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lundi 10 mars 2014

De Kiev à Courchevel


Si nulles que soient nos télévisions françaises (loin de tomber néanmoins au (ca)niveau de nos radios), à quelques rares exceptions près, comme Arte, la Chaîne parlementaire et parfois la Cinq, elles peuvent parfois, contre toute attente, nous réserver des surprises en présentant un intérêt imprévu.

Ayant comme beaucoup d'hommes, paraît-il, la manie du zapping, j’ai fait hier soir, dimanche 9 mars 2014, vers 22 heures 15, une brève escale sur la Six où l’un des « sujets » de « Capital » était consacré aux affaires hôtelières et immobilières de Courchevel.

Tout cela était assez curieux et intéressant non par le sujet lui-même, mais par des à-côtés sans doute insoupçonnés des auteurs du film.

On s’y employait, d’abord et surtout, à faire rêver le petit peuple de France devant des aménagements hôteliers souvent aussi hideux qu’inutiles ou même dangereux, comme cette télévision derrière le miroir sans doute sans tain de la salle de bains. Ce doit être là le plus sûr moyen de vous taillader la gueule en vous rasant, à moins qu’un barbier, debout derrière vous,  ne se charge de la chose, mais il pourrait le faire plus commodément, si vous étiez assis dans votre salon, mais enfin…

Tout cela répétait, ad nauseam, ce qu’on a déjà vu cent fois dans ce genre de productions, la seule différence tenant au soleil ou à la neige, selon les temps et les lieux.

Un aspect un peu inattendu était d’ordre immobilier. On a voulu, en effet, mettre du sucre sur le miel, en encourageant la construction de chalets-hôtels, de plus en plus vastes, de 1000 à 6000 mètres carrés habitables, pour de richissimes clients individuels. La municipalité de Courchevel, dans ce but, a donc supprimé la limitation de surface des habitations nouvelles, ce qui a engendré une conséquence inattendue. En effet la surface au sol de la commune de Courchevel n'étant pas elle-même extensible à l'infini, on a commencé à étendre la surface de ces chalets dans des sous-sols. Ainsi, le plus grand d'entre eux est actuellement un chalet de sept étages, dont une bonne partie est inévitablement souterraine, la pente naturelle de l'endroit donnant, toutefois, sur l'arrière du chalet, un accès libre. Les milliardaires qui louent, à prix d’or, ces chalets ne doivent pas être prévenus que, pour une bonne partie de leur séjour, ils seront réduits à la condition de troglodytes ! Je dois dire que, sur ce point l’infortune à venir de ces nouveaux hommes des cavernes ne m’a que faiblement ému et c'est un autre aspect de cette question que je souhaiterais aborder ici.

En effet, et en cela l’affaire de Courchevel illustre admirablement la gestion sociale et économique « à la française », dont le premier trait est de ne pas voir plus loin que le bout de son nez. En effet, la recherche d’une clientèle, peu nombreuse et peu présente, quoique richissime, a naturellement plombé l’économie globale de la station dans son ensemble, comme nos niches et nos fraudes fiscales, si favorables aux puissants amis du pouvoir, ont creusé vertigineusement notre dette et ruiné notre économie nationale ! A Courchevel, l’encouragement systématique de l’enrichissement de quelques-uns, via la spéculation immobilière et quelques commerces de luxe, a plombé la fréquentation des piste (10% par an de moins à la louche) et, de ce fait, l’économie globale de la commune. Pour pousser plus loin la comparaison avec le gouvernement de la France, on a même fait voter tout ça par le conseil municipal, sans doute quelque peu myope comme notre bon peuple de France !

Le point intéressant à mes yeux dans le contexte actuel est que la clientèle de ces immenses chalets et de ces restaurants de super-luxe est majoritairement … ukrainienne (au moins trois groupes ou familles parmi les rares clients qu’il nous a été donné de voir) ou grecque ! 

Cela montre toutefois que l'Europe est non seulement bonne fille (on le savait déjà), mais qu’elle entoure de beaucoup de discrétion ses œuvres sociales ; les 16 milliards d’euros que nous finirons bien donner à l'Ukraine à la place de Poutine seront donc bien utilisés ; après tout, Courchevel n'est pas si loin de la Suisse et en apportant leurs valises de billets à Genève, Ukrainien et Grecs pourront faire une petite halte à Courchevel. Il faudra naturellement qu'ils n’y déposent pas tout car les tarifs proposés à nos hôtes assistés sont tout sauf modestes. La semaine de location dans l'un des plus petits chalets disponibles coûte entre 150 000 et 300 000 € ; dans les restaurants, que sont invités à fréquenter nos amis ukrainiens, si j'ai bien retenu les chiffres, le menu touristique qu'on leur propose est à 320 € par personne (les tickets restaurant n’y sont pas utilisables ! Bref, à la louche pour une petite famille, une petite semaine et un petit chalet, comptez un million d’euros (le forfait de remontées mécaniques est gratuit mais on peut toutefois aussi amener son Russe avec soi pour se faire remonter à dos d’homme).

Je me suis souvent exprimé dans des billets sur les subventions des « paquets Delors » de la Grèce (faute de connaître assez l’ukrainien, je ne sais quel sera le néologisme local), mais ces milliards doivent être avoir été dépensés ou planqués depuis longtemps, et, en Grèce, on ne peut plus guère compter que sur les armateurs et les popes ! Il nous reste toutefois l'Ukraine et apparemment la connexion est déjà bien établie.

Nous devons toutefois nous consoler car, grâce à Courchevel,  après tout, une partie des milliards d'euros retombera dans l'escarcelle française, du moins peut-on supposer mais pas nécessairement dans celle de la nation. En revanche, toutes ces négociations sur l'Ukraine,  qui ne vont pas manquer se dérouler, dans les mois et les années qui viennent, doivent impérativement se tenir à Courchevel. Pourquoi dépayser ces pauvres Ukrainiens (mais aussi les Russes, tout aussi familiers du lieu) en les faisant se déplacer à Bruxelles (dans le « plat pays » !) , alors qu'ils semblent tant apprécier Courchevel et ses cimes et qu'ils l’apprécieraient encore davantage si le séjour leur y était offert ?

lundi 14 octobre 2013

Gérontocratie européenne


Grande fiesta européenne pour les Journées de Bruxelles organisées, ce jeudi 10 octobre 2013, par le Nouvel Observateur avec comme animateur Laurent Mouchard dit Laurent Joffrin, qui aurait été mieux inspiré dans ce rôle en révélant un peu aux spectateurs, souvent jeunes semble-t-il, le dessous des cartes.

 À la télé (car vous l'aurez deviné, je n'étais pas à Bruxelles), le spectacle avait des allures de musée Grévin, car il s'ouvrait par la présentation des deux vedettes de la soirée. Le premier arrivant était Valéry Giscard d'Estaing, 87 ans aux prunes, quasi momifié, qui était chargé d'ouvrir le spectacle ; son concurrent direct, qui le suivait de près, était Jacques Delors, son aîné d'une année (88 ans). Il manquait hélas à cette petite fête, Monsieur Martens, hélas ravi à l'affection de l'Europe quelques jours auparavant, à 77 ans, frappé en pleine jeunesse par un inexorable destin.

Ce qui est admirable dans toute cette affaire, c'est que l'un et l'autre, car je n'ai guère entendu que des fragments des discours de ces deux vedettes, semblent parfaitement satisfaits quand ils se retournent, dans la mesure où leurs articulations le leur permettent encore, pour examiner leur œuvre et leur bilan européens.

Giscard, déçu dans ses perspectives de réélection à une seconde présidence de la République en France, n'a cessé de rêver en vain, en ses lieu et place, à une présidence de l'Europe ! Dans toute cette affaire, sa responsabilité est toutefois bien moindre que celle de Jacques Delors.

Ce dernier, au fond, à parcouru un chemin onirique un peu inverse. Après avoir rêvé d'être Premier Ministre (en 1981), déçu d'abord dans cet espoir par le choix de Mauroy puis viré du gouvernement Fabius, il est entré, en 1985, dans la galère européenne et y est resté à la barre jusqu'en 1995, pour notre malheur.

Il a été, en effet, alors un des pères de la "grande" Europe au moment de la fin de l'URSS et du racolage frénétique des PECO (1993) qui n'avaient rien à y faire. Faire nombre était la grande idée de Delors ; pour faire une Union européenne, qui se voulait celle de l'industrie et du commerce, on y a fait entrer, sans la moindre réflexion, une série de clampins de tout poil. Delors y avait fait entrer l'Espagne et le Portugal (1986) et mis en œuvre la fameuse intégration européenne de la Grèce dont on a vu les résultats(acquise depuis 1981) ; tout le monde savait qu'elle était frauduleuse, puisque ses comptes, vendus à prix d'or par Goldman-Sachs, étaient totalement falsifiés. Le folklore grec a immortalisé le nom même de Jacques Delors par la tradition des "paquets Delors" (le «  paquet Delors I  » de février 1988 visait, à l'origine, à financer les mesures d’accompagnement du marché unique) ; les milliards donnés par l'Europe, qui arrivaient en Grèce, en repartaient aussitôt pour les paradis fiscaux, la Suisse en particulier 

Bref, Jacques Delors, entre 1985 et fin 1994, a été l'initiateur et le propagandiste de l'incessant élargissement, démentiel et irréfléchi, de l'Europe dont nous payons toutes les conséquences aujourd'hui dans l'Est (avec les PECO ou les Etats baltes) comme dans le Sud (avec les pitreries de l'intégration européenne de Chypre ou de Malte ! On attend encore avec impatience celle du Vatican qui ne serait pas la pire). Notre malheur n'est sans doute pas fini puisque la grande négociation actuelle, on le sait, est celle de l'entrée de l'Ukraine qui a donné toutes les garanties du côté de la démocratie qu'on exigeait préalablement d'elle, avec l'affaire Timochenko! Le problème n'est d'ailleurs pas seulement là, car l'Ukraine n'est pas Malte et ses 46 millions d'habitants nous préparent des lendemains qui chantent et les Ukrainiens  vont sans doute, pour partie, venir s'ajouter au déferlement oriental. Nous sommes d'autant moins sortis de l'auberge européenne que c'est aussi à ce bon Monsieur Delors que nous devons l'espace Schengen dont nous subissons aujourd'hui toutes les conséquences.

Sur un autre plan, l'Europe, de façon plus ou moins directe, est devenue une sorte de maison de retraite spirituelle pour ceux qui rêvent, comme Giscard et Delors bien entendu au premier chef, de la gloire des Jean Monnet et Robert Schuman ; ils songent même désormais au Panthéon, même s'il est trop tard pour eux de songer à changer de sexe pour passer devant les autres ! L'Europe est une sinécure pour certains autres, beaucoup plus jeunes et assez malins qui pour s'en faire une, comme ce brave Romano Prodi, grand apôtre actuel de l'intégration de l'Ukraine mais qui, il faut bien le dire, est un bambin à côté des deux autres avec ses 75 ans. C'est sans doute ce qui lui permet de jouer à la fois la carte du Sahel (avec l'ONU) et celle de l'Ukraine (du côté de l'UE).

Le plus remarquable de tout cela est que ces bons vieillards semblent vivre davantage dans le passé que dans le présent et moins encore dans l'avenir, ce que l'on comprend ; le principal mérite de l'UE aux yeux de Giscard est qu'elle « a rétabli la paix sur notre continent », ce qui est, pour le moins, faire bon marché de feue la Yougoslavie ; quand on lui fait observer que les Européens "n'aiment pas l'Europe", ce qui est bien normal après tout puisqu'elle apparaît sans cesse comme un cerbère sourcilleux et tatillon, plus préoccupé de l'épaisseur des tranches de mortadelle ou du pourcentage de cacao dans le chocolat que de l'harmonisation des régimes fiscaux ou sociaux des Etats membres, il n'en croit rien, car il n'en retire, lui, que des bienfaits, des invitations et des honneurs ! Il persiste donc à croire, contre toutes les évidences, que la majorité des Européens est aussi optimiste que lui.

Quant à Jacques Delors (ce syndicaliste de gauche farouche qui mettait sa petite Martine à l'école au « Collège privé Notre-Dame-des-Oiseaux », rue Michel Ange), il persiste dans ses contradictions et ses utopies, mais je pense que ses économies comme ses retraites, diverses et multiples, le mettent à l'abri des calamités financières qui frappent la majorité des pauvres Européens. En tout cas, il est clair qu'il n'a aucune conscience des sottises qu'il a pu commettre et du caractère fâcheux de leurs conséquences que nous subissons chaque jour.

Apparemment à Bruxelles, on leur a épargné les tomates et les oeufs punais qu'on pouvait craindre et qu'ils méritaient. Ils ont pu, une dernière fois peut-être, jouir avec délices de tous les honneurs, descendre de leur limousine, se faire tirer le portrait (on prépare les "nécros"), signer des autographes et serrer des louches. Heureux vieillards !
 Les choses seront sans doute moins gaies pour ces nonagénaires, grands admirateurs d'une Europe dont ils se jugent les pères fondateurs, alors que les élections qui se profilent pour le printemps amèneront sans doute au parlement de Strasbourg une majorité d'anti-européens ; la chose leur pend au nez mais ils ne le voient pas, car ils ne sont pas plus clairvoyants aujourd'hui qu'ils ne l'ont été dans le passé.

mardi 19 février 2013

Ecole 2013 : François Hollande en Grèce


Vu et la nature du propos et son urgence, on me pardonnera moins d'interrompre ma série sur l'école et l'éducation, mais d'y inclure, subrepticement et avec un peu de mauvaise foi j'en conviens, un sujet mais qui au fond peut tout à fait s'y inscrire car la diplomatie prend ici les couleurs de l'éducation (internationale pour le coup)..

Je crains de vous avoir déjà servi une formule qui illustre aussi admirablement les sciences de l'éducation et, désormais, la nouvelle diplomatie française : « Ce qu'on sait faire, on le fait ; ce qu'on ne sait pas faire, on l'enseigne ! ».

"Omnibus rebus relictis" (Toutes affaires cessantes) comme disait Jules César, suite à une information du matin, je délaisse, en apparence plus qu'en réalité, l'école pour les ambassades.

J'ai appris ce matin, en effet, que notre Président de la République était en Grèce, en voyage très officiel, pour transmettre aux pauvres Hellènes notre science et notre art, consommés et réputés, de concevoir et de mettre en œuvre une administration efficace.

Être encore, paresseusement, dans mon lit au lieu d'être devant mon ordinateur sur ma chaise m'a évité de tomber de cette dernière à pareille nouvelle ! MDR comme on dit désormais. Je ne sais pas si, dans une telle situation, notre Président se laissera tenter par quelque plaisanterie sur le sujet, comme il l'a fait récemment à propos de la future élection papale, en disant que nous ne présenterions pas de candidat.

Les hasards de l'information ont fait que, dans l'instant suivant, le piquant de la situation a été illustré par l'annonce que Monsieur Pfimlin, directeur de France Télévision, avait été fermement invité à réduire ses dépenses dans la mesure où sa société était, une fois de plus, en déficit, détail sans doute relevé par la Cour des Comptes qui vient de rendre un rapport qui, comme toujours, est le succès médiatico-comique de l'année.

Cette vénérable institution, qui comporte plus de 400 agents (dont 210 magistrats), ne "sanctionne" rien, car elle ne juge que les "comptes" et non les "comptables" (dont l'activité relève de la Cour de discipline budgétaire) ; elle rend un rapport général annuel qui n'a donc en fait d'autre effet que de fournir une matière, généralement amusante, souvent paradoxale, à notre presse nationale qui est en si mauvais état qu'il faut la subventionner à coups de milliards lorsqu'elle est écrite ou la financer intégralement lorsqu'elle est audiovisuelle !

Le dernier PDG de France Télévision, Monsieur Patrick de Carolis avait reçu déjà en son temps, il y des années, la même instruction ; bien loin de la mettre en œuvre, il avait au contraire, comme tout un chacun et partout, augmenté un personnel déjç hyper-pléthorique, qu'il avait pour mission de réduire! Rappelons au passage peut-être, à l'intention spéciale des médias audiovisuels grecs qui sont invités à suivre notre modèle, que France Télévision, qui comporte plusieurs dizaines de sociétés (de 40 à 50 mais leur nombre total est inconnu); emploie "environ" 11 000 personnes, l'incertitude du nombre, tenant comme celle du nombre des sociétés, à l'éclatante et exemplaire rigueur de notre administration.

Monsieur Pfimlin est invité, en particulier, à réduire le nombre des personnes qui "travaillent" (Dieu seul sait à quoi !) dans les différents journaux télévisés. Naguère le JT de France3 à 23 heures, peu regardé, "mettait en œuvre" plusieurs centaines de personnes ; je n'ose avancer le chiffre, faute de m'en souvenir de façon précise, mais il était évidemment totalement abracadabrantesque.

Je m'interroge toujours d'ailleurs, surtout depuis qu'il y a des chaînes d'information continue où n'officient, en général, que deux journalistes (un homme et une femme pour la parité), sur l'utilité, dans les journaux télévisés de France Télévision, de faire appel, pour chaque JT, à une douzaine voire plus de prétendus journalistes spécialisés (Tu parles!) pour des interventions de quelques secondes, consistant dans la lecture ou la paraphrase des dépêches d'agences, ce qui est également la tâche eseentielle de l'animatrice ou de l'animateur principal.

Au fond, cette visite du Président pourrait être fort utile car notre administration illustre parfaitement .... tout ce qu'il ne faut pas faire!

 

 

mardi 29 mai 2012

"Lagarde ne meurt pas mais se rend"

Ce titre, un peu sibyllin au départ, verra son sens s'éclairer dans la suite ; peut-être celui que j'ai écarté ( "Titine au Niger") eût-il été préférable ?

Mme Christine Lagarde, qui, dans un mouvement inverse du parcours de son prédécesseur, avait fort opportunément quitté son ministère pour le FMI, ce qui avait évité qu'on s'intéressât de trop près à quelques affaires, retrouve aujourd'hui la vedette dans les médias par une déclaration inattendue à propos de la Grèce qui rapproche cet Etat du Niger!

Je ne dirais qu'un mot de la Grèce sur laquelle on dit tout de même beaucoup de sottises, car j'ai déjà écrit quelques blogs à propos de cet État dont l'un s'intitulait, me semble-t-il, "La Grèce : mythe de Sisyphe ou tonneau des Danaïdes". Si la Grèce a été le dixième Etat-membre à adhérer à la Communauté européenne en 1981, cette adhésion a été acquise au terme d'un processus d'une vingtaine d'années, car on savait parfaitement déjà que la Grèce était très loin de présenter un état économique susceptible d'être aisément compatible avec le fonctionnement qu'on envisageait pour l'Europe, ce dont les politiques se souciaient fort peu. Ne pourrait-on leur réclamer des comptes?

En Grèce même, cette adhésion à l'Europe fut loin de faire l'unanimité ; on sait comment la Grèce, au su et au vu de tous, paya des centaines de millions la savante falsification de ses comptes publics! Toutefois, les fonds de la politique agricole commune et les "paquets Delors" emportèrent les réticences par les masses d'argent qu'elles firent se déverser sur le pays, avant qu'elles filent pour une bonne part vers la Suisse et les paradis fiscaux. Ces largesses, aussi folles qu'incontrôlées, ont sans doute contribué à faire passer la gauche grecque d'une opposition vigoureuse à la communauté européenne a une approbation quasi totale.

Toutefois mon propos hellénique se situe ailleurs et il prend quelque peu le contre-pied de ce que dit Mme Lagarde à propos de la fiscalité grecque qu'elle semble mal connaître. Contrairement à ce qu'elle affirme, en effet, les impôts représentent une partie non négligeable du budget grec (les prélèvements fiscaux constituent à peu près 40% du PIB), surtout du fait que, pour toute la fonction publique grecque, le recouvrement de l'impôt ne pose pas problème puisqu'il s'opère à la source ! Le désastre financier tient donc surtout à l'énormité des remboursements d'intérêts de la dette, même si l'on ne peut nier, par ailleurs, que sur bien des plans le système administratif grec laisse à désirer.

Toutefois ce qui est le plus inattendu dans cette affaire est le rapprochement avec le Niger dont on se demande ce qu'il vient faire dans cette galère.

Cette référence ne tient, à mon sens, qu'au seul fait que l'Afrique a été pour la directrice générale du FMI une expérience nouvelle quoiqu'indispensable. Mme Lagarde s'est rendue à Niamey en décembre 2011 pour une mission officielle et, selon ses dires, elle serait même allée (et je la cite) " dans un petit village du Niger".

Je doute un peu de l'escapade dans le désert pour la visite d'un "petit village", surtout pour une raison que je vous donnerai dans la suite, mais aussi sur un plan plus général. Je vois mal le gouvernement du Niger, vu la situation locale actuelle et les grands risques d'attentats, laisser la directrice générale du FMI, dont tout le monde connaît la présence à Niamey, aller se promener dans le désert pour y visiter ce petit village! J'en suis d'autant plus convaincu que je suis allé moi-même au Niger fin septembre 2011 et que j'ai pu voir quelles précautions sont prises en pareil cas, pour le plus menu fretin.

Toutefois mon scepticisme se fonde sur un autre détail qu'elle mentionne dans son intervention. Je cite exactement : "Je pense plus aux petits enfants d'une école d'un petit village du Niger qui ont classe deux heures par jour, en partageant une chaise à trois."

Je veux bien croire à l'affaire des deux heures par jour si Mme Lagarde a visité une classe où régnait le système de la double, voire de la triple vacation (le même maître, dans la journée, fait deux voire trois classes). Pas la peine, chère Madame Lagarde, d'aller au fond du Niger, au risque de vous faire enlever ou assassiner puisque c'est là une grande idée de vos amis et voisins de la Banque mondiale, qui siègent tout près de vous au bord du Potomac !

Au reste, ce n'est pas très grave car tout le monde sait qu'on n'apprend pas grand chose dans ce genre d'école (et, au fait dans quelle langue ? Avez -vous parlé avec les maîtres dans l'école de ce petit village ? En français ? En zarma ? En haoussa ?).

En revanche, je ne crois pas un instant que les élèves nigériens d'un "petit village" soient " assis à trois sur une chaise" pour la simple et bonne raison que, dans les classes d'un petit village du Niger, IL N'Y A JAMAIS DE CHAISES !  Si vous dites vrai, la seule hypothèse qu'on puisse faire et qui en la circonstance, n'est pas impossible, est que la veille (en ville et non dans un village) en prévision de la visite de la grande dame blanche, on ait récupéré, ici ou là, quelques chaises pour l'éblouir de ce luxe pédagogique inouï. Une telle pratique est assez courante, en pareil cas, pour qu'on puisse envisager qu'elle ait eu lieu.

En revanche dans les classes du Niger que j'ai pu voir, je n'ai vu que des bancs ou des tables-bancs antiques où les élèves étaient assis à trois ou quatre au lieu de deux, mais la pratique la plus courante, de très loin, est que les élèves soient assis PAR TERRE et écrivent soit par terre aussi, soit en prenant appui sur le dos de l'élève assis devant.

Il a paru sans doute de bon ton à Madame Lagarde de faire cette référence à l'Afrique pour faire état de sa connaissance des terrains du Sud mais, faite à propos de la Grèce, elle ne me paraît pas très opportune . Elle l'a reconnu elle-même dans la suite ("La garde ne meurt pas mais se rend à l'évidence") et à ce seul égard.

Pour moi, je déplore surtout qu'elle soit si manifestement fausse.

vendredi 16 septembre 2011

Delors en Barre ou de l'or en barres?

Devant la succession infernale des malheurs qui nous accablent au sein de la communauté européenne, il y a des mois que je médite de faire un blog sur Jacques Delors qui est la figure symbolique et majeure de ces eurocrates irresponsables qu'on n'entend plus guère aujourd'hui alors qu'ils nous ont bassiné, des décennies durant, avec des projets et des structures absurdes dont nous allons payer le prix !

Delors, un singulier individu dont je ne me suis jamais expliqué le parcours et la fortune et moins encore le succès d'estime dont il a souvent bénéficié. D'aucuns voulaient même en faire notre Premier Ministre (l'ex-employé de banque aurait succédé alors au meilleur économiste de France. "Delors en Barre" en quelque sorte !) puis, dans la suite, le président de la République; il eut alors, quant à lui, la sagesse de ne pas se décider à se porter candidat ; l'aurait-il fait que je suis intimement convaincu que, selon une application particulière du principe de Peter, il n'aurait pas été pire que l'autre. N'importe qui, en effet, peut faire l'affaire dans ce genre de fonction comme l'histoire, ancienne ou récente, nous le montre assez. On a bien eu ainsi à la tête des États-Unis un marchand de chemises (Truman), un militaire borné (Eisenhower), un acteur pour séries B (Reagan), un planteur de cacahuètes (Carter) et quelques obsédés sexuels dont les plus notables sont Kennedy et Clinton. Dans une "copropriété horizontale" où j'ai habité autrefois, je proposais régulièrement de mettre à la tête de notre "syndicat" le concierge de la résidence. Je n'ai jamais été suivi dans ces propositions successives mais demeure convaincu qu'avec lui les choses n'en seraient pas allé plus mal pour autant!

Jacques Delors, et c'est tout un programme, était un employé de banque et un syndicaliste qui avait mis sa fille Martine aux Oiseaux (ce qui est tout un programme!) ; nous en subissons aujourd'hui, 40 ans plus tard, les conséquences et peut-être n’est-ce pas fini ! Après tout, si singulier que soit un tel choix, la chose relevait de sa vie personnelle et je ne lui en ferai pas grief.

Il en est tout autrement pour ce qui est de l'Europe, où il a mené durant une dizaine d'années, une politique absurdement irréaliste qui est, pour une bonne part, à l'origine de la plupart des problèmes qui sont les nôtres. Il y a longtemps que je pensais à en parler dans un blog mais je ne voulais pas troubler la quiétude probable de ce quasi nonagénaire.

Mais le voilà qui ramène sa fraise, interrompant un moment leur probable sucrage, pour réapparaître dans la presse, donner à nouveau des leçons (son sport favori) et critiquer les positions de Mme Lagarde dans une crise financière qui est, pour une bonne part, issue des choix désastreux qu'il a lui-même faits et imposés en faveur d’une politique européenne absurde dont nous commençons à payer aujourd'hui les conséquences.

La meilleure illustration de cet aspect tient à la Grèce qui, sauf erreur de ma part, est entrée dans l'Europe en 1981, donc avant qu'il soit à la tête des affaires, mais qui illustre, de la façon la plus calamiteuse, la politique était déjà la sienne et qui le fut plus encore quand il accéda aux plus hautes responsabilités.

Rêvant sans doute d'être le Jean Monnet ou le Robert Schumann de son époque, il a poussé à fond dans le sens de l'élargissement de l'Europe sans prendre les plus élémentaires précautions quant à l'harmonisation des régimes économiques, fiscaux et sociaux des différents Etats qu'on faisait entrer dans l'Union européenne par fournées ni à la réalité et à la fiabilité des indicateurs économiques qui fondaient leurs demandes. Les premiers problèmes auxquels nous ayons été confrontés sont ceux de la Grèce tout simplement parce que la Grèce a été un des premiers Etats qu'on a fait entrer dans l'Union européenne alors qu'elle était manifestement l’un de ceux qu'il n’aurait jamais fallu accepter vu ses modes de fonctionnement et de non-gestion permanente et généralisée. La falsification des comptes par l'État grec était connue de tous… sauf de Delors et de ses affidés. Les Grecs, plus malins ne s’y sont pas trompés et Delors est devenu en Grèce l'image tutélaire et iconique d’une communauté européenne qu’on s’employait à gruger joyeusement.

Petit rappel de quelques faits qui illustrent le rôle et la responsabilité de J. Delors.

Février 1988 : le Conseil européen de Bruxelles adopte le « Paquet Delors I » visant à financer les mesures d’accompagnement du marché unique : réforme de la PAC, financement de la politique de cohésion économique et sociale. A l'époque de ce premier "paquet Delors", de 1989 à 1995, la Grèce reçoit 8,605 milliards d'écus ; lors du 2ème "paquet Delors" (1994-1999), elle perçoit, en moyenne, 500 milliards de drachmes par an, auxquels s'ajoutent, pour la même période, 3 milliards d'écus au titre du Fonds de cohésion. Ces masses d'argent européen ne sont pas perdues pour tout le monde.

Comme les Grecs ne manquent pas d'humour, on reprend le terme européen "officiel" hellénisé de « Paketo Delors » dans des blagues : "Paketo", c'est l'emballage spécial que l'on réclame à la vendeuse, en précisant "C'est pour offrir". Autre plaisanterie de nature différente. On use de l'expression "paketo Delors" pour désigner les colis de billets, provenant des subventions européennes, qu’on envoie à l'étranger, dans les paradis fiscaux et en particulier en Suisse ; il y a , actuellement, dans ce seul pays, 200 milliards d'euros d'avoirs grecs qui datent de cette heureuse époque et sont un magot inattendu pour un Etat en faillite. Une telle dérision était la preuve et le symbole de la stupidité des eurocrates de Bruxelles qui, sur la foi de faux bilans manifestes et sans aucun contrôle, ont, dix années durant, couvert la Grèce d'aides et de subventions en tout genre.

La plupart de ceux qui déplorent actuellement les vicissitudes de l'Europe sont, en réalité, les initiateurs, les artisans et les complices de la création de cet état de fait, mais ils n'en éprouvent apparemment aucun remords ; ils ont même le front de continuer à parader voire à donner des conseils, comme s’ils n’y étaient pour rien et surtout sans que nul ne s'avise de le leur faire remarquer et de les mettre directement en cause.

Si les choses étaient gérées avec un peu de logique et de rigueur, il faudrait, pour payer une partie des dettes issues des malversations et des falsifications de la Grèce, saisir les biens de tous ces artisans de l'usine à gaz de l'UE ainsi que leurs retraites, probablement fort copieuses vu les salaires royaux qu'ils s'attribuaient et dont ils bénéficient, au terme de carrières calamiteuses. R. Barre confiait qu'il était mieux payé par l'Europe comme Commissaire que par la France comme Premier Ministre ( De l'or en barres!). Certes cela ne suffirait pas à combler le « barathre » (du grec « barathron », gouffre) de la dette grecque, mais constituerait au moins une satisfaction morale et un juste retour des choses.

mercredi 14 septembre 2011

Euro ou écu ?

Je viens d'arrêter France 5 où je regardais l'émission de Calvi (j'en oublie toujours le titre "C plus clair " ou "C dans l'air"), avec ses sempiternels invités "politiques" ou "sondeurs" qui répètent d'émission en émission les mêmes insipides propos. La seule différence est qu'aujourd'hui si Pascal Perrineau avait, comme d'habitude, son impeccable rinçage blanc et son brushing de rêve, il avait oublié son tube de rouge à lèvres à la maison et perdu par là une partie de sa séduction. Bref, vous aurez compris que j'en ai marre de ce genre de commentaires sur la future élection présidentielle que nous allons devoir subir le temps d'une grossesse, même si seule la gésine en sera drôle. Il faut bien que ces gens vivent m'opposerez-vous. Je vous répondrai comme Talleyrand que je n'en vois pas la nécessité!

La seule vraie et utile réforme qu'il faudrait faire dans la démocratie française (bien entendu on ne la fera jamais) consisterait à considérer enfin le vote blanc comme un suffrage exprimé. Il n'y aurait évidemment pas de meilleur moyen de ramener Marine Le Pen et le Front National a des pourcentages raisonnables, surtout dans un contexte où la gauche (avec ses H.D..., ses G... et consorts) comme la droite (avec ses rétro-commissions, ses valises et ses tam-tams de billets) apparaissent comme des repères de repris de justice, passés ou à venir.

Je ne sais lequel de ces experts invités par Calvi a lié le sort futur de Marine Le Pen à la position qu'elle a prise sur l'euro. Ce fin connaisseur de la politique française, habituellement un peu mieux inspiré, en concluait que, si nous sortions vainqueurs (ou du moins vivants) de la crise de l'euro, elle y laisserait des plumes électorales, tandis qu'elle grimperait dans les sondages et les pourcentages de vote ensuite, si nous ne parvenions pas à sortir de ce marasme monétaire.

Pas besoin d'être grand clerc ni économiste (faut-il préciser que je ne suis l'un ni l'autre) pour voir ou du moins imaginer ce qui va se passer, même si nul ne veut le voir ou, en tout cas, oser le dire.

Les experts nous ont expliqué, en long en large et en travers, depuis des mois, que la Grèce ne peut sortir de l'euro que de son propre chef et à sa seule initiative, à moins de modifier les textes statutaires, ce qui ne pourrait d'ailleurs se faire qu'avec l'accord de la Grèce elle-même en raison de la stupide règle de l'unanimité. Comme il est peu probable que les Grecs soient assez stupides et aveugles pour choisir de sortir de l'UE et/ou de l'euro, il va falloir changer les règles du jeu, en douce et sous la table.

Si je puis me permettre un conseil aux autorités européennes (toujours gratuit comme tous ceux d'Usbek Consulting and Co) qui ont la charge de la chose, la seule solution élégante serait de glisser, par quelques subterfuges et aménagements sournois, de l'euro monnaie unique à l'euro monnaie commune, ce que j'ai exprimé par le titre de ce blog "de l'euro a l'écu".

Toute l'histoire des changements récents de l'Europe, du remplacement de l'écu, monnaie commune, par l'euro, monnaie unique, au brutal et inconsidéré passage à 27 de la communauté européenne, témoigne du total et stupide aveuglement de nos dirigeants. Ils sont assez impudents pour découvrir désormais tous les inconvénients, voire les apories, d'un système qu'ils ont eux-mêmes créé, souvent contre les peuples eux-mêmes, ce qu'a démontré le sort fait au référendum.

Un glissement subreptice et un retour de la "monnaie unique ("euro") à la "monnaie commune" ("écu", baptisé "nouvel euro"... comme le "nouvel Omo" cher à Coluche) devrait leur permettre de sauver la face, au moins aux yeux des aveugles. En revenant à une définition de l'euro par un "panier de monnaies", on pourrait rendre sa liberté à la drachme grecque tout en laissant les Grecs dans l'UE. Il y a là une parfaite mauvaise foi bien entendu, mais si la politique bannissait la mauvaise foi il n'y aurait plus de politique !