématiquement polluer l’ensemble des jurés potentiels pour le procès Strauss-Kahn, et cela, pour accroître ses chances d’une condamnation.
Notez bien aussi les avantages d’être un accusé richissime comme DSK. Dans ce système censé être aveugle au statut social et à la classe économique, l’argent vous permet d’embaucher les meilleurs avocats et enquêteurs privés pour en apprendre davantage sur la vie de la plaignante afin de salir sa réputation. Un accusé pauvre, pour sa part, aura de la chance s’il tombe sur un avocat — nommé par la cour — compétent qui pourra trouver le temps de concentrer ses efforts sur son dossier. D’habitude, ces avocats sont mal rémunérés et débordés de travail, donc ils poursuivent souvent des échanges négociés qui aboutissent en confession avec des peines réduites.
À mon avis, Vance s’est trop investi dans la poursuite de DSK pour négocier quoi que ce soit ; il lui faut une condamnation et une punition. Bientôt, la cour criminelle de Manhattan ressemblera à une arène romaine où le sang va couler. Pourvu que les Français profitent de ce combat pour abandonner leur rêve américain".
A demain.
Je me permets de le reproduire ici (http://www.ledevoir.com/international/actualites-internationales/324848/des- (...)), mais comme ce texte est un peu long, je reporte à demain mes propres remarques, sur l'article comme sur le sujet :
"Interrogé par les médias français sur l’arrestation de Dominique Strauss-Kahn, j’ai fait de mon mieux pour respecter la présomption d’innocence. Après tout, on ne sait pas ce qui s’est vraiment passé entre l’ancien chef du FMI et Nafissatou Diallo, la femme de chambre qui l’accuse d’agression sexuelle et de tentative de viol. De plus, le principe selon lequel un accusé est innocent jusqu’à ce qu’il soit reconnu coupable « au-delà du doute raisonnable » fait partie du tissu social, voire de l’amour propre, d’une Amérique pieuse lorsqu’elle vante la supériorité de son système judiciaire et de sa Constitution.
Malheureusement, j’ai dû très rapidement céder à la réalité juridique et politique de mon pays où l’on est presque toujours jugé coupable avant d’être jugé formellement par la cour criminelle. Difficile d’insister sur un principe de droit sacré — même en parlant sur les ondes étrangères — alors que l’on est accablé par le cirque grotesque et le bruit assourdissant qui accompagnent tout procès criminel de célébrités. Comment maintenir une position éthique devant des titres de quotidiens (alimentés par le procureur de Manhattan et la police) sur « Le Perv » français et son inclination pour les femmes ? Les centaines de journalistes parmi lesquels je me suis trouvé l’autre jour devant le Bristol Plaza (immeuble de luxe de l’Upper East Side qui a refusé l’emménagement de DSK et son épouse) ne s’intéressaient certainement pas à l’équité de la justice à l’égard de Strauss-Kahn.
Hélas, ce n’est pas seulement DSK qui se trouve humilié par la cruauté et la vulgarité de la justice américaine. Les Français qui croyaient au « rêve américain » incarné par le visage noir du président Obama, l’ancien professeur de droit, sont également choqués et déçus de voir l’un des leurs rudement mis en examen et exhibé menottes aux poignets devant le monde entier lors de son transfert vers Rikers Island. Pas de juge d’instruction pour exiger des photographes le respect des bonnes manières, pas de retenue par des gendarmes corrects.
Marie-Monique Steckel, directrice de l’Alliance française à New York, a confié au New York Times, dans la suite immédiate de l’affaire : « mon côté français est ressorti avec plus de force que je ne l’aurais pensé ». Selon Mme Steckel, « un coureur de jupons est plus acceptable en France. On considère cela comme indice de bonne santé et de vigueur, ce qui est différent des Américains plus puritains. Cependant, la violence contre les femmes est une autre histoire ». Le résultat, constate Mme Steckel, est une image de la France ternie.
En effet, les pires clichés sur la culture française sont répandus au nom du droit prétendument égalitaire de la République américaine. D’après ce stéréotype, la France est un pays ultratolérant, débordant de libertins jouissant des moeurs corrompues, dissolues et relâchées. L’élite française se croit au-dessus des lois faites pour les petites gens, et les beaux mots de Liberté, Égalité, Fraternité ne sont que des prétentions.
Devant cette avalanche d’idées préconçues, j’ai du mal à convaincre mes confrères américains que la France est une société profondément conservatrice, où la vie de famille (au contraire des romans de Houellebecq) reste primordiale. Oui, la France souffre des maux qui affligent l’Occident : cupidité et corruption financière, désintégration du foyer traditionnel et de la vie centrée dans les villes, surdosage des antidépresseurs. Cela dit, il y reste néanmoins une stabilité civique, une solidarité nationale. La conduite du beau monde à Paris et outre-mer ne représente ni la France profonde ni la France moyenne.
Hypocrisie américaine
Ce qui m’agace dans l’affaire Strauss-Kahn, c’est la gigantesque hypocrisie américaine. Nos commentateurs sont là à faire la morale à tout un peuple considéré comme louche de nature, mais ferment les yeux sur l’industrie de la pornographie, de la prostitution et des narcotiques en Amérique, dont la production et la consommation sont énormes et croissantes. Sans vouloir exagérer leur importance, je trouve intéressantes les dernières statistiques nationales sur les viols connus (pas les condamnations pour viol) de l’ONU : aux États-Unis, il y en aurait 28,6 par 100 000 personnes et en France 16,6.
En revanche, je trouve tout aussi troublante l’attitude des Français, étonnés de découvrir dans l’affaire Strauss-Kahn une Amérique non conforme à « l’Amérique qu’on aime », un pays largement imaginaire, symbolisé par le visage de Barack Obama à la Maison-Blanche. J’entends ça un peu partout, comme à la conférence du Nouvel Observateur à Paris en janvier, où les Français sur mon plateau ont tous répondu non à la question « Le rêve Obama est-il mort ? ». Le fait que Marie Monique Steckel ait attendu quarante ans — jusqu’à l’élection de Barack Obama — pour devenir citoyenne américaine illustre aussi cet état d’esprit.
Mais quelle est donc cette « nouvelle » Amérique dont les Français rêvent ? Égalitaire ? On voit bien que les droits de l’État accusateur priment les droits de l’accusé. Avec ses fuites dans la presse, Cyrus Vance Jr., ambitieux procureur élu de New York, est en train de systématiquement polluer l’ensemble des jurés potentiels pour le procès Strauss-Kahn, et cela, pour accroître ses chances d’une condamnation.
Notez bien aussi les avantages d’être un accusé richissime comme DSK. Dans ce système censé être aveugle au statut social et à la classe économique, l’argent vous permet d’embaucher les meilleurs avocats et enquêteurs privés pour en apprendre davantage sur la vie de la plaignante afin de salir sa réputation. Un accusé pauvre, pour sa part, aura de la chance s’il tombe sur un avocat — nommé par la cour — compétent qui pourra trouver le temps de concentrer ses efforts sur son dossier. D’habitude, ces avocats sont mal rémunérés et débordés de travail, donc ils poursuivent souvent des échanges négociés qui aboutissent en confession avec des peines réduites.
À mon avis, Vance s’est trop investi dans la poursuite de DSK pour négocier quoi que ce soit ; il lui faut une condamnation et une punition. Bientôt, la cour criminelle de Manhattan ressemblera à une arène romaine où le sang va couler. Pourvu que les Français profitent de ce combat pour abandonner leur rêve américain".
A demain.
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