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lundi 3 mars 2014

Après le Mali, la RCA en attendant le Tchad…


Pour votre information sur les situations africaines, ne comptez pas trop sur les médias français qui ne semblent même pas capables de nous donner des données fiables sur les Etats. Pour ma part, sans être son agent,  je recommande depuis longtemps la consultation de "The World Factbook" qui émane de la CIA, sans que sa présence soit en rien dissimulée. Ainsi pour le Tchad, suffit-il pour accéder aux données nationales complètes de taper dans Google « Chad CIA »!). J'ai eu le plaisir d'entendre contester les données françaises et vanter celles de la CIA, comme je le fais moi-même, par Messieurs Glaser et Pons, dont la connaissance des terrains africains, est infiniment supérieure à celle de bon nombre de nos décideurs comme de nos diplomates, ces derniers étant même sanctionnés quand ils ont, rarement, le courage d’énoncer quelques vérités.

Je donne donc ici, à titre d'introduction à ce billet, quelques extraits du document de la CIA concernant les populations, les langues et les religions du Tchad sur lesquelles on entend bien des sottises, ainsi que les chiffres de la CIA sur les réserves et la production de pétrole, informations qui constituent assurément, même si l'on n’en parle guère, un élément important du problème. En effet, depuis l'affaire du Mali où les troupes tchadiennes ont joué un rôle essentiel et subi de lourdes pertes dont on n'a guère parlé, le Tchad et son président Idriss Deby sont devenus un élément fort de la politique française dans cette région, sans que le pouvoir soit accepté et soutenu par l'ensemble de la population :

 « Population : Sara 27.7%, Arab 12.3%, Mayo-Kebbi 11.5%, Kanem, Bornou 9%, Ouaddai 8.7%, Hadjarai 6.7%, Tandjile 6.5%, Gorane 6.3%,
Fitri-Batha 4.7%, other 6.4%, unknown 0.3% (1993 census)
 Languages : French (official), Arabic (official), Sara (in south), more than 120different languages and dialects
 Religions : Muslim 53.1%, Catholic 20.1%, Protestant 14.2%, animist 7.3%, other 0.5%, unknown 1.7%, atheist 3.1% (1993 census)
 Population : 11,193,452 (July 2013).
 Pétrole : réserves 1.500 milliards de barils ; production par jour 125.000 barils » The World Factbook.

Comme le montrent les chiffres de la CIA et, comme l'a rappelé l'un des deux experts que j'ai mentionnés lors de l’émission de Calvi, le Tchad n'est nullement un Etat totalement musulman voire islamique, comme on le donne souvent à croire , non sans quelque intention. On en persuade d’autant plus facilement que l'arabe est avec le français une des deux langues officielles du Tchad (sans que, pour autant, ces langues y soient réellement parlées !) et que la population tchadienne est pour moitié environ musulmane ; il n'empêche que les chrétiens constitue tout de même environ le tiers de la population totale de cet Etat.

Faire croire que tous les soldats des forces tchadiennes envoyées en RCA sont musulmans est évidemment quelque peu excessif. Comme le rappelle l'auteur tchadien d'un texte que je cite plus loin, Houle Djonga Djonkamla, « le premier militaire tchadien tombé dans le cadre de la mission de soutien en RCA, l'adjudant-chef Adoum Boksou, était de confession chrétienne catholique et il a été inhumé selon les rites catholiques. C'est la preuve qu'on doit éviter la confusion qui veut que les Tchadiens musulmans soutiennent les musulmans en RCA. ».

Il en est sans doute autrement des irréguliers et des mercenaires en rupture d’engagement de toutes sortes qui se sont réfugiés en RCA à la suite des événements de Libye, puis de la reprise en main du Mali. De toute façon ces gens-là, reîtres de sac et de corde, qui sont les plus actifs et les plus redoutables dans les massacres et les pillages, ne sont nullement en République Centrafricaine au titre du contingent officiel africain et qu’ils sont tout prêts à trouver d’autres lieux de nuisance.

Il est toutefois clair que, même hors de la communauté chrétienne de RCA, les Centrafricains ne veulent plus des Tchadiens, civils comme militaires. On peut ainsi lire dans Tchadactuel du 20 février 2014 : « le Tchad a annoncé avoir mis fin à son opération de rapatriement sous protection militaire de ses ressortissants établis en Centrafrique. Un dernier convoi à destination du Tchad a quitté Bangui mercredi matin sous escorte de soldats tchadiens et de militaires de la force africaine (MISCA) donnant lieu, comme à chaque départ, à des manifestations d'hostilité de foules en colère contre les civils militaires tchadiens. »

Il est évident que, dans les affrontements interethniques, on a du mal à faire une distinction claire entre les Tchadiens, très nombreux en Centrafrique ; ils sont parfois pour certains, des combattants et des soldats tchadiens de la MISCA et ont été accusés de complicité avec les combattants de la Seleka, majoritairement musulmans,  en dépit du fait que le Tchad lui-même  a toujours nié de telles connivences. Les confusions ont été d'autant plus faciles et grandes que, comme je l'ai précisé ci-dessus, un très grand nombre d'irréguliers tchadiens ou non, musulmans ou non, ont profité de la situation centrafricaine pour se livrer à des exactions et des pillages.

La version officielle des faits est à examiner de plus près et les responsabilités du Tchad comme de la France sont à prendre en compte. Les militaires français étaient déjà présents en 2003 quand le président Ange Patassé a été renversé, comme ils l’étaient toujours en 2013, quand le président Bozizé a été renversé à son tour par la Séléka. Même si la France, à ce moment-là, s'est refusée à intervenir, comment imaginer qu'elle n'ait pas choisi volontairement de laisser faire les choses ! 

Quant au rôle du Tchad au Mali comme en RCA, on peut le discuter, mais il est certain que, parmi les troupes africaines, les Tchadiens étaient de loin les mieux entraînés et les plus aptes à intervenir. Il est donc probable que le départ des Tchadiens de Bangui amènera la création de nouvelles milices et fera naître de nouveaux conflits, puisque les militaires français ne seront , au mieux, que 2000 cantonnés pour l'essentiel à Bangui, dont la moitié, non combattante, est planquée et dont le reste a des fonctions qui sont plutôt de celles de la gendarmerie que d'une armée de terrain efficace. Comme au Mali, les Tchadiens ont fait l'essentiel du travail, ce que montrent les pertes mêmes qu'ils ont subies.

J'en terminerai avec ce point en citant les propos de Houle Djonga Djonkamla quetj'ai déjà évoqué et qu’on peut lire dans le Blog Makaila du 6 janvier 2014 : « Le Conseil Patriotique des Forces pour le Changement (CPFC) a toujours pensé que la solution au conflit qui nous oppose au gouvernement du Tchad est politique. Il doit être résolu  à travers un dialogue politique inclusif comme nous l’avons toujours souhaité. La lutte armée est envisagée lorsqu’il n’y a aucune porte ouverte pour le dialogue. Nous sommes conscients que non seulement la situation en RCA est dangereuse pour la stabilité au Tchad, mais nous avons le Nigeria, la Lybie, le Sud Soudan et le Darfour  Soudanais qui sont des foyers en ébullition. Mais dans tous ces pays la solution passera par le dialogue. C’est pourquoi nous pensons que le gouvernement doit saisir cette accalmie pour lancer un véritable dialogue entre les différentes parties tchadiennes afin de consolider la stabilité précaire dans notre pays. ».

Curieusement, dans ce jeu de billard diplomatique multibandes qu'on observe dans cette zone de l'Afrique, on peut constater que, souvent, l'intervention dans un pays suppose chez les intervenants l'idée d'agir en même temps, voire surtout, sur le pays voisin. Une partie de l'intérêt de la France pour le Mali, tient, d’abord, à sa proximité avec le Niger, où se trouve la principale source de l’alimentation en uranium que la France garantit à tous les clients de son industrie nucléaire (français ou étrangers).

L'intérêt pour la RCA, Etat longtemps négligé au plan politique (sauf pour ses diamants !), tient désormais, à sa proximité avec ses voisins du Tchad et du Soudan qui sont devenus des enjeux pétroliers considérables, dont bien entendu la Chine ; en premier lieu, ne se désintéresse pas (Au Tchad, Les Chinois produiront 50.000 barils/jour pour l’exportation à la fin de 2014. Ils en produiront aussi 18.000 pour la raffinerie).

Tout cela suscite non seulement des convoitises extérieures, mais agit de façon très forte sur la politique intérieure des pays, en particulier dans le cas du Tchad. Le lobby pétrolier tchadien  réunit, en effet, sous la houlette et au bénéfice de la « Première Dame » du Tchad, Madame Hinda Deby. Ce lobby, mis en place depuis 2007, a promu Mahamat Kasser à la tête du secteur pétrolier. Le but recherché est simplement une main mise totale sur les recettes du secteur, piloté par le cabinet « Cameroun Audit Conseil » (CAC) . Tout se passe donc à l’étranger et aucun ministère tchadien n’est convié aux réunions et associé aux décisions. Le ministère des finances, l’organe compétent de l’Etat tchadien y est toujours absent. Le CAC encaisse les commissions et une partie du bonus qu’il les repartit entre les différents membres du lobby,  y compris , d'abord, la Première Dame » tchadienne ! 

Mieux encore, la part des profits revenant au Tchad est, elle-même, commercialisée par un bureau … à Dubaï dirigé par le frère du TPG Zen Bourma, toujours sous la supervision de la Première Dame.
La manne pétrolière ne se déverse donc pas dans le Trésor public tchadien comme on pourrait le penser, mais plutôt dans les poches de certaines et de certains "oligarques". Les cheminements décisionnels et financiers, gérés "off shore", sont des plus malaisés à saisir et s’opèrent pour l’essentiel hors du Tchad.

 Et la RCA dans tout cela ?

Les quelques centaines de milliers de francs de diamants de la RCA, qui s'évaporent désormais Dieu sait où, au lieu de constituer des cadeaux comme sous Bokassa, ne pèsent pas grand-chose au regard des ressources pétrolières en jeu au Tchad. En revanche, les affrontements religieux, nouveaux et inouïs, risquent d'avoir dans le pays des conséquences dramatiques, en particulier dans le domaine alimentaire, puisque la production agricole locale actuelle fait que la République centrafricaine, difficile à approvionner, est très loin désormais de la situation d'autosuffisance qu'elle a pu connaître dans le passé. Donc, après la guère civile et les massacres, la famine !

jeudi 26 décembre 2013

Les "experts" ?!?


Je ne sais pas si vous êtes comme moi, mais les experts, tous parisiens et toujours les mêmes, commencent à me fatiguer !

Ainsi, alors que j'étais relativement familier de l’émission d’Yves Calvi « C’est plus clair » (en principe sur le Cinq à 17h45, mais toujours retardée par des publicités, intempestives et illégales mais une mine d’or que le CSA se garde bien de chronométrer à des fins de vérification) , l’ai-je à peu près abandonnée désormais car on y voit toujours les mêmes têtes d’ « experts », à commencer celle de l'ineffable Christophe Barbier, qui vient nous faire la pub de son Express avec son écharpe rouge et qui, semble-t-il, vu son insuccès journalistique et ses présumés talents de bateleur, envisage une carrière dans le showbiz ; je lui recommande vivement ce choix, ne serait-ce que pour nous débarrasser de son piteux spectacle et de ses filandreuses analyses.

Il en est de même pour tous les autres, en particulier dans le genre « expert économiste », où nous sont invariablement proposés le bellâtre à la mouche cardinalice (de l'OCDE ou de quelque organisme de semblable farine) et, son compère antagonique, le marchand florentin d'espoirs et d’escroqueries boursières, qui vient faire la pub de son officine, sans oser pourtant ne pas avancer masqué.

 Je pense qu'une des raisons de ces choix permanents est que ces gens-là sont à la fois parisiens et largement oisifs (même s’ils sont censés avoir un emploi) mais justifient sans doute leur salaire par cette présence médiatique ; leur « expertise » ne relève en fait que la paresse intellectuelle et physique des producteurs de telles émissions.

 Il en est de même pour l'Afrique ; entre le Mali et désormais la RCA, en pimentant de temps en temps son quatuor d'invités caucasiens par quelques blacks plus ou moins journalistes, Calvi nous inflige de prétendus spécialistes à la fois de l'Afrique et de la géopolitique dont le sinistre et inévitable Boniface (pape de la géopolitique et du football), dont on peut pas dire que la carrière universitaire à laquelle il a aspiré ait été  aussi brillante qu'il pouvait le souhaiter. Fort heureusement pour ce domaine, il y a de temps en temps l'ancien directeur de la Lettre du continent, Antoine Glaser, qui lui est, pour le coup, lui un connaisseur et un vrai spécialiste de l'Afrique. Fine mouche et courtois, il se borne malheureusement souvent à des propos limités (les autres ont toujours la gueule ouverte sans avoir rien à dire), tout en souriant discrètement et poliment aux sottises qu'il peut entendre, sans jamais les relever comme telles.

Il est toutefois un « expert », qui m'insupporte tout particulièrement et qui se donne pour le spécialiste de la géopolitique, de la stratégie et de l'armée, le colonel de réserve Pierre Servent ;  il doit être, en fait, lieutenant-colonel mais a bénéficié de cette promotion en partant à la retraite, comme on promeut les vice-amiraux pour qu'il puisse bénéficier durant une retraite, longue et oisive, du quart-de-place à la SNCF.

Je ne m'attarderai pas sur le cas de Pierre Servent qui est fort occupé, en ces temps de conflits divers, à passer des plateaux de télévision aux studios des diverses radios bignoles où il officie car j'ai découvert que le 4 avril 2011 il avait été habillé pour l'hiver par Nicolas Gaudreau dans un article intitulé « Média et Libye - Des experts militarisés déguisés en civil : le cas de Pierre Servent », texte très informé que vous retrouverez sans problème, comme moi-même, grâce à Google. L'auteur de cet article confirme ce que j'avais moi-même constaté depuis longtemps et montre que les liens, nombreux et multiples, avec les institutions militaires et le ministère de la défense expliquent la faveur dont jouit ce VRP multicartes de notre armée, ce que souligne avec humour l'auteur de cet article en le baptisant : « Pierre Servent spécialiste de l'expertise ou expert en spécialité ? ».

Bien entendu ses liens avec le ministère de la défense sont soigneusement dissimulés, de façon à lui donner toute l'apparence d’un journaliste (don je vois mal comment il pourrait avoir la carte) et d’un expert objectif, vêtu de probité candide et de lin blanc. Tu parles. C’est en tout la voix de son maître !
Je me limite donc ici à quelques remarques personnelles qui tiennent d’abord à ce que un lieutenant-colonel, fut-il promu colonel dans la réserve, ne peut guère passer pour un expert en « stratégie militaire », car on peut espérer que ce n’est à ce niveau de responsabilité et de commandement que se définit la « stratégie » de la France, encore que nos insuccès militaires successifs puissent donner à penser que les choses se passent ainsi.

Pierre Servent est-il expert en stratégie militaire, j’en doute fort ? Il est en revanche expert en « ménages » de toutes sortes et en stratégie commerciale à en juger par la multiplicité et la diversité de ses interventions comme des lieux où elles s'opèrent ; tout cela donne à penser qu'il est en fait plutôt chargé de communication au ministère de la défense où il  a pour fonction essentielle de faire passer, subliminalement, les messages officiels sous couvert d’information.

Les opérations militaires sont, d’abord et surtout, de bonnes affaires pour les militaires eux-mêmes, tant sur le plan de la rémunération (les soldes doublent ou triplent) que sur celui des états de service et de la retraite (il en est de même pour les années dans leurs calcul). Tous se les disputent d’ailleurs !
Dès le début de l'opération malienne, j'avais pensé et écrit dans mes blogs que François Hollande avait été totalement manipulé par les militaires de façon à lui donner à penser qu'il avait redorer son blason en Afrique. C'est ainsi que les choses se sont passées au début et, comme Joseph Prudhomme, il a déclaré que son séjour triomphal à Bamako était le plus beau jour de sa vie, comme le sabre du précédent. Les choses se sont un peu moins bien passées à Bangui et de toute façon nous ne sommes pas encore sortis, loin de là, de l'auberge sahélienne.

Il est certain que l’Etat-Major a mis le pain noir des accusations anticolonialistes et les problèmes de la suite de la suite sous les croissants et les pains au chocolat de l'accueil triomphal du départ. Mais Monsieur Pierre Servent et les militaires s'en foutent pas mal car les présidents de la République passent, tandis que la Grande Muette et ses intérêts demeurent et prospère, même sous la Gauche ; les « experts » pourront donc tranquillement continuer à faire « des ménages » et à en vivre largement !

mercredi 11 décembre 2013

Les hommes qui rient dans les cimetières


On se souvient qu’un perfide paparazzo (ça existait déjà) ayant réussi à photographier Clemenceau en train de rire devant une tombe, ce dernier s’était vu dans la suite défini par ses ennemis comme « l’homme qui rit dans les cimetières » ! Voilà qui risque d’arriver, si normal qu’il soit, à notre président !

Comme notre diplomatie, avec ou sans grandes oreilles, avait appris qu’Obama serait accompagné de tous ses prédécesseurs encore en état de marche, la question s’est dramatiquement posée pour nous. Chirac, fatigué à tous points de vue, risquait en outre de provoquer un incident fâcheux avec une accorte pleureuse-chanteuse ; Giscard tient encore la route mais un arrêt à Bangui sur le chemin du retour, réveillerai sûrement  de mauvais souvenirs et il n’y a plus guère de diamants sur le marché local. Restait Sarko qu’on se résigna à inviter et qui hélas accepta, mais refusa de voyager dans France ONE. Gros soupir de soulagement de François qui devait autant redouter la dizaine d’heures aux côtés de Sarko que la scène prévisible avec Valérie qui était du voyage !

Comme un malheur ne vient jamais seul ; le ciel, sans doute en prévision d’un arc-en-ciel ultérieur versa lui d’abondants larmes ; on ne parvint donc pas à remplir le stade de Soweto.

Ce stade avait été choisi, assez malencontreusement, à cause des fameuses émeutes de Soweto dont on a depuis longtemps oublié la cause, si on l’a toutefois jamais sue dans la presse française. Leur origine n'était en rien dans le nationalisme linguistique et en aucune façon, comme on le croit parfois, dans une exigence d'enseignement en langues africaines à l'école, Les manifestants refusaient l’afrikaan et réclamaient l'enseignement en anglais, car ils auraient été bien empêchés de s'accorder sur une seul des multiples langues africaines du pays et en particulier sur le choix entre les principales,  bien entendu ennemies, le zoulou et le xhosa. Bref tout cela est oublié et il n'en reste qu'un grand stade qu'on espèrait bien remplir pour la cérémonie en honneur de Nelson Mandela, ce but n’ayant été que partiellement atteint en raison de la pluie persistante.

François Hollande s'est donc senti obligé d'inviter Nicolas Sarkozy à l'accompagner en Afrique du Sud. Erreur fatale, même s'il avait cru par là compenser sa grossièreté de mai 2012, quand il n'avait pas jugé bon d’accompagner son prédécesseur au-delà du haut du perron de l'Élysée lors de la première rencontre à la présidence de la République.

Sarkozy accepta, hélas, mais, fort heureusement, entendit voyager dans un avion différent. Sans doute heureux de s'épargner la compagnie de son prédécesseur, François le fut surtout de bénéficier de la présence de Valérie qui aurait sans doute très mal pris de se voir éloignée au profit de Sarko !  En revanche, à Soweto, notre président dut, pendant trois heures d'horloge, voisiner avec Nicolas Sarkozy, fort heureusement à sa gauche !  Comme il est difficile de faire la gueule à son voisin pendant trois heures, il dut inévitablement, à un moment ou à un autre, lui faire quelques bribes de conversation voire même plaisanter avec lui.

On se doute que ces échanges n'échappèrent pas aux photographes français ; si Clémenceau riait dans les cimetières, on ne manquera pas de dire que François Hollande blaguait avec son ennemi à l'enterrement de Nelson Mandela, ce qui n'est pas bien mieux.

Comble de malheur pour ce qu’on croyait devoir être le comble de l’adresse, la présidence de la République avait jugé adroit  de faire une petite halte à Bangui sur le chemin du retour, pour saluer les troupes françaises qui venaient d'y débarquer en triomphatrice et partager ce moment de gloire. On espérait un triomph populaire comme naguère à Bamako. On croyait que c’était Grouchy et hélas ce fut Blucher !

Là aussi les choses s'arrangèrent au plus mal. Dans la nuit précédant la fiesta de Soweto, deux soldats français furent tués par un groupe de la Selaka ; ce pauvre François Hollande, qui sortait à peine des rites funéraires de l'ancien président de l'Afrique du Sud, dut ressortir son mouchoir et ranger son discours optimiste pour pleurer les deux soldats du 8e RIMA tués dans la nuit.

Autant dire que ce n'était pas joyeux, d'autant que cette expédition centrafricaine qu'on avait présentée comme la répétition de l'accueil triomphalde Bamako était en train de tourner au vinaigre, comme auraient pu le prévoir des esprits plus avertis ou mieux informés. La chose était pourtant d'autant plus prévisible qu'il est clair que les deux milliers de soldats de la « force africaine » qui sont sur place depuis un certain temps n'ont servi sans doute à rien, sinon à faire marcher quelque peu les bars et les bordels de la ville, à condition toutefois que les soldats de l'ONU aient touché effectivement une solde, ce qui est bien loin d’être sûr.

Bref nous ne sommes pas plus sortis de l'auberge centrafricaine que nous n'avons quitté la malienne.

lundi 4 novembre 2013

Qui est responsable de la mort des deux journalistes de RFI.


 Après avoir écouté, hier et aujourd'hui, beaucoup des informations concernant l'assassinat des deux "journalistes" ; j'use ici de guillemets car l'un des deux était, si j'ai bien compris, un preneur de son (les journalistes français de radio sont toujours accompagnés de preneurs de son, bien que les pesants Nagra d'antan aient disparu, et que bien des journalistes étrangers fassent eux-mêmes la prise de son) je n'ai entendu nulle part, au milieu des déplorations et des vociférations sur la liberté de la presse, si admirablement respectée dans notre pays, la moindre allusion à l'hypothèse la plus vraisemblable sur les responsabilités réelles et le déroulement de toute cette affaire.

Mais commençons par le commencement ; dans les médias, depuis les faits, chacun y est allé de son couplet spécifique, en s'abstenant soigneusement d'évoquer le fond de l'affaire et la réalité des choses.

Les ministres et les politiques ont eu des tremblements dans la voix avec la France éternelle mère des droits de l'homme, des lois et de la démocratie, fût-elle coloniale.

Notre justice, habituellement si lente, s'emploie déjà à dépêcher sur place des enquêteurs épris d'exotisme pour identifier les coupables ;si je puis me permettre un avis, je leur suggérerais volontiers de conduire leurs enquêtes depuis Bamako plutôt que de Kidal sinon aux journalistes risquent de s'ajouter quelques enquêteurs qui causeront sans doute moins d'émoi dans nos médias.

RFI et le service international de communication française y sont allés de leurs couplets auto-glorificateurs ; quelques-unes de leurs dignitaires ont sauté dans les avions pour gagner au plus vite, les Hiltons ou Sheratons de Bamako, tout en faisant des déclarations publicitaires insolites sur la qualité de l'information fournie par RFI (ce qui est vrai mais assez normal, et d'autant plus facile que le reste de la presse française ne nous livre que des nouvelles ad usum delphini) comme sur le fait que RFI est très écoutée au Mali (ce qui n'a apparemment pas arrêté la kalachnikov des assassins.).

En revanche, rien, pas un seul mot, sur le panorama général qui explique très facilement les raisons de cet enlèvement, même si la précipitation dont il a fait connu une issue fatale, demeure inexpliquée, quoiqu'elle soit sans doute explicable (panne de voiture ? Intervention d'un groupe concurrent ? etc.). Ce dernier point importe peu d'ailleurs.

Comme toujours et contre toute vraisemblance, dans cette affaire de libération des quatre otages via le Niger, le gouvernement français a continué à nier avoir "payé", alors que tout le monde sait ce qu'il en est et que Le Monde a même donné la somme payée qui, semble-t-il, tournait autour de 22 millions d'euros.

Ce jésuitisme gouvernemental ne trompe personne ; il a a conduit à nier comme des beaux diables, ce que toute l'Afrique sait parfaitement, c'est-à-dire que la France a payé, sans doute pas directement, ce qui permet un énorme demi-mensonge (ce qui en fait un très gros !). En effet, elle n'a sans doute pas fait elle même le chèque ou donné les valises, passant par AREVA et/ou se contentant de donner, par quelque filière que ce soit, l'argent à celui qui devait le remettre au gouvernement nigérien, qui probablement été chargé de le remettre à son tour (sans doute avec une petite commission) aux ravisseurs des quatre otages.

Ce sont ces dénégations, ces mensonges et ses mystères qui sont, en réalité, à l'origine de la mort des personnes enlevées.

La seule solution intelligente et même raisonnable, car tout le monde sait ce qui s'est passé, aurait été de donner le détail précis des versements et d'y ajouter, avec la plus grande précision, les noms et la part des destinataires si le pactole devait être partagé entre plusieurs groupes, ce qui est infiniment probable.

Les responsabilités et les profits de chacun auraient été fixées avec précision, alors que tout indique, quoique personne n'en parle que les auteurs de ces deux assassinats, sont probablement des gens qui n'ont pas reçu sur la rançon la part, qu'ils jugeaient devoir leur revenir (ou les commissions auxquelles ils pensaient avoir droit, dans un remake nigérien de l'affaire de Karachi). Une autre possibilité est tout simplement que l'énoncé des chiffres des sommes versées a donné des idées à des bandits, djihadistes ou non, fort nombreux dans la zone et qui ont profité de l'affaire pour enlever à nouveau des Français. Dans la solution que je suggère ces bandits auraient pu détrousser les bénéficiaires réels de 20 ou 22 millions ce qui aurait été plus simple et plus rapide.

Puisque la France est le seul Etat qui paye, on désigne clairement aux candidats ravisseurs comme cibles premières nos compatriotes. C'est donc de toute évidence le comportement du gouvernement français qui est la cause première de l'assassinat de ces deux malheureux, parce que, au lieu de dire combien de millions avaient été versés et surtout A QUI, on a nié avoir payé alors que tout indique qu'on l'a fait ou fait faire ; on a donc encouragé par là l'enlèvement de nouveaux Français, ces deux journalistes étant évidemment les seules proies possibles, le tourisme à Kidal étant actuellement à son étiage.

lundi 23 septembre 2013

Honni soit qui Mali pense (N° x + 1)


Je résiste, depuis des jours et des jours devant le discours euphorique sur me Mali  tenu par les autorités et la presse françaises sur Mali, couronné "in fine" comme on dit désormais à tout propos, par le triomphe proconsulaire de F. Hollande, à l'envie tenace de reprendre la série des billets que j'avais consacrés au Mali sous le titre « Honni soit qui Mali pense ». Faute d'avoir le courage de la rechercher les références, j'ai usé ici d'un commode et paresseux N° x + 1 !

Je ne voulais surtout pas le faire pour me flatter d'avoir prévu le cours ultérieur des événements maliens, tant il était évident, quand on connaît, tant soit peu et même de loin, l'histoire des peuples que la colonisation a bizarrement réunis dans cet Etat, comme celle des relations qui ont été les leurs au cours de l'histoire antérieure et aussi celle de la politique qui y a été menée depuis l'indépendance.

François Hollande, dans sa dernière et encore largement triomphale, visite dans ce pays a été bien inspiré de se rendre à Bamako plutôt qu'à Kidal ; s'il a été accueilli dans la capitale du Mali par une foule enthousiaste, à laquelle on avait pris soin de distribuer des drapeaux tricolores et des T-shirts à l'effigie présidentielle de rigueur et s'il a pu enfin, après des jours d'épreuves et de déconvenues syriennes, faire un discours triomphaliste, il en était tout autrement, au même moment, à Kidal où sa visite dans la capitale n'a pas été du tout saluée dans les mêmes termes et avec le même enthousiasme.

On pouvait aisément le prévoir, vu que le climat politique malien n'a cessé de se détériorer depuis l'élection d'IBK, conduisant même à des affrontements violents dont on a donné diverses explications, mais dont l'important est surtout qu'ils aient pu avoir lieu. Quand on voit en outre le patronyme même de celui qui a été chargé de la réconciliation entre le Nord et Sud, de façon spécifique et ciblée, on constate qu'il n'est en rien tamashek, ce qui aurait été sage (il s'appelle Maïga !) et je n'ai pas vu, autour d'IBK, beaucoup de personnalités porteurs de la coiffure traditionnelle du Nord dont étaient, en revanche, pourvus, pour le grand plaisir des photographes, les représentants du Nord lors de la conférence de Ouagadougou. Le pittoresque de la tenue des hommes bleus fait toujours recette dans la presse comme au cinéma.

Il est intéressant de voir que dans les projets immédiats, Ibrahim Boubacar Keita, on distingue deux volets majeurs fort différents : l'un consiste dans la formation de 500 imams en coopération avec le Maroc ; l'autre le sempiternel et mythique développement du Nord qui, depuis un demi-siècle a des allures de déjà vu. "L'urgence absolue dans le Nord, c'est le désenclavement." tonitrue IBK ! Un de ses proches précise  "Signer un accord de paix sans permettre au Nord d'être relié au Sud ne servirait à rien. Pour deux raisons : le développement économique ne sera pas possible sans ces routes, et c'est le seul moyen de mettre fin aux trafics entre Kidal, Gao et l'Algérie".

Ce dernier argument est quelque peu fallacieux pour deux raisons au moins ; d'une part cette route pourrait aussi bien, au contraire, les favoriser ; d'autre part, une partie de ce trafic (pour la drogue surtout) se fait par voie aérienne comme l'a naguère montré l'affaire du boeing dans le désert ! Le désenclavement du Nord est toutefois une nécessité reconnue par l'Union européenne (UE) et surtout financée en partie par elle ; l'UE veut relancer la construction d'un autre tronçon stratégique Niono-Tombouctou (500 kilomètres !). Les 160 millions d'euros octroyés par l'UE ont permis le démarrage du projet en janvier 2012, mais la guerre l'a interrompu aussitôt.

Attendons de voir si ces projets routiers ne seront pas, comme souvent un peu partout en Afrique confiés aux "moins disants" chinois, ce qui obligera à  refaire ces routes dans cinq ou dix ans au plus, durée de vie maximale des routes construites en Afrique par les Chinois, alors que les routes "normales" peuvent durer, en moyenne, une cinquantaine d'années.

On nous ressort, une fois de plus, la vieille tarte à la crème du développement du Nord-Mali : "Demain, on développera gratis!". On l'a entendu cent fois depuis une bonne trentaine d'années avec les résultats qu'on peut y constater. Je ne rappellerai ici qu'un des plus beaux éléphants blancs de cette politique qui a consisté dans un effort, certes louable, de créer, au Nord, des centres de protection maternelle et infantile et des dispensaires, mais en y envoyant des infirmiers du Sud qui ne parlaient naturellement que le bambara (pardon le bamanankan!), alors que les femmes qui venaient y conduire leurs enfants et s'y faire soigner ne parlaient évidemment que le tamashek et repartaient aussitôt car, en outre, leur culture les empêchait de se faire soigner par des hommes! Dois-je préciser que tous ces constats ont été faits après coup naturellement !

Il est évident que l'opposition entre le Nord et Sud c'est-à-dire entre les "peaux rouges" du Nord et "noires" du Sud ne sera pas levé par quelques déclarations ou aménagements ethno-politiques ; elle demeurera, dans la mesure où elle dure depuis des millénaires et où la haine entre ces deux peuples est quasiment inscrite dans les gênes ; les populations du Nord, qui venaient autrefois razzier leurs esclaves dans le Sud, se sentent désormais spoliés, en tout, par les populations noires méridionales.

Loin de moi l'idée de dire, en aucune façon, que les choses sont simples et faciles à régler ; bien au contraire, je juge la situation ingérable sauf à évoluer vers une forme de fédéralisme dont ne veulent, pour des raisons différente ni Bamako ni Paris. Il n'empêche que, même si la France ne pouvait guère échapper à une intervention sollicitée, elle aurait dû la rendre aussi brève et aussi limitée que possible, alors qu'on n'a cessé d'intervenir et qu'on a commence déjà à dire qu'on ne laissera pas seulement au Mali le millier de soldats qu'on avait annoncé, tandis que, tant du côté de la Libye que du Niger, les djihadistes se réservent toutes les possibilités d'intervenir dès qu'une partie de nos troupes aura tourné les talons, les forces de l'ONU étant là plus pour la décoration (quand ce n'est pas pour le pillage) que pour un véritable maintien de l'ordre.

Comme je l'ai dit et répété sans grand mérite, la France est très loin d'être sortie de l'auberge sahélienne en dépit des rodomontades de nos ministres qui feraient bien de se montrer plus discrets dans l'avenir, quelles que soient leurs intentions.

vendredi 2 août 2013

L'élection malienne. Quelle élection malienne ?

Comme j'ai déjà eu l'occasion de le dire (mais en ce temps de rénovation pédagogique, la répétition demeure néanmoins "l'âme de l'enseignement"), la presse française est tellement "aux ordres" qu'il n'y a même pas besoin de lui en donner. Elle prévient les désirs du gouvernement ; comme dans Andromaque, Pyrrhus, dont les refus prévenaient les larmes de sa bien-aimée, les journalistes français pourraient dire à Fabius et Hollande : "Que leur refus de parler du Mali ont prévenu leurs ordres".


L'élection présidentielle malienne était censée tourner à la gloire de l'influence française. La France, sottement soucieuse d'instaurer une pseudo démocratie dans la bergerie malienne pour mieux y introduire le loup américain, avait; contre le bon sens et le désir de beaucoup de Maliens, maintenu l'élection présidentielle au 28 juillet 2013. Ce vote, présenté au départ comme un extraordinaire succès, avait été alors l'objet de nombreux articles et commentaires célébrant naturellement tous la rare clairvoyance du gouvernement français dans ce choix, que d'aucuns s'étaient obstinés à juger hasardeux, voire malencontreux.

Depuis dimanche soir, en revanche, le silence est de rigueur dans la toute presse française.

Les résultats de l'élection devaient être donnés mardi 30 juillet 2013 à 17 heures, ce qui est déjà bien long, en dépit de l'étendue du territoire, car la situation a radicalement changé en Afrique depuis la généralisation des téléphones portables et de l'internet.
On a commencé par annoncer le mardi que les résultats n'arriveraient que mercredi 31 puis, dans la suite, qu'ils ne seraient donnés que vendredi 2 août 2013 c'est-à-dire aujourd'hui même, où je n'ai encore rien vu venir, les seuls articles français datant de trois jours. Le communiqué du gouvernement malien donne la date nouvelle sans la moindre explication !

On ne pourra guère aller au-delà de cette date, puisque la loi constitutionnelle malienne oblige à publier les résultats électoraux au maximum dans les cinq jours qui suivent l'élection. Avec un nombre de bulletins qui ne doit pas dépasser les 3,5 millions, mettre plus de cinq jours pour les compter est effectivement d'autant plus long que, d'après les informations qui ont circulé, le vote des 200.000 Maliens de France a été très difficile et de peu d'importance et que, dans les pays étrangers voisins, où se trouvent des réfugiés maliens, l'élection s'est réduite à très peu de chose.

Cette élection qui était présentée au départ comme triomphale tant pour la France (et L. Fabius surtout) que pour la démocratie locale, commence à être sérieusement contestée, en particulier par le candidat qui serait arrivé en deuxième position derrière Keita. La chose n'est pas très surprenante d'ailleurs, puisque la position de Keita est forte surtout dans le Sud et la région de Bamako alors que Cissé a un électorat potentiel qui se situe plutôt dans le Nord où les élections se sont déroulées dans des conditions beaucoup plus contestables.

On se prépare donc, sur place, à une campagne de contestation a déjà commencé en particulier du côté des partisans de Cissé par une remise en cause les résultats de ces élections qui, dans le meilleur des cas, conduira à un deuxième tour prévu pour la mi-août. Retarder ainsi la publication des résultats du premier tour incite naturellement à penser qu'on se donne ainsi le temps d'en trafiquer les résultats. On peut donc craindre que les choses ne tournent plus mal encore, en particulier dans le nord du pays.

Tout cela était éminemment prévisible et quasiment écrit dans le ciel ; les conditions de cette élection ont été telles qu'il ne sera sans doute pas difficile de trouver une masse considérable de motifs de contestation et d'annulation. Fort heureusement aujourd'hui même a eu lieu le dernier conseil des ministres français et tous nos politiques seront en vacances, ce qui ne manquera pas de permettre de jeter un voile pudique sur cette affaire malienne ou de l'oublier, sans pour autant la régler, comme on le verra très certainement à la rentrée... sinon avant, car le brave capitaine Sanogo doit suivre tout ça de près !

vendredi 26 juillet 2013

Mali pré-électoral

Si vous voulez envisager, avec sérénité voire avec allégresse, la situation du Mali préélectoral, lisez donc l'analyse ou plutôt la peinture qu'en a faite, dans le JDD, le fringant général Grégoire de Saint Quentin (avec un nom pareil, comment ne pas voir le monde sous les couleurs les plus riantes ?), tout récemment nommé responsable des Forces Spéciales Françaises (ne ménageons pas les majuscules!) au Mali.

Quelques extraits choisis : " L’armée malienne a été défaite et ses matériels ont été détruits. Il faut du temps pour reconstruire tout cela dans un pays aussi vaste. [...] Nous ne pouvons pas parler de victoire militaire au sens où vous évoqueriez celle de 1945 sur l’Allemagne. Mais nous sommes dans une dynamique de succès militaires répétés que beaucoup auraient estimés inespérés il y a six mois.
Le calendrier de retrait est fixé par le président de la République: 3.200 hommes durant la période électorale [Il ne semble pas s'agir là du "retrait" mais bien plutôt du maintien, toutefois le deuxième classe que j'ai été ne va pas chicaner pour si peu le général de Saint Quentin], puis une réduction progressive et coordonnée à partir de la rentrée [de quoi ?] pour finalement atteindre environ 1.000 hommes en fin d’année. Un arrangement technique vient d’être signé avec l’ONU. Notre liberté d’action reste entière puisque nos troupes resteront sous mandat français".

C'est SAS revu par la bibliothèque rose ! Tout va pour le mieux dans les montagnes du Hoggar, même si la belle Antinea ne s'y baigne plus et si l'on n'y bivouaque plus guère sous la lune, comme au bon temps de Frison Roche.

Les Tamasheq, les "peaux rouges" du coin comme les Maliens mélanoderrmes du Sud, sont facétieux ; les enlèvements ne sont que des blagues qui se résolvent très vite dans la bonne humeur ; quant aux disparitions, elles ne sont qu'une forme locale du jeu du loup caché, bien ancré dans la tradition nationale.

Avec Grégoire de Saint Quentin, on renoue presque avec la grande tradition du roman militaire colonial dont le valeureux spahi et l'Homme bleu sont des figures majeure ; c'est aussi, ne l'oublions pas, dans le sable chaud du désert que le légionnaire prend cette bonne odeur qu'apprécient tant les dames, au moins dans les chansons.

Je n'en dirai pas davantage sur le sujet de peur de tomber sous le coup de la diffamation qui dans la législation française, fort sourcilleuse à cet égard, est punie avec la plus extrême sévérité. Je ne me hasarderai certes pas à publier pareils propos dans Le képi blanc qui est, on le sait, l'organe de notre valeureuse Légion Etrangère (je me couvre encore par un usage immodéré des majuscules), mais le mauvais esprit des blogueurs étant bien connu, je prends néanmoins le risque de cette introduction insolente.

Délaissant les vues lénifiantes de Monsieur de Saint Quentin, je trouve, en revanche, dans la presse malienne, des propos un peu différents.

Au départ, on a beaucoup critiqué le choix, apparemment irréfléchi, de la date de la campagne électorale de l'élection présidentielle qui coïncide avec le ramadan. On peut toutefois s'interroger pour savoir si c'était là une simple ignorance de la réalité locale ou, bien au contraire, un savant calcul pour essayer d'apaiser les esprits et de limiter au maximum les troubles qui pourraient résulter de cette campagne. Le jeûne, la chaleur, la fatigue, tout cela pouvait au contraire contribuer à empêcher la campagne électorale de prendre ici ou là un cours fâcheux. Il est en effet clair que le Mali comporte beaucoup plus de Musulmans (90 % au moins) qui observent le jeûne que d'électeurs qui sans doute ne seront guère plus de 20 %, quelques soient les conditions de déroulement de ce scrutin. Beaucoup d'observateurs s'accordent à penser qu'il est, en fait, difficile de concilier campagne électorale et jeûne du ramadan et que les manifestations de rue bruyantes avec de la musique, des cortèges, etc. sont, comme on pouvait le prévoir, totalement absentes. À part les meetings d'ouverture, on n'a même guère observé de signes de campagne électorale dans les rues de Bamako. De toute façon, en ce qui concerne le Nord et la région de Kidal, très rares sont les candidats qui s'y sont risqués (trois ou quatre au maximum) ; ils se sont bornés à des voyages-éclairs, destinés surtout à rendre hommage et à faire allégeance, non sans quelque calcul, aux potentats tamasheq locaux dont ils espèrent vaguement le soutien.

Un autre aspect de la campagne, dont la presse française ne parle évidemment pas, est le rôle des marabouts et sorciers de tous poils dans ce genre d'affaire. Il en est, en effet, des campagnes électorales comme des matchs de football et les politiques africains sont souvent tout aussi soucieux de appuis surnaturels que les dirigeants des clubs de football. On a donc toujours largement recours aux secrets et aux moyens occultes pour accéder au pouvoir comme, dans la suite, pour s'y maintenir. Djenné ( La cité des marabouts selon le titre de l'ouvrage de G. Mommersteeg) est le centre et le temple de ces pratiques. On y a vu converger, depuis des semaines, dit-on, beaucoup de candidats à la présidentielle, arrivés dans de grosses voitures aux vitres teintées ; ils ne venaient assurément pas là pour la célèbre grande mosquée ni pour le patrimoine architectural que l'UNESCO a inscrit au patrimoine de l'humanité.

À en croire certaines rumeurs, il n'est même pas sûr que ne perdurent pas des pratiques rituelles dont certaines comporteraient même, dit-on, des sacrifices humains pour se procurer certaines parties des victimes indispensables dans des pratiques magiques. Comme dans nombre de pays africains, de l'Est comme de l'Ouest, les albinos sont des proies que recherchent tout particulièrement les sorciers pour leurs pratiques rituelles ; ils ont donc tout intérêt à se planquer et surtout à numéroter leurs abattis, si j'ose dire, vu le prix du moindre morceau d'albinos ! Des disparitions inexpliquées pourraient avoir de telles origines. On comprendra que tout cela reste très discret, même si la permanence et le nombre des rumeurs à ce propos encouragent à leur accorder quelque attention. De toute façon, dans le Mali actuel, une disparition de plus ou de moins n'est pas pour inquiéter qui que ce soit. Quant à la place du maraboutisme plus classique et moins secret, une simple visite au "marché des sorciers" de Cotonou, au Bénin, haut lieu de ces pratiques, suffit à convaincre de leur pérennité et de leur succès.

En tout état de cause, une chose est sûre : les conditions de déroulement du scrutin du dimanche 28 juillet 2013 (absence de listes comme de cartes électorales, etc.), tant dans l'ensemble du Nord-Mali (et en France même...) que plus particulièrement dans la région de Kidal, sont telles qu'il est fort peu probable que ses résultats puissent être entérinés ; il est plus sûr encore qu'ils seront évidemment riches de motifs de contestations par tous ceux qui sortiront de cette élection dans des positions moins bonnes que celles qu'ils avaient espérées.

dimanche 14 juillet 2013

Honni soit qui Mali pense (suite)

En ce jour de 14 juillet 2013, j'ai appris, faute d'avoir regardé le spectacle lui-même, que les soixante militaires maliens invités à Paris avaient défilé, comme prévu, en tête de l'armée française sur les Champs-Élysées. Je ne doute pas que le spectacle ait été réussi, même si l'information était un peu floue, comme toujours dans nos médias. On annonçait, en effet, en tête du cortège le lieutenant Élisée Jean Dao (avait-il été choisi pour son prénom ?), affecté à Kidal, alors que l'image que j'ai pu voir, un peu par hasard dans Maliactu.net faisait apparaître, sans le moindre doute, que Monsieur Dao, à en juger par son embonpoint et ses galons (qui me paraissent être les mêmes que dans l'armée française) était colonel et non pas lieutenant. Je ne doute pas que, surtout s'ils venaient effectivement de Kidal où on ne les aime guère, ces braves militaires maliens aient apprécié leur séjour parisien ; j'espère toutefois que, compte tenu de la modestie de leur solde et des tarifs des professionnelles parisiennes, on avait prévu des "bons de saillie" payés d'avance !

Bref il était bien naturel qu'on fît défiler aux côtés des soldats français, ces militaires maliens, puisque les deux ministres français compétents et concernés (affaires étrangères et défense) avaient été décorés par leurs homologues maliens dès le samedi, à l'Hôtel Meurice s'il vous plaît, des croix de Grand Officier de l'Ordre National du Mali (une chacun !), tandis que des généraux et colonels français devaient, en ce même lieu, se contenter du grade de Chevalier ainsi qu'une piétaille de civils français dont on n'a pas jugé bon de préciser les noms. J'espère que les choses se passeront tout aussi bien le lundi15 juillet puisque notre Président de la République, et c'est bien normal, doit recevoir les insignes de Grand-Croix de l'Ordre National du Mali des mains de Monsieur Dioncounda Traoré.

J'espère toutefois qu'à Kidal, et plus généralement dans le Nord du Mali, ces échanges amicaux franco-maliens ont été appréciés à leur juste valeur et que les fourbes Tamasheq n'ont pas profité de l'absence de ces braves militaires pour causer des troubles, hélas prévisibles vu la situation générale surtout à l'approche des élections présidentielles 

J'observe à cet égard qu'en dehors de ces festivités d'avant et après 14 juillet, la presse française a fort peu évoqué les événements du Mali et les élections du 28 juillet et que le Président de la République lui-même s'est montré fort discret et des plus vagues sur le Mali dans son intervention de l'Élysée.

La chose est d'autant plus inquiétante que l'on a pu constater, durant la semaine, quesi  le gouverneur de la zone s'était bien enfin rendu à Kidal en vue de la préparation de ces élections, il ne s'y était guère attardé et que son aller-retour depuis Bamako avait été des plus rapides. Tout cela n'est pas de très bon augure et je ne partage pas l'optimisme du chef d'état-major de nos armées, l'amiral Édouard Guillaud qui voit un succès dans "la reprise en main de Kidal", ce qui me paraît une approximation, explicable mais fâcheuse, de la part d'un amiral s'exprimant sur le Nord Mali.

En fait, si l'on examine les seules sources un peu fiables où le Mali est évoqué et qui sont constituées par les rares infos de RFI, qui n'est pourtant pas aux mains du MNLA, on y fait état de nombre de tensions et d'incidents qui se cristallisent autour du camp militaire situé à l'ouest de la ville et qui se marquent aussi dans de nombreuses manifestations des divers défenseurs de l'Azawad contre la présence de l'armée malienne. On s'est obstiné, suite à l'accord de paix de Ouagadougou, laborieusement signé le 18 juin entre l'État malien et le MLNA, à maintenir, contre tout bon sens, la tenue et la date des élections le 28 juillet alors, de l'avis général, c'est évidemment impossible pour de multiples raisons dont chacune est suffisante seule.

Les choses ne se sont pas sensiblement arrangées, loin de là, depuis l'entrée du contingent malien dans la zone de Kidal le 5 juillet 2013. Le MLNA prétend d'ailleurs que les termes de l'accord de Ouagadougou ne sont pas respectés, en particulier au plan de la représentation dans les troupes maliennes de soldats originaires du Sud et du Nord et en raison de la présence de nombreux partisans du fameux colonel Gamou, suspecté d'exactions multiples contre les "peaux claires" (les Tamasheq) et récusé par les représentants du MLNA. Tout cela n'est pas très favorable à la tenue d'élections, surtout si l'on ajoute ces incidents à l'absence de listes électorales fiables comme à la question de la distribution des cartes électorales dans toute la zone.

Dans de telles conditions, la seule solution raisonnable aurait été le report de cette élection où l'on ne sait même plus le nombre de candidats (28 ou 36 ?) mais l'engagement irrévocable de Paris comme de Bamako sur cette date a été tel que ce serait perdre la face que de s'y résigner.

jeudi 20 juin 2013

Politique française : la méthode Coué et le croque-mitaine

Entendu successivement, hier et aujourd'hui, chacun sur leur domaine, Madame Geneviève Fioraso (ministre de l'enseignement supérieur, de la recherche et de l'espace ; je n'ai appris qu'hier qu'à ces deux domaines déjà vastes s'ajoutait l'espace qui est sans limites) et Monsieur Le Driant; ce matin même, à propos du Mali essentiellement. L'un et l'autre m'ont convaincu que, dans l'exercice gouvernemental, aux « éléments de langage », toujours présents, s'est ajoutée désormais la méthode du bon psycho-pharmacien Emile Coué.

Honneur aux dames et à la chronologie ; commençons donc par Madame Fioraso qui s'exprimait hier sur France-Info ou sur Europe (peu importe puisque, dans les deux cas, le discours est strictement identique.). Je sais bien, pour lire mediapart que l'université et la recherche ne sont pas des sujets qui intéressent beaucoup les Français. Je ne leur donnerai d'ailleurs pas tort, mais je pense que cela ne tient pas aux sujets eux-mêmes, mais bien plutôt à la façon dont on les aborde et les traite. Le blog étant un genre bref je serai court.

Madame Fioraso s'est efforcée, une fois encore, au cours de ce bref entretien, de démontrer que ce gouvernement fait davantage que le précédent pour les universités, avec la création de 1000 postes par an durant cinq ans et une augmentation d'un ou deux pour cent du budget). Soit et dont acte. Mais qu'est-ce que cela va changer aux problèmes des universités et de la recherche françaises qui sont naturellement ailleurs.

On sent, à la rhétorique de ses propos, que les interlocuteurs de Madame Fioraso (que mon Dragon s'obstine à nommer joliment "Madame Firent assaut") sont essentiellement les syndicats qui, quelle que soit la question posée, répondent, toujours et invariablement, par des demandes de postes et de moyens, sans naturellement envisager, un instant, les questions essentielles.

Je puis témoigner, par expérience de bon nombre d'universités que je connais (et mon expérience dans ce domaine est hélas longue et diverse) que les universités ne manquent, le plus souvent et surtout les plus anciennes et les plus grandes, ni de postes ni de moyens, mais essentiellement de la volonté de les répartir de façon plus judicieuse et plus efficace, en exigeant aussi, dans un certain nombre de cas, que les services pédagogiques et administratifs des personnels soient effectivement effectués.

Je puis témoigner que dans une université qui était la mienne lorsqu'est intervenue la fameuse loi des 35 heures, la panique s'est instaurée, dans les services administratifs, non parce qu'on allait devoir réduire les services mais parce qu'il aurait fallu, au contraire, les augmenter pour travailler effectivement 35 heures hebdomadaires devenues fatidiques. On se livra alors à des calculs savants, avec falsification des emplois du temps et évaluation des horaires sur l'ensemble de l'année, pour parvenir à passer, au moins en apparence, des 30 ou 32 heures effectives et réelles aux 35 heures réglementaires.

Si certaines disciplines sont effectivement surchargées en étudiants (comme ce fut le cas, un moment, de la sociologie puis de la psychologie, domaines dans lesquels nul ne se posait le problème du devenir professionnel des milliers d'étudiants qu'on y inscrivait en première année), d'autres sections ont plus de personnel que d'étudiants ou presque ; je ne citerai pas de cas précis pour ne se fâcher personne, mais chacun sait que les lettres classiques ou les langues slaves ne sont pas surchargées. Le problème est que les universités, pourtant autonomes sur ce point bien avant la loi LRU, sont en fait totalement incapables de "gérer" les postes, chacun tenant l'autre par la barbichette, et, tout bêtement, de faire passer un ou deux postes, devenus inutiles d'une discipline, dans une autre qui en aurait besoin. Tout le monde le sait évidemment, mais il n'est pas question d'évoquer, où que ce soit, cet aspect. Ne parlons pas ici de l'encadrement des étudiants dans les facultés de médecine parisiennes où, naguère encore, il était, mieux qu'au MIT, de 2,5 étudiants par enseignant !

Monsieur Le Drlant lui s'est exprimé sur le Mali, suite à l'accord conclu à Tombouctou entre Bamako et le Nord Mali qui, nous a-t-il précisé, règle parfaitement et définitivement tous les problèmes de l'Etat malien. Les troupes maliennes vont enfin pouvoir revenir à Kidal qui leur était interdit. Oublions le passé ; on met en place une commission mixte Sud-Nord qui réglera tout ; les élections auront bien lieu, en toute "transparence" et équité, le 28 juillet 2013, même s'il n'y a ni listes électorales, ni cartes d'électeurs avec ou sans photos. Bref, tout est pour le mieux dans le meilleur des Malis possibles.

Que sera, sera et l'avenir jugera ! Je ne pense pas, mais c'est un avis personnel, que, si élaborés que soient les "éléments de langage" du ministère de la défense, on règle si facilement des antagonismes millénaires. Quant au "développement" du Mali, les quelques milliards annoncés se perdront peut-être dans les sables car ce n'est pas la première fois qu'on met en place des "plans de développement du Nord" et, sauf erreur de ma part, il y en a déjà eu un au début des années 80 (entre autres) qui n'a pas eu plus de résultats que ceux qui l'avaient précédé et que ceux qui l'ont suivi).

"Éléments de langage" et "méthode Coué" d'une part, mais, d'autre part et dans un autre domaine, on agite le croque-mitaine. Le non-cumul des mandats qui était l'un des engagements les plus forts du candidat Hollande lors de l'élection présidentielle est mal barré et il faut trouver autre chose sans perdre la face.

Tout cela, comme le reste, n'est qu'une affaire de communication ; on a donc imaginé de mettre en place un commando-suicide d'élus, quelque peu disparate dans ses motivations (Laurent Wauquiez !!!!), dont la proposition centrale, pour le moins inattendue, est de supprimer la plupart des avantages attachés aux fonctions de représentation nationale, sur le plan de la retraite comme dans le domaine fiscal. La levée de boucliers immédiate conduite, une fois de plus, par le président Claude Bartolone (François doit regretter de ne pas avoir juché Ségo sur le perchoir !) n'a pas tardé et ce dernier a même amené Henri Guaino à se rallier à son panache blanc de la révolte, ce qui est tout dire !

Échaudée par cette proposition aussi téméraire que peu crédible, la majorité socialiste aura assez de bon sens pour accepter sans vergogne comme à l'accoutumée, sur le cumul des mandats et les conflits d'intérêts, une version si édulcorée qu'elle en devient "transparente" !

mercredi 29 mai 2013

La France au Mali : tout baigne !


"Quand nous aurons le vote de la population malienne en direction d’une nouvelle présidence, puis des élections législatives en même temps que le dialogue, en même temps que la sécurité, en même temps que les outils du développement économique, que la réinstallation de l’administration malienne dans l’ensemble du territoire, eh bien je pense que du bon travail aura été fait."

Et les villes à la campagne alors ?
 
Et tout le monde riche et bien portant plutôt que pauvre et malade ?

Telle est la conclusion de L. Fabius, au terme de son voyage à Niamey puis à Bamako (pas à Kidal rassurez-vous) , après l'adoption par le Conseil des ministres malien du projet de loi fixant au 28 juillet 2013 le premier tour de l'élection présidentielle (le second tour éventuel étant fixé au 11 août) montre que tout baigne, sans que toutefois que le terme précis de cette si favorable évolution soit précisé davantage.

Le "terminus ad quem" est, en la circonstance, le plus important mais le plus problématique, voire le plus incertain aussi ; le "terminus a quo", lui, il est désormais arrêté puisque les élections auront lieu, quoi qu'il arrive, y compris dans le Nord-Mali et à Kidal, le 28 juillet, ce qui naguère encore semblait fort improbable à tous les observateurs, mais où, comme l'a précisé notre ministre "des dispositions seront prises", sans qu'on sache en quoi elles consisteront ni comment elles régleront une question qui est à l'origine de tous les troubles du pays depuis un demi-siècle et des dissensions entre le Nord et le Sud depuis des millénaires.

Quelques menus détails restent certes à régler, comme l'établissement de listes électorales et la fabrication, inévitablement postérieure, de quelques millions de cartes d'électeurs (offrant, s'il vous plait, la photo de leur titulaire pour éviter toute fraude !). Cette fabrication (des cartes, non des listes!), comme le précise le ministre français, "a été confiée à une société" (formule d'un vague qui se veut rassurant, mais sur lequel l'absence de listes des électeurs jette une ombre d'inquiétude...). Bof ! Tout cela, vu du Quai d'Orsay, ne pose guère de problèmes.

Deux attentats meurtriers ont été commis tout récemment au Niger ; ces attaques ont visé un camp militaire nigérien à Agades et un site d'Areva à Arlit (lieu qui a déjà défrayé la chronique terroriste) donc des intérêts français. L. Fabius, au Sahel pour la deuxième fois en deux mois, s'était auparavant rendu à Niamey cette fois-ci. Tout le monde s'accorde désormais, pour le coup, à mettre en cause la Lybie d'où seraient venus les djihadistes dont certains se réclament pourtant du MUJAO. Le Premier Ministre libyen, Ali Zeidan, lui, nie ce point, ce qui rendra sans doute délicate l'action commune avec cet Etat que L. Fabius nous laisse espérer.

Il est clair que, de proche en proche, les risques terroristes et le malaise diplomatique gagnent tous les Etats de la zone. Les Tchadiens se regardaient, non sans quelques raisons, comme la "chair à canon" des troupes françaises dans le Nord-Mali où ils ont perdu deux ou trois cents hommes ; l'Algérie s'est vue atteinte dans ses oeuvres vives avec l'attaque de son champ pétrolier ; le Niger est désormais frappé (une vingtaine de morts avouée) ; la Lybie, elle, est à nouveau accusée.

Décidément, il se passe toujours quelque chose dans l'auberge sahélienne et nous ne sommes pas près d'en sortir!

 

 

lundi 20 mai 2013

On nous ment, même sur le Mali


La plupart des radios étant, le dimanche matin, vouées à la bagnole, au jardinage et au bricolage, j'entendais, ce matin, dimanche 19 mai 2013, vers 10h30 (vous aurez noté que je dis "j'entendais" et non pas "j'écoutais" !) l'émission dominicale de Jean-Pierre Elkabbach sur Europe.

Le héros du jour était Monsieur Le Driant, ministre de la défense, qui semble passer son temps dans les avions, ce qui devrait pourtant lui donner le temps de la réflexion sur les affaires dont il a la charge. Il était interrogé sur le récent Livre blanc de la défense et se défendait, somme toute assez bien, ce qui était pas trop difficile quand on prend en compte la qualité et l'information des "journalistes-sic" chargés de l'interwiewer. Ils étaient là, trois ou quatre, sous la houlette d'Elkabbach (76 ans aux pommes !) qui lui a, au moins l'excuse de l'âge ; je n'ai pas retenu grand-chose de leurs propos, infiniment prévisibles, sinon qu'il a été question, un moment, des "drones" que nous devrions nous employer à fabriquer au lieu de devoir les emprunter, en cas de besoin, comme dans l'affaire malienne, aux Américains, à défaut d'oser le faire aux Israéliens, puisque ce sont les deux seuls Etats qui sont en mesure de disposer de tels engins. Notre technicité en matière aéronautique ne devrait pas nous rendre la chose impossible, si un tel projet était inscrit dans les perspectives actuellement en cours de définition, mais il faudrait s'y mettre au lieu d'en acheter aux Etats-Unis.

Quelques minutes plus tard, au cours de cette même émission, Jean-Pierre Elkabbach, qui avait oublié cet épisode, demande au ministre combien les troupes françaises et tchadiennes (puisque les Maliens n'ont, contre toute attente, pas grand-chose à voir dans cette affaire) ont tué de terroristes ; le ministre lui répond, sans broncher et sans provoquer la moindre réaction de la part des autres prétendus journalistes, : « Comme nous n'avions pas de drones, nous n'avons pas pu les compter. ». Tout le monde aurait dû bondir de sa chaise, à défaut d'en être déjà tombé !

J'avais, en effet, cru comprendre, car la nouvelle avait été annoncée urbi et orbi et reprise à l'envi, en particulier dans "lemonde.fr" que, depuis leur base de Niamey au Niger, les Américains en avaient mis à notre disposition pour nos opérations militaires au Mali. Ils disposaient là bas d'une centaine d'hommes pour gérer ces drones et c'était même la seule contribution des États-Unis à cette affaire dont ils ne souhaitaient pas se mêler davantage, quitte à en recueillir dans la suite les fruits. Tout cela avait été annoncé et détaillé à la mi-mars 2013 ; on précisait même que les drones de question étaient du type « Predator" dont le nom est tout un programme car ce mot signifie en latin "ravisseur, destructeur, etc.". On nous précisait même que toutefois, en la circonstance, ces drones Predator (vieux modèles, prototypes de l'actuel "Reaper" "la faucheuse") n'étaient pas équipés de missiles, mais seulement d'appareils de prises de vue !

Quand nous a-t-on menti ? Mi-mars 2013 en nous annonçant la mise à disposition des troupes françaises de ces Predator américains ou, plus grave, le 19 mai 2013, quand le ministre, sur une radio importante et à une heure de grande écoute, a affirmé, de la façon la plus claire, que nous ne disposions pas dans les opérations militaires au Mali des drones que les Etats-Unis étaient censés nous avoir prêtés ?

Je suis évidemment tenté de répéter ici ce que je n'ai cessé d'affirmer ou de prétendre dans ma série de blogs : « Honni soit qui Mali pense ». Pour éviter de me répéter de façon fastidieuse, car les choses n'ont guère évolué depuis la publication de ces posts, je reprends ici une partie des termes du dernier numéro de cette série, car je ne pense pas que la visite humanitaire au Mali de Madame Valérie Trierweiler (qu'on s'obstine à baptiser Première Dame) changera quoi que ce soit dans toute cette affaire. Cet aspect risque, au contraire, d'illustrer, une fois de plus, la vanité de certaines opérations humanitaires qui, si louables qu'elles soient, échouent du simple fait de la totale ignorance des réalités démographiques et anthropologiques des pays où l'on souhaite intervenir, en l'occurrence le Mali.

Mes réserves sur l'intervention française au Mali tenaient et tiennent toujours surtout à ce que, connaissant un peu le Mali, je sais l'opposition millénaire et irréductible  qui existe entre le Nord (les "peaux rouges" ou "blanches", Arabes ou Tamasheq) et le Sud (les mélanodermes, parmi lesquels les gens du Nord sont venus, des siècles durant, enlever des esclaves). Je connais aussi, depuis les indépendances, toutes les revendications successives du Nord et les vaines tentatives qui ont été faites, plus ou moins sérieusement, pour essayer de porter remède à cette opposition et aux inégalités socio-économiques et politiques qui y sont liées.

L'une de ces tentatives, tout à fait significative et exemplaire, a consisté à construire, dans le Nord pour les populations nomades, des centres de protection maternelle et infantile (PMI) et à y envoyer du personnel de santé du Sud; avant de se rendre compte du caractère impossible voire absurde d'une telle l'opération. Cette impossibilité tenait d'abord à ce que ces infirmiers venus de Bamako parlaient le bambara, alors que les femmes et les enfants qu'ils devaient soigner ne parlaient que le tamasheq (ou amazigh) et ensuite à ce que, dans la culture tamasheq, les femmes ne peuvent pas être soignées par des hommes. Le problème est qu'on n'a pas pris garde à ces "détails", jugés accessoires ou sans doute même ignorés, et qu'on ne les a découverts qu'après ; on n'a donc compris qu'après coup qu'ils ruinaient tout espoir de succès dans une opération au demeurant nécessaire, louable et estimable, mais sous d'autres formes.

Cela dit, ce genre d'échecs du "développement" (quelle que soit l'épithète qu'on lui accole dans la longue série qu'on a constituée depuis un demi-siècle - inégal, en voie, endogène, durable, etc. -) causé par l'ignorance ou le mépris des cultures locales est si courant que je m'amusais, à une certaine époque, (et j'ai écrit tout cela) à les recenser sous la rubrique "les éléphants blancs (ou roses) du développement". Le cas est toutefois si fréquent que je n'ai pas tardé à devoir mettre un terme à cette recension qui se prolongeait au-delà du raisonnable.

Revenons aux affaires maliennes actuelles. Le 7 mai 2013, comme on pouvait s'y attendre et le délai m'a même étonné, un chefaillon d'Al Qaïda au Maghreb Islamique (AQMI) a diffusé une vidéo dans laquelle il invitait à s'attaquer aux intérêts français partout dans le monde, cette guerre sainte étant légitimée par la croisade menée par la France contre les Musulmans au Mali. Réponse attendue du berger à la bergère. Tout cela était parfaitement prévisible mais ce n'est peut-être pas le plus grave en la circonstance.

On commence, en effet, à découvrir que la pacification du Mali, qu'on prétendait terminée, en peu de temps et à peu de frais (6 morts du côté français, mais quelques centaines, dissimulées bien sûr, du côté tchadien mais on invitera des soldzats tchadiens à défiler au prochain 14 juillet), ne l'est peut-être pas autant qu'on pourrait le souhaiter et surtout qu'on le dit. Les accrocs au prétendu calme affirmé sont aussi nombreux que divers.

Selon RFI (le 5 mai 2013), la seule source un peu sérieuse et intéressée au domaine dans nos médias, à Ber (ville à quelques dizaines de kilomètres au nord de Tombouctou), les communautés arabe et touareg commencent à s'affronter. Aucun soldat malien, français ou burkinabé en poste à Tombouctou ne s’est rendu à Ber, la ville elle-même étant contrôlée par le MAA, le Mouvement des Arabes de l’Azawad,. Si le MAA affirme ne rien avoir contre les Touaregs (enfin, à l'en croire, ce qui n'est pas l'avis des Tamasheq eux-mêmes), il entend chasser le MLNA de toutes ses positions. On commence par ailleurs à enlever des habitants de la ville dont le fils du marabout touareg de Ber qui a disparu.

Vient de naître à Kidal (RFI, 6 mai), d'où les soldats maliens sont toujours exclus, un Haut Conseil de l'Azawad (HCA) qui prétend, lui, à la fois fédérer les mouvements touareg, qu'ils soient ou non armés, et "faire la paix avec le Sud" ; ce HCA négocie avec la Commission "Dialogue et Réconciliation", récemment installée à Bamako (sur le modèle de la RCA et du Congo Démocratique). Le HCA entend intégrer dans son sein les deux principaux mouvements armés touareg : le MNLA (Mouvement National de Libération de l'Azawad) bien connu et le récent Mouvement Islamique de l'Azawad ( le MIA, dissidence d'Ansar Dine).

On voit par là quelle totale confusion règne dans toutes ces affaires. Si tout cela concerne essentiellement le Nord, on peut désormais craindre des troubles dans les quartiers populaires de Bamako où la police aurait démantelé une cellule du MUJAO qui, après que ses membres ont reçu dans le Nord, une formation militaire, s'est installé dans les principaux quartiers populaires de la capitale où la police les a découverts et arrêtés.

Dans ces conditions, on se demande comment le gouvernement de transition dirigée par Dionkounda Traoré pourrait organiser réellement les élections qu'exigent la communauté internationale et les Américains (l'absence de gouvernement élu dispense ces derniers de se mêler de tout cela, comme on l'a vu avec les drones) et qui sont prévues pour le 7 juillet 2013. On voit mal, à l'évidence, comment cela serait possible dans le Nord du pays (rappelons que les troupes maliennes du Sud sont interdites d'entrée à Kidal et même à Ber). Partout, les listes électorales ne sont pas prêtes et les commissions administratives qui doivent les établir ne sont même pas en état de commencer à le faire, chaque commission attendant en vain les documents d'une autre commission. Tout indique qu'il est impossible d'établir des cartes d'électeurs pour le 7 juillet, d'autant que, pour éviter les fraudes, on prétend que chacune d'entre elles devra porter la photographie de l'électeur concerné ! Par ailleurs, se pose le problème insoluble du vote des Maliens réfugiés dans les pays voisins qui ne sont évidemment même pas recensés.

Le seul point un peu sérieux et positif est la constitution de la Plate-forme des cadres et des leaders tamasheq (c'est-à-dire touareg, ce terme qui est le seul en usage au Mali n'est apparu que récemment dans les articles sur le sujet) qui s'est constituée depuis un mois et qui prétend représenter les positions de la communauté tamasheq favorable à l'unité malienne.

Le problème est que le contenu des propositions de cette plate-forme reprend bien des points qui ont déjà été définis, sans grands changements observables, comme des objectifs politiques et économiques majeurs et urgents depuis un demi-siècle ; y figurent, au premier chef, le développement économique du Nord du Mali et la décentralisation. L'affirmation des "besoins en matière de services sociaux de base" ne peut que rappeler l'affaire des centres de PMI dont j'ai parlé.

Il semble d'ailleurs que la Plate-forme tamasheq (qui par l'usage même de cette dénomination s'affirme explicitement comme telle et se distingue à la fois du MLNA et du HCA!) ait, sur les questions politiques les plus importantes, des positions différentes des autres mouvements. Le gouvernement de Bamako cherche naturellement à jouer, à son profit, sur la création et la rivalité de ces diverses organisations. La multiplication d'instances concurrentes n'est évidemment pas un élément de facilitation de la solution des principaux problèmes ; on peut prévoir, dans cette perspective, un enlisement progressif du dialogue, d'autant que la fameuse Commission "Dialogue et réconciliation" semble désormais s'ouvrir plutôt du côté de la CEDEAO comme de l'ONU, ce qui n'est probablement pas fait pour faciliter son action locale.

Comme je le disais dans un post précédent, et ce que ne semble pas prévoir Monsieur le ministre Le Driant, nous ne sommes pas près de sortir de l'auberge malienne !

 

vendredi 10 mai 2013

Honni soit qui Mali pense (x)


 Je ne sais plus quel numéro affecter à ce post dans la série que j'ai consacrée au Mali Je l'appelle donc (x), faute d'avoir le courage de rechercher quel était le numéro du dernier texte sur ce sujet, sans être d'ailleurs tout à fait sûr les avoir tous numérotés. Comme celui-ci est (x), le prochain sera (x + 1) et ainsi de suite.

Dès le premier texte de cette série, j'avais pressenti, sans grand mérite, que la France s'engageait là dans une opération que François Hollande, sans doute poussé par les militaires, jugeait de toute évidence, immédiatement et sans grand risque, glorieuse, mais qui risquait de changer de caractère dans la suite, la durée de l'opération étant elle-même indéterminée en dépit des affirmations de retrait rapide. Cette intervention risquait fort, en outre, de tourner à la dénonciation du néo-colonialisme français, ce qui est facile et bien commode dans toutes les affaires africaines où des Etats du Nord ont l'imprudence de s'immiscer, fût-ce à la demande initiale expresse des intéressés.

Connaissant un peu le Mali, je savais l'opposition millénaire qui existe entre le Nord (les "peaux rouges" ou "blanches", Arabes ou Tamasheq) et le Sud (les mélanodermes, parmi lesquels les gens du Nord sont venus, des siècles durant, chercher les esclaves). Je connaissais aussi, depuis les indépendances, toutes les revendications successives du Nord et les vaines tentatives qui avaient été faites, plus ou moins sérieusement, pour essayer de porter remède à cette opposition et aux inégalités socio-économiques et politiques.

L'une d'entre elles, tout à fait significative et exemplaire, a consisté à construire, dans le Nord pour les nomades, des centres de protection maternelle et infantile (PMI) et à y envoyer du personnel de santé du Sud; avant de se rendre compte du caractère impossible voire absurde d'une telle l'opération, dans la simple mesure où ces infirmiers parlaient le bambara, alors que les femmes et les enfants qu'ils devaient soigner ne parlaient que le tamasheq (ou amazigh) et qu'en outre, dans la culture touareg, les femmes ne peuvent pas être soignées par des hommes. Le problème est qu'on ne s'est aperçu de ces détails, jugés accessoires ou sans doute même ignorés, qu'après et on a compris qu'après coup qu'ils ruinaient tout espoir de succès dans une opération au demeurant louable et même estimable.

Cela dit, ce genre d'échecs du "développement" par ignorance ou mépris des cultures locales est si courant que je m'amusais, à une certaine époque, (et j'ai écrit tout cela) à les recenser sous la rubrique "les éléphants blancs (ou roses) du développement". Le cas est toutefois si fréquent que je n'ai pas tardé à devoir mettre un terme à cette recension qui se prolongeait au-delà du raisonnable.

Revenons aux affaires maliennes. Le 7 mai 2013, comme on pouvait s'y attendre et le délai m'a même étonné, un chefaillon d'Al Qaïda au Maghreb Islamique (AQMI) a diffusé une vidéo dans laquelle il invitait à s'attaquer aux intérêts français partout dans le monde, cette guerre sainte étant légitimée par la croisade menée par la France contre les Musulmans au Mali. Réponse attendue du berger à la bergère. Tout cela était parfaitement prévisible mais ce n'est peut-être pas le plus grave en la circonstance.

On commence, en effet, à découvrir que la pacification du Mali, qu'on prétendait terminée, en peu de temps et à peu de frais (6 morts du côté français, mais quelques centaines, dissimulées bien sûr, du côté nigérien), ne l'est peut-être pas autant qu'on pourrait le souhaiter et surtout qu'on le dit. Les accrocs au prétendu calme affirmé sont nombreux et divers.

Selon RFI (le 5 mai 2013), la seule source un peu sérieuse et intéressée au domaine dans nos médias, à Ber (ville à quelques dizaines de kilomètres au nord de Tombouctou), les communautés arabe et touareg commencent à s'affronter. Aucun soldat malien, français ou burkinabé en poste à Tombouctou ne s’est rendu à Ber, la ville elle-même étant contrôlée par le MAA, le Mouvement des Arabes de l’Azawad,. Si le MAA affirme ne rien avoir contre les Touaregs (enfin, à l'en croire, ce qui n'est pas l'avis des Tamasheq eux-mêmes), il entend chasser le MLNA de toutes ses positions. On commence par ailleurs à enlever des habitants de la ville dont le fils du marabout touareg de Ber qui a disparu.

Vient de naître à Kidal (RFI, 6 mai), d'où les soldats maliens sont toujours exclus, un Haut Conseil de l'Azawad (HCA) qui prétend, lui, à la fois fédérer les mouvements touareg, qu'ils soient ou non armés, et "faire la paix avec le Sud" ; ce HCA négocie avec la Commission "Dialogue et Réconciliation", récemment installée à Bamako (sur le modèle de la RCA et du Congo Démocratique). Le HCA entend intégrer dans son sein les deux principaux mouvements armés touareg : le MNLA (Mouvement National de Libération de l'Azawad) bien connu et le récent Mouvement Islamique de l'Azawad ( le MIA, dissidence d'Ansar Dine).

On voit par là quelle totale confusion règne dans toutes ces affaires. Si tout cela concerne essentiellement le Nord, on peut désormais craindre des troubles dans les quartiers populaires de Bamako où la police aurait démantelé une cellule du MUJAO qui, après que ses membres ont reçu dans le Nord, une formation militaire, s'est installé dans les principaux quartiers populaires de la capitale où la police les a découverts et arrêtés.

Dans ces conditions, on se demande comment le gouvernement de transition dirigée par Dionkounda Traoré pourrait organiser réellement les élections qu'exigent la communauté internationale et les Américains (l'absence de gouvernement élu dispense ces derniers de se mêler de tout cela) et qui sont prévues pour le 7 juillet 2013. On voit mal, à l'évidence, comment cela serait possible dans le Nord du pays (rappelons que les troupes maliennes du Sud sont interdites d'entrée à Kidal et même à Ber). Partout, les listes électorales ne sont pas prêtes et les commissions administratives qui doivent les établir ne sont même pas en état de commencer à le faire, chaque commission attendant en vain les documents d'une autre commission. Tout indique qu'il est impossible d'établir des cartes d'électeurs pour le 7 juillet, d'autant que, pour éviter les fraudes, on prétend que chacune d'entre elles devra porter la photographie de l'électeur concerné ! Par ailleurs, se pose le problème insoluble du vote des Maliens réfugiés dans les pays voisins qui ne sont évidemment même pas recensés.

Le seul point un peu sérieux et positif est la constitution de la Plate-forme des cadres et des leaders tamasheq (c'est-à-dire touareg, ce terme qui est le seul en usage au Mali n'est apparu que récemment dans les articles sur le sujet) qui s'est constituée depuis un mois et qui prétend représenter les positions de la communauté tamasheq favorable à l'unité malienne.
 
Le problème est que le contenu des propositions de cette plate-forme reprend bien des points qui ont déjà été définis, sans grands changements observables, comme des objectifs politiques et économiques majeurs et urgents depuis un demi-siècle ; y figurent, au premier chef, le développement économique du Nord du Mali et la décentralisation. L'affirmation des "besoins en matière de services sociaux de base" ne peut que rappeler l'affaire des centres de PMI dont j'ai parlé au début de ce post.

Il semble d'ailleurs que la Plate-forme tamasheq (qui par l'usage même de cette dénomination s'affirme explicitement comme telle et se distingue à la fois du MLNA et du HCA!) ait, sur les questions politiques les plus importantes, des positions différentes des autres mouvements. Le gouvernement de Bamako cherche naturellement à jouer, à son profit, sur la création de ces diverses organisations. La multiplication d'instances concurrentes n'est évidemment pas un élément de facilitation de la solution des principaux problèmes ; on peut prévoir, dans cette perspective, un enlisement progressif du dialogue, d'autant que la fameuse Commission "Dialogue et réconciliation" semble désormais s'ouvrir du côté de la CEDEAO comme de l'ONU, ce qui n'est probablement pas fait pour faciliter son action locale.

Comme je le disais dans un post précédent, nous ne sommes pas encore sortis de l'auberge malienne !