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mardi 17 septembre 2013

Justice et prison : le bon sens est-il de droite ou de gauche ?

Les débats actuels (malheureusement aussi incessants que consternants) dont la controverse Taubira-Valls n'est qu'un aspect médiatique, se caractérisent comme tant d'autres par une totale absence de raison comme de bon sens.

Je m'amusais ce matin, comme auparavant, durant le week-end, en écoutant notre président normal et Monsieur de Norpois-Fabius, à constater l'étonnement médiatique général devant le fait que le rapport, tellement attendu, des experts onusiens en Syrie ne mentionnait aucun responsable de l'usage du sarin, alors que, dès le début, la moindre lecture de la lettre de mission de ce comité d'experts montrait qu'il leur était, formellement est rigoureusement, interdit de se prononcer sur cette question. Leur seule et unique découverte est qu'on a utilisé du gaz sarin, ce que l'on sait depuis le début. Les causes de l'aveuglement de la presse (la paresse et l'incurie) et des politiques (omission naturellement volontaire) ne sont certes pas les mêmes mais le résultat est identique.

Depuis la controverse qui a opposé le ministre de l'Intérieur à la Garde des Sceaux, les questions de prison et de justice sont à la mode et on entend toutes sortes d'inepties sur le sujet. J'écoutais, ce matin encore, vers 8 heures 30, une émission un peu moins débile sur France Culture où s'opposaient des journalistes des criminologues et d'autres spécialistes de diverses farines.

Comme toujours chacun lisait midi à sa porte et l'on n'en venait toujours aux mêmes conclusions, il faudrait des postes et des moyens ! Ce raisonnement est malheureusement souvent celui des syndicats, en particulier dans l'éducation nationale où l'on entend sans cesse répéter qu'il faudrait moins d'élèves dans les classes, alors que toutes les études spécialisées sur cette question ont montré que l'incidence de ce facteur est extrêmement faible, voire nulle. Si l'on diminuait d'une unité le nombre des élèves de chacune des classes du système éducatif français, cela coûterait évidemment une fortune mais ne servirait rigoureusement à rien.

En matière de plaisanterie, j'ai posé dans mon blog, il y a quelque temps, un petit problème d'arithmétique que l'on pourrait faire figurer dans le futur examen d'entrée en sixième, même si je le juge sans doute trop difficile pour la majorité des élèves qui seront amenés à s'y présenter et qui pour bon nombre d'entre eux ne comprendraient même pas l'énoncé ... faute de savoir lire. Je le présente donc ici sous une autre forme, un peu plus brève. Comment faire 2.000.000 d'économies par jour dans les prisons françaises ?

Pour vous la faire courte, allons droit au but. Il y a, dans nos prisons, 10.000 étrangers (ce qui notons-le au passage correspond, très exactement, au nombre de places qui y manquent et qu'on cherche, en vain faute de moyens, à y créer) dont l'entretien et la surveillance coûte 200 € par jour. Vous me voyez sans doute venir ! 10 000 × 200 égal de 2.000.000 !

Il suffirait, donc comme cela se fait dans nombre d'autres Etats, tout aussi démocratiques et développés que le nôtre, de renvoyer ces condamnés dans leurs pays d'origine, ce qui est parfaitement légitime puisque, étant dans nos frontières (le plus souvent de façon illégale d'ailleurs), ils n'ont pas jugé bon de respecter nos lois. Certes il faudrait payer leur rapatriement, mais avec quelques charters ou autobus (pour éviter les incidents), cela peut être fait à moindres coûts, car il n'est pas question d'envisager pour eux la business class en direction de leur pays d'origine. Et qu'on ne vienne pas me parler de Sarkozy et de la double peine qui n'est qu'une ânerie plus que nous devons à ce prétendu grand homme d'État.

Dans tous ces débats, chacun lit midi à sa porte, qu'il s'agisse des criminologues, des sociologues, des gardiens de prison ou de tout autre catégorie socioprofessionnelle, sans parler des bonnes âmes toujours vigilantes.

Il est évident que la réflexion devrait d'abord s'attacher, en amont, à des problèmes comme celui je viens d'évoquer (Que faire d'un étranger qui commet un délit ou un crime sur notre sol national) ou à d'autres, tout aussi importants et plus facilement solubles, qui tiennent à une adaptation intelligente de la législation en cours lorsqu'elle est totalement inadaptée, voire stupide. Ainsi, est-il logique et raisonnable de menacer d'une peine de deux ans de prison un père qui ne paye pas la pension alimentaire à laquelle il est astreint ? L'emprisonner n'est pas-t-il pas le meilleur et le plus sûr moyen de maintenir cette situation, voire de la rendre inévitable ?

Il en est de même par exemple pour les délits routiers, même graves, où les peines d'emprisonnement sont évidemment infiniment moins efficaces que ne pourraient l'être des travaux d'intérêt particulier (et non général) qui seraient effectués, au domicile d'un accidenté ou mieux dans les centres et des hôpitaux qui accueillent les blessés de la route pour qu'ils y soient soignés ou éventuellement rééduqués. Je pense que voir, quelques semaines durant, les conséquences concrètes, dramatiques et pitoyables de leur conduite aurait plus de vertus correctives pour les chauffards que de séjourner en prison à regarder la télévision, picoler et fumer des clopes!

Pour en revenir à la question initiale que pose mon titre, le bon sens ne semble ni de droite ni de gauche mais je constate que le bon Descartes s'est largement mit le doigt dans l'œil et que le bon sens n'est en rien "la chose du monde la mieux partagée". Le problème est qu'on oublie toujours de lire la suite !

lundi 9 septembre 2013

Much ado about nothing ou "Alors, on ne retient plus ici?"

Le titre anglais de Beaucoup de bruit pour rien joint à l'exotisme linguistique la rare capacité de pouvoir s'adapter à une foule de sujets, tant l'information dont on nous abreuve sans cesse est d'une consternante nullité quand elle n'est pas totalement fausse.

Je reproduis ci-dessous des extraits d'un article paru dans Les Echos (7/09/13) pris un peu au hasard (les articles sont tous les mêmes, issus de la même AFP) sur la question de la relation entre l'Union européenne, les États-Unis et la Syrie, sans avoir eu de raison particulière de faire ce choix. Je ne reproduirai d'ailleurs que les extraits ce texte qui me paraissent intéressant dans la perspective qui est ici la mienne, en y adjoignant, entre crochets, comme c'est la règle pour des ajouts à un texte, les numéros des notes que je propose, après avoir mis en gras (de mon fait donc) mes remarques sur chacun des points ainsi signalés. Ces notes seront numérotées de 1 à 10 pour plus de clarté :

"Les pays de l’Union européenne se sont entendus samedi sur le fait que le monde « ne peut rester les bras croisés » [ 1 ] et qu’une réaction claire et forte[ 2 ] est nécessaire pour empêcher de nouveaux bombardements[ 3 ] à l’arme chimique en Syrie, a déclaré Catherine Ashton.
Réunis à Vilnius, les ministres des Affaires étrangères des Vingt-Huit sont aussi convenus que les informations à leur disposition semblent clairement indiquer [ 4 ] que les autorités syriennes sont responsables de l’attaque chimique commise le 21 août dans les environs de Damas |...] « (Le gouvernement syrien) est le seul à posséder des armements chimiques et les moyens de les utiliser dans une quantité suffisante [ 5 ]», a-t-elle dit.
Les Vingt-Huit ne sont toutefois pas allés jusqu’à soutenir le principe d’une intervention militaire[ 6 ] contre le régime de Bachar al Assad, prônée par la France et le président américain Barack Obama. [...]
Selon Catherine Ashton, les ministres européens des Affaires étrangères se sont félicités de l’engagement de François Hollande d’attendre le rapport des experts de l’Onu avant toute initiative [ 7 ] sur la Syrie. Ce rapport est attendu aux alentours de la mi-septembre. [ 8 ]. [   ]
Pour les Etats-Unis, cependant, pas question d’attendre impérativement la publication du rapport pour frapper Damas[ 9 ], a indiqué samedi un responsable américain, en marge de la visite de John Kerry en Europe. Au cours d’une réunion avec les 28 ministres des Affaires étrangères [ 9 ] [...] le chef de la diplomatie américaine a « également dit clairement que les Etats-Unis n’avaient pas décidé d’attendre » ce rapport pour éventuellement agir [ 10 ], a précisé ce diplomate " (Extraits de Les Echos).

Note 1. "Le monde ne peut rester les bras croisés". Diable ! Fort bien, décroisons donc les bras, mais comme les choeurs d'opéra ou, dans une version plus moderne, Michaël Jackson,chantons "En avant ! Marchons !" tout en restant sur place ! J'ai, dans un billet précédent et par là même prémonitoire, attiré l'attention sur une confusion de prépositions souvent faite par nos journalistes, peu familiers apparemment avec la langue française, et qui confondent "prêt à" et "près de"! Il me semblait, en effet, que si Français et Américains se disaient "prêts à intervenir" en Syrie, ils ne me paraissaient pas en état d'être "près de le faire". Je constate que j'ai eu raison sur le plan géopolitique comme grammatical.

Note 2. Je ne sais pas si, décroiser les bras conduit toujours à croiser les jambes et s'il y a là une "réaction claire et forte"?

Note 3. "Bombardements à l'arme chimique" nous dit-on ; il est clair que le choix et l'emploi du terme "bombardements" vise, en réalité, à désigner d'avance comme l'auteur de l'utilisation de cette arme chimique Bachar el Assad, car il est évident que ses opposants ne disposant pas de forces aériennes, ils ne peuvent pas procéder à des bombardements au sens courant de ce terme. Il y a donc là une prise de position sur la responsabilité dont on aimerait avoir les preuves, puisque, selon d'autres sources, l'origine de ces armes chimiques pourrait être autre. Les terroristes japonais du métro qui utilisèrent le gaz sarin n'avaient pas d'avions ni de bombes!

Note 4. Il y a là une curiosité stylistique ; "semble clairement indiquer" est en effet une formulation contradictoire dans les termes qui se veut un compromis ou un amalgame, sémantiquement douteux, entre "semble indiquer" qui marque un doute fort qu'exprime le verbe "semble" et "indique clairement" qui traduit, en revanche, une quasi certitude. "Semble clairement indiquer" est donc évidemment impossible car illogique !

Note 5. Affirmer que le gouvernement syrien est le seul à posséder des armes chimiques est évidemment faux. Il y en a des tonnes partout dans le monde. Une information circule partout, même si la presse française, aux ordres ou ignorante, nous la cache soigneusement. L'Arabie Saoudite, qui combat le régime syrien et qui dispose de vastes stocks d'armes chimiques, en aurait donné aux rebelles qu'elle soutient ; ceux-ci soit par maladresse, soit par perversité, les auraient utilisées contre des populations. Le gaz sarin ne cible guère ses victimes ! Je note à cet égard qu'il y a, quant au nombre même des victimes, plus qu'une incertitude puisque selon les sources, il varie beaucoup ; selon la Croix-Rouge, il y en aurait eu environ 150, alors que selon les sources proches de la France et des États-Unis, il y en aurait 1500 ; cet écart de 1 à 10 semble considérable.

Note 6. L'Europe fut et demeure latine. Festina lente (= Hâte toi lentement) ; les 28 qui veulent une "réaction claire et forte" "ne sont pas allés" (jolie litote !) "jusqu'à soutenir le principe d'une intervention militaire". "Ne se sont pas résolus à se résigner à aller" eût encore mieux traduit l'enthousiasme belliqueux de l'UE ! En quoi pourrait bien consister "la réaction claire et forte" annoncée ? Cela peut aller des sourcils foncés jusqu'à la moue de réprobation !

Note 7 . François Hollande s'est engagé, après coup, à attendre le rapport des experts de l'ONU avant toute initiative ; on le croyait "près de" mais il n'est pas encore éventuellement "prêt à" (cf. supra !).

Note 8. Le rapport est attendu aux "alentours de la mi-septembre". Les experts étant revenus déjà depuis plusieurs jours et ne pouvant nous dire que ce nous savons déjà tous (l'usage du gaz), il serait bon de leur donner, de toute urgence, un secrétariat actif et dynamique, afin que ce rapport soit rédigé au plus vite. Tous ces propos font apparaître que, comme je soulignais dans un précédent blog, personne, dans la presse nationale, ne semble connaître les termes précis de la mission confiée aux experts de l'ONU. Il est clair (cette condition avait été mise à la signature de l'autorisation de l'expertise par la Syrie) qu'il leur est rigoureusement interdit de mentionner dans ce rapport quelque responsabilité de qui que ce soit dans cette affaire. De qui se moque-t-on?

Notes 9 et 10. In cauda venenum ! "Pour les Etats-Unis, cependant, pas question d’attendre impérativement la publication du rapport pour frapper Damas", [.9.] [...] Mais le chef de la diplomatie américaine a « également dit clairement que les Etats-Unis n’avaient pas décidé d’attendre » ce rapport pour éventuellement agir,[ 10] a précisé ce diplomate. Il faudrait tout de même savoir car dans de telles affaires, on ne peut dire tout et son contraire. Que faut-il comprendre : "Il n'est pas question d'attendre' ou "il n'est pas question de ne pas attendre ?

Obama me fait penser à ce personnage marseillais qui, aux prises avec un malabar à qu'il a un peu imprudemment proposé de "sortir", s'attarde sur le seuil en demandant à la cantonade : "Alors, on ne retient plus ici ?".

vendredi 10 mai 2013

Honni soit qui Mali pense (x)


 Je ne sais plus quel numéro affecter à ce post dans la série que j'ai consacrée au Mali Je l'appelle donc (x), faute d'avoir le courage de rechercher quel était le numéro du dernier texte sur ce sujet, sans être d'ailleurs tout à fait sûr les avoir tous numérotés. Comme celui-ci est (x), le prochain sera (x + 1) et ainsi de suite.

Dès le premier texte de cette série, j'avais pressenti, sans grand mérite, que la France s'engageait là dans une opération que François Hollande, sans doute poussé par les militaires, jugeait de toute évidence, immédiatement et sans grand risque, glorieuse, mais qui risquait de changer de caractère dans la suite, la durée de l'opération étant elle-même indéterminée en dépit des affirmations de retrait rapide. Cette intervention risquait fort, en outre, de tourner à la dénonciation du néo-colonialisme français, ce qui est facile et bien commode dans toutes les affaires africaines où des Etats du Nord ont l'imprudence de s'immiscer, fût-ce à la demande initiale expresse des intéressés.

Connaissant un peu le Mali, je savais l'opposition millénaire qui existe entre le Nord (les "peaux rouges" ou "blanches", Arabes ou Tamasheq) et le Sud (les mélanodermes, parmi lesquels les gens du Nord sont venus, des siècles durant, chercher les esclaves). Je connaissais aussi, depuis les indépendances, toutes les revendications successives du Nord et les vaines tentatives qui avaient été faites, plus ou moins sérieusement, pour essayer de porter remède à cette opposition et aux inégalités socio-économiques et politiques.

L'une d'entre elles, tout à fait significative et exemplaire, a consisté à construire, dans le Nord pour les nomades, des centres de protection maternelle et infantile (PMI) et à y envoyer du personnel de santé du Sud; avant de se rendre compte du caractère impossible voire absurde d'une telle l'opération, dans la simple mesure où ces infirmiers parlaient le bambara, alors que les femmes et les enfants qu'ils devaient soigner ne parlaient que le tamasheq (ou amazigh) et qu'en outre, dans la culture touareg, les femmes ne peuvent pas être soignées par des hommes. Le problème est qu'on ne s'est aperçu de ces détails, jugés accessoires ou sans doute même ignorés, qu'après et on a compris qu'après coup qu'ils ruinaient tout espoir de succès dans une opération au demeurant louable et même estimable.

Cela dit, ce genre d'échecs du "développement" par ignorance ou mépris des cultures locales est si courant que je m'amusais, à une certaine époque, (et j'ai écrit tout cela) à les recenser sous la rubrique "les éléphants blancs (ou roses) du développement". Le cas est toutefois si fréquent que je n'ai pas tardé à devoir mettre un terme à cette recension qui se prolongeait au-delà du raisonnable.

Revenons aux affaires maliennes. Le 7 mai 2013, comme on pouvait s'y attendre et le délai m'a même étonné, un chefaillon d'Al Qaïda au Maghreb Islamique (AQMI) a diffusé une vidéo dans laquelle il invitait à s'attaquer aux intérêts français partout dans le monde, cette guerre sainte étant légitimée par la croisade menée par la France contre les Musulmans au Mali. Réponse attendue du berger à la bergère. Tout cela était parfaitement prévisible mais ce n'est peut-être pas le plus grave en la circonstance.

On commence, en effet, à découvrir que la pacification du Mali, qu'on prétendait terminée, en peu de temps et à peu de frais (6 morts du côté français, mais quelques centaines, dissimulées bien sûr, du côté nigérien), ne l'est peut-être pas autant qu'on pourrait le souhaiter et surtout qu'on le dit. Les accrocs au prétendu calme affirmé sont nombreux et divers.

Selon RFI (le 5 mai 2013), la seule source un peu sérieuse et intéressée au domaine dans nos médias, à Ber (ville à quelques dizaines de kilomètres au nord de Tombouctou), les communautés arabe et touareg commencent à s'affronter. Aucun soldat malien, français ou burkinabé en poste à Tombouctou ne s’est rendu à Ber, la ville elle-même étant contrôlée par le MAA, le Mouvement des Arabes de l’Azawad,. Si le MAA affirme ne rien avoir contre les Touaregs (enfin, à l'en croire, ce qui n'est pas l'avis des Tamasheq eux-mêmes), il entend chasser le MLNA de toutes ses positions. On commence par ailleurs à enlever des habitants de la ville dont le fils du marabout touareg de Ber qui a disparu.

Vient de naître à Kidal (RFI, 6 mai), d'où les soldats maliens sont toujours exclus, un Haut Conseil de l'Azawad (HCA) qui prétend, lui, à la fois fédérer les mouvements touareg, qu'ils soient ou non armés, et "faire la paix avec le Sud" ; ce HCA négocie avec la Commission "Dialogue et Réconciliation", récemment installée à Bamako (sur le modèle de la RCA et du Congo Démocratique). Le HCA entend intégrer dans son sein les deux principaux mouvements armés touareg : le MNLA (Mouvement National de Libération de l'Azawad) bien connu et le récent Mouvement Islamique de l'Azawad ( le MIA, dissidence d'Ansar Dine).

On voit par là quelle totale confusion règne dans toutes ces affaires. Si tout cela concerne essentiellement le Nord, on peut désormais craindre des troubles dans les quartiers populaires de Bamako où la police aurait démantelé une cellule du MUJAO qui, après que ses membres ont reçu dans le Nord, une formation militaire, s'est installé dans les principaux quartiers populaires de la capitale où la police les a découverts et arrêtés.

Dans ces conditions, on se demande comment le gouvernement de transition dirigée par Dionkounda Traoré pourrait organiser réellement les élections qu'exigent la communauté internationale et les Américains (l'absence de gouvernement élu dispense ces derniers de se mêler de tout cela) et qui sont prévues pour le 7 juillet 2013. On voit mal, à l'évidence, comment cela serait possible dans le Nord du pays (rappelons que les troupes maliennes du Sud sont interdites d'entrée à Kidal et même à Ber). Partout, les listes électorales ne sont pas prêtes et les commissions administratives qui doivent les établir ne sont même pas en état de commencer à le faire, chaque commission attendant en vain les documents d'une autre commission. Tout indique qu'il est impossible d'établir des cartes d'électeurs pour le 7 juillet, d'autant que, pour éviter les fraudes, on prétend que chacune d'entre elles devra porter la photographie de l'électeur concerné ! Par ailleurs, se pose le problème insoluble du vote des Maliens réfugiés dans les pays voisins qui ne sont évidemment même pas recensés.

Le seul point un peu sérieux et positif est la constitution de la Plate-forme des cadres et des leaders tamasheq (c'est-à-dire touareg, ce terme qui est le seul en usage au Mali n'est apparu que récemment dans les articles sur le sujet) qui s'est constituée depuis un mois et qui prétend représenter les positions de la communauté tamasheq favorable à l'unité malienne.
 
Le problème est que le contenu des propositions de cette plate-forme reprend bien des points qui ont déjà été définis, sans grands changements observables, comme des objectifs politiques et économiques majeurs et urgents depuis un demi-siècle ; y figurent, au premier chef, le développement économique du Nord du Mali et la décentralisation. L'affirmation des "besoins en matière de services sociaux de base" ne peut que rappeler l'affaire des centres de PMI dont j'ai parlé au début de ce post.

Il semble d'ailleurs que la Plate-forme tamasheq (qui par l'usage même de cette dénomination s'affirme explicitement comme telle et se distingue à la fois du MLNA et du HCA!) ait, sur les questions politiques les plus importantes, des positions différentes des autres mouvements. Le gouvernement de Bamako cherche naturellement à jouer, à son profit, sur la création de ces diverses organisations. La multiplication d'instances concurrentes n'est évidemment pas un élément de facilitation de la solution des principaux problèmes ; on peut prévoir, dans cette perspective, un enlisement progressif du dialogue, d'autant que la fameuse Commission "Dialogue et réconciliation" semble désormais s'ouvrir du côté de la CEDEAO comme de l'ONU, ce qui n'est probablement pas fait pour faciliter son action locale.

Comme je le disais dans un post précédent, nous ne sommes pas encore sortis de l'auberge malienne !

 

 

mercredi 26 septembre 2012

Comment l'esprit vient aux hommes (et aux femmes !)


L'idée de ce post et de son titre m'est venue ce matin, entre café et jus d'orange, en écoutant Monsieur Bernard Accoyer, ancien président de notre Assemblée nationale.
Voilà l'un de ces innombrables cas où, du fait de circonstances extérieures, l'esprit vient aux hommes ! Ce brave Savoyard a découvert soudain, et désormais il s'en ouvre volontiers au bon peuple dans les médias, que nous avons trop de représentants du peuple et qu'en retirant une bonne centaine de députés de l'Assemblée nationale (nous en avons près de 600!) tout marcherait aussi bien (ou aussi mal) ; nous serions alors, à peu près dans les canons de représentation de toutes les autres démocraties du même genre et du même niveau (en fait, encore très largement au-dessus!).

« Voilà une chose qu'elle est bonne ! » comme aurait dit Coluche ou "Bon sang mais c'est bien sûr !" selon la formule conclusive d'une figure de notre télévision d'antan.

C'est trop bête! Il est vraiment dommage que Monsieur Accoyer n'ait pas eu cette révélation, si soudaine quoique si évidente, durant les cinq années qu'il a passées juché sur le confortable perchoir du Palais-Bourbon. Qui mieux que lui aurait été en mesure et en position de faire pareille proposition et d'être écouté ? Fatalitas ! Il a fallu la défaite de Nicolas Sarkozy et le triomphe de la gauche pour que, évincé par là- même de sa présidence, il connaisse ce chemin de Damas démocratique !

Je dois dire que ce travers est fort répandu chez tous les hommes et les femmes politiques de l'ancienne majorité. Les choses sont même pires encore, puisque c'est après dix ans passés au pouvoir qu'ils découvrent soudain le caractère catastrophique de la situation qu'ils ont laissée derrière eux et l'évidence éclatante des réformes qu'il aurait fallu faire, sans que l'idée leur en soit jamais venue, une décennie durant. Ce qui est le plus drôle dans tout cela est moins le fait lui-même, qui est assez banal somme toute, que la folle impudence avec laquelle ils exposent ces points de vue. Cette attitude montre clairement, aujourd'hui comme dans les années passées, qu'ils tiennent manifestement les Français pour des imbéciles, ce en quoi ils n'ont peut-être pas tout à fait tort.

J'ai entendu aussi les propos tenus à l'ONU par notre Président de la République lors de son premier discours devant cette auguste assemblée.

Manifestement, il avait gardé en mémoire le carton qu'avait fait autrefois, en ce même lieu, Monsieur de Villepin et il entendait bien lui aussi demeurer dans l'histoire de l'ONU. Il a fait tous ses efforts dans cette perspective, tant en réitérant les propositions françaises sur la Syrie (nous nous mordrons peut-être un jour les doigts de notre comportement dans cette affaire, comme nous sommes déjà amenés à le faire en Tunisie, en Libye en Égypte ou ailleurs) qu'en s'avançant, non sans quelque imprudence, sur les affaires maliennes. Je crois que, dans ce pays, on oublie un peu vite un invariant politique qui est la constante opposition traditionnelle (et même parfois armée) entre le Sud (en gros, bambara) et le Nord (en gros, tamasheq) ; cette situation fait de cet Etat une forme de paradoxe géopolitique que l'on retrouve dans de nombreux Etats africains ; la colonisation, découpant le continent comme une tarte, a souvent réuni des populations différentes voire ennemies avec la même constance qu'elle mettait à séparer des populations identiques.

Voir la CEDEAO en première ligne dans l'affaire malienne, la France faisant mine de lui emboiter le pas avec la bénédiction de l'ONU a quelque chose d'étrange quand on connaît la situation intérieure du Nigéria et de la Côte d'Ivoire qu'on trouve ici comme leaders ! Ces Etats prétendent régler par la force ce genre de problèmes au Mali quand ils se montrent incapables de mettre un terme, chez eux, à leurs dissensions internes, ce qui a quelque chose de pittoresque pour l'observateur extérieur. En tout état de cause, il sera toujours commode, pour finir, de s'en prendre à l'ancienne puissance colonisatrice puisque tout, de toute façon, est, au fond, de sa faute.

Toutefois d'autres propositions formulées dans ce discours par notre Président de la République ont quelque chose de plus étrange encore ; il s'agit en particulier de la régulation du commerce des armes, dont nous sommes, dans le monde, l'un des principaux acteurs ; peut-être, dans ce domaine comme dans d'autres, serions-nous bien inspirés de commencer par balayer devant notre porte.

Une autre proposition, amusante celle-ci, est le souhait formulé de voir l'un des grands pays émergents entrer dans le conseil de sécurité de l'ONU où la RFA ne figure d'ailleurs pas davantage. De la part du Président de la République française, une proposition, plus intéressante et surtout plus inattendue, aurait été de proposer que la France, désormais puissance moyenne (nous ne sommes plus en 1948, vous l'avez sans doute noté), se retirât de ce conseil pour y céder sa place au Brésil ou à l'Inde !

L'esprit vient parfois aux hommes ... mais point trop n'en faut!

samedi 30 juillet 2011

Les nababs de la pauvreté . Exemple et suite.

Par hasard, j'ai lu, dans le quotidien haïtien, le Nouvelliste, un article de Carl-Henry Cadet qui fait un rapprochement, inattendu mais pertinent, entre Haïti et le Cambodge . Cet article fait suite à la projection publique à la FOKAL du film « Inside job » de la journaliste-cinéaste américaine d'origine cambodgienne Kalyanee Mam, Oscar 2011 du meilleur documentaire. qui avait été invitée à Port-au-Prince par l'ICFJ (International Center for Journalists).

"Haïti et Cambodge : un triste tableau

Haïti et Cambodge sont très distants sur le plan géographique, mais ils sont très proches sur le plan socio-politico-économique. Les deux pays, sous protectorat voilé ou ouvert de la communauté internationale, deviennent des terres fertiles pour le développement des ONG.

[...]

Le débarquement de l'ONU a ouvert la porte aux ONG qui sont aujourd'hui les vrais maîtres du Cambodge [il y en aurait un millier en Haïti]. Elles sont, selon la journaliste, plus de 3 000 au pays dont la population est aujourd'hui évaluée à 14 millions d'habitants. « Fuite de la main-d'oeuvre qualifiée, effondrement de l'industrie, dégradation du système éducatif, généralisation de la corruption... » sont parmi les maux ayant frappé le pays après 1991.

Avant l'arrivée de l'ONU, la pandémie du sida était presque méconnue au Cambodge. « Pas plus de 6 000 personnes malades du sida ont été recensées à travers tout le pays avant 1991, a indiqué Kalyanee. Ce chiffre est passé à 20 000 en 1992 pour atteindre entre 50 000 à 90 000 en 1995. » « L'ONU a apporté le sida au Cambodge et le choléra en Haïti », a souligné un participant à l'atelier [il est désormais avéré que sont en cause, pour Haïti et le choléra, non pas les ONG, mais des troupes asiatiques de la MINUSTAH dont le contenu des latriners a été déversé dans l'Artibonite par une société haïtienne chargée de leur traitement].

Dans les années 50 et 60, le Cambodge était considéré pour son attractivité touristique et son industrie florissante comme « La Perle de l'Orient ». Aujourd'hui, avec un revenu per capita inférieur à 800 dollars américains, les Cambodgiens vivent de l'assistanat.

Les meilleurs emplois du pays, offerts par les ONG, sont octroyés aux ressortissants des pays étrangers. Comme c'est le cas en Haïti, les Cambodgiens se contentent des postes de subalternes ou de seconde zone. Menant un train de vie supérieur à celui de la majorité des Cambodgiens, les expatriés font grimper le prix des loyers et des produits alimentaires. Et l'anglais tend à s'imposer comme la langue officielle du pays au détriment de la langue maternelle, le cambodgien, qu'on enseigne de moins en moins à l'école".

Cet article rappelle sur bien des points les propos de l'auteur des Nababs de la pauvreté!

Dans un même registre, scène comique au journal de 13 heures de jeudi 28 juillet 2011, sur France 2 où officie un des supplétifs estivaux d'Elise Lucet. Au fait que diable font ces deuxièmes, troisièmes ou quatrièmes couteaux - car chaque "journaliste" habituel en a deux ou trois - durant le reste de l'année, quand ceux et celles dont ils sont les doublures ne sont pas en vacances? Bref, la doublure du jour reçoit Rony Brauman à propos de la famine dans la Corne de l'Afrique. D'emblée, Brauman le douche en rejetant avec force le chiffre de 12 millions de personnes menacées par la famine que tout le monde avance, le disant très exagéré et surtout mettant en avant tous les autres problèmes de la Somalie (structurels, militaires, tribaux, politiques, etc.). La doublure essaye de protester, mais Brauman, qui connaît la situation du pays infiniment mieux que l'autre qui ne saurait sans doute pas situer exactement la Somalie sur une carte du monde, tient bon et, par là, tend à modérer l'enthousiasme caritatif des éventuels donateurs que l'autre veut précisément taper. Ce dernier choisit donc d'écourter l'entretien et de faire taire son invité pour pouvoir conclure sur les données fausses et le couplet qu'il avait préparé.

Un classique de nos informations télévisées!

mardi 26 juillet 2011

Les nababs de la pauvreté (2)

Dans la mesure où j'ai souvent emprunté, dans mon texte d'hier comme dans d'autres qui l'ont précédé ici ou là, le titre français du livre de Graham Hancock, Les nababs de la pauvreté (je me suis permis de retirer les majuscules du titre français de cet ouvrage qui étaient une reproduction servile de la pratique orthographique anglaise qui fait un usage immodéré de la majuscule), il me semble normal de dire quelques mots de cet excellent livre, sans doute un peu oublié aujourd'hui, bien à tort d'ailleurs.

Graham Hancock, né en 1950 à Edinburgh, a passé une partie de son enfance en Inde où son père était chirurgien avant de revenir pour ses études en Grande Bretagne. Comme journaliste, il a passé deux ans (1981-1983) en Afrique orientale et c'est sans doute de ces expériences qu'il a nourri son analyse critique du "charity business". Toutefois ce livre est unique dans sa bibliographie car son intérêt et ses travaux se sont portés de façon centrale et quasi unique sur des problèmes archéologiques où il a, le plus souvent, des vues très hétérodoxes ; ainsi conteste-t-il les datations admises pour les pyramides de Gizeh et le Sphinx auxquels il accorde de 12.000 à 10.000 ans d'âge alors que la plupart des archéologues considèrent qu'ils datent du 3ème millénaire avant J.- C..

Paru en 1989, The Lords of Poverty fait surtout référence à l'aide au développement des années 80, mais il faut bien reconnaître que les choses n'ont guère changé comme la situation actuelle en Haïti ou dans la Corne de l'Afrique le confirme chaque jour. Combien de vies auraient pu être sauvées en Ethiopie par les sommes qui ont été engagées pour tenir, ce lundi 24 juillet 2011, à Rome, la réunion dite d’urgence de l'ONU qui a rassemblé (mais à quel prix et avec quels résultats ?) les ministres et dirigeants des 191 pays membres de la FAO ainsi que les représentants d'autres agences des Nations Unies comme les responsables d'organisations internationales et d'ONG. En tout cas, nombreuse magnifique assemblée que nous avons pu admirer à la télévision!

Pour revenir à lui, cet ouvrage faisait surtout référence à l'inadaptation de nombreuses entreprises d'aide au développement (éléphants blancs ou éléphants roses) et stigmatisait moins qu'on a pu le faire par la suite les prélèvements immodérés (jusqu'à 80%) que peuvent opérer certaines O.N.G. sur les dons qui leur sont faits par le public. D'autres affaires survenues depuis sont bien connues et me dispensent de faire référence à ces étranges modes de fonctionnement.

La cible principale de ce livre est constituée par les agents des grandes organisations, pour l'essentiel internationales : Programme des Nations unies pour le développement, FAO, Programme alimentaire mondial, Organisation mondiale de la santé (OMS), UNICEF, FMI, Banque mondiale (je cite dans le désordre ce qui en l'occurrence importe peu). L'auteur dénonçait, à juste titre, le train de vie des représentants de ces organisations qui souvent n'ont, en fait, que peu de contacts avec les pays qu'ils sont censés visités, passant du salon VIP de l'aéroport au Sheraton ou au Hyatt de la capitale, avec éventuellement, en voiture climatisée quelques visites au ministère compétent (dont les bureaux sont également climatisés) comme aux bons restaurants du coin, s'il en existe. Tous leurs séjours se passent, au mieux dans les réceptions, les cocktails et les dîners, ou, au pire, dans quelques lieux où les nobles étrangers sont censés se rendre pour les besoins de leur mission : écoles, hôpitaux, ou autres endroits du même acabit où ils ne font que de brefs séjours en vue desquels on leur a, en général, préparé les décors adéquats et réuni les témoins propres à satisfaire leurs attentes.

Faut-il ajouter que souvent, alors qu'ils sont à peu près totalement pris en charge par le pays qui les accueille, ces séjours sont générateurs de per diem fastueux, surtout si on les rapporte au salaire moyen annuel d'un travailleur dans les pays visités.

Si je me limite ici aux problèmes de l'éducation qui sont ceux que je connais le mieux, les rapports qui sont soit produits au terme de ces visites, soit rédigés, sur commande expresse, par des "experts", auxquels on a confié, à prix d'or, la rédaction de tels textes, témoignent d'une ignorance à peu près totale et parfois confondante des réalités qu'ils visent pourtant à décrire et à analyser. Prenons, car il est exemplaire, le cas du grand rapport sur l'éducation en Afrique subsaharienne produit par la Banque Mondiale en 1988 et qui est, à ma connaissance, le dernier grand livre sur ces questions. Il a précédé la série des Forums mondiaux de l'éducation, réunis par l'UNESCO à grands frais en 1990 (Jomtien) et de Dakar (2000), (simple détail : un seul de ces forums représente le coût de la construction de 100.000 écoles au Mali!) et qui a depuis tourné court après le fiasco de Dakar (on attend toujours le Forum de 2010!). Or ce texte de 192 pages consacre une page et demie à la question du médium éducatif dans l'école africaine qui est pourtant, de toute évidence, la question majeure et centrale.

En revanche, les agents ou les experts des organismes du style de la Banque Mondiale s'attachent avec passion aux rapports qu'on pourrait établir entre les résultats des élèves et le matériau de construction des écoles (béton, briques, bois, banco, etc.). Une question qui préoccupe beaucoup est celle du rapport entre les résultats des élèves et le "genre" des enseignant(e)s. La question est amusante surtout dans sa formulation. Les experts, pudibonds, n'osent pas user du mot "sexe" (le terme leur semble choquant). Cette question est naturellement absurde, puisque les deux mots ne sont absolument pas synonymes saufs pour des experts internationaux de la Banque Mondiale et des organismes internationaux, trop ignorants pour le savoir et qui naturellement, entre deux expertises, n'ont jamais eu le temps de lire le grand livre d'Ivan Illitch sur le genre vernaculaire!

Il est clair que c'est surtout dans ces organisations qu'on trouve les vrais nababs de la pauvreté plus que dans les O.N.G., où il y a incontestablement nombre d'agents, souvent bénévoles, qui pensent sincèrement pouvoir oeuvrer au développement des pays dans lesquels ils sont envoyés.

Je ne veux pas tomber toutefois dans un angélisme excessif ; une petite expérience que j'ai vécue à Ouagadougou en 2004 au moment du Sommet de la francophonie (je précise que ma condition est beaucoup trop modeste pour que j'aie été invité dans ce cadre) me conduit toutefois à modérer ici mes appréciations positives sur les O.N.G. En cette circonstance, comme la réunion à laquelle je participais se tenait en un lieu assez éloigné du centre d'Ouagadougou où je logeais et que je commençais à m'ennuyer un peu, j'ai décidé avec un collègue de prendre un taxi pour rentrer en ville. Il y en avait évidemment aucun et nous avons donc essayé de trouver un autre moyen de transport. À cette fin, nous avons longé de longues files de véhicules qui étaient garés là, sans doute par des participants qui avaient eu, eux, la patience de rester en séance. Nous avons pu constater alors que l'immense majorité de ces véhicules étaient des 4x4 de luxe, tous flambant neufs, climatisés et portant, à peu près tous, le sigle de l'O.N.G. qui en était propriétaire. À force de patience nous avons fini par trouver un taxi, sans avoir pu faire l'expérience d'un transport dans l'un de ces somptueux véhicules.

Il y a donc sans doute aussi dans les O.N.G. quelques nababs de la pauvreté !

mercredi 25 août 2010

Les Roumains ne manquent pas d'air!

On attend aujourd'hui à Paris deux ministres roumains qui vont rencontrer des responsables français au sujet des affaires de Roms comme vous l’imaginez. « Quand un vicomte rencontre un autre Vicomte, qu’est-ce qu’ils s’racontent.. »
Dans les jours qui ont précédé, le ministre roumain des affaires étrangères n'a pas mâché ses mots à l’adresse de la France, à propos des récents événements et des expulsions de Roms, mettant Paris en garde contre « la stigmatisation d'un groupe ethnique ». Comme il fait partie de la délégation roumaine en route pour Paris, on peut dire que c'est là un homme qui ne manque pas d'air (avec tous les jeux de mots possibles sur ce dernier terme puisque les Roumains en général, roule, plus ou moins, les airs !). C’est vraiment la pelle qui se moque du fourgon ! Si nous étions un tant soit peu gouvernés, le gouvernement français aurait fait savoir à ses deux émissaires de Roumanie qu'ils sont en France persona non grata !
J'entendais ce matin, sur RMC, Jean-Jacques Bourdin converser sur cette question, avec le vice président du Front National. On a parlé de tout et rien, surtout de politique « politicienne » (comme on dit aujourd'hui pour marquer qu'on évoque des sujets sans intérêt), mais, à aucun moment, ni l'un ni l'autre n'a évoqué l’essentiel, le sort et la condition des Roms en Roumanie même, comme dans la plupart des PECO.
Il est clair que les migrations vers la France ne feront que croître et embellir vu le traitement réservé à ces populations par la Roumanie, mais aussi et surtout, paradoxalement, vu les dernières mesures qui sont prises par la France en ce domaine. Bien loin de décourager les migrations, elles les favorisent ! Non seulement en effet on offre des vacances à chaque famille roumaine qu'on expulse (avec son consentement, mais comment ne serait-elle pas consentante vue les conditions qu'on lui propose) : retour par avion gratuit assorti d’un don de 500 € pour une famille avec deux enfants, mais, dans l'hypothèse où elle feindrait de vouloir y rester, au lieu de se borner à y passer une courte période de vacances avant de revenir en France, on lui établit un « contrat d'insertion de 3600 € » !

Je conseillerais volontiers à des familles françaises dans le besoin et sans ressources de demander la nationalité roumaine et de migrer vers ce pays afin de bénéficier de pareilles conditions d'expulsion.
Vu les textes européens, on ne peut empêcher des citoyens roumains ordinaires de venir à Paris, mais en revanche, le gouvernement français, sur le plan diplomatique, peut tout à fait déclarer persona non grata un ministre roumain dont il ne souhaite pas la venue. La chose est d'autant plus comique que l'un de ces deux visiteurs a comme fonction dans son pays celle de « secrétaire d'État chargé de l'insertion des Roms ». Quand on connaît, si peu que ce soit, la politique de l'État roumain à l'égard des Roms qui est, à peu près, de l'apartheid agrémenté de vexations de toutes natures destinée à provoquer leur émigration, on ne peut qu'être mort de rire à la fois devant le titre dont se pare cet auguste visiteur et du fait même de l'objet qu'il déclare pour sa visite. Mais je dois être le seul à être sensible à ce genre de comique !
Toutefois, une telle démarche me rappelle un peu les représentations qu'avait faites l'Australie à la France, au moment des « événements » de Nouvelle Calédonie, en lui reprochant les mauvais traitements qu'elle infligeait aux populations autochtones de ses « colonies » du Pacifique. Pour une fois, François Mitterrand leur avait adressé la réponse du berger à la bergère, sans leur rappeler cependant qu'ils avaient empaillé le dernier pour l'installer dans le musée de Hobart !
Comme je suis sans doute d'un caractère difficile et peut-être aujourd'hui d'assez mauvaise humeur, j'aurais aussi volontiers adressé quelques mots à divers autres donueurs de leçons.
D’abord, à la fameuse commission de l’ONU, qui s'est prononcée sur la même question ; elle réunit, en effet, des « diplomates », « nababs de la pauvreté » patentés, installés à New-York, et, de fait, rassemble surtout quelques laquais de divers dictateurs auxquels se joignent des représentants d’Etats nord-américains dont le traitement qu’ils ont infligé (et qu’ils continuent à faire subir) à leurs propres « autochtones » est, chacun le sait, exemplaire !
Ensuite le Pape, qui aurait dû, plus que quiconque, se tenir coi dans pareille affaire ! En effet, vu son passé glorieux dans les jeunesses hitlériennes, Herr Ratzinger est lui aussi admirablement instruit de ces questions et par là même parfaitement placé pour faire la leçon à propos des Tziganes. Il est donc sans doute en mesure de créer, pour les y accueillir, quelques-uns de ces camps qui fonctionnaient si efficacement dans son pays au temps de sa jeunesse. Toutefois sa nouvelle et éminennte position lui permettrait de les installer dans les soixante hectares de sa superbe résidence de Castelgandolfo qui ne lui servent pas à grand chose à son âge et dans son état.