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mardi 22 octobre 2013

Pour en finir avec l'affaire Leonarda.



J'avais songé, au départ, à une solution que je n'ai pas exposée dans mes blogs sur le sujet pour ne pas susciter des commentaires à l'infini (voire des injures) ; quoique raisonnable et généreuse, elle aurait sans doute suscité les passions, vu la personnalité très singulière du père de famille et l'amour de l'école qu'on prétendait trouver alors chez la jeune Leonarda. J'aurais suggéré, en effet, que notre Président de la République ajoutât à sa décision que le retour en France de la jeune fille était accompagné d'une offre de prise en charge par la France, pour la durée de sa scolarité, de son admission, à titre exceptionnel, à la Maison de la Légion d'honneur de Saint-Denis. La suite a montré que cette solution n'était sans doute pas bonne car Leonarda est bien loin d'être l'élève modèle à tous égards qu'on nous dépeignait.

Naturellement mes deux billets sur le sujet ont suscité des commentaires en particulier chez quelques âmes généreuses, de gauche et féminines pour la plupart, mais assez mal informées, ce qui rend nécessaire de ma part cette ultime mise au point.

On m'a objecté, dans MDP et Agoravox, que les mensonges du père n'étaient que des peccadilles puisque ils sont coutumiers dans les dossiers de demandes d'asile. C'est hélas parfaitement exact, puisque il faut, à la fois, venir d'un pays où l'on est exposé, d'une façon ou d'une autre, à des brimades, des menaces, des vexations ou, hélas, le plus souvent, bien pire encore, et donner sur la réalité de sa condition antérieure des informations exactes et vérifiables.

Mentir sur son origine nationale réelle et détruire ses papiers est le premier conseil des associations spécialisées pour prétendre à un asile auquel on n'a pas droit ; c'est ce qu'a fait d'emblée R. Dibrani qui vivait depuis dix sept ans en Italie. ! Le droit d'asile (légitime ou non) est devenu une filière très fréquentée de l'immigration naguère clandestine. Le nombre de dossiers de demande d'asile a explosé et donc, de ce fait même, il y a de moins en moins de cas d'acceptation. Un dossier sur dix est actuellement accepté contre neuf sur dix naguère encore, car il y a de plus en plus de faux dossiers, même s'il y en a hélas beaucoup de fondés. De ce fait, ces falsifications sont très loin d'être innocentes et sans gravité, car d'habiles dossiers mensongers conduisent fatalement à écarter des dossiers légitimes et honnêtes..

Pour m'être rendu, dans les vingt cinq années qui viennent de s'écouler, dans nombre de pays du Sud (dans toute l'Afrique, comme aux Comores à Madagascar ou en Haïti) je puis avancer d'expérience que la misère en Europe et la pénibilité de certaines situations (pour les Roms par exemple), si regrettables qu'elles soient, ne sont en rien comparables à celles qu'ont peut trouver dans le Sud où s'ajoutent, en outre, dans nombre de pays, aux famines et à la plus extrême misère, d'atroces guerres civiles, religieuses et ethniques souvent, qui dépassent tout entendement.

On nous a récemment montré, à propos des Roms, des documentaires sur leurs conditions de vie en Roumanie ou au Kosovo, mais je ne connais pas de Comoriens, d'Haïtiens, de Congolais ou de Somaliens (du peuple bien entendu) qui ne soient prêts à changer immédiatement la condition et la vie qu'ils connaissent dans leur propre pays contre celles qui leur seraient faites dans l'un ou l'autre de ces Etats européens. Il est inutile pour cela d'évoquer ici les milliers de noyés de l'Atlantique ou de la Méditerranée.

Les mensonges de Resat Dibrani, ne sont donc pas des peccadilles comme certaines veulent nous le faire croire (en les comparant sottement aux mensonges que font ceux qui circulent avec de faux permis de conduire ou font des déclarations d'impôts inexactes) ; ces mensonges et ces faux sont au contraire gravissimes car ils conduisent à écarter, au bénéfice d'un profiteur malhonnête, qui n'a jamais rien fait de toute sa vie et qui n'a quitté l'Italie, selon ses propres termes, que parce qu'il jugeait la France plus propre à mieux l'entretenir dans sa paresse, des dossiers sincères infiniment plus dramatiques et plus dignes d'être pris en considération au titre du droit d'asile. De tels comportements pour le défendre dans les blogs ne visent guère qu'à prendre des poses avantageuses, tout en ignorant les réalités du monde et en particulier celle du Sud.

Pire encore! Puisque Monsieur Resat Dibrani conduit à mettre sur le tapis la question du Kosovo, on peut donner, à cet égard, quelques détails significatifs que j'ai entendus ce matin même vers 8 heures, sur France Culture, de la bouche de Caroline Fourest, grande experte en la matière. Le nombre des demandes d'asile en provenance du Kosovo a, en effet, littéralement explosé ces dernières années ; multiplié par 2,80 il a donc pratiquement triplé. Bien entendu, cela correspond peut-être à une forme d'aggravation de tensions sociales au Kosovo dont on n'a pourtant guère parlé, mais, à mon sens, cela signifie bien plutôt et surtout que s'y sont mises en place des filières d'immigration vers l'ouest (comme ailleurs) et vers la France surtout. Tout cela profite sans doute surtout à un certain nombre de mafiosi kosovars, car il y a dans cette zone une grande activité mafieuse qu'on constate à bon nombre d'autres signes.

Nous avons sur ce point comme sur beaucoup d'autres une administration si pesante que, non seulement elle fonctionne avec d'une lenteur extrême, mais elle offre en outre des possibilités infinies d'en ralentir, voire dans bloquer l'application. Le cas Dibrani, dont la demande d'asile, refusée d'emblée, a été rejetée quatre fois en appel (d'où la durée insolite de la procédure) illustre ce point ! Toutes les décisions, prises à propos du droit d'asile, peuvent certes être contestées devant une Commission d'appel, mais je comprends mal comment cette contestation, dans le cas de Monsieur Dibrani, a pu être faite quatre fois de suite et cela d'autant qu'il était manifeste que les documents qu'il présentait étaient des faux ; il aurait suffi d'interroger sa famille dans la langue locale du Kosovo (albanais ?) pour s'apercevoir de la supercherie! Les sciences du langage peuvent servir parfois quelque chose, même en matière de droit d'asile et d'immigration.

Vouloir traiter, comme certaines intervenantes le font, l'accumulation des mensonges et des falsifications de Monsieur Dibrani comme des espiègleries sans conséquences témoigne non seulement d'une totale méconnaissance de la misère du monde, mais en outre d'une ignorance égale des réalités des procédures du droit d'asile. Quiconque s'arroge indûment une place en ce domaine la prend fatalement à un autre vrai malheureux qui la mériterait, lui !

Au moment où j'allais souvent en Afrique, j'avais projet (mais je n'ai jamais eu le temps de le faire ni le réellement l'envie), je voulais, par blague, m'offrir pour 5000 Fr. CFA auprès d'un agent administratif d'un État africain, un certificat attestant que j'avais, dans le pays en cause, deux ou trois enfants naturels. Ce papier m'aurait permis de me présenter aux allocations familiales françaises pour y percevoir les allocations correspondantes à cette petite famille. Je n'aurais eu aucune difficulté à le faire (peut-être pour 10 000 Fr. CFA et non 5000 ! ) et j'aurais été parfaitement fondé à percevoir les allocations familiales correspondantes. En outre, j'aurais pu, pour le même prix, prolonger d'un an par enfant naturel, le nombre de mes années d'exercice avant le départ à la retraite. J'ai connu un éminent professeur parisien, spécialiste d'histoire religieuse, qui s'était livré à cet exercice, avec de vrais enfants en ce qui le concerne, du moins je l'espère pour sa mémoire !

dimanche 20 octobre 2013

François Hollande : « Oignez vilain, il vous poindra ! ». Le piège


François Hollande, qui a pris tout le temps de la réflexion avant de faire connaître sa position sur l'affaire Leonarda qui a occupé toute la fin de semaine, aurait dû mettre à profit ce délai pour relire Gargantua (XXXII ,1546) pour y retrouver le dicton fameux qu'il connaît certainement : "Oignez vilain, il vous poindra ; poignez vilain, il vous oindra ! ". Cet adage est plus convenable qu'un autre, bien plus ancien et donc bien plus rude dans sa forme : "Oigniez a mastin le cul, il vous chiera en la paume ".

Ces deux proverbes se sont avérés tout à fait adaptés dans le cas de Monsieur Resat Dibrani qui, devant la proposition de notre Président de la République, non seulement a regimbé mais formulé des menaces à l'égard de François Hollande et de la France, en affirmant si le retour "n'est pas possible gentiment, alors il se fera de force". Voilà un homme qui sait parler et je m'étonne qu'il n'ait pas demandé la jouissance de la Lanterne et quelques millions d'euros au titre du préjudice moral voire une mobilisation générale au Kosovo !

Il faut reconnaître que, pour diverses raisons qui, généralement, ne sont guère avouées, les positions des intervenants sur cette affaire sont extrêmement curieuses, en particulier par la dissimulation systématique des faits, tout particulièrement pour ce qui touche ce redoutable Monsieur Resat. Ses antécédents, soigneusement gazés dans la presse de gauche (et en particulier comme on le verra dans Mediapart, si sourcilleux sur la morale de tous ses adversaires), le sont jusqu'au ridicule dans l'article de Carine Fouteau du 19 octobre 2013. Par manque de chance ces "informations" (j'hésite ici à user de ce terme) sont réfutées aujourd'hui même par celle de la presse italienne. Elle a fini par donner son point de vue sur l'affaire, puisque la famille Dibrani a vécu en Italie durant longtemps et est en réalité italienne, ce qui lui interdit évidemment tout recours au droit d'asile en France.

Si les accusations portées contre le père en matière de falsification de documents d'identité et de violences familiales ne sont pas très nouvelles, puisque on les a signalées également en France, on apprend que ses deux grandes filles, dans leur enfance, ont été contraintes à la mendicité, délit qui manquait jusqu'à présent au palmarès de Monsieur Dibrani qui ne comprenait guère que la destruction de ses pèces d'identité, les fausses déclarations, la production de faux documents achetés sur place, les violences familiales, et, on l'apprend désormais aussi, une implication dans une affaire de cambriolage. Tout cela est donc un peu loin de l'image idyllique qu'on a voulu et que certains cherchent toujours à en donner, comme on va le voir.

L'article de Carine Fouteau, à la une de MDP, est une merveille de présentation fallacieuse des données fâcheuses sur le personnage qu'il faut bien citer, en passant bien sûr et surtout tout en tentant de les minorer systématiquement par une rhétorique de la litote qu'on juge habile et propre à tromper les lecteurs de MDP dont elle semble avoir une piètre opinion!

Je n'en citerai que deux ou trois brefs exemples, car il faudrait tout citer en un tel texte : toute la présentation des faits y est biaisée, ce qui me conduit à reprendre pour un instant mon ancien métier pour en faire une explication de texte très partielle mais significative. Je cite en numérotant les points que concernent mes remarques :

« L'éclairage médiatique a été ainsi placé sur Resat Dibrani [1]. Ses « mensonges » et autres contradictions [2] ont eu tôt fait de le discréditer, alors que les arrangements avec la vérité [3] sont relativement fréquents [4] dans ce type de procédure qui représente une question de survie pour les personnes qui les engagent. [...] .Ce père de 47 ans a été présenté comme peu fiable, violent et irascible [5] . Il aurait [6] commis « quelques larcins » [7] et frappé sa femme et deux de ses filles [8] ».

On devrait, dans les classes, faire étudier un tel texte pour y voir un exemple parfait et systématique de mauvaise foi et de présentation fallacieuse de données.

N° 1. Les guillemets qui encadrent "mensonges" tendent à donner à penser que ces prétendus "mensonges" n'en sont pas et que les "autres contradictions" n'en sont pas davantage. Innocent Resat. qui a même été assez sot pour préciser le prix d'achat de ses faux documents d'identité.

N° 2 et 3. Ces "prétendus" mensonges ne sont, modestement, que des « arrangements avec la vérité ». On passe de la litote à la comédie. Monsieur Resat Jourdain dans le Kosovar gentilhomme ! . Ces "arrangements", "relativement fréquents dans ce type de procédure" » sont des "outrages à magistrats". Pour C. Fouteau ce ne sont là qu'espiègleries !

N°4. Pourquoi M. Dibrani aurait-il un traitement spécial alors qu'il accumule les motifs légitimes et fondés de refus à ses demandes répétées d'asile politique (bien entendu mensonger aussi) ? Est-ce que le nombre des mensonges comme la fréquence des accusations diverses sont des justification à ses actes?

N°5 "Ce père de 47 ans a été présenté comme violent " . Faut-il insister sur l'usage de ce verbe "présenter" qui donne à penser qu'il s'agit simplement d'une présentation mensongère alors qu'il a été l'objet de plainte pour violences familiales sur sa femme et ses filles de la part de son épouse, et que confirment ces violences familiales tous les témoignages recueillis!

N°6. "Il aurait commis" ; je ne commente même pas l'usage suspicieux du conditionnel

N° 7."Quelques larcins". Je ne sais pas comment Carine Fouteau qui aime tant les clichés a pu éviter ici l'adjonction de l'épithète "menus" qui est habituelle en pareils cas ?

Le portrait du père est achevé et il se trouve désormais confirmé par d'autres témoignages, dont les plus récents qui viennent d'Italie et le confortent en tous points.
La présentation des circonstances de l'interception de la jeune fille est un point essentiel. L'article de C. Fouteau précise et je cite 
"La jeune fille a été appelée sur son téléphone portable alors qu’elle se rendait avec sa classe à l’usine Peugeot de Sochaux pour une sortie scolaire. Si la décision d’éloigner la famille est « justifiée en droit » car « aucun des recours (…) n’a été jugé recevable par la justice administrative ni par la justice judiciaire », en revanche, les forces de police, en allant chercher Leonarda dans le bus, « n’ont pas fait preuve du discernement nécessaire », indique l'IGA.
« Essentiellement focalisée sur l’objectif de parvenir à regrouper la famille et de ramener la jeune fille auprès de sa mère, l’attention des forces de l’ordre n’a pas été éveillée par le fait que Leonarda Dibrani se trouve dans un bus dans le cadre d’une sortie scolaire. Elles n’ont pas pris la mesure des enjeux que représenterait une intervention pour interrompre cette sortie. Elles n’ont pas considéré être dans le cadre des instructions interdisant toute interpellation dans des établissements scolaires ou à proximité de ceux-ci », regrettent les deux inspecteurs, qui tentent d’expliquer le geste des agents de police en affirmant que des personnes soutenant la famille avaient donné leur accord." C. Fouteau, 19/10/2013

J'ai mis en gras le point essentiel, naturellement, quasi omis. Je n'insiste pas sur la sottise de ces "deux inspecteurs" qui "tentent d'expliquer le geste des agents de police" ; en vain bien entendu car il est inexplicable et injustifiable ! Se pose néanmoins la vraie et seule question qu'on essaye d'éviter. Qui a bien pu pu donner le numéro de téléphone portable de Leonarda à la police?

C'est là qu'interviennent "les personnes soutenant la famille", c'est à dire en fait les "associations de soutien" qui, depuis près de cinq ans, ont organisé les recours successifs contre un refus d'asile politique tout a fait fondé. Ce sont ces PERSONNES elles-mêmes qui ont adressé ou permis cet appel téléphonique à la jeune fille pour lui apprendre que le reste de la famille allait partir. Ce sont ces seules "PERSONNES" et non les policiers qui pouvaient connaître le numéro de téléphone portable de Leonarda qui n'avait pas dormi chez elle la nuit d'avant, par hasard bien entendu !

Tout cela est évidemment caché ou mentionné volontairement de façon si lointaine qu'on peut se demander s'il n'y a pas eu là une organisation d'un piège tendu à la police qui est tombée dans le panneau ! Peut-on, en tout cas, montrer plus de mauvaise foi dans la description d'une situation, quelle que soit l'opinion qu'on ait de la chose, quand on se prétend "journaliste" et surtout dans un organe de presse où l'on ne cesse d'invoquer le droit à l'information et la déontologie de cette profession.

Cerise sur un gâteau déjà bien chargé, un commentaire de cet article, au ton décalé par rapport à la ligne de MDP et qui a miraculeusement échappé à la censure (à cause du week-end sans doute:) :
"La description de Leonarda comme une lycéenne modèle, studieuse a l'école, relève également de la fable. "Selon les données recueillies par la mission, les absences de Leonarda au collège sont de 66 demi-journées en 6e, 31 en 5e, 78 en 4e et 21 1/2 depuis le début de l'année scolaire actuelle." Il est aussi précisé que "la jeune fille découchait régulièrement" (page 9), souvent pour aller chez son copain à Pontarlier."