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lundi 8 juillet 2013

Arbitrage Tapie : "Il fallait un calculateur, ce fut un danseur qui l'obtint". Beaumarchais



A la suite de la lecture de l'excellent (comme toujours) mais proprement stupéfiant article de Laurent Mauduit sur l'arbitrage Tapie et suite à la visite, hier, de Madame Christine Lagarde dans ma bonne ville d'(Aix-en-Provence, où elle n'a pas craint de venir pérorer, comment ne pas reprendre un vieux billet du 22 juin 2009 qui réunissait déjà les principaux protagonistes de cette affaire.

Cette formule du Mariage de Figaro paraît pouvoir s’appliquer à Madame Christine Lagarde, notre ministre des finances et de l’emploi, même si la canne, sur laquelle elle s’appuie parfois avec beaucoup de distinction et de grâce, ne semble pas la destiner, a priori, aux exercices chorégraphiques. Le titre de ce post relève plus du vocabulaire de Tapie que de celui de Madame Lagarde, à qui la canasta doit être plus familière que le poker!

Avocate de profession (mais avec une carrière américaine), elle règne sur Bercy et nos sous ; aussi ne l’ai-je pas entendue sans étonnement affirmer à la radio, il y a quelques jours, que la raison pour laquelle on avait jugé bon de mettre un terme à l’interminable affaire Tapie était que l’Etat avait déjà versé dix millions d’euros en frais d’avocats (merci pour eux!). Les avocats de Nanard, que j’ai entendus aussi par ailleurs, sont plus discrets, car ils entendent sans doute, au terme définitif de l’affaire, se payer sur la bête et avec un pourcentage sur les gains, à l’américaine, car Tapie, en principe n’a pas un euro en poche.

Petite curiosité fiscale. Nanard devrait, dit-on, 130 millions d’euros à l’Etat (en « dettes fiscales et sociales"), sans parler de ses créances au Consortium de Réalisation. Comment un citoyen, dans une situation financière et fiscale si désastreuse, peut-il continuer à loger Rue des Saints-Pères dans ce fameux, immense et luxueux hôtel particulier qu'il y possède et pour lequel, en son temps, le Canard enchaîné nous avait appris qu’il ne payait qu’une taxe d’habitation, minimale et forfaitaire, n’étant pas assujetti à l’impôt sur le revenu?

Quel homme ce Nanard ! Lui qui a commencé comme crooner, il pourrait reprendre le tube de Julio Iglesias « Je n’ai pas changé ! », à moins qu’il ne revienne à ses propres écrits à travers le répertoire du Bernard Tapy des années 60 ; il pourrait nous susurrer, après son succès final dans l’affaire Adidas, l’immortel couplet dont il est l’auteur:
"Et maintenant je suis content
Qu'avec elle ce soit terminé
Je vais pouvoir tout comme avant
Ha ! Recommencer à bien rigoler

Quel talent ! Tout cela est rigoureusement exact, même si la rime est moins riche que l’homme !


Mais revenons-en à Madame Lagarde, car je ne puis m’empêcher de craindre les analyses et les décisions ultérieures d’une ministre des finances et de l’emploi qui, pour ne pas risquer, fût-ce en vain, un ou deux millions d’euros de plus, accepte, le coeur manifestement léger, d’en perdre quatre cents !

Je n’entends pas être le centième à ratiociner sur cette affaire, aussi ténébreuse que compliquée et dans laquelle, de toute façon, nous-autres contribuables français serons les dindons de la farce.

La Gauche joue les vierges effarouchées, forte des connivences évidentes du pouvoir dans cette affaire. Bayrou a levé le lièvre, manipulé par Peyrelevade qui évidemment en sait long, pour plusieurs raisons, sur cette affaire. On ne doit pas oublier que c’est tout de même Mitterrand qui, pour contrer Rocard, a mis Nanard, introduit par Bérégovoy, sur orbite politique et en a fait un ministre, en continuant dans la suite à le protéger de diverses façons.

Quant au fameux tribunal arbitral, qui aurait touché un gros million d’euros d’honoraires, la droite sénile y était représentée par l’alpiniste Mazeaud et la gauche cacochyme par l’avocat Bredin (du cabinet Bredin-Badinter, ça doit vous rappeler des choses!). Bernard Iglesias a raison : rien n'a changé, mais rien n’a non plus été laissé au hasard dans tout cela !

On croyait Nanard fini après l’arrêt de la Cour de Cassation en octobre 2006, censé, dans notre système juridique, mettre un terme à toute action judiciaire. C’était compter sans la justice « privée ». Quoique fauché, Tapie, resté à la table quand on le croyait au tapis et sur les planches, en flambeur qu’il est, Tapie a fait tapis et raflé le magot !

Bravo l’artiste !

 

mercredi 19 juin 2013

Lagarde se rend mais ne meurt pas

Comme c'était autrefois l'une des habitudes éditoriales de Charlie Hebdo, j'aurais pu inscrire ce titre « Lagarde se rend mais ne meurt pas » dans la rubrique "Les titres auxquels vous avez échappé". J'ai en effet écrit un blog sous cet intitulé, autrefois, à propos de la visite de Madame Lagarde au Niger que j'avais trouvée du plus haut comique, du moins dans le récit qu'elle en avait fait. Peut-être le reprendrai-je ici, un jour de disette imaginative.

On sait que le Monde a publié hier une lettre qui a fait quelque bruit, même si l'on n'en parle plus guère déjà, sous le titre « la lettre d'allégeance » de Christine Lagarde à Nicolas Sarkozy. Dans cette affaire, c'est, somme toute, le mot "allégeance" (dont nos chroniqueurs incultes se sont régalés, car ils le découvraient manitestement ) qui a monopolisé l'attention plus que le contenu de cette lettre, même s'il est, d'une certaine façon, par le ton, plus proche du téléphone rose que du courrier interministériel.

J'ai consulté par curiosité le site Le Monde.fr pour voir ce qui était dit à propos de ce document. Curieusement, on y indique qu'on a découvert, lors d'une perquisition au domicile de Madame Lagarde, une lettre manuscrite à Nicolas Sarkozy. J'en ai été fort étonné car, la veille sur RMC, dans la matinée, j'avais entendu un journaliste du Monde, semble-t-il co-auteur de l'article, qui avait précisé que cette lettre en fait avait été retrouvée dans l'ordinateur de Madame Lagarde et que c'était la rédaction du Monde qui avait écrit le texte à la main en reproduisant naturellement, de la façon la plus fidèle, le texte figurant dans l'ordinateur de la ministre.

Beaucoup se sont demandé pourquoi une lettre si compromettante n'avait pas été détruite par celle qui l'avait écrite, quelque ait pu être, par ailleurs, le sort du texte lui-même, qu'il ait été envoyé ou non à son destinataire, ce qui, somme toute, n'a guère d'importance en l'occurrence.

Cette observation qu'on pourrait juger pertinente est, en réalité, sans intérêt car, même si l'on supprime dans son ordinateur, un texte qu'on y a écrit, les spécialistes peuvent toujours l'y retrouver, même si on pense l'en avoir fait disparaître. Là n'est donc pas le problème et il est probable que Madame Lagarde, qui est avocate et non informaticienne, ne connaît pas ce détail et a sans doute pensé avoir fait disparaître le texte de la mémoire de sa machine.

Comment les journalistes ont obtenu ce texte pose une question toute autre mais les fuites dans les enquêtes sont aujourd'hui si nombreuses qu'il n'y a pas lieu de s'interroger particulièrement à ce propos. Ce que je trouve, en revanche, est que le ton et le contenu de cette lettre ne sont pas dignes d'une femme aussi distinguer, en apparence du moins, que Madame Christine Lagarde. C'est pourquoi en respectant scrupuleusement la rhétorique et le contenu de cette missive, je vous propose ici de lui donner un ton un peu plus noble en empruntant, pour un instant les modes d'expression de notre tragédie classique.

Monsieur le Président, je suis votre servante,
Mais n'allez pas penser surtout que je m'en vante ;
Si mon coeur n'est qu'à vous, nul n'en est informé,
C'est à vous servir seul que je me suis donnée.
 
J'ai toujours prévenu vos désirs et en tout ;
Et si, ici ou là, aux voeux que vous formiez,
Je n'ai pas répondu comme vous le vouliez
J'en demande aujourd'hui pardon à deux genoux.
 
Je n'ai pas d'ambition autre que votre gloire
Et ne dispute point à tous vos affidés
La proximité vaine dont vous les honorez
Eux dont la loyauté est, pour beaucoup, à voir!
 
Utilise-moi donc puisque je suis ta chose
Car c'est moi qui, en tout, serais ton obligée,
Puisque tu es, en un, mon guide et mon soutien
Et que, bien malgré moi, sans toi, je ne suis rien.

Christine L.

mardi 4 juin 2013

La poussière sous le Tapie

Une des grandes questions du moment est "Mais qui a décidé de la procédure d'arbitrage dans l'affaire entre le CDR et Bernard Tapie qui durait depuis des années?" Elle n'a pas été clairement résolue dans l'émission "Mots croisés" d'Yves Calvi qui, pour une fois, avait congédié ses sempiternels et insipides invités. Ce débat a valu surtout par la présence de Laurent Mauduit (dont le nom dans le générique initial était orné d'une faute d'orthographe !), le seul participant à connaître à fond le dossier et les pièces et par sa confrontation avec la plume de Sarkozy, Henri Guaino, qui s'en est prudemment tenu à des discours aussi vagues que lénifiants et qui avait dû prendre un calmant car nous n'avons pas eu son numéro de clignements d'yeux qui m'avait autrefois conduit à le surnommer, dans mon blog, "codes-phares" !

Comment savoir ? Il est infiniment probable que les hauts responsables politiques ne signent pas de reçus, lorsqu'on leur fait discrètement parvenir pour leurs bonnes oeuvres électorales ou à toute autre fin une mallette de billets de 500 €, pas plus qu'ils ne signent d'ordres écrits pour demander qu'on fasse sauter le Rainbow-Warrior, qu'on suicide Robert Boulin ou qu'on maquille les listes des bénéficiaires de comptes planqués dans l'affaire Clearstream (au fait ce matin même on apprend la mort peut-être "opportune", elle aussi d'Yves Bertrand, détenteur, dit-on, de nombre de secrets de la République).

Il devrait toutefois en être tout autrement dans notre haute administration.

Prenons l'affaire actuelle de l'arbitrage CDR-Tapie. Il doit bien y avoir, dans notre beau pays si soucieux de la rigueur administrative, un responsable politique de très  haut niveau qui a signé un jour, quelque part, l'ordre de mettre en place cette fameuse procédure d'arbitrage dans l'affaire Tapie qui durait depuis des années et qui était récusée de façon quasi unanime, en particulier à Bercy.

Nous sommes désormais clairement en présence, depuis quelques jours, d'une forme nouvelle du jeu du furet dont vous connaissez sûrement la chanson que j'adapte à peine (je ne touche pas à la contrepèterie que je laisse au spécialiste maison le soin de vous expliquer):

Il court, il court, le furet
Le furet du bois, Mesdames,
Il court, il court, le furet,
Le furet du bois Tapie.


Il est passé par ici,
Il repassera par là.


Etc.

Le jeu consiste à découvrir où se trouve l'objet dit "furet", en l'occurrence "Qui a pris la décision d'interrompre la procédure en cours après la décision de la Cour de cassation du 9/10/06 cassant l'arrêt de la Cour d 'appel du 30/9/05" et précisant qu'"aucune faute n’est en l’état caractérisée à l’encontre de la SDBO et du Crédit lyonnais". Dans ce jeu, on fait tourner le furet entre les joueurs, chacun d'entre eux le dissimulant quand il le passe à son voisin. Dans le présent cas les joueurs sont cinq autour de la table, sans compter ceux qui sont dessous (Sarkozy et Guéant ?) et qu'on ne voit pas, même si c'est d'eux que dépend la décision.

Examinons les divers cas : les ministres  des finances : Thierry Breton (mai 2005-mai 2007) ; Jean Louis Borloo (18 mai 2007 - 19 juin 2007) ; Christine Lagarde (2007-2010) ; les deuxièmes couteaux : J.F. Rocchi, Président du CDR, qui disparaît en 2006 avec une perte de 16 milliards mais se survit néanmoins à lui même ( 2007 - avril 2013) ; Stéphane Richard, Directeur de cabinet de J.L. Borloo, puis de C. Lagarde (2007-2009).

Dans la présente et nouvelle version du jeu, on doit découvrir, non pas qui a sous la main le furet qui circule dans le cercle des partenaires, mais celui ou celle (probablement un ministre des finances, plus ou moins contraint ou pas) qui a mis en place l'arbitrage. Le problème est qu'il y a eu trois ministres en 2007 et que les deux autres principaux joueurs étaient aussi dans le coup !

Petite revue de détail. Thierry Breton n'a cessé de manifesté son désaccord avec la procédure d'arbitrage, accumulant les rapports, internes et externes, tous défavorables. Il affirme avoir quitté le ministère sans avoir pris de décision à ce propos ce qui semble très probable. On comprend cette prudence et ce choix de laisser à son successeur un bébé aussi encombrant. Madame Lagarde qui succède à Monsieur Borloo, ministre durant un mois, avec le même directeur de cabinet, Stéphane Richard, prétend que les choses étaient déjà engagées quand elle est arrivée à Bercy.

Tout dont tout semble donc désigner Jean-Louis Borloo qui, par malheur pour lui, est un vieil ami et un fidèle de Bernard Tapie dont l'arbitrage est alors le seul espoir vu l'arrêt de la Cour de Cassation. Il nie pourtant tout rôle dans ce choix et nous y reviendrons ici même.

Les deux autres personnages mis en cause et qui s'accusent mutuellement désormais, sont certes de hauts fonctionnaires, mais ils n'ont pu, sous leur seule responsabilité et sans un ordre politique, engager une affaire si importante. Monsieur Rocchi, président du CDR, peut certes demander l'arbitrage (ce qui n'est pas son intérêt) mais il n'est pas en mesure d'en décider. Dans un système comme le nôtre, seul le ministre compétent peut prendre pareille décision. Stéphane Richard est certes en place sous les deux ministres successifs, Monsieur Borloo et Madame Lagarde, mais on ne voit guère un directeur de cabinet prendre pareille décision sans en référer au ministre et surtout sans avoir son accord formel.

Reste donc Jean-Louis Borloo qui, de loin et sans preuve évidente, paraît tout désigné pour prendre pareille décision, d'autant plus que son séjour à Bercy fut des plus brefs et clairement transitoire. Ses liens d'amitié personnelle, professionnelle et politique (MRG) ne plaident pas en faveur de ses déclarations sur son refus d'accepter la responsabilité de cette affaire.

Il s'est prononcé de façon tout à fait officielle et publique sur cette affaire lors d'une toute récente interview sur RTL qui est fort intéressante, non pas dans le contenu même de sa déclaration, car il se borne à y déclarer liminairement que "tout est faux" mais dans les images des quelques secondes qui précèdent l'interview elle-même et que la technique a filmées et surtout retenues. On y voit un Jean-Louis Borloo qui me fait furieusement penser à Rafael Nadal se préparant à servir dans un match de tennis (on pourrait aussi tenter une comparaison avec un néophyte qui se prépare à sauter à l'élastique d'un viaduc de 250 mètres) ; clairement nerveux, Borloo y accumule, en effet, les mimiques, les gestes inutiles et les grimaces, comme lorsque le tennisman espagnol ou l'apprenti sauteur vont affronter une épreuve importante. C'est le signe à la fois d'une grande nervosité et l'indice de formes de rituels rassurants.

Comme il y a tout de même des documents et des archives à Bercy, à moins qu'ils n'aient été volés ou perdus au ministère des finances, il y a forcément des traces de la prise d'une pareille décision ; la police pourra donc très facilement établir et identifier par son faux témoignage le premier coupable dans cette affaire, même si ce choix a été inspiré ou imposé par les joueurs planqués sous la table ! A cet égard, quoiqu'en dise H. Guaino qui juge le fait sans intérêt ni signification, la vingtaine de contacts entre B. Tapie et N. Sarkozy relevée dans les agendas du second, en pleine période électorale 2007 et que signale L. Mauduit peuvent éclairer d'un jour nouveau et peut-être expliquer cette étrange décision d'arbitrage que personne ne semble avoir prise .

 

vendredi 31 mai 2013

Affaire Tapie : de l'utilité des vieux.

On raconte que François Mitterrand, homme précautionneux s'il en fut, disait volontiers qu'il avait deux avocats, Robert Badinter pour le droit et Roland Dumas pour le tordu. Je lui aurait volontiers d'ajouter un principe général, sans avoir par ailleurs moi-même deux avocats, qui est le suivant : il est indispensable, dans toute affaire qui risque de mal tourner, d'inclure, dans une position assez forte, un vieillard.

Pour être plus clair, prenons un cas concret actuel

Dans l'affaire de l'arbitrage qui a amené chez Bernard Tapie ces 403 millions d'euros qu'il a déjà quasi dépensés dès qu'on parle de les lui reprendre, il est infiniment probable que, si les choses ont une suite, il faudra trouver un coupable
De toute évidence, ce ne peut-être Monsieur Bernard Tapie, la victime dont tout, et surtout lui-même à l'entendre, indique qu'il est blanc comme neige et innocent comme l'agneau qui vient de naître ; ni Monsieur Sarkozy, qui avait fait changer de bord politique, l'homme de gauche (MRG ou assimilé) et l'ancien ministre de Mitterrand, par le seul charme de son verbe au cours de leurs nombreux entretiens ; ni Monsieur Guéant, qui il a tout l'air de ne rire que quand il se brûle et ne semble pas être homme à fraterniser avec Nanar qui aime à plaisanter ; ni Madame Lagarde qui, en dépit de ses curieux mari et beau-frère, n'est qu'une innocente colombe, abusée par une "bande organisée" d'escrocs et que protège surtout son statut de directrice générale du FMI (si l'on était obligé de virer successivement les deux directeurs français du FMI, notre drapeau en sera à jamais terni)

"Ces chose là sont rudes" comme disait le poète !

En outre, tous ces gens-là sont assez jeunes et paraissent tous en excellente santé. Reste donc comme responsable potentiel le trio des arbitres.

Du même auteur "L'espoir changea de camp. Le combat changea d'âme"

Pour le coup, tous sont octogénaires (85 ans de moyenne d'âge, le doyen étant P. Estoup) et quelque peu égrotants (d'où l'absence initiale de ce dernier devant le juge). Tous ces arbitres sont en effet des retraités de diverses fonctions, dont le grand âge est censé tenir lieu de sagesse et le carnet d'adresses, même un peu périmé, le modus operandi. Si l'on sait que, dans l'affaire en cause, ces trois arbitres (mieux payés et moins exposés qu'au football) se sont partagés, en parts égales, un million d'euros pour un travail modeste et surtout discutable, on comprend facilement que les candidats ne manquent pas.

L'avantage des arbitres pour le moins octogénaires, est, en la circonstance, qu'en cas de problème, on peut espérer que, dans des délais raisonnable (notre justice est si lente), au moins l'un des trois passe l'arme à gauche, ce qui dans un concours de métaphores, permettra de lui faire porter le chapeau et d'éteindre l'action de la justice.

Pour en revenir à François Mitterrand avec lequel j'ai commencé mon propos, expert en la matière, il avait su s'entourer de collaborateurs qui avaient le bon goût, dans les difficultés, soit de sauter d'eux-mêmes le pas (même si on les y aidait un peu) comme ce bon Monsieur de Grossouvre qui se fait, sans faire le moindre bruit, sauter la cervelle au 11,43 ou, cas plus clair encore, de mourir opportunément comme ce brave Roger-Patrice Pelat, ami intime du Président et si généreux créancier de P. Bérégovoy. Compromis dans l'affaire Pechiney-Triangle (avec un achat officiel de 10.000 actions en France et de 20.000 en Suisse, en douce et on ne sait trop pour qui...), il est inculpé de délit d'initié le 16 février 1989, mais a l'esprit de mourir d'une crise cardiaque quelques jours plus tard, le 7 mars, sans avoir à s'expliquer davantage sur quoi que ce soit !

J'ai été fort intéressé par les commentaires de SCHOUM1 à mon post d'hier et, faute de pouvoir lui en demander la permission, j'en reproduis ci-dessous une partie car j'avais déjà écrit mon texte du jour :
"Toujours avis perso,
 Je trouve que dans toute ces affaires politico financière, il y a toujours des hommes, qui soit se suicident, ou meurt de crise cardiaque, ou autres 
Depuis 3 mois que sortent toutes les affaires, financement politique, train de vie de l’Etat, certaines vente du patrimoine français,(Chantilly et j’en passe, Bettencourt et campagne électorale de Sarkozy et son financement, KARACHI etc. et j’en passe, la crise cardiaque de Philippe Seguin président de la Cour des comptes arrivait à point.
Premier président de la Cour des comptes de 2004 à sa mort, le  7 janvier 2010Philippe Séguin, grâce à sa notoriété, a redonné de la visibilité à cette institution, en intensifiant le nombre de rapports et en lançant une importante réforme des juridictions financières." SCHOUM1

J'ai moi-même, à l'époque, écrit (je le chercherai) un blog sur l'ASSASSINAT (si opportun) de Philippe Seguin!

Donc à plus tard.

samedi 20 avril 2013

Ah quel malheur de ne plus être président !


On se souvient des malheurs de ce pauvre Président de la République Jules Grévy, après que son gendre se soit établi marchand de décorations à son insu. On le brocardait par les chansonnettes sur le thème « Ah quel malheur d'avoir un gendre ! ». Je n'ose suggérer à Carla de faire une chansonnette du même genre sur le thème : « Ah quel malheur de ne plus être Président de la République !».

Il faut dire que ça n'a pas traîné et que comme disait le Père Hugo "Ces choses là sont rudes", même quand on a fait des études. Mitterrand lui a eu le bon goût de mourir et Chirac d'opter pour la sénilité. Pour ne pas être taxé de sectarisme politique, je rappellerai quand même, sur ce point, la scène inénarrable, fort heureusement fixée à jamais dans les images, de Tonton, dans son bureau présidentiel, interviewé par la télévision belge. L'un de ces journalistes malotrus d'Outre-Quiévrain (ce n'est pas Mourousi qui aurait fait ça !) ayant eu l'outrecuidance de l'interroger sur les écoutes téléphoniques, Mitterrand nous avait joué la grande scène de l'acte 2, avec la légitime et irrépressible colère d'un président qui n'entendait point que ce genre de questions lui fût posé ! Pour cette seule scène, François Mitterrand aurait assurément mérité, sinon un Oscar du moins un César, ce qui lui aurait sans doute davantage plu, ne serait-ce que pour le nom de la récompense, l'empire romain lui convenant mieux que Louis de Funés.

Notre Nicolas, une fois effacé le traumatisme de l'échec électoral, espérait (il ne s'en est pas caché) une retraite paisible et surtout dorée, ne serait-ce que par les conférences internationales qui lui seraient rémunérées à un tarif meilleur que celui d'une année de séjour à l'Élysée. Je me demande d'ailleurs, en passant, en quelle langue, il fait de telles conférences "internationales", en espérant, pour son auditoire, que ce n'est pas en anglais, depuis que je l'ai entendu, sur le perron de l'Élysée, pour une fois ensoleillé, faire remarquer à Angela Merkel "the good time" dont l'honorait le ciel parisien ! Cette anecdote m'en rappelle une autre, qui ne fut narrée par un collègue angliciste qui avait enseigné à West Point où Paul Claudel était venu faire une conférence. Claudel avait fait sa conférence en anglais mais les collègues américains de mon ami lui avaient fait remarquer qu'il était vraiment dommage que le conférencier n'ait pas choisi de parler leur langue plutôt que la sienne !

Poor little thing ! À peine a-t-on fini de l'accuser d'abus de faiblesse sur une vieille milliardaire, qu'on lui reproche d'avoir fait fricoté pour le financement de sa campagne avec feu l'infâme Kadhafi (au moins, sage précaution, les services ont clos le bec à ce Kadhafi, dont on avait laisser s'installer la tente bédouine au coeur de Paris mais qui ne pourra confirmer ces ragots) avant qu'éclate (et cela ne saurait tarder à en croire Mediapart) le scandale de l'affaire Tapie, dont Madame Lagarde risque fort d'être le fusible, même s'il n'échappe à personne qu'on a fait acheter par l'Etat le coûteux passage de Nanard d'un socialisme mollasson à un uèmpisme qui ne valait guère mieux. En fait, vous le noterez, dans tout ça, notre Nicola est victime de son bon fonds et de ses mauvaises fréquentations. Ses avocats sauront le souligner, j'en suis sûr !

Là encore la couverture photographique universelle du moindre incident est redoutable pour les mensonges des hommes politiques qui sont fixés désormais pour l'éternité. Ce cas a été celui de Cahuzac qu'on a revu cent fois jurer ses grands dieux devant l'Assemblée nationale qu'il n'avait pas de compte à l'étranger ; on verra sans doute autant de fois Nicolas Sarkozy envoyer, avec hauteur, dans les balustrades la pauvre Laurence Ferrari qui se permettait une question sur l'un de ses probables sujets futurs de mise en examen.

On serait tenté de parodier Ravachol, en changeant sa formule, et de conseiller aux hommes politiques; non pas "N'avouez jamais !", mais "Ne mentez jamais !", si naturellement la chose leur était  possible.

mardi 29 mai 2012

"Lagarde ne meurt pas mais se rend"

Ce titre, un peu sibyllin au départ, verra son sens s'éclairer dans la suite ; peut-être celui que j'ai écarté ( "Titine au Niger") eût-il été préférable ?

Mme Christine Lagarde, qui, dans un mouvement inverse du parcours de son prédécesseur, avait fort opportunément quitté son ministère pour le FMI, ce qui avait évité qu'on s'intéressât de trop près à quelques affaires, retrouve aujourd'hui la vedette dans les médias par une déclaration inattendue à propos de la Grèce qui rapproche cet Etat du Niger!

Je ne dirais qu'un mot de la Grèce sur laquelle on dit tout de même beaucoup de sottises, car j'ai déjà écrit quelques blogs à propos de cet État dont l'un s'intitulait, me semble-t-il, "La Grèce : mythe de Sisyphe ou tonneau des Danaïdes". Si la Grèce a été le dixième Etat-membre à adhérer à la Communauté européenne en 1981, cette adhésion a été acquise au terme d'un processus d'une vingtaine d'années, car on savait parfaitement déjà que la Grèce était très loin de présenter un état économique susceptible d'être aisément compatible avec le fonctionnement qu'on envisageait pour l'Europe, ce dont les politiques se souciaient fort peu. Ne pourrait-on leur réclamer des comptes?

En Grèce même, cette adhésion à l'Europe fut loin de faire l'unanimité ; on sait comment la Grèce, au su et au vu de tous, paya des centaines de millions la savante falsification de ses comptes publics! Toutefois, les fonds de la politique agricole commune et les "paquets Delors" emportèrent les réticences par les masses d'argent qu'elles firent se déverser sur le pays, avant qu'elles filent pour une bonne part vers la Suisse et les paradis fiscaux. Ces largesses, aussi folles qu'incontrôlées, ont sans doute contribué à faire passer la gauche grecque d'une opposition vigoureuse à la communauté européenne a une approbation quasi totale.

Toutefois mon propos hellénique se situe ailleurs et il prend quelque peu le contre-pied de ce que dit Mme Lagarde à propos de la fiscalité grecque qu'elle semble mal connaître. Contrairement à ce qu'elle affirme, en effet, les impôts représentent une partie non négligeable du budget grec (les prélèvements fiscaux constituent à peu près 40% du PIB), surtout du fait que, pour toute la fonction publique grecque, le recouvrement de l'impôt ne pose pas problème puisqu'il s'opère à la source ! Le désastre financier tient donc surtout à l'énormité des remboursements d'intérêts de la dette, même si l'on ne peut nier, par ailleurs, que sur bien des plans le système administratif grec laisse à désirer.

Toutefois ce qui est le plus inattendu dans cette affaire est le rapprochement avec le Niger dont on se demande ce qu'il vient faire dans cette galère.

Cette référence ne tient, à mon sens, qu'au seul fait que l'Afrique a été pour la directrice générale du FMI une expérience nouvelle quoiqu'indispensable. Mme Lagarde s'est rendue à Niamey en décembre 2011 pour une mission officielle et, selon ses dires, elle serait même allée (et je la cite) " dans un petit village du Niger".

Je doute un peu de l'escapade dans le désert pour la visite d'un "petit village", surtout pour une raison que je vous donnerai dans la suite, mais aussi sur un plan plus général. Je vois mal le gouvernement du Niger, vu la situation locale actuelle et les grands risques d'attentats, laisser la directrice générale du FMI, dont tout le monde connaît la présence à Niamey, aller se promener dans le désert pour y visiter ce petit village! J'en suis d'autant plus convaincu que je suis allé moi-même au Niger fin septembre 2011 et que j'ai pu voir quelles précautions sont prises en pareil cas, pour le plus menu fretin.

Toutefois mon scepticisme se fonde sur un autre détail qu'elle mentionne dans son intervention. Je cite exactement : "Je pense plus aux petits enfants d'une école d'un petit village du Niger qui ont classe deux heures par jour, en partageant une chaise à trois."

Je veux bien croire à l'affaire des deux heures par jour si Mme Lagarde a visité une classe où régnait le système de la double, voire de la triple vacation (le même maître, dans la journée, fait deux voire trois classes). Pas la peine, chère Madame Lagarde, d'aller au fond du Niger, au risque de vous faire enlever ou assassiner puisque c'est là une grande idée de vos amis et voisins de la Banque mondiale, qui siègent tout près de vous au bord du Potomac !

Au reste, ce n'est pas très grave car tout le monde sait qu'on n'apprend pas grand chose dans ce genre d'école (et, au fait dans quelle langue ? Avez -vous parlé avec les maîtres dans l'école de ce petit village ? En français ? En zarma ? En haoussa ?).

En revanche, je ne crois pas un instant que les élèves nigériens d'un "petit village" soient " assis à trois sur une chaise" pour la simple et bonne raison que, dans les classes d'un petit village du Niger, IL N'Y A JAMAIS DE CHAISES !  Si vous dites vrai, la seule hypothèse qu'on puisse faire et qui en la circonstance, n'est pas impossible, est que la veille (en ville et non dans un village) en prévision de la visite de la grande dame blanche, on ait récupéré, ici ou là, quelques chaises pour l'éblouir de ce luxe pédagogique inouï. Une telle pratique est assez courante, en pareil cas, pour qu'on puisse envisager qu'elle ait eu lieu.

En revanche dans les classes du Niger que j'ai pu voir, je n'ai vu que des bancs ou des tables-bancs antiques où les élèves étaient assis à trois ou quatre au lieu de deux, mais la pratique la plus courante, de très loin, est que les élèves soient assis PAR TERRE et écrivent soit par terre aussi, soit en prenant appui sur le dos de l'élève assis devant.

Il a paru sans doute de bon ton à Madame Lagarde de faire cette référence à l'Afrique pour faire état de sa connaissance des terrains du Sud mais, faite à propos de la Grèce, elle ne me paraît pas très opportune . Elle l'a reconnu elle-même dans la suite ("La garde ne meurt pas mais se rend à l'évidence") et à ce seul égard.

Pour moi, je déplore surtout qu'elle soit si manifestement fausse.

dimanche 10 juillet 2011

Tapie, Lagarde et Borloo ; un fusil pour tirer dans les coins (n° 2)

En écrivant ce titre, je m'aperçois qu'en fait j'aurais plutôt dû écrire, pour des raisons de logique chronologique qui apparaîtront dans la suite "Borloo, Tapie et Lagarde". Je précise d'emblée que mes remarques ne sont en rien juridiques (je n'entends rien à la chose, comme d'ailleurs, me semble-t-il, nombre de commentateurs, y compris parmi les juristes, le droit étant tout ce que l'on veut sauf une science exacte). Je ne veux ici que rapprocher quelques faits et, pour l'essentiel, des dates.

En dépit de mes recherches, je n'ai pas été en mesure de savoir quand et par qui a été prise la décision de mettre en place un tribunal arbitral pour revenir sur l'affaire Tapie qu'on pouvait croire réglée.

Octobre 2006 [début de la campagne de l'élection présidentielle de 2007] : la Cour de cassation casse la condamnation du CDR à verser 135 millions de dommages et intérêts à Bernard Tapie, estimant qu'aucune faute n'était caractérisée à l'encontre du Crédit Lyonnais lors de la cession du groupe Adidas à Robert Louis-Dreyfus en 1993-1994.

Fin 2006-début 2007. B. Tapie, qui joue l'ambiguïté et l'hésitation entre la division de la gauche (via le PRG) et le soutien à Sarkozy via son ami Borloo, penche de plus en plus nettement et ouvertement pour la seconde ligne : "Sarkozy et Jean-Louis Borloo ont mes faveurs". (Le Point)

18 mai 2007 : Jean-Louis Borloo devient ministre des finances, de l'économie et de l'emploi du gouvernement Fillon. Il sera détrôné dans cet emploi le 19 juillet 2007 pour devenir, plus modestement ministre de l'écologie, avec pour le consoler le titre de ministre d'Etat.

Sans qu'on sache exactement quand et par qui a été prise une décision si importante, un projet d'arbitrage dans l'affaire Tapie, qu'on croyait définitivement close depuis un an, est formé puis présenté et accepté, contre toute attente, par le CDR dès octobre 2007. La conception, le choix des membres du tribunal arbitral, qui ne peuvent être que des personnes physiques, la définition des modalités de leur intervention (on parle d'un million d'euros pour les trois septuagénaires pressentis), leur accord, leur acceptation par le CDR, tout cela suppose des négociations et un accord des deux parties. Christine Lagarde, en poste depuis moins de trois mois (dont le mois d'août), n'a guère pu être en mesure de concevoir et de conduire à son terme une procédure si ardue et si complexe. N'a-t-elle pas trouvé le paquet tout ficelé sur son bureau en arrivant à Bercy et en prenant la succession de Borloo? Ne lui ferait-on pas, après coup, porter un chapeau qui n'est pas le sien ?

Juillet 2008 : après la décision du tribunal arbitral, le MoDem et le PS protestent mais à mots couverts et sans jamais prononcer le nom de Borloo. F. Bayrou invoque "les protections" de Bernard Tapie et parle d'"un renvoi d’ascenseur par Nicolas Sarkozy au soutien de Bernard Tapie lors des Présidentielles 2007". Le PS, par la voix de J.M. Ayrault, demande même, non sans humour, à Christine Lagarde de "saisir la justice". Celle-ci, le 28 juillet 2008, se borne à enjoindre aux représentants de l'Etat au conseil de l'EPFR de ne pas s'opposer à la décision de la direction du CDR de ne pas former de recours contre le jugement arbitral (ce qui aurait été possible dans le mois suivant la décision).

Juillet 2011. Epilogue ou nouvel épisode?
La commission des requêtes de la Cour de justice de la République a reporté sa décision, annoncée pour le 8 juillet 2011 au 4 août parce que, selon Europe 1, l'un de ses membres se serait senti dans l'obligation de se récuser le 7 juillet au soir.

La nuit, dit-on, porte conseil ; la soirée du 7 juillet aussi! En effet, un des membres de la Cour de justice de la République saisie du dossier depuis le mois de mai, Madame Laurence Fradin s'est avisée soudain, (Bon sang mais c'est bien sûr!), qu'elle est mariée à Pierre Joxe, ancien président de la Cour des Comptes et ancien ministre socialiste de Mitterrand comme Bernard Tapie et, en outre, qu'elle a eu à connaître du dossier Tapie quand elle était elle-même à la Cour des Comptes ! Mieux vaut tard que jamais!

Lagarde ou Borloo? Sur qui le fusil est-il braqué en réalité?

Christine Lagarde, désormais bien installée sur les rives du Potomac demeure une cible possible mais très théorique pour deux raisons. La première est que, si le FMI n'aime pas voir son directeur général trousser les servantes (au Sofitel) ou ses collaboratrices (au FMI), les magouilles internes à Bercy ne préoccupent guère l'américain moyen. En outre, seconde raison plus forte, comme le montre la simple chronologie que j'ai esquissée, Madame Lagarde n'aurait guère de mal à démontrer qu'elle n'est en rien à l'origine de cette affaire dont elle n'a assumée, en fait, du fait de sa fonction, que les conséquences.

En revanche, il y a là un excellent moyen de remettre dans le droit chemin Jean-Louis Borloo s'il venait à tendre à s'en écarter trop! Mieux vaut donc garder le plus longtemps possible le doigt sur la détente du fusil pour tirer dans les coins.

samedi 9 juillet 2011

Tapie, Lagarde et Borloo (N° 1)

Résumé (indispensable des épisodes précédents). A cette fin , je reprends, en l'actualisant, l'un de mes posts antérieurs publié sous le titre : "Il fallait un calculateur, ce fut un danseur qui l’obtint" ( Beaumarchais ).

Cette formule du Mariage de Figaro paraît pouvoir s’appliquer à Madame Christine Lagarde, notre ex-ministre des finances et de l’emploi, même si la canne, sur laquelle elle s’appuie parfois avec beaucoup de distinction et de grâce, ne semble pas la destiner, a priori, aux exercices chorégraphiques.

Avocate de profession, elle a régné sur Bercy et nos sous ; aussi ne l’ai-je pas entendue sans étonnement affirmer, un jour, à la radio que la raison pour laquelle on avait jugé bon de mettre un terme à l’interminable affaire Tapie était que l’Etat avait déjà versé dix millions d’euros en frais d’avocats (merci pour eux!). Les avocats de Nanard, que j’ai entendus aussi par ailleurs, sont plus discrets, car ils ont dû, au terme apparemment définitif de l’affaire, se payer sur la bête et avec un pourcentage sur les gains, à l’américaine, car Tapie lui, en principe n’avait alors pas un euro en poche.

Petite curiosité fiscale. Nanard devait alors, disait-on, 130 millions d’euros à l’Etat (en « dettes fiscales et sociales"), sans parler de ses créances au Consortium de Réalisation. Comment un citoyen dans une situation financière et fiscale si désastreuse a-t-il pu continuer à loger Rue des Saints-Pères dans ce fameux, immense et luxueux hôtel particulier qu'il y possède et pour lequel, en son temps, le Canard enchaîné nous avait appris qu’il ne payait qu’une taxe d’habitation minimale, n’étant pas assujetti à l’impôt sur le revenu?

Quel homme ce Nanard ! Lui qui a commencé comme crooner, il pourrait reprendre le tube de Julio Iglesias « Je n’ai pas changé ! », à moins qu’il ne revienne à ses propres écrits à travers le répertoire du Bernard Tapy des années 60 ; il pourrait alors nous susurrer à nouveau, après son succès final dans l’affaire Adidas, cet immortel couplet dont, homme de tous les talents, il est l’auteur:
« Et maintenant je suis content
Qu'avec elle ce soit terminé
Je vais pouvoir tout comme avant
Ha ! Recommencer à bien rigoler".
Tout cela est rigoureusement exact, même si la rime est moins riche que, désormais, l’homme.

Mais revenons-en à Madame Lagarde, car je ne puis m’empêcher de craindre, à Bercy ou au FMI, les analyses et les décisions ultérieures d’une femme qui, pour ne pas risquer, fût-ce en vain, un ou deux millions d’euros de plus, accepte, le coeur manifestement léger, d’en perdre quatre cents !

Je n’entends pas être le centième à ratiociner sur cette affaire, aussi ténébreuse que compliquée, dont les implications politiques, souvent méconnues, commencent à apparaître, et dans laquelle, de toute façon, nous autres contribuables français, avons été et serons encore les dindons de la farce.

La Gauche joue les vierges effarouchées, forte des connivences évidentes du pouvoir dans cette affaire. Bayrou a, en son temps, levé le lièvre, alors manipulé par Peyrelevade qui évidemment en sait long, pour plusieurs raisons, sur cette affaire. On ne doit pas oublier que c’est tout de même Mitterrand qui, pour contrer Rocard, a mis autrefois Nanard sur orbite politique et en a fait un ministre, en continuant dans la suite à le protéger de diverses façons. Quant au fameux tribunal arbitral, qui aurait touché dans l'affaire un gros million d’euros d’honoraires, la droite sénile y était représentée par l’alpiniste Mazeaud et la gauche cacochyme par l’avocat Bredin (du cabinet Bredin-Badinter, ça doit vous rappeler des choses!). Bernard Tapy-Iglesias a raison : rien n'a changé, mais rien n’a non plus été laissé au hasard dans tout cela !

On croyait Nanard fini après l’arrêt de la Cour de Cassation en octobre 2006, censé, dans notre système juridique, mettre un terme à toute action judiciaire. C’était compter sans la justice « privée ». Quoique fauché, Tapie-Tapy, resté à la table quand on le croyait au tapis, en flambeur qu’il est, a fait "tapis" et raflé le magot ! Bravo l’artiste !

La suite demain.

jeudi 30 juin 2011

Otages : Un caillou dans le yaourt ou un os dans le fromage ?

Je ne sais pas laquelle de ces deux formules de notre métaphorique populaire convient le mieux à la situation que je vais évoquer dans ce post. A vous de juger !

Dieu sait pourtant que nos experts en communication avaient mitonné leur coup de main de maître. Il ne s'agissait pas, en pareille période, de récupérer n'importe où et n'importe comment nos deux précieux otages qui en tant que journalistes de profession sont à la fois le sel de la terre de l'information et la source inépuisable de l’inspiration médiatique.

A « NOTRE », journal de France2, comme s’obstine à le dire sottement car c’est le sien hélas et non le nôtre, Madame Lucet qui, je crois, est la « productrice » de l’émission de télé qui avait envoyé les deux loustics sur le terrain pour je ne sais quel magazine d'information, était à ce dernier titre sous les projecteurs et rayonnait par tous les pores. Elle avait même été sur le terrain à Villacoublay et, de ce fait, elle pouvait enfin, pour une fois, faire la nique à Jean-Pierre Pernaut, resté à la maison à se coltiner ses paysans.

Tout avait été réglé de main de maître ; l’après-midi du mercredi avait été à dessein choisi puisque c'est le moment de la télé à l'assemblée nationale ; de ce fait, on allait pouvoir faire l'annonce de la libération, non seulement devant la représentation nationale, où même la gauche allait devoir se lever, bon gré mal gré, pour applaudir, mais aussi devant toute la France des seniors qui, en cet après-midi du mercredi, somnole devant sa télé et qu'on allait réveiller par cette annonce tonitruante. De ce côté-là, tout avait été prévu et tout a marché comme sur des roulettes (ou plutôt des chaises roulantes).

On a même dû faire une standing ovation bis puisque, ce jour-là était aussi celui où Christine Lagarde faisait ses adieux à l'assemblée nationale, en feignant d'écraser une larme furtive et modeste. Du grand art. Idem pour la communication officielle sur l’arrivée et le couple présidentiel, comble de l'astuce, nous l’a jouée discrète voire absente.

Dans les médias, nous avons donc eu droit (et hélas ce n'est pas fini, mais fort heureusement nos deux rouletabilles ont des familles nombreuses, riches terroirs pour de multiples « scoops » et « exclus ») à tous les couplets habituels sur la grandeur, voire l'héroïsme du métier de journaliste, dont la déontologie est si grande qu'elle pousse parfois ces modernes héros à sacrifier leur vie sur l'autel de l’information.

Si les services de la communication ont été parfaits et à la hauteur de leur tâche en la circonstance, on ne peut en dire autant du renseignement et de la réflexion préalables et circumvoisins . On aurait en effet dû songer que si le mercredi est le jour de la séance télévisée à l'assemblée nationale, c’est aussi hélas celui où paraît le Canard enchaîné. Cette concomitance permet même aux représentants du peuple une saine et opportune lecture quand, une fois réveillés, ils sont, par bonheur, hors du champ des caméras de France3.

Or ce sinistre volatile a eu la mauvaise idée (peut-être même perfide), ce mercredi-là, de publier un article sur le réseau d'influence (pour ne pas dire de collusion) que Ben Ali avait mis en place auprès de la presse française, pour la gagner à sa cause par ces petits cadeaux qui entretiennent l'amitié quand ils ne sont pas propres à la faire naître.

Ben Ali avait même créé, à cette fin précise, une « agence tunisienne de communication extérieure » à laquelle il versait 200 000 € par an pour payer, sous des formes diverses, à la presse française (surtout de droite il est vrai) la publicité rédactionnelle en faveur de l'éloge permanent de son pays et surtout de son régime.

Je ne vous ferai pas ici la liste de tous les bénéficiaires de ces largesses ben-aliennes, personnelles mais souvent familiales, puisque vous pouvez la trouver aisément dans le Canard enchaîné, s'il en reste encore en kiosque car les intéressés ont dû le faire rafler dans les boutiques quand ils le pouvaient mais aussi dans les sites Internet dont en particulier Rue 89 qui a vendu la mèche et repris l’article de l'hebdomadaire satirique.

Sachez seulement que cela va du Figaro (largement représentés) à BFM-TV en passant par M6, le Parisien ; la vertueuse Françoise Laborde a même eu la chance en passant de France2 au CSA de remettre le compteur à zéro et de doubler la mise avec des conditions qui étaient plus dignes de sa nouvelle fonction.

Vous comprendrez aisément qu'avec de telles révélations en ce jour de gloire et d’apologie de notre presse, la morale professionnelle, la dignité et, en un mot, la dé-on-to-lo-gie de la fonction journalistique française en prennent un sérieux coup, du moins aux yeux de ceux qui étaient encore assez naïfs et mal informés pour croire les discours qu'on ne cesse de nous tenir à ce propos alors que les faits ne cessent de les démentir.

Alors « os dans le fromage » ou « caillou dans le yaourt » ?

mercredi 29 juin 2011

« La cour du roi Pétaud », « L'arroseur arrosé » ou « La folle journée ? »

Les titres ne manquent pas pour désigner la journée que nous a fait vivre l'élection de Christine Lagarde à la direction générale du FMI.

« La cour du roi Pétaud » où tout le monde veut commander et parle en même temps et qui nous a donné la jolie expression de pétaudière ? « L'arroseur arrosé ? », notre président se voyant traité comme il traita souvent les autres, en d’autres temps ?
Ce pourrait être tout aussi bien « La folle journée », autre titre du Mariage de Figaro ou « La nef des fous » si l’on préfère des références picturales.

On pourrait s'interroger, en revenant sur le passé, à propos de la stratégie présidentielle en matière de propositions pour la direction du FMI.

Un président machiavélique aurait tout à fait pu pousser un futur rival (annoncé pour l'élection présidentielle) vers les rives du Potomac. Les possibilités de succès étaient multiples en effet soit que le directeur général prît goût à la chose (pas désagréable) et entreprît d’y faire un second mandat, comme nombre de ses prédécesseurs ; soit que, plus logiquement, ses pulsions, bien connues, ne le poussassent dans la voie fatale d'entreprises hardies auprès des femmes qui ne manquent pas au FMI avec les conséquences fatales qu'on pouvait aisément prévoir dans le contexte puritain des États-Unis. L'issue a été un peu différente mais, au fond, elle n’était pas si différente que ça de la seconde des hypothèses.

Reste la reine Christine qui s'en va, laissant sans doute derrière elle un prince qu’on ne sort pas vu sa parentèle des plus équivoques. Cette élection attendrira peut-être les magistrats, les détournant de sanctions dans l'affaire Tapie qui peut constituer une menace discrète à l'égard d’un Jean Louis Borloo indiscipliné qui, semble-t-il, aurait, pendant son bref passage à Bercy, mis en branle la procédure,aujourd'hui contestée, qui a fait gagner un demi-milliard à son ami Nanard.

Il fallait pour le FMI une économiste, disait-on, et l’on n'a pas manqué de reprocher à Christine Lagarde de n'avoir qu'une expérience d'avocat d'affaires. Son départ de Bercy a libéré le poste pour François Baroin qui a, de toute évidence, la formation et l'expérience de l'emploi. Pour la formation on lui connaît de courtes études à Paris2 ( DESS de défense (de rire) et DEA de géopolitique) ce qui prépare tout à fait, on l’aura compris, au ministère des finances. En revanche, il a été fait journaliste, sur le tas, par Jean-Pierre Elkabbach auquel il a préparé le café pendant près de quatre ans ! Cela vous forme un homme et vous destine aussi très directement à Bercy. François Baroin, petit-fils de la Veuve, a été surtout le fils de son père. Une fois les lunettes jetées aux orties, cela a largement suffi à assurer sa fortune politique fondée sur une voix de basse chantante dont il aime à jouer à tout propos, ce qui est bien naturel pour un porte-parole.

Pour en venir à l'arroseur arrosé, il est amusant de voir que les méthodes de François Baroin ne sont pas sans rappeler celle du jeune Nicolas Sarkozy dans ses entreprises de la conquête du pouvoir (« Si l’on ne retient pas et si l’on ne me donne pas ce que je veux, je fais un malheur ! »). Ceux qui doivent doucement se marrer au spectacle gouvernemental qui nous est actuellement donné, ce sont Messieurs Balladur et Chirac, même s'il ne leur est sans doute pas donné de partager cette commune hilarité.

Il faut que le pouvoir soit tombé bien bas pour offrir pareil spectacle de chaises musicales mâtiné de bras de fer et de coups de gueule. En tout cas, j'espère qu'on a prévu une chaise solide pour David Douillet et il a été sans doute prudent de ne pas l’installer sur celle de la frêle Valérie Pécresse !

jeudi 10 mars 2011

« Les bonnes recettes de Tatie Christine ».

Une fois de plus, ce vendredi matin 10 mars 2011, notre ministre Christine Lagarde (familièrement dite « Tatie Christine » selon l'usage de nos bons vieux livres de cuisine, depuis Tante Marie) a délaissé ses fourneaux économiques de Bercy pour nous livrer les secrets de sa cuisine d’économie d'énergie.

Elle semble pourtant avoir délaissé sa précédente recommandation de l'usage du vélocipède qu'elle conseillait naguère encore pour ménager le super et le gasoil, mais elle reprend néanmoins quelques-unes de ces bonnes vieilles recettes qui ont fait de notre cuisine la meilleure du monde comme l’UNESCO l’a enfin reconnu.

La première et la plus simple est celle de la mise en concurrence des fournisseurs de carburants. Naturellement, en ministre responsable et patriote ne saurait recommander d'aller faire le plein dans les pays étrangers limitrophes qui, Dieu seul sait comment, fournissent l'essence à de meilleurs prix. Si vous habitez Armentières, il vous est difficile de gagner l'Espagne, de même que si vous êtes à Bayonne, si avantageux que soient les tarifs du carburant en Belgique ou au Luxembourg, mieux vaut n’y pas trop songer.

En revanche dans l'espace hexagonal il faut absolument vous renseigner et ne pas acheter, aveuglément et sottement, votre essence dans les stations proches de votre domicile ; la chose est évidemment commode mais elle peut se révéler économiquement malheureuse. Fort heureusement, vous disposez désormais d'un site où le gouvernement vous donne tous les renseignements indispensables.

Il s’agit de prix-carburants.gouv.fr où, à 9 heures 30 ce jour, je suis allé, par curiosité, faire un tour pour y découvrir que son usage est fort incommode (avec des rubriques inaccessibles remplies de mentions « erreur » ou mieux encore « warning », alors que je croyais l’usage de l’anglais interdit dans les textes administratifs français).

Dès lors, et si plus malin que moi, vous arrivez à vous informer, vous pouvez envisager de vous rendre dans des stations où vous trouverez le super 95 où le gasoil à des prix inférieurs de plusieurs centimes dans certains cas. Si vous prenez en compte l'aspect touristique de votre déplacement et même éventuellement, si vous ne consommez pas trop d'essence, la possibilité de faire ce plein si économique pendant vos vacances, vous pouvez très bien aller passer vos congés tout près de cette si attrayante et économique station-service, en Charente-Maritime, où se trouve, me semble-t-il, la station de France qui vend le moins cher le super 95. Le risque est évidemment que ce plein si économique que vous aurez fait en ce lieu charentais béni soit épuisé par votre trajet de retour chez vous. Cela vous obligera donc inévitablement à faire, derechef, le parcours inverse pour refaire un plein que votre retour épuisera à nouveau, inévitablement, de la même façon. C'est là une sorte de version moderne et automobile du mythe de Sisyphe. Néanmoins vous aurez la satisfaction de vous être inscrit dans la formule favorite de Tatie Christine qui est : « Acheter le plus malin possible ! ».

Il m'a semblé déceler dans les recettes de Tatie Christine une faille épistémologique que j'hésite à qualifier de contradiction interne voire de « double bind ». Elle nous a affirmé en effet, confirmant la question de la journaliste, que le prix de l'essence est libre en France. Toutefois, dans le même mouvement, la ministre nous a précisé que des meutes de contrôleurs étaient lancées sur la piste des pompistes indélicats qui pratiquent des prix trop élevés. J'avoue ne pas bien comprendre comment on peut sanctionner des prix dans la mesure où ces prix sont réputés libres. Va comprendre Charles! Mais enfin tout s grand chef de cuisine a, comme elle, ses petits secrets qu'il se (la)garde de nous révéler.

Il y a une solution très simple et immédiate mais Tatie Lagarde l'a écartée d'emblée. Elle serait de baisser les taxes que sont la TIPP (25 milliards annuels de recette) mais aussi la TVA puisqu'elles forment de très loin, à elles deux, la majeure partie du prix de l'essence à la pompe. Je reviendrai sur cette question pour avoir entendu hier des spécialistes des questions pétrolières affirmer que l'essence devrait être en gros vendue aux alentours d'un euro le litre et non pas, comme on constate chaque jour, à 1,50 € ou davantage, alors qu’elle coûte, en gros, deux fois moins aux Etats-Unis par exemple.

Tatie Lagarde, parodiant Guillaume d’Orange après Tante Marie, nous a sorti la fameuse formule « Je maintiendrai ». Il me semblait pourtant que cette taxe est perçue sur les volumes, et non sur le prix de vente du produit. C'est le super qui supporte la TIPP la plus élevée : 0,6069 euro pour un litre de sans plomb en 2008. Or, on avait créé la TCP/IP précisément pour maintenir les prix des carburants à des niveaux raisonnables en cas d'augmentation du prix du pétrole.

Mais je m'écarte des bonnes recettes de Tatie Christine. Proche de la France d'en bas en dépit des apparences et soucieuse du moindre détail, Tatie Christine nous livre quelques recettes d'une grande simplicité et l'application facile auquel on ne songe pas nécessairement toujours. Ainsi conseille-t-elle au bon peuple des automobilistes français de gonfler davantage leurs pneus, d’éviter de conduire de « manière saccadée » (j’avoue ne pas avoir compris en quoi consiste ce mode de conduite), de rouler plus lentement (ça j’y avais pensé) et surtout de couper le moteur longtemps avant de s'arrêter ! Quoique Tatie Christine se soit limitée à ces quatre conseils, on serait tenté d'en rajouter quelques-uns, parfois un peu difficiles à mettre en oeuvre, comme, par exemple, d'installer des voiles sur le toit de sa voiture ou, plus simple et plus radical encore, de laisser sa voiture au garage et de rester chez soi.

Une piste plus intéressante et sans doute plus efficace, que Tatie Christine n’a fait qu’évoquer en conclusion et en passant (encore un des chers zeugmas). Christine Lagarde nous a appris, en effet, que le gouvernement va s'intéresser enfin à la manière dont les prix sont formés et aux marges qui sont celles de chacun des intervenants. La question est d'importance et on l’a gardée de ce fait pour la bonne bouche, car on pourrait s'étonner que Christine et notre gouvernement n'y aient pas songé plus tôt. Il est vrai que sans doute, comme pour toute question que l'on veut noyer, depuis Clémenceau, la démarche consistera à créer une commission. Or, dans les circonstances présentes, vu l'augmentation du prix de l'essence, les membres de cette commission auront la plus grande difficulté à se déplacer pour se réunir, d'autant que tous le font toujours dans de puissantes voitures, dont les pneus sont souvent mal gonflés et dont les chauffeurs, à la conduite rendue fatalement saccadée par la vitesse, ne songent guère à ralentir leurs véhicules puisqu'il leur faut bien suivre le train d’enfer des motards qui leur ouvrent la route.

On peut se référer à mon post d'hier pour voir qu’une fois encore, Tatie Christine s'est muée en fin de discours en Tatie Coué et nous a annoncé des lendemains qui chantent, même si, pour le moment, les accents du présent sont plutôt moroses.

samedi 18 décembre 2010

Lapsus et Côte d’Ivoire

Depuis le bon docteur Sigmund, on sait à quel point les lapsus peuvent être révélateurs de faits ou de pensées qu'on souhaiterait tant cacher que la première occasion est bonne pour les faire apparaître au grand jour dans nos propos.

Comme si les fêtes qui approchent étaient une période favorable à ces petits cadeaux que les interviewés font aux journalistes qui les interrogent, on a eu droit, ces derniers temps, à vrai concert de lapsus, tous plus réussis les uns que les autres.

La farandole freudienne a commencé avec la fellation/inflation de Rachida Dati ; elle a continué avec quelques autres lapsus, moins hilarants comme ceux de Luc Chatel ou de Brice Hortefeux, et s'est poursuivie, en beauté, avec celui, penultième pour le moment, de cette pauvre Christine Lagarde. Arrivant chez Denisot pour causer budget et croissance, elle était tellement fixée sur le refus absolu d’admettre la moindre augmentation ou création d’impôts, que, dès la première phrase de son intervention, elle s’est plantée, annonçant avec force : « l’économie française recommencera à créer des impôts ».alors qu'elle voulait, bien entendu, dire « créer des emplois ».

Comme notre président ne pouvait demeurer en reste, il est entré dans la danse, d’une façon qui me semble plus intéressante, mais qui est passée inaperçue.

Evoquant la crise politique en Côte d'Ivoire, N. Sarkozy a déclaré, vendredi 17 décembre 2010 : « Laurent Gbagbo et son épouse ont leur destin entre leurs mains. Si lundi, ils n’ont pas quitté leur poste... ». Sensible à l’étrangeté du propos ou prévenu (oreillette ou geste d’un conseiller), le président a eu alors un long moment d’interruption dans le cours de son propos (qui, me semble-t-il, a été COUPE dans des passages ultérieurs de cette scène dans les télévisions) ; il s’est corrigé alors en passant, sans autre forme de procès, au singulier (« son poste ») et en limitant, à L. Bagbo, seul cette fois, l’injonction impérative d’abandonner la présidence usurpée.

Si l'on en revient au bon docteur Sigmund, le propos de Nicolas Sarkozy n'était pourtant pas si inexact qu'on pourrait le penser, puisque, à en croire beaucoup de témoignages autorisés, Simone Bagbo, qui était au départ, en dépit de son passé politique de gauche (comme son PS de mari) et même marxiste, une simple épouse a pris de plus en plus d’influence et, par là même, d'importance dans la vie politique de la Côte d'Ivoire. Elle s’est en même temps rapproché des églises évangélistes dont on sait l’importance en Afrique et qui, en Côte d’Ivoire même, compie des centaines de milliers de fidèles, ce qui donne encore plus de poids politique et social à « Maman Simone » qui en est la bienfaitrice.

En même qu’augmentait son rôle politique, beaucoup de rumeurs se sont propagées au sujet d’affaires dont elle s’occuperait, ce qui pourrait donner à penser, selon certaines hypothèses, que son récent voyage en Suisse pourrait avoir d’autres motifs que sa santé. On a beaucoup évoqué aussi le rôle qu’elle aurait pu jouer dans la disparition mystérieuse du journaliste Kieffer en 2004. Comme l’on ne prête qu’aux riches, on a également imaginé un scénario à la Kirchner dans lequel « Maman Simone » pourrait succéder à Laurent. Le lapsus présidentiel, certes aussitôt corrigé, pourrait donc peut-être ne pas en être un, au fond, à regarder les choses de plus près et sous un autre angle.

Le paradoxe est que le soutien, fort et sans réserve, affiché par la plupart des Etats du Nord (sauf la Russie) comme du Sud, et en particulier par la France en faveur du président élu Ouattara, est l’argument le plus fort que L. Gbagbo peut invoquer, sur le plan intérieur, contre son rival élu qui apparaît de ce fait "à la solde de l'étranger". En effet, le fonds de commerce politique de Gbagbo est le nationalisme dont l’une des formes est l'ivoirité qui a été invoquée, un moment, pour tenter de rendre inéligible Ouattara, accusé de ne pas être un vrai Ivoirien. De ce fait, le soutien des troupes de l'ONU comme celui, fort heureusement plus discret, de la France est aussi un argument dont ne manquent pas d'user Laurent et ses séides qui en exigent désormais le départ de ces troupes.

Certes on peut invoquer en faveur de Ouattara les résultats des élections, mais on sait bien qu'en France même, là où ont voté des Ivoiriens émigrés, comme dans le Nord de la Côte d'Ivoire, les élections présidentielles ne se sont pas toujours déroulées dans la plus parfaite régularité. Bien entendu, cela n'autorisait pas pour autant Laurent Gbagbo à faire disparaître des résultats électoraux une bonne partie des voix qui, en pays baoulé ou dans le Nord s’étaient portées sur son adversaire.

Il est à craindre que la vingtaine de morts déjà causés par les événements des derniers jours ne soient pas les derniers, à moins que l'armée qui est, semble-t-il, partagée entre les deux présidents, même si les hauts cadres sont pro-Gbagbo, ne se décide à prendre elle-même le pouvoir qui est évidemment a portée de sa main. Un putsch militaire est rarement une solution heureuse pour une crise politique ; ce pourrait pourtant être le cas en la circonstance pour éviter un bain de sang, à condition toutefois que les troupes françaises aient la sagesse de ne céder à aucune provocation et à rester, dans toute la mesure du possible, loin des zones possibles de conflits.

« Cedat toga armis » peut-on souhaiter, à l’inverse d’une formule connue !

vendredi 13 août 2010

Vendredi 13 et/ou journée des gauchers ?

Entendu ce matin, vendredi 13 août, Madame Lagarde sur RMC interrogée, depuis la Corse (Tiens nos ministres sont donc en vacances), par la doublure de Bourdin qui lui l’est encore ! « Quel rapport avec le vendredi 13 et les gauchers ? » vous impatientez-vous déjà, fougueux lecteur ou impétueuse lectrice. Patience ; j’y viens...à pas comptés, je vous le concède !

Quelle femme cette Madame Lagarde ! Elle est, selon la rumeur officielle, la ministre favorite de notre Président-Magicien (du moins pour son activité officielle, car, pour le reste, ses préférences seraient autres) ! C’est Bonne Maman qui raconte des histoires aux petites enfants pour les assoupir ! Il faut surtout dire que Madame Lagarde s’y entend à renvoyer l’ascenseur ; modestement, à cinq reprises, dans un bref entretien, elle porte au compte du « Président de la République », les succès qu’elle affirme être ceux de notre politique Les analyses des 0,6% de croissance, au deuxième trimestre 2010, sont, toutefois, bien différentes, quand elles sont faites, non par la ministre elle-même, mais par des économistes et des analystes financiers qui remplacent volontiers ce 0,6% par 0%, si l’on prend en compte l’effet mécanique du « restockage » des entreprises. Un Philistin comme moi se borne à noter que, pour la même période, l’Europe fait 1% et l’Allemagne 2,2%.

Christine Lagarde ne serait-elle pas gauchère ? Là je vous ai eu(e) impatient(e) lecteur (e) !

J’ai appris, en effet, ce même matin, avec la nouvelle que ce « vendredi 13 août 2010 » était aussi « la journée des gauchers », que quatre des récents présidents des Etats-Unis, étaient gauchers ! Christine for President !

Je crains de ne pas partager tout à fait le point de vue du « journaliste » qui nous donnait l’information et qui semblait sous-entendre par là que les gauchers auraient des dons et des talents particuliers pour la gouvernance. C’est assurément l’inverse, du moins si l’on se fait une opinion à partir des exemples d’un Ford (incapable de marcher et de mâcher son chewing-gum en même temps), d’un Reagan (ne tirons pas sur l’ambulance...), d’un Bush (le père, passons encore) et de Bill Clinton (et ses cigares humidifiés) et en laissant le bénéfice du doute à Obama.

Ce qui a plutôt attiré mon attention, dans cette affaire, est le rapport entre les gauchers et le vendredi 13 puisqu’on a choisi ce jour pour en faire la jourrée des gauchers. Peut-être n’y en-a-t-il aucun, mais, dans ce cas, le fait est encore plus remarquable, car le hasard ne saurait être innocent en la circonstance !

Je vais être contraint de jouer ici le rôle de Benoît, latiniste éminent d’Outre-Quévrain, et de rappeler qu’en latin « sinister » veut dire « gauche » (par opposition à « droite »). L’ancien français a gardé, avec ce sens, le terme « senestre », qui était directement issu du latin, mais qui a été peu à peu remplacé par le mot « gauche » ; l’origine de ce terme, peut-être germanique, est controversée et son sens (maladroit, faible, etc.) l’a conduit à se substituer à « senestre ». « Sinistre », qui est aussi issu du latin « sinister », a subsisté, avec la valeur péjorative, qui était déjà celle de l’adjectif latin. Ce qui se passait à gauche ou venait de la gauche était réputé mauvais ou, en tout cas, de mauvais augure.

Dans nos sociétés, le vendredi 13 a longtemps cumulé les aspects fâcheux du vendredi (jour de la mort de Jésus et, dès lors et, ensuite, objet d’interdits de toutes sortes) et du nombre 13 (Judas le 13ème convive de la Cène, etc.). C’est ce qui conduit à ce que, souvent, le numero 13 soit évité aussi bien dans la numérotation des étages des immeubles et des hôtels que dans celle des chambres ou des rangées comme des places. On aurait même forgé un néologisme pour désigner la phobie du vendredi 13 « paraskevidékatriaphobie ». mais ce n’est là qu’une blague dans laquelle Wikipedia a marché un moment et qui a parfois été reprise ici ou là!

Quant au vendredi 13 jour de chance, il constitue assurément une invention récente où je verrai volontiers la main intéressée de la Loterie nationale d’antan et, plus près de nous, du PMU, de la Française des Jeux et, désormais, de toutes les officines spécialisées dans les jeux qui se sont créées sur ce domaine !

samedi 8 mai 2010

Un tabou linguistique : la rigueur

Un beau morceau de rhétorique, ce jeudi 6 mai 2010 ,au "Grand Journal" de Canal Plus (je n’ai pas vu l’émission elle-même mais le bref extrait qui en a été rediffusé, le lendemain, dans le cadre de l’émission « politique » du vendredi).

Madame Lagarde, compensant la sinistrose de son propos par le rose de son tailleur, nous a explique comment, pour faire des économies, rendues indispensables par la situation, elle allait se lancer dans la chasse au gaspi, ses premières cibles étant les « niches fiscales », où elle entend « raboter » à hauteur de cinq milliards. Cette métaphore menuisière prenait tout son sel, vu l’allure et la vêture de Madame Lagarde qui aurait plutôt dû, pour de tels propos, se parer d’un bourgeron prolétaire !

Le comique de l’affaire n’est pas, dans cette affaire, qu’on va entrer dans la rigueur sans oser le dire et même en frappant ce terme d’un véritable tabou linguistique ; ce sera, pour nos ministres, une forme nouvelle du petit jeu du ni oui ni non. Tout le monde le voit bien et la chose n’a rien de drôle. En revanche, entendre Madame Lagarde, ministre des finances depuis trois ans, découvrir soudain l’existence de « niches ficscales », dont la suppression va non seulement dans le sens de l’égalité des citoyens devant la loi, mais aussi dans celui de l’économie globale, est des plus drôlatiques, pour user d’un adjectif qui reste dans la couleur optimiste que nous imposent les circonstanceset notre gouvernement.

Mais la situation était encore plus comique le lendemain, quand Michel Denisot, pour sa session politique de la semaine, a repassé cet épisode à l’intention de ses trois journalistes invités (Raphaële Baquée du Monde n’opère pas tout à fait dans ce registre, mais elle n’était là que pour la promotion de son dernier livre, dont ses deux collègues ont fait un éloge échevelé, à charge de revanche ultérieure bien entendu). Il y avait donc là cinq « journalistes » (les trois invités plus Patati et naturellement Denisot, qui a dû garder sa carte de presse sportive !), sans compter Ali Baddou et Ariane Massenet, qui sont sans doute catalogués comme tels, ne serait-ce que pour le fisc.

Le statut fiscal privilégié des journalistes avait déjà été mis en cause par Alain Juppé, alors Premier Ministre, qui avait sans doute, par là, précipité lui-même sa chute, en dressant contre lui toute la profession, la presse de droite ne lui étant pas la moins hostile. Le résultat avait été le remplacement final de la réduction exceptionnelle pour frais professionnels, de 30% je crois, (acquise sans justification particulière) par une « allocation pour frais d’emploi » qui, pour les revenus 2009, permet de déduire, indépendammant des 10% de tous les salariés, 7.650 euros ! Les 10% forfaitaires ouverts à tous peuvent en outre être remplacés par des déductions de frais réels, au sein desquels on ne distingue sans doute pas facilement les frais effectivement supportés par le journaliste contribuable de ceux qui font l’objet de notes de frais prises en charge, a posteriori, par l’employeur.

Naturellement aucun des sept « journalistes » ou réputés tels n’a songé, un instant, à évoquer, à propos des niches fiscales, le cas des professions de presse. On est vite passé à autre chose, en fonction du principe majeur de la réforme en France : « Toute réforme est excellente dans la mesure où elle ne s’applique pas à soi » !

Le « journaliste » Ali Baddou, spécialiste de la littérature et des choses de l’esprit au Grand Journal, avait du pain sur la planche ce vendredi 7 mai 2010; on recevait en effet, deux grands auteurs, Prouteau, ex-patron du GIGN et garde du corps patenté de Mazarine Pingeot durant sa jeunesse, et Christophe Rocancourt, arnaqueur de profession, désormais reconverti dans la littérature et qui publie, s’il vous plaît, chez Flammarion, ce qui suffit à donner une idée de ce qu’est devenue l’édition française ! Du grain à moudre pour Ali Baddou qui s’est toutefois montré très discret sur ces deux loustics.

En revanche, il a été disert à propos d'un petit livre sur les « gestes » les plus fameux du football, des « mains » de Maradona ou d’Henry au « coup de boule » de Zidane. Dans son exaltation sportive et voulant mettre un grain de sel personnel dans un domaine qui lui est peu familier, Ali a ajouté, en commentant ces trois « gestes » fameux que leur seul point commun était que tout le monde les avait vus… sauf l’arbitre. C’est doublement faux ! Les deux « mains » n’ont guère été rendues visibles et en tout cas évidentes qu’après coup, par la télévision et la répétition quasi infinie de ces images. En revanche, dire que le geste de Zidane n’a pas été vu par l’arbitre, dans son altercation avec Materrazi, est proprement inouï, dans la mesure où le joueur français a reçu un carton rouge et a été immédiatemetn exclu. Denisot, grand spécialiste du football, a sans doute un peu fait la gueule, sans oser pourtant corriger les ignorances d'Ali Baddou, l’intello de service !