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mardi 3 juin 2014

De la Catalogne à la Bretagne : le Monopoly régional

On ne peut qu'être frappé de la coïncidence entre l'abdication du Roi d'Espagne, qui amène à poser la question du choix éventuel entre la république et la monarchie et fait resurgir la question du fédéralisme, traditionnel en Espagne, et que ranime, périodiquement, la politique de l’UE qui voit, assez sottement dans le régionalisme un affaiblissement des Etats-nations et le débat (si on peut appeler cela un débat) sur le nouveau découpage de la France en régions qu’on précipite soudain, sans réflexion, pour faire oublier un peu les déculottées électorales successives du PS.
Il faut pourtant toujours, dans les cas difficiles, faire appel à des spécialistes compétents mais plus encore objectifs, ce qui n’est en rien le cas, loin de là !

Quand la Grèce, lors de son entrée dans la Communauté européenne, a eu besoin de truquer ses comptes publics pour donner à croire qu’elle était dans les clous européens, elle n’a pas chargé de cette opération des popes et des armateurs, même s’ils devaient être, dans la suite, les principaux bénéficiaires de ce changement. Elle a demandé, moyennant finance (coût : 600 millions d’euros !), à Goldman-Sachs de s'occuper de cette affaire. Les banquiers américains l’ont fait à la grande satisfaction des dirigeants de l’Europe (en particulier de ce cher Jacques Delors) qui, de toute façon, ne demandaient qu'à être trompés, dans des vues purement politiciennes, tout en étant parfaitement informés de la situation et de l’état réels de la Grèce.

Au moment d'élaborer soudain, en 48 heures, une carte des futures régions dont on ne sait même pas le nombre prévu réellement (11, 14, va savoir ?), la chose s’est discutée pour l’essentiel, semble-t-il, entre le Président de la République, le Premier Ministre, l'antépénultième des « ex » du premier, Madame Royal (Julie n’a pas été consultée, le scooter étant à la révision !) et quelques éléphants solfériniens et présidents de conseils régionaux ou généraux en sursis.

Tous ces gens-là sont naturellement bien placés pour prendre de telles décisions, à cela près qu’ils entendent surtout servir leurs propres intérêts et réaliser, au choix du lecteur, leurs perspectives ou leurs fantasmes, comme celles et ceux de leurs amis ou protégés! On aurait dû bien plutôt mettre en place une commission internationale d'experts, assurément pas du style des nôtres. En effet, tous sont du style des militaires ou des fonctionnaires en retraite qui font des piges en passant d'une station de radio à une chaîne de télé pour parler de tout et n'importe quoi. Tous, pour se faire quatre sous , ont ouvert des sociétés d'expertise bidon dans leur garage de banlieue, aussitôt  leur retraite acquise, encore que, vous le savez sans doute, nos généraux n'ont pas de retraite et continuent à percevoir leur solde entière de la fin de leurs jours, aucun ,hélas, n’étant mort à la guerre depuis des siècles.

Pour cette affaire, il aurait fallu choisir de préférence des Brésiliens ou des Russes pour que les propositions émanent de gens aussi éloignés que possible des pressions nationales qui se manifestent dans tous les sens, même si elles ne se fondaient que sur une connaissance, pourquoi pas uniquement livresque, de la situation de notre beau pays où, faut-il le rappeler, il y eut autrefois des provinces avant les régions. Sans avoir de près étudié la question ni même y avoir réfléchi, quand je vois qu'on envisage de réunir la Picardie et la Champagne ou l'Auvergne et Rhône-Alpes, je ne peux m'empêcher de me tapoter le menton.

Même sans le moindre examen, des faits exemplaires me sautent aux yeux.

Par exemple, le problème de la Bretagne. Dans le projet, cette région est réduite à la portion congrue ; on a pris soin de la séparer de toute sa partie orientale et continentale, en envisageant peut-être, sans le dire pour le moment, la construction d'un mur qui l’isolerait totalement. Cela réglerait le problème de l'écotaxe et permettrait aux Bretons de régler entre eux leurs problèmes, en particulier linguistiques que je me permets d'évoquer au souvenir des discussions infinies que j'ai entendues à propos du breton (je devrais dire des bretons car il y en a au moins trois) à l’époque où je siégeais (comme membre nommé je précise !) au Conseil national des universités (CNU) dans la section des langues régionales ! Je crois aussi me souvenir, suite à mes rares visites à Nantes, charmante ville au demeurant, que c'est là que se trouve pourtant le château des Ducs de Bretagne !

La prise en compte de ce choix amène d'ailleurs à considérer l’une des questions les plus débattues qui est celle de savoir ce qu'on fait des Pays de Loire dont on ne sait pas trop si on cherche à les annexer ou à s’en défaire ! L'hypothèse de les rapprocher de la Bretagne est écartée, semble-t-il, sous l'influence décisive de Ségolène Royal, alors que la plupart des grosses nuques socialistes seraient d'avis de les unir logiquement  avec la Bretagne ce que conteste, contre toute attente, le bretonnant Jean-Yves Le Driant. Ségolène, qui lorgne sur les Pays de la Loire pour son cher Poitou-Charentes, est du même avis, mais pour des raisons totalement différentes et veut donc au premier chef éviter que cette région ne rejoigne la Bretagne. On voit déjà sur quelles bases et pour quelles causes  s'opèrent de tels choix dans ce grotesque Monopoly régionaliste, dont les bénéfices (le but est en principe de faire des économies !) n’ont même pas été sérieusement évalués ( à la louche entre deux et vingt deux milliards !)
En réalité, la véritable leçon qu'il faut tirer est que, comme la plupart du temps,  personne ne veut réellement de cette réforme. Pas un seul politique qui prenne en compte, dans les propositions qu'il avance ou dans les décisions qu'il suggère, autre chose qu’un intérêt personnel et des perspectives qui sont propres à lui-même et/ou à sa mouvance.

C'est d'ailleurs là toute la différence entre la France et l’Espagne où existe un véritable régionalisme qui peut prendre des aspects extrêmes comme en Catalogne et au Pays Basque, mais qui s'accompagne de formes diverses de vraies régionalisations y compris sur le plan fiscal et économique. La chose est  démontrée par le fait que toutes les fois que le gouvernement central a besoin de l'appui des régions pour prendre des décisions, constitutionnelles par exemple, il est obligé de négocier leur accord par l'octroi de quelques avantages particuliers. Le jacobinisme français, fondamental et radical, pas forcément mauvais d’ailleurs s’il était mis en pratique de façon intelligente par exemple hors du principe absurde de la folle « compétence générale », avait déjà triomphé  de la prétendue décentralisation des années 1982-1983. Nul doute qu'il en sera de même cette fois puisque qu’alors que le vrai problème n’est en rien le nombre des régions, on n’a même pas réussi à savoir combien de nouvelles super régions seront substituées aux vingt-deux actuelles pas plus, de ce fait même, que la nature et donc le montant des économies qu’on voudrait faire !

lundi 4 novembre 2013

Qui est responsable de la mort des deux journalistes de RFI.


 Après avoir écouté, hier et aujourd'hui, beaucoup des informations concernant l'assassinat des deux "journalistes" ; j'use ici de guillemets car l'un des deux était, si j'ai bien compris, un preneur de son (les journalistes français de radio sont toujours accompagnés de preneurs de son, bien que les pesants Nagra d'antan aient disparu, et que bien des journalistes étrangers fassent eux-mêmes la prise de son) je n'ai entendu nulle part, au milieu des déplorations et des vociférations sur la liberté de la presse, si admirablement respectée dans notre pays, la moindre allusion à l'hypothèse la plus vraisemblable sur les responsabilités réelles et le déroulement de toute cette affaire.

Mais commençons par le commencement ; dans les médias, depuis les faits, chacun y est allé de son couplet spécifique, en s'abstenant soigneusement d'évoquer le fond de l'affaire et la réalité des choses.

Les ministres et les politiques ont eu des tremblements dans la voix avec la France éternelle mère des droits de l'homme, des lois et de la démocratie, fût-elle coloniale.

Notre justice, habituellement si lente, s'emploie déjà à dépêcher sur place des enquêteurs épris d'exotisme pour identifier les coupables ;si je puis me permettre un avis, je leur suggérerais volontiers de conduire leurs enquêtes depuis Bamako plutôt que de Kidal sinon aux journalistes risquent de s'ajouter quelques enquêteurs qui causeront sans doute moins d'émoi dans nos médias.

RFI et le service international de communication française y sont allés de leurs couplets auto-glorificateurs ; quelques-unes de leurs dignitaires ont sauté dans les avions pour gagner au plus vite, les Hiltons ou Sheratons de Bamako, tout en faisant des déclarations publicitaires insolites sur la qualité de l'information fournie par RFI (ce qui est vrai mais assez normal, et d'autant plus facile que le reste de la presse française ne nous livre que des nouvelles ad usum delphini) comme sur le fait que RFI est très écoutée au Mali (ce qui n'a apparemment pas arrêté la kalachnikov des assassins.).

En revanche, rien, pas un seul mot, sur le panorama général qui explique très facilement les raisons de cet enlèvement, même si la précipitation dont il a fait connu une issue fatale, demeure inexpliquée, quoiqu'elle soit sans doute explicable (panne de voiture ? Intervention d'un groupe concurrent ? etc.). Ce dernier point importe peu d'ailleurs.

Comme toujours et contre toute vraisemblance, dans cette affaire de libération des quatre otages via le Niger, le gouvernement français a continué à nier avoir "payé", alors que tout le monde sait ce qu'il en est et que Le Monde a même donné la somme payée qui, semble-t-il, tournait autour de 22 millions d'euros.

Ce jésuitisme gouvernemental ne trompe personne ; il a a conduit à nier comme des beaux diables, ce que toute l'Afrique sait parfaitement, c'est-à-dire que la France a payé, sans doute pas directement, ce qui permet un énorme demi-mensonge (ce qui en fait un très gros !). En effet, elle n'a sans doute pas fait elle même le chèque ou donné les valises, passant par AREVA et/ou se contentant de donner, par quelque filière que ce soit, l'argent à celui qui devait le remettre au gouvernement nigérien, qui probablement été chargé de le remettre à son tour (sans doute avec une petite commission) aux ravisseurs des quatre otages.

Ce sont ces dénégations, ces mensonges et ses mystères qui sont, en réalité, à l'origine de la mort des personnes enlevées.

La seule solution intelligente et même raisonnable, car tout le monde sait ce qui s'est passé, aurait été de donner le détail précis des versements et d'y ajouter, avec la plus grande précision, les noms et la part des destinataires si le pactole devait être partagé entre plusieurs groupes, ce qui est infiniment probable.

Les responsabilités et les profits de chacun auraient été fixées avec précision, alors que tout indique, quoique personne n'en parle que les auteurs de ces deux assassinats, sont probablement des gens qui n'ont pas reçu sur la rançon la part, qu'ils jugeaient devoir leur revenir (ou les commissions auxquelles ils pensaient avoir droit, dans un remake nigérien de l'affaire de Karachi). Une autre possibilité est tout simplement que l'énoncé des chiffres des sommes versées a donné des idées à des bandits, djihadistes ou non, fort nombreux dans la zone et qui ont profité de l'affaire pour enlever à nouveau des Français. Dans la solution que je suggère ces bandits auraient pu détrousser les bénéficiaires réels de 20 ou 22 millions ce qui aurait été plus simple et plus rapide.

Puisque la France est le seul Etat qui paye, on désigne clairement aux candidats ravisseurs comme cibles premières nos compatriotes. C'est donc de toute évidence le comportement du gouvernement français qui est la cause première de l'assassinat de ces deux malheureux, parce que, au lieu de dire combien de millions avaient été versés et surtout A QUI, on a nié avoir payé alors que tout indique qu'on l'a fait ou fait faire ; on a donc encouragé par là l'enlèvement de nouveaux Français, ces deux journalistes étant évidemment les seules proies possibles, le tourisme à Kidal étant actuellement à son étiage.

jeudi 4 avril 2013

Armée et langue françaises


Ce rapprochement sur lequel s'achevait mon blog d'hier a pu sembler insolite à un nombre d'entre vous ; peut-être arriverais-je à convaincre qu'il est moins étrange que vous ne le pensez.

Les linguistes étant incapables de répondre à la question, sans cesse et toujours posée, de la différence entre une langue et un dialecte, on a imaginé une réponse toute faite : une langue est un dialecte qui a une armée et une marine. Elle n'est pas si mauvaise que ça et a ici pour moi l'avantage de rapprocher langue et armée.

Il est clair que les exigences de certains touchant l'armée de la France renvoient à une situation et, par là, à une image de cet Etat qui ne sont plus celles que nous connaissons actuellement, au moins pour la situation objective. C'est pour cela que j'évoquais hier une vision "rivarolienne" de la France qui effectivement, à la fin du XVIIIe siècle, avait en Europe une situation qui n'est plus la nôtre aujourd'hui, en particulier pour ce qui concerne la langue qui était celle de toutes les cours européennes.

La différence majeure est que, pour tout ce qui touche notre armée, on entend guère de tous côtés, et en particulier du côté des militaires, qu'un concert de lamentations sur la diminution de ses moyens et, de ce fait, sur le caractère lamentable de son état. Il en est tout autrement du côté de la langue où ont été mis en place des organismes officiels, soit "francophones" (comme l'Agence de coopération culturelle et technique, l'ACCT, créée en 1970 à Niamey et devenue aujourd'hui l'Agence intergouvernementale de la francophonie, l'AIF, ou comme l'Association des universités entièrement ou partiellement de langue française, l'AUPELF devenue ensuite UREF et aujourd'hui Agence universitaire de la francophonie, l'AUF, sous l'autorité de principe de la précédente), soit français comme la Délégation générale à la langue française et aux langues de France (la DGLFLF).

Une partie de l'activité de ces organismes, francophones et français, consiste à organiser une forme de propagande en faveur de la langue française dont l'essentiel repose sur des évaluations du nombre de francophones et de la place du français dans le monde.

La tradition dans ce genre d'organismes (car il y en a eu bien d'autres dans les dernières décennies) consiste à compter les francophones dans le monde, sans toutefois jamais se poser la question première er centrale de la définition précise et concrète de ce qu'est un francophone! Cela permet naturellement des estimations extrêmement variables que ces organismes ont évidemment tendance à pousser vers le haut, le record actuel s'établissant entre 300 et 500 millions de francophones dans le monde, ce qui est évidemment totalement absurde.

Les Québécois qui sont les plus militants dans ce domaine et ils ont souvent reproché à la France hexagonale sa tiédeur, voire son inertie, en la matière. Ils se sont même récemment donné, avec le concours financier de l' OIF, un institut spécialisé situé à l'Université Laval à Québec dont les visées d'ordre démo-linguistiques consistent à fournir des chiffres, réputés scientifiques vu leur origine universitaire, mais qui ne le sont guère et ne sont même pas sérieux. Je pense que les responsables de cet organisme jugent bon de "renvoyer l'ascenseur" à l'OIF, leur bailleur de fonds, qui a financé pour partie la création de cet institut, le Québec fournissant le reste.

On pourrait juger innocentes de telles pratiques (et elles le sont d'une certaine façon) si elles n'étaient pas, sur le plan concret et pratique, extrêmement nuisibles. L'apparence scientificité de telles données repose essentiellement sur des prévisions démographiques dont chacun sait ce qu'elles valent et qui mettent en avant surtout la forte croissance démographique actuelle de l'Afrique dite « francophone » mais qui ne l'est guère sur le plan linguistique. Ces extrapolations sont d'autant plus aisées pour les démographes-linguistes de Québéc qu'ils n'ont, pour la plupart jamais mis les pieds sur le vrai terrain africain où ils redoutent d'aller d'aller, car il y fait très chaud et le pays est plein d'insectes et de maladies que n'apprécient guère les Américains du Nord dans leur ensemble.

Le plus grave dans cette affaire (je ne puis m'étendre sur ce sujet que j'ai traité des dizaines de fois) est que ces évaluations exagérément optimistes et cette propagande qui ne reposent sur rien détournent d'envisager des mesures sérieuses et efficaces qui pourraient aider, effectivement et réellement, à une diffusion de la langue française, au premier chef en Afrique mais, au-delà, dans le reste du monde.

Il est en effet évident que le dispositif actuel de diffusion du français est obsolète et inadapté et, par là même, inefficace. Mettre fallacieusement en avant des succès prétendus de ce dispositif contribue à le perpétuer de façon funeste. Ces évaluations, follement optimistes, sont donc en réalité extrêmement néfastes.  Mieux vaudrait, en se fondant sur une vision claire et lucide de la situation, envisager des solutions mieux adaptées et plus réalistes, et par là plus efficaces.

Les nécessités du genre court qu'est le blog m'amènent à revenir rapidement au second terme de ma comparaison qui est l'armée, pour dire qu'il en est de même pour la défense et que, continuer, comme certains le font, à présenter la France comme ayant l'ambition légitime de "peser sur le monde" est le meilleur moyen d'avoir une politique de défense ridiculement inefficace et même inutile. Mieux vaudrait définir les vraies fins de l'existence d'une armée française pour adapter ses effectifs, son équipement et son fonctionnement à ces finalités, au lieu de continuer à rêver pour la France d'une place dans le monde qu'elle n'a plus depuis longtemps.

L'armée et la langue françaises doivent, l'une et l'autre, se définir, de façon précise mais surtout réaliste, des objectifs et des ambitions, si elles veulent avoir les moyens et les stratégies pour les approcher de façon réelle au lieu de continuer à rêver sur les illusions du passé.

mercredi 6 février 2013

Honni soit qui Mali pense (N° 3) : la guerre des mots


En ce matin du 6 février 2013, sur Europe 1, dialogue hilarant entre l'intervieweur de service à cette heure matinale, Jean-Pierre Elkabbach et notre ministre de la défense, le bon Monsieur Le Driant qui est en service quasi permanent sur tous les médias avec, en mains, tout frais pondus, ses "éléments de langage".
Le caractère amusant de ce dialogue ne tient pas à son contenu qui est assez insignifiant en raison du secret défense ("les oreilles ennemies nous écoutent"); toutes les questions un peu délicates sont d'emblée écartées par le ministre français au prétexte de la préservation de nos otages, ce qui est bien commode mais peu convaincant. En revanche, partie de ping-pong lexical entre les deux protagonistes, Monsieur Le Driant ne parlant que de "terroristes" pour désigner Aqmi, Ansardine et Munjao), alors que Jean-Pierre Elkabbach s'obstine à lui répondre "djihadistes" à propos des mêmes groupes, ni l'un ni l'autre bien entendu ne voulant céder et moins encore s'expliquer sur ce différend lexical.
Vous l'aurez observé en effet le politiquement correct, comme la politique pure en la circonstance, imposent, depuis peu, à la partie française l'interdiction absolue d'user des termes "islamistes" ou " djihadistes"» qui étaient les seuls en usage il y a quelques semaines encore dans le discours français pour dénoncer la mainmise étrangère sur le Nord Mali. Subitement, ces "islamistes" et ces "djihadistes" se sont mués en "terroristes", ce qui, à mon sens, est passablement inexact puisque, à ma connaissance, terroristes sur le territoire malien. Mais comme l'immense majorité de la population malienne est il n'y a eu, sur le territoire malien, aucun acte qu'on pourrait, en d'autres lieux, à proprement parler, qualifier de "terroriste". Sans doute a-t-on découvert que 90% de la population du Mali est musulmane (même si c'est à sa façon) et, comme soudain elle nous est désormais toute acquise (pour un temps au moins), force nous est de bannir les termes qui pourraient offenser ses sentiments religieux. C'est le cas de ceux qui peuvent évoquer l'islam ; le mot "terroristes" est donc bien commode, pour le Mali comme pour les Etats Unis et l'UE, car il n'a guère de couleur idéologique ou religieuse.
L'étrange ping-pong lexical entre " djihadistes " et "terroristes" a duré jusqu'à la fin de l'interview de Monsieur Le Driant sans que nul ne cède sur le choix qu'il avait fait ni ne s'en explique, ce qui vous l'aurez compris ne trompe personne.
Le mot "malien" lui-même devient queque peu suspect et est également employé avec précaution. On a pu le voir dans l'affaire de Kidal que j'ai rappelée précédemment. Le MLNA (Tamasheq), qui est très loin d'être en odeur de sainteté à Bamako mais qui le rend bien à la capitale du Sud, a refusé que les troupes françaises libératrices se fassent accompagner par des troupes maliennes dans l'occupation de cette ville. La France a cédé sur ce point mais, pour ne pas perdre tout à fait la face, on a profité, à ce moment-là, de l'arrivée, fort heureuse et surtout opportune, de quelques dizaines de soldats tchadiens pour les mettre aux côtés des Français. Ainsi, tout le monde était content, et, à la télé et vu de Paris, allez donc distinguer un Malien d'un Tchadien !
Le problème tamasheq, tant dans les négociations actuelles autour de Kidal que dans le règlement ultérieur du problème malien, sera, à n'en pas douter, un gros caillou dans la chaussure de l'amitié franco malienne et cela d'autant que tout bon Malien vous dira qu'un Tamasheq n'a pas de parole !
J'ai pu entendre, je ne sais où le chargé de communication du MLNA, qui, dans un français quasiment parfait, nous expliquait, d'une part le virage lof pour lof de sa formation qui est désormais l'alliée le plus sûr de la France, comme le prouve son action contre les terroristes. Sans les lui livrer, n'autorise-t-elle pas la France à interroge) de personnalités importantes des groupes "terroristes" (dans le lexique MLNA qui est aussi le nôtre on l'a vu)) qu'elle a elle-même capturés, ce qui démontre à la fois son implantation locale, son efficacité et sa bonne foi. Au Mali, on l'a vu, la tradition veut qu'on ne puisse jamais se fier à la parole d'un Tamasheq et ils semblent effectivement  en avoir donné une illustration par leurs revirements politiques successifs dans leur rapport avec les autres groupes "terroristes".
Comme je l'ai rappelé, dans le post sur l'émission de Calvi à propos du Mali, le seul moment véritablement intéressant mais il n'a guère duré, a été celui où a été évoquée l'exclusion dont, à les entendre, les Tamasheq seraient l'objet de la part de l'Etat malien. Le fait intéressant a été alors la réaction extrêmement vive voire violentes d'Aminata Traoré qui, par des mimiques d'abord puis par un propos rapide, a signalé, au contraire, que, dans cette affaire, c'étaient les Tamasheq qui étaient les racistes et non pas les maliens du Sud, rappelant au passage que les premiers, de toute éternité, ontt toujours réduit en esclavage des noirs qu'ils se procuraient par les "rezzous" ( comme la pratique, le mot est de la région) qu'ils lançaient dans dans les zones situées au Sud de leur propre territoire. Bien entendu, on a très vite glissé sur cette affaire, mais il y a là pourtant des éléments historiques et sociaux qu'on ne pourra pas éternellement passer sous silence dans les négociations ultérieures même si les politiques et les commentateurs s'obstinent à les cacher ou à les ignorer.

dimanche 21 octobre 2012

Le nouveau vocabulaire politique français

C'est dimanche ; en attendant de revenir demain à l'esclavage, voulez-vous que je vous propose, comme exemple, un titre à la mode dans le discours politique français ? En voici un : « Le manque de charisme du Premier Ministre impactera-t-il de façon pérenne son action régalienne ?".
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Vous avez remarqué sans doute que ce titre veut simplement dire : "Le manque d'autorité rayonnante de notre Premier Ministre l'empêchera-t-il de prendre les décisions qui s'imposent dans des domaines essentiels?".

En lieu et place d'une telle formulation, consternante de banalité voire de désuétude, celle que je vous propose ici réunit quatre mots-clés de notre vocabulaire médiatico-politique actuel. Le seul point sur lequel je m'interroge en écrivant ce post est l'ordre dans lequel je dois mettre ces deux termes : médiatico-politique ou politico-médiatique ? Je ne vais pas vous refaire le coup de l'âne de Buridan et je ne vois pas de mot-valise sauf un médiocre "polimédiatique" que les incertitudes orthographiques si communes aujourd'hui peuvent rendre ambigu.

Il ne fait pas de doute que la vogue de ces termes (je ne m'en tiens qu'aux plus récents que leur fréquence même rend insupportables) tient à l'ignorance encyclopédique de la plupart de nos politiques et de nos journalistes ; à chaque mot nouveau pour eux (ce qui est un phénomène relativement courant vu leur niveau de connaissance de la langue française), ils sont comme des enfants qui ont trouvé un nouveau joujou dans l'une ou l'autre de leurs friandises et qui ne s'en séparent plus aussi longtemps que dure l'émerveillement devant pareille nouveauté.

Je leur signale car, sans doute cet attrait du neuf finira-t-il par disparaître, qu'ils pourraient ajouter à cette liste, relativement courte, un verbe que j'aime beaucoup et qui souvent n'est malheureusement pas compris, en dépit du fait qu'on peut en user dans nombre de circonstances, en particulier en politique.

Il s'agit du verbe "gazer" ; non pas le verbe sinistre qu'ont hélas popularisé les camps de concentration et la Shoah, pour en faire, comme disait l'autre, un "détail de l'histoire" et qui est dérivé du substantif "gaz", (en la circonstance asphyxiant), mais d'un verbe "gazer", de forme identique , mais beaucoup plus joli, dans son étymologie en tout cas, puisqu'il dérive, non pas du "gaz" (mot rudement masculin) mais de la "gaze", terme féminin qui qualifie un tissu dont il a le charme léger, la douceur et le léger pouvoir d'occultation. "Gazer" une réalité, ce n'est en rien la cacher et moins encore la détruire, mais voiler d'une "gaze" légère qui en adoucit les contours et en masque les défauts. Quoi de plus précieux en politique ?

Le peu charismatique Monsieur Ayrault pourrait donc, faute d'un impact pérenne dans sa fonction régalienne de gestion de nos finances, s'employer, sinon à réduire ou à faire disparaître nos difficultés et déficits, du moins à les "gazer", c'est-à-dire à les couvrir de voiles légers, qui en atténuent la rudesse inquiétante, sans pour autant chercher, sottement voire malhonnêtement, à les dissimuler totalement à nos regards.

Monsieur le Premier Ministre, avec tout le respect que je vous dois, je vous en prie, acceptez ce conseil (gratuit comme toujours chez Usbek Consulting &Co) et suivez-le donc : « Gazez ! Gazez ! Gazez !".

samedi 29 septembre 2012

Honni soit qui Mali pense (3) : Bouteflika ou El Mali ?

Comme je l'avais annoncé hier, je pensais en finir aujourd'hui avec l'affaire du Mali, en traitant de ses rapports avec l'Algérie. Comme ce point est bien plus complexe que les deux précédents, je serais amené à lui consacrer deux livraisons. On est en présence d'une extrême difficulté à traiter ces questions, surtout pour un ignorant comme moi, car, selon que l'on consulte des sources françaises, algériennes, maliennes ou … azawad, on obtient des points de vue extrêmement différents quant aux faits matériels eux-mêmes.

Je suis d'autant plus contraint d'être plus long que prévu que je dois régler, en introduction, deux questions mineures dont l'une tient au titre même du présent poste.

La première est celle de l'expression "fides punica" utilisée dans le premier de mes posts sur le Mali. Je disais, me semble-t-il, mais je n'ai pas le courage d'aller vérifier, que la "fides punica" avait franchi la frontière, sans préciser ni le sens de cette cuistrerie ni la frontière en cause. Il s'agit, bien entendu, de la frontière entre la Tunisie et l'Algérie puisque, selon les Romains,  cette "fides punica",  la (mauvaise) fois punique, caractérisait les Carthaginois dont les Tunisiens seraient les héritiers. Je ne sais pas vraiment si la "fides" des Romains était bien plus grande que celle de leurs adversaires carthaginois, mais il s'agissait, en tout cas, dans la tradition, d'une traitrise phénicienne dont l'idée est fort ancienne.

La seconde remarque liminaire concerne le présent titre "Bouteflika ou El Mali" qui nous rapproche du sujet. J'y reviendrai dans la suite mais je veux souligner ici et par là que les relations entre le Nord du Mali et l'Algérie sont naturellement anciennes puisque l'actuel président de l'Algérie, Abdelaziz Bouteflika, a passé dans le Nord du Mali une partie de la guerre d'Algérie ; il s'efforçait d'y trouver une aide pour les Algériens en lutte et il y était alors connu sous le nom d' Abdelkader El Mali. Ces événements remontent à un demi-siècle, mais ils ne sont peut-être pas à négliger totalement.

La nécessité d'être un peu long, sur ce point, tient à l'obligation de quelques rappels démographiques ou historiques. Les Tamasheq du Nord-Mali sont en rébellion depuis l'indépendance ; contentons-nous ici de rappeller une formule célèbre, énoncée en 1963 : « Les Français sont partis, les Arabes sont arrivés ». A intervalles réguliers (en 1990, en 1994 et enfin en 2006), les tensions ou même les hostilités ont repris, suivies par des accords, souvent favorisés par l'Algérie, mais qui n'ont été que très peu respectés par Bamako. On retrouve là le vieux problème des frontières héritées de la colonisation ; la division coloniale du territoire des Touaregs entre l'Algérie, le Mali et le Niger a engendré des problèmes qu'a réglés, en principe du moins, la règle posée par l'Union africaine qui regarde comme intangibles les frontières issues de la décolonisation, pour éviter les multiples sources de conflits territoriaux que connaissent la plupart des Etats d'Afrique.

L'importance démographique exacte de la communauté touareg, dont sont membres les Tamasheq du Nord-Mali est difficile à évaluer ; on l'estime, très vaguement, entre 1,5 et 3 millions dans l'ensemble, mais elle pourrait être beaucoup plus nombreuses (jusqu'à 3 millions en Algérie et 1,5  au Mali).

Il est clair que, pendant longtemps, l'Algérie a été résolument hostile à l'idée d'un Azawad indépendant à ses portes Sud car cela risquerait d'encourager, chez elle, les pensées d'autonomie des Kabyles. Ce fut le cas, tant en 1963, où elle a livré des leaders de cette rébellion à Bamako que, vers 1980, où elle tenta d'introduire des dimensions au sein des groupes de combattants Tamasheq ou, plus tard, en favorisant la conclusion d'accords entre le Nord et le Sud du Mali.

Il y a toutefois une contradiction majeure et fort gênante dans la politique algérienne qui a accepté la partition de l'Éthiopie en 1993, celle du Soudan en 2011 et surtout qui continue à proclamer, au grand dam de son voisin marocain, « le droit à  l'autodétermination du peuple sahraoui ». Pourquoi, avec de tels choix et une telle position, s'oppose-t-elle à celle du peuple Tamasheq  ?

Ce n'est pas là le moindre problème de la diplomatie algérienne. On retrouve ces contradictions dans l'évolution récente du point de vue d'Alger qui est un peu un Janus à deux faces. Au printemps 2012, alors que la France sarkozienne est contre une opération militaire d'Alger et hostile à l'indépendance de l'Azawad, l'Algérie rejoint, de fait, la position française.

Il n'est pas sûr que la position d'Alger soit aujourd'hui toujours la même, du moins si l'on se fonde moins sur les déclarations officielles que sur les comportements effectifs. Il est clair que l'Algérie doit prendre en compte aussi sa propre politique intérieure à l'égard de l'Islam radical et qu'au Nord-Mali ses faveurs vont plutôt vers les Tamasheq  progressistes regroupés dans le MNLA, qui ne sont pas favorables à une république islamique mais à la création d'un État laïque, en dépit de leurs relations d'opportunité avec l'AQMI et avec Ansar Eddine ("les défenseurs de la religion" en arabe »).

Il serait fort intéressant, en la circonstance, de savoir ce qui se passe effectivement à la frontière entre l'Algérie et le Mali, mais il faut reconnaître qu'il est bien difficile d'aller sur le terrain pour y faire quelques observations que ce soit.

Le MNLA dispose d'armes lourdes rapportées de Libye, mais aussi d'un arsenal qu'il peut acheter en prélevant sa dîme (ou davantage) sur les commerces frontaliers avec l'Algérie et la Libye en direction de l'Europe (il s'agit en particulier de la drogue). Toutefois, certains témoins, bien sûr anonymes, ont observé des convois de véhicules type 4x4 lourdement armés qui transitaient en Algérie en direction de Gao, sans qu'on sache trop à qui étaient destinés ces matériels adaptés au désert qui peuvent, de toute façon, avoir très vite changé de mains, vu la faible résistance que les troupes maliennes officielles ont opposée aux insurgés.

Les transits entre l'Algérie et le Mali peuvent aussi tout à fait changer de sens. Ainsi les camions, qui ramenaient au Mali des émigrants clandestins capturés en Algérie et refoulés, ont inversé récemment leur parcours pour amener en Algérie des réfugiés fuyant les combats. Il pourrait toutefois y en avoir toujours d'autres qui vont en direction du Sud et qui pourraient y apporter le combustible abondant que rend indispensable l'utilisation massive des véhicules militaires.

C'est un problème sur lequel Antoine Glaser s'était interrogé, sans toutefois suggérer de solutions, mais le sourire ambigu qu'il arborait alors en disait long.

On voit combien les choses sont complexes ; nous y reviendrons donc demain.

vendredi 28 septembre 2012

Honni soit qui Mali pense (2) : Vatican 3

Quoique ce post s'inscrive dans la ligne de celui d'hier que j'avais, de ce fait, intitulé "Honni soit qui Mali pense (1)", comme souvent, l'idée d'un post sur tel ou tel point me vient à partir d'un titre qui me paraît s'imposer soudain.

Je souhaitais hier m'intéresser à deux aspects de la question malienne qui me paraissent importants, mais dont on ne parle guère. Le premier est le rôle un peu inattendu du Qatar, le second, moins évitable, étant celui de l'Algérie.

Commençons donc par le Qatar qui est, en ce moment, est fort à la mode puisque non content d'acheter nos palaces, il veut pousser les jeunes beurs de nos banlieues (en qui Monsieur Éric Raoult voit des bilingues français-arabe) a créer des start-up pour assurer leur promotion sociale. Voilà en outre (je l'ai appris ce matin même de la bouche fort autorisée de Monsieur Moscovici) qu'il va financer notre future banque d'investissement destinée à booster les petites et moyennes entreprises françaises. Cette association inattendue ( a fortiori dans un Etat islamique) de la charité et de la finance m'a irrésistiblement fait penser au Vatican d'où le titre de ce post.

En effet la charité du Qatar ne observe s'exerce pas seulement dans nos ministères et dans nos "quartiers", mais également, même si l'on en parle moins, au Mali. Dans l'émission d'Yves Calvi, Antoine Glaser, le seul des intervenants à connaître et à comprendre quelque chose à propos de l'État dont on parlait, avait signalé en passant que la Croix-Rouge internationale n'avait pas été autorisée à intervenir au Nord-Mali ....à cause de sa croix ! Ce n'est naturellement pas le cas du Croissant-Rouge et c'est sous les oripeaux de l'humanitaire que le Qatar intervient, officiellement du moins, au Nord-Mali. Le Qatar a d'ailleurs, tout à fait officiellement, alloué 6 millions de riyals, soit 1,35 millions d'euros, pour l'aide humanitaire aux populations du Nord-Mali. La délégation humanitaire qatari est arrivée par voie terrestre en provenance du  Niger et sa sécurité est assurée dans le pays par le Mouvement pour l'Unicité et le Djihad en Afrique de l'Ouest, le MUJAO dont le nom même dispense de tout  commentaire et que, par ailleurs, le Qatar soutient financièrement et matériellement ainsi que le groupe islamique Ansar Eddine (comme il le fait pour la plupart des mouvements de cette mouvance). La charité du Qatar est donc, selon la formule, "bien ordonnée" !
Ce premier problème n'est d'ailleurs pas sans rapport avec celui de l'Algérie, dont je parlerai demain dans mon prochain post, puisque les sept "diplomates" algériens qui ont été capturés à Gao 5 avril 2010, sont aux mains du MUJAO.

L'aide du Qatar, comme cela été souligné souvent par les rares organes de la presse française qui se risquent à aborder ces problèmes (dont bien sûr l'indispensable Canard enchaîné et Jeune Afrique car on ne trouve guère d'allusion à ces questions dans le Figaro), est "officiellement" orientée vers l'humanitaire (ce qui est souvent, non sans adresse, le masque de l'action de tels mouvements) présente des caractéristiques très particulières pour ce qui concerne ses destinataires. Vu la couleur politique et religieuse et les modes d'action de groupes comme le MUJAO  et Ansar Eddine (branche la plus radicale des Frères Musulmans, hostiles aux Saoudiens, ce qui n'est pas pour déplaire au Qatar), on peut toutefois imaginer qu'une partie de ces moyens peut avoir des fins autres que strictement charitables. En outre, il est difficile de distinguer l'un de l'autre, car si les vivres sont destinés, en principe, aux populations déshéritées du Nord Mali, il faut bien que les troupes d'occupation mangent, elles aussi.

La situation est donc fort complexe et elle le sera encore plus quand nous aborderons la place et le rôle de l'Algérie dans tout cela, car il ne faut pas oublier que le Nord-Mali est frontalier de l'Algérie et il ne vous a pas échappé que se trouvent dans cette zone des réserves pétrolières qui suscitent bien des convoitises et qui expliquent sans doute un certain nombre de choses. On doit aussi songer que le Niger n'est pas loin et que la France ne peut pas se désintéresser d'un pays qui lui fournit le tiers de l'uranium dont elle a besoin pour ses centrales nucléaires et pour celles qu'elle vend à l'étranger et dont elle garantit l'approvisionnement décennal en combustible!

Dans un contexte si trouble et si secret, on doit prendre en compte même des accidents de la route ;  l'Algérien Nabil Makloufi, dit Nabil Abou Alqama, qui coordonnait toutes les actions d'Al Qaïda dans le Nord-Mali est mort dans un accident de voiture entre Gao et Tombouctou, comme l'a signalé l'AFP. Ces mécréants n'ont pas indiqué que, selon la formule, « il a été rappelé à Dieu". Toutefois, il n'est pas exclu que certains aient donné, en la circonstance, un petit coup de main à Dieu, ce qui nous maintient, si l'on peut dire, dans le registre vaticanesque. Le directeur de Ennahar, Anis Rahmani, spécialiste des questions de terrorisme, a déclaré, en effet, à l'AFP que cet accident était en fait une élimination volontaire de Makloufi ; il y aurait en effet une crise interne au sein de l'AQMI et l'élimination de dirigeants algériens d'Al Qaïda serait un moyen de renforcer la position du MUJAO où dominent plutôt les Maliens et les Mauritaniens.

Rien n'est simple en ce bas monde ; comme je le rappelais hier, il n'est pas sûr que l'entente la plus cordiale règne, au Nord-Mali entre les mouvements islamistes, même si l'intervention de la France est sans aucun doute le meilleur des moyens pour l'y ramener !

lundi 19 mars 2012

Du halal à la charia

Un de mes amis québécois m'a adressé, suite à la lecture de mes blogs (je devrais écrire "blogue", à la québécoise) sur le "halal" des extraits d'un blogue de Djemila Benhabib.

"Diplômée en science physique, en science politique et en droit international, Djemila Benhabib consacre une partie de son temps à l’écriture. Ses deux livres Les soldats d’Allah à l’assaut de l’Occident (2011) et Ma vie à contre-Coran (2009) connaissent un succès fulgurant. Elle intervient régulièrement dans les médias sur des questions reliées à l’islam politique qu’elle dénonce avec véhémence. Elle collabore à l’émission BazzoTv à Télé Québec et "Plus on est de fous plus on lit" à la première chaine de Radio-canada. Résolument engagée pour la démocratie dans les pays arabes et musulmans, elle milite en faveur de la laïcité et des droits des femmes. Elle a travaillé comme journaliste et a fait de nombreux reportages à l’étranger".

Son texte confirme tout à fait mon point de vue et mes réserves qui ne sont en rien de l'ordre de la religion mais exclusivement de l'hygiène et même de la santé. Je la cite :

"Une enquête d’Envoyé Spécial de France-Télévision diffusée au début du mois de mars révélait, témoignages solides à l’appui, qu’en Ile-de France et dans de nombreuses villes de France la totalité des bovins, ovins et caprins sont abattus selon les méthodes halal.

Le magazine Marianne a interrogé plusieurs experts qui confirment le contenu de l’enquête. « Selon Gilbert Mouthon, professeur à l’Ecole Vétérinaire de Maison Alfort (94) et expert auprès des tribunaux, « pour des raisons économiques, tous les animaux abattus en Ile-de-France le sont selon les techniques halal. Et le phénomène est en train de gagner toute la France, où on estime que 80% des moutons sont abattus selon les méthodes halal ». Le principe est simple : des dérogations – légitimes – ont été accordées pour permettre les abattages rituels, halal et cascher, à des moments clairement identifiés. Or ces méthodes présentent bien plus de risques sanitaires que les méthodes conventionnelles, très codifiées. Ce qui implique, pour les abatteurs, une fois ces moments réservés aux pratiques rituelles passées, d’arrêter les chaînes d’abattage pour les nettoyer et les désinfecter. Ce que de moins en moins de professionnels se résolvent à faire, préférant généraliser les pratiques rituelles et augmenter leurs profits. » Le problème posé, analyse le Dr Jean-Louis Thillier, auteur de nombreux rapports officiels sur la sécurité sanitaire, c’est celui du non-respect des normes d’hygiène, conduisant à une augmentation des contaminations à l’Echerichia Colli, ces terribles bactéries qui provoquent tant d’insuffisances rénales chez les enfants. Au cours de ce type d’abattages rituels, le contenu de l’œsophage et des intestins des animaux risque de souiller la viande, particulièrement les quartiers avant qui finissent dans les steaks hachés. Voilà pourquoi l’étiquetage indiquant comment les animaux ont été abattus est si important. Le consommateur est en droit de savoir. »

Selon Djemila Benhabib, le halal va surtout très au-delà de la simple question de la viande, dans une stratégie globale de l'intégrisme musulman.

"Car le halal est une espèce de cordon sanitaire qui préserve la « pureté » des musulmans du reste de la société d’accueil. C’est en cela qu’il est devenu un formidable enjeu politique. En définitif, en avouant sa ressemblance avec tous, l’autre n’est plus tout à fait l’autre. On retrouve en l’autre ce qu’il y a en nous. C’est précisément cette ouverture à l’autre que combat férocement l’idéologie de l’islam politique en formatant ses adeptes pour les distinguer du NOUS collectif citoyen".

mercredi 1 février 2012

« Germanicum exemplum »

Se trouvera-t-il chez nous un Jules César capable de contrer la menace germanique ? On se souvient que Rome ayant refusé la proposition d’Arioviste de partager la Gaule entre Romains et Germains, César, en 58, défit ces mêmes Germains à la bataille de l’Ochsenfeld, les rejetant ainsi au-delà du Rhin.

Nous n’en sommes pas encore là, et la menace germanique est désormais plus économique que militaire, fort heureusement. On sait, en effet, que, à la louche, l'excédent commercial allemand est trois fois supérieur à notre propre déficit dans le même domaine. Comme, par ailleurs, les Allemands ont un taux de chômage très inférieur aux nôtres (quels que soient les raisons de cette situation et les moyens mis en oeuvre pour y parvenir, car les gouvernements truquent les chiffres des deux côtés) et un niveau de vie globalement très comparable au nôtre, tant sur le plan du pouvoir d'achat que sur celui du système social, le modèle allemand (« germanicum exemplum ») fait donc recette désormais parmi nos politiques.

Le problème est qu'il y a à peu près autant de positions théoriques sur ces questions que d'économistes qui en présentent. Il est d'autant plus difficile de s'y retrouver que, si les uns se bornent à s'inscrire dans tel ou tel type de pensée économique, il en est d'autres (et ce sont souvent ceux qu'on voit dans les médias) qui ont parfois des intérêts très directs voir purement promotionnels dans l'exposé et la défense de telle ou telle théorie. Il n'y a donc pas grand-chose à tirer de ce côté-là car n'importe quel politique, « pensant » n'importe quoi, pourra toujours trouver un économiste prêt à conforter sa position par quelques arguments réputés scientifiques.

Sur RMC-BFM-TV Jean-Jacques Bourdin interviewait, ce matin, Arnaud Montebourg qui, comme toujours a eu quelques propos définitifs, en particulier sur les « Allemands pauvres » (et non pas les « pauvres Allemands » puisque notre belle langue française fait, par la place de l'épithète, à la différence du « bonnet blanc blanc bonnet » toujours cité, une distinction subtile qui échappera toujours aux épais Teutons !). Le bel Arnaud estimait les salaires de ces Allemands employés à temps partiel aux alentours de 400 € et jouait des mélodieux accents de sa voix de velours pour susciter la compassion à leur endroit.

Or, il se trouve que j'ai regardé, hier même sur France 5, l'émission d'Yves Calvi « C'est plus clair » qui, en dépit de la sempiternelle présence d'intervenants abonnés, demeure l’une des émissions les moins inintéressantes de notre télévision. L’un des invités, d'origine allemande, Hans Starck, est intervenu de façon autorisée sur cette question et cela d'autant plus qu'il est un spécialiste des relations franco-allemandes.

Tout en reconnaissant bien entendu (et comment le nier ?) qu’il y a en Allemagne un fort pourcentage de travailleurs à temps partiel, il a fixé la rémunération de ces travailleurs aux environs de 700 ou 800 € plutôt qu'aux 400 euros qu'évoquait M. Montebourg. Il a d'ailleurs précisé qu'en revanche, la rémunération des travailleurs spécialisés (puisque l'Allemagne s'occupe, elle et depuis toujours, de former des techniciens et des spécialistes plutôt que des psychologues comme le fait la France) était beaucoup plus élevée (parfois trois fois plus importante) et que donc nombre de travailleurs allemands ont des salaires très supérieurs à ceux de leurs homologues français. Les frontaliers français le savent mieux que quiconque !

Hans Starck a souligné aussi deux points qui me paraissent essentiels et dont nul ne parle naturellement !

Le premier est que la vie en Allemagne est beaucoup moins chère qu'en France, contrairement à ce que l’on pense souvent. Sur ce point, le témoignage de M. Starck n'est pas indispensable ; il suffit d'aller en Alsace pour s'en rendre compte quand on découvre que les Français vont faire leurs courses en Allemagne alors que l’inverse est vrai pour la Suisse. Comme on le sait, les rois du « hard discount » sont des sociétés allemandes, dont la plus connue est sans doute celle des frères Aldi. Cet aspect m’a été confirmé par de nombreux amis qui sont allés ou ont vécu en Allemagne, car, si j'y suis allé, à différents entreprises, je n'ai guère eu l'occasion d'y faire des courses et donc de me rendre compte de ces différences dans les prix.

Le deuxième point essentiel est que les loyers sont beaucoup moins chers en Allemagne qu'en France. Hans Starck a avancé, sur ce point précis, des prix de loyers mensuels courants de 150 à 200 €. Allez donc trouver dans une ville française, moyenne ou grande, le moindre studio à moins de 400 € ? Les explications sur ce point ne manquent pas ; elles tiennent à ce que, dans le dernier demi-siècle, vu les destructions de la guerre, on a énormément construit en Allemagne. Par ailleurs, la croissance démographique est, comme les Français se plaisent à le rappeler sans cesse, bien plus importante en France ; les lois du marché entraînent donc inévitablement, en Allemagne, la baisse des tarifs de location. Il serait intéressant d'ailleurs, mais c'est un autre problème dont je traiterai un jour ou l'autre, de se pencher sur cette question de démographie française mais d'envisager, au-delà des chiffres eux-mêmes qu'on se garde de voir de trop près, les conséquences d'une telle situation. L'argument sans cesse avancé selon lequel ces « jeunes » paieront les retraites devrait être modulé aussitôt par le fait que pour les payer, dans l’avenir les retraites, encore faudrait-il que les dits "jeunes" aient exercé, en leur temps, une activité quelconque. Naturellement cet aspect, comme quelques autres aussi importants mais frappés de tabou linguistique, est totalement écarté de ce type de réflexion.

Il résulte de la conjonction de ces divers facteurs que, toujours d'après le témoignage de M. Starck, on vit bien mieux – ou en tout cas beaucoup moins mal - en Allemagne qu'en France avec 800 € mensuels et que, dès lors, toute comparaison avec l'Allemagne doit être éclairée à la lumière de ces faits.

Imaginer que nous allons nous élever à la hauteur économique de l'Allemagne par les mesurettes qu'on envisage ou, au moins, dont on parle, c'est oublier à la fois que cet effort a été fait par les Allemands depuis 15 ans au moins et surtout que le tissu industriel allemand est, à tous égards, extrêmement différent du nôtre dans sa structure comme dans ses modalités.

Tout le monde le sait bien en fait, mais évidemment tout le monde s'abstient d’en parler, surtout en période électorale !

dimanche 22 janvier 2012

« Les Afghans sont méchants » (suite et, hélas, probablement pas fin!)

J'avais, pour aujourd'hui, un autre sujet de blog mais deux déclarations touchant à l'Afghanistan m'ont détourné de ce projet initial.

La première est celle de Mme Hillary Clinton.

Je me doutais bien que la déclaration de notre président, faite sous le coup de l'émotion générale, le jour de l'assassinat des quatre soldats français en Afghanistan, n'allait pas plaire au gouvernement américain. Il y manifestait, en effet, une velléité de retirer les troupes françaises en Afghanistan, avant le terme prévu en accord avec les Etats-Unis.

La réaction ne s'est pas faite attendre. Les déclarations présidentielles du lendemain étaient déjà beaucoup plus nuancées ; Hillary Clinton n'a pas manqué de faire entendre officiellement sa voix et de rappeler ses exigences en la matière, alors que notre président , parti en Guyane, était en train de voguer en pirogue sur le Maroni ou de visiter un bout de forêt amazonienne. Ces circonstances l'ont naturellement dispensé de répondre aux injonctions américaines.

La seconde déclaration est celle de notre ministre de la défense au cours de sa visite en Afghanistan. Il a déploré, non sans quelque naïveté, que les talibans, qui se font incorporer dans la nouvelle armée afghane, ne se déclarent pas comme tels, avec les fâcheuses conséquences qu'on a pu observer récemment. Il faut dire qu'en la circonstance, le futur assassin s'était pourtant assez nettement signalé puisque, après une première incorporation dans les nouvelles forces afghanes, il avait déserté, était parti au Pakistan et n'en était revenu que pour se faire, à nouveau, engager dans l'armée.

J'ai entendu vaguement parler de contrôle de ces engagements qui se feraient, pour les candidats à l'incorporation, à partir d'identification pupillaire. Cette forme sophistiquée d'identification par l'iris a été imaginée en 1936 par un ophtalmologue Franck Burch mais est connue surtout par les films de James Bond. Elle a fait néanmoins l'objet de brevets au milieu des années 90. Je doute toutefois un peu que ce système d'identification par l'iris soit réellement utilisé pour identifier les éventuels talibans, même si on leur fait croire qu'il y a un vrai contrôle ; ainsi, dans certains aéroports du Sud, fait-on  passer les voyageurs à embarquer devant des appareils dont les écrans de contrôle restent toujours noirs, voire, mieux encore, sous des portiques...en bois (détail authentique!).

Va savoir...le taliban, dont on a vu qu'il est fourbe, est sans doute aussi rusé et il ferme sans doute les yeux au moment d'un tel contrôle, au cas fort improbable où il serait réellement mis en oeuvre.

Assurément et en tout cas, à en croire notre ministre de la défense, il aurait dû absolument faire état de sa qualité de taliban au moment de son incorporation, comme on doit déclarer, en entrant aux USA, qu'on n'y vient pas pour y commettre un attentat ! De toute façon, vu la suite et les desseins qui étaient probablement déjà les siens, on ne pouvait guère attendre de sa part une si scrupuleuse honnêteté.

Il faut bien dire d'ailleurs dire que, quand on voit les candidats à l'engagement (on en a incorporé 180 000 !), on comprend aussitôt qu'il n'est pas très facile de distinguer, parmi ces centaines de barbus inquiétants et enturbannés, ceux qui peuvent être de vrais talibans de ceux qui en ont simplement l'apparence.

Je me demande d'ailleurs comment peut se faire cette fameuse instruction qui devrait être, logiquement aussi et peut-être d'abord, une forme d'endoctrinement, dans la mesure où les instructeurs français ne parlent évidemment pas le pachtou ou le farsi (je ne sais même pas si leur instruction ne se ferait pas, par hasard, en arabe puisqu'ils sont musulmans !). Quand aux aspirants militaires afghans (talibans ou non), ils ne parlent évidemment pas un mot de français! Cette situation de communication doit engendrer quelques problèmes ! Je ne puis donc que m'amuser, une fois de plus, quand j'entend parler, comme ce matin par notre ministre, des relations d'amitié qui se nouent entre les instructeurs français et leurs clients afghans. Peut-être au fond le massacre d'avant-hier n'est-il qu'un simple malentendu linguistique !

dimanche 27 mars 2011

Libye. Lubie. Alibi. (suite et sans doute pas fin !)



Silence assourdissant dans les médias français sur la réunion qui se poursuit à Addis-Abeba sous la direction de l’Union africaine (voir hier le premier post sur le sujet), en présence d’une importante délégation libyenne du plus haut niveau. Les « révolutionnaires », eux, ont jugé sage ou prudent de ne pas venir en dépit des invitations qui leur ont été adressées. En France, il faut aller sur BFM pour entendre une vague allusion à cette réunion qui a commencé vendredi 25 mars au matin, s’est poursuivie depuis et continuera demain.

Dans nos médias, il n’est bruit que de la querelle infantile entre, d’une part, une « coalition », dont le nom se justifie de moins en moins (la Norvège, dont la participation était un symbole fort, a retiré ses six avions et les Etats-Unis se livrent à un pas de deux, dont on peut craindre qu’il laisse bientôt seules la France – qui s’accroche désespérement à l’opération- et la Grande Bretagne) d'une part et l’OTAN d’autre part.

Cette affaire permet surtout de régler avec la France quelques comptes dont le rapport avec la Libye est des plus lointains et incertains.

La Turquie n’a pas manqué, pour faire payer à la France son attitude sur l’adhésion turque à l’Union européenne, de faire estimer par son Premier Ministre que le transfert à l’OTAN du commandement des opérations militaires internationales en Libye, qui mettra la France « hors-circuit » (selon ses termes) est un développement « positif » (toujours en turc dans le texte).

Même les Anglais s’y mettent et William Hague, contre l’avis français, estime prochaine l’attribution à l’OTAN de l’ensemble du commandement complet des opérations militaires internationales en Libye.

La chose convient tout à fait à Obama (« We can ! ») car il pourra, du sein même de l’OTAN, tirer discrètement toutes les ficelles qu’il veut ; en revanche, « the man in the street », la droite de son propre camp, les Républicains et le « Tea Party » ne seront plus fondés à lui reprocher de ne pas se limiter à la bonne vieille politique de Monroe !

Que fait donc Bernard Henry Levy ! La France est en train de se faire doubler sur toute la ligne, y compris par l’Union Européenne elle-même puisque celle-ci, qui est en contact avec l’Union Africaine, dont l’action peut offir une chance de sortir, sans trop de ridicule, du guêpier libyen, pourrait même aider financièrement celle-ci, dont Kadhafi a toujours été le principal bailleur de fonds. Ici l’UA ne peut pas trop le solliciter pour une action qui conduira sans doute, à terme, à le mettre sur la touche.

Samedi 26 mars 2011, mais vous ne l’avez pas entendu sur TF1 ou France 2, des sources européennes anonymes laissaient entendre que l’UE pourrait ouvrir sa bourse à hauteur d’un quart de million d’euros qui manque à l’UA, mais surtout prendre directement part, lundi 28 mars, aux discussions concernant la fin des hostilités et la mise en place d’une période qu’on dit pudiquement de « transition », on ne sait pas trop vers quoi.

Il faut d’urgence prévenir les Italiens et les Allemands, qui préparent pour mardi 29 mars, une réunion à Londres sur un thème identique et qui ne sont au courant de rien, à moins qu’ils ne veuillent sauver la face et feindre ensuite la surprise : « Vouz-ici ! Je vous croyais zozo ! ».

Aux dernières nouvelles, Berlusconi, qui, comme on a pu le voir sur la photo ci-dessus, était allé en repérage en Libye, serait prêt à accueillir Kadhafi... à condition toutefois qu'il vienne en Sardaigne avec ses amazones et en uniformes. Vous pouvez aller juger sur pièces et sur photo ici même dans un blog précédent et illustré "Kadhafi raconté aux petits enfants".

mercredi 9 mars 2011

Les conseils et les exemples.

Le grand et perspicace La Rochefoucauld disait : « Les vieillards aiment à donner de bons conseils pour se consoler de ne plus pouvoir donner de mauvais exemples ».

En matière d'économie comme de politique, nous-autres Français, qui sommes, vous le savez comme moi, les meilleurs, nous nous entendons à donner à la fois de bons conseils et de mauvais exemples, ce qui montre notre immense supériorité sur les vieillards qu'évoquait La Rochefoucauld.

Il faut dire qu'on nous confie parfois des rôles, dans l’UE, au G8 ou au G20, qui nous encouragent dans cette voie et nous amènent à nous ériger en exemples dans des domaines où nous devrions, au contraire, chercher un trou de souris pour tenter de nous y cacher.

Ainsi sommes-nous amenés à nous citer en exemples en matière d'économie et j'entendais Mme Christine Lagarde le faire encore, sans rire, tout récemment en face de journalistes dont on ne sait pas s’ils sont ignorants ou complices, à moins qu’ils ne soient les deux.

Le problème est que la comparaison qu'elle établissait alors ne se faisait pas avec la Grèce ou l'Irlande, États auprès desquels nous pouvons faire encore, en apparence du moins, assez bonne figure, mais avec l'Allemagne qui est, en matière industrielle et économique, le must. Que ce soit pour le chômage (qui a baissé de 2 % en RFA, alors qu'il a plutôt augmenté chez nous), pour le commerce et l'industrie (l'excédent commercial allemand est colossal alors que notre déficit est gigantesque) ou encore pour les salaires. Sur ce dernier point, on constate en Allemagne une augmentation par des primes, de 3000 à 6000 euros dans l’automobile, alors que le docte JC Trichet affirme publiquement qu’augmenter les salaires serait « la pire des choses ». Ce propos va sans doute apporter soulagement et consolation aux smicards français ; Môssieu Trichet, directeur de la BCE, lui, est un exemple, pour eux comme pour nous. Est-ce qu’il se plaint lui avec ses pauvres 350.000 euros annuels auxquels s'ajoutent , à vrai dire et fort heureusement, des indemnités de logement et de représentation?

Tenter, comme notre Madame Lagarde, d'établir une comparaison entre la France et l'Allemagne est une démarche assurément hardie mais fondamentalement absurde, si elle n’est pas fallacieuse.

Mais laissons l'économie sur laquelle chacun d'entre nous sait que les gouvernements ne peuvent pas grand-chose, puisqu'ils ont les mains liées tant par les banques que par la spéculation. En revanche, pour la politique et tout particulièrement pour la morale politique, nous pensons être incontestablement les meilleurs du monde, au moins sur le plan des conseils à défaut de l'être sur celui des exemples, car notre démocratie apparaît de plus en plus branlante à bien des égards, le plus grand scandale étant celui de la liberté d’expression qui fut longtemps un privilège français.

Je ne reviendrai pas sur les événements du Maghreb qui sont très loin d'être achevés, on le voit chaque jour, et dont je ne suis pas sûr que nos politiques aient véritablement déterminé la nature (plusieurs ne la soupçonnaient guère au moment de leurs vacances d'hiver) et, moins encore, l'évolution ultérieure.

Au milieu du concert unanime d'applaudissements pour la marche de ces Etats vers la démocratie, aucun des experts qui entourent nos dirigeants ne semble avoir pressenti un instant que les Tunisiens, par exemple, au lieu de songer à se complaire enfin dans cette démocratie en marche, s'embarqueraient en masse dans des raffiots pour gagner Lampedusa, Vintimille et au-delà la France, sans songer un instant à jouir de la démocratie enfin instaurée sous leurs palmiers.

De la même façon, nous nous manquons pas de dénoncer dans la justice mexicaine des comportements scandaleux qui tiennent surtout à la condamnation d’une Française dont on déplore avec la plus grande vigueur le sort incontestablement malheureux, sans avoir pourtant la moindre certitude réelle en ce qui concerne son innocence. La justice mexicaine, selon nous, a le tort majeur de condamner à 60 ans de prison une innocente ! Que ne suit-elle notre bel exemple français, nous qui nous employons actuellement, dans un procès passablement ridicule qui occupe tous nos médias, à faire considérer comme « PRESUME innocent » un accusé qui, lui-même, a déjà, de toute évidence et publiquement, reconnu sa culpabilité, en acceptant de compenser ou de faire compenser les dommages subis du fait de ses agissements illégaux !

Les grands Etats comme la France peuvent donc, à la différence des vieillards de la Rochefoucauld, délivrer de bons conseils tout en donnant de mauvais exemples.

dimanche 6 mars 2011

Haïti : le diable et le bon dieu (suite et fin)

On pourrait aussi et pour conclure, lire ce film, d’une façon un peu géopolitique, à la lumière des perspectives qu'un tel tableau offre sur les relations d’Haïti tant avec les Etat-Unis qu’avec la France mais aussi avec la francophonie et en particulier avec le Québec, dont Haïti est proche à bien des égards, mais dont la politique haïtienne n’est pas toujours des meilleures.

La francophonie haïtienne, déjà fortement ébranlée, depuis des décennies, par l’attraction globale très forte de l’Amérique du Nord où va désormais se former l’essentiel de ses « élites », ne peut guère qu'être encore plus mise à mal par l’invasion de ces nouvelles cohortes évangéliques américaines. D'une certaine façon, en dépit de l’identité de la visée religieuse, ces dernières me semblent fort différentes, au moins au plan linguistique, des missionnaires protestants qui sont venus dans le passé et qui s'étaient fortement attachés à la promotion du créole haïtien.

Ce point me fait penser à l’une des erreurs commises, dans le passé, par la diplomatie française, quand elle voyait dans l’officialisation de la graphie du créole haïtien, la main sournoise de la CIA, alors que c’était simplement, et sans le moindre doute, celle de la coopération française, aveugle en l’occurrence, via l’accord passé, vers 1975, avec le soutien financier français, entre l’université Paris V (où le maître d’oeuvre était A. Bentolila) et l’Institut Pédagogique National de Port-au-Prince !

Puisque nous en sommes à évoquer le passé, la présente dénonciation du vaudou par les évangélistes américains, comme cause directe et divine, du séisme du 12 janvier 2010, puis désormais de l’épidémie de choléra n’est pas sans évoquer la « campagne anti-superstitieuse » du début des années 40. Son inspiration majeure était déjà bien plus dans le protestantisme américain que dans le catholicisme, plus accommodant avec la culture locale. Elle ne dura guère que deux ans (1941-2) et si, à ce moment, des » hounforts » (temples) furent détruits, la persécution n’atteignit jamais les violences qu’on a pu observer tout récemment. En effet, selon le film en cause, quarante-cinq « houngans » auraient été tués suite à l’épidémie de choléra, dont on les accusait et dans laquelle les malheureux n’étaient évidemment pour rien, la cause étant clairement asiatique, de l’avis de tous les experts.

Il est, en tout cas, à craindre que les politiques francophones (celle de la France comme celle de la Francophonie) n'aient ni les moyens ni les stratégies pour résister au déferlement des shows évangéliques américains qui, inévitablement et au détriment du français, entraîneront l'anglo-américain dans leur sillage.

Il serait évidemment absurde (et je suis aussi éloigné que possible d’une telle position) de revendiquer, pour la France et pour la Francophonie, une position et un rôle comparables à ceux des Etats-Unis. Pour s’en convaincre, il suffit de prendre en considération l’histoire américaine et la doctrine de Monroë, toujours vivace, mais plus encore la géographie (on sait que les Français ignorent la géographie !), en regardant simplement une carte de la zone pour y méditer sur la position d’Haïti, tant par rapport à Cuba qu’à la Floride. On peut aussi, dans un autre genre, plus anecdotique, rappeler que, dit-on, la deuxième ville d’Haïti est New-York, où certaines banques mettent à la disposition de leurs clients des formulaires en créole haïtien.

Curieusement, les diplomaties américaine et française ont fait, sur la même réalité culturelle et linguistique du pays, le créole, des analyses quasi opposées et paradoxalement aussi fausses l’une que l’autre.

Les Américains ont tenté de pousser le créole en espérant, par là, éloigner Haïti de l’influence française et en déloger, à terme, le français. Les Haïtiens, pensaient-ils, ont oublié, s’ils l’ont jamais su, que les Etats-Unis furent le dernier des Etats importants du monde d’alors à reconnaître la République d’Haïti (en 1862 seulement donc après avoir aboli l’esclavage sur leur propre sol) . Actuellement, l’arrivée massive des évangélistes étatsuniens n’est, après tout, que la troisième invasion américaine !

Les Français, eux, ont longtemps considéré (et je ne suis pas sûr que certains, au « Quai », ne le pensent pas encore) que le créole était le principal ennemi du français en cette terre qu’on disait, de loin, « francophone » mais qui ne l’est guère dans les faits. Même dans le début des années 80 quand la politique française semblait soutenir une promotion du créole, avec la réforme Bernard par exemple, les réticences, quoique discrètes et souvent tues, demeuraient incontestables, et se marquaient dans l’absence totale de prise en compte du créole local et surtout la faveur systématique accordée au français « pur » comme on dit là-bas (hypernormé et alambiqué jusqu’à l’amphigouri) auquel reste très attachée l’élite francophone haïtienne.

En fait, et en cela, les deux analyses, américaine et française, sont fausses, car dans la langue et la culture créole haïtienne, l’héritage français tient une place considérable. Nul ne le mesure ni même ne le soupçonne, et surtout pas la plupart des Haïtiens qu’on a endoctrinés et qu’on continue à endoctriner, sur le thème de l’africanité du créole, de S. Sylvain à Y. Dejean en passant par C. Lefebvre et quelques-uns de ses épigones.

Ce n’est que tout récemment que grâce à l’Organisation Internationale de la Francophonie (OIF) a été engagé un programme visant à la définition et à la mise en oeuvre d’une didactique « adaptée » de la langue française qui demeure, pour le moment du moins « langue officielle » de la République d’Haïti, tout en étant, avec le créole haïtien, une des deux langues nationales. Il est clair, en effet que la seule et unique vraie raison d’un maintien du français en Haïti tient à ce que cette langue est la composante initiale majeure de la langue et de la culture d’Haïti, qu’on le veuille ou non et qu’on le souligne ou qu’on le cache !

Si, dans une stratégie pédagogique intelligente, on s’attache à faire coopérer les deux langues dans la didactique du français au lieu de les opposer, comme souvent dans le passé, avec des contresens linguistiques et des mensonges idéologiques qui ont la vie dure, on devrait enseigner, plus vite et plus efficacement, le français aux enfants haïtiens qu’aux petits Chinois ou aux jeunes Japonais, tout en les éclairant du même coup sur leur propre langue et culture créole. Cette action a hélas, depuis un an, été contrariée par les catastrophes successives qui ont frappé cet infortuné pays. Ce que nous montre cet excellent documentaire « Bondye bon » n’incite malheureusement pas à l’optimisme.