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mercredi 2 juillet 2014

Censure des blogs : les malices du hasard


Je ne dirai décidément jamais assez combien le hasard est malicieux !

Je m'étais réjoui bruyamment (mais sottement on va le voir !) de mon retour sur le blog du Nouvel Observateur et j'avais reçu avec plaisir les bienveillantes paroles d'accueil de nombre de mes anciens correspondants en ce lieu d'où je vais être contraint de m'exclure à nouveau moi-même, suite à une affaire tout à fait caractéristique l’ère Sarkozy qui s’y perpétue. Comme la tente d’Holopherne chez Giraudoux avait été exclue du péché originel, le blog du Nouvel Observateur l’est de la liberté de la presse, même après la fin du règne de D. Olivennes !

J'ai narré dans son détail, il y a juste deux jours, dans mon dernier billet publié, sous le titre désormais bien inexact : « Usbek : le retour ! », les circonstances de mon éviction du NO olivennien en raison d’un procès pour « diffamation » que m’avait intenté en 2010,  René Ricol, sévèrement débouté par une justice restaurée au bout de trois ans. En fait, il n'y a pas eu de vrai retour d’Usbek, aussitôt muselé, et il n'y en aura pas ; mon blog suivant, dont j’avais demandé la publication le 1er juillet 2014 et qui avait pour titre « Immigration et émigration », a été purement et simplement rejeté par la censure du NO. 

On m’a adressé, en cette circonstance, le message suivant, d’une hypocrite cordialité, que je reproduis exactement ci-dessous, y compris les fautes d'orthographe :
« Bonjour usbek Après lecture et analyse attentive [ tu parles ! ] de votre article du 01.07.14 11h38 par notre équipe de modération, celui-ci a dû être retiré de la publication en raison de sa non-conformité vis-à-vis de la charte díutilisation du NouvelObservateur. Nous tenons à vous assurer que nous faisons tout notre possible pour accepter le plus grand nombre de messages et que tous nos modérateurs sont tenus à une stricte obligation díimpartialité. La neutralité de leur analyse est díailleurs régulièrement vérifiée par un superviseur. Toutes les opinions sont acceptées dans la limite des règles définies dans la charte éditoriale et sous réserve de les exprimer de manière courtoise, argumentée, et sans agressivité. Le motif de retrait de votre participation est : Propos potentiellement [J’adore le « potentiellement » ! ] racistes Les propos racistes, xénophobes, ou de façon générale, étant de nature à inciter à la haine raciale ou à rejeter une personne en raison de ses origines, sont interdits par la charte du site. Il níest également pas permis de stigmatiser, díattaquer ou de faire des insinuations sur une personne ou une communauté, en raison de son appartenance ethnique, culturelle ou religieuse. Sont également considérés comme racistes les propos dégradants ou injurieux basés sur le sexe ou les orientations sexuelles díune personne (homophobie). Cordialement [le « cordialement » me plait aussi beaucoup !], Líéquipe de modération 

En réponse à Marc, un commentateur, qui avait pu voir ce même blog sur Mediapart où j’avais aussi mis ce même texte mais qui, faute d’être abonné, ne pouvait le commenter (une erreur de marketing que j’ai déjà signalée), j’ai envoyé un commentaire qui a été censuré en ces termes par le NO qui a précisé que ce bref commentaire était « insultant ». Jugez en :
« Bonjour usbek Après lecture et analyse attentive de votre article du 01.07.14 16h27 par notre équipe de modération, celui-ci a dû être retiré de la publication en raison de sa non-conformité vis-à-vis de la charte d’utilisation du Nouvel Observateur. [je coupe la suite, identique au texte pécédent, jusqu’au si délicieux « cordialement » ; il ne s’agit pas là d’un « article » mais d’un « commentaire », mais une feuille essentiellement publicitaire comme le NO ne va pas s’arrêter à de tels détails !). Cordialement, L’équipe de modération Ps : pour rappel, le texte de votre article était: --------------------------------------- "Une telle censure qui a conduit à faire censurer mon billet "immigration et émigration" dont je maintiens tous les termes qui ne sont en rien racistes, ne témoigne que l'inculture anthropologique et historique des censeurs du NO car je suis sûr que nombre de Musulmans cultivés ou même simplement instruits partagent, en gros, cette analyse. Le malheur de l'Islam est le pétrole tombé aux mains exclusives de roitelets stupides et ivres de leur pouvoir plus familiers de Partouche que d'Averroès ! "

Je soupçonne la si cordiale Anastasie du NO de ne pas avoir compris mon commentaire jugé « insultant », sans doute pour Monsieur Averroès, fidèle lecteur du Nouvel Observateur !

Si j'avais séjourné sans problème près de quatre ans dans l'ancien blog du Nouvel Observateur, je n’aurais guère passé qu’une quinzaine cette fois-ci ! Je dois dire d'ailleurs que je suis quelque peu étonné (mais je l'avais déjà été la première fois) de voir utiliser de pareils procédés dans un hebdomadaire que j'ai vu autrefois naître et dont je n'arrive pas à comprendre comment Monsieur Jean Daniel, qui était déjà là lors de cette naissance, peut accepter de demeurer !

Mais ce point est au fond sans importance ; si j'avais eu un peu plus de clairvoyance et lucidité et si je ne m’étais pas laissé porter par les sentiments nostalgiques envers des amis que j’y avais laissés, je n'aurais pas fait pareille tentative.

L'amusant de la chose et c'est là où la malice du hasard intervient est que dans Mediapart où il y a eu aussi, à un degré moindre, des problèmes de censure ou de rejet, Géraldine Delacroix publie précisément ce 1er juillet 2014 (le jour même où je subis la censure du NO et c’est en cela que réside la vraie malice du destin) un texte sur la nouvelle charte de Mediapart qui traite surtout de ce point. Je reproduis ci-dessous, sans autorisation, les premiers paragraphes de son article.
« Mieux vivre ensemble, expliquer la façon dont la modération se pratique sur notre site, décrire les pratiques mises en œuvre au quotidien, les attentes de Mediapart, ses obligations aussi: pour rédiger cette nouvelle Charte, nous nous sommes appuyés sur notre expérience, avec un  souci permanent de clarté. Nous la mettrons en ligne ce vendredi 5 juillet.En voici aujourd’hui la partie principale, c’est-à-dire celle qui concerne la vie de tous les jours sur Mediapart. Il va sans dire que si nous la rendons ici publique, c’est pour en discuter, la préciser, l’amender si besoin.Un second point, celui qui concerne vos responsabilités juridiques et les nôtres – notamment les demandes de modification ou suppression de billets adressées à Mediapart depuis l’extérieur, le plus souvent par des personnes se considérant diffamées, mais aussi par des entreprises se disant atteintes d’un préjudice, et enfin les réquisitions judiciaires – sera abordé d’ici vendredi. » , Géraldine Delacroix, 1er juillet 2014.

Je dois confesser que si certains se plaignent, à Mediapart, du rejet de textes par la rédaction, l'atmosphère est tout de même très différente de celle du Nouvel Observateur. D'ailleurs, ce même 1er juillet, jour de la censure de mon blog par le Nouvel Observateur, j'avais aussitôt, aux fins d'expérience et de comparaison, publié dans Mediapart, ce blog jugé raciste et même insultant ! Il est paru dans le Club sans aucun problème et je dois dire dois dire qu'il n’a suscité de la part des lecteurs éventuels aucune réaction.

Si vous voulez juger de son contenu, il suffit de revenir, dans le Club et dans mon blog au 1er juillet, pour voir ce texte dont je maintiens, comme je l'ai dit, tous les termes. J'avais pensé un moment revenir, surtout pour me simplifier les procédures, aux « errements antérieurs » (Que René Ricol ne se trompe pas sur le sens de cette expression !). Hélas, le comportement de l'Anastasie du Nouvel Observateur me contraindra, une fois de plus, à quitter cette maison avec d'autant moins d'amertume que j'ai le souvenir de ce que fut autrefois le Nouvel Observateur, ce qui est aussi à vrai dire le triste lot de l’Express ! Je n'y regretterai que les quelques amis que j'y ai, ils y étaient avant mon retour eta et ils y seront encore après mon second départ. Je leur rendrai visite de temps en temps, à charge de revanche. Amitiés à toutes et à tous.

samedi 3 mai 2014

Ailleurs l'herbe est toujours plus verte ! Du Nouvel Observateur à Edouard Martin.


Si je savais comment retourner dans le blog du Nouvel Observateur sans que soit perdu définitivement les 1500 billets que j'avais en mémoire dans mon ancien blog « Nouvelles persaneries » publiés sous le pseudonyme d’Usbek, j’y  retournerais tout de suite. J’en ai été discrètement viré en 2010 pour un article paru le 8 août 2009. J’y faisais grief à un baron de la Sarkozie, René Ricol, « médiateur du crédit », pour un usage aussi excessif qu’impropre du mot « errement » ; il jugeait ce terme plus distingué que le si commun « erreur », mais il en ignorait clairement le véritable sens. Il avait donc alors, à mon insu, déposé une plainte en « diffamation à l’égard d’un porteur d’un mandat public » ; je n’avais évidemment pas été informé et il avait lancé sur ma piste (alors que mon identité et mon adresse courriel étaient parfaitement connues bien entendu, du Nouvel Observateur) la brigade financière de Paris dans un très clair abus d’autorité ; ce n’en était que le premier acte puisque j’ai été ensuite mis en examen puis jugé sans avoir jamais été entendu par la justice de notre si belle démocratie.

Naturellement, le directeur du NO, Denis Olivennes, était aussi concerné par l’affaire, ce qui rendait sans doute les choses délicates vu les relations, aussi étroites qu’inattendues, de ce dernier avec Madame Sarkozy ! On s’est donc alors employé au NO à me censurer plus ou moins, pour me conduire à « me soumettre ou à me démettre » ; j’ai évidemment choisi le second terme de l’alternative ! La justice avance à pas compté, ce qui a eu l’avantage de permettre un changement de régime et conduit, quatre ans plus tard, à débouter, d’ailleurs en terme sévères à mes yeux, la plainte en diffamation de R. Ricol qui se rêvait en ministre de Sarkozy ; il était redevenu un simple expert-comptable chez lequel on peut sans doute pardonner plus facilement d’ignorer le sens du mot « errement ».

Hélas, il semble que le fonctionnement du « blog des internautes » du NO  ait changé et si l'on veut bien sans doute m'y accepter, ce serait pour un nouveau blog ; ce changement me ferait perdre toute la « mémoire » du précédent que j’avais tenu pendant quatre ans et où j'avais des contacts et des échanges bien plus intéressants que ceux que j’ai à Mediapart où, si l'on ne fait pas parti de la « secte » et si l'on traite pas de façon étroite de la politique la plus immédiate, on n’a à peu près aucun échange avec qui que ce soit.

Je n'en veux pour preuve que le débat qui a été ouvert autour des propos de Monsieur Edouard Martin, l'ancien (très, très ancien…) syndicaliste, désormais inattendu candidat aux Européennes et même leader de la liste du PS honni pour l’Est la France (C. Trautmann ayant été, elle, proprement virée de la course aux prébendes réservée aux has-beens du PS !). C'est la preuve que n’intéressent, dans le Club ou Mediapart, que les aspects les plus médiocres et les plus sordides de la vie politique française, puisque les propos effarants d’effronterie tenus par cet individu, qui ne méritent que le mépris, ont attiré à ce jour près de 500 commentaires (488 très exactement au moment où j’ai consulté MDP) pour un texte au titre clairement antiphrastique « Je ne suis pas un produit marketing ! »

Sauf votre respect, Monsieur Martin ne nous prenez pas pour des cons avec tant d’impudence ! Vous n'êtes rien d'autre qu'un produit marketing, assez mauvais et dépourvu de crédibilité d’ailleurs, dont le seul mérite est d’afficher clairement son prix. L'opération « député européen »va vous permettre de multiplier votre salaire, que vous avez perdu ou être en voie de perdre, par dix. Comme la plupart des électeurs ignorent sans doute les règles de ce scrutin, ils ne sauront sans doute même pas qu’ils peuvent vous éliminer de la liste et vous punir ainsi de vous être vendu si ignomineusement à un parti pour lequel vous n’aviez pas eu de mots assez durs !

Le parti socialiste, sans bourse délier, espère trouver là une publicité dont il est bien éloigné en ce moment et glaner des voix à gauche ! Monsieur Martin a en effet occupé les écrans pendant des mois (plutôt bel homme dans le genre baraqué, viril et le langage à peine populacier propre à séduire l’électorat féminin plus que la parité), s'étant opposé à Sarko comme à Hollande et à leurs rodomontades à propos de Florange. L'amour soudain que lui porte Solférino n'a rien d'étonnant, puisque les retournements de vestes et les palinodies y sont l'exercice quotidien de tous les éléphants,  nous comme en avons encore récemment vu des exemples multiples !

Quant à Edouard Martin, en affirmant sans rire à la télévision (il était encore récemment au Grand Journal de Canal+) ne pas être « un produit marketing », il a démontré qu'il était tout à fait apte à exercer les fonctions politiques juteuses qu’il vise.

Certains commentaires ineptes, parus dans MDP, jugent remarquable de voir un ouvrier devenir député européen ! Le problème n'est assurément pas là ; on ne pourrait que se féliciter de cette soudaine promotion si elle s'était opérée dans des circonstances différentes ! Je ne sais quel commentateur suggère que le sort de Monsieur Martin aurait dû être de devenir, non pas député européen, mais Secrétaire général de la CFDT. Je ne sais pas si ce commentateur est innocent ou perfide ! La comparaison est toutefois clairement opportune, parce que, si l'on en juge par les précédentes carrières et les retraites dorées sur tranche de Madame Nicole Notat puis de Monsieur François Chérèque ensuite, Edouard Martin a effectivement tous les caractères qui ont permis, au terme de leurs mandats syndicaux, des promotions aussi rapides voir brillantes aux deux précédents Secrétaires généraux de la CFDT.

Je vais aller prendre mon café du matin et j'ai donc pas envie de prolonger outre mesure ce billet, car je pense qu’on l'aura compris, Edouard Martin et toutes ces affaires me donnent envie de vomir ! 

mercredi 12 mars 2014

Ecoutes : Bridoye et le Père Ubu

Le titre, quelque peu énigmatique de ce billet, va vous obliger à faire appel à vos souvenirs de lycée et de littérature française. Si les choses n'ont pas changé (je doute fort qu'elles l'aient fait quand je constate le rythme du renouvellement de nos programmes scolaires), on étudie Rabelais en seconde, on avait donc quelque chance d'y rencontrer le juge Bridoye que, dans le Tiers Livre, Panurge va consulter à propos de son mariage éventuel. Ce juge à la particularité de s’en remettre au sort et donc aux dés quand les cas lui semblent difficiles. Qu'on n'aille pas ici me faire un procès pour diffamation, car je ne suis pour rien dans cette critique de la justice dont toute la responsabilité incombe à Rabelais lui-même et qui ne s'en cache pas. Le Père Ubu et sa gidouille sont sans doute moins présents dans nos programmes scolaires, mais, en revanche, Ubu est là, à tous les instants et en tous lieux, dans notre administration et je me suis même demandé parfois si l'être qui hante ainsi ses bureaux n'est pas plutôt un de ses parents né de l'union incestueuse de la Mère Ubu et du Père Soupe, héros de Messieurs les ronds de cuir, l'œuvre immortelle de Georges Courteline.

La décision de la Cour d'appel de Versailles dans l’affaire Bettencourt-Mediapart de l’an dernier que j’évoque ici, est la suivante et je rappelle les faits, tels que Mediapart les a mentionnés, même si vous les connaissez :
"La cour d’appel de Versailles a ordonné à Mediapart, jeudi 4 juillet, de supprimer toute citation des enregistrements de l’affaire Bettencourt. Son arrêt nous interdit, de surcroît, de les mentionner à l’avenir."

Le scandale est, en fait, non dans l'affaire elle-même, mais, au-delà, dans le fonctionnement de notre justice qui est non seulement archaïque mais largement incohérente. L'archaïsme extravagant de notre système judiciaire se marque tant par d'incontestables signes (depuis le langage prétendument médiéval et volontiers latin (ou  prétendu tel) qu'on y emploie, même s'il ne satisfait en rien les historiens de la langue française jusqu'aux costumes ridicules dont on s'y affuble et auxquels on est si résolument attaché ). Tout cela n'est que comique ; plus grave est l'archaïsme dans les modes de fonctionnement.

La question des enregistrements qui sont au centre de cette affaire illustre parfaitement ce conservatisme forcené. En effet la validité des enregistrements réalisés et qui sont accablants pour le milieu dans lequel ils ont été réalisés sont considérés comme nuls et non avenus par la justice, dans la mesure où ils ont été réalisés à l'insu de ceux qui s'y sont exprimés. En vertu de ce même principe, on ne devrait jamais condamner, pour quelque forfait qu'il ait commis, un individu qui persiste a déclarer qu'il n'en est pas l'auteur et qu'on l’aurait certes vu l'accomplir … mais A SON INSU !

Comme je ne suis pas, et en rien, spécialiste de ces questions, j'ai consulté des auteurs plus qualifiés que moi (ce qui n'est pas trop difficile) et j'ai appris ceci sur ce point précis :
"Selon la matière, il est possible d'utiliser un enregistrement comme commencement de preuve. Ainsi, en droit pénal, un enregistrement obtenu, même de manière irrégulière, a une valeur d'"indice de preuve" selon la Cour de cassation (v. notamment cass crim 11 février 1992) ; (la Chambre criminelle a d'ailleurs estimé qu'une infraction commise pour obtenir une preuve était possible en vertu des "nécessités de la défense" (cass crim 11 mai 2004)).

En droit civil, la règle est un peu différente (Dieu seul sait pourquoi !). « Un enregistrement est également recevable (art 9 cpc), mais si il est fait à l'insu de la personne, il s'agit d'un procédé déloyal rendant la preuve irrecevable en justice (civ 2ème, 7 oct 2004). De plus, en matière civile, dans certains cas, la loi prévoit certains moyens de preuves obligatoires comme un écrit, rendant dés lors un enregistrement, même autorisé par la personne, totalement inutile. »

On constate que, dans la justice américaine, des documents enregistrés dans ces conditions seraient valables, alors qu'ils ne sont pas dans le système français (voir ci-dessus) qui est à cet égard totalement archaïque . Il est en effet désormais parfaitement possible, au plan scientifique et technique, de vérifier et de prouver que ces enregistrements n'ont pas été l'objet de manipulations et que le seul grief qu'on peut leur faire est qu'ils ont été obtenus, sans que les intéressés soient au courant de cet enregistrement.

Les dispositions françaises sont évidemment stupides ; dans ce domaine comme dans bien d'autres, il est certain que nous finirons par faire comme les Américains ; de la même façon, nous échouons dans notre lutte comme beaucoup d'entreprises criminelles, car il est impossible à la police française d'infiltrer les réseaux qu'elle poursuit en vain et qu’il faut donc que notre police et notre justice attendent que les malfrats soient assez stupides pour apporter d’eux-mêmes les preuves recherchées, ayant laissé auparavant leur vie privée à l'abri des entreprises policières !

Cette justice, si sourcilleuse par ailleurs, ne semble pas avoir relevé ou a oublié que, devant le juge Gentil, Nicolas Sarkozy a déclaré, me semble-t-il, n'avoir été qu'une seule fois chez Madame Liliane Bettencourt, alors qu'il y a des photographies qui le montrent en train d'entrer chez elle dans des costumes différents. Est-il un vrai Fregoli politique ou ces photographies ont été truquées par des gens qui lui en veulent ?  Dans ce dernier cas, il est facile de faire authentifier ou récuser ces photographies par des spécialistes ; la chose est encore beaucoup plus facile que pour des enregistrements. Et dans l'affaire Cahuzac où les enregistrements téléphoniques sont pris en compte et valides à 60% (encore par la précision un trait rabelaisien… sans compter les femmes et les petits enfants…), J. Cahuzac savait-il qu'il était enregistré ? Il faudrait un peu de logique dans tout cela !

Il « appert », en tout cas, que notre justice ultraconservatrice ne prend pas en compte les avancées scientifiques et techniques dont la police et la télé font si grand cas. On ne voit pas pourquoi des enregistrements faits à l'insu des locuteurs, ne seraient pas valables en vertu du principe qu'ils attentent à sa vie privée. Quel rapport entre ces deux plans ? Toute enquête, sur qui que ce soit, où que ce soit et pour quoi que ce soit, n'est-elle pas, par principe et au départ même, attentatoire à la vie privée de celui qui en est l'objet ? C'est même grâce à cet indispensable attentat que se réalisent,  le plus souvent, la découverte et la preuve de la vérité !

dimanche 20 octobre 2013

François Hollande : « Oignez vilain, il vous poindra ! ». Le piège


François Hollande, qui a pris tout le temps de la réflexion avant de faire connaître sa position sur l'affaire Leonarda qui a occupé toute la fin de semaine, aurait dû mettre à profit ce délai pour relire Gargantua (XXXII ,1546) pour y retrouver le dicton fameux qu'il connaît certainement : "Oignez vilain, il vous poindra ; poignez vilain, il vous oindra ! ". Cet adage est plus convenable qu'un autre, bien plus ancien et donc bien plus rude dans sa forme : "Oigniez a mastin le cul, il vous chiera en la paume ".

Ces deux proverbes se sont avérés tout à fait adaptés dans le cas de Monsieur Resat Dibrani qui, devant la proposition de notre Président de la République, non seulement a regimbé mais formulé des menaces à l'égard de François Hollande et de la France, en affirmant si le retour "n'est pas possible gentiment, alors il se fera de force". Voilà un homme qui sait parler et je m'étonne qu'il n'ait pas demandé la jouissance de la Lanterne et quelques millions d'euros au titre du préjudice moral voire une mobilisation générale au Kosovo !

Il faut reconnaître que, pour diverses raisons qui, généralement, ne sont guère avouées, les positions des intervenants sur cette affaire sont extrêmement curieuses, en particulier par la dissimulation systématique des faits, tout particulièrement pour ce qui touche ce redoutable Monsieur Resat. Ses antécédents, soigneusement gazés dans la presse de gauche (et en particulier comme on le verra dans Mediapart, si sourcilleux sur la morale de tous ses adversaires), le sont jusqu'au ridicule dans l'article de Carine Fouteau du 19 octobre 2013. Par manque de chance ces "informations" (j'hésite ici à user de ce terme) sont réfutées aujourd'hui même par celle de la presse italienne. Elle a fini par donner son point de vue sur l'affaire, puisque la famille Dibrani a vécu en Italie durant longtemps et est en réalité italienne, ce qui lui interdit évidemment tout recours au droit d'asile en France.

Si les accusations portées contre le père en matière de falsification de documents d'identité et de violences familiales ne sont pas très nouvelles, puisque on les a signalées également en France, on apprend que ses deux grandes filles, dans leur enfance, ont été contraintes à la mendicité, délit qui manquait jusqu'à présent au palmarès de Monsieur Dibrani qui ne comprenait guère que la destruction de ses pèces d'identité, les fausses déclarations, la production de faux documents achetés sur place, les violences familiales, et, on l'apprend désormais aussi, une implication dans une affaire de cambriolage. Tout cela est donc un peu loin de l'image idyllique qu'on a voulu et que certains cherchent toujours à en donner, comme on va le voir.

L'article de Carine Fouteau, à la une de MDP, est une merveille de présentation fallacieuse des données fâcheuses sur le personnage qu'il faut bien citer, en passant bien sûr et surtout tout en tentant de les minorer systématiquement par une rhétorique de la litote qu'on juge habile et propre à tromper les lecteurs de MDP dont elle semble avoir une piètre opinion!

Je n'en citerai que deux ou trois brefs exemples, car il faudrait tout citer en un tel texte : toute la présentation des faits y est biaisée, ce qui me conduit à reprendre pour un instant mon ancien métier pour en faire une explication de texte très partielle mais significative. Je cite en numérotant les points que concernent mes remarques :

« L'éclairage médiatique a été ainsi placé sur Resat Dibrani [1]. Ses « mensonges » et autres contradictions [2] ont eu tôt fait de le discréditer, alors que les arrangements avec la vérité [3] sont relativement fréquents [4] dans ce type de procédure qui représente une question de survie pour les personnes qui les engagent. [...] .Ce père de 47 ans a été présenté comme peu fiable, violent et irascible [5] . Il aurait [6] commis « quelques larcins » [7] et frappé sa femme et deux de ses filles [8] ».

On devrait, dans les classes, faire étudier un tel texte pour y voir un exemple parfait et systématique de mauvaise foi et de présentation fallacieuse de données.

N° 1. Les guillemets qui encadrent "mensonges" tendent à donner à penser que ces prétendus "mensonges" n'en sont pas et que les "autres contradictions" n'en sont pas davantage. Innocent Resat. qui a même été assez sot pour préciser le prix d'achat de ses faux documents d'identité.

N° 2 et 3. Ces "prétendus" mensonges ne sont, modestement, que des « arrangements avec la vérité ». On passe de la litote à la comédie. Monsieur Resat Jourdain dans le Kosovar gentilhomme ! . Ces "arrangements", "relativement fréquents dans ce type de procédure" » sont des "outrages à magistrats". Pour C. Fouteau ce ne sont là qu'espiègleries !

N°4. Pourquoi M. Dibrani aurait-il un traitement spécial alors qu'il accumule les motifs légitimes et fondés de refus à ses demandes répétées d'asile politique (bien entendu mensonger aussi) ? Est-ce que le nombre des mensonges comme la fréquence des accusations diverses sont des justification à ses actes?

N°5 "Ce père de 47 ans a été présenté comme violent " . Faut-il insister sur l'usage de ce verbe "présenter" qui donne à penser qu'il s'agit simplement d'une présentation mensongère alors qu'il a été l'objet de plainte pour violences familiales sur sa femme et ses filles de la part de son épouse, et que confirment ces violences familiales tous les témoignages recueillis!

N°6. "Il aurait commis" ; je ne commente même pas l'usage suspicieux du conditionnel

N° 7."Quelques larcins". Je ne sais pas comment Carine Fouteau qui aime tant les clichés a pu éviter ici l'adjonction de l'épithète "menus" qui est habituelle en pareils cas ?

Le portrait du père est achevé et il se trouve désormais confirmé par d'autres témoignages, dont les plus récents qui viennent d'Italie et le confortent en tous points.
La présentation des circonstances de l'interception de la jeune fille est un point essentiel. L'article de C. Fouteau précise et je cite 
"La jeune fille a été appelée sur son téléphone portable alors qu’elle se rendait avec sa classe à l’usine Peugeot de Sochaux pour une sortie scolaire. Si la décision d’éloigner la famille est « justifiée en droit » car « aucun des recours (…) n’a été jugé recevable par la justice administrative ni par la justice judiciaire », en revanche, les forces de police, en allant chercher Leonarda dans le bus, « n’ont pas fait preuve du discernement nécessaire », indique l'IGA.
« Essentiellement focalisée sur l’objectif de parvenir à regrouper la famille et de ramener la jeune fille auprès de sa mère, l’attention des forces de l’ordre n’a pas été éveillée par le fait que Leonarda Dibrani se trouve dans un bus dans le cadre d’une sortie scolaire. Elles n’ont pas pris la mesure des enjeux que représenterait une intervention pour interrompre cette sortie. Elles n’ont pas considéré être dans le cadre des instructions interdisant toute interpellation dans des établissements scolaires ou à proximité de ceux-ci », regrettent les deux inspecteurs, qui tentent d’expliquer le geste des agents de police en affirmant que des personnes soutenant la famille avaient donné leur accord." C. Fouteau, 19/10/2013

J'ai mis en gras le point essentiel, naturellement, quasi omis. Je n'insiste pas sur la sottise de ces "deux inspecteurs" qui "tentent d'expliquer le geste des agents de police" ; en vain bien entendu car il est inexplicable et injustifiable ! Se pose néanmoins la vraie et seule question qu'on essaye d'éviter. Qui a bien pu pu donner le numéro de téléphone portable de Leonarda à la police?

C'est là qu'interviennent "les personnes soutenant la famille", c'est à dire en fait les "associations de soutien" qui, depuis près de cinq ans, ont organisé les recours successifs contre un refus d'asile politique tout a fait fondé. Ce sont ces PERSONNES elles-mêmes qui ont adressé ou permis cet appel téléphonique à la jeune fille pour lui apprendre que le reste de la famille allait partir. Ce sont ces seules "PERSONNES" et non les policiers qui pouvaient connaître le numéro de téléphone portable de Leonarda qui n'avait pas dormi chez elle la nuit d'avant, par hasard bien entendu !

Tout cela est évidemment caché ou mentionné volontairement de façon si lointaine qu'on peut se demander s'il n'y a pas eu là une organisation d'un piège tendu à la police qui est tombée dans le panneau ! Peut-on, en tout cas, montrer plus de mauvaise foi dans la description d'une situation, quelle que soit l'opinion qu'on ait de la chose, quand on se prétend "journaliste" et surtout dans un organe de presse où l'on ne cesse d'invoquer le droit à l'information et la déontologie de cette profession.

Cerise sur un gâteau déjà bien chargé, un commentaire de cet article, au ton décalé par rapport à la ligne de MDP et qui a miraculeusement échappé à la censure (à cause du week-end sans doute:) :
"La description de Leonarda comme une lycéenne modèle, studieuse a l'école, relève également de la fable. "Selon les données recueillies par la mission, les absences de Leonarda au collège sont de 66 demi-journées en 6e, 31 en 5e, 78 en 4e et 21 1/2 depuis le début de l'année scolaire actuelle." Il est aussi précisé que "la jeune fille découchait régulièrement" (page 9), souvent pour aller chez son copain à Pontarlier."

lundi 8 juillet 2013

Arbitrage Tapie : "Il fallait un calculateur, ce fut un danseur qui l'obtint". Beaumarchais



A la suite de la lecture de l'excellent (comme toujours) mais proprement stupéfiant article de Laurent Mauduit sur l'arbitrage Tapie et suite à la visite, hier, de Madame Christine Lagarde dans ma bonne ville d'(Aix-en-Provence, où elle n'a pas craint de venir pérorer, comment ne pas reprendre un vieux billet du 22 juin 2009 qui réunissait déjà les principaux protagonistes de cette affaire.

Cette formule du Mariage de Figaro paraît pouvoir s’appliquer à Madame Christine Lagarde, notre ministre des finances et de l’emploi, même si la canne, sur laquelle elle s’appuie parfois avec beaucoup de distinction et de grâce, ne semble pas la destiner, a priori, aux exercices chorégraphiques. Le titre de ce post relève plus du vocabulaire de Tapie que de celui de Madame Lagarde, à qui la canasta doit être plus familière que le poker!

Avocate de profession (mais avec une carrière américaine), elle règne sur Bercy et nos sous ; aussi ne l’ai-je pas entendue sans étonnement affirmer à la radio, il y a quelques jours, que la raison pour laquelle on avait jugé bon de mettre un terme à l’interminable affaire Tapie était que l’Etat avait déjà versé dix millions d’euros en frais d’avocats (merci pour eux!). Les avocats de Nanard, que j’ai entendus aussi par ailleurs, sont plus discrets, car ils entendent sans doute, au terme définitif de l’affaire, se payer sur la bête et avec un pourcentage sur les gains, à l’américaine, car Tapie, en principe n’a pas un euro en poche.

Petite curiosité fiscale. Nanard devrait, dit-on, 130 millions d’euros à l’Etat (en « dettes fiscales et sociales"), sans parler de ses créances au Consortium de Réalisation. Comment un citoyen, dans une situation financière et fiscale si désastreuse, peut-il continuer à loger Rue des Saints-Pères dans ce fameux, immense et luxueux hôtel particulier qu'il y possède et pour lequel, en son temps, le Canard enchaîné nous avait appris qu’il ne payait qu’une taxe d’habitation, minimale et forfaitaire, n’étant pas assujetti à l’impôt sur le revenu?

Quel homme ce Nanard ! Lui qui a commencé comme crooner, il pourrait reprendre le tube de Julio Iglesias « Je n’ai pas changé ! », à moins qu’il ne revienne à ses propres écrits à travers le répertoire du Bernard Tapy des années 60 ; il pourrait nous susurrer, après son succès final dans l’affaire Adidas, l’immortel couplet dont il est l’auteur:
"Et maintenant je suis content
Qu'avec elle ce soit terminé
Je vais pouvoir tout comme avant
Ha ! Recommencer à bien rigoler

Quel talent ! Tout cela est rigoureusement exact, même si la rime est moins riche que l’homme !


Mais revenons-en à Madame Lagarde, car je ne puis m’empêcher de craindre les analyses et les décisions ultérieures d’une ministre des finances et de l’emploi qui, pour ne pas risquer, fût-ce en vain, un ou deux millions d’euros de plus, accepte, le coeur manifestement léger, d’en perdre quatre cents !

Je n’entends pas être le centième à ratiociner sur cette affaire, aussi ténébreuse que compliquée et dans laquelle, de toute façon, nous-autres contribuables français serons les dindons de la farce.

La Gauche joue les vierges effarouchées, forte des connivences évidentes du pouvoir dans cette affaire. Bayrou a levé le lièvre, manipulé par Peyrelevade qui évidemment en sait long, pour plusieurs raisons, sur cette affaire. On ne doit pas oublier que c’est tout de même Mitterrand qui, pour contrer Rocard, a mis Nanard, introduit par Bérégovoy, sur orbite politique et en a fait un ministre, en continuant dans la suite à le protéger de diverses façons.

Quant au fameux tribunal arbitral, qui aurait touché un gros million d’euros d’honoraires, la droite sénile y était représentée par l’alpiniste Mazeaud et la gauche cacochyme par l’avocat Bredin (du cabinet Bredin-Badinter, ça doit vous rappeler des choses!). Bernard Iglesias a raison : rien n'a changé, mais rien n’a non plus été laissé au hasard dans tout cela !

On croyait Nanard fini après l’arrêt de la Cour de Cassation en octobre 2006, censé, dans notre système juridique, mettre un terme à toute action judiciaire. C’était compter sans la justice « privée ». Quoique fauché, Tapie, resté à la table quand on le croyait au tapis et sur les planches, en flambeur qu’il est, Tapie a fait tapis et raflé le magot !

Bravo l’artiste !

 

vendredi 5 juillet 2013

Affaire Dossier Bettencourt-Mediapart : Bridoye et le Père Ubu

Chères lectrices, chers lecteurs,

Le titre, quelque peu énigmatique de ce billet, va vous obliger à faire appel à vos souvenirs de lycée et de littérature française. Si les choses n'ont pas changé (je doute fort qu'elles l'aient fait quand je constate le rythme du renouvellement de nos programmes scolaires), on étudie Rabelais en seconde, on avait donc quelque chance d'y rencontrer le juge Bridoye que, dans le Tiers Livre, Panurge va consulter à propos de son mariage éventuel. Ce juge à la particularité de s’en remettre au sort et donc aux dés quand les cas lui semblent difficiles. Qu'on n'aille pas ici me faire un procès pour diffamation, car je ne suis pour rien dans cette critique de la justice dont toute la responsabilité incombe à Rabelais lui-même et qui ne s'en cache pas. Le Père Ubu et sa gidouille sont sans doute moins présents dans nos programmes scolaires, mais il est là, à tous les instants et en tous lieux, dans notre administration et je me suis même demandé parfois si l'être qui hante ainsi ses bureaux n'est pas plutôt un de ses parents, né de l'union incestueuse de la Mère Ubu et du Père Soupe, héros de Messieurs les ronds de cuir, l'œuvre immortelle de Georges Courteline.

La décision de la Cour d'appel de Versailles est la suivante et je rappelle les faits, tels que Mediapart les mentionne, même si vous les connaissez :
"La cour d’appel de Versailles a ordonné à Mediapart, jeudi 4 juillet, de supprimer toute citation des enregistrements de l’affaire Bettencourt. Son arrêt nous interdit, de surcroît, de les mentionner à l’avenir."

Le scandale est, en fait, non dans l'affaire elle-même, mais, au-delà, dans le fonctionnement de notre justice qui est non seulement archaïque mais largement incohérente.

L'archaïsme extravagant de notre système judiciaire se marque tant par d'incontestables signes (depuis le langage prétendument médiéval qu'on y emploie, même s'il ne satisfait en rien les historiens de la langue française jusqu'aux costumes ridicules dont on s'y affuble et auxquels on est si résolument attaché dans cette corporation). Tout cela n'est que comique ; plus grave est l'archaïsme dans les modes de fonctionnement.
La question des enregistrements qui sont au centre de cette affaire illustre parfaitement ce conservatisme forcené. En effet la validité des enregistrements réalisés et qui sont accablants pour le milieu dans lequel ils ont été réalisés, sont considérés comme nuls et non avenus par la justice, dans la mesure où ils ont été réalisés à l'insu de ceux qui s'y sont exprimés. En vertu de ce même principe, on ne devrait jamais condamner, pour quelque forfait qu'il ait commis, un individu qui persiste a déclarer qu'il n'en est pas l'auteur et qu'on aurait vu l'accomplir mais A SON INSU !

Comme je ne suis pas, et en rien, spécialiste de ces questions, j'ai consulté des auteurs plus qualifiés que moi (ce qui n'est pas trop difficile) et j'ai appris ceci sur ce point précis :
"Selon la matière, il est possible d'utiliser un enregistrement comme commencement de preuve. Ainsi, en droit pénal, un enregistrement obtenu, même de manière irrégulière, a une valeur d'"indice de preuve" selon la Cour de cassation (v. notamment cass crim 11 février 1992) ; (la Chambre criminelle a d'ailleurs estimé qu'une infraction commise pour obtenir une preuve était possible en vertu des "nécessités de la défense" (cass crim 11 mai 2004)).
En droit civil, la règle est un peu différente. Un enregistrement est également recevable (art 9 cpc), mais si il est fait à l'insu de la personne, il s'agit d'un procédé déloyal rendant la preuve irrecevable en justice (civ 2ème, 7 oct 2004). De plus, en matière civile, dans certains cas, la loi prévoit certains moyens de preuves obligatoires comme un écrit, rendant dés lors un enregistrement, même autorisé par la personne, totalement inutile."

On constate que, dans la justice américaine, des documents enregistrés dans ces conditions seraient valables, alors qu'ils ne sont pas dans le système français (voir ci-dessus) qui est à cet égard totalement arriéré. Il est en effet désormais parfaitement possible, au plan scientifique et technique, de vérifier et de prouver que des enregistrements n'ont pas été l'objet de manipulations et que le seul grief qu'on peut leur faire est qu'ils ont été obtenus, sans que les intéressés soient au courant de cet enregistrement.

Les dispositions françaises sont évidemment stupides ; dans ce domaine comme dans bien d'autres, il est certain que nous finirons par faire comme les Américains, toujours et en tout ; de la même façon, nous échouons dans notre lutte contre beaucoup d'entreprises criminelles car il est interdit à la police française d'infiltrer les réseaux criminels qu'elle poursuit en vain. A visage découvert, on ne trouve rien, comme en matière fiscale ainsi qu'on le voit chaque jour.

Cette justice, si sourcilleuse par ailleurs, ne semble pas avoir relevé que, devant le juge Gentil, Nicolas Sarkozy a déclaré, semble-t-il, n'avoir été qu'une seule fois chez Madame Liliane Bettencourt, alors qu'il y a des photographies qui le montrent en train d'entrer chez elle dans des costumes différents. Est-il un vrai Fregoli politique changeant de look en une seconde entre deux photos ou ces photographies ont-elles été truquées ? Dans ce dernier cas, il devrait être facile de faire authentifier ou récuser ces photographies par des spécialistes ; la chose est encore beaucoup plus facile que pour des enregistrements.

Et dans l'affaire Cahuzac où les enregistrements téléphoniques sont pris en compte et valides à 60%, J. Cahuzac savait-il qu'il était enregistré et qui l'écoutait et l'enregistrait ? Il faudrait un peu de logique dans tout cela !

Il est clair, en tout cas, que notre justice ultraconservatrice ne prend pas en compte les avancées scientifiques dont la police et la télé font si grand cas. On ne voit pas pourquoi des enregistrements faits à l'insu des locuteurs, ne seraient pas valables en vertu du principe qu'ils attentent à sa vie privée. Quel rapport entre ces deux plans ? Toute enquête, sur qui que ce soit, où que ce soit et pour quoi que ce soit, n'est-elle pas, par principe et au départ même, attentatoire à la vie privée de celui qui en est l'objet ; c'est même grâce à cet attentat que se réalisent en général la découverte et la preuve de la vérité.

samedi 1 juin 2013

Affaires Tapie : Nanar et les Présidents

Marie Anne Kraft, dans un commentaire à mon post "Affaire Tapie : une coïncidence de plus", pose une question que je me suis posée comme beaucoup (et pas seulement les journalistes qui, en dehors de mediapart et surtout dans notre PAF, ne s'en posent guère et en posent moins encore). La voici dans la forme qu'elle lui a donnée :

"Les journalistes posent tous la question : "Mais qu'est-ce qui aurait motivé l'Elysée et les autres personnes impliquées dans une escroquerie en bande organisée pour faire une telle faveur à Bernard Tapie ?"

Sûrement pas un simple remerciement pour soutien de Bernard Tapie à Sarkozy en 2007, ni une relation d'amitié, mais plutôt un moyen de pression sur une chose très grave. Tapie a véritablement harcelé l'Elysée (Claude Guéant et Stéphane Richard en ont parlé d'ailleurs), il a rencontré 18 fois N.Sarkozy, il paraît que Tapie désignait N. Sarkozy par le pseudo "le petit", ce qui est quelque peu condescendant ... C'est le mystère".


Si Nanar surnomme Sarkozy "le petit" (comme le Chirac des "Guignols de l'Info" ne le nomme que "le nain"), tout porte à croire qu'il n'a pas dû le faire au cours de leurs dix-huit rencontres ! En fait le point de départ de mon interrogation sur Bernard Tapie n'est pas Sarkozy ... mais Mitterrand.

Lors de l'idylle Mitterrand-Tapie qui avait amené ce dernier au ministère de la ville, il y avait eu, sur ce thème, un excellent épisode des "Guignols de l'Info". C'était, il faut le préciser, à l'époque de Bruno Gaccio et la qualité de cette émission était bien meilleure pour ce qui touche à l'analyse politique. On y voyait François Mitterrand, dans son bureau de l'Élysée, recevant, en tête à tête, Bernard Tapie. L'amusant de la scène était que, si je me souviens bien, rien du dialogue supposé des personnages n'y figurait, mais on y entendait, en revanche, les réflexions qu'ils se faisaient, in petto, l'un sur l'autre. Je dois dire que j'en ai oublié le détail, le temps ayant passé, mais il y avait clairement une forme de fascination réciproque des deux personnages, celle de Mitterrand pour Nanar se mêlant, de toute évidence, à un profond mépris, tandis que l'attention de Tapie, si je me souviens bien, se fixait surtout sur les chaussures de Mitterrand (peut-être des Berlutti comme celles de son ami Dumas).

Ce souvenir, je dois le dire, est assez confus mais ce qui me paraît juste et bien vu, dans une si étrange relation, est qu'un Bernard Tapie, manifeste chevalier d'industrie, au passé douteux, sans culture ni talent et dont les prétendus succès économiques ont été ce que le Président de la République d'alors ne pouvait ignorer puisse exercer néanmoins une forme de fascination sur le petit bourgeois d'une droite catholique et provinciale qu'était resté au fond de lui François Mitterrand, en dépit de ses palinodies.

Je pense qu'il en est un peu de même chez Nicolas Sarkozy ; il est, au fond, resté ce qu'il était et ne change que "tel qu'en lui-même enfin…" : un petit bourgeois qui culmine à 1,59 mètre, se juche sur des talonnettes qui lui donnent cette démarche ridicule, fils d'un immigré hongrois de Neuilly qui n'a guère réussi dans ses études mais plutôt comme batteur d'estrade et politicien ; il ne peut donc qu'être fasciné par un Nanar dont l'aura et la gouaille populiste lui font défaut quand il s'y essaye. Le petit Nicolas ne devait pas régner sur les cours de récréation des écoles primaires et quand il défie un robuste travailleur de descendre l'affronter (lui-même étant "hardiment posté derrière ses gardes du corps" pour parodier Voltaire), il ne fait que susciter le sourire !

Le parallèle entre Mitterrand et Sarkozy me frappe, même si le second a, somme toute, avancé vers l'Élysée à force de successives trahisons dessin de ses protecteurs, les voiles de son esquif parisien gonflées par les soupirs de vieilles dames. Les temps ayant changé, à la différence du premier, il n'a pas eu à inventer des fables et à sauter les buissons dans les jardins de l'Observatoire.

Au fond, on peut se demander si ces hommes politiques n'admirent pas surtout ceux chez lesquels ils découvrent encore plus de culot et d'outrecuidance qu'en eux-mêmes, c'est-à-dire des individus du genre d'un Bernard Tapie, aussi à l'aise à pousser la chansonnette (Bernard Tapy) que derrière un bureau ministériel Louis XV !

Bien entendu, cela n'empêche en rien les hommes politiques de chercher à tirer profit, fût-ce aux frais de l'Etat, de ces histrions dans la conduite de leurs propres stratégies politique, comme Mitterrand vers 1993-1994 ou Sarkozy en 2007-2008.

Une anecdote aussi éclairante qu'authentique pour finir. Il se trouve qu'un de mes parents, séjournant un jour dans un hôtel voué à la thalassothérapie eut l'occasion, tout à fait imprévue, d'y rencontrer par hasard Bernard Tapie. Ce cousin, grand amateur de Ferrari, étant descendu au garage pour voir si sa voiture y était toujours et n'avait pas subi quelque dommage, s'est vu aborder alors qu'il la bichonnait, par Bernard Tapie qui séjournait également là. La conclusion de leur rencontre fortuite fut philosophiquement formulée par Nanar qui l'énonça en ces termes choisis : « Au fond, dans la vie, il n'y a que deux choses, les caisses et les gonzesses !".

dimanche 28 avril 2013

Pour en finir avec le Qatar (suite et fin).


Ne vous méprenez pas sur ce titre, je ne suis pas passé (hélas !) au service de l'Arabie Saoudite et je ne veux en rien la mort du Qatar ; je signale simplement par là qu'après ce post, j'en aurai fini avec mes propos sur cet Etat dont je ne suis en rien spécialiste et qui ne reflète que des sentiments personnels suscités au hasard de mes lectures, des informations dont j'ai pu bénéficier ou de mes propres constats faits ici ou là.

Il est clair que la France bénéficie, de plus en plus, d'une forme de faveur de la part du Qatar. Il y a plusieurs explications à la chose mais je n'entreprendrai pas ici de les recenser et de les exposer toutes.

La première est sans doute les danses du ventre, fiscales, successives et intéressées, que les dirigeants français ont faites en direction de cet Etat, de Jacques Chirac à Nicolas Sarkozy, le comportement français étant un peu moins séducteur depuis l'élection de François Hollande.

Un deuxième élément, un peu lointain mais sans doute très important, est l'attrait que la France (et en particulier Paris, Courchevel et la Côte d'Azur plus que Guéret et Plougastel-Daoulas) exerce sur les émirs, leurs familles et surtout leurs épouses, filles ou brus. C'est en particulier le cas de la deuxième des trois épouses de l'Emir du Qatar, Cheikha Mozah bint Nasser al-Missned, classée en deuxième position parmi les femmes les plus élégantes du monde (Vanity Fair) et dans un rang plus modeste (79e) mais aussi plus important parmi "les plus puissantes" (Forbes), deux classements, flatteurs et significatifs, qui ne sont en rien contradictoires. Vous comprenez bien, de ce fait, l'attrait que peuvent susciter sur cette charmante dame l'avenue Montaigne et la place Vendôme, attraits qu'on ne trouve ni à Chicago et à Berlin.

Un troisième élément, tout différent, tient, cette fois, à la démographie qatari puisque, comme on l'a vu, la population du Qatar est en gros celle de la Corse, en bien plus jeune, et que le système éducatif n'y est pas des meilleurs ; les plus brillants éléments de ce désert éducatif sont, en outre, plus attirés par le management que par la physique quantique ou le calcul des probabilités. Le Qatar doit donc importer deux mains-d'œuvre, l'une, abondante, non spécialisée et réduite à une condition proche de l'esclavage, l'autre, plus réduite, de niveau très élevé et hautement spécialisée, mais qui, en dépit des avantages matériels considérables qu'on lui offre, hésite à venir s'installer de façon définitive dans ce pays. On a donc songé à chercher hors du Qatar et à les y attirer des esprits brillants ; c'est là, initialement, l'un des deux objectifs majeurs (mais le Qatar "bifrons" a toujours plusieurs objectifs dans une même opération) de la fameuse affaire du "fonds qatari des banlieues françaises" dont j'ai parlé dans mon post précédent. Elle visait probablement à repérer de jeunes esprits prometteurs dans ces zones à fortes populations d'origines maghrébines, de préférence arabophones (même s'il y a clairement un malentendu à ce propos) pour les attirer au Qatar, tout en conduisant, plus discrètement bien sûr, vers d'autres publics, plus abondants, des action de prosélytisme islamique.

Un mot au passage sur cette affaire, car elle a sensiblement évolué et dans un sens qui me paraît clair. En décembre 2011, l'ambassadeur du Qatar à Paris a annoncé, en effet, que ce fonds qatari de 50 millions d'euros qui devait viser, à l'origine, les banlieues, concernera, finalement, "les petites et moyennes entreprises innovantes" de tout le pays. Les Français, qui ne sont quand même pas totalement imbéciles, se sont rendus compte de la dualité de l'entreprise initiale ; ils ont donc poussé d'abord à transformer le projet dans sa zone d'application (non plus les seules banlieues mais l'ensemble national), mais surtout à éviter que les beurs soient les seuls bénéficiaires du fonds en question, de façon à prévenir les dérives qu'on avait connues trente ans auparavant, en laissant entrer en France une foule d'imams, comme je l'ai déjà dit, pour essayer de calmer les jeunes beurs, en les envoyant à la mosquée plutôt de les laisser mettre le feu aux voitures. Le repositionnement de ce fonds, dans son contenu et dans son financement comme dans ses finalités, bride un peu les intentions cachées initiales du Qatar, sans les faire toutefois disparaître complètement. Il pourra toujours attirer des esprits brillants qu'il aura pu repérer par ce biais.

L'image de la France, patrie du luxe et de l'élégance, est évidemment un élément important du choix de ce lieu pour les implantations qatari. On peut constater, on l'a vu, qu'elles ne se situent guère dans la Creuse ou le Finistère. Cet aspect sera sans doute parfaitement illustré par l'affaire actuellement en cours du rachat du Printemps Haussmann, qui fait suite à l'entrée du Qatar dans le capital de LVMH et du Tanneur, comme aux investissements massifs dans l'hôtellerie de luxe parisienne. L'affaire est extraordinairement compliquée et je ne puis que renvoyer sur ce point à l'excellente présentation qui en a été faite dans Mediapart et qu'il faut lire. La complication, évidemment conçue et réalisée à dessein pour brouiller les pistes, est telle qu'il est exclu que j'en reprenne ici, ne serait-ce que les grandes lignes. Pour résumer, très schématiquement, l'objectif du Qatar, il s'agit de racheter (en principe, pour 1,3 milliard d'euros) le Printemps Haussmann, position statégique majeure, d'en virer, sans le dire et en douce, une bonne partie du personnel, en même temps que tous les articles bas de gamme et d'usage quotidien, destinés au populo parisien pour y garder uniquement des commerces de luxe que l'on vendra, "à la découpe", aux seules activités de ce genre, ce qui permettra probablement faire considérables bénéfices sur l'achat lui-même.

On ne doit pas perdre de vue en effet que les Qatari, s'ils ne sont pas très bons dans dans l'initiative et la création technologiques, sont, en revanche, pour la plupart, des commerçants très avisés ; leur pratique est d'ailleurs résumée dans la stratégie de la "Qatar Investment Authority" (la QIA) : « Des tactiques basiques, génériques et futées" selon le mot de D. Roberts. Les Qatari appliquent, dans les investissements internationaux, les mêmes principes que dans le commerce des chameaux ou des babouches !

On peut dire, en revanche, que la chaîne de télévision qatari Al-Jazira a été l'un des rares échecs de la stratégie du Qatar et, paradoxalement, surtout dans le monde arabe. L'opportunisme, de rigueur dans son cas, n'a pas payé ; cette chaîne (Qatar bifrons !) est passée, en effet, du soutien initial aux printemps arabes et aux évolutions rêvées vers la démocratie et la liberté qu'elle affectait au début à la pure et simple propagande en faveur des régimes finalement mis en place selon ses voeux secrets, et qui sont fort loin eux-mêmes d'être démocratiques. Son audience s'en est trouvée ruinée et c'est surtout dans le monde arabe, où elle avait pris son essor, que l'audience a baissé de façon considérable. Peut-être cet échec explique-t-il l'offensive actuelle de communication menée par le Qatar à travers de nombreux médias français (Europe, RFO, Courrier international, etc...) qui doivent assurément y trouver leur compte en publicité rédactionnelle!

Comble du "bifrontisme" quatari : on vient de tenir à Doha le Salon de la lutte contre le terrorisme !!!!!

samedi 20 avril 2013

Ah quel malheur de ne plus être président !


On se souvient des malheurs de ce pauvre Président de la République Jules Grévy, après que son gendre se soit établi marchand de décorations à son insu. On le brocardait par les chansonnettes sur le thème « Ah quel malheur d'avoir un gendre ! ». Je n'ose suggérer à Carla de faire une chansonnette du même genre sur le thème : « Ah quel malheur de ne plus être Président de la République !».

Il faut dire que ça n'a pas traîné et que comme disait le Père Hugo "Ces choses là sont rudes", même quand on a fait des études. Mitterrand lui a eu le bon goût de mourir et Chirac d'opter pour la sénilité. Pour ne pas être taxé de sectarisme politique, je rappellerai quand même, sur ce point, la scène inénarrable, fort heureusement fixée à jamais dans les images, de Tonton, dans son bureau présidentiel, interviewé par la télévision belge. L'un de ces journalistes malotrus d'Outre-Quiévrain (ce n'est pas Mourousi qui aurait fait ça !) ayant eu l'outrecuidance de l'interroger sur les écoutes téléphoniques, Mitterrand nous avait joué la grande scène de l'acte 2, avec la légitime et irrépressible colère d'un président qui n'entendait point que ce genre de questions lui fût posé ! Pour cette seule scène, François Mitterrand aurait assurément mérité, sinon un Oscar du moins un César, ce qui lui aurait sans doute davantage plu, ne serait-ce que pour le nom de la récompense, l'empire romain lui convenant mieux que Louis de Funés.

Notre Nicolas, une fois effacé le traumatisme de l'échec électoral, espérait (il ne s'en est pas caché) une retraite paisible et surtout dorée, ne serait-ce que par les conférences internationales qui lui seraient rémunérées à un tarif meilleur que celui d'une année de séjour à l'Élysée. Je me demande d'ailleurs, en passant, en quelle langue, il fait de telles conférences "internationales", en espérant, pour son auditoire, que ce n'est pas en anglais, depuis que je l'ai entendu, sur le perron de l'Élysée, pour une fois ensoleillé, faire remarquer à Angela Merkel "the good time" dont l'honorait le ciel parisien ! Cette anecdote m'en rappelle une autre, qui ne fut narrée par un collègue angliciste qui avait enseigné à West Point où Paul Claudel était venu faire une conférence. Claudel avait fait sa conférence en anglais mais les collègues américains de mon ami lui avaient fait remarquer qu'il était vraiment dommage que le conférencier n'ait pas choisi de parler leur langue plutôt que la sienne !

Poor little thing ! À peine a-t-on fini de l'accuser d'abus de faiblesse sur une vieille milliardaire, qu'on lui reproche d'avoir fait fricoté pour le financement de sa campagne avec feu l'infâme Kadhafi (au moins, sage précaution, les services ont clos le bec à ce Kadhafi, dont on avait laisser s'installer la tente bédouine au coeur de Paris mais qui ne pourra confirmer ces ragots) avant qu'éclate (et cela ne saurait tarder à en croire Mediapart) le scandale de l'affaire Tapie, dont Madame Lagarde risque fort d'être le fusible, même s'il n'échappe à personne qu'on a fait acheter par l'Etat le coûteux passage de Nanard d'un socialisme mollasson à un uèmpisme qui ne valait guère mieux. En fait, vous le noterez, dans tout ça, notre Nicola est victime de son bon fonds et de ses mauvaises fréquentations. Ses avocats sauront le souligner, j'en suis sûr !

Là encore la couverture photographique universelle du moindre incident est redoutable pour les mensonges des hommes politiques qui sont fixés désormais pour l'éternité. Ce cas a été celui de Cahuzac qu'on a revu cent fois jurer ses grands dieux devant l'Assemblée nationale qu'il n'avait pas de compte à l'étranger ; on verra sans doute autant de fois Nicolas Sarkozy envoyer, avec hauteur, dans les balustrades la pauvre Laurence Ferrari qui se permettait une question sur l'un de ses probables sujets futurs de mise en examen.

On serait tenté de parodier Ravachol, en changeant sa formule, et de conseiller aux hommes politiques; non pas "N'avouez jamais !", mais "Ne mentez jamais !", si naturellement la chose leur était  possible.

mercredi 17 avril 2013

Politique : confessions à tous les étages.


Les commentateurs ont été forts déçus de ne pas trouver dans ces différentes déclarations de sujets de commentaires drôles, acides ou tendancieux. À peine a-t-on relevé, et encore rarement, que Laurent Fabius, sans doute vu l'importance même de son patrimoine et son passé ministériel, était le seul à se donner un conseiller spécialisé propre à lui trouver des niches fiscales qui lui permettent de réduire son impôt. Je trouve, en revanche, que l'on n'a pas fait quelques remarques qui me paraissent s'imposer en la circonstance.

Comment ne pas féliciter Madame Taubira de posséder trois bicyclettes (dont elle précise même la marque et la valeur de 900 € à elles trois) et surtout d'en user pour pratiquer un sport qui paraît bien indispensable dans son cas? En revanche, comment ne pas s'alarmer, comme je le fais ici, de voir notre Premier Ministre, Jean-Marc Ayrault, se lancer sur les routes dans un combi Volkswagen aménagé en camping-car (on a même vu des photos à l'appui) vieux de 28 ans et dont la valeur estimée n'est guère que 1000 € ? Tout cela est fort inquiétant. Peut-on ainsi confier à un véhicule si vétuste la vie de celui qui a en charge les destinées de notre pays en des circonstances si difficiles? Je suis tout prêt à lancer une souscription pour changer ce véhicule, l'Etat n'étant clairement pas en position de le faire

Je pense aussi que toutes ces révélations ont dû briser le cœur de notre ministre de la culture qui a pu constater que le patrimoine artistique de la plupart des membres du gouvernement était des plus réduits, exception faite de celui de Monsieur Fabius qui semble héréditaire et est, au demeurant, modeste vu la lignée dont il est issu. Pour les autres, ces patrimoines artistiques sont si réduits (voire inexistants) que la chose confine au ridicule ; il est vrai que, par nécessité professionnelle, ces ministres passent le plus clair de leur temps au milieu des merveilles de notre mobilier national.

Le cas de Jérôme Cahuzac est différent et plus complexe, même s'il a tenté avec adresse de se glisser dans la foule de ceux qui venaient à confesse ; il amène aussi à plus d'interrogations et, somme toute, pose plus de questions qu'il ne fournit de réponses ! Serait- ce un hasard ?

Certes, comme on l'a vu, le choix de la date était sans problème ; à fondre sa confession de "faute morale" dans le grand déballage patrimonial dont sa précédente démission l'exemptait opportunément car, s'il était resté à Bercy, il aurait été contraint de mentir une fois de plus. En revanche, le choix de BFM.TV, la "télé du grand capital", comme aurait dit feu Georges Marchais, n'était pas évident. Aux autres ministres, pour les amener à confesse, il a sans doute fallu tordre le bras gauche (normal dans un gouvernement socialiste), mais on a sans doute tordu le droit à Jérôme Cahuzac pour l'amener ainsi dans l'antre médiatique du MEDEF. Il faut dire que l'expérience DSK avec Madame Chazal et TF1 n'avait pas été des plus réussies et que cette circonstance dissuadait de la répéter, en outre avec la même coach de com'..

Il faut dire aussi qu'on a l'impression que Jérôme s'est moins donné le temps de la réflexion morale que celui de la négociation politique. Comme toujours, désormais, toute déclaration publique, dûment enregistrée et filmée, vous laisse sous la menace permanente et définitive de la reproduction incessante de ce témoignage ("verba non volant" , les paroles ne volent plus hélas!), non seulement la prudence mais le jésuitisme et la restriction morale sont de mise.

Dans un premier temps, en jurant ses grands dieux qu'il n'avait pas de compte en Suisse, Jérôme Cahuzac était de très bonne foi et ne mentait en rien puisque son compte était à Singapour ! De la même façon, il a assuré hier que les fonds déposés à l'étranger n'avaient pas servi à des opérations électorales du parti socialiste. C'est la pure vérité, puisque, si l'on en croit le témoignage de Mediapart, ces fonds, initialement destinés à une éventuelle candidature de Michel Rocard en 1995 et que je soupçonne sans le moindre élément de preuve de venir des fonds secrets, n'ont effectivement pas été utilisés pour une opération électorale !

Ce genre d'aveu a été inventé, depuis des siècles, par la Compagnie de Jésus et il n'y a décidément rien de nouveau sous le soleil. Comme disait, en se marrant (ce qui était rare de sa part), Ignace de Loyola, avec une bonne grosse restriction mentale, toute faute à demi-avouée est aux trois-quarts pardonnée.

samedi 6 avril 2013

Les nouveaux mystères de l'affaire Cahuzac


J'ai fait part hier de l'intérêt que j'ai trouvé à la lecture de Mediapart et du regret que j'ai d'avoir tant tardé à m'abonner à ce média. J'y ai tout particulièrement apprécié la lecture du blog d'Antoine Peillon, grand reporter à La Croix (ce qui est un peu inattendu) et qui occupe, depuis deux jours, beaucoup de place dans les médias puisqu'on l'a entendu, après l'avoir lu dans divers journaux, à France-Inter chez P. Cohen puis vu longuement chez Calvi sur la Cinq.

Compte tenu de certains de ses propos, je pense qu'il ne doit pas être des plus faciles et des plus opportuns d'organiser, en ce moment, un déjeuner de famille chez les Peillon, où les deux frères, Antoine et Vincent, auraient toutes chances de se retrouver face à face et de ne pas être d'accord sur un certain nombre de questions majeures, dont, en particulier, la connaissance qu'ont pu avoir de l'affaire Cahuzac Messieurs Hollande, Ayrault et Moscovici.

A partir des « révélations d'un financier suisse » qu'il a interrogé suite, semble-t-il, à la publication de son livre, Ces 600 milliards qui manquent à la France, paru au Seuil en 2012, Antoine Peillon expliqué, dans son détail, le fonctionnement complexe des procédures de « l'ingénierie bancaire» qui permettent pratiquement de dissimuler, totalement et définitivement, d'éventuels dépôts d'actifs financiers non déclarés au fisc dans une banque et déposés dans une banque étrangère. Nous n'en sommes plus au temps des pauvres comptes numérotés, à peine anonymes !

La Suisse, avec ses 340 établissements financiers, a été longtemps la spécialiste de ce type de dépôt, en particulier bien entendu pour les gens qu'on appelle joliment des « personnes politiquement exposées ». Elle continue à avoir une sorte de primauté absolue dans ce domaine, à en croire aussi François d'Aubert, spécialiste de la question dont les propos et les explications vont, sur tous les points, dans le même sens que ceux d'Antoine Peillon (cf. finances.fr.msn.com) ; la Suisse attirait encore, en 2010, 27 % des capitaux privés de cette nature dans le monde, suivie de près par un groupe constitué du Royaume-Uni de l'Irlande et des Iles anglo-normandes qui en drainait lui un petit quart. Même si la Suisse (ou plus précisément la Confédération Suisse qui n'est désormais plus Helvétique) a tenté de moraliser le secteur en distinguant entre les fraudeurs fiscaux "actifs" qui utilisent des moyens illicites pour exporter leurs capitaux et les fraudeurs fiscaux "passifs" qui oublient simplement de déclarer leurs avoirs au fisc de leur pays, le fameux secret bancaire suisse n'est que très partiellement levé et surtout la mondialisation a ouvert des perspectives nouvelles ; les comptes dits "omnibus" rassemblent désormais les actifs de plusieurs clients pour mieux brouiller les pistes comme on le fait, en amont, sur le plan géographique, des Iles Cayman à Hong-Kong en passant par Singapour !

À lire Antoine Peillon, on comprend que la formule par laquelle Bercy a interrogé la Suisse sur le fameux compte de Cahuzac était tout à fait inadéquate et ne pouvait entraîner de la part d'UBS qu'une réponse négative, qui pouvait un moment donner à croire qu'il était" blanchi" (ce qui était peut-être le but recherché). Il aurait fallu envoyer un tout autre message d'une autre forme qui est celui qu'Antoine Peillon a envoyé et dont il nous donne copie du contenu comme de la réponse ; je reproduis ci-dessous son texte en l'empruntant au blog de Mediapart :

"Extrait de mon message de questions à UBS (Suisse) :

- Pouvez-vous me confirmer que M. Jérôme Cahuzac (actuel ministre du Budget, en France) a été, au moins jusqu'en 2010, l'ayant droit économique (bénéficiaire) d'un compte ouvert à l'UBS, en Suisse ?

- Dans le cas ou vous ne pouvez ou ne voulez pas confirmer cette information, pouvez-vous la démentir catégoriquement ?

La réponse d’UBS :

« Monsieur, Comme vous le savez, nous ne pouvons pas donner suite à vos questions. »".

C'est la même que commence le mystère ou plutôt un des mystères de l'affaire.

Pourquoi J. Cahuzac a-t-il fait l'aveu et sollicité le pardon, alors qu'il était totalement sûr que les avoirs de ce compte avaient été transférés à Singapour en 2010 avec une procédure qui permet de les dissimuler totalement et d'en garder secrète l'origine ?

J'incline à croire, sans le moindre élément de preuve naturellement, qu'on ne sait pas tout et qu'il doit y avoir, quelque part, des documents destinés à l'origine au seul Monsieur Jérôme Cahuzac et qui ont dû être soustraits et/ou photocopiés par une personne en mesure et en position de le faire, c'est-à-dire probablement son épouse avec laquelle il est engagé dans une procédure de divorce très difficile.

Un autre point évoqué par Antoine Peillon et qui est fort susceptible de le mettre en désaccord avec son frère Vincent, est la mise en cause du gouvernement français et en l'occurrence de François Hollande, d'Ayrault et de Moscovici qui ne pouvaient guère ignorer, sur la fin, l'existence de ce fameux compte, à moins d'un complot ourdi à Bercy à cette fin par un lobby interne post-sarkozyste ; en outre, comme A. Peillon le suggère, je pourrais même dire l'affirme, il est impensable qu'on ait mis en place une procédure d'ingénierie bancaire, si compliquée, si lourde et par là si coûteuse, pour une somme de 600 000 € qui est totalement dérisoire dans une telle perspective. A en croire A. Peillon, qui sait manifestement de quoi il parle, le ticket d'entrée pour des fraudeurs qui veulent bénéficier d'un tel dispositif est au minimum de 10 millions d'euros. On a même avancé le chiffre de 16 millions pris je ne sais où pour le cas en cause. L'aveu des 600.000 euros aurait donné le temps d'allumer un contre-feu.

Si les sommes sont de ce nouvel ordre, il pourrait se faire alors qu'il ne s'agisse pas d'argent résultant des simples activités personnelles de Monsieur Cahuzac, mais plutôt d'un projet politique bien plus vaste, lié peut-être à une présidentielle passée, ce qui donnerait à Jérôme Cahuzac des moyens de pression sur d'autres personnalités politiques et expliquerait peut-être la forfanterie qui est la sienne, quand il prétend revenir à l'Assemblée nationale le jour où il sera en mesure d'y retrouver son fauteuil.

L'affaire est à suivre à moins que Monsieur Cahuzac, comme d'autres dans le passé, ne soit victime d'un fâcheux accident qui mettrait un terme inattendu à toute cette affaire.