BB : grandes oreilles et petite cervelle. Ce n'est pas de Babar (BB) qu'il s'agit ici, mais de Big Brother (BB aussi, le hasard étant, comme toujours malicieux et clairvoyant)!
L'espionnage universel par les services secrets américains (avec comme toujours la complicité de leurs amis britanniques) n'est pas chose nouvelle et il est certain que la fin de la guerre froide (en principe du moins) n'a pas mis un terme à ces pratiques, même si leurs cibles majeures et/ou favorites ont sans doute changé de localisation comme de nature, ce qui n'est même pas tout à fait sûr, à voir leur comportement à l'égard de l'Europe. Il est tout de même pittoresque de voir les Etats-Unis accuser Snowden d'"espionnage" (au profit de qui au fait vu la diffusion mondiale des informations par le "lanceur d'alerte"), dans une version nouvelle de l'arroseur arrosé !
Il est vrai que le voyage d'Obama en Afrique du Sud au chevet de Mandela (opération de com' loupée, hélas pour lui) est apparu fort opportun en dépit de ce contretemps qu'a pu compenser un peu la méditation solitaire ( tu parles!) dans la cellule du prisonnier. Enfin, on a fait du mieux possible!
Ayant lu ce lundi matin le billet de Victorayoli dans Mediapart (il est passé désormais en première page du Club) qui touchait à ce problème, qui fait grand bruit dans tous nos médias depuis quelques jours (comme si on ne s'en était jamais douté auparavant, ne serait-ce que sur le plan industriel à défaut du plan politique), j'ai suggéré, en réaction à ce texte et en ces termes, une stratégie de défense de notre part :
"Pourquoi ne pas intoxiquer Big Brother en causant tous "terrorisme" dans nos courriels, blogs, sites, twits, etc... Big Brother crèverait alors d'indigestion d'informations".
Pourquoi ne pas prendre Big Brother à son propre jeu et le noyer sous un flot d'informations équivoques, évoquant de façon plus ou moins directe le terrorisme ou pouvant être lues comme telles, sans évidemment correspondre en rien à une réalité quelconque, mais sans qu'il ait par ailleurs moyen de le savoir puisque le principe de base de Big Brother, évidemment stupide, est de soupçonner tout le monde
A la réflexion, cette idée m'est apparue de plus en plus intéressante, surtout au fur et à mesure que se développe une tension (voire une querelle) diplomatique, entre les États-Unis et l'Europe qui n'a guère de sens. Il est évident que les Américains, et ils ont déjà commencé à le faire, minimiseront les faits et tenteront de nous endormir avec le terrorisme, tout en continuant leur cuisine d'espionnage universel qui a bien d'autres finalités, industrielles et économiques entre autres.
Faute de pouvoir réellement les empêcher de le faire, je crois que la meilleure des parades serait au contraire de leur fournir un maximum de matière, jusqu'au point où l'abondance même de l'information les conduira à ne plus pouvoir en tirer quelque information que ce soit.
Grandes oreilles mais petite cervelle disait le titre de ce billet ; ce n'est pas d'aujourd'hui ! On a pu le constater déjà dans l'affaire du World Trade Center, où ils n'ont pas su distinguer, dans la masse des informations dont ils disposaient, celles qui étaient réellement pertinentes et qui auraient dû, de toute évidence, éveiller l'attention de services secrets d'information vigilants et efficaces à la fois, ce qui ne semble pas être leur cas.
Nous pourrions tenter de le faire ; un support (comme Mediapart ou blogspot) est admirablement placé pour cela par l'abondance des participations qu'ils peuvent réunir. Chacun pourrait diffuser, ne serait-ce qu'à travers toutes les adresses électroniques dont il dispose (chaque abonné doit en avoir deux ou trois centaines sinon davantage) des messages, pas trop explicites mais assez ambigus, qui permettent de donner à penser que leur auteur est en relation, en quelque sorte et en quelque chose, avec des entreprises, sinon terroristes ou du moins suspectes de sympathie à l'endroit de tels mouvements.
La chose n'est même pas véritablement nécessaire, car on pourrait très bien adopter des formes de codage intrigants et de sens ambigu (probablement d'ailleurs en usage dans les vrais courriels qu'échangent les vrais terroristes) du style « Nous avons fait ce qu'il faut pour JFK et nous attendons le feu vert" .
Comme le traitement de ces masses énormes d'informations ne peut guère se faire autrement que par des recherches à partir de mots-clés, il doit être extrêmement facile de semer une gigantesque pagaille dans le tri, inévitablement quotidien, de la masse des messages, sans qu'il soit possible à mon sens de reprocher quoi que ce soit à qui que ce soit. Pour ne prendre que l'exemple du texte proposé "Nous avons fait ce qu'il faut pour JFK et nous attendant le feu vert", Big Brother verra sans doute dans JFK le nom du principal aéroport de New York, alors que ce texte peut évoquer, en fait, un message de félicitations et un petit cadeau destinés à Jean-François Kahn, pour son retour à Marianne ; nous attendons, pour le lui remettre, de pouvoir organiser une petite fête en son honneur. Qu'y a-t-il donc de répréhensible dans une telle formulation ?
Qu'en pensez-vous ?
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mardi 2 juillet 2013
vendredi 26 avril 2013
Qatar "bifrons" (1)
J'aime bien le
titre du livre de Nicolas Beau et Jacques-Marie Bourget qui vient de
paraître chez Fayard : Le vilain petit
Qatar. Il est assurément bien trouvé, mais je lui préfère néanmoins celui
que j'ai donné à ce post, même s'il est un peu pédant. L'épithète "bifrons" était celle que les
Romains donnaient au dieu Janus qui, vous vous en souvenez peut-être, avait
deux visages. Je crois assurément que si le Qatar est incontestablement petit,
peut-être vilain, il est en tout cas, assurément, "bifrons" et en
joue de façon systématique et, il faut bien le dire, assez réussie, pour
l'instant du moins.
On l'a dit et
écrit cent fois déjà, le Qatar est grand comme la Corse et il a, en gros, la
population ; aux alentours de 200 000 habitants pour ne prendre en compte
que ceux qui sont d'authentiques nationaux, les deux millions n'étant atteints
que par l'adjonction 1.600.000 émigrés dont la grande majorité, les plus
humbles, sont dans une condition qui est proche de celle de l'esclavage. En
revanche ses richesses pétrolières et surtout gazières lui garantissent, selon
les experts, le maintien de la manne financière dont il bénéficie pour cent
soixante dix ans ! Le Qatar n'est dépassé, dans le classement des pays les plus
riches, que par le Luxembourg qui assurément n'a pas de gaz, mais beaucoup de
sociétés fort occupée à l''évasion et à la fraude fiscales.
Cela dit l'un et
l'autre de ces leaders de la richesse mondiale pourraient être menacés dans
leurs œuvres vives financières. Le Luxembourg par une réforme enfin sérieuse de
la finance internationale qui assurément prendra beaucoup de temps et ne
parviendra pas nécessairement son terme. Le Qatar par le fait que le fabuleux
trésor gazier de North Dôme qu'il partage avec l'Iran, en dépit de son
immensité et de sa richesse, est une ressource, sinon fragile du moins menacée,
en raison de la folie belliqueuse de l'autre co-exploitant, l'Iran. En effet,
si les événements liés aux ambitions nucléaires de l'Iran entraînaient des
réactions violentes des États-Unis, probablement via Israël, les menaces sur le
Golfe Persique et une éventuelle fermeture du détroit d'Ormuz pourraient, du
jour au lendemain, interrompre les activités et les exportations gazières dans
cette région, suspendant par là même la manne financière dont bénéficie le
Qatar.
Contre toute
attente, le Qatar a donc deux ennemis, bien différents, avec lesquels il vit
pourtant en relativement bonne intelligence surtout le premier : l'Iran et
l'Arabie Saoudite. Il est clair que la présence de ce puissant voisin qu'est
l'Arabie saoudite est la menace la plus réelle. Une bonne partie de la
politique du Qatar vise d'abord à s'assurer contre tout risque de ce côté-là.
C'est probablement ce qui a conduit le Qatar accueillir deux bases américaines
sur son territoire et même, semble-t-il, à assumer une bonne partie du coût de
leur fonctionnement.
Il y a également
une autre menace plus lointaine et d'un tout autre ordre. Elle tient à
l'exploitation de nouvelles ressources pétrolières ou gazières ; on pourrait même
dire que le principal ennemi, sur le plan économique, est pour le Qatar le gaz
de schiste qui a déjà rendu les Américains quasi autarciques en matière
d'énergie et dont l'exploitation ne peut qu'aller croissant malgré les cris des
écologistes. Par ailleurs l'Australie va développer considérablement, dans les
années à venir, ses infrastructures en matière de production gazière et
concurrencer de plus en plus le Qatar en Asie. Dès lors, le principal client du
Qatar pour son gaz ne peut être que l'Europe et il ne peut l'y acheminer
facilement, comme il pourrait le faire, si l'Arabie Saoudite lui permettait
d'établir des gazoducs sur son territoire, ce que refuse bien évidemment ce grand
méchant voisin au gentil petit Qatar!
Il faut bien
tout de même que j'en vienne à justifier cette insolite épithète latine dont
j'ai affublé ce pauvre Qatar. On peut dire que les relations que le Qatar
entretient avec les États-Unis illustrent parfaitement le double jeu du Qatar.
En effet des relations bilatérales, comme on dit chez les diplomates, sont bonnes
en apparence et les deux Etats ont même un pacte de défense. Pourtant, en même
temps, le Qatar soutient, un peu partout, les Frères musulmans, ce qui est un
peu étonnant vu la guerre que les États-Unis font au terrorisme. Ce double jeu
est apparu nettement, comme j'ai eu l'occasion de le préciser dans l'un de mes
posts intitulés "Honni soit qui Mali pense", à travers l'aide que le
Qatar, sous couvert d'action humanitaire, a apporté aux djihadistes du
Nord-Mali pourtant baptisés terroristes par la France et les USA.
Les choses sont toutefois
rendues très compliquées par le fait que, non seulement le Qatar soutient des
mouvements islamistes réputés terroristes, mais, en même temps, garde, ici ou
là, des objectifs nationaux spécifiques qui l'ont conduit, par exemple, en
Libye, à apporter son aide à la France et à la Grande-Bretagne dans la lutte contre
le colonel Kadhafi. Il en est de même en Syrie où le Qatar soutient et arme les
mouvements contre Assad, alors que naturellement l'Arabie Saoudite favorise le
régime en place. La chose tient, dans le premier cas, à ce que le Qatar avait
fait des investissements importants et entendait les protéger et même les faire
fructifier, quelle que soit l'issue du conflit. Il n'a donc pas mis tous ses
oeufs dans le même panierr, comme souvent ("bifrons"). En Syrie, les choses se présentent un peu
différemment, même si le Qatar souhaite le départ d'Assad dans l'espoir d'installer là-bas aussi les
Frères musulmans.
Le double jeu
qatari est illustré parfaitement aussi dans leur comportement à l'égard du
football. Il est bien évident que ce sport n'est en rien enraciné dans la
culture du Qatar; il y a là, sous couvert d'intérêt sportif, des ambitions à la
fois financières et géopolitiques comme toujours avec le Qatar. L'affaire s'est
jouée en particulier à travers les "influences" individuelles sur des personnages que ne tourmentent pas exagérément la déontologie et la question
des conflits d'intérêts. C'est ainsi que, après Zidane, Michel Platini, membre
du comité exécutif de la FIFA, qui a soutenu l'étrange projet du Qatar pour
l'organisation de la Coupe du monde 2022, a vu son fils nommé conseiller
juridique de Qatar Sports Investment ....par le plus grand et les plus heureux des
hasards. De la même façon, le gendre du roi d'Espagne, accusé dans son pays de détournement
de fonds publics, vient de se voir offrir la proposition d'être le coach de
l'équipe de handball du Qatar. Tout cela permet naturellement de favoriser des
décisions qui pourraient être discutables ou incertaines, car les traditions sportives, tant
pour le football que pour le handball, ne sont pas totalement ancrées dans la
culture de cet émirat.
Le vrai sport auquel
devrait s'intéresser le Qatar est plutôt le billard, car il y possède
manifestement des dispositions pour jouer à la fois sur plusieurs bandes.
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lundi 14 novembre 2011
Chroniques étasuniennes. N° 1
Vous m’accorderez que je ne vous ai pas infligé le récit de mon récent séjour aux États-Unis ! J'ai en effet passé deux semaines à la Nouvelle-Orléans qui est une ville que j'aime beaucoup pour son charme inimitable et qui est effectivement, avec San Francisco et New York, l’une des seules villes supportables pour un Européen aux États-Unis.
Si j'ajoute que je m'y trouvais au moment d'Halloween (une de mes amies s’y était fort joliment déguisée en écrevisse au court-bouillon… et dans sa marmite s’il vous plait !). J'ai même pu, sans être écrasé ou tué, faire un tour nocturne dans le Quartier français et le Quartier Marigny ! Vous conviendrez donc que j'ai eu beaucoup de mérite à n'en point parler.
Une des choses qui m'a frappé à la télévision étasunienne que j'ai beaucoup regardée, sans y comprendre grand-chose d’ailleurs, car si je lis, professionnellement et sans trop de mal, l'anglo-américain, je ne comprends à peu près rien aux formes orales de cette langue, et sans doute particulièrement en Louisiane. Je me suis donc borné à une approche ethnologique de la télévision américaine qui me paraît tout à fait intéressante, même si je n'entends pas grand-chose à ce qui s'y dit.
Le premier constat (mais je le laisserai de côté car il est de la plus grande banalité) est que les Américains ne s'intéressent à rien d'autre qu'aux États-Unis. Et encore le font-ils avec une prédilection particulière pour la région ou l'état où ils se trouvent. C'est ainsi que la Grèce, étant à l'ordre du jour, on a pu, sur les cartes produites par certaines télés américaines, trouver cet Etat à la place du Portugal et ou inversement, je ne m'en souviens plus. De toute façon, les chances de voir commettre de telles erreurs sont infiniment rares pour la simple et bonne raison qu'on n’y parle jamais (ou à peu près) des affaires européennes et même, plus généralement, du reste du monde... hors États-Unis. Le catalogue des multiples âneries proférées par les divers présidents américains au sujet des zones situées hors de l'Amérique du Nord est trop long et trop abondant pour que je m'y attarde ici.
L’une des choses les plus curieuses que j'ai notées dans mes études anthropologiques de la télévision américaine est la publicité. Nous souffrons beaucoup (et moi le premier) de la présence obsédante de la publicité dans la télévision française, mais nous avons tout lieu de nous réjouir de l’état actuel, car, dans ce domaine comme dans les autres, les États-Unis nous donnent la préfiguration de notre futur qui est bien pire encore. Si nous devons hélas nous attendre à voir imiter les Etats-Unis et donc la publicité envahir encore plus nos écrans qu'elle ne le fait actuellement, il est très curieux de constater que notre propre publicité télévisée est beaucoup plus en avance que celle des Américains, du moins pour ce qui concerne les techniques publicitaires elles-mêmes.
Alors que nous avons une publicité télévisée des plus sophistiquées, au point que, très souvent, devant un spot publicitaire actuel, nous sommes amenés à nous interroger sur l'objet qui lui est assigné et qu'il nous propose (la chose est vraie en particulier pour la publicité automobile), en revanche les Américains en sont restés au bon vieux temps de la « réclame » chère au papa de Mme Élisabeth Badinter (je veux dire par là M. Bleustein-Blanchet qui, dit-on, en fut l'inventeur). A la télé, la publicité américaine, même sur les chaînes nationales qui sont toujours plus ou moins régionalisées, est toujours à la fois locale et archaïque. Le maître-mot en est « SAVE », souvent suivi d’un montant en $ ou d’un pourcentage. A tout propos, on vous promet de vous faire faire des économies, quel que soit l'objet de la publicité en cause.
Par ailleurs, alors que la publicité française use de sophistications et de détours dont l'utilité et l'efficacité ne sont ni apparentes ni démontrées, les Américains vous offrent volontiers, dans la pub, non une pin-up lascive et dénudée, mais la photographie en pied du commerçant ventru qui, dans votre région, vend telle ou telle marque de voiture à prix cassés ou dirige telle ou tel chaîne de supermarchés où vous réaliserez des économies prodigieuses sur vos achats du mois prochain.
Tout cela a un côté vieillot et archaïque qui ne suffit pas toutefois à rendre supportables pareilles réclames. Devons-nous nous attendre au retour de techniques si archaïques où nos publicitaires mal rasés, bourrés de cocaïne jusqu'aux yeux et qui croient géniale la moindre de leurs pénibles élucubrations, finiront-ils par triompher de l’universel modèle américain ?
Si j'ajoute que je m'y trouvais au moment d'Halloween (une de mes amies s’y était fort joliment déguisée en écrevisse au court-bouillon… et dans sa marmite s’il vous plait !). J'ai même pu, sans être écrasé ou tué, faire un tour nocturne dans le Quartier français et le Quartier Marigny ! Vous conviendrez donc que j'ai eu beaucoup de mérite à n'en point parler.
Une des choses qui m'a frappé à la télévision étasunienne que j'ai beaucoup regardée, sans y comprendre grand-chose d’ailleurs, car si je lis, professionnellement et sans trop de mal, l'anglo-américain, je ne comprends à peu près rien aux formes orales de cette langue, et sans doute particulièrement en Louisiane. Je me suis donc borné à une approche ethnologique de la télévision américaine qui me paraît tout à fait intéressante, même si je n'entends pas grand-chose à ce qui s'y dit.
Le premier constat (mais je le laisserai de côté car il est de la plus grande banalité) est que les Américains ne s'intéressent à rien d'autre qu'aux États-Unis. Et encore le font-ils avec une prédilection particulière pour la région ou l'état où ils se trouvent. C'est ainsi que la Grèce, étant à l'ordre du jour, on a pu, sur les cartes produites par certaines télés américaines, trouver cet Etat à la place du Portugal et ou inversement, je ne m'en souviens plus. De toute façon, les chances de voir commettre de telles erreurs sont infiniment rares pour la simple et bonne raison qu'on n’y parle jamais (ou à peu près) des affaires européennes et même, plus généralement, du reste du monde... hors États-Unis. Le catalogue des multiples âneries proférées par les divers présidents américains au sujet des zones situées hors de l'Amérique du Nord est trop long et trop abondant pour que je m'y attarde ici.
L’une des choses les plus curieuses que j'ai notées dans mes études anthropologiques de la télévision américaine est la publicité. Nous souffrons beaucoup (et moi le premier) de la présence obsédante de la publicité dans la télévision française, mais nous avons tout lieu de nous réjouir de l’état actuel, car, dans ce domaine comme dans les autres, les États-Unis nous donnent la préfiguration de notre futur qui est bien pire encore. Si nous devons hélas nous attendre à voir imiter les Etats-Unis et donc la publicité envahir encore plus nos écrans qu'elle ne le fait actuellement, il est très curieux de constater que notre propre publicité télévisée est beaucoup plus en avance que celle des Américains, du moins pour ce qui concerne les techniques publicitaires elles-mêmes.
Alors que nous avons une publicité télévisée des plus sophistiquées, au point que, très souvent, devant un spot publicitaire actuel, nous sommes amenés à nous interroger sur l'objet qui lui est assigné et qu'il nous propose (la chose est vraie en particulier pour la publicité automobile), en revanche les Américains en sont restés au bon vieux temps de la « réclame » chère au papa de Mme Élisabeth Badinter (je veux dire par là M. Bleustein-Blanchet qui, dit-on, en fut l'inventeur). A la télé, la publicité américaine, même sur les chaînes nationales qui sont toujours plus ou moins régionalisées, est toujours à la fois locale et archaïque. Le maître-mot en est « SAVE », souvent suivi d’un montant en $ ou d’un pourcentage. A tout propos, on vous promet de vous faire faire des économies, quel que soit l'objet de la publicité en cause.
Par ailleurs, alors que la publicité française use de sophistications et de détours dont l'utilité et l'efficacité ne sont ni apparentes ni démontrées, les Américains vous offrent volontiers, dans la pub, non une pin-up lascive et dénudée, mais la photographie en pied du commerçant ventru qui, dans votre région, vend telle ou telle marque de voiture à prix cassés ou dirige telle ou tel chaîne de supermarchés où vous réaliserez des économies prodigieuses sur vos achats du mois prochain.
Tout cela a un côté vieillot et archaïque qui ne suffit pas toutefois à rendre supportables pareilles réclames. Devons-nous nous attendre au retour de techniques si archaïques où nos publicitaires mal rasés, bourrés de cocaïne jusqu'aux yeux et qui croient géniale la moindre de leurs pénibles élucubrations, finiront-ils par triompher de l’universel modèle américain ?
mercredi 6 juillet 2011
De la justice américaine : vers l'épilogue de l'affaire DSK.
Il n'est bruit, depuis ce matin, que de la possible décision du procureur de New York de laver DSK de tous les chefs d'inculpation dont on le pensait menacé, récemment encore. Quel que soit le jugement qu'on porte sur la justice américaine, elle apparaît, de toute façon et dans tous les cas, bien inconséquente.
Comme beaucoup, j'avais apprécié chez elle, au départ, le fait qu'elle traitait, peut-être même de façon trop ostentatoire, le directeur général du FMI comme n'importe quel délinquant de base, ce que confirment les quelques scènes d'arrestation auxquelles j'ai pu assister parfois aux États-Unis. Elles sont toujours d'une extrême rudesse pour ne pas dire brutalité, en tout cas si on les compare à des arrestations du même genre opérées en France.
Les choses avaient continué, un moment, dans le même esprit d'une justice qui ne serait pas plus indulgente pour les grands que pour les petits, avec l'exigence d'une énorme caution en rapport avec les moyens du prévenu, et qui faisait suite à une brève mais rude incarcération.
Toutefois, le point sur lequel toute l'affaire a connu une mutation soudaine et totale, et par là même suspecte, tient au personnage de la victime "présumée", Mme Diallo. Les premières investigations menées, durant près d'un mois, avec des moyens de toute évidence considérables, par le procureur comme par les avocats de DSK, lui ont reconnu une image irréprochable, celle d'une femme élevant, à grand-peine, sa fille grâce à deux emplois tenus simultanément et fréquentant assidûment la mosquée de son quartier. Les enquêtes menées, et sans doute à grands frais, jusqu'en Guinée, ont tout à fait confirmé cette image quasiment pieuse.
Tout a changé soudain sans qu'on comprenne trop pourquoi ; Mme Diallo, qui peinait à joindre les deux bouts avec ses deux emplois de bonniche, s'est trouvée titulaire de 100 000 $ déposés sur différents comptes dans différentes villes (notons au passage que la moitié des Guinéens se nomment Diallo!); on a découvert aussi tout à coup qu'elle avait une demi-douzaine d'abonnements téléphoniques sans qu'on sache trop pourquoi et alors que rien n'est plus simple que de souscrire à un nom quelconque (Diallo ou un autre) un abonnement de portable. Elle est apparue soudain au centre d'un trafic de drogue (d'où les 100.000$ en banque).
On s'est rendu compte, également et surtout, qu'elle aurait menti lors de sa demande de droit d'asile, en prétendant avoir été l'objet de violences physiques en Guinée (dont un viol), dont elle n'a jamais parlé dans la suite (on se demande pourquoi elle l'aurait fait ) ; elle avait également fait état d'un second enfant pour bénéficier d'allocations sociales ; je ne sais pas si ce second enfant existe, mais la conception de la famille en Afrique n'est pas la nôtre et on y recueille souvent des enfants qui ne sont pas les siens, surtout en pareil contexte. Notons, en outre, qu'une femme qui a 100.000$ en banque ne devrait pas trop de préoccuper de se faire attribuer indûment une maigre allocation sociale!
La cerise sur le gâteau a été placé avec les accusations de prostitution, aussi bien dans le cadre du Sofitel, où elle était employée, que dans celui de l'hôtel où on l'a contrainte à trouver refuge pour la mettre à l'abri de possibles pressions. Une rapide Madame Diallo et une rusée car elle y était assurément très surveillée
Il est naturellement tout à fait impossible de démêler le vrai du faux dans toutes ces rumeurs, mais il est toutefois raisonnable de faire deux ou trois observations sur ce fatras de calomnies et/ou de vérités.
Mme Diallo, comme tous les demandeurs d'asile, a dû justifier une telle démarche par les violences physiques ou politiques qu'elle aurait subies dans son pays. Tout le monde le sait et la preuve de tels faits est en général très difficile à apporter, ce qui conduit à se référer à la situation globale du pays d'où les migrants sont originaires et à leurs déclarations. Nul, sinon Mme Diallo elle-même, ne sait si elle a été vraiment violée dans son pays ; on ne voit pas, en outre, la moindre raison pour elle de faire allusion à ce viol durant l'instruction de l'affaire DSK. Quant aux déclarations qu'on lit partout sur la gravité d'un mensonge sous serment dans la démocratie américaine, comment ne pas se souvenir qu'un tel mensonge peut-être jugé de façon extrêmement différente, selon qu'on est une immigrante guinéenne où un président des États-Unis en exercice (ce second mensonge étant pourtant infiniment plus grave que le premier).
Ce qui était prévisible et que l'on peut aisément constater depuis une quinzaine de jours est que ce changement de l'image de Mme Diallo est très opportun et bien commode pour tout le monde, sauf naturellement pour Mme Diallo. Dans l'hypothèse où il serait vrai qu'elle était mariée avec un malandrin incarcéré pour trafic de drogue, il est peu vraisemblable que celui-ci, pour la simple défense de son business, n'ait pas mis en garde son épouse contre d'éventuelles conversations téléphoniques, tout prisonnier sachant parfaitement que les conversations avec les condamnés durant leur incarcération sont naturellement surveillées et enregistrés.
Pour ce qui me concerne j'ai toujours pensé et je l'ai écrit dès le début que toute cette affaire finirait en eau de boudin, quel que soit le prix à payer, les moyens de DSK et de Madame leur permettant aisément d'acheter tout le monde, aussi bien des témoins que les membres du jury et éventuellement même les uns et les autres. Le procureur s'est sans doute rendu compte que l'affaire était moins intéressante pour sa carrière qu'il ne l'avait estimé au départ, un peu paniqué par sa réélection ; la mise en cause du témoignage de Mme Diallo lui permet donc aisément de trouver une sortie honorable. Pour DSK lui-même, les frais ne sont pas considérables eu égard à la fortune et à la complaisance de sa femme, même s'il a dû distribuer quelque mallettes de billets de 100 $ à droite et à gauche dans la phase de l'instruction que nous connaissons actuellement. La seule chose qu'on peut espérer est que cette pauvre Madame Diallo, sainte et/ou pute, ne soit pas le seul dindon de la farce et gagne quelques centaines de milliers de dollars (ou plus si affinités) dans cette affaire.
Au fond, contrairement à ce qu'on aurait pu penser, la seule véritable perdante dans tout cela sera la justice américaine. Tout compte fait, elle se révèle égale à celle qu'on pouvait penser d'elle suite à des affaires comme celles d'O.J. Simpson ou de Michael Jackson, c'est-à-dire une justice qui est à l'image de la société elle-même donc totalement asservie au service de l'argent.
Comme beaucoup, j'avais apprécié chez elle, au départ, le fait qu'elle traitait, peut-être même de façon trop ostentatoire, le directeur général du FMI comme n'importe quel délinquant de base, ce que confirment les quelques scènes d'arrestation auxquelles j'ai pu assister parfois aux États-Unis. Elles sont toujours d'une extrême rudesse pour ne pas dire brutalité, en tout cas si on les compare à des arrestations du même genre opérées en France.
Les choses avaient continué, un moment, dans le même esprit d'une justice qui ne serait pas plus indulgente pour les grands que pour les petits, avec l'exigence d'une énorme caution en rapport avec les moyens du prévenu, et qui faisait suite à une brève mais rude incarcération.
Toutefois, le point sur lequel toute l'affaire a connu une mutation soudaine et totale, et par là même suspecte, tient au personnage de la victime "présumée", Mme Diallo. Les premières investigations menées, durant près d'un mois, avec des moyens de toute évidence considérables, par le procureur comme par les avocats de DSK, lui ont reconnu une image irréprochable, celle d'une femme élevant, à grand-peine, sa fille grâce à deux emplois tenus simultanément et fréquentant assidûment la mosquée de son quartier. Les enquêtes menées, et sans doute à grands frais, jusqu'en Guinée, ont tout à fait confirmé cette image quasiment pieuse.
Tout a changé soudain sans qu'on comprenne trop pourquoi ; Mme Diallo, qui peinait à joindre les deux bouts avec ses deux emplois de bonniche, s'est trouvée titulaire de 100 000 $ déposés sur différents comptes dans différentes villes (notons au passage que la moitié des Guinéens se nomment Diallo!); on a découvert aussi tout à coup qu'elle avait une demi-douzaine d'abonnements téléphoniques sans qu'on sache trop pourquoi et alors que rien n'est plus simple que de souscrire à un nom quelconque (Diallo ou un autre) un abonnement de portable. Elle est apparue soudain au centre d'un trafic de drogue (d'où les 100.000$ en banque).
On s'est rendu compte, également et surtout, qu'elle aurait menti lors de sa demande de droit d'asile, en prétendant avoir été l'objet de violences physiques en Guinée (dont un viol), dont elle n'a jamais parlé dans la suite (on se demande pourquoi elle l'aurait fait ) ; elle avait également fait état d'un second enfant pour bénéficier d'allocations sociales ; je ne sais pas si ce second enfant existe, mais la conception de la famille en Afrique n'est pas la nôtre et on y recueille souvent des enfants qui ne sont pas les siens, surtout en pareil contexte. Notons, en outre, qu'une femme qui a 100.000$ en banque ne devrait pas trop de préoccuper de se faire attribuer indûment une maigre allocation sociale!
La cerise sur le gâteau a été placé avec les accusations de prostitution, aussi bien dans le cadre du Sofitel, où elle était employée, que dans celui de l'hôtel où on l'a contrainte à trouver refuge pour la mettre à l'abri de possibles pressions. Une rapide Madame Diallo et une rusée car elle y était assurément très surveillée
Il est naturellement tout à fait impossible de démêler le vrai du faux dans toutes ces rumeurs, mais il est toutefois raisonnable de faire deux ou trois observations sur ce fatras de calomnies et/ou de vérités.
Mme Diallo, comme tous les demandeurs d'asile, a dû justifier une telle démarche par les violences physiques ou politiques qu'elle aurait subies dans son pays. Tout le monde le sait et la preuve de tels faits est en général très difficile à apporter, ce qui conduit à se référer à la situation globale du pays d'où les migrants sont originaires et à leurs déclarations. Nul, sinon Mme Diallo elle-même, ne sait si elle a été vraiment violée dans son pays ; on ne voit pas, en outre, la moindre raison pour elle de faire allusion à ce viol durant l'instruction de l'affaire DSK. Quant aux déclarations qu'on lit partout sur la gravité d'un mensonge sous serment dans la démocratie américaine, comment ne pas se souvenir qu'un tel mensonge peut-être jugé de façon extrêmement différente, selon qu'on est une immigrante guinéenne où un président des États-Unis en exercice (ce second mensonge étant pourtant infiniment plus grave que le premier).
Ce qui était prévisible et que l'on peut aisément constater depuis une quinzaine de jours est que ce changement de l'image de Mme Diallo est très opportun et bien commode pour tout le monde, sauf naturellement pour Mme Diallo. Dans l'hypothèse où il serait vrai qu'elle était mariée avec un malandrin incarcéré pour trafic de drogue, il est peu vraisemblable que celui-ci, pour la simple défense de son business, n'ait pas mis en garde son épouse contre d'éventuelles conversations téléphoniques, tout prisonnier sachant parfaitement que les conversations avec les condamnés durant leur incarcération sont naturellement surveillées et enregistrés.
Pour ce qui me concerne j'ai toujours pensé et je l'ai écrit dès le début que toute cette affaire finirait en eau de boudin, quel que soit le prix à payer, les moyens de DSK et de Madame leur permettant aisément d'acheter tout le monde, aussi bien des témoins que les membres du jury et éventuellement même les uns et les autres. Le procureur s'est sans doute rendu compte que l'affaire était moins intéressante pour sa carrière qu'il ne l'avait estimé au départ, un peu paniqué par sa réélection ; la mise en cause du témoignage de Mme Diallo lui permet donc aisément de trouver une sortie honorable. Pour DSK lui-même, les frais ne sont pas considérables eu égard à la fortune et à la complaisance de sa femme, même s'il a dû distribuer quelque mallettes de billets de 100 $ à droite et à gauche dans la phase de l'instruction que nous connaissons actuellement. La seule chose qu'on peut espérer est que cette pauvre Madame Diallo, sainte et/ou pute, ne soit pas le seul dindon de la farce et gagne quelques centaines de milliers de dollars (ou plus si affinités) dans cette affaire.
Au fond, contrairement à ce qu'on aurait pu penser, la seule véritable perdante dans tout cela sera la justice américaine. Tout compte fait, elle se révèle égale à celle qu'on pouvait penser d'elle suite à des affaires comme celles d'O.J. Simpson ou de Michael Jackson, c'est-à-dire une justice qui est à l'image de la société elle-même donc totalement asservie au service de l'argent.
lundi 4 juillet 2011
Haïti et orthographe

« Pour parler sans ambiguïté, ce dîner à Sainte-Adresse, près du Havre, malgré les effluves embaumés de la mer, malgré les vins de très bons crus, les cuisseaux de veau et les cuissots de chevreuil prodigués par l’amphitryon, fut un vrai guêpier". Je vous épargne la suite car vous avez sans doute reconnu les premières lignes de la dictée dite de Mérimée que ce dernier avait préparée, à la demande de l'Impératrice Eugénie pour amuser la cour impériale. A ce que l'on raconte, Napoléon III fit soixante-quinze fautes, Eugénie, quoiqu'elle fut espagnole ou parce qu'elle l'était (le FLE déjà!) en fit treize de moins ; Octave Feuillet, que cela n'empêcha pas d'entrer quelques années après à l'Académie française, en commit dix-neuf, tandis qu'Alexandre Dumas, qui en avait laissé vingt-quatre dans sa copie, dût attendre à la porte du Quai de Conti jusqu'en 1875, sans qu'on sache si c'était vraiment à cause de ça. Le seul à s'en tirer avec les honneurs fut Metternich, avec trois fautes seulement, mais je méfie toujours des diplomates!
On disait autrefois, bien à tort, que l'orthographe était la science des ânes. Nous n'avons désormais plus guère d'ânes et c'est sans doute pour cela que notre orthographe s'est perdue à ce point. On pourrait s'attendre néanmoins à ce que le respect des règles subsistât, comme dirait notre président, au moins dans les documents officiels. Sans mettre en cause l'orthograpge de la DDE dont témoigne,ci-dessus, l'image que m'a envoyée, par hasard, une amie, voici quelques lignes d'un texte de Capénergies (pôle de compétitivité PACA-Corse) : " Il est nécessaire d’impliquer la gouvernance des universités dans le pôle comme une forte ambition pour les 3 ans à venir [sens ?]. En ce qui concerne le volet corse de CAPENERGIES, il semble que l’Université de Corse est pris ["ait pris" je suppose?] une part entière [????] à l’activité du pôle notamment au niveau [au plan je suppose encore?] de la recherche à travers [sic] le laboratoire sur les Énergies Renouvelables labellisé par le CNRS (UMR SPE) tant au niveau de la formation avec le master SEER [on attend ici un "qu' à celui..." qui ne viendra jamais].
Le grand prêtre de la langue française (Dieu seul sait pourquoi!), Bernard Pivot, a abandonné, il y a quelques années, son petit commerce des Championnats (de France d'abord puis du monde...) d'orthographe, devenus, dans la suite, les "Dicos d'or", par une référence, sans doute involontaire, au caractère indirectement mercantile de telles opérations. Heureusement pour l'orthographe du français, il nous reste Haïti pour en être le dernier refuge, voire le sanctuaire au sein de l'espace francophone.
Voici des extraits, brefs mais significatifs, de l'article de Valéry Daudier publié, il y a une petite semaine, par le principal quotidien haïtien, le Nouvelliste qui est, sur le net, une de mes lectures quotidiennes :
"Orlson-Ainé Joseph, de l'Institution St Louis de Gonzague, a été sacré, le 25 juin 2011, épeleur de l'année, et Walens Louis, du Petit Séminaire Collège St Martial, vice-épeleur de la première édition du concours d'épellation organisé par Télé Soleil à laquelle ont pris part 168 écoliers de 42 établissements scolaires. Les deux gagnants sont repartis chez eux avec des laptops, des ouvrages, des fleurs et des médailles. En outre, la Digicel a offert un chèque de 2 000 dollars US à l'épeleur et 1 000 dollars au vice-épeleur.[...] Télé Soleil et Pain de Vie, en collaboration avec le Bureau diocésain de l'Education (BDE), ont transformé beaucoup de maisons de la capitale en « maisons d'épellation » avec leur concours d'épellation baptisé : « J'épelle au Soleil », lancé le 23 mars dernier et qui a pris fin le samedi 25 juin 2011 dans les locaux de Radio Télé Soleil à Pétion-Ville [...].
Orlson-Ainé Joseph, 11 ans, et Walens Louis, 11 ans également, tous deux en sixième année fondamentale, ont rehaussé le prestige de leur établissement respectif et fait honneur à leurs camarades, leurs amis, leurs professeurs et leurs parents. [...] Sur ses petites épaules, il [Orlson-Aimé Joseph] a su quand même faire honneur à son établissement, l'un des meilleurs du pays. Au cours de cette finale à laquelle ont pris part des élèves, des responsables d'écoles et des éducateurs, dont Sabine Boisson, Orlson a tiré du tambour les mots : « bruyamment, hypnotiser, hublot, vilipender, proie, léthargique, spaghetti, pénitentiaire, ophtalmologique et galvauder ». Il a manqué l'épellation de : hypnotiser et de pénitentiaire. Avant cette finale, sur une vingtaine de mots à épeler, le Saint-Louisien n'a raté que l'épellation de « racontar ».
[...]
Quant à Walens, durant ce concours, il s'est donné une lourde mission : connaître l'orthographe de tous les mots de la langue de Voltaire. Une mission que Walens n'aura pas accomplie, mais l'enfant intelligent et un peu turbulent en classe est fier d'être sacré vice-épeleur de la première édition de ce concours. [...] Au cours de la finale, l'enfant de Guerdie Louis était tombé sur des mots jugés selon plus d'un un peu moins difficiles que ceux d'Orlson. Walens a tiré du tambour les mots : « thésauriser, pacotille, cacophonie, étanchéité, ennoblissement, euthanasie, glycémie, hémiplégie, coercition et enivrement ». Il a manqué l'épellation de quatre, dont : cacophonie, étanchéité, coercition et enivrement qui a fermé les plateaux de la première édition de « J'épelle au Soleil ». Sur 32 mots à épeler durant ce concours organisé en 65 rencontres, il se rappelle avoir raté l'épellation de 7 ou 8 termes.
Et l'auteur de conclure : "L'Education nationale a boudé une telle initiative !
Aucun représentant des ministères de l'Education nationale ou de la Culture, n'a été présent à la cérémonie de clôture de « J'épelle au Soleil ». Les autorités de ces deux ministères, a souligné père Jean, n'ont pas non plus répondu aux invitations qui leur ont été faites et n'ont pas plus collaboré à la réalisation de ce concours qui s'est taillé une place parmi les émissions éducatives, utiles, instructives, dédiées aux enfants, s'il y en a d'autres.
En fait, même si l'Education nationale et la Culture n'ont pas reconnu l'importance de ce concours d'épellation qui a été l'idole de beaucoup d'écoliers, les partenaires, dont la Digicel, le Conatel, la Fokal, Plan Haïti et Caritas Haïti se sont rendus compte qu'une telle émission aura été profitable pour l'ensemble de la communauté".
Au-delà de la petite guerre entre l'Education nationale publique et les établissements confessionnels (rappelons qu'en Haïti l'école est privée à 85%), on peut faire une ou deux remarques d'inégale importance.
La première est qu'une telle pratique est venue en Haïti depuis les Etats-Unis, peut-être, via le Canada anglophone, où les "spelling bees" furent un moment en vogue dans les écoles selon le principe décrit ci-dessus. Le mot "épellation" lui-même (traduction littérale de "spelling") est assez peu courant en français pour ne pas figurer dans le Trésor de la Langue Française!
Au delà du caractère parfaitement inepte d'une telle compétition, surtout dans le contexte éducatif haïtien global et, plus particulièrement encore après le séisme du 12 janvier 2010, au moment où l'on parle d'une éventuelle "reconstruction" de ce système, le point le plus important me paraît que ce genre d'opération témoigne, à propos du français (évoqué ici, de façon très significative, comme " la langue de Voltaire"), d'une vision totalement passéiste et même obsolète, préjudiciable à la diffusion du français et qui ne peut qu'encourager et conforter dans leurs entreprises, les adversaires de cette langue que ses soutiens défendent manifestement à grand renfort de pavés de l'ours.
Il est à cet égard significatif qu'a deux ou trois jours près, cet article sur les concours d'épellation ait été suivi par une rencontre "Livres en folie", organisée, à Port-au-Prince même, et dont le Nouvelliste a rendu compte sous le titre "Il y a des fautes partout"? Là encore, on a retrouvé cette même obsession de l'orthographe. Je ne nie pas l'importance de ce problème que nous connaissons en France aussi ou le Monde qui fut longtemps de temple de l'exemplarité orthographique dans notre presse nationale a bien changé sur ce point.Toutefois, vu la situation du français en Haïti, est-ce là le problème majeur qui se pose à lui ? Par ailleurs la question est fort mal posée quand on lit dans cet article :
" Par rapport à cet atelier, je suis venu humblement pour écouter et pour apprendre. Quand on est auteur on est appelé normalement à se corriger, à perfectionner son texte », a déclaré Dominique Batraville. Par ailleurs, il a fait remarquer qu'aujourd'hui en Europe et en Afrique se développe une tendance à détecter les lacunes des classiques. « Il y a de grands auteurs qui ont eu de graves fautes d'orthographe, de syntaxe. Même chez Camus, chez Sartre, chez Balzac. Un courant d'étude critique en Afrique essaie d'évaluer les textes laissés par des auteurs dans un état lamentable".
Une telle remarque, par ailleurs fausse (je n'ai guère trouvé de fautes de langue chez Sartre que j'ai un peu fréquenté), est assez sotte car, jusqu'à la fin du XVIIIème siècle, nos grands auteurs ne se préoccupent guère de l'orthographe de leurs manuscrits et certains d'entre eux écrivent souvent à peu près n'importe quoi, laissant à leurs éditeurs les soucis de la mise en forme!
Franchement, n'y a-t-il pas d'autres soucis pour le français en Haïti que celui-ci ?
lundi 27 juin 2011
Haïti : Ecoles "borlettes" et écoles fantômes.
« Pauvre Haïti ! » comme disent les Haïtiens, qui donnent à ce pays le genre féminin (sans doute à cause de la chanson "Haïti chérie"), sans qu'on sache trop pourquoi d'ailleurs, aussi bien dans la chanson qu'ailleurs!
Haïti n'a toujours pas de gouvernement, un mois après l'élection de Michel Martelly, élection elle-même encore contestée par certains pour des détails du texte même de la constitution haïtienne sur lequel il a prêté serment lors de son entrée en fonction. "Voilà une chose qu'elle est importante!" comme aurait dit Coluche dont on a récemment célébré l'anniversaire de la mort ! Dans un pays qui se trouve encore dans l'état qui est le sien, un an et demi après le séisme de janvier 2010, la rédaction exacte du troisième paragraphe de la page 32 du texte de la Constitution est évidemment un élément capital.
Plus grave en revanche est la difficulté prévisible qu'éprouve le nouveau président à constituer son premier gouvernement dans la mesure où sa mouvance n'a que trois députés ou sénateurs, au sein de la centaine de députés et de sénateurs qui doivent approuver le choix qu'il fera dans la composition de son gouvernement et plus encore dans celui de son Premier Ministre. Comme on pouvait le craindre, le Premier Ministre qu'il avait choisi n'a pas été confirmé dans cette position par une majorité de parlementaires. On assiste donc pour le moment au retour de M. Bellerive, qui avait été le dernier Premier Ministre du président Préval. Affaire à suivre, mais on ne voit guère comment on en pourra sortir.
Toutefois, quand on constate que l'essentiel de l'aide humanitaire est géré par les O.N.G. et non par le gouvernement haïtien lui-même (en 2010-2011, il n'a contrôlé que moins de 40 % de cette aide), on se demande donc si cette absence de gouvernement est un élément décisif dans le marasme général que connaît ce malheureux pays. En effet, non seulement une bonne partie des aides annoncées voire promises n'ont jamais été réellement versées, mais, comme on vient de le voir, beaucoup de ces aides ne sont pas gérées par le gouvernement lui-même.
En tout cas, il semble que certains non seulement s'en accommodent, mais en tirent des profits qui sont fort loin d'être licites. On connaissait en Haïti les écoles "borlettes" (en Haïti "borlette" signifie "loterie"). Il s'agit là d'écoles privées payantes, plus ou moins équipées et pourvues d'enseignants aux compétences incertaines, où l'on apprend pas grand-chose mais qui permettent de pallier, surtout auprès des institutions internationales qui aiment ce genre de statistiques, l'absence d'écoles publiques et ainsi de faire monter, au moins dans les chiffres, le taux général de scolarisation, fût-ce de façon fallacieuse). Or on a découvert, dans la riche faune scolaire haïtienne, une nouvelle espèce qui est celle des "écoles fantômes".
C'est ainsi que deux de ces écoles fantômes ont bénéficié, de la part du ministère de l'éducation, de 21 millions de gourdes (la monnaie locale) de subventions au titre de la reconstruction du système scolaire haïtien qui est on le sait la priorité majeure du programme de gouvernement du nouveau président.
On a beaucoup parlé de cette "reconstruction" depuis le séisme et après avoir eu le "Plan Vallas" auquel j'ai consacré moi-même plusieurs posts, on parle désormais d'un nouveau plan qui émane de la Banque intergouvernementale de développement ( "Haiti's Reconfiguration of the Educational Sector"). Ce nouveau plan, dont le titre même est tout un programme, entre dans un détail extrême des ventilations financières et des prévisions technocratiques (on y va jusqu'à prévoir, dans le moindre détail, les fournitures qui seront accordées aux 27 500 élèves qu'il va concerner - des deux uniformes scolaires (les tailles et couleurs ne sont toutefois pas précisées) - aux quatre crayons, en passant par les cahiers et les gommes), mais, en revanche, on ne trouve pas un mot sur ce que seront les contenus des enseignements, leurs finalités et moins encore les langues qui seront utilisées dans ce système scolaire ou comment seront formés les 600 maîtres indispensables. Le Plan Vallas avait au moins le mérite, à défaut de traiter réellement et sérieusement de ces questions, de les évoquer.
De toute façon, si comme le souhaite le président Martelly, on entend désormais scolariser gratuitement la totalité des enfants haïtiens dans un système scolaire public, il y a deux ordres de questions d'importance inégale mais l'une et l'autre essentielles, qu'il conviendrait poser en préalable à tout projet.
D'une part, (sans prendre en compte l'état des choses réels après le séisme), dans un système éducatif qui compte plus de 80 % d'établissements privés (écoles "borlettes" incluses), si l'enseignement devient totalement public, que deviennent la plupart de ces établissements privés qui sont une source de revenus non négligeable pour nombre de gens en Haïti. Va-t-on, par exemple, financer les écoles borlettes ou les fermer ?
L'autre question est beaucoup plus importante et, bien entendu, de ce fait, on en parle moins encore, s'il est possible. Il ne s'agit pas en effet de replâtrer plus ou moins ("Reconfigurer" ?) un système éducatif dont on sait qu'il fonctionnait très mal. On peut dire et d'aucuns l'ont fait, en Haïti même, qu'on devrait "profiter" de l'inévitable changement imposé par le séisme de 2010 pour repenser totalement l'enseignement en Haïti, puisque la grande "réforme Bernard" des années 80 n'a fait qu'accroître l'anarchie qui régnait dans ce système. Or il est clair que nul ne pose réellement ce problème, comme le montrent les plans successifs proposés par les États-Unis, avec le Plan Vallas d'abord puis le plan actuel de "reconfiguration" du "secteur éducationnel" d'Haïti.
Peut-on espérer, non seulement en finir avec les écoles borlettes et les écoles fantômes mais voir envisagées enfin les vraies questions qui se posent pour l'école en Haïti.
Haïti n'a toujours pas de gouvernement, un mois après l'élection de Michel Martelly, élection elle-même encore contestée par certains pour des détails du texte même de la constitution haïtienne sur lequel il a prêté serment lors de son entrée en fonction. "Voilà une chose qu'elle est importante!" comme aurait dit Coluche dont on a récemment célébré l'anniversaire de la mort ! Dans un pays qui se trouve encore dans l'état qui est le sien, un an et demi après le séisme de janvier 2010, la rédaction exacte du troisième paragraphe de la page 32 du texte de la Constitution est évidemment un élément capital.
Plus grave en revanche est la difficulté prévisible qu'éprouve le nouveau président à constituer son premier gouvernement dans la mesure où sa mouvance n'a que trois députés ou sénateurs, au sein de la centaine de députés et de sénateurs qui doivent approuver le choix qu'il fera dans la composition de son gouvernement et plus encore dans celui de son Premier Ministre. Comme on pouvait le craindre, le Premier Ministre qu'il avait choisi n'a pas été confirmé dans cette position par une majorité de parlementaires. On assiste donc pour le moment au retour de M. Bellerive, qui avait été le dernier Premier Ministre du président Préval. Affaire à suivre, mais on ne voit guère comment on en pourra sortir.
Toutefois, quand on constate que l'essentiel de l'aide humanitaire est géré par les O.N.G. et non par le gouvernement haïtien lui-même (en 2010-2011, il n'a contrôlé que moins de 40 % de cette aide), on se demande donc si cette absence de gouvernement est un élément décisif dans le marasme général que connaît ce malheureux pays. En effet, non seulement une bonne partie des aides annoncées voire promises n'ont jamais été réellement versées, mais, comme on vient de le voir, beaucoup de ces aides ne sont pas gérées par le gouvernement lui-même.
En tout cas, il semble que certains non seulement s'en accommodent, mais en tirent des profits qui sont fort loin d'être licites. On connaissait en Haïti les écoles "borlettes" (en Haïti "borlette" signifie "loterie"). Il s'agit là d'écoles privées payantes, plus ou moins équipées et pourvues d'enseignants aux compétences incertaines, où l'on apprend pas grand-chose mais qui permettent de pallier, surtout auprès des institutions internationales qui aiment ce genre de statistiques, l'absence d'écoles publiques et ainsi de faire monter, au moins dans les chiffres, le taux général de scolarisation, fût-ce de façon fallacieuse). Or on a découvert, dans la riche faune scolaire haïtienne, une nouvelle espèce qui est celle des "écoles fantômes".
C'est ainsi que deux de ces écoles fantômes ont bénéficié, de la part du ministère de l'éducation, de 21 millions de gourdes (la monnaie locale) de subventions au titre de la reconstruction du système scolaire haïtien qui est on le sait la priorité majeure du programme de gouvernement du nouveau président.
On a beaucoup parlé de cette "reconstruction" depuis le séisme et après avoir eu le "Plan Vallas" auquel j'ai consacré moi-même plusieurs posts, on parle désormais d'un nouveau plan qui émane de la Banque intergouvernementale de développement ( "Haiti's Reconfiguration of the Educational Sector"). Ce nouveau plan, dont le titre même est tout un programme, entre dans un détail extrême des ventilations financières et des prévisions technocratiques (on y va jusqu'à prévoir, dans le moindre détail, les fournitures qui seront accordées aux 27 500 élèves qu'il va concerner - des deux uniformes scolaires (les tailles et couleurs ne sont toutefois pas précisées) - aux quatre crayons, en passant par les cahiers et les gommes), mais, en revanche, on ne trouve pas un mot sur ce que seront les contenus des enseignements, leurs finalités et moins encore les langues qui seront utilisées dans ce système scolaire ou comment seront formés les 600 maîtres indispensables. Le Plan Vallas avait au moins le mérite, à défaut de traiter réellement et sérieusement de ces questions, de les évoquer.
De toute façon, si comme le souhaite le président Martelly, on entend désormais scolariser gratuitement la totalité des enfants haïtiens dans un système scolaire public, il y a deux ordres de questions d'importance inégale mais l'une et l'autre essentielles, qu'il conviendrait poser en préalable à tout projet.
D'une part, (sans prendre en compte l'état des choses réels après le séisme), dans un système éducatif qui compte plus de 80 % d'établissements privés (écoles "borlettes" incluses), si l'enseignement devient totalement public, que deviennent la plupart de ces établissements privés qui sont une source de revenus non négligeable pour nombre de gens en Haïti. Va-t-on, par exemple, financer les écoles borlettes ou les fermer ?
L'autre question est beaucoup plus importante et, bien entendu, de ce fait, on en parle moins encore, s'il est possible. Il ne s'agit pas en effet de replâtrer plus ou moins ("Reconfigurer" ?) un système éducatif dont on sait qu'il fonctionnait très mal. On peut dire et d'aucuns l'ont fait, en Haïti même, qu'on devrait "profiter" de l'inévitable changement imposé par le séisme de 2010 pour repenser totalement l'enseignement en Haïti, puisque la grande "réforme Bernard" des années 80 n'a fait qu'accroître l'anarchie qui régnait dans ce système. Or il est clair que nul ne pose réellement ce problème, comme le montrent les plans successifs proposés par les États-Unis, avec le Plan Vallas d'abord puis le plan actuel de "reconfiguration" du "secteur éducationnel" d'Haïti.
Peut-on espérer, non seulement en finir avec les écoles borlettes et les écoles fantômes mais voir envisagées enfin les vraies questions qui se posent pour l'école en Haïti.
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samedi 23 avril 2011
OSS 117 : "Opération Libye"

Je ne suis généralement pas trop enclin à entrer d’emblée dans les délires anti-étasuniens et altermondialistes à la Michel Collon. Allez donc un jour visiter le site de ce journaliste-écrivain-polémiste-cinéaste belge, père du concept de médiamensonges, terme dont il use pour dénonce les formes diverses de propagande médiatique qui servent à justifier, au sein d’un Etat et/ou devant l’opinion mondiale, les interventions, en particulier militaires, aux yeux des opinions publiques.
Même si on peut le juger à certains égards proche d’un Michel Collon, Michel Chossudovsky me paraît un auteur plus sérieux à la fois par sa formation d’économiste et par sa carrière. Il a enseigné, en effet, dans plusieurs universités canadiennes et a fait carrière aussi comme conseiller économique ou consultant pour plusieurs gouvernements de pays en voie de développement et pour des organisations internationales comme le PNUD ou l’OMS. Désormais en retraite, il anime un « Centre de recherche sur la mondialisation », site internet consacré, en particulier, aux enjeux de « la guerre au terrorisme » et aux conflits du Moyen-Orient. Il est certes, à certains égards, voisin des partisans de la « théorie » du complot, mais dans des approches qui me semblent plus sérieusement fondées que celles qu’on trouve, dans des genres différents, chez un Michel Collon ou un Jean-Marie Bigard !
Je ne reprendrai pas ici, vu sa longueur et son intérêt, l’article original en anglais de Michel Chossudovsky : « Operation Libya" and the Battle for Oil: Redrawing the Map of Africa », paru le 9 mars 2011 et que vous pouvez trouver, traduit en français par Julie Lévesque, dans Mondialisation.ca
Je ne retiendrai ici que quelques formules qui éclairent la façon dont on a forgé le « médiamensonge » autour de l’intervention en Libye, mais que je commenterai à ma façon.
1. Premier mensonge sur l’importance et l’intérêt de la Libye dans l’économie pétrolière mondiale : Pour écarter les hypothèses fâcheuses sur les causes réelles de l’intervention, on n’a pas cessé depuis un mois de nous dire que, dans l’économie pétrolière, la Libye comptait pour du beurre. C’est faux !
« . La Libye est l’une des plus grandes économies pétrolières du monde : elle détient 3,5 % des réserves mondiales de pétrole [on n’a cessé de nous dire moins de 2%!] , soit plus du double de celles des États-Unis ».
« Avec ses 46,5 milliards de barils de réserves prouvées (10 fois plus que l’Égypte) la Libye constitue la plus grande économie pétrolière du continent africain, suivie par le Nigeria et l’Algérie (Oil and Gas Journal) [...]. Les évaluations les plus récentes estiment les réserves pétrolières de la Libye à 60 milliards de barils et ses réserves de gaz à 1500 milliards de mètres cube (m3). Sa production de pétrole se chiffre entre 1,3 et 1,7 millions de barils par jour, bien en-deçà de sa capacité de production ». [...] Le BP Statistical Energy Survey (alternatif, 2008) estimait pour sa part les réserves pétrolières prouvées de la Libye à 41,464 milliards de barils à la fin de 2007, ce qui représente 3,34 % des réserves mondiales prouvées »
En outre, autre point, plus important encore et même capital : le coût d‘exploitation du pétrole libyen est extrêmement faible et donc les profits extrêmement élevés :
« Alors que la valeur marchande du pétrole brut est actuellement bien au-delà des 100 dollars le baril, le coût du pétrole libyen est extrêmement bas, aussi bas que 1 dollar le baril (selon une estimation). Un expert du marché pétrolier l’a fait remarquer de manière plutôt cryptique : « À 110 dollars [le baril] sur le marché mondial, un simple calcul mathématique donne à la Libye une marge de profit de 109 $ [le baril]. » (EnergyandCapital.com, 12 mars 2008) ».
2. Les réactions des divers Etats dans cette affaire ont été diverses mais toutes interprétables et significatives :
« Une invasion de la Libye sous mandat humanitaire servirait les mêmes intérêts privés que l’invasion et l’occupation de l’Irak en 2003. L’objectif sous-jacent est de prendre possession des réserves de pétrole de la Libye, de déstabiliser la CPN et, en dernier lieu, de privatiser l’industrie pétrolière du pays, soit transférer le contrôle et la propriété de la richesse pétrolière libyenne dans des mains étrangères ».
La chose était claire et nul besoin d’insister. En revanche; il est éclairant de voir quels sont les intérêts pétroliers étrangers en Libye :
« Les compagnies pétrolières étrangères en activité en Libye avant l’insurrection comprenaient Total de France, ENI d’Italie, China National Petroleum Corp (CNPC), British Petroleum (BP), le consortium espagnol REPSOL, ExxonMobil, Chevron, Occidental Petroleum, Hess et Conoco Phillips. [...] Le fait que la Chine joue un rôle central dans l’industrie libyenne est significatif. La CNPC avait un effectif de quelque 400 employés. Les effectifs chinois totaux en Libye étaient de l’ordre de 30 000 [...]. La campagne militaire dirigée contre la Libye est destinée à exclure la Chine de l’Afrique du Nord. »
On comprend dès lors à la fois l’attitude de la Chine à l’ONU (abstention) et son opposition ferme dans la suite à toute forme d’intervention terrestre. Il en est de même pour l’Allemagne, puisque, en novembre 2010, la compagnie pétrolière allemande R.W. DIA E a signé un important accord avec la CPN libyenne.
3. Les Etats-Unis et la France.
L’attitude d’Obama a été des plus ambiguës depuis le début de l’affaire. Pour Chossudovsky, les choses sont sans mystère ; ici comme dans toute l’Afrique les Etats-Unis veulent tout contrôler (on l’a vu en Côte d’Ivoire) et donc évincer la France de son ancien pré-carré.
« Cette opération militaire vise à établir l’hégémonie étasunienne en Afrique du Nord, une région dominée historiquement par la France et, dans une moindre mesure, par l’Italie et l’Espagne.
En ce qui concerne la Tunisie, le Maroc et l’Algérie, le plan de Washington consiste à affaiblir les liens politiques de ces pays avec la France et à faire pression pour l’installation de nouveaux régimes politiques ayant des rapports étroits avec les États-Unis. Affaiblir la France fait partie des ambitions impériales étasuniennes. Il s’agit d’un processus historique remontant aux guerres d’Indochine.
L’intervention des États-Unis et de l’OTAN, qui mènera tôt ou tard à la formation d’un régime fantoche étasunien, a également pour but d’exclure la Chine de la région et d’évincer la CNPC. Les géants du pétrole anglo-américains ayant signé un contrat d’exploration en 2007 avec le gouvernement Kadhafi, dont BP, font partie des potentiels « bénéficiaires » de la proposition d’opération militaire des États-Unis et de l’OTAN ».
Tout cela me semble assez bien vu et, comme je l’ai dit depuis le début, nous serons, pour finir, comme en Côte d’Ivoire, les dindons de la farce et Obama nous mène en bateau.
4. La « transition » libyenne...
Les considérations qui précèdent montrent assez clairement les vraies motivations et les finalités réelles de la prétendue transition « démocratique » de la Libye ; elle est, sans le moindre doute, le cadet des soucis des Etats engagés, à des titres divers, dans cette affaire. On s’en doutait un peu, à dire le vrai!
Il y a là un point que Michel Chossudovsky n’évoque pas et qui me semble se dessiner, actuellement, tout en étant, depuis le début, en filigranne. La Libye, en effet, comme la plupart des Etats africains, est une création artificielle de la colonisation européenne ; il serait donc sans dout envisageable et peut-être, à certains égards, raisonnable de séparer la Tripolitaine (à l’Ouest) et la Cyrénaïque (à l’Est). Un facteur est, à cet égard, essentiel. Il suffit de regarder la carte des gisements et des installations pétrolières ci-dessus pour faire une remarque que notre auteur ne manque pas de mentionner : « Près de 80 % des réserves pétrolières de la Libye se trouvent dans le bassin du golfe de Syrte à l’Est de la Libye » donc ....en Cyrénaïque! La transition pourrait donc bien finir en partition!
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lundi 21 mars 2011
Lybie : « Aube de l’odyssée » (N°1).
Les états-majors sont décidément, dans nos sociétés modernes, le dernier refuge des poètes.
Ainsi comme vous l'avez sans doute constaté, le plus difficile dans toute opération militaire est le choix, premier et indispensable, du nom de code qui servira à la désigner. Nous avons ainsi eu la « tempête du désert » d’Irak puis le « plomb durci » de Gaza ; voici qu’en Lybie se lève, sans qu'on sache si elle est « aux doigts de roses », comme celle du bon Homère, « l’aube de l'Odyssée ». La formule est jolie mais des plus inattendues, ce qui me donne à penser que les militaires qui l'ont choisie, ignorent ou ont oublié que l'Odyssée a duré dix ans, ce qui n’est pas de très bon augure. J'ose toutefois espérer qu'ils n'ont pas prévu la même durée pour l'opération qu'ils ont entamée en Libye.
Cela dit, dans la dénomination des opérations à venir, il sera assurément, pour ce qui est de l'inopportunité, voire de l’indécence, du nom choisi, de dépasser ce que l'on avait obtenu, en 1999, en baptisant « Dresde » les actions de bombardements programmées sur la Serbie. Certes, le nom se justifiait en ce sens qu’on visait à une destruction aussi complète que possible des capacités de défense de la Yougoslavie. Cette action fut dès lors désignée par certains diplomates du nom d’« opération Dresde » par une fine allusion aux fameux bombardements massifs de cette ville allemande en 1945 : 3900 tonnes de bombes incendiaires sur une ville de l’Allemagne quasi vaincue l’anéantirent totalement, y faisant plus de 100.000 victimes.
On a pu constater, dans les derniers jours, les mêmes petits jeux politiques qui caractérisent toujours les relations internationales. La France, dont la diplomatie n'avait brillé ni en Tunisie et en Égypte et qui voulait se refaire une santé, voire une virginité, a cru trouver dans l'affaire de Libye une occasion de redorer son blason, même si la neutralisation de l'espace aérien libyen était, à l'origine, me semble-t-il, une idée de l'assemblée européenne, restée vaine, comme la plupart de ses idées lorsque, par hasard, elle en a.
Le principal événement de l'affaire est qu'on a cru un moment, chez nous, que Bernard-Henri Lévy avait soudain succédé à Alain Juppé au Quai d'Orsay ; seul le départ inopiné de ce dernier pour participer au Conseil de sécurité de l'ONU à New York a pu rassurer à cet égard le bon peuple de France.
Cette réunion a été elle-même un monument d'hypocrisie puisque la moitié de l'humanité (en la circonstance la Russie, la Chine, l'Inde, le Brésil et... L'Allemagne) a eu le courage exceptionnel de s'abstenir, les deux premiers manifestant quasi immédiatement leur opposition aux premières mesures prises, même si elles étaient conduites dans le strict respect de la décision du Conseil de sécurité de l'ONU auquel ces deux nations assistaient. La Ligue arabe, qui était venue à Paris samedi 19 mars 2011 à la réunion tripartite sans enthousiasme excessif (seul le Qatar, formidable puissance militaire comme on sait, étant censé s’engager réellement dans l’affaire), a aussitôt saisi l’occasion d’emboîter le pas à la Russie et à la Chine en désapprouvant dès dimanche 20 mars des actions approuvées la veille.
Lees militaires Américains ne faisant pas mystère de leurs réserves (l’Afghanistan, l’Irak, l’Iran voire le Pakistan suffisant à les occuper), Obama comme Hillary Clinton nous ont gentiment proposé, tout aussi courageusement, le « siège arrière » du char de guerre, en pressant les deux gogos que sont la France et la Grande-Bretagne de foncer dans le brouillard.
Engagés du bout de lèvres, les Américains désengagent déjà leur centre de commandement de Stuttgart, d’abord proposé pour la coordination des opérations vers la Lybie. Pas fous !
Ayant vaguement parcouru, écouté ou vu la plupart des informations sur le sujet, je suis stupéfait de constater que nul n’a songé, en la circonstance, a évoquer, à propos de ce couple de va- t-en-guerre franco-anglais, belliqueux mais comique et bientôt isolé, et de son intervention dans le monde arabe, la fameuse expédition de 1956.
Petit mais indispensable rappel. Pour prendre ma remarque liminaire, le nom exotique d’« opération Kadesh » fut donné par Israël, en 1956, aux opérations militaires dans le Sinaï contre l'Egypte. Ce nom était celui de plusieurs toponymes dont celui d’un lieu où s’était déroulée une célèbre bataille du XIIIème siècle av. J.-C. Nous-autres nommons plutôt cet événement la « guerre de Suez » ou plutôt la « campagne de Suez » car le terme de « guerre » paraît un peu excessif, vu le caractère et la brièveté (moins de deux semaines) des opérations en cause.
Le conflit éclate en octobre 1956 ; il oppose l'Égypte et les signataires du protocole de Sèvres qui unit Israël, la France et la Grande Bretagne à la suite de la nationalisation du canal de Suez. Dans un jeu très complexe de bluff et de poker menteur, en pleine guerre froide, l’URSS et les Etats-Unis imposeront l'arrêt du conflit (A. Eden et G. Mollet devront manger leur chapeau, la chose étant plus rude pour l'élégant Antony, coutumier du port du huit-reflets) et obligeront les troupes d’élite françaises et britanniques victorieuses à mettre l'arme au pied avant de rentrer au pays l’oreille basse en novembre 1956.
On me dira naturellement, ce que je sais parfaitement, que la situation était très différente puisque ce sont alors précisément la Russie surtout et les États-Unis, à un degré moindre, qui ont arrêté les velléités belliqueuses de la France et de la Grande-Bretagne en octobre-novembre 1956, alors qu’elles les suscitent ou les tolèrent aujourd’hui. Dans le cas présent, la France et la Grande-Bretagne ne semblent nullement isolées (mais pour combien de temps ?) puisque s’engagent à leurs côtés des alliés considérables, dont en particulier le Canada, la Belgique et le Danemark. Voilà qui doit faire trembler Kadhafi !
Combien de temps durera cette belle unanimité qui n’aura même pas survécu aux 48 premières heures? A votre avis quels seront les dindons de la farce ?
Ainsi comme vous l'avez sans doute constaté, le plus difficile dans toute opération militaire est le choix, premier et indispensable, du nom de code qui servira à la désigner. Nous avons ainsi eu la « tempête du désert » d’Irak puis le « plomb durci » de Gaza ; voici qu’en Lybie se lève, sans qu'on sache si elle est « aux doigts de roses », comme celle du bon Homère, « l’aube de l'Odyssée ». La formule est jolie mais des plus inattendues, ce qui me donne à penser que les militaires qui l'ont choisie, ignorent ou ont oublié que l'Odyssée a duré dix ans, ce qui n’est pas de très bon augure. J'ose toutefois espérer qu'ils n'ont pas prévu la même durée pour l'opération qu'ils ont entamée en Libye.
Cela dit, dans la dénomination des opérations à venir, il sera assurément, pour ce qui est de l'inopportunité, voire de l’indécence, du nom choisi, de dépasser ce que l'on avait obtenu, en 1999, en baptisant « Dresde » les actions de bombardements programmées sur la Serbie. Certes, le nom se justifiait en ce sens qu’on visait à une destruction aussi complète que possible des capacités de défense de la Yougoslavie. Cette action fut dès lors désignée par certains diplomates du nom d’« opération Dresde » par une fine allusion aux fameux bombardements massifs de cette ville allemande en 1945 : 3900 tonnes de bombes incendiaires sur une ville de l’Allemagne quasi vaincue l’anéantirent totalement, y faisant plus de 100.000 victimes.
On a pu constater, dans les derniers jours, les mêmes petits jeux politiques qui caractérisent toujours les relations internationales. La France, dont la diplomatie n'avait brillé ni en Tunisie et en Égypte et qui voulait se refaire une santé, voire une virginité, a cru trouver dans l'affaire de Libye une occasion de redorer son blason, même si la neutralisation de l'espace aérien libyen était, à l'origine, me semble-t-il, une idée de l'assemblée européenne, restée vaine, comme la plupart de ses idées lorsque, par hasard, elle en a.
Le principal événement de l'affaire est qu'on a cru un moment, chez nous, que Bernard-Henri Lévy avait soudain succédé à Alain Juppé au Quai d'Orsay ; seul le départ inopiné de ce dernier pour participer au Conseil de sécurité de l'ONU à New York a pu rassurer à cet égard le bon peuple de France.
Cette réunion a été elle-même un monument d'hypocrisie puisque la moitié de l'humanité (en la circonstance la Russie, la Chine, l'Inde, le Brésil et... L'Allemagne) a eu le courage exceptionnel de s'abstenir, les deux premiers manifestant quasi immédiatement leur opposition aux premières mesures prises, même si elles étaient conduites dans le strict respect de la décision du Conseil de sécurité de l'ONU auquel ces deux nations assistaient. La Ligue arabe, qui était venue à Paris samedi 19 mars 2011 à la réunion tripartite sans enthousiasme excessif (seul le Qatar, formidable puissance militaire comme on sait, étant censé s’engager réellement dans l’affaire), a aussitôt saisi l’occasion d’emboîter le pas à la Russie et à la Chine en désapprouvant dès dimanche 20 mars des actions approuvées la veille.
Lees militaires Américains ne faisant pas mystère de leurs réserves (l’Afghanistan, l’Irak, l’Iran voire le Pakistan suffisant à les occuper), Obama comme Hillary Clinton nous ont gentiment proposé, tout aussi courageusement, le « siège arrière » du char de guerre, en pressant les deux gogos que sont la France et la Grande-Bretagne de foncer dans le brouillard.
Engagés du bout de lèvres, les Américains désengagent déjà leur centre de commandement de Stuttgart, d’abord proposé pour la coordination des opérations vers la Lybie. Pas fous !
Ayant vaguement parcouru, écouté ou vu la plupart des informations sur le sujet, je suis stupéfait de constater que nul n’a songé, en la circonstance, a évoquer, à propos de ce couple de va- t-en-guerre franco-anglais, belliqueux mais comique et bientôt isolé, et de son intervention dans le monde arabe, la fameuse expédition de 1956.
Petit mais indispensable rappel. Pour prendre ma remarque liminaire, le nom exotique d’« opération Kadesh » fut donné par Israël, en 1956, aux opérations militaires dans le Sinaï contre l'Egypte. Ce nom était celui de plusieurs toponymes dont celui d’un lieu où s’était déroulée une célèbre bataille du XIIIème siècle av. J.-C. Nous-autres nommons plutôt cet événement la « guerre de Suez » ou plutôt la « campagne de Suez » car le terme de « guerre » paraît un peu excessif, vu le caractère et la brièveté (moins de deux semaines) des opérations en cause.
Le conflit éclate en octobre 1956 ; il oppose l'Égypte et les signataires du protocole de Sèvres qui unit Israël, la France et la Grande Bretagne à la suite de la nationalisation du canal de Suez. Dans un jeu très complexe de bluff et de poker menteur, en pleine guerre froide, l’URSS et les Etats-Unis imposeront l'arrêt du conflit (A. Eden et G. Mollet devront manger leur chapeau, la chose étant plus rude pour l'élégant Antony, coutumier du port du huit-reflets) et obligeront les troupes d’élite françaises et britanniques victorieuses à mettre l'arme au pied avant de rentrer au pays l’oreille basse en novembre 1956.
On me dira naturellement, ce que je sais parfaitement, que la situation était très différente puisque ce sont alors précisément la Russie surtout et les États-Unis, à un degré moindre, qui ont arrêté les velléités belliqueuses de la France et de la Grande-Bretagne en octobre-novembre 1956, alors qu’elles les suscitent ou les tolèrent aujourd’hui. Dans le cas présent, la France et la Grande-Bretagne ne semblent nullement isolées (mais pour combien de temps ?) puisque s’engagent à leurs côtés des alliés considérables, dont en particulier le Canada, la Belgique et le Danemark. Voilà qui doit faire trembler Kadhafi !
Combien de temps durera cette belle unanimité qui n’aura même pas survécu aux 48 premières heures? A votre avis quels seront les dindons de la farce ?
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dimanche 6 mars 2011
Haïti : le diable et le bon dieu (suite et fin)
On pourrait aussi et pour conclure, lire ce film, d’une façon un peu géopolitique, à la lumière des perspectives qu'un tel tableau offre sur les relations d’Haïti tant avec les Etat-Unis qu’avec la France mais aussi avec la francophonie et en particulier avec le Québec, dont Haïti est proche à bien des égards, mais dont la politique haïtienne n’est pas toujours des meilleures.
La francophonie haïtienne, déjà fortement ébranlée, depuis des décennies, par l’attraction globale très forte de l’Amérique du Nord où va désormais se former l’essentiel de ses « élites », ne peut guère qu'être encore plus mise à mal par l’invasion de ces nouvelles cohortes évangéliques américaines. D'une certaine façon, en dépit de l’identité de la visée religieuse, ces dernières me semblent fort différentes, au moins au plan linguistique, des missionnaires protestants qui sont venus dans le passé et qui s'étaient fortement attachés à la promotion du créole haïtien.
Ce point me fait penser à l’une des erreurs commises, dans le passé, par la diplomatie française, quand elle voyait dans l’officialisation de la graphie du créole haïtien, la main sournoise de la CIA, alors que c’était simplement, et sans le moindre doute, celle de la coopération française, aveugle en l’occurrence, via l’accord passé, vers 1975, avec le soutien financier français, entre l’université Paris V (où le maître d’oeuvre était A. Bentolila) et l’Institut Pédagogique National de Port-au-Prince !
Puisque nous en sommes à évoquer le passé, la présente dénonciation du vaudou par les évangélistes américains, comme cause directe et divine, du séisme du 12 janvier 2010, puis désormais de l’épidémie de choléra n’est pas sans évoquer la « campagne anti-superstitieuse » du début des années 40. Son inspiration majeure était déjà bien plus dans le protestantisme américain que dans le catholicisme, plus accommodant avec la culture locale. Elle ne dura guère que deux ans (1941-2) et si, à ce moment, des » hounforts » (temples) furent détruits, la persécution n’atteignit jamais les violences qu’on a pu observer tout récemment. En effet, selon le film en cause, quarante-cinq « houngans » auraient été tués suite à l’épidémie de choléra, dont on les accusait et dans laquelle les malheureux n’étaient évidemment pour rien, la cause étant clairement asiatique, de l’avis de tous les experts.
Il est, en tout cas, à craindre que les politiques francophones (celle de la France comme celle de la Francophonie) n'aient ni les moyens ni les stratégies pour résister au déferlement des shows évangéliques américains qui, inévitablement et au détriment du français, entraîneront l'anglo-américain dans leur sillage.
Il serait évidemment absurde (et je suis aussi éloigné que possible d’une telle position) de revendiquer, pour la France et pour la Francophonie, une position et un rôle comparables à ceux des Etats-Unis. Pour s’en convaincre, il suffit de prendre en considération l’histoire américaine et la doctrine de Monroë, toujours vivace, mais plus encore la géographie (on sait que les Français ignorent la géographie !), en regardant simplement une carte de la zone pour y méditer sur la position d’Haïti, tant par rapport à Cuba qu’à la Floride. On peut aussi, dans un autre genre, plus anecdotique, rappeler que, dit-on, la deuxième ville d’Haïti est New-York, où certaines banques mettent à la disposition de leurs clients des formulaires en créole haïtien.
Curieusement, les diplomaties américaine et française ont fait, sur la même réalité culturelle et linguistique du pays, le créole, des analyses quasi opposées et paradoxalement aussi fausses l’une que l’autre.
Les Américains ont tenté de pousser le créole en espérant, par là, éloigner Haïti de l’influence française et en déloger, à terme, le français. Les Haïtiens, pensaient-ils, ont oublié, s’ils l’ont jamais su, que les Etats-Unis furent le dernier des Etats importants du monde d’alors à reconnaître la République d’Haïti (en 1862 seulement donc après avoir aboli l’esclavage sur leur propre sol) . Actuellement, l’arrivée massive des évangélistes étatsuniens n’est, après tout, que la troisième invasion américaine !
Les Français, eux, ont longtemps considéré (et je ne suis pas sûr que certains, au « Quai », ne le pensent pas encore) que le créole était le principal ennemi du français en cette terre qu’on disait, de loin, « francophone » mais qui ne l’est guère dans les faits. Même dans le début des années 80 quand la politique française semblait soutenir une promotion du créole, avec la réforme Bernard par exemple, les réticences, quoique discrètes et souvent tues, demeuraient incontestables, et se marquaient dans l’absence totale de prise en compte du créole local et surtout la faveur systématique accordée au français « pur » comme on dit là-bas (hypernormé et alambiqué jusqu’à l’amphigouri) auquel reste très attachée l’élite francophone haïtienne.
En fait, et en cela, les deux analyses, américaine et française, sont fausses, car dans la langue et la culture créole haïtienne, l’héritage français tient une place considérable. Nul ne le mesure ni même ne le soupçonne, et surtout pas la plupart des Haïtiens qu’on a endoctrinés et qu’on continue à endoctriner, sur le thème de l’africanité du créole, de S. Sylvain à Y. Dejean en passant par C. Lefebvre et quelques-uns de ses épigones.
Ce n’est que tout récemment que grâce à l’Organisation Internationale de la Francophonie (OIF) a été engagé un programme visant à la définition et à la mise en oeuvre d’une didactique « adaptée » de la langue française qui demeure, pour le moment du moins « langue officielle » de la République d’Haïti, tout en étant, avec le créole haïtien, une des deux langues nationales. Il est clair, en effet que la seule et unique vraie raison d’un maintien du français en Haïti tient à ce que cette langue est la composante initiale majeure de la langue et de la culture d’Haïti, qu’on le veuille ou non et qu’on le souligne ou qu’on le cache !
Si, dans une stratégie pédagogique intelligente, on s’attache à faire coopérer les deux langues dans la didactique du français au lieu de les opposer, comme souvent dans le passé, avec des contresens linguistiques et des mensonges idéologiques qui ont la vie dure, on devrait enseigner, plus vite et plus efficacement, le français aux enfants haïtiens qu’aux petits Chinois ou aux jeunes Japonais, tout en les éclairant du même coup sur leur propre langue et culture créole. Cette action a hélas, depuis un an, été contrariée par les catastrophes successives qui ont frappé cet infortuné pays. Ce que nous montre cet excellent documentaire « Bondye bon » n’incite malheureusement pas à l’optimisme.
La francophonie haïtienne, déjà fortement ébranlée, depuis des décennies, par l’attraction globale très forte de l’Amérique du Nord où va désormais se former l’essentiel de ses « élites », ne peut guère qu'être encore plus mise à mal par l’invasion de ces nouvelles cohortes évangéliques américaines. D'une certaine façon, en dépit de l’identité de la visée religieuse, ces dernières me semblent fort différentes, au moins au plan linguistique, des missionnaires protestants qui sont venus dans le passé et qui s'étaient fortement attachés à la promotion du créole haïtien.
Ce point me fait penser à l’une des erreurs commises, dans le passé, par la diplomatie française, quand elle voyait dans l’officialisation de la graphie du créole haïtien, la main sournoise de la CIA, alors que c’était simplement, et sans le moindre doute, celle de la coopération française, aveugle en l’occurrence, via l’accord passé, vers 1975, avec le soutien financier français, entre l’université Paris V (où le maître d’oeuvre était A. Bentolila) et l’Institut Pédagogique National de Port-au-Prince !
Puisque nous en sommes à évoquer le passé, la présente dénonciation du vaudou par les évangélistes américains, comme cause directe et divine, du séisme du 12 janvier 2010, puis désormais de l’épidémie de choléra n’est pas sans évoquer la « campagne anti-superstitieuse » du début des années 40. Son inspiration majeure était déjà bien plus dans le protestantisme américain que dans le catholicisme, plus accommodant avec la culture locale. Elle ne dura guère que deux ans (1941-2) et si, à ce moment, des » hounforts » (temples) furent détruits, la persécution n’atteignit jamais les violences qu’on a pu observer tout récemment. En effet, selon le film en cause, quarante-cinq « houngans » auraient été tués suite à l’épidémie de choléra, dont on les accusait et dans laquelle les malheureux n’étaient évidemment pour rien, la cause étant clairement asiatique, de l’avis de tous les experts.
Il est, en tout cas, à craindre que les politiques francophones (celle de la France comme celle de la Francophonie) n'aient ni les moyens ni les stratégies pour résister au déferlement des shows évangéliques américains qui, inévitablement et au détriment du français, entraîneront l'anglo-américain dans leur sillage.
Il serait évidemment absurde (et je suis aussi éloigné que possible d’une telle position) de revendiquer, pour la France et pour la Francophonie, une position et un rôle comparables à ceux des Etats-Unis. Pour s’en convaincre, il suffit de prendre en considération l’histoire américaine et la doctrine de Monroë, toujours vivace, mais plus encore la géographie (on sait que les Français ignorent la géographie !), en regardant simplement une carte de la zone pour y méditer sur la position d’Haïti, tant par rapport à Cuba qu’à la Floride. On peut aussi, dans un autre genre, plus anecdotique, rappeler que, dit-on, la deuxième ville d’Haïti est New-York, où certaines banques mettent à la disposition de leurs clients des formulaires en créole haïtien.
Curieusement, les diplomaties américaine et française ont fait, sur la même réalité culturelle et linguistique du pays, le créole, des analyses quasi opposées et paradoxalement aussi fausses l’une que l’autre.
Les Américains ont tenté de pousser le créole en espérant, par là, éloigner Haïti de l’influence française et en déloger, à terme, le français. Les Haïtiens, pensaient-ils, ont oublié, s’ils l’ont jamais su, que les Etats-Unis furent le dernier des Etats importants du monde d’alors à reconnaître la République d’Haïti (en 1862 seulement donc après avoir aboli l’esclavage sur leur propre sol) . Actuellement, l’arrivée massive des évangélistes étatsuniens n’est, après tout, que la troisième invasion américaine !
Les Français, eux, ont longtemps considéré (et je ne suis pas sûr que certains, au « Quai », ne le pensent pas encore) que le créole était le principal ennemi du français en cette terre qu’on disait, de loin, « francophone » mais qui ne l’est guère dans les faits. Même dans le début des années 80 quand la politique française semblait soutenir une promotion du créole, avec la réforme Bernard par exemple, les réticences, quoique discrètes et souvent tues, demeuraient incontestables, et se marquaient dans l’absence totale de prise en compte du créole local et surtout la faveur systématique accordée au français « pur » comme on dit là-bas (hypernormé et alambiqué jusqu’à l’amphigouri) auquel reste très attachée l’élite francophone haïtienne.
En fait, et en cela, les deux analyses, américaine et française, sont fausses, car dans la langue et la culture créole haïtienne, l’héritage français tient une place considérable. Nul ne le mesure ni même ne le soupçonne, et surtout pas la plupart des Haïtiens qu’on a endoctrinés et qu’on continue à endoctriner, sur le thème de l’africanité du créole, de S. Sylvain à Y. Dejean en passant par C. Lefebvre et quelques-uns de ses épigones.
Ce n’est que tout récemment que grâce à l’Organisation Internationale de la Francophonie (OIF) a été engagé un programme visant à la définition et à la mise en oeuvre d’une didactique « adaptée » de la langue française qui demeure, pour le moment du moins « langue officielle » de la République d’Haïti, tout en étant, avec le créole haïtien, une des deux langues nationales. Il est clair, en effet que la seule et unique vraie raison d’un maintien du français en Haïti tient à ce que cette langue est la composante initiale majeure de la langue et de la culture d’Haïti, qu’on le veuille ou non et qu’on le souligne ou qu’on le cache !
Si, dans une stratégie pédagogique intelligente, on s’attache à faire coopérer les deux langues dans la didactique du français au lieu de les opposer, comme souvent dans le passé, avec des contresens linguistiques et des mensonges idéologiques qui ont la vie dure, on devrait enseigner, plus vite et plus efficacement, le français aux enfants haïtiens qu’aux petits Chinois ou aux jeunes Japonais, tout en les éclairant du même coup sur leur propre langue et culture créole. Cette action a hélas, depuis un an, été contrariée par les catastrophes successives qui ont frappé cet infortuné pays. Ce que nous montre cet excellent documentaire « Bondye bon » n’incite malheureusement pas à l’optimisme.
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