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dimanche 22 janvier 2012

« Les Afghans sont méchants » (suite et, hélas, probablement pas fin!)

J'avais, pour aujourd'hui, un autre sujet de blog mais deux déclarations touchant à l'Afghanistan m'ont détourné de ce projet initial.

La première est celle de Mme Hillary Clinton.

Je me doutais bien que la déclaration de notre président, faite sous le coup de l'émotion générale, le jour de l'assassinat des quatre soldats français en Afghanistan, n'allait pas plaire au gouvernement américain. Il y manifestait, en effet, une velléité de retirer les troupes françaises en Afghanistan, avant le terme prévu en accord avec les Etats-Unis.

La réaction ne s'est pas faite attendre. Les déclarations présidentielles du lendemain étaient déjà beaucoup plus nuancées ; Hillary Clinton n'a pas manqué de faire entendre officiellement sa voix et de rappeler ses exigences en la matière, alors que notre président , parti en Guyane, était en train de voguer en pirogue sur le Maroni ou de visiter un bout de forêt amazonienne. Ces circonstances l'ont naturellement dispensé de répondre aux injonctions américaines.

La seconde déclaration est celle de notre ministre de la défense au cours de sa visite en Afghanistan. Il a déploré, non sans quelque naïveté, que les talibans, qui se font incorporer dans la nouvelle armée afghane, ne se déclarent pas comme tels, avec les fâcheuses conséquences qu'on a pu observer récemment. Il faut dire qu'en la circonstance, le futur assassin s'était pourtant assez nettement signalé puisque, après une première incorporation dans les nouvelles forces afghanes, il avait déserté, était parti au Pakistan et n'en était revenu que pour se faire, à nouveau, engager dans l'armée.

J'ai entendu vaguement parler de contrôle de ces engagements qui se feraient, pour les candidats à l'incorporation, à partir d'identification pupillaire. Cette forme sophistiquée d'identification par l'iris a été imaginée en 1936 par un ophtalmologue Franck Burch mais est connue surtout par les films de James Bond. Elle a fait néanmoins l'objet de brevets au milieu des années 90. Je doute toutefois un peu que ce système d'identification par l'iris soit réellement utilisé pour identifier les éventuels talibans, même si on leur fait croire qu'il y a un vrai contrôle ; ainsi, dans certains aéroports du Sud, fait-on  passer les voyageurs à embarquer devant des appareils dont les écrans de contrôle restent toujours noirs, voire, mieux encore, sous des portiques...en bois (détail authentique!).

Va savoir...le taliban, dont on a vu qu'il est fourbe, est sans doute aussi rusé et il ferme sans doute les yeux au moment d'un tel contrôle, au cas fort improbable où il serait réellement mis en oeuvre.

Assurément et en tout cas, à en croire notre ministre de la défense, il aurait dû absolument faire état de sa qualité de taliban au moment de son incorporation, comme on doit déclarer, en entrant aux USA, qu'on n'y vient pas pour y commettre un attentat ! De toute façon, vu la suite et les desseins qui étaient probablement déjà les siens, on ne pouvait guère attendre de sa part une si scrupuleuse honnêteté.

Il faut bien dire d'ailleurs dire que, quand on voit les candidats à l'engagement (on en a incorporé 180 000 !), on comprend aussitôt qu'il n'est pas très facile de distinguer, parmi ces centaines de barbus inquiétants et enturbannés, ceux qui peuvent être de vrais talibans de ceux qui en ont simplement l'apparence.

Je me demande d'ailleurs comment peut se faire cette fameuse instruction qui devrait être, logiquement aussi et peut-être d'abord, une forme d'endoctrinement, dans la mesure où les instructeurs français ne parlent évidemment pas le pachtou ou le farsi (je ne sais même pas si leur instruction ne se ferait pas, par hasard, en arabe puisqu'ils sont musulmans !). Quand aux aspirants militaires afghans (talibans ou non), ils ne parlent évidemment pas un mot de français! Cette situation de communication doit engendrer quelques problèmes ! Je ne puis donc que m'amuser, une fois de plus, quand j'entend parler, comme ce matin par notre ministre, des relations d'amitié qui se nouent entre les instructeurs français et leurs clients afghans. Peut-être au fond le massacre d'avant-hier n'est-il qu'un simple malentendu linguistique !

samedi 21 janvier 2012

Les Afghans sont méchants !

« Les Afghans sont méchants ! ». C'est la conclusion que j’ai formulée et retenue, en écoutant, hier, la brève intervention de notre ministre de la défense à propos de l'assassinat de quatre de nos soldats en Afghanistan.

Il est aujourd’hui allé sur place vérifier cette intuition.

Deux petites remarques liminaires en passant :

J'observe que nous n'avons plus, depuis 1948, de ministère de la guerre (à cette époque elle n’avait pas bonne réputation et il semblait de mauvais goût de l’afficher ainsi). Depuis cette date, selon une tradition bien établie en France, ce ministère a changé cinq fois de nom, ce qui montre à quel point, nous nous interrogeons à son propos et sur ses finalités. En 1958, le Général de Gaulle en fait (on devine pourquoi !) un ministère des armées. Michel Debré, qui devient titulaire de ce poste en 1959 en fait (et l’on voit bien pourquoi quand on connaît l’homme), un ministère de la défense nationale ; deux ans plus tard, son successeur en fait, à nouveau, (en cédant sans doute aux militaires) un ministère des armées ; en 1974, il redevient ministère de la défense avant de changer une nouvelle fois de nom, en 2010, par adjonction à la défense les anciens combattants.

L’intitulé actuel de ce ministère interpelle en la circonstance car, à ma connaissance, l'Afghanistan ne nous a jamais menacé ni attaqué et, de ce fait, je ne vois pas en quoi peut y être légitime l'intervention de notre ministère de la défense.

J'emploie ici le terme qu'on peut juger un tel impropre d' «assassinat » ; je ne le fais que parce que ces malheureux militaires français étaient, si je puis dire, en civil, occupés, semble-t-il, sans armes, à des activités sportives à l'intérieur d'un camp français. Nous sommes donc ici plus dans le domaine de l'assassinat pur et simple que dans celui de la guerre. Ces Afghans sont décidément méchants !

Cette conclusion me ramène aux propos de notre ministre. Comme je le disais, son observation majeure est que les Afghans sont méchants. Apparemment, nous ne le savions pas en nous lançant dans cette aventure. On pourrait ajouter aussi qu'ils sont fourbes puisque la plupart de nos soldats récemment tués l’ont été par des talibans déguisés en militaires afghans à qui nous avions pourtant gentiment fourni uniformes et armes. J'ajoute , faut-il le préciser, qu'ils sont aussi souvent des religieux fanatiques puisque, force est de le dire car ce détail semble ignoré,  l'Afghanistan est une république islamique depuis une vingtaine d'années et le pays a même été gouverné par les talibans des années durant jusqu'à l'intervention américano-européenne de 2001.Ces Afghans sont infréquentables et nous aurions dû le savoir!

Je pense d'ailleurs que l'Occident va entrer dans la tradition populaire afghane ; dans les siècles qui viennent, dans les montagnes d'Afghanistan, on fera des gorges chaudes de la sotte naïveté et de l’ignorance des occidentaux qui ont instruit les Afghans et les ont même équipés et armés afin de leur permettre de les tuer plus aisément et plus efficacement.

Vous aurez observé comme moi (et ce n'est pas trop difficile) que bon nombre de nos soldats sont morts tués par des Afghans que nous jugions acquis à notre cause (MDR ou LOL !), porteurs des uniformes et des armes de l'armée afghane que nous pensions constituer et dont une bonne partie déserte fort heureusement.

Comme on disait dans nos campagnes, « on n'est jamais aussi bien servi que par soi-même ». Un autre de nos proverbes ruraux est « Jamais deux sans trois ». Notre situation actuelle dans ce pays en donne une validation de plus ! Les étrangers qui se mêlent des affaires de l'Afghanistan ne s'en sont jamais très bien trouvés. Sans remonter à Alexandre le Grand on peut observer que nous serons la troisième défaite de l'Occident.

Les Britanniques, qui avaient envahi le pays, y ont subi de cuisantes défaites, surtout à Gandamak en 1842 puis à Maiwan où furent détruits des régiments britanniques qui, il faut bien le dire, comprenaient surtout des troupes indiennes ; ils se sont alors retirés l'oreille basse.

Il en a été de même pour l'URSS qui avait pourtant mis le paquet, sans lésiner ni sur les moyens, ni sur les procédés, entre 1979 et 1989, avec, il faut le dire l’appui des ennemis extérieurs des Soviétiques. On se demande d'ailleurs comment les choses se seraient terminées sans la sagesse de Gorbatchev qui a décidé de se retirer à cette époque.

Nous serons sans doute la troisième défaite et nous quitterons de façon aussi piteuse ce territoire que nous avions envahi avec l'ambition folle (peut-être pas réelle mais en tout cas affichée) de faire de cette république islamique, de tradition belliqueuse et anarchique, une démocratie laïque selon nos critères.

On devrait absolument rendre obligatoire dans les académies militaires et les ministères de la guerre (avec un examen final sévère), l'étude minutieuse de l'histoire et des mœurs des pays qu'on prétend envahir à des fins démocratiques. En dehors de la culture de l'opium, la seule spécialité réelle et traditionnelle de l'Afghanistan est la guerre tribale et, lorsqu'il parvient à avoir un gouvernement, le coup d'état militaire, la rébellion et l’assassinat des dirigeants. Ces traditions sont là-bas millénaires ou du moins assurément centenaires ; on aurait bien fait d'y penser avant de se mettre dans pareil guêpier ce qui, il est vrai, est une spécialité des États-Unis, particularité que nous avons de plus en plus une certaine tendance à partager avec eux.