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mardi 18 mars 2014

Bonne nouvelle aéronautique


Enfin une bonne nouvelle dans ce monde où nous sommes sans cesse accablés de mauvaises.
Toujours pas de nouvelles du vol MH 370, mais on aurait sans doute dû installer un chien à bord, si j'en crois la bonne nouvelle que je vous annonçais précédemment et que voici.

J'ai appris en effet, par une de mes amies qui revenait de Chine, qu'un passager d'un vol Paris-Pékin, avait réservé, pour son usage personnel, la totalité du compartiment de première classe de l'avion dans lequel il voyageait. Ce n’était pas par un pur et coûteux caprice (10.000 euros l’aller-retour), mais bien par nécessité pour lui. Il faut dire qu’il n’était pas seul ; il se trouvait en compagnie de sa fille qui accompagnait elle-même son chien. C’est en effet la présence de cet animal qui était à l’origine de ces dispositions particulières et la cause principale pour ne pas dire unique de cet aménagement (ne parlons, même pas ici des domestiques présents puisque toute la première classe avait été louée !).

Pour avoir, hélas, moi-même dû transporter un chien en avion sur un très long voyage, je sais que les animaux doivent obligatoirement voyager en cage et en soute (voilà un zeugma que j’avais un peu oublié !). La jeune fille ne voulant pas se séparer de son chien, ce père aimant a donc dû louer la totalité du compartiment des premières classes, fort heureusement clos, du vol qu'il empruntait pour pouvoir faire faire le voyage en compagnie de sa maîtresse à l'animal chéri de sa fille.

La bête (j’ose à peine user d’un tel terme à son endroit), commence sans doute à s’habituer à la première classe aérienne, car il a déjà fait le voyage inverse vers la France pour y subir une opération, dans la crainte probable qu’un chirurgien chinois ne dévore la pauvre bête au lieu de l’opérer ! Le chien avait dû toutefois revenir à Paris pour s’y faire retirer les points de suture consécutifs à cette opération parisienne, la science vétérinaire chinoise étant sans doute jugée insuffisante, même pour un acte médical si modeste.

Rassurez-vous tout s'est parfaitement passé, voyage de retour compris, même si le chien n'a que médiocrement apprécié, semble-t-il, la langouste servie au repas. L'heureux propriétaire de l'animal enfin rétabli aurait sans doute dû préciser ce détail gastronomique lors de sa réservation du compartiment des premières classes puisqu'il était seul à l’occuper ; au pire, tout le monde pouvait être mis au régime canin (croquettes et pâtée !).

J’espère, mais j’ai omis de me faire préciser ce détail, que le chien était un pékinois ! 

dimanche 14 octobre 2012

Sommet de la Francophonie : Kinshasa ou Chineshasa ?

Vous connaissez mon (mauvais) goût pour les jeux de mots dans les titres de mes posts. Je vous donnerai donc pour celui-ci quelques explications liminaires, car mon propos est effectivement d'envisager, d'un même regard, les deux séjours, également brefs mais dans des ambiances fort différentes, de François Hollande, Président de la République française, à Dakar d'abord, à Kinshasa ensuite.

J'ai entendu et lu les commentaires, multiples mais non divers, de la presse française, audiovisuelle surtout, sur le discours de Dakar et je les ai trouvés, comme toujours, infiniment prévisibles et sinistrement identiques dans leur absence, totale et commune, d'intérêt comme d'analyses ; on nous a bassiné, pour la 20e fois, avec la fin de la Françafrique (ce pauvre F.-X.Verschave, qui a popularisé par son livre le terme qui aurait été inventé par Houphouët-Boigny, a fort heureusement quitté cette vallée de larmes, faute de quoi il serait sans doute mort de honte!) et l'éloge du ton, modeste voire humble (normal en somme mais il avait pourtant l'oeil luisant!) de notre président, succédant par là aux accents bien différents de son prédécesseur, volontiers porté aux rodomontades surtout lorsqu'il avait à lire les textes de Monsieur Henri Guaino.

Il se trouve que, tout à fait par hasard, j'ai entendu avant-hier, en direct s'il vous plait, le discours de François Hollande car vers 17 heures, j'ai regardé un peu machinalement la Chaîne Parlementaire française (LCP) pour laquelle j'ai d'ailleurs de plus en plus d'estime, car la qualité de ses émissions est souvent très supérieure à ce que nous offrent la plupart des autres chaînes dont, je le crains, D8, la nouvelle chaîne de Canal+ lancée à grand fracas et qui m'a paru d'une consternante banalité.

Mais revenons au discours de Dakar car on vous en a tout caché. Comme je n'ai guère de temps, quelques mots rapides sur les points qui ont retenu mon attention dans ce discours qui, fort heureusement, a été délivré à l'Assemblée Nationale et non, comme celui de 2007, à l'Université Cheikh Anta Diop, ce qui, suivant le bout par lequel on prend les choses, était le comble soit de l'inculture et de l'ignorance des choses de l'Afrique soit de la perversité!

Le premier point est l'évocation par F. Hollande de l'affaire des "biens mal acquis"
Sont concernés au premier chef les présidents Denis Sassou Nguesso (Congo) ; Omar Bongo (Gabon) et Teodoro Obiang Nguema (Guinée équatoriale) ainsi que certains de leurs proches, dont bien entendu l'actuel président du Gabon. Ces « biens mal acquis » auraient été achetés avec de l’argent public de leurs Etats. Les trois présidents sont visés par une plainte déposée à Paris en 2008 pour « recel de détournements de fonds publics », mais pour le moment les choses n'ont guère avancé et d'aucuns pourraient croire la procédure enterrée. Il n'en sera rien à en croire F. Hollande et la France ne montrera aucune complaisance. Ce message me paraît extrêmement important, même si je doute un peu qu'il soit suivi d'effet.

Toutefois, un contre-feu diplomatique pourrait bien avoir été préparé par le Gabon. Je n'ai pas noté, toutefois, dans la presse française, écrite ou audiovisuelle, d'articles sur une prise de position toute récente du président gabonais Ali Bongo du Gabon qui vient de déclarer qu'il envisageait de mettre un terme à la situation du français, unique langue officielle de l'État qu'il préside. Un tel propos, juste à la veille du Sommet de Kinshasa, m'a rappelé (mais qui s'en souvient?) les déclarations du père du président actuel de la RDC, Laurent Désiré Kabila. Au moment du Sommet de la francophonie tenu au Vietnam, il avait donné à penser, de la même façon, qu'il envisageait, lui aussi, de mettre un terme à la situation d'officialité de la langue française au Zaïre (la RDC de l'époque). Dans les deux cas, il s'agit de messages clairs (ailleurs qu'en diplomatie on assimilerait cela à du chantage!). On comprend bien que le président Ali Bongo se range dans la catégorie de ceux qu'inquiète plus le sort fait en France au procès des "bien mal acquis" par des dirigeants africains que l'avenir du français en terre gabonaise.

Peut-être pourra-t-on faire l'échange entre une légère somnolence sur cette procédure et un report, après réflexion, de la mise en cause de l'officialité du français au Gabon, idée qui n'est venue au président Bongo qu'à la suite à sa visite au Rwanda où l'anglais et le français sont désormais les deux langues officielles, en raison des démêlés du Président Kagamé avec la France.

Un deuxième point intéressant et que personne n'a relevé est la déclaration de François Hollande, disant qu'il avait mis un terme à l'existence du ministère français de la coopération et qu'il était désormais remplacé par celui du développement. Il a fait là une déclaration qui ne risquait guère d'être contredite à Dakar, mais il sait sans doute lui-même (du moins on peut l'espérer) que le ministère de la coopération était devenu depuis longtemps, avec des variantes, "ministère de la coopération et du développement". Il est amusant de constater que le changement qu'il souligne et qu'il annonce à l'occasion du 14e Sommet de la francophonie concerne un ministère ("La Rue Monsieur" comme on disait) pour lequel, lors d'un précédent Sommet de la même francophonie, celui de Cotonou, les dirigeants des Etats africains francophones, conduits par le Président Omar Bongo (le père du président actuel) avait coincé dans un coin Jacques Chirac, alors Président de la République, pour lui faire promettre que, durant son mandat, il conserverait, avec ce nom, le ministère français de la coopération, où tous avaient leurs entrées et même leurs habitudes et cela d'autant que certains d'entre eux avaient même, à proximité, un appartement ou mieux un hôtel particulier !

Un troisième point est la question du Nord-Mali sur laquelle - et c'est l'un de ses talents - F. Hollande s'est montré à la fois ferme mais surtout prudent (plus en tout cas que dans quelques propos antérieurs). Il m'a fait penser à Voltaire racontant comment il s'était fait bastonner par Monsieur de Rohan "hardiment posté derrière quatre laquais"! Dans son évocation des mesures militaires à prendre contre l'Azawad, une fois acquise la bénédiction onusienne, la France, selon notre président, sera, elle aussi, "hardiment" postée derrière les troupes de la CEMEAO qui sont encore dans les limbes et risquent fort d'y rester longtemps !  

Le dernier point important est que, dans cette évocation générale de la situation, du développement et de l'avenir de l'Afrique, François Hollande ne me paraît pas avoir mentionné (sauf distraction de ma part) le nom de la Chine. Etonnant non ?

Je crois, comme lui (mais sans doute plus que lui et surtout bien avant lui, car je l'écris depuis une bonne quinzaine d'années) que l'Afrique est le continent du XXIe siècle, tout bêtement car il sera, à cette époque, le seul dont les ressources naturelles n'auront pas encore été exploitées et pillées, même si les candidatures à ce pillage sont déjà de plus en plus nombreuses et de plus en plus actives. Je me sépare, en revanche, de notre président sur la question de la démographie qui ne me paraît pas un élément des plus favorables, même si elle contribuera sans doute à donner du poids à ce continent dans les décennies qui viennent.

Il faut bien que j'en vienne à justifier mon "à peu près" sur Chineshasa en lieu et place, bien entendu, de Kinshasa. Si la Chine était politiquement totalement absente du discours de François Hollande à la Chambre des députés du Sénégal, elle est là, "invisible et présente", lors du XIVè Sommet qui se tient dans le "Palais du Peuple", construit dans les années 70 par les Chinois qui viennent même de le le rénover (y ont-ils posé des micros ?). La Chine est partout, dès l'instant où l'avion présidentiel s'est posé sur le sol congolais et démocratique, car l'aéroport international a été récemment rénové et agrandi par une société chinoise. F. Hollande a dû continuer ensuite à emprunter des réalisations chinoises puisque, pour gagner Kinshasa, il a utilisé la route à six voies dont je parlais hier et qui été construite également par les Chinois. Cette présence des Chinois dans le BTP des pas si nouvelle que ça, puisque plusieurs "palais du peuple" en Afrique ont été construits il y a une quarantaine d'années par les Chinois. Il en est de même pour nombre d'hôtels de Kin, en particulier les plus présentables, qui seront occupés par les participants ; ils datent de l'époque Mobutu certes, mais ils ont été achetés récemment ... devinez donc par qui ?. Faut-il rappeler qu'en 2007, la Chine a octroyé un prêt de 9 milliards de dollars sans contrepartie, car ces Chinois sont si généreux... Je blague bien sûr et c'était en échange de participations, dans les mines en particulier. On a tout construit avec cette rapidité qui caractérise des entreprises chinoises dont le « village de la francophonie" (chinoise aussi ?) et l'on exhibe tout, cela bien entendu, comme des réalisations exemplaires de la RDC.

Chineshasa ou Kinshasa ?

lundi 2 janvier 2012

Au boulot pour le boulot !

Au lendemain des vœux de notre président, déclarant que la priorité allait être désormais la relance de notre économie et de l'emploi, conversation amicale et postprandiale avec un commercial de l'électronique.

Je lui fais part de la honte qui m’atteint quand je suis obligé de téléphoner en public avec mon vieux portable Nokia qui a bientôt une dizaine d'années d’âge. Comment user d’un tel appareil au milieu des téléphones ultramodernes que détient le moindre collégien quand il ne s'agit pas d'un enfant fréquentant l'école primaire, le tout sous le regard goguenard ou étonné de ces gamins? Je me cache donc dans un coin pour user discrètement et efficacement de mon bon vieux Nokia.

Cet ami, très informé, me fait un point rapide sur l'évolution de la fabrication des téléphones mobiles dans les dernières années.

Il y a quelques années encore (il m'a donné la date précise que j'ai oubliée), il y avait en France quatre fabricants de téléphones mobiles (je n’ai retenu que les noms de deux d'entre eux : Alcatel et Sagem) qui, dans cinq usines réparties sur le territoire national, produisaient l'essentiel des téléphones mobiles alors vendus en France.

Il faudrait signaler à notre président que, cinq ans plus tard, il n'y a plus en France aucune de ces usines et tous les téléphones mobiles vendus en France sont fabriqués à l'étranger. Je pense que la chose a dû échapper hélas à nos ministres de l'industrie successifs, y compris à M. Besson qui, nous dit-on, est pourtant un grand utilisateur de SMS et de Twitter.

Il est bien évident qu'on pourrait hélas faire la même consternante observation pour bien d'autres domaines et comparer notre politique avec celle d'autres Etats qui ne connaissent pas exactement les mêmes problèmes que nous.

Ce même ami, qui connaît bien le domaine, m'a signalé que se trouvait en Chine la plus grande firme du monde produisant des composants électroniques. Curieusement cette société, qui employait des centaines de milliers de Chinois dans ses usines, est, en fait, une firme taïwanaise. Suite à des difficultés sociales internes de ses entreprises de composants électroniques (grèves, suicides, etc...) liées aux épouvantables conditions de travail et ne s'estimant pas suffisamment soutenue par le gouvernement chinois (sans doute pas mécontent de garder un chien de sa chienne pour une société taïwanaise, même si elle employait des Chinois en Chine), la firme taïwanaise (dont j'ai aussi oublié dans le nom) a fermé toutes ses usines de Chine et licencié les centaines de milliers d’employés qui y travaillaient. En même temps (ou plus vraisemblablement juste avant !), elle a construit, à toute vitesse, des usines au Vietnam et elle y a transporté toute sa production en offrant d'ailleurs, comme on le fait chez nous, aux travailleurs chinois qui l’acceptaient, d'aller travailler dans ses usines du Vietnam.

Reste à savoir quelle position de repli restera, dans la suite, à cette firme de Taiwan ; tous les espoirs ne sont pas perdus car il y a tout de même encore le Bangladesh !

dimanche 12 juin 2011

La route de l’aspirine est coupée

Effrayante émission « C dans l'air » d'Yves Calvi sur France5, ce vendredi 10 juin 2011, consacrée aux médicaments. Le sujet était apparemment assez anodin, en tout cas pour quelqu'un d'aussi mal informé que moi sur cette question. En revanche excellent plateau d’invités, une fois n’est pas coutume, avec Philippe Even, Marc Girard et François Chast ; Calvi y avait adjoint une dame qui devait passer dans le couloir en cherchant son chemin car on n'a jamais bien su ce qu'elle venait faire là et surtout qui elle était car son nom ne figure même pas dans la liste des invités que j'ai pris la peine de rechercher sur Internet. Un ami m'informe que la dame en cause était de l'Agence française du médicament. Tout s'explique et en particulier son silence gêné!

Je dois dire que cela nous change un peu des sempiternelles émissions politiques sur les candidats à la présidentielle dont Calvi nous réserve à peu près 300 resucées d’ici l'élection proprement dite, avec les éternels Christophe Barbier, Roland Cayrol et Pascal Perrineau. Leur absence, à elle seule, créait chez le téléspectateur des dispositions favorables à l'écoute car, pour une fois, on avait affaire à des gens qui de toute évidence savaient de quoi ils parlaient et, d'autre part, n'avaient pas totalement leur langue dans leur poche.

Je vous la fais courte comme toujours, le bilan est effrayant. Je savais, comme tout le monde, que nous ne fabriquons à peu près plus rien, des téléviseurs au presse-purées en passant par les jouets et les autos, mais je croyais au moins que nous fabriquions encore nos médicaments et les principes actifs qui entrent dans leur composition. Eh bien non ! Tout nous vient désormais de Chine comme les ordinateurs et les tee-shirts. La chose est un peu effrayante au plan industriel mais elle l'est plus encore au plan pharmacologique et même médical.

En effet non contents de produire leurs principes actifs (ceux des médocs, pas des Asiates qui certes n’en manquent pas !), les Chinois fabriquent aussi les médicaments eux-mêmes et cela dans des conditions qui ne sont pas tout à fait les nôtres puisque leurs normes de sécurité et de contrôle de ces fabrications ne sont pas du tout celles de l'Europe. Autant dire qu'une partie, mal appréciable mais certaine, des médicaments que nous consommons n'est pas en conformité avec les règles de composition et de fabrication qui devraient être en vigueur.

Si j'ai bien suivi, le plus bel exemple de la chose est l'héparine. Un simple coup d’œil dans Wikipédia me permet de faire le savant ce qui est, un instant, nécessaire. L’héparine est une substance ayant des propriétés anticoagulantes extrêmement puissantes, ce qui la fait utiliser contre la thrombose. Elle est administrée par voie intraveineuse ou sous-cutanée, selon la dose à administrer. Elle active une protéine plasmatique : l'antithrombine. « L'héparine est extraite industriellement d'intestin de porc (Europe) ou de poumon de bœuf. Les abats d'autres mammifères d'élevage peuvent être utilisés comme sources secondaires ».

Cet article est assez inexact, dans sa partie finale du moins car, à en croire les spécialistes présents, ce médicament doit être désormais fabriqué exclusivement à partir du porc et c’est là tout le problème. Pour vous résumer les choses, pour faire une dose d'héparine injectable, il faut un cochon. Comme le faisait remarquer avec humour l’un des participants « dans le cochon tout est bon » surtout et avant tout pour l'héparine ! Je me demande, en passant, mais en passant seulement, si l'héparine est utilisée dans les pays musulmans. Peut-être est-ce compatible avec les exigences du Coran dans la mesure où ceux qui reçoivent ce traitement ne savent pas qu'on leur injecte du porc ! Pour en revenir à l'héparine et aux cochons, la Chine élève à environ 1 milliard de porcs ; toutefois, il peut arriver que les énormes besoins en héparine et en cochons fassent que l'on n’ait pas assez de cochons pour fabriquer les quantités nécessaires de ce médicament. Les industriels, chinois et peu scrupuleux, usent alors d'os d'autres animaux, comme les moutons ou les vaches qui contiennent un principe dont la formule chimique est très voisine de celle de l'héparine, ce qui fait qu'à l'analyse on ne peut pas aisément faire la différence.

Le drame potentiel est qu’on sait désormais (et Wikipédia est fautif sur ce point précis et essentiel) que l'héparine doit être fabriquée exclusivement à partir de porcs car si on la fabrique à partir d'autres animaux, comme le mouton ou la vache, on peut transmettre des maladies (tremblade du mouton ou vache folle) qui risquent de donner, à terme, à ceux qui reçoivent le traitement, la maladie de Kreutzfeld Jacob. Le problème est qu'on ne le saura que dans de nombreuses années et que ces industriels criminels peuvent, en attendant, continuer leur coupable industrie qui fait peser des menaces fatales sur une foule de malades.

Ce cas est certes un peu limite, mais rien ne prouve que les médicaments que nous achetons ont été préparés selon les règles et qu'un pourcentage d'entre eux, si faible soit-il, n'a peut-être pas l'efficacité qu'on leur suppose, sans parler de risques éventuels liés à ces défauts de fabrication.

Le pire de tous et que si la fabrication en Chine des chemises et des T-shirts a sans doute contribué, au moins dans certains circuits « low cost », à faire baisser le prix de ces articles, il n'en est rien pour les médicaments et l'exportation de la fabrication des médicaments en Chine n'a en rien entraîné la baisse de leurs prix. J'espère que vous est bien installé pour entendre la suite. Selon l'avis unanime des experts présents dans l'émission, en France le prix de vente d'un médicament fabriqué en Chine dans les conditions décrites ci-dessus est, par rapport à son coût de fabrication, dans un rapport qui va de 10 ou 20 à 100 voire, pour certains d'entre eux, à 500. Autant dire que l'industrie pharmaceutique peut vivre sur le grand pied que nous constatons chaque jour. Je laisse de côté le problème du coût de la recherche pour la mise au point de ces médicaments. Selon un propos que Philip Even répète souvent, d’une part la France, depuis 10 ou 15 ans, ne fait plus de recherche sur la mise au point de médicaments nouveaux, se contentant de ceux qui existent déjà ou de médicaments de seconde zone qui ne nécessitent pas d'études approfondies. Quant aux tests et aux expériences, on va les faire en général, à moindres coûts et sans grands risques, en Europe centrale ou de l'Est ou en Afrique. Quant à la mise au point et à la recherche sur les médicaments nouveaux, elle est infiniment moins coûteuse que l’industrie pharmaceutique veut nous le faire croire ; on parle volontiers en centaines de millions de dollars alors qu'il ne s'agit, dans la plupart des cas, que de dizaines !

Le problème est que, dans le système social qui est le nôtre, les gigantesques profits de l'industrie pharmaceutique (je devrais plutôt dire le COMMERCE industriel pharmaceutique puisque cette prétendue industrie ne fabrique plus rien en réalité) qui, après tout, pourraient être regardés comme faisant marcher un commerce privé, sont en réalité des IMPOTS puisque une partie très importante des médicaments achetés est remboursée par la sécurité sociale, donc payée, en fait, par l’Etat et donc par nos contributions. Nous n’enrichissons donc par là que ce commerce pseudo-industriel pharmaceutique qui, en plus, est souvent suisse ou allemand !

Au sortir d'une telle émission, on est un peu partagé, pour ce qui me concerne du moins. Certes l’heure passée avec ces spécialistes est moralement un peu éprouvante mais, d'un autre côté, on a échappé, un moment, à la logorrhée insipide et répétitive sur les futures élections présidentielles car nous n’aurons sans doute pas la chance d'avoir, tous les mois, une affaire Strauss-Kahn pour mettre un peu de piment dans la sauce politique.

La route de l’aspirine est coupée puisque nous n’en fabriquons plus un seul cachet en Europe et que les Chinois peuvent donc nous condamner, du jour au lendemain, au mal de tête. En revanche, la route vers les comptes en banque des commerçants industriels pharmaceutiques est largement ouverte et des plus fréquentées !

samedi 23 avril 2011

OSS 117 : "Opération Libye"





Je ne suis généralement pas trop enclin à entrer d’emblée dans les délires anti-étasuniens et altermondialistes à la Michel Collon. Allez donc un jour visiter le site de ce journaliste-écrivain-polémiste-cinéaste belge, père du concept de médiamensonges, terme dont il use pour dénonce les formes diverses de propagande médiatique qui servent à justifier, au sein d’un Etat et/ou devant l’opinion mondiale, les interventions, en particulier militaires, aux yeux des opinions publiques.
Même si on peut le juger à certains égards proche d’un Michel Collon, Michel Chossudovsky me paraît un auteur plus sérieux à la fois par sa formation d’économiste et par sa carrière. Il a enseigné, en effet, dans plusieurs universités canadiennes et a fait carrière aussi comme conseiller économique ou consultant pour plusieurs gouvernements de pays en voie de développement et pour des organisations internationales comme le PNUD ou l’OMS. Désormais en retraite, il anime un « Centre de recherche sur la mondialisation », site internet consacré, en particulier, aux enjeux de « la guerre au terrorisme » et aux conflits du Moyen-Orient. Il est certes, à certains égards, voisin des partisans de la « théorie » du complot, mais dans des approches qui me semblent plus sérieusement fondées que celles qu’on trouve, dans des genres différents, chez un Michel Collon ou un Jean-Marie Bigard !
Je ne reprendrai pas ici, vu sa longueur et son intérêt, l’article original en anglais de Michel Chossudovsky : « Operation Libya" and the Battle for Oil: Redrawing the Map of Africa », paru le 9 mars 2011 et que vous pouvez trouver, traduit en français par Julie Lévesque, dans Mondialisation.ca

Je ne retiendrai ici que quelques formules qui éclairent la façon dont on a forgé le « médiamensonge » autour de l’intervention en Libye, mais que je commenterai à ma façon.

1. Premier mensonge sur l’importance et l’intérêt de la Libye dans l’économie pétrolière mondiale : Pour écarter les hypothèses fâcheuses sur les causes réelles de l’intervention, on n’a pas cessé depuis un mois de nous dire que, dans l’économie pétrolière, la Libye comptait pour du beurre. C’est faux !
« . La Libye est l’une des plus grandes économies pétrolières du monde : elle détient 3,5 % des réserves mondiales de pétrole [on n’a cessé de nous dire moins de 2%!] , soit plus du double de celles des États-Unis ».

« Avec ses 46,5 milliards de barils de réserves prouvées (10 fois plus que l’Égypte) la Libye constitue la plus grande économie pétrolière du continent africain, suivie par le Nigeria et l’Algérie (Oil and Gas Journal) [...]. Les évaluations les plus récentes estiment les réserves pétrolières de la Libye à 60 milliards de barils et ses réserves de gaz à 1500 milliards de mètres cube (m3). Sa production de pétrole se chiffre entre 1,3 et 1,7 millions de barils par jour, bien en-deçà de sa capacité de production ». [...] Le BP Statistical Energy Survey (alternatif, 2008) estimait pour sa part les réserves pétrolières prouvées de la Libye à 41,464 milliards de barils à la fin de 2007, ce qui représente 3,34 % des réserves mondiales prouvées »

En outre, autre point, plus important encore et même capital : le coût d‘exploitation du pétrole libyen est extrêmement faible et donc les profits extrêmement élevés :
« Alors que la valeur marchande du pétrole brut est actuellement bien au-delà des 100 dollars le baril, le coût du pétrole libyen est extrêmement bas, aussi bas que 1 dollar le baril (selon une estimation). Un expert du marché pétrolier l’a fait remarquer de manière plutôt cryptique : « À 110 dollars [le baril] sur le marché mondial, un simple calcul mathématique donne à la Libye une marge de profit de 109 $ [le baril]. » (EnergyandCapital.com, 12 mars 2008) ».

2. Les réactions des divers Etats dans cette affaire ont été diverses mais toutes interprétables et significatives :

« Une invasion de la Libye sous mandat humanitaire servirait les mêmes intérêts privés que l’invasion et l’occupation de l’Irak en 2003. L’objectif sous-jacent est de prendre possession des réserves de pétrole de la Libye, de déstabiliser la CPN et, en dernier lieu, de privatiser l’industrie pétrolière du pays, soit transférer le contrôle et la propriété de la richesse pétrolière libyenne dans des mains étrangères ».
La chose était claire et nul besoin d’insister. En revanche; il est éclairant de voir quels sont les intérêts pétroliers étrangers en Libye :

« Les compagnies pétrolières étrangères en activité en Libye avant l’insurrection comprenaient Total de France, ENI d’Italie, China National Petroleum Corp (CNPC), British Petroleum (BP), le consortium espagnol REPSOL, ExxonMobil, Chevron, Occidental Petroleum, Hess et Conoco Phillips. [...] Le fait que la Chine joue un rôle central dans l’industrie libyenne est significatif. La CNPC avait un effectif de quelque 400 employés. Les effectifs chinois totaux en Libye étaient de l’ordre de 30 000 [...]. La campagne militaire dirigée contre la Libye est destinée à exclure la Chine de l’Afrique du Nord. »

On comprend dès lors à la fois l’attitude de la Chine à l’ONU (abstention) et son opposition ferme dans la suite à toute forme d’intervention terrestre. Il en est de même pour l’Allemagne, puisque, en novembre 2010, la compagnie pétrolière allemande R.W. DIA E a signé un important accord avec la CPN libyenne.

3. Les Etats-Unis et la France.
L’attitude d’Obama a été des plus ambiguës depuis le début de l’affaire. Pour Chossudovsky, les choses sont sans mystère ; ici comme dans toute l’Afrique les Etats-Unis veulent tout contrôler (on l’a vu en Côte d’Ivoire) et donc évincer la France de son ancien pré-carré.

« Cette opération militaire vise à établir l’hégémonie étasunienne en Afrique du Nord, une région dominée historiquement par la France et, dans une moindre mesure, par l’Italie et l’Espagne.

En ce qui concerne la Tunisie, le Maroc et l’Algérie, le plan de Washington consiste à affaiblir les liens politiques de ces pays avec la France et à faire pression pour l’installation de nouveaux régimes politiques ayant des rapports étroits avec les États-Unis. Affaiblir la France fait partie des ambitions impériales étasuniennes. Il s’agit d’un processus historique remontant aux guerres d’Indochine.

L’intervention des États-Unis et de l’OTAN, qui mènera tôt ou tard à la formation d’un régime fantoche étasunien, a également pour but d’exclure la Chine de la région et d’évincer la CNPC. Les géants du pétrole anglo-américains ayant signé un contrat d’exploration en 2007 avec le gouvernement Kadhafi, dont BP, font partie des potentiels « bénéficiaires » de la proposition d’opération militaire des États-Unis et de l’OTAN
».

Tout cela me semble assez bien vu et, comme je l’ai dit depuis le début, nous serons, pour finir, comme en Côte d’Ivoire, les dindons de la farce et Obama nous mène en bateau.

4. La « transition » libyenne...

Les considérations qui précèdent montrent assez clairement les vraies motivations et les finalités réelles de la prétendue transition « démocratique » de la Libye ; elle est, sans le moindre doute, le cadet des soucis des Etats engagés, à des titres divers, dans cette affaire. On s’en doutait un peu, à dire le vrai!

Il y a là un point que Michel Chossudovsky n’évoque pas et qui me semble se dessiner, actuellement, tout en étant, depuis le début, en filigranne. La Libye, en effet, comme la plupart des Etats africains, est une création artificielle de la colonisation européenne ; il serait donc sans dout envisageable et peut-être, à certains égards, raisonnable de séparer la Tripolitaine (à l’Ouest) et la Cyrénaïque (à l’Est). Un facteur est, à cet égard, essentiel. Il suffit de regarder la carte des gisements et des installations pétrolières ci-dessus pour faire une remarque que notre auteur ne manque pas de mentionner : « Près de 80 % des réserves pétrolières de la Libye se trouvent dans le bassin du golfe de Syrte à l’Est de la Libye » donc ....en Cyrénaïque! La transition pourrait donc bien finir en partition!