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jeudi 24 octobre 2013

"Honte à qui peut chanter pendant que Rome brûle" ou "le festin des mercenaires"?


Je ne sais pas si, en la circonstance et compte tenu de la suite, vous préférez Néron ou Salammbô. Le choix du titre ne dépend que de vous, mais la consternante réalité des faits reste la même. Sortez vos mouchoirs et préparez les Kleenex, car le week-end du 30 novembre 2013 vous risquez d'être privé du spectacle du championnat de France de football, trompeusement dénommé désormais, selon le modèle commun, (mais seule l'étiquette a changé) Ligue 1 et Ligue 2, ces termes ayant remplacé les anciennes et infamantes dénominations de première et deuxième divisions qui avaient au moins le mérite de ne pas attenter à la langue française ;  on y usait en effet de l'ordinal, seul possible en pareil cas. On ne peut toutefois demander aux "gros pardessus" officiels du foot de connaître le français ; ils ont déjà bien du mal avec le foot !

La moustache de Monsieur le Président de la Ligue de Football Professionnel est encore toute frémissante d'indignation ; cette menace de grève, en réponse à la mesure qu'on annonce sur les oeuvres vives financières du foot, n'est pas vaine dans sa bouche. Le président Hollande, qu'on dit amateur de football, risque donc se résigner à la prendre en considération, sans pour autant choisir la vraie bonne décision en la matière.

À dire le vrai, cette qualité même d'amateur de football devrait le conduire, non seulement à maintenir le prélèvement fiscal de 75% sur les revenus annuels d'un million d'euros et donc à accepter par là le principe de cette grève, mais, éventuellement, il pourrait même faire en sorte de la prolonger. En effet, désormais, tous les vrais amateurs et connaisseurs de ce sport peuvent satisfaire leurs appétits de vrais spectacles sportifs en regardant, grâce à la télévision, les championnats anglais espagnols et italiens (par ordre de mérite, les épreuves françaises n'ayant évidemment aucun titre à figurer dans un tel palmarès).

Car les "représentants" du football français, officiels ou dirigeants de clubs professionnels, n'ont pas la moindre vergogne à se comporter comme ils le font, dans la situation que connaît l'immense majorité des Français et à venir inviter cette misérable population à verser des torrents de larmes sur les pauvres travailleurs du protège tibia (j'hésite à use du terme de "sportifs" au vu des prestations de ces joueurs et du discours de leurs représentants) qui devront payer 75 % d'impôts si leur revenu annuel dépasse le million d'euros. Les pauvres !

Indépendamment de toutes ces considérations, le sport professionnel, puisqu'il attire ainsi l'attention sur ses maux financiers, devrait être l'objet d'attentions infiniment plus vigilantes de la part des services fiscaux et douaniers compétents en la matière, car il me paraît clair que, tant pour les transferts que pour les salaires, le sport français et, d'une façon plus générale, le sport international est une immense et permanente blanchisserie où viennent retrouver leur virginité les milliards issus de tous les trafics du monde. N'oublions pas que l'un des premiers et des plus actifs promoteurs du blanchiment d'argent sale dans le football a été, à la fin des années 70, le grand Pablo Escobar qui a failli amener ainsi la Colombie sur la plus haute marche du championnat du monde de football.

Quelques chiffres car, bien entendu, on ne les trouve guère dans le discours officiel et on ne risque guère de les imaginer, si l'on a le malheur, de temps en temps, de suivre ne serait-ce qu'une dizaine de minutes d'un match de championnat de France de football.

En France, il y a en effet (et ce total ne prend pas en compte Monaco qui n'est pas en France comme vous le savez !) cinquante trois joueurs dont le salaire annuel est supérieur à 1 million d'euros, sans compter les multiples embrouilles de fraudes fiscales qui font que des primes et/ou des compléments de salaires sont versés, ici ou là, dans des paradis fiscaux, comme tout le monde le sait sans que personne ne le dise. Ne parlons même du fait que ce sont les EMPLOYEURS qui payent les impôts !
Il est certain qu'à regarder le spectacle qui est donné sur nos stades dans les épreuves de ce championnat, on peut guère imaginer que l'équivalent de cinq équipes de football complètes sont sur les terrains chaque semaine et que ces gens-là sont payés au moins 1 million d'euros par an. C'est évidemment consternant mais le problème n'est pas là.

On pourrait dire d'ailleurs que le fol accroissement des salaires des joueurs (alors qu'il y de moins en moins de spectateurs présents) a été inversement proportionnel à la qualité du jeu des équipes. On se demande comment des spectateurs vont jusqu'à payer de 30 à 90 € pour aller voir ses sinistres guignolades tandis que près de 90 % des Français sondés jugent que les joueurs de l'équipe de France sont trop payés. C'est encore pire pour tous les joueurs qui opèrent dans notre championnat.

Je ne crois pas un instant que ni les dirigeants de la fédération ni les principaux dirigeants de clubs se soucient le moins du monde ni des joueurs eux-mêmes ni des spectateurs, et encore bien moins s'il est possible, des seconds que des premiers. Ils ont d'ailleurs parfaitement raison, puisque l'on continue à les applaudir dans les stades au lieu de les accabler, à chacune de leurs apparitions, de tomates et d'oeufs punais. Tout ce milieu est parfaitement nauséabond er quand on voit jouer, par exemple l'Olympique Lyonnais, on a peine à imaginer que treize joueurs de cette équipe gagnent plus d'un million d'euros par an, comme d'ailleurs 13 autres des Girondins de Bordeaux ou du LOSC, sans parler des 17 que compte l'Olympique de Marseille et des 21 qui portent le maillot du Paris-Saint-Germain. Tout cela ne sert pas grand-chose d'ailleurs quand on voit qu'une équipe comme Monaco, qui doit compter une bonne quinzaine de millionnaires arrive péniblement à faire match nul avec Sochaux, avant dernier de notre pitoyable classement de Ligue 1.

Tout cela est scandaleusement nul au plan sportif et sans doute fiscal, mais, après tout, les gens qui, comme moi, ne regardent jamais les matchs des clubs français n'ont pas de raison de s'en plaindre. Côté FFF ou LFP, s'ils ont entendu parler de ça, ils vont faire à notre président le coup du "panem et circenses" mais le pain est rassis depuis des mois et les lions édentés depuis des années ! Reste le "lien social" mais la ficelle est à sens unique !

En revanche, côté gouvernement, les propos du ministre spécialisé sont bien timides et font craindre le pire ; elle allègue simplement que "la population ne comprendrait pas que le football professionnel ne participe pas à l'effort collectif". Foutaises ! La seule réponse serait le passage pour cette catégorie de sportifs de 75 % à 90 % d'impôts (car en plus ils ne les payent même pas !), taux avait été choisi pour les plus hauts revenus par le président Roosevelt au moment de la grande crise américaine. Peut-être le président François Hollande passerait-il alors dans les sondages  de 23 % à 86 % de satisfaits, ce qui est justement le pourcentage des Français qui considèrent que les revenus de ces footballeurs sont scandaleux ! Le tout devrait être assorti bien sûr de contrôles impitoyables des services fiscaux et de la TRACFIN (Traitement du Renseignement et Action contre les Circuits Financiers clandestins) qui feraient sûrement un carton !

mardi 22 octobre 2013

Pour en finir avec l'affaire Leonarda.



J'avais songé, au départ, à une solution que je n'ai pas exposée dans mes blogs sur le sujet pour ne pas susciter des commentaires à l'infini (voire des injures) ; quoique raisonnable et généreuse, elle aurait sans doute suscité les passions, vu la personnalité très singulière du père de famille et l'amour de l'école qu'on prétendait trouver alors chez la jeune Leonarda. J'aurais suggéré, en effet, que notre Président de la République ajoutât à sa décision que le retour en France de la jeune fille était accompagné d'une offre de prise en charge par la France, pour la durée de sa scolarité, de son admission, à titre exceptionnel, à la Maison de la Légion d'honneur de Saint-Denis. La suite a montré que cette solution n'était sans doute pas bonne car Leonarda est bien loin d'être l'élève modèle à tous égards qu'on nous dépeignait.

Naturellement mes deux billets sur le sujet ont suscité des commentaires en particulier chez quelques âmes généreuses, de gauche et féminines pour la plupart, mais assez mal informées, ce qui rend nécessaire de ma part cette ultime mise au point.

On m'a objecté, dans MDP et Agoravox, que les mensonges du père n'étaient que des peccadilles puisque ils sont coutumiers dans les dossiers de demandes d'asile. C'est hélas parfaitement exact, puisque il faut, à la fois, venir d'un pays où l'on est exposé, d'une façon ou d'une autre, à des brimades, des menaces, des vexations ou, hélas, le plus souvent, bien pire encore, et donner sur la réalité de sa condition antérieure des informations exactes et vérifiables.

Mentir sur son origine nationale réelle et détruire ses papiers est le premier conseil des associations spécialisées pour prétendre à un asile auquel on n'a pas droit ; c'est ce qu'a fait d'emblée R. Dibrani qui vivait depuis dix sept ans en Italie. ! Le droit d'asile (légitime ou non) est devenu une filière très fréquentée de l'immigration naguère clandestine. Le nombre de dossiers de demande d'asile a explosé et donc, de ce fait même, il y a de moins en moins de cas d'acceptation. Un dossier sur dix est actuellement accepté contre neuf sur dix naguère encore, car il y a de plus en plus de faux dossiers, même s'il y en a hélas beaucoup de fondés. De ce fait, ces falsifications sont très loin d'être innocentes et sans gravité, car d'habiles dossiers mensongers conduisent fatalement à écarter des dossiers légitimes et honnêtes..

Pour m'être rendu, dans les vingt cinq années qui viennent de s'écouler, dans nombre de pays du Sud (dans toute l'Afrique, comme aux Comores à Madagascar ou en Haïti) je puis avancer d'expérience que la misère en Europe et la pénibilité de certaines situations (pour les Roms par exemple), si regrettables qu'elles soient, ne sont en rien comparables à celles qu'ont peut trouver dans le Sud où s'ajoutent, en outre, dans nombre de pays, aux famines et à la plus extrême misère, d'atroces guerres civiles, religieuses et ethniques souvent, qui dépassent tout entendement.

On nous a récemment montré, à propos des Roms, des documentaires sur leurs conditions de vie en Roumanie ou au Kosovo, mais je ne connais pas de Comoriens, d'Haïtiens, de Congolais ou de Somaliens (du peuple bien entendu) qui ne soient prêts à changer immédiatement la condition et la vie qu'ils connaissent dans leur propre pays contre celles qui leur seraient faites dans l'un ou l'autre de ces Etats européens. Il est inutile pour cela d'évoquer ici les milliers de noyés de l'Atlantique ou de la Méditerranée.

Les mensonges de Resat Dibrani, ne sont donc pas des peccadilles comme certaines veulent nous le faire croire (en les comparant sottement aux mensonges que font ceux qui circulent avec de faux permis de conduire ou font des déclarations d'impôts inexactes) ; ces mensonges et ces faux sont au contraire gravissimes car ils conduisent à écarter, au bénéfice d'un profiteur malhonnête, qui n'a jamais rien fait de toute sa vie et qui n'a quitté l'Italie, selon ses propres termes, que parce qu'il jugeait la France plus propre à mieux l'entretenir dans sa paresse, des dossiers sincères infiniment plus dramatiques et plus dignes d'être pris en considération au titre du droit d'asile. De tels comportements pour le défendre dans les blogs ne visent guère qu'à prendre des poses avantageuses, tout en ignorant les réalités du monde et en particulier celle du Sud.

Pire encore! Puisque Monsieur Resat Dibrani conduit à mettre sur le tapis la question du Kosovo, on peut donner, à cet égard, quelques détails significatifs que j'ai entendus ce matin même vers 8 heures, sur France Culture, de la bouche de Caroline Fourest, grande experte en la matière. Le nombre des demandes d'asile en provenance du Kosovo a, en effet, littéralement explosé ces dernières années ; multiplié par 2,80 il a donc pratiquement triplé. Bien entendu, cela correspond peut-être à une forme d'aggravation de tensions sociales au Kosovo dont on n'a pourtant guère parlé, mais, à mon sens, cela signifie bien plutôt et surtout que s'y sont mises en place des filières d'immigration vers l'ouest (comme ailleurs) et vers la France surtout. Tout cela profite sans doute surtout à un certain nombre de mafiosi kosovars, car il y a dans cette zone une grande activité mafieuse qu'on constate à bon nombre d'autres signes.

Nous avons sur ce point comme sur beaucoup d'autres une administration si pesante que, non seulement elle fonctionne avec d'une lenteur extrême, mais elle offre en outre des possibilités infinies d'en ralentir, voire dans bloquer l'application. Le cas Dibrani, dont la demande d'asile, refusée d'emblée, a été rejetée quatre fois en appel (d'où la durée insolite de la procédure) illustre ce point ! Toutes les décisions, prises à propos du droit d'asile, peuvent certes être contestées devant une Commission d'appel, mais je comprends mal comment cette contestation, dans le cas de Monsieur Dibrani, a pu être faite quatre fois de suite et cela d'autant qu'il était manifeste que les documents qu'il présentait étaient des faux ; il aurait suffi d'interroger sa famille dans la langue locale du Kosovo (albanais ?) pour s'apercevoir de la supercherie! Les sciences du langage peuvent servir parfois quelque chose, même en matière de droit d'asile et d'immigration.

Vouloir traiter, comme certaines intervenantes le font, l'accumulation des mensonges et des falsifications de Monsieur Dibrani comme des espiègleries sans conséquences témoigne non seulement d'une totale méconnaissance de la misère du monde, mais en outre d'une ignorance égale des réalités des procédures du droit d'asile. Quiconque s'arroge indûment une place en ce domaine la prend fatalement à un autre vrai malheureux qui la mériterait, lui !

Au moment où j'allais souvent en Afrique, j'avais projet (mais je n'ai jamais eu le temps de le faire ni le réellement l'envie), je voulais, par blague, m'offrir pour 5000 Fr. CFA auprès d'un agent administratif d'un État africain, un certificat attestant que j'avais, dans le pays en cause, deux ou trois enfants naturels. Ce papier m'aurait permis de me présenter aux allocations familiales françaises pour y percevoir les allocations correspondantes à cette petite famille. Je n'aurais eu aucune difficulté à le faire (peut-être pour 10 000 Fr. CFA et non 5000 ! ) et j'aurais été parfaitement fondé à percevoir les allocations familiales correspondantes. En outre, j'aurais pu, pour le même prix, prolonger d'un an par enfant naturel, le nombre de mes années d'exercice avant le départ à la retraite. J'ai connu un éminent professeur parisien, spécialiste d'histoire religieuse, qui s'était livré à cet exercice, avec de vrais enfants en ce qui le concerne, du moins je l'espère pour sa mémoire !

dimanche 20 octobre 2013

François Hollande : « Oignez vilain, il vous poindra ! ». Le piège


François Hollande, qui a pris tout le temps de la réflexion avant de faire connaître sa position sur l'affaire Leonarda qui a occupé toute la fin de semaine, aurait dû mettre à profit ce délai pour relire Gargantua (XXXII ,1546) pour y retrouver le dicton fameux qu'il connaît certainement : "Oignez vilain, il vous poindra ; poignez vilain, il vous oindra ! ". Cet adage est plus convenable qu'un autre, bien plus ancien et donc bien plus rude dans sa forme : "Oigniez a mastin le cul, il vous chiera en la paume ".

Ces deux proverbes se sont avérés tout à fait adaptés dans le cas de Monsieur Resat Dibrani qui, devant la proposition de notre Président de la République, non seulement a regimbé mais formulé des menaces à l'égard de François Hollande et de la France, en affirmant si le retour "n'est pas possible gentiment, alors il se fera de force". Voilà un homme qui sait parler et je m'étonne qu'il n'ait pas demandé la jouissance de la Lanterne et quelques millions d'euros au titre du préjudice moral voire une mobilisation générale au Kosovo !

Il faut reconnaître que, pour diverses raisons qui, généralement, ne sont guère avouées, les positions des intervenants sur cette affaire sont extrêmement curieuses, en particulier par la dissimulation systématique des faits, tout particulièrement pour ce qui touche ce redoutable Monsieur Resat. Ses antécédents, soigneusement gazés dans la presse de gauche (et en particulier comme on le verra dans Mediapart, si sourcilleux sur la morale de tous ses adversaires), le sont jusqu'au ridicule dans l'article de Carine Fouteau du 19 octobre 2013. Par manque de chance ces "informations" (j'hésite ici à user de ce terme) sont réfutées aujourd'hui même par celle de la presse italienne. Elle a fini par donner son point de vue sur l'affaire, puisque la famille Dibrani a vécu en Italie durant longtemps et est en réalité italienne, ce qui lui interdit évidemment tout recours au droit d'asile en France.

Si les accusations portées contre le père en matière de falsification de documents d'identité et de violences familiales ne sont pas très nouvelles, puisque on les a signalées également en France, on apprend que ses deux grandes filles, dans leur enfance, ont été contraintes à la mendicité, délit qui manquait jusqu'à présent au palmarès de Monsieur Dibrani qui ne comprenait guère que la destruction de ses pèces d'identité, les fausses déclarations, la production de faux documents achetés sur place, les violences familiales, et, on l'apprend désormais aussi, une implication dans une affaire de cambriolage. Tout cela est donc un peu loin de l'image idyllique qu'on a voulu et que certains cherchent toujours à en donner, comme on va le voir.

L'article de Carine Fouteau, à la une de MDP, est une merveille de présentation fallacieuse des données fâcheuses sur le personnage qu'il faut bien citer, en passant bien sûr et surtout tout en tentant de les minorer systématiquement par une rhétorique de la litote qu'on juge habile et propre à tromper les lecteurs de MDP dont elle semble avoir une piètre opinion!

Je n'en citerai que deux ou trois brefs exemples, car il faudrait tout citer en un tel texte : toute la présentation des faits y est biaisée, ce qui me conduit à reprendre pour un instant mon ancien métier pour en faire une explication de texte très partielle mais significative. Je cite en numérotant les points que concernent mes remarques :

« L'éclairage médiatique a été ainsi placé sur Resat Dibrani [1]. Ses « mensonges » et autres contradictions [2] ont eu tôt fait de le discréditer, alors que les arrangements avec la vérité [3] sont relativement fréquents [4] dans ce type de procédure qui représente une question de survie pour les personnes qui les engagent. [...] .Ce père de 47 ans a été présenté comme peu fiable, violent et irascible [5] . Il aurait [6] commis « quelques larcins » [7] et frappé sa femme et deux de ses filles [8] ».

On devrait, dans les classes, faire étudier un tel texte pour y voir un exemple parfait et systématique de mauvaise foi et de présentation fallacieuse de données.

N° 1. Les guillemets qui encadrent "mensonges" tendent à donner à penser que ces prétendus "mensonges" n'en sont pas et que les "autres contradictions" n'en sont pas davantage. Innocent Resat. qui a même été assez sot pour préciser le prix d'achat de ses faux documents d'identité.

N° 2 et 3. Ces "prétendus" mensonges ne sont, modestement, que des « arrangements avec la vérité ». On passe de la litote à la comédie. Monsieur Resat Jourdain dans le Kosovar gentilhomme ! . Ces "arrangements", "relativement fréquents dans ce type de procédure" » sont des "outrages à magistrats". Pour C. Fouteau ce ne sont là qu'espiègleries !

N°4. Pourquoi M. Dibrani aurait-il un traitement spécial alors qu'il accumule les motifs légitimes et fondés de refus à ses demandes répétées d'asile politique (bien entendu mensonger aussi) ? Est-ce que le nombre des mensonges comme la fréquence des accusations diverses sont des justification à ses actes?

N°5 "Ce père de 47 ans a été présenté comme violent " . Faut-il insister sur l'usage de ce verbe "présenter" qui donne à penser qu'il s'agit simplement d'une présentation mensongère alors qu'il a été l'objet de plainte pour violences familiales sur sa femme et ses filles de la part de son épouse, et que confirment ces violences familiales tous les témoignages recueillis!

N°6. "Il aurait commis" ; je ne commente même pas l'usage suspicieux du conditionnel

N° 7."Quelques larcins". Je ne sais pas comment Carine Fouteau qui aime tant les clichés a pu éviter ici l'adjonction de l'épithète "menus" qui est habituelle en pareils cas ?

Le portrait du père est achevé et il se trouve désormais confirmé par d'autres témoignages, dont les plus récents qui viennent d'Italie et le confortent en tous points.
La présentation des circonstances de l'interception de la jeune fille est un point essentiel. L'article de C. Fouteau précise et je cite 
"La jeune fille a été appelée sur son téléphone portable alors qu’elle se rendait avec sa classe à l’usine Peugeot de Sochaux pour une sortie scolaire. Si la décision d’éloigner la famille est « justifiée en droit » car « aucun des recours (…) n’a été jugé recevable par la justice administrative ni par la justice judiciaire », en revanche, les forces de police, en allant chercher Leonarda dans le bus, « n’ont pas fait preuve du discernement nécessaire », indique l'IGA.
« Essentiellement focalisée sur l’objectif de parvenir à regrouper la famille et de ramener la jeune fille auprès de sa mère, l’attention des forces de l’ordre n’a pas été éveillée par le fait que Leonarda Dibrani se trouve dans un bus dans le cadre d’une sortie scolaire. Elles n’ont pas pris la mesure des enjeux que représenterait une intervention pour interrompre cette sortie. Elles n’ont pas considéré être dans le cadre des instructions interdisant toute interpellation dans des établissements scolaires ou à proximité de ceux-ci », regrettent les deux inspecteurs, qui tentent d’expliquer le geste des agents de police en affirmant que des personnes soutenant la famille avaient donné leur accord." C. Fouteau, 19/10/2013

J'ai mis en gras le point essentiel, naturellement, quasi omis. Je n'insiste pas sur la sottise de ces "deux inspecteurs" qui "tentent d'expliquer le geste des agents de police" ; en vain bien entendu car il est inexplicable et injustifiable ! Se pose néanmoins la vraie et seule question qu'on essaye d'éviter. Qui a bien pu pu donner le numéro de téléphone portable de Leonarda à la police?

C'est là qu'interviennent "les personnes soutenant la famille", c'est à dire en fait les "associations de soutien" qui, depuis près de cinq ans, ont organisé les recours successifs contre un refus d'asile politique tout a fait fondé. Ce sont ces PERSONNES elles-mêmes qui ont adressé ou permis cet appel téléphonique à la jeune fille pour lui apprendre que le reste de la famille allait partir. Ce sont ces seules "PERSONNES" et non les policiers qui pouvaient connaître le numéro de téléphone portable de Leonarda qui n'avait pas dormi chez elle la nuit d'avant, par hasard bien entendu !

Tout cela est évidemment caché ou mentionné volontairement de façon si lointaine qu'on peut se demander s'il n'y a pas eu là une organisation d'un piège tendu à la police qui est tombée dans le panneau ! Peut-on, en tout cas, montrer plus de mauvaise foi dans la description d'une situation, quelle que soit l'opinion qu'on ait de la chose, quand on se prétend "journaliste" et surtout dans un organe de presse où l'on ne cesse d'invoquer le droit à l'information et la déontologie de cette profession.

Cerise sur un gâteau déjà bien chargé, un commentaire de cet article, au ton décalé par rapport à la ligne de MDP et qui a miraculeusement échappé à la censure (à cause du week-end sans doute:) :
"La description de Leonarda comme une lycéenne modèle, studieuse a l'école, relève également de la fable. "Selon les données recueillies par la mission, les absences de Leonarda au collège sont de 66 demi-journées en 6e, 31 en 5e, 78 en 4e et 21 1/2 depuis le début de l'année scolaire actuelle." Il est aussi précisé que "la jeune fille découchait régulièrement" (page 9), souvent pour aller chez son copain à Pontarlier."

lundi 9 septembre 2013

Much ado about nothing ou "Alors, on ne retient plus ici?"

Le titre anglais de Beaucoup de bruit pour rien joint à l'exotisme linguistique la rare capacité de pouvoir s'adapter à une foule de sujets, tant l'information dont on nous abreuve sans cesse est d'une consternante nullité quand elle n'est pas totalement fausse.

Je reproduis ci-dessous des extraits d'un article paru dans Les Echos (7/09/13) pris un peu au hasard (les articles sont tous les mêmes, issus de la même AFP) sur la question de la relation entre l'Union européenne, les États-Unis et la Syrie, sans avoir eu de raison particulière de faire ce choix. Je ne reproduirai d'ailleurs que les extraits ce texte qui me paraissent intéressant dans la perspective qui est ici la mienne, en y adjoignant, entre crochets, comme c'est la règle pour des ajouts à un texte, les numéros des notes que je propose, après avoir mis en gras (de mon fait donc) mes remarques sur chacun des points ainsi signalés. Ces notes seront numérotées de 1 à 10 pour plus de clarté :

"Les pays de l’Union européenne se sont entendus samedi sur le fait que le monde « ne peut rester les bras croisés » [ 1 ] et qu’une réaction claire et forte[ 2 ] est nécessaire pour empêcher de nouveaux bombardements[ 3 ] à l’arme chimique en Syrie, a déclaré Catherine Ashton.
Réunis à Vilnius, les ministres des Affaires étrangères des Vingt-Huit sont aussi convenus que les informations à leur disposition semblent clairement indiquer [ 4 ] que les autorités syriennes sont responsables de l’attaque chimique commise le 21 août dans les environs de Damas |...] « (Le gouvernement syrien) est le seul à posséder des armements chimiques et les moyens de les utiliser dans une quantité suffisante [ 5 ]», a-t-elle dit.
Les Vingt-Huit ne sont toutefois pas allés jusqu’à soutenir le principe d’une intervention militaire[ 6 ] contre le régime de Bachar al Assad, prônée par la France et le président américain Barack Obama. [...]
Selon Catherine Ashton, les ministres européens des Affaires étrangères se sont félicités de l’engagement de François Hollande d’attendre le rapport des experts de l’Onu avant toute initiative [ 7 ] sur la Syrie. Ce rapport est attendu aux alentours de la mi-septembre. [ 8 ]. [   ]
Pour les Etats-Unis, cependant, pas question d’attendre impérativement la publication du rapport pour frapper Damas[ 9 ], a indiqué samedi un responsable américain, en marge de la visite de John Kerry en Europe. Au cours d’une réunion avec les 28 ministres des Affaires étrangères [ 9 ] [...] le chef de la diplomatie américaine a « également dit clairement que les Etats-Unis n’avaient pas décidé d’attendre » ce rapport pour éventuellement agir [ 10 ], a précisé ce diplomate " (Extraits de Les Echos).

Note 1. "Le monde ne peut rester les bras croisés". Diable ! Fort bien, décroisons donc les bras, mais comme les choeurs d'opéra ou, dans une version plus moderne, Michaël Jackson,chantons "En avant ! Marchons !" tout en restant sur place ! J'ai, dans un billet précédent et par là même prémonitoire, attiré l'attention sur une confusion de prépositions souvent faite par nos journalistes, peu familiers apparemment avec la langue française, et qui confondent "prêt à" et "près de"! Il me semblait, en effet, que si Français et Américains se disaient "prêts à intervenir" en Syrie, ils ne me paraissaient pas en état d'être "près de le faire". Je constate que j'ai eu raison sur le plan géopolitique comme grammatical.

Note 2. Je ne sais pas si, décroiser les bras conduit toujours à croiser les jambes et s'il y a là une "réaction claire et forte"?

Note 3. "Bombardements à l'arme chimique" nous dit-on ; il est clair que le choix et l'emploi du terme "bombardements" vise, en réalité, à désigner d'avance comme l'auteur de l'utilisation de cette arme chimique Bachar el Assad, car il est évident que ses opposants ne disposant pas de forces aériennes, ils ne peuvent pas procéder à des bombardements au sens courant de ce terme. Il y a donc là une prise de position sur la responsabilité dont on aimerait avoir les preuves, puisque, selon d'autres sources, l'origine de ces armes chimiques pourrait être autre. Les terroristes japonais du métro qui utilisèrent le gaz sarin n'avaient pas d'avions ni de bombes!

Note 4. Il y a là une curiosité stylistique ; "semble clairement indiquer" est en effet une formulation contradictoire dans les termes qui se veut un compromis ou un amalgame, sémantiquement douteux, entre "semble indiquer" qui marque un doute fort qu'exprime le verbe "semble" et "indique clairement" qui traduit, en revanche, une quasi certitude. "Semble clairement indiquer" est donc évidemment impossible car illogique !

Note 5. Affirmer que le gouvernement syrien est le seul à posséder des armes chimiques est évidemment faux. Il y en a des tonnes partout dans le monde. Une information circule partout, même si la presse française, aux ordres ou ignorante, nous la cache soigneusement. L'Arabie Saoudite, qui combat le régime syrien et qui dispose de vastes stocks d'armes chimiques, en aurait donné aux rebelles qu'elle soutient ; ceux-ci soit par maladresse, soit par perversité, les auraient utilisées contre des populations. Le gaz sarin ne cible guère ses victimes ! Je note à cet égard qu'il y a, quant au nombre même des victimes, plus qu'une incertitude puisque selon les sources, il varie beaucoup ; selon la Croix-Rouge, il y en aurait eu environ 150, alors que selon les sources proches de la France et des États-Unis, il y en aurait 1500 ; cet écart de 1 à 10 semble considérable.

Note 6. L'Europe fut et demeure latine. Festina lente (= Hâte toi lentement) ; les 28 qui veulent une "réaction claire et forte" "ne sont pas allés" (jolie litote !) "jusqu'à soutenir le principe d'une intervention militaire". "Ne se sont pas résolus à se résigner à aller" eût encore mieux traduit l'enthousiasme belliqueux de l'UE ! En quoi pourrait bien consister "la réaction claire et forte" annoncée ? Cela peut aller des sourcils foncés jusqu'à la moue de réprobation !

Note 7 . François Hollande s'est engagé, après coup, à attendre le rapport des experts de l'ONU avant toute initiative ; on le croyait "près de" mais il n'est pas encore éventuellement "prêt à" (cf. supra !).

Note 8. Le rapport est attendu aux "alentours de la mi-septembre". Les experts étant revenus déjà depuis plusieurs jours et ne pouvant nous dire que ce nous savons déjà tous (l'usage du gaz), il serait bon de leur donner, de toute urgence, un secrétariat actif et dynamique, afin que ce rapport soit rédigé au plus vite. Tous ces propos font apparaître que, comme je soulignais dans un précédent blog, personne, dans la presse nationale, ne semble connaître les termes précis de la mission confiée aux experts de l'ONU. Il est clair (cette condition avait été mise à la signature de l'autorisation de l'expertise par la Syrie) qu'il leur est rigoureusement interdit de mentionner dans ce rapport quelque responsabilité de qui que ce soit dans cette affaire. De qui se moque-t-on?

Notes 9 et 10. In cauda venenum ! "Pour les Etats-Unis, cependant, pas question d’attendre impérativement la publication du rapport pour frapper Damas", [.9.] [...] Mais le chef de la diplomatie américaine a « également dit clairement que les Etats-Unis n’avaient pas décidé d’attendre » ce rapport pour éventuellement agir,[ 10] a précisé ce diplomate. Il faudrait tout de même savoir car dans de telles affaires, on ne peut dire tout et son contraire. Que faut-il comprendre : "Il n'est pas question d'attendre' ou "il n'est pas question de ne pas attendre ?

Obama me fait penser à ce personnage marseillais qui, aux prises avec un malabar à qu'il a un peu imprudemment proposé de "sortir", s'attarde sur le seuil en demandant à la cantonade : "Alors, on ne retient plus ici ?".

samedi 7 septembre 2013

G 20 : le Bonhomme Sounga de l'Élysée.

Le titre de ce billet est étrange, je le reconnais, mais j'avais, dès le départ, la ferme intention de le précéder d'une explication, car il m'a été inspiré par la vision, en direct s'il vous plait, de la conférence de presse du président François Hollande après le sommet du G20 à Saint-Pétersbourg.

Je dois dire, à ma décharge, que je n'ai pas fait exprès de me mettre devant cette émission ; je n'y suis arrivé que hasard, alors que j'espérais voir l'un des quarts de finale de l'Open de tennis américain. Faute de grives….

Cette conférence de presse où les journalistes semblaient être, pour l'essentiel, des Français, m'a confirmé dans deux opinions auxquelles je me tiens avec beaucoup de constance :

La première est que les journalistes français de l'audiovisuel sont d'une complaisance qui confine le plus souvent à la servilité. Je résumerai volontiers cela dans une formule que j'ai dû utiliser déjà quelque part : ils ne sont même pas aux ordres ... puisqu'il n'y a pas besoin de leur en donner et qu'ils les préviennent toujours et partout. J'illustrerai dans la suite ce propos par un exemple, à l'occasion même de cette conférence de presse.

La seconde opinion est que notre président François Hollande est un homme à qui il n'est pas facile de faire exprimer une opinion quelque peu tranchée. Je ne crois pas être très original en ayant fait ce constat, mais je pense que trente années de parti socialiste et la réputation qu'il s'est acquise dans les congrès par son talent reconnu pour les synthèses confirment ce trait de son caractère.

Lors de cette conférence de presse que j'ai prise en route, au moment où il parlait de l'intervention éventuelle en Syrie, il m'a fait irrésistiblement penser un personnage de la tradition populaire de l'île Maurice, que l'on nomme là-bas, en créole, le "Bonhomme Sounga". Ce "Bonhomme Sounga", est, au fond, notre "marchand de sable" .Lorsqu'on essaye d'endormir un enfant le soir et qu'il fait quelques difficultés à s'endormir, on lui annonce la venue du "Bonhomme Sounga". Au moment où il a enfin trouvé le sommeil, en fermant précautionneusement la porte de sa chambre, on annonce à la cantonade : "Bonhomme Sounga ine passé"  ; c'est-à-dire, en français, le "Bonhomme Sounga est passé", il ou elle dort !

Comme il fallait bien que j'explique ce nom assurément inconnu de tous les lecteurs peu familiers de la tradition de l'île Maurice, j'ai eu la prudence de vérifier dans Google et j'ai été ahuri d'y trouver au moins deux textes faisant référence au "Bonhomme Sounga" qui d'ailleurs donnent, l'un et l'autre, une version différente de ce que j'en sais moi-même et que j'ai souvent eu l'occasion de vérifier auprès de locuteurs mauriciens. Le "Bonhomme Sounga" apparaît dans deux livres comme un personnage menaçant alors que la nuance de menace est, en général, très discrète. L'un des textes est extrait d'un ouvrage paru sous le titre Made in Mauritius ; il est d'Amal Semtohul et j'ai eu la stupeur de constater qu'il avait été publié dans la collection "Continents noirs de la NRF chez Gallimard" (ce qui est pour le moins étrange, s'agissant de l'Ile Maurice !) et dans lequel le bonhomme Sounga n'a pas du tout la figure que je lui connais dans ce que je sais de la tradition mauricienne que j'évoque. Dans une autre référence, moins illustre, le "Bonhomme Sounga" a aussi un aspect beaucoup plus effrayant et là, curieusement, on fait venir le nom de Sounga du wolof (ce qui est une manie un peu fâcheuse dans l'étymologie mauricienne), tout en le mentionnant parmi les figures de la fête du Goon, ce qui est un peu contradictoire avec l'origine sénégalaise, puisque cette tradition est évidemment d'origine indienne. Passons sur ces détails car je me garderai d'ouvrir une controverse ici sur pareil sujet.

La puissance dormitive du "Bonhomme Sounga" de l'Élysée est assurément bien supérieure à celle de notre "marchand de sable" voire du "Bonhomme Sounga" des petits Mauriciens. Je vous résume en quelques lignes un bon quart d'heure d'argumentation de François Hollande ; il a démontré l'impérieuse nécessité d'attendre le rapport des experts de l'ONU, dont il ne doute pas un instant qu'il corrobore les conclusions des services d'information français, tout précisant au passage mais vraiment au passage (car apparemment personne n'a entendu la chose sauf moi) que le but de cette enquête, non seulement n'est pas de déterminer qui avait envoyé ce gaz sarin, mais surtout qu'on n'en parlerait pas de cette responsabilité, puisqu'il est interdit aux experts envoyés sur place d'avancer quelque hypothèse que ce soit sur ce sujet.

Je le savais personnellement depuis le début de l'affaire, mais je n'ai pratiquement jamais entendu les journalistes (et Dieu sait qu'ils ont parlé et écrit sur le sujet) faire mention de cette interdiction dont je vous livre ci-dessous le texte estrait de la "lettre de mission".
"Le mandat des inspecteurs est d'évaluer s'il y a eu utilisation d'armes chimiques ou non, mais pas de déterminer qui en est responsable."

Bien entendu la Syrie d'Assad n'a donné son accord à l'ONU pour la visite des experts, qu'après que cette condition, qui vide la mission de tout contenu et de toute portée, ait été acceptée.

J'entendais ce matin encore au journal de 9 heures sur France Culture (et non une de nos radios-bignoles) dire que l'intervention militaire n'aurait lieu que si la mission de l'ONU faisait enfin apparaître que l'envoi des gaz a bien été fait par Bachar el Assad. Quelle réponse peut-on attendre à une question qu'il est FORMELLEMENT interdit de poser ?

À moins qu'ils n'aient tous et toutes été totalement endormis, voire anesthésiés par le discours du président François Sounga, comment aucun journaliste (à chaque main levée j'attendais la question évidente) n'a songé un instant à lui poser cette question, auquel il aurait été fort embarrassé de répondre autrement que par la vérité, qu'il avait lui-même évoqué d'un mot, démontrant par là même qu'il ne s'agissait là que d'un artifice pour différer indéfiniment la réponse à la seule question essentielle qui, comme dans l'affaire Dreyfus, « ne devait pas être posée » !

dimanche 1 septembre 2013

Prisons, examen d'entrée en sixième et impôts 2012

On nous bassine en pensant sans doute amuser le tapis politique français avec les affrontements permanents entre le catalan Valls et la guyanaise Taubira sur la question des peines de prisons. Etait-ce un calcul politicien pour distraire le bon peuple ou Madame Taubira (naguère Taubira-Delanon) pense-t-elle, elle aussi, être candidate (à nouveau pour ce qui la concerne) à la présidence de la République, après avoir été une farouche partisane de l'indépendance de son département d'outre-mer d'origine ? On peut tout attendre d'une femme capable de conversions si radicales qu'elle s'est présentée à la présidence d'une République qu'elle dénonçait comme colonialiste et qu'elle avait projet de quitter.

Passons là-dessus. Soyons concrets, réalistes et économes et ne comptez pas sur moi pour vous parler du baisser de pantalon de Barack Hussein. Réunissons plutôt deux sujets de préoccupations majeurs pour les Français : le surpeuplement de nos prisons et le rétablissement de l'examen d'entrée en sixième, le premier pouvant tout à fait être une épreuve de l'examen envisagé, en réunissant à la fois le problème d'arithmétique traditionnel et l'épreuve de français qui, faute de pouvoir désormais, comme autrefois, être une dictée, vu l'état des connaissances orthographiques des impétrants, doit plutôt s'orienter vers la compréhension élémentaire d'un texte courant.

Les données de base sont très simples et je les simplifie encore en vous donnant des chiffres à la louche, quitte pour vous à aller les vérifier à l'unité près, dans les statistiques, si le coeur vous en dit.

Il manque 10 000 places dans les prisons françaises qui accueillent et abritent en même temps et par ailleurs 10 000 étrangers qui y purgent des peines, sans doute assez longues, puisque les courtes peines ne hantent plus ces lieux. Elève Machin, voyez-vous une ou des solutions simples à ce problème ? Vous avez deux heures.

On peut en distinguer deux qui sont quasi immédiates, quoique de natures différentes et pouvant éventuellement se combiner dans la suite. Le rapprochement de ces deux chiffres, remarquablement identiques, donne à penser que si l'on renvoie dans leur pays d'origine les 10.000 étrangers condamnés et emprisonnés, le problème de la surpopulation carcérale (n'attendons pas cette expression de nos candidats au futur examen d'entrée en sixième) sera, de facto, immédiatement résolu. Cette mesure pourrait en outre se combine, dans l'avenir, avec l'expulsion automatique et préalable des étrangers susceptibles d'être condamnés à une peine de prison, avant même qu'ils y entrent.

Non seulement on ferait ainsi de la place dans nos prisons, mais on soulagerait d'autant le fonctionnement de l'appareil judiciaire qui est, par encombrement, aussi lent qu'insatisfaisant (sans qu'on ait toutefois songé à réduire les vacances de la justice qui sont, me semble-t-il, aussi longues, sinon plus, que celles de l'enseignement).
Mais, me direz-vous et, à partir de là, je laisse tranquilles les candidats à l'examen d'entrée en sixième, vous êtes en train de rétablir la "double peine" que la France s'honore d'avoir (inconsidérément) supprimée et qui faisait qu'un étranger, même en situation régulière, ayant commis un crime ou un délit, pouvait d'abord être condamné à la prison (première peine), puis interdit de séjour sur le territoire français et reconduit à la frontière (ce qui en faisait une deuxième ou plutôt une "seconde" peine puisqu'il n'y en a pas de troisième, au moins dans l'immédiat.

Cette mesure, dont on peut discuter la logique et l'opportunité, se fonde sur un principe de droit pénal, qui, comme toujours, ne peut s'énoncer qu'en latin ("Non bis in idem" ce qui est du latin de cuisine ; on devrait avoir ici l'ablatif et non l'accusatif; mais le solécisme n'est pas un motif d'annulation) et qui est repris par la Convention européenne des droits de l'homme, en dépit du fait que, dans le code pénal français, le principe de la peine complémentaire existe et que cet argument même, on le verra, peut-être écarté.

Ce point peut faire l'objet de quelques observations.

La première est que le respect des recommandations européennes est à géométrie très variable ; par exemple la règle des 3 % du déficit budgétaire, bien plus importante voire essentielle, pour nos sociétés, n'a jamais été observée depuis qu'elle a été solennellement énoncée. Pour cette affaire de "double peine", je vous épargnerai ici le détail des discussions sur ce point qui ont duré depuis 1945 où l'ordonnances du 2 novembre 1945 permettait "l'expulsion d'un étranger dont la présence constitue une menace pour l'ordre public". On voit déjà par là que les dispositions européennes s'appliquent avec beaucoup d'élasticité.

La mesure la plus simple et qui évite tout débat oiseux serait sans doute celle que j'évoquais précédemment, c'est-à-dire l'expulsion directe et préalable d'un étranger convaincu de crime ou de délit ; l'interdiction du territoire français qui lui serait faite tiendrait lieu alors de "peine de substitution" et la question ne se poserait pas. Ce serait évidemment, en outre, une considérable économie, non seulement dans le fonctionnement de la justice mais également dans le coût de l'incarcération puisque le prix de la reconduite à la frontière (par low-costs ou charters bien sûr et non en classe affaires) serait très inférieur à celui du maintien en prison qui est de l'ordre de 200 euros par jour, tarif bien supérieur à celui du séjour dans un hôtel quatre étoiles.

Nous serions alors fondés à nous asseoir, d'ailleurs confortablement, sur les décisions de la Cour européenne des droits de l'homme de 1991 et de 2000, dont on constate d'ailleurs facilement qu'elles ne sont pas respectées par plusieurs pays européens qui ne passent pas pour des dictatures ou des tyrannies. C'est ainsi les cas de la Belgique, de la Grande-Bretagne (qui, comme toujours, se moque des oukases européens comme de sa première chemise) et même ( et c'est la cerise sur le gâteau) du si scrupuleux Danemark qu'on nous cite toujours en exemple, aussi bien dans les études sérieuses que dans les feuilletons télévisés et où tout étranger condamné à une peine d'emprisonnement est expulsé à sa sortie de prison selon les dispositions d'un vote du Parlement du 24 juin 2011.

Serions-nous plus respectueux des décisions européennes et de la démocratie que le Danemark ? Cela se saurait assurément !

Que les bonnes âmes, dont j'entends déjà les glapissements d'indignation, se calment et attendent de recevoir leur feuille d'impôts 2012. Pour moi, qui l'ai eue hier, 986 euros de plus qu'en 2011 pour un revenu imposable augmenté de 1299 euros soit en impôt supplémentaire 75% de cette modeste augmentation de revenu, les impôts de l'année augmentant, par rapport à 2011, de plus de 18% ! Comment disait notre vénéré Président "stabilité des prélèvement fiscaux"? Je me trompe ?

lundi 10 juin 2013

Transparence, translucidité, opacité


Selon ma vieille habitude, je donnerai ici , en prélude à une approche plus politique, l'initiative aux mots plutôt qu'aux idées, car il est clair que, si l'on peut parfois tirer des idées des mots, très souvent les mots qu'on est amené à utiliser trahissent dans la suite les idées qui les ont suscités.

Les couples de mots qu'on peut tirer des termes qui constituent le titre de ce blog ne sont pas équivalents.

 "Transparence" est, en ce moment, beaucoup plus fréquent que "transparent" car, si la droite juge souvent notre Président "transparent", tout le monde s'accorde sur la nécessité de la "transparence" en particulier pour ce qui touche les patrimoines et les revenus des élus. Fort heureusement pour nos politiques, ces biens ne sont pas eux-mêmes "transparents" et les procédures qui sont mises en œuvre pour leur inventaire ne favorisent guère la "transparence". Je n'en parlerai pas aujourd'hui car cela nous amènerait trop loin et ce sera l'objet d'un autre post dans la suite.

Dans le couple "opaque-opacité", l'adjectif "opaque" paraît au contraire plus fréquent que le substantif "opacité" alors que dans le cas de "translucide", il n'y a aucun doute et si "translucide" est un adjectif assez courant, on peut raisonnablement s'interroger sur l'existence même et plus encore sur l'emploi du nom "translucidité" qui pourtant figure en bonne place dans les dictionnaires.

Il faut en venir ici aux définitions mêmes de ces termes qu'il est assez facile de résumer ainsi.
La transparence se définit par la qualité de permettre le passage des rayons lumineux et ainsi la possibilité de voir clairement ce qui est placé derrière un matériau transparent. C'est le cas d'une vitre.

A l'opposé, si j'ose dire, l'opacité est le caractère d'un matériau qui ne permet pas le passage des rayons lumineux et, par conséquent, empêche de voir ce qui est de l'autre côté. Une plaque de bois ou de carton est opaque et elle s'oppose à ce qu'on puisse distinguer ce qui est derrière elle.

Un matériau translucide se situe à cet égard, en quelque sorte, entre la transparence et l'opacité, puisque, s'il laisse passer les rayons lumineux, il diffuse la plupart de ces rayons et de ce fait empêche de distinguer clairement les objets qui sont derrière lui
On voit immédiatement, à la lumière, si j'ose dire, de ces définitions et au vu du comportement de la plupart de nos hommes politiques, que s'ils rejettent, sous la contrainte de l'opinion, l'opacité qui empêcherait de connaître les détails de leurs revenus et de ce qu'il regarde comme leur vie privée qu'ils préfèrent de très loin la translucidité à la transparence.

Dans la mesure où la translucidité est, en quelque sorte, au "miyeu" de la transparence et de l'opacité, F. Hollande aurait été bien inspiré de la choisir ; il aurait pu par là se ménager un espace pour une évolution libérale voire disent les mauvaises langues (vertes ?) socio-centriste. En effet, si l'opacité a, de toute évidence, les faveurs de la droite, comme l'ont montré les trésors soudains révélés du Medef et en particulier des métallurgistes, et si la transparence inspire relativement peu de socialistes mais à toutes les faveurs des écologistes, on comprend que le choix médian de la "translucidité" aurait permis de trouver un successeur tout désigné à Jean-Marc Ayrault en la personne de l'homme du "miyeu" François Bayrou, qui préférerait de toute évidence, vu ses convictions centristes, la translucidité à la transparence ou à l'opacité.

lundi 27 mai 2013

Journaliste ou cadreurs ?


On a trop tendance à oublier ou, pire, à ignorer, que, dans le journalisme audiovisuel, on peut souvent se demander si le rôle le plus important est celui du journaliste ou celui du gestionnaire de l'image (celui qui la choisit et/ou celui qui la définit, c'est-à-dire le cadreur). Je penche plutôt pour le cadreur !

Je me faisais cette réflexion, au départ, en revoyant sur France5, dans C Politique, le discours fait à Leipzig par notre Président de la République, en présence de la chancelière Angela Merkel qui avait, à sa gauche, l'ex-chancelier Schröder. A ce que j'ai lu, mais je ne puis faire confiance totalement à une telle information, la dernière version écrite du discours de François Hollande ne comportait pas cet éloge de Gérard Schröder qui y a figuré dans la séance elle-même. Cette ultime changement de pied est d'autant plus étrange que F. Hollande s'est toujours montré critique envers les options majeures de la politique de l'ancien chancelier.

Peut-être n'était-il pas prévu, du côté français, que Schröder assiste à cette session et, par conséquent, notre Président de la République, qui en est tout à fait capable (30 ans de PS !) a dû improviser cet hommage en découvrant ainsi, face de lui, l'ancien chancelier dont il avait souvent critiqué la politique.

En fait l'intérêt du discours de François Hollande était moins dans son propos lui-même, que je connaissais, en ce dimanche après-midi, pour l'avoir entendu répéter dans tous les médias depuis deux jours, mais, dans les quelques vues que nous avions de l'assistance et en particulier du premier rang du public, où se trouvaient côte à côte l'ancien chancelier et Madame Merkel. Il était à la fois intéressant de voir Monsieur Schröder, qui buvait manifestement du petit lait à écouter François Hollande et Madame Merkel qui semblait s'intéresser, contre toute attente plutôt à son voisin de droite (un illustre inconnu pour moi) à qui elle glissait quelques a parte qu'à celui de gauche qui était son prédécesseur. Sans savoir lire sur les lèvres et, en outre, ne connaissant pas l'allemand, je suppose néanmoins, à son sourire un brin ironique, qu'elle devait observer combien le discours de notre Président avait changé, à la fois sur la politique franco-allemande et sur ses sentiments personnels à l'égard de Schröder lui-même. L'expression même du visage de Madame Merkel dispensait de percevoir et de traduire ses propos.
 
Dans un genre tout différent, car cet extrait du discours de François Hollande se trouvait repris dans l'émission C Politique de Dominique Roux, on pouvait faire les mêmes observations à propos de cette émission elle-même où l'invité du jour était notre ministre de l'intérieur.

L'une des curiosités de cette émission, au demeurant bien conduite par l'une des deux ou trois journalistes compétentes et intelligentes de notre télévision (je dis deux ou trois par pure bonté d'âme et bénévolence, quand je n'en vois, en fait, qu'un seule autre, sur Arte, en dehors de Dominique Roux) tient à la vaste collection d'escarpins à talons aiguilles de cette journaliste. Il faut bien dire que ceux qu'elle portait ce jour-là n'étaient pas des plus réussis, mais là n'est pas mon propos. Elle avait, en ce dimanche 27 mai 2013, une "petite robe noire" extrêmement stricte (pour compenser les escarpins sans doute!), mais avec un décolleté profond dont elle n'est pas coutumière et qui ignorait la "modestie". Cette particularité amenait les cadreurs, qui avaient sans doute des consignes, de même que le technicien chargé du choix des images, à nous faire des plans mettant en valeur ce décolleté pour distraire un peu les téléspectateurs mâles de l'austérité des propos et des mines du sombre Manuel Valls. Non seulement les cadreurs pouvait jouer sur cette image, mais ils pouvaient également descendre plus ou moins, du gros plan au "plan poitrine" (dont la dénomination est si juste en la circonstance). Je ne sais pas si Dominique Roux avait donné des instructions à ce propos, mais je pense que la chose est assez probable, vu l'insistance qui a été faite à nous offrir ces perspectives.
 
Pour sourire un peu en conclusion, on ne nous a pas assez montré à Cannes la montée des marches par DSK qui, le pauvre, semble se faire manipuler (mais il semble y prendre goût), tant par les auteures en mal de gros tirages (au sens propre) que par les communicantes humanitaires. La dernière de la liste offrait toutefois aux cadreurs de belles opportunités de gros (im)plants !

jeudi 16 mai 2013

O soldat de l'An deux!


Rassurez-vous, je ne vais pas vous citer ici tout le célèbre poème de Victor Hugo dans les Châtiments ; en constatant que le mot "soldat" est au singulier dans mon titre, alors qu'il est au pluriel dans le texte original, vous aurez compris que c'est de François Hollande que je veux parler, puisqu'à plusieurs reprises, dans son allocution de 43 minutes du 16 mai 2013, il a évoqué "l'an deux" de son quinquennat et que le ton martial de son propos rendait difficile d'éviter cette mauvaise plaisanterie.

Hors de cette apostrophe martiale et de ce ton conquérant, c'est plutôt la rhétorique classique qui a régné dans le cours de son intervention. Depuis la campagne présidentielle, il était sans cesse désigné comme l'homme de "l'anaphore" depuis son fameux « Moi; Président de la République… », répété à l'envi. Il sera désormais l'homme de la "prétérition", dont il a fait un abondant usage en évoquant les bilans catastrophiques de son prédécesseur, sur les plans du chômage comme de la dépense publique, tout en affirmant, selon le principe même de cette figure de rhétorique, qu'il en parlerait pas. Il s'est également risqué mais de façon plus brève à l'"adynaton" en décrivant ce miraculeux accord sur la compétitivité, où il est parvenu à obtenir la signature, réputée impossible, de trois syndicats français ("adynaton" est, avec cette orthographe discutable, la transcription française de l'adjectif grec "adunaton" qui veut dire impossible).

Il faut dire que notre président a bien étonné son monde et l'a probablement surpris. On lui reprochait de ne pas avoir de projet, de perspective, de direction, etc.. Il nous en a gavé, concluant même son intervention en disant que "la France elle-même est un projet et reste un projet". La formule conclusive est jolie mais le Président n'a sans doute pas pris garde (mais c'était plutôt la tâche de ses conseillers) que dire que "la France reste un projet" peut certes souligner l'avenir prometteur de notre pays mais peut-être interprété, par des esprits malveillants, comme la prédiction que ce projet restera peut-être dans les cartons, comme bien d'autres projets avant lui..

Dans le poème de Victor Hugo, "les soldats de l'An deux" se dressent contre l'Europe entière. Permettez-moi ici d'en rappeler quelques vers car nos souvenirs de collège sont un peu lointains :

"Ô soldats de l'an deux ! O guerres ! Epopées !
Contre les rois tirant ensemble leurs épées,
Prussiens, Autrichiens,
Contre toutes les Tyrs et toutes les Sodomes,
Contre le czar du Nord, contre ce chasseur d'hommes
Suivi de tous ses chiens,

Contre toute l'Europe avec ses capitaines,
Avec ses fantassins couvrant au loin les plaines,
Avec ses cavaliers,
Tout entière debout comme une hydre vivante,
Ils chantaient, ils allaient, l'âme sans épouvante
Et les pieds sans souliers !"

Rien de tel chez le soldat de l'An II, de 2014 ! Non seulement, il ne s'oppose pas à l'Europe mais, bien loin de là, il entend la réformer dans des sens qu'on ne peut que saluer, en proposant un vrai gouvernement européen, une concertation sur l'énergie et en particulier les énergies nouvelles, une intégration budgétaire et même des fonds pour les jeunes générations européennes que menace le chômage.

Pour cette partie de son discours, s'il n'a pas fait appel à la rhétorique comme dans les passages qui précèdent, il s'est plutôt référé à la grammaire; puisque, à l'entendre, le plan qu'il propose « se décline en quatre points ». Personnellement, je n'aime pas beaucoup cet usage abusif qu'on fait du verbe "décliner" hors de son contexte habituel et normal d'usage. Mais passons !.

Cette fois-ci, on ne pourra pas reprocher à François Hollande de manquer de directions d'orientation ; son discours en regorge, peut-être même au-delà du raisonnable. Le "soldat de l'An deux" risque un jour de juger, mais un peu tard, qu'il a été trop bavard en cette circonstance ; il retrouve l'esprit des soldats de l'An deux et ce n'est pas autre chose qu'une « forme de révolution » qu'il nous a proposée dans cette longue allocution. Diable ! Mélenchon a dû frémir!

Vous comprendrez que, vu l'importance du discours et de la conférence de presse du Président de la République, j'ai été obligé de surseoir, dans l'urgence (la conférence de presse n'est pas finie quand j'écris ces lignes) aux explications que j'avais promises dans mon post précédent.

J'ajouterai que, fort heureusement le discours de François Hollande n'a pas été tenu le 13 mai mais le 16 mai 2013, car il se serait sans doute trouvé des adversaires pour faire sur cette convergence de dates (13 mai 1958!)  des rapprochements hasardeux et des conclusions hâtives.

 

Les comités pour l'abolition de l'esclavage : incertitudes et bizarreries.


Vous ne l'avez sans doute pas remarqué, car vous avez, fort heureusement pour vous, d'autres centres d'intérêt, mais nous en sommes déjà au troisième Comité pour la mémoire de l'esclavage (2004, 2009, 2013). Dans chacun de ces cas, on a changé la composition (ce qui peut s'expliquer, pour le premier surtout, en raison des nombreuses démissions qui l'ont affecté), mais on a également changé, chaque fois, le nom même de ce comité, ce qui entraîne des problèmes, dans le site actuel, puisque il y est évoqué sous trois sigles différents, sans compter les fautes de frappe qui font que certaines lettres de cet acronyme sont inversées. Passons sur ce détail qui montre pourtant le peu d'attention que notre administration centrale apporte à cette affaire.

En janvier 2004, est créée la première version de ce comité appelé alors "Comité pour la mémoire de l'esclavage" (CPME) ; j'en ai déjà parlé dans un post précédent ; je n'y reviens donc pas.

Un décret du 9 mai 2009 change à la fois le nom de ce comité et sa composition : le CPME devient le CPMHE. Comme toujours, la vraie raison de ce changement n'est pas explicitée, même si elle tient peut-être à l'ajout, peu justifié, du terme "histoire" (on a vu que le premier de ces comités ne comportait pratiquement aucun historien véritable), mais plutôt, me semble-t-il, au fait que l'acronyme CPME correspondait à une quantité d'institutions et d'organismes sans aucun rapport avec l'esclavage. Le décret donne également la liste des douze membres de ce nouveau comité, qui est doté d'un secrétaire général, chargé de mission auprès du Délégué général à l'outre-mer.

La composition de ce comité est également curieuse puisque, si l'on a ajouté le terme "histoire" dans son titre, on n'y trouve guère de vrais historiens de l'esclavage, sinon, et en élargissant le champ d'investigation de l'histoire, Myriam Cottias et Frédéric Régent ; François Durpaire, remarquable surtout par sa coiffure, plus ou moins afro, est bien plutôt spécialiste des États-Unis pour lesquels il se déclare lui-même « consultant pour la télévision et la radio" !

La principale curiosité de ce comité est l'entrée, pour le moins inattendue mais plaisamment paradoxale, de Françoise Vergès (comme présidente s'il vous plait !) ; quoiqu'insolite, un tel choix est des plus heureux puisque, comme je l'ai déjà rappelé, elle descend en ligne directe, par son père, d'une esclavagiste notoire de la Réunion, propriétaire de 128 esclaves affranchis au moment de l'abolition ! Il est inutile d'insister sur le pittoresque de ce choix puisque F. Vergès a été oubliée par le nouveau décret qui propose la troisième version de ce même comité.

En effet, par décret en date du 10 mai 2013, sont nommés pour trois ans quinze membres d'un nouveau comité qui change de composition mais aussi, à nouveau, de nom puisqu'il s'intitule désormais « Comité national pour la mémoire et l'histoire de l'esclavage ». Voici la composition de ce nouveau Comité :

M. Antonio de ALMEIDA MENDES, maître de conférences en histoire. Mme Charlotte de CASTELNAU L’ESTOILE, maître de conférences en histoire. Mme Audrey CELESTINE, maître de conférences en sciences politiques. M. François DURPAIRE, historien. Mme Annie FITTE-DUVAL, maître de conférences en droit public. M. Emmanuel GORDIEN, maître de conférences des universités-praticien hospitalier, vice-président du Comité Marche du 23 mai 1998. M. Gilles DESIRE DIT GOSSET, sous-directeur de l’accès aux archives et de la coordination du réseau service interministériel des Archives de France. M. Jean-Claude JUDITH DE SALINS, conseiller d’honneur de la société internationale des arts plastiques de l’UNESCO. Mme Stéphanie MELYON-REINETTE, consultante en entreprise. Mme Euzhan PALCY, réalisatrice. M. Philippe PICHOT, directeur de l’association Pays du Haut-Doubs, chef de projet « route des abolitions de l’esclavage ». M. Frédéric REGENT, maître de conférences en histoire. Mme Josy ROTEN, professeur d’anglais, responsable de l’association Mémoria. Mme Maboula SOUMAHORO, maître de conférences en lettres et langues.

Le nom du comité change donc une nouvelle fois, sans explication mais cette fois-ci de façon subreptice. Il devient "national" (ne l'était-il donc pas ?) et on y supprime l'initiale de la préposition "pour", ce qui est d'ailleurs l'usage habituel dans les acronymes. Le nombre des membres passe de 12 à 15 et la présidence à Myriam Cottias, Françoise Vergès quittant le comité. Les véritables historiens sont toutefois à peu près toujours aussi absents de ce nouveau Comité, Madame Charlotte de Castelnau L'Etoile et Monsieur Almeida étant les seuls historiens spécialisés à y entrer.

Pour la première fois, ce comité prendra une existence solennelle, avec la cérémonie du 10 mai 2013, honorée d'un important discours du Président de la République et tenue au jardin du Luxembourg, en présence des principales notabilités de l'État dont les présidents du Sénat, de l'Assemblée nationale et la Garde des Sceaux, Madame Taubira dont la présence était doublement symbolique.

Comme je le faisais observer au départ, ces changements successifs de noms entraînent un salmigondis de sigles dans le site officiel du Comité où personne, semble-t-il, n'a pris la peine minimale d'une relecture attentive. Dès lors, que dire du reste ?

Je reviens un instant sur la question de "l'indemnisation de l'esclavage" (idée écartée par François Hollande dans ce discours du 10 mai 2013 au Luxembourg) et sur les disputes prévisibles au sein du CRAN que j'évoquais dans mon précédent post.

La Garde des sceaux, présente aux côtés de F. Hollande, "n'a jamais souhaité s'inscrire" dans le débat sur les demandes de "compensation financière" de l'esclavage présentées, ce même jour, par le président du CRAN, L.-G. Tin.

Au sein même du CRAN, les réactions n'ont pas tardé. Le conseil d'administration a envoyé un communiqué de presse désavouant son président, au sujet des poursuites judiciaires entamées au nom du Conseil contre la Caisse des dépôts, accusée d'avoir tiré profit de la traite négrière.

"Le CRAN rejette totalement cette action qui n'engage que M. Tin et le met en garde sur les conséquences néfastes de sa dérive mégalomaniaque", écrit Madeiro Diallo, le président du conseil d'administration du CRAN. M. Diallo regrette "une gesticulation médiatique" qui a nui à la journée commémorative de l'abolition de l'esclavage et a présenté des excuses au nom du CRAN auprès de ceux qui ont été "blessés par cette mascarade indigne". Samedi, le prédécesseur de L.-G. Tin, Patrick Lozès, s'était lui aussi déclaré inquiet de la "dérive qui consiste à réduire la mémoire de l'esclavage à une transaction matérielle et à des considérations financières".

Bonjour l'ambiance au sein du CRAN !

On n'est pas sorti de l'auberge mémorielle et j'aurais volontiers conseillé la prudence à Madame Taubira! Celle-ci, dans cette affaire, prône une "politique foncière" pour les descendants d'esclaves. Evoquant les discriminations et le racisme qui sont "les survivances de cette violence", la ministre de la justice affirme que "nous sommes tous comptables des injustices qui s'entretiennent et se reproduisent, parce qu'elles sont enracinées dans cette période d'esclavage et de colonisation", dans un entretien au JDD (à paraître ; cité dans Atlantico 12/5/13).

La Garde des Sceaux évoque la "confiscation [ le terme est pour le moins inattendu !] des terres" qui "fait que, d'une façon générale, les descendants d'esclaves n'ont guère accès au foncier". Elle poursuit : "Il faudrait donc envisager, sans ouvrir de guerre civile, des remembrements fonciers, des politiques foncières. Il y a des choses à mettre en place sans expropriation, en expliquant très clairement quel est le sens d'une action publique qui consisterait à acheter des terres". "En Guyane, l'État avait accaparé le foncier, donc là, c'est plus facile. Aux Antilles, c'est surtout les descendants des maîtres qui ont conservé les terres donc cela reste plus délicat à mettre en oeuvre".

Si ce sont là les termes exacts des propos de C. Taubira, ils sont, pour le moins, étranges  et je vous dirai demain en quoi !

vendredi 10 mai 2013

Honni soit qui Mali pense (x)


 Je ne sais plus quel numéro affecter à ce post dans la série que j'ai consacrée au Mali Je l'appelle donc (x), faute d'avoir le courage de rechercher quel était le numéro du dernier texte sur ce sujet, sans être d'ailleurs tout à fait sûr les avoir tous numérotés. Comme celui-ci est (x), le prochain sera (x + 1) et ainsi de suite.

Dès le premier texte de cette série, j'avais pressenti, sans grand mérite, que la France s'engageait là dans une opération que François Hollande, sans doute poussé par les militaires, jugeait de toute évidence, immédiatement et sans grand risque, glorieuse, mais qui risquait de changer de caractère dans la suite, la durée de l'opération étant elle-même indéterminée en dépit des affirmations de retrait rapide. Cette intervention risquait fort, en outre, de tourner à la dénonciation du néo-colonialisme français, ce qui est facile et bien commode dans toutes les affaires africaines où des Etats du Nord ont l'imprudence de s'immiscer, fût-ce à la demande initiale expresse des intéressés.

Connaissant un peu le Mali, je savais l'opposition millénaire qui existe entre le Nord (les "peaux rouges" ou "blanches", Arabes ou Tamasheq) et le Sud (les mélanodermes, parmi lesquels les gens du Nord sont venus, des siècles durant, chercher les esclaves). Je connaissais aussi, depuis les indépendances, toutes les revendications successives du Nord et les vaines tentatives qui avaient été faites, plus ou moins sérieusement, pour essayer de porter remède à cette opposition et aux inégalités socio-économiques et politiques.

L'une d'entre elles, tout à fait significative et exemplaire, a consisté à construire, dans le Nord pour les nomades, des centres de protection maternelle et infantile (PMI) et à y envoyer du personnel de santé du Sud; avant de se rendre compte du caractère impossible voire absurde d'une telle l'opération, dans la simple mesure où ces infirmiers parlaient le bambara, alors que les femmes et les enfants qu'ils devaient soigner ne parlaient que le tamasheq (ou amazigh) et qu'en outre, dans la culture touareg, les femmes ne peuvent pas être soignées par des hommes. Le problème est qu'on ne s'est aperçu de ces détails, jugés accessoires ou sans doute même ignorés, qu'après et on a compris qu'après coup qu'ils ruinaient tout espoir de succès dans une opération au demeurant louable et même estimable.

Cela dit, ce genre d'échecs du "développement" par ignorance ou mépris des cultures locales est si courant que je m'amusais, à une certaine époque, (et j'ai écrit tout cela) à les recenser sous la rubrique "les éléphants blancs (ou roses) du développement". Le cas est toutefois si fréquent que je n'ai pas tardé à devoir mettre un terme à cette recension qui se prolongeait au-delà du raisonnable.

Revenons aux affaires maliennes. Le 7 mai 2013, comme on pouvait s'y attendre et le délai m'a même étonné, un chefaillon d'Al Qaïda au Maghreb Islamique (AQMI) a diffusé une vidéo dans laquelle il invitait à s'attaquer aux intérêts français partout dans le monde, cette guerre sainte étant légitimée par la croisade menée par la France contre les Musulmans au Mali. Réponse attendue du berger à la bergère. Tout cela était parfaitement prévisible mais ce n'est peut-être pas le plus grave en la circonstance.

On commence, en effet, à découvrir que la pacification du Mali, qu'on prétendait terminée, en peu de temps et à peu de frais (6 morts du côté français, mais quelques centaines, dissimulées bien sûr, du côté nigérien), ne l'est peut-être pas autant qu'on pourrait le souhaiter et surtout qu'on le dit. Les accrocs au prétendu calme affirmé sont nombreux et divers.

Selon RFI (le 5 mai 2013), la seule source un peu sérieuse et intéressée au domaine dans nos médias, à Ber (ville à quelques dizaines de kilomètres au nord de Tombouctou), les communautés arabe et touareg commencent à s'affronter. Aucun soldat malien, français ou burkinabé en poste à Tombouctou ne s’est rendu à Ber, la ville elle-même étant contrôlée par le MAA, le Mouvement des Arabes de l’Azawad,. Si le MAA affirme ne rien avoir contre les Touaregs (enfin, à l'en croire, ce qui n'est pas l'avis des Tamasheq eux-mêmes), il entend chasser le MLNA de toutes ses positions. On commence par ailleurs à enlever des habitants de la ville dont le fils du marabout touareg de Ber qui a disparu.

Vient de naître à Kidal (RFI, 6 mai), d'où les soldats maliens sont toujours exclus, un Haut Conseil de l'Azawad (HCA) qui prétend, lui, à la fois fédérer les mouvements touareg, qu'ils soient ou non armés, et "faire la paix avec le Sud" ; ce HCA négocie avec la Commission "Dialogue et Réconciliation", récemment installée à Bamako (sur le modèle de la RCA et du Congo Démocratique). Le HCA entend intégrer dans son sein les deux principaux mouvements armés touareg : le MNLA (Mouvement National de Libération de l'Azawad) bien connu et le récent Mouvement Islamique de l'Azawad ( le MIA, dissidence d'Ansar Dine).

On voit par là quelle totale confusion règne dans toutes ces affaires. Si tout cela concerne essentiellement le Nord, on peut désormais craindre des troubles dans les quartiers populaires de Bamako où la police aurait démantelé une cellule du MUJAO qui, après que ses membres ont reçu dans le Nord, une formation militaire, s'est installé dans les principaux quartiers populaires de la capitale où la police les a découverts et arrêtés.

Dans ces conditions, on se demande comment le gouvernement de transition dirigée par Dionkounda Traoré pourrait organiser réellement les élections qu'exigent la communauté internationale et les Américains (l'absence de gouvernement élu dispense ces derniers de se mêler de tout cela) et qui sont prévues pour le 7 juillet 2013. On voit mal, à l'évidence, comment cela serait possible dans le Nord du pays (rappelons que les troupes maliennes du Sud sont interdites d'entrée à Kidal et même à Ber). Partout, les listes électorales ne sont pas prêtes et les commissions administratives qui doivent les établir ne sont même pas en état de commencer à le faire, chaque commission attendant en vain les documents d'une autre commission. Tout indique qu'il est impossible d'établir des cartes d'électeurs pour le 7 juillet, d'autant que, pour éviter les fraudes, on prétend que chacune d'entre elles devra porter la photographie de l'électeur concerné ! Par ailleurs, se pose le problème insoluble du vote des Maliens réfugiés dans les pays voisins qui ne sont évidemment même pas recensés.

Le seul point un peu sérieux et positif est la constitution de la Plate-forme des cadres et des leaders tamasheq (c'est-à-dire touareg, ce terme qui est le seul en usage au Mali n'est apparu que récemment dans les articles sur le sujet) qui s'est constituée depuis un mois et qui prétend représenter les positions de la communauté tamasheq favorable à l'unité malienne.
 
Le problème est que le contenu des propositions de cette plate-forme reprend bien des points qui ont déjà été définis, sans grands changements observables, comme des objectifs politiques et économiques majeurs et urgents depuis un demi-siècle ; y figurent, au premier chef, le développement économique du Nord du Mali et la décentralisation. L'affirmation des "besoins en matière de services sociaux de base" ne peut que rappeler l'affaire des centres de PMI dont j'ai parlé au début de ce post.

Il semble d'ailleurs que la Plate-forme tamasheq (qui par l'usage même de cette dénomination s'affirme explicitement comme telle et se distingue à la fois du MLNA et du HCA!) ait, sur les questions politiques les plus importantes, des positions différentes des autres mouvements. Le gouvernement de Bamako cherche naturellement à jouer, à son profit, sur la création de ces diverses organisations. La multiplication d'instances concurrentes n'est évidemment pas un élément de facilitation de la solution des principaux problèmes ; on peut prévoir, dans cette perspective, un enlisement progressif du dialogue, d'autant que la fameuse Commission "Dialogue et réconciliation" semble désormais s'ouvrir du côté de la CEDEAO comme de l'ONU, ce qui n'est probablement pas fait pour faciliter son action locale.

Comme je le disais dans un post précédent, nous ne sommes pas encore sortis de l'auberge malienne !

 

 

dimanche 24 mars 2013

L'auberge sahélienne


Je vous arrête tout de suite. Ne cherchez pas cette auberge sahélienne dans le Guide Michelin, vous ne l'y trouverez pas. Nous y sommes pourtant, et, à mon avis, nous ne sommes pas près d'en sortir, selon la formule consacrée !

Un petit retour en arrière est nécessaire pour comprendre quelque chose à cette situation fort compliquée et sur laquelle "on ne nous dit pas tout", loin de là.

Je ne sais même pas si le nom d'Idriss Deby Itno (Il a adjoint ce nom à son précédent patronyme)vous dit quelque chose ; il est, en tout cas, beaucoup plus connu depuis le début de la guerre au Nord-Mali puisque il est le Président de la République du Tchad qui a joué un rôle décisif, dans les opérations comme dans la médiatisation de cette guerre, occultant même, sans que cette dernière s'en fâche, le rôle de la France, quoique les troupes françaises soient deux fois plus nombreuses que les Tchadiens. Il est vrai que les pertes de ces dernières ont été, en gros, 50 fois plus importantes que celles de l'armée française (cinq morts, dont trois hors de la zone Nord), même si ces données ont été soigneusement dissimulées tant du côté tchadien que du côté français.

Le Tchad est un Etat dont les relations avec ses voisins, le soudanais en particulier, sont fort agitées ; le pays lui-même ne brille pas par le calme intérieur et il subit en outre les contrecoups des relations avec ses voisins. Tantôt le Soudan (surtout jusqu'en 2009 ; les relations se sont quelque peu normalisées depuis) mais aussi la République Centrafricaine, où les choses se gâtent à nouveau.

Les relations entre le nouveau président français, élu en mai 2012, et Idriss Deby ont été passablement tumultueuses dans le deuxième semestre de l'année 2011 (rappelons que c'est le 21 mars 2012 que le président régulièrement élu du Mali Amadou Toumani Touré dit "ATT" a été renversé par le capitaine Sanogo). Le Tchad, qui n'est pas membre de la CEDEAO (Afrique de l'Ouest) mais de l'équivalent de cette organisation en Afrique centrale (la CEMAC), n'a donc pas été officiellement associé aux premières réflexions de cette assemblée sur le Mali ; il avait donc fait clairement savoir qu'il ne bougerait pas tant qu'on ne le solliciterait pas. Or, en dépit des purges que Deby a fait subir à son armée, celle-ci est sans doute la meilleure et la plus expérimentée des troupes des Etats du Sahel.

Idriss Déby, qui n'est pas précisément socialiste et qui a même fait disparaître depuis cinq ans, on ne sait trop comment, l' opposant socialiste tchadien majeur (il a été enlevé par des militaires et n'a jamais reparu), n'est donc pas fait pour s'entendre le mieux du monde avec François Hollande. S'ajoute à cela, l'affaire de l'Arche de Zoé qui n'est pas complètement réglée (en particulier pour l'indemnisation des prétendus "parents" par la France) et dans laquelle le président tchadien se déclare, si je puis dire, "blanc comme neige"!

Néanmoins, à l'automne 2012, François Hollande, passant sur ces menus  différends, comprend bien que l'intervention du Tchad est indispensable, car on ne peut guère compter, ni sur l'Europe, ni sur Obama, ni sur les troupes de la CEDEAO, ni sur celles de l'ONU ; un rendez-vous est donc pris en octobre 2012 pour une visite officielle à Paris du président Deby qui, par ailleurs, marque ses sentiments quelque peu refroidis envers la France en ne participant pas au Sommet de la Francophonie à Kinshasa, où il aurait pu rencontrer François Hollande qui a fini par s'y rendre.

Je vous épargne les détails (que je ne connais d'ailleurs pas) des tractations qui s'opèrent dans le dernier trimestre 2012 entre Paris et N'Djamena, la visite d'octobre ayant été annulée, comme on dit pudiquement et si joliment dans le langage diplomatique, « en raison d'un conflit d'agendas". François Hollande finira sans doute par céder aux exigences de Deby (et ce n'est pas fini...!) et Idriss Deby sera reçu à l'Élysée le 5 décembre 2012, en grande pompe et avec tous les honneurs, en dépit de ses réserves. Idriss Deby profite naturellement de la situation pour se faire prier et avoir l'air de ne rien céder tout en haussant ses exigences. Ne cherchez pas dans la presse française des détails sur cette rencontre ; elle s'est montrée fort discrète et seule RFI, qui ne pouvait guère faire autrement, en a parlé quelque peu.

Si Idriss Deby a fanfaronné et clamé son indépendance au sortir de son entrevue avec François Hollande et dans les comptes-rendus faits de sa visite sur le site officiel de la République du Tchad et dans la presse locale, il n'empêche qu'un mois après il annonce soudain l'envoi de plus de 2000 hommes au Mali !

Comme j'ai déjà parlé des événements qui ont suivi depuis cette date dans mes précédents posts de la série "Honni soit qui Mali pense", je n'y reviens pas et y renvoie.

Toujours est-il que l'affaire du Mali non seulement a obligé la France à mettre les pouces dans ses relations avec Idriss Deby, mais elle a permis à ce dernier à la fois de rétablir sa situation au Tchad même, où elle demeure instable, mais et surtout de se donner une image internationale qu'il n'avait guère, au sein de la zone de la CEMAC d'abord, où il joue un rôle décisif avec le président congolais Denis Sassou Nguesso. En RCA, il contraint François Bozizé à négocier avec l'opposition coalisée dans le Séléka . Les choses rebondissent d'ailleurs, aujourd'hui même, puisque les rebelles du Séléka marchent de nouveau sur Bangui et que les Français doivent sans doute y intervenir sous prétexte de protéger leurs ressortissants. Idriss Déby a également tenu un discours vengeur et  autoritaire au sein de la CEDEAO (dont le Tchad ne fait pas parti et a fortement tancé les membres officiels de cette organisation ainsi que les soldats maliens dont la place, à l'entendre, devait être au front, même si les groupes Tamasheq s'y opposent dans leur zone et si la France a cédé à leur demande à propos de l'occupation de Kidal).

Nous étions fortement engagés au Mali, dont nous devions retirer nos troupes en avril 2013 (début avril d'abord, puis dans la suite fin avril et sans préciser l'importance exacte de ces retraits); les troupes retirées n'auront pas trop de chemin à faire si elles doivent se rendre en République Centrafricaine où on annonce aujourd'hui même, 24 mars 2013, qu'elles vont intervenir.

Comme je vous le disais en commençant, nous ne sommes pas sortis de l'auberge sahélienne et le moins qu'on puisse dire c'est qu'elle n'est ni confortable ni accueillante et que nous n'y sommes pas, aux yeux de beaucoup, les bienvenus.