Messages les plus consultés

Affichage des articles dont le libellé est télévision. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est télévision. Afficher tous les articles

lundi 10 mars 2014

De Kiev à Courchevel


Si nulles que soient nos télévisions françaises (loin de tomber néanmoins au (ca)niveau de nos radios), à quelques rares exceptions près, comme Arte, la Chaîne parlementaire et parfois la Cinq, elles peuvent parfois, contre toute attente, nous réserver des surprises en présentant un intérêt imprévu.

Ayant comme beaucoup d'hommes, paraît-il, la manie du zapping, j’ai fait hier soir, dimanche 9 mars 2014, vers 22 heures 15, une brève escale sur la Six où l’un des « sujets » de « Capital » était consacré aux affaires hôtelières et immobilières de Courchevel.

Tout cela était assez curieux et intéressant non par le sujet lui-même, mais par des à-côtés sans doute insoupçonnés des auteurs du film.

On s’y employait, d’abord et surtout, à faire rêver le petit peuple de France devant des aménagements hôteliers souvent aussi hideux qu’inutiles ou même dangereux, comme cette télévision derrière le miroir sans doute sans tain de la salle de bains. Ce doit être là le plus sûr moyen de vous taillader la gueule en vous rasant, à moins qu’un barbier, debout derrière vous,  ne se charge de la chose, mais il pourrait le faire plus commodément, si vous étiez assis dans votre salon, mais enfin…

Tout cela répétait, ad nauseam, ce qu’on a déjà vu cent fois dans ce genre de productions, la seule différence tenant au soleil ou à la neige, selon les temps et les lieux.

Un aspect un peu inattendu était d’ordre immobilier. On a voulu, en effet, mettre du sucre sur le miel, en encourageant la construction de chalets-hôtels, de plus en plus vastes, de 1000 à 6000 mètres carrés habitables, pour de richissimes clients individuels. La municipalité de Courchevel, dans ce but, a donc supprimé la limitation de surface des habitations nouvelles, ce qui a engendré une conséquence inattendue. En effet la surface au sol de la commune de Courchevel n'étant pas elle-même extensible à l'infini, on a commencé à étendre la surface de ces chalets dans des sous-sols. Ainsi, le plus grand d'entre eux est actuellement un chalet de sept étages, dont une bonne partie est inévitablement souterraine, la pente naturelle de l'endroit donnant, toutefois, sur l'arrière du chalet, un accès libre. Les milliardaires qui louent, à prix d’or, ces chalets ne doivent pas être prévenus que, pour une bonne partie de leur séjour, ils seront réduits à la condition de troglodytes ! Je dois dire que, sur ce point l’infortune à venir de ces nouveaux hommes des cavernes ne m’a que faiblement ému et c'est un autre aspect de cette question que je souhaiterais aborder ici.

En effet, et en cela l’affaire de Courchevel illustre admirablement la gestion sociale et économique « à la française », dont le premier trait est de ne pas voir plus loin que le bout de son nez. En effet, la recherche d’une clientèle, peu nombreuse et peu présente, quoique richissime, a naturellement plombé l’économie globale de la station dans son ensemble, comme nos niches et nos fraudes fiscales, si favorables aux puissants amis du pouvoir, ont creusé vertigineusement notre dette et ruiné notre économie nationale ! A Courchevel, l’encouragement systématique de l’enrichissement de quelques-uns, via la spéculation immobilière et quelques commerces de luxe, a plombé la fréquentation des piste (10% par an de moins à la louche) et, de ce fait, l’économie globale de la commune. Pour pousser plus loin la comparaison avec le gouvernement de la France, on a même fait voter tout ça par le conseil municipal, sans doute quelque peu myope comme notre bon peuple de France !

Le point intéressant à mes yeux dans le contexte actuel est que la clientèle de ces immenses chalets et de ces restaurants de super-luxe est majoritairement … ukrainienne (au moins trois groupes ou familles parmi les rares clients qu’il nous a été donné de voir) ou grecque ! 

Cela montre toutefois que l'Europe est non seulement bonne fille (on le savait déjà), mais qu’elle entoure de beaucoup de discrétion ses œuvres sociales ; les 16 milliards d’euros que nous finirons bien donner à l'Ukraine à la place de Poutine seront donc bien utilisés ; après tout, Courchevel n'est pas si loin de la Suisse et en apportant leurs valises de billets à Genève, Ukrainien et Grecs pourront faire une petite halte à Courchevel. Il faudra naturellement qu'ils n’y déposent pas tout car les tarifs proposés à nos hôtes assistés sont tout sauf modestes. La semaine de location dans l'un des plus petits chalets disponibles coûte entre 150 000 et 300 000 € ; dans les restaurants, que sont invités à fréquenter nos amis ukrainiens, si j'ai bien retenu les chiffres, le menu touristique qu'on leur propose est à 320 € par personne (les tickets restaurant n’y sont pas utilisables ! Bref, à la louche pour une petite famille, une petite semaine et un petit chalet, comptez un million d’euros (le forfait de remontées mécaniques est gratuit mais on peut toutefois aussi amener son Russe avec soi pour se faire remonter à dos d’homme).

Je me suis souvent exprimé dans des billets sur les subventions des « paquets Delors » de la Grèce (faute de connaître assez l’ukrainien, je ne sais quel sera le néologisme local), mais ces milliards doivent être avoir été dépensés ou planqués depuis longtemps, et, en Grèce, on ne peut plus guère compter que sur les armateurs et les popes ! Il nous reste toutefois l'Ukraine et apparemment la connexion est déjà bien établie.

Nous devons toutefois nous consoler car, grâce à Courchevel,  après tout, une partie des milliards d'euros retombera dans l'escarcelle française, du moins peut-on supposer mais pas nécessairement dans celle de la nation. En revanche, toutes ces négociations sur l'Ukraine,  qui ne vont pas manquer se dérouler, dans les mois et les années qui viennent, doivent impérativement se tenir à Courchevel. Pourquoi dépayser ces pauvres Ukrainiens (mais aussi les Russes, tout aussi familiers du lieu) en les faisant se déplacer à Bruxelles (dans le « plat pays » !) , alors qu'ils semblent tant apprécier Courchevel et ses cimes et qu'ils l’apprécieraient encore davantage si le séjour leur y était offert ?

lundi 24 juin 2013

Information : BMC ou chiens écrasés?


D'aucuns s'inquiètent, ici même, sur le sort des sciences humaines et sociales (dans le jargon universitaire SHS) au sein de la recherche française ; aucune raison  à cela puisqu'une chercheuse (ou "chercheure" à la mode québécoise) au Laboratoire Communication et Politique du CNRS (LP 3255-20), auteur d'une thèse intitulée "Le fait divers à la télévision française (1950-2006)", Claire Sécail vient de publier un ouvrage, apparemment tiré de cette thèse, même s'il s'intitule Le crime à l'écran, avec un titre quelque peu racoleur ; après tout il faut bien vivre, vu la modeste rémunération que perçoit une chargée de recherche au CNRS.

Je n'ai évidemment lu ni la thèse ni le livre et je n'ai pas la moindre intention de le faire, car je me suis déjà forgé mon opinion à ce propos, et cela depuis bien longtemps.

Si j'ai bien compris ses interviews de promo, cette chercheu(s/r)e ne partage pas le point de vue de P. Bourdieu qui considérait, non sans bon sens, que, surtout dans l'information, « les faits divers sont une diversion » ; j'ai personnellement une interprétation, un peu complémentaire à celle de Bourdieu, qui est que la plupart des journalistes, surtout dans nos médias audiovisuels, sont enclins à parler d'à peu près n'importe quoi... sauf de ce que l'on attend d'eux mais qui supposerait, de leur part, un minimum de travail d'information et même parfois de connaissances, voire de culture.

Si j'ai bien lu les propos qu'on prête à C. Sécail, les années 70 marqueraient l'apparition du fait divers à la télé (encore toute récente) et traduiraient une libération de la parole dans la société ; évolution post soixante-huitarde en somme, comme le porno au cinéma ! Toujours selon les propos qu'on lui prête, c'est à partir des années 80 qu'on assiste à un nouveau basculement, le fait divers prenant la première place dans les journaux télévisés. Ce succès s'expliquerait, à l'en croire, dans la mesure où le téléspectateur se sent proche affectivement de l'événement. (Ben voyons ! Qui n'a pas quelques débris humains ou un ou deux bébés dans son congélateur ?). Une telle rubrique serait donc « très démocratique » ; selon C. Sécail, c'est au début des années 2000 que le genre conquiert ses lettres de noblesse avec l'émission de France2 "Faites entrer l'accusé" de Christophe Hondelatte.

On a compris que je suis en assez large désaccord avec ces points de vue, mais l'évocation de cette dernière émission me rappelle que j'ai écrit à son propos un blog en mai 2008 publié dans le Nouvel Obs.com sous le titre « D'Albert Londres à Jacques Pradel : Nelson Montfort et Christophe Hondelatte". J'ai pris la peine de le rechercher et je vous en livre donc ici la seconde partie qui résume assez brièvement et opportunément mon point de vue sur cette question et sur cette émission.

"C’est ainsi qu’il [Hondelatte] nous a proposé (j’allais dire « infligé ») dans "Faites entrer l’accusé" "Nathalie Le Sckrill l’étrangleuse". Le problème, avec ce genre d’émission et les moyens dont elle dispose, est qu’on n’a rigoureusement rien à y montrer, pas même « l’étrangleuse » en question, qui, ayant, comme on dit, « refait sa vie », n’aucune envie de se faire voir à la télé. Que reste-t-il à Hondelatte ? Force lui est de se contenter d’une pauvre rouquine de juge d’instruction qui, quoique ayant investi chez le coiffeur et l’esthéticienne, n’a pas grand chose à montrer non plus et moins encore à dire.

Il est, en effet, clair aux yeux de tous, sauf de la police, que Nathalie, en instance de divorce, a trucidé son mari, qui a soudain disparu après une dispute avec elle. Le seul problème est qu’on ne trouve pas le corps, qu’on ne cherche d’ailleurs pas. Il sera découvert, dans un bois proche où il avait été simplement jeté, sans autre forme de dissimulation. Les faits se passent en hiver, sans quoi promeneurs, chasseurs ou ramasseurs de champignons l’auraient tout de suite trouvé.

Il n’y a donc rien à dire sur cette affaire et pour meubler l’heure que dure hélas l’émission, il faut interminablement faire causer, sur rien du tout, l’insipide juge d’instruction rouquine (qui nous sort, tout de même, quelques plaisantes bourdes du style « des questions acérées » qu’elle entend poser et même, mais peut-être ai-je mal entendu, les airs de « matra [sic] dolorosa » que prenait parfois Nathalie). Les deux gendarmes, dont c’est assurément l’heure de gloire, rasés de près et sortant, eux aussi, de chez le coiffeur, ont beau arborer leurs plus beaux atours militaires, avec des chemises pourvues de tous les plis réglementaires, on s’ennuie ferme.

Toutefois, les deux vraies vedettes de l’émission sont une chaise d’écolier qui, dans la sémiotique hondelattienne, symbolise, dans des plans successifs, les interrogatoires et une antique machine à écrire verte (les faits se passent en 1994), modèle Olivetti 1965, qui figure, elle, à peu de frais, les déclarations contradictoires, puis les aveux de l’accusée. Quand Nathalie se dérobe, on a de longs plans fixes de la machine posée sur le bureau ; en revanche, quand elle parle ou avoue, une main invisible tape et nous avons droit à des plans rapprochés, encore plus long, de cette même machine mais « en action ». On est clairement ici à mi-chemin entre l’expressionnisme post-pictural chromatique et le pop-art. Un grand moment de cinéma en somme, mais un peu trop décalé !

Pour pareil sujet, France 2 n’a toutefois pas donné à Hondelatte les moyens de ses ambitions et l'opportunité de nous faire du Maupassant ou du Zola, avec des comédiens et une vraie reconstitution des faits. Dommage, car le mari étranglé étant un jockey et Nathalie l'étrangleuse étant, comme lui, « de petite taille », on aurait pu faire un intéressant « Nathalie, ange et démon » avec Passepartout comme mari et Mimi Mathy dans le rôle titre (quoiqu'elle soit sans doute bien trop chère !). Il n’en est rien hélas et, d’après les informations que j’ai pu avoir, seuls 487 téléspectateurs ont suivi l’émission jusqu’au bout, avec en outre cette restriction que les trois-quarts d’entre eux dormaient sans doute déjà depuis longtemps pour le générique de fin.

Le seul vrai mystère de l’affaire réside dans le fait que « Nathalie l’étrangleuse », condamnée à vingt ans dont treize incompressibles, a été libérée au bout de sept ans!"


En réalité, l'évolution est un peu plus compliquée que ne le dit cette chercheu(r/s)e puisque si la réflexion politique ou géopolitique a, à peu près complètement disparu des JT des principales chaînes, elle y a été remplacée en trente ans par trois sujets, successifs et/ou simultanés : la Bourse, la Météo, et le Crime. Curieusement ou miraculeusement, le sigle qu'on peut tirer des initiales de ces trois noms, BMC, est celui qui désignait autrefois dans l'armée les « bordels militaires de campagne »! Le hasard fait décidément bien les choses!

Sauf sur BFN-TV, la Bourse n'a guère résisté à la crise financière ; la Météo, elle, continue à triompher sur les deux principales chaînes (où les grenouilles d'antan sont remplacées par deux sauterelles sexagénaires qui ne voient pas le (mauvais) temps passer). Quant au Crime, il demeure l'élément majeur de notre paysage audiovisuel, tant par les feuilletons américains qu'on ne cesse d'y programmer au mépris des quotas que par les informations elles-mêmes. S'y ajoutent désormais les multiples documentaires de la TNT ou de la Huit qui rivalisent avec la fiction, mais en se bornant à filmer, des heures durant, des "flics au boulot" qui, ravis de passer à la télé, y miment à plaisir la police scientifique ou les Rambos des séries américaines. Bref, à la télé française, BMC à tous les étages !

Dire que l'envahissement de nos écrans par le fait divers, criminel de préférence, correspond à une évolution "sociale" est sans doute une ânerie. Le nombre des faits divers traités dans les journaux télévisés a augmenté, en dix ans, de près de 73 % alors que la criminalité n'a fort heureusement pas marqué la même augmentation de volume en dépit du match permanent entre la Corse et Marseille (2-1 pour la Corse lors du dernier week-end). Les journaux télévisés du soir en 2012 ont consacré 2062 "sujets" aux faits divers, alors qu'il n'y en avait encore qu'un peu plus de 1000 en 2003 (source INA). C. Sécail, sociologue, ethnologue ou anthropologue (je ne sais pas trop et la dispute sur ces termes reprend !) devrait donc examiner d'un peu plus près les chiffres qui fondent de son raisonnement. Une autre indication intéressante est la comparaison de la part consacrée aux faits divers par les différentes chaînes. Selon les mêmes sources de l'Institut National de l'Audiovisuel, le pourcentage, qui n'est que de 1,1 % pour Arte, monte à 9,4 % pour M6.

Somme toute et après tout, ici comme partout, on a l'information qu'on mérite !

lundi 22 avril 2013

La télé rend con !

"La télé rend con!" ai-je titré ce post, mais c'est là une remarque d'une consternante banalité et que vous avez vous-même faite cent fois, sans la formuler toujours en ces termes.

La chose n'est pas surprenante, quand on constate l'extravagante nullité de la plupart des émissions qu'on y propose et ce n'est assurément pas la multiplication des chaînes qui a arrangé les choses en ce domaine.. Mises à part trois ou quatre chaînes (et vous avez là, une fois de plus, la preuve éclatante de mon indulgence), pour le reste, on peut dire de notre PAF, comme Alceste, "franchement, il est bon à mettre au cabinet".

En réalité, quand je dis que "la télé rend con", je ne fais même pas allusion au spectacle répété de ces bulletins d'information, consacrés aux chiens écrasés et émaillés de fautes de français par des présentateurs aussi incultes qu'ignorants ou aux jeux télévisés, tous plus nuls les uns que les autres, sans même parler de la désormais si populaire et si consternante "télé-réalité" ; cela va de soi mais ce n'est pas tellement à tout cela que je pense, mais bien plutôt aux étranges comportements de ceux et celles que, pour quelque "télé trottoir" à propos de n'importe quoi, on met devant une caméra de télévision en présence d'un prétendu journaliste.

Vous l'aurez sans doute remarqué comme moi, une telle situation engendre des comportements bizarres de la part d'individus qu'on pourrait supposer normaux puisque on est censé les avoir pris au hasard dans la rue. Je me rends bien compte que je m'avance beaucoup en disant "au hasard", car il est infiniment probable que les trois ou quatre spécimens qu'on présente sur les écrans résultent de l'éviction préalable de témoins qui n'ont pas eu le comportement souhaité ou qui ont, plus ou moins poliment, envoyé se faire foutre le journaleux qui prétendait les interviewer.

Ce qui me paraît significatif dans tout cela est plutôt le comportement de ceux et celles qui se laissent filmer et qu'on nous produit ensuite comme témoins d'un événement quelconque. En général, les individus, au lieu de se comporter normalement et, si je prends le cas le plus courant, celui d'un incident de transport (du genre panne de TGV ou de métro) c'est-à-dire d'exprimer, banalement, leur mécontentement voire leur fureur, optent pour une toute autre attitude et visent à donner une image cool et décontractée, avec sourire à la clé et formule aimable, sans doute de façon à donner, dans la suite, une représentation d'eux-mêmes très positive à leur concierge ou à leur boulanger. C'est donc, de toute évidence, la situation même de prises de vues et l'espérance d'un passage à la télé qui conduisent ces gens à adopter une attitude si inattendue et si étrangement stupide, alors qu'il serait parfaitement légitime de leur part d'exprimer un mécontentement que tout semble justifier.

Je pense à tout cela surtout pour avoir, ce matin même, entendu un témoignage de cet acabit à propos des incidents et des retards des TGV sur la ligne Paris-Lyon où comme toujours, la SNCF a laissé en carafe, des heures durant, les passagers de ces trains, sans leur dire quoi que ce soit et sans même les aviser de la réalité de la situation, voire du retard qu'ils allaient devoir subir. Rien à dire car c'est sa pratique habituelle ! Or tout juste si le client interviewé ne se réjouissait pas de l'inattendu délicieux de la situation.

La télévision exploite déjà le téléthon, à quand le "télécon" ?

jeudi 13 décembre 2012

Télé-évangélisme à la française


Je ne sais pas si vous l'avez remarqué, mais avec le nouveau gouvernement et, plus récemment, l'arrivée du froid, le style télé-évangéliste est en train de s'installer en permanence dans nos médias audiovisuels.

Nos journalistes délaissent désormais les crimes et les enlèvements, soit qu'ils ne fassent plus recette, soit qu'ils deviennent plus rares en cette saison (la funèbre comptabilité du match Marseille-Corse des assassinats est en train de se ralentir) au profit de la peinture de la misère humaine et des moyens d'y remédier.

Un ou deux exemples pour expliquer et justifier ce point de vue.

Le gouvernement met-il en place, comme hier, un système qui consiste à jumeler, dans une entreprise petite ou moyenne, un jeune embauché et un senior (pas un vieux!) qu'on décide de ne pas virer vu son âge pour bénéficier de la mesure ; on nous illustre aussitôt la chose, dont le principe est pourtant des plus simples, par un couple de travailleurs en bleu de travail (espérons que ce ne sont pas des comédiens recrutés pour le tournage) comme on illustre le manque de travailleurs du bâtiment par le spectacle attractif d'une petite bande d'ouvriers caucasiens casqués, aussi actifs que joyeux ; je crains, pour le coup, qu'on ait dû recruter pour la circonstance des acteurs "français de souche", car, pour avoir vu, ces derniers temps, divers chantiers de construction ou de travaux publics, je n'y ai guère entendu parler que l'arabe.

Autre cas vu la veille, en cette période de téléthon, on nous montre aussi une jeune institutrice (pardon, professeur des écoles vu son âge) en fauteuil roulant, tout en précisant, au passage, que son état nécessite, dans la classe, la présence d'une autre enseignante ou, en tout cas, d'une aide qui soit en mesure de l'assister dans tous les cas où la chose se révèle nécessaire.

Le SDF redevenant à la mode avec le retour du froid, on nous présente un sujet sur un vigneron, de je ne sais où, qui accueille, loge, nourrit et emploie un jeune SDF qui a eu la chance de figurer dans un précédent reportage. Et chaque jour deux ou trois sujets de la même farine!

Deux remarques adjacentes.

Les "journalistes", payés par milliers à France-Télévision à faire je ne sais quoi, quand on voit leurs prestations (lire durant quelques secondes par jour des dépêches d'agence), versent des larmes de crocodiles sur la misère, alors qu'ils pourraient simplement, pour commencer, renoncer au profit des pauvres à leurs injustifiés et scandaleux avantages fiscaux

À propos des SDF et du soin qu'on prend à les recueillir dans la rue sans même savoir où les mettra, on m'accordera (et ce n'est pas Marius qui me contredira dans son amour de la langue française !) que le terme "maraude" (en usage pour désigner les patrouilles qu'on fait le soir pour recueillir, s'ils en sont d'accord, les SDF qui couchent dans la rue), non seulement est parfaitement impropre, mais est carrément insultant puisque "marauder" signifie "voler" et non pas simplement recueillir.

Tout cela me fait penser à ces journaux politiquement engagés qui, au milieu des informations banales, présentaient toujours quelques faits, anecdotiques mais édifiants, qui illustraient leur ligne politique et éditoriale générale. Je me souviens ainsi d'un article de Témoignages (journal du parti communiste réunionnais) dont le titre était « Le chien d'un métropolitain mord un travailleur créole », comme aussi ces anecdotes qu'on trouvait, dans les belles années du PCF, dans l'Humanité ; on y narrait comment une pauvre vieille dame, non seulement avait acheté deux vignettes de soutien au PCF, mais avait offert le café et des petits gâteaux aux vaillants militants qui étaient venus placer leur marchandise.

Comme toujours, nous sommes très en retard par rapport aux Américains que nous ne cessons d'imiter. Les vrais télévangélistes de la télé américaine offrent eux le spectacle de miracles à la commande et "en live". Mais rassurez-vous, nous y viendrons !

samedi 8 décembre 2012

Affaire Mittal ; "On nous ment!"


« On nous ment, on nous ment,
C’est du vent, on nous ballade
On nous vend que des salades
Y’en a marre des boniments »

 On a tant d'occasions de reprendre ce refrain des Fabulous Troubadours (je l'ai déjà fait, me semble-t-il, au cours de cette même année) qu'on pourrait le mettre en exergue de la plupart des posts que je publie dans ce blog.

 L'économie est devenue la reine des batailles journalistiques et il n'est pas de radio ni de chaîne de télé qui n'ait désormais ses économistes, chargés d'apporter la bonne parole. Il y a désormais dans les universités (parisiennes bien sûr) et dans diverses officines financières ou apparentées des gens qui sont, surtout et d'abord, "économistes à la télé". Je ne sais plus quel jour de la semaine dernière, je crois avoir vu au moins trois fois, dans des émissions différentes, Monsieur Philippe Dessertine (que j'appréciais assez, avant d'en avoir une indigestion audiovisuelle) ; je me demande un peu quand il trouve le temps de donner quelques enseignements et d'avoir quelque activité professionnelle à Paris X, quand je songe qu'il officie également Libération et à Europe1. Même remarque pour Elie Cohen qui est à la télé quand il n'est pas chez le coiffeur. Il est désormais impossible d'aborder quelque sujet que ce soit sans nous servir à l'écran deux ou trois économistes.
Ne parlons pas de France-Télévision qui a recruté, sans doute à prix d'or en dépit de sa situation financière et de la pléthore inouïe de son personnel, un prétendu économiste qu'on nous inflige désormais à chaque occasion comme une sorte de Pythie devenue chauve à force de réflexion. La cerise sur le gâteau m'a été offerte hier lorsque, regardant par hasard le "grand journal" de Denisot (qui sont de pire en pire de démagogie jeuniste, Denisot et son GJ), j'y ai vu une figure tutélaire nouvelle (pour moi du moins), un certain Nicolas Bouzou, réputé également économiste mais qui est, en fait et surtout, le patron d'un vague centre d'analyse économiste et financière, ce qui donne une coloration un peu particulière et clairement publicitaire à ses propos (« Vous êtes orfèvre Monsieur Josse ! ») ; si j'ajoute qu'il enseigne lui aussi dans la caverne de Sciences-po, je crois que la panorama est complet.

Bref les économistes commencent à me gonfler et leur aveuglement comme leurs prévisions désastreuses du passé ne semblent pas leur avoir servi de leçon et les inciter, au moins, à un peu plus de prudence et de modestie. En fait, comme on a pu le constater dans ce blog où j'ai parlé à plusieurs reprises de cet économiste, la seule personne dans ce domaine qui me paraisse offrir toutes les garanties d'honnêteté, de fiabilité et de compétence est Gaël Giraud, notre jésuite économiste, qui me paraît tenir, lui, des propos sincères et crédibles, mais qu'évidemment on ne voit jamais sur aucun de nos plateaux de télévision, comme d'ailleurs les membres du groupe des "économistes atterrés" qui n'y font que quelques rares et tardives apparitions.

Mais ce n'est pas cela que je voulais vous parler, mais plutôt de mes incertitudes et de mes doutes devant l'affaire Mittal ; l'homme nous est présenté tantôt comme un génie de l'industrie et de la finance tantôt comme un escroc patenté, ce qui dans notre société n'est souvent pas sans rapport.

Un détail mais qui me paraît à ne pas négliger. La belle-fille de Monsieur Lakshmi Mittal est une ancienne de Goldman Sachs et je crois savoir que le patriarche lui-même est membre du conseil d'administration de cette patibulaire officine. Faut-il rappeler ici qu'en 2006 déjà lors de l'OPA hostile sur Artelor, Mittal Steel avait reçu le soutien de Goldman Sachs? Suivez mon regard. C'est tout dire.

Si l'on regarde les subventions publiques qu'Arcelor-Mittal a raflées de l'État français sous diverses formes (de l'Agence de l'environnement et la maîtrise de l'énergie à la Région Lorraine), on s'interroge! Monsieur Mittal qui, ces temps-ci, se tord les mains de douleur, suite à la crise du commerce de l'acier, aurait perçu, dit-on, 900 millions d'euros à titre personnel année dernière. En 2010 (cf. le site abcbourse), les résultats du groupe étaient de 2 256 000 000 d'euros, ce qui, même s'ils sont tombés à 1 751 000 000 d'euros en 2011, laisse tout de même une marge copieuse.

On nous ment tout autant sur l'affaire du repreneur éventuel; selon diverses sources (dont Aurelie Filippetti et le Nouvel Obs), un des repreneurs potentiels éventuels était Bernard Serin qui a redressé, de manière efficace et rapide, Cokeries Maintenance & Ingénierie, moribonde en 2002 un. Cette ancienne filiale d'Arcelor a aujourd'hui 4000 salariés en Wallonie. Monsieur Bernard Serin est un aciériste spécialisé, un véritable industriel et non pas un financier comme d'autres. Il y avait aussi un autre repreneur potentiel dont je ne sais plus le nom ; lui est russe mais il est, paraît-il, un ennemi juré de Mittal et, par conséquent, il a sans doute été écarté d'emblée à l'initiative de ce dernier.

Dernier point, plus mystérieux encore que les autres, les dettes de Mittal envers l'État français. Le ministre Arnaud Montebourg avait annoncé au Sénat : « Mittal aujourd'hui est redevable aux yeux de l'administration fiscale française d'une dette fiscale que nous considérons comme astronomique ». Il n'y a pas eu de chiffre avancé, ni de suite à cette affirmation, mais différents articles de presse évoquent un redressement fiscal d'un montant de 1,3 milliards d'euros datant de septembre 2011. Certains "économistes" de la presse française, prompts à prendre la défense de Mittal, allèguent que, "normalement", une affaire fiscale de ce type est confidentielle et ne peut être divulguée. MDR/LOL ! Défense un peu pitoyable quand on voit les fuites constantes en la matière!  Quant à Arcelor-Mittal, il prétend, naturellement, n'avoir aucune dette fiscale envers la France.

On nous ment!

Que vient faire ici une nationalisation? Si la dette fiscale existe, on saisit tous les avoirs de Mittal, en France, Florange, la Lorraine et le reste, à concurrence de son montant que la France aura elle-même évalué (et pas Goldman-Sachs!) et on vend les hauts-fourneaux au Russe et/ou à Serin, et si ça déplait à Mittal tant mieux. Point barre ! Tout bénef !

« On nous ment, on nous ment,
C’est du vent, on nous ballade
On nous vend que des salades
Y’en a marre des boniments ».


lundi 3 décembre 2012

PAF dans le pif ou pif dans le PAF


PAF dans le pif ou pif dans le PAF. Plus clairement : Du journalisme et des journalistes dans le PAF (paysage audiovisuel français pour les nobles étrangers).

J'ai déjà dit suffisamment de mal du journalisme audiovisuel français pour ne pas y revenir trop longuement. J'ai, depuis longtemps, renoncé à établir un catalogue, fût-il très lacunaire, des fautes de français permanentes de bon nombre de nos journalistes ; cet aspect, qui ne gêne sans doute que moi-même ou presque, est tout de même infiniment moindre que le contenu lamentable de nos journaux télévisés, sans parler des radios bignoles du matin qui, en revanche, ont l'avantage de nous offrir, de temps en temps, des conversations pittoresques avec certains de leurs auditeurs.

Autant vous le dire tout net d'emblée, je considère qu'il y a dans le PAF trois journalistes dignes de ce nom et qui méritent d'être écoutés ou regardés : Élisabeth Quint (pour son "28 minutes" du soir sur Arte), Caroline Roux, le dimanche sur la Cinq dans son "C Politique"( je ne parle pas de ces brèves chroniques matinakes, sans doute, alimentaires sur Europe1) et Philippe Meyer sur France Culture surtout (Il ne s'agit pas, bien entendu d'un classement par ordre de mérite, mais je suis bien sûr que Philippe Meyer cédera volontiers les deux premières places aux dames). Je ne m'étendrai pas davantage sur les raisons de ce classement et sur l'élimination sans appel d'un certain nombre de vedettes de notre information audiovisuelle dans la médiocrité est évidemment consternante.

Je voudrais toutefois présenter ici deux remarques critiques à Caroline Roux.

 Alors qu'elle recevait François Chérèque, dimanche 25 novembre 2012, dans C Politique, ce dernier, un moment, a fait observer, sur un ton vindicatif mais justifié, qu'une bonne partie du déficit de l'indemnisation du chômage (un quart, si je me souviens bien) était dû à de prétendus "intermittents du spectacle" employés pour la plupart par France Télévision, Canal+ et les chaînes de télévision ( J'ajoute sens qu'on constate qu'elles roulent sur l'or à voir les 20 000 € mensuels qu'elles accordent à des intervenantes nullissimes et à des commentateurs sportifs analphabètes).

On a senti, Caroline Roux un peu embarrassée et elle n'a pas eu, à ce moment, une de ces vives interventions dont elle a la secret. Il faut dire que, pour les téléspectateurs, Jacques Chérèque aurait dû dire, plus clairement, que ce qu'il critiquait là n'était pas l'indemnisation des VRAIS intermittents du spectacle, mais celle de ceux qui sont, en fait, de très loin les plus nombreux et ceux qui coûtent le plus cher. Ce sont en effet les techniciens de tout poil des chaînes de télévision qui bénéficient fallacieusement du statut d'intermittents du spectacle qui n'a clairement pas été conçu pour eux. Cette entourloupe permet à ces chaînes d'entretenir à prix d'or les crétins et les bécasses dont elles nous régalent quotidiennement.

Seconde critique à Caroline Roux, cette fois-ci, dimanche 2 décembre, dans l'interview de Madame Parizot, présidente du MEDEF. Caroline Roux lui ayant fait observer très justement que Monsieur Mittal n'avait pas respecté les engagements qu'il avait pris, ce comportement conduisait à s'interroger sur son éventuel respect de ceux qu'il se prépare à prendre aujourd'hui. La réponse de Madame Parizot (qui, faut-il s'en étonner a défendu Monsieur Mittal), était que les contrats n'avaient pas été respectés à cause de la crise !

J'aurais aimé là une de ses interventions, opportunes et vigoureuses dont Caroline Roux est coutumière. Elle aurait pu en effet demander à Madame la Présidente du MEDEF si la crise entraînait, de facto, la rupture de tous les contrats précédemment ciliés et si, en cas de crise, on pouvait cesser de payer son loyer, les traites de son appartement ou celles de sa voiture. Madame Parizot, elle, crise ou pas, se payait nos têtes en défendant ainsi Monsieur Mittal et il aurait été bon de le lui faire remarquer au passage.

Cela n'enlève rien à l'affection que je porte à Caroline Roux et à l'estime que j'ai pour les trois journalistes dont j'ai fait ici mention.

dimanche 18 novembre 2012

Ali, Mamadou ou Marcel ? Vers un CDPC ?


Quand va-t-on enfin se décider à créer un CDPC ? Ques aco ? Mais voyons c’est  le Comité de  Défense des Présentateurs Caucasiens, qui n’attend plus que son CRAN (blanc) !

Prenez les principales chaînes de télévision ,TF1, France 2, Canal Plus, auxquelles s'ajoute désormais  la resucée (si j'ose dire  Mesdames de la 8!) de cette dernière D8. On y trouve sur dix présentateur(e)s majeur(e)s (je veux dire, par cette formule qui ménage si opportunément les dames au prix de quelque violence faite au sentiment de l'Académie française, ceux et celles qu’on voit régulièrement sur les écrans et non pas celles et ceux qui ont plus de dix-huit ans) au moins trois présentateurs(e)s « de couleur », soit un tiers environ, ce qui est très au-delà de qu’on peut estimer être, en dépit de l’absence de statistiques ethniques, le pourcentage de ces mêmes « non-caucasiens » dans la population française totale.

La France, qui passe pour le pays du bon sens, qui y serait la chose du monde la mieux partagée (mais c'est un Français qui l'a dit), s’est vue reprocher, surtout par des associations spécialisées, une discrimination positive en faveur de ses populations « caucasiennes », ce que l'on peut aussi nommer "discrimination" négative envers les autres. Par le recours à ce terme "causasien", j’use à dessein de la terminologie étatsunienne, car on peut bien entendu être, par exemple, beur et blanc (le beurre blanc étant même l'une des plus nobles spécialités de notre belle gastronomie que l'UNESCO a inscrite au patrimoine de l'humanité !). En cette période où règne le politiquement correct, la réaction à un tel grief a été rapide et, comme souvent, chez nous, excessive ! Nous filons donc à bonne allure vers le modèle dominant dans le feuilleton policier américain où le chef est toujours désormais un noir ou une femme, ou, mieux encore, une femme noire.

Notre Président-Magicien avait fait entrer dans le gouvernement Fillon trois femmes non caucasiennes. Joli coup double, car les femmes sont aussi une catégorie victime de discrimination. En plus deux d’entre elles au moins (par courtoisie, je ne les nomme pas) sont devenues des top-models de l’élégance politique, même si l'une a, dans la suite défrayé la chronique pipolo-judiciaire.

Il en est de même pour les élections où, même quand on fait place aux femmes comme au PS, on les envoie volontiers au casse-pipe électoral plutôt que les orienter vers les sentiers de la gloire démocratique. Souvenons-nous de l’élection de Badinter au Sénat, déjà ancienne mais acquise par l’éviction forcée de la précédente élue) ; on peut désormais juger la chose compensée par l'élection du si charismatique nouveau Premier Secrétaire.

Le plus drôle et le plus significatif a été l’évolution observée à France-Culture. Désormais, sauf si vous faites partie des meubles (anciens!), pour faire votre place dans l’institution, mieux vaut vous prénommer Fatima, Rachida ou Ali que Marcel ou Josiane

Tiens, au fait, regardez Ali que j'ai entrevu cette semaine sur Canal + assis (temporairement sans doute) à la place de Denisot qui ferait bien de se méfier du Maure, car il est lui-même natif de Chateauroux et non de Poitiers et il s'appelle en plus Michel et non Charles ! Ali...Vous ne voyez pas de qui il s'agit ? Mais si Ali Baba, l'ex-doudou de Zaza ! Que de chemin parcouru : de passeur de plats matinal sur France Cu à "l'animation" du prime time, au Grand Journal de Canal ! Enfin, animation, animation, c'est beaucoup dire...avec Ali, point trop n'en faut, ce n'est tout de même pas De Caunes et la déconne!

PS (Pas Parti Socialiste mais Post Scriptum).
Ne vous privez surtout pas de me traiter de raciste. Je l’ai déjà été souvent ; cette qualification me laisse d’autant plus de marbre que je ne verrais aucun inconvénient à ce que tout le gouvernement soit black et/ou beur. Nous pourrions alors mettre sur le compte de son racisme "anti-blanc" tous les mauvais coups qu’on nous porte !

 

samedi 6 octobre 2012

Petite chronique de la semaine.

France2 – TF1 : 1 – 1.

Le premier point du jour a été marqué par le journal télévisé de France2 à 13 heures, « votre » journal, comme le ressasse quotidiennement Madame Élise Lucét, croyant, dans sa candeur, nous obliger, par cet usage intempestif du possessif de deuxième personne du pluriel, à nous approprier, contre notre gré, sa prestation hélas quotidienne. Je trouve personnellement cette pratique à la fois stupide et horripilante, mais comme c'est à peu près la seule particularité notable de ce bulletin d'information, elle semble y tenir beaucoup. Au cours de ce journal du 5 octobre 2012 (au cas où vous vouliez vérifier), elle a évoqué le problème du cancer du sein et insisté sur la nécessité de mammographies annuelles. S'écartant (du moins je l'espère) du texte de son prompteur, elle a ajouté, sans doute de son propre chef, précision intéressante, que « les mammographies étaient gratuites pour les femmes ». Un tel propos est évidemment scandaleux au moment où l'égalité hommes-femmes est l'un des thèmes favoris de toute notre réflexion civilisationnelle.

13 heures 15 : France2-TF1 : 1-0.

TF1 a toutefois égalisé au journal du soir lorsque Claire Chazal a consacré un long sujet à ce que j'avais imprudemment appelé la "boucherie Chevaline", drame au cours duquel trois touristes et un cycliste ont été froidement et collectivement assassinés. Revenant, on ne sait trop pourquoi sur ce sujet pour dire que l'enquête n'apportait aucun élément nouveau (et le constater d'ailleurs avec une certaine mélancolie), Madame Chazal a montré qu'elle n'était tout simplement pas au courant de ce que tout le monde savait depuis plusieurs heures et qui sera peut-être un élément décisif dans la suite de l'enquête. On avait, en effet, appris, au cours de l'après-midi par une source suisse, que le père de famille assassiné ne se trouvait pas là par hasard, mais qu'il y avait rendez-vous et surtout qu'il était passé par Genève où il était allé consulter ou alimenter un compte en banque qui, semble-t-il, présente un agréable solde positif d'un million d'euros. Ce n'est pas trop mal pour un modeste travailleur à domicile et cela ouvre peut-être des perspectives sur les raisons de son élimination. Je suppose que durant l'après-midi Madame Chazal était chez le coiffeur ou au cinéma et que, de ce fait, elle s'est trouvée ignorer ce que tout le monde savait.

20 heures 10 France2-TF1: 1-1.

Autre affaire de la semaine : les présumés ripoux de la présumée BAC- Nord de Marseille qui se sont faits prendre, si je puis dire, la main dans les sacs et, de ce présumé fait, se sont vues tancer vertement par leur ministre, quoiqu'ils soient pour le moment présumés innocents, comme tout un chacun, en dépit de la découverte des fruits présumés de leurs présumés larcins divers à leurs domiciles comme dans leurs vestiaires et des écoutes téléphoniques révélatrices dont ils ont fait l'objet au cours des dernières semaines.

Toutefois le problème est d'ailleurs, car je crois que ces policiers, loin d'être tancés voire punis, devraient être, au contraire, loués et récompensés. On sait, en effet, que la nouvelle stratégie contre les trafiquants en tout genre consiste désormais à « frapper au portefeuille ». Nos hautes autorités de police ont dû relire l'histoire américaine du crime dont le cas le plus illustre est Al Capone qui, après avoir volé et tué toute sa vie, a été finalement condamné à une longue peine de prison (il est mort l'ombre je crois) pour....fraude fiscale!

On s'est donc mis chez nous aussi à recenser et à confisquer à la fois les comptes en banque des trafiquants, mais aussi leurs voitures de luxe (des BMW aux Ferrari), ces dernières étant ensuite mises à la disposition des policiers qui peuvent enfin délaisser leurs Renault 4L pour se lancer à la poursuite des "go fast" sur nos autoroutes. Le problème est que, quelques incidents récents, comme le dramatique carambolage de Cannes, montre que les truands ont déjà réagi et que, renonçant à l'achat de tels véhicules, ils se bornent désormais à les louer, ce qui retire leur effet aux mesures de saisie.

Je pense que lorsqu'il sera informé par le témoignage de ces présumés coupables de leur innocence et de la pureté de leurs intentions, le ministre remplacera les sanctions prévues par des promotions, voire des décorations.

J'avais pensé faire aussi, durant la semaine, un recensement des fautes de français de nos journalistes de la radio et de la télévision ; j'ai très vite renoncé à ce dessein devant l'abondance de la matière. Je ne retiendrai que la dernière car elle témoigne non seulement d'une ignorance de la langue, mais d'une perverse obstination dans l'erreur. C'est, ce matin même, sur France Info, habituellement un peu moins fautive que les radios bignoles ; la journaliste nous parlait de la "nuit blanche" de l'art moderne et évoquait "l'obélisque TOUTE bleue" qu'on pourrait y admirer ; elle n'est même pas venue à résipiscence alors que dans les citations qu'elle faisait (mais les avait-elle lues?)  "obélisque" était masculin et non féminin.

Après tout (et cela me fera retrouver mon point de départ) peut-être est-ce la faute à  l'obélix qui rêvait, comme moi, d'une mammographie gratuite.

samedi 25 août 2012

Les contes fantastiques de France-Télévision(s) (suite)

Les circonstances ont fait que j’ai eu, depuis longtemps, bien avant la création de France-Télévision(s), l’occasion de fréquenter la télévision française. J’y ai toujours constaté à la fois un personnel pléthorique et une activité très modeste, faite surtout de passages, nombreux et prolongés à la cafeteria et/ou au bistro du coin, selon les lieux et les installations. Plus récemment, il s’est trouvé que je suis allé dans les lieux parisiens de cette même société et j’ai pu observer que les choses n’avaient guère changé.

Par ailleurs, j’ai toujours été stupéfait (et plus encore à voir les contrats mirobolants faits à ces olibrius baptisés « producteurs » ) que personne, dans le surabondant personnel de France-Télévision(s), ne soit capable de faire ce que font des "professionnels" aussi médiocres que les interchangeables Delarue, Courbet ou Nagui, auxquels on achète à prix d’or des émissions parfaitement débiles qui, certes, plaisent à certains télé spectateurs, mais qui sont d’un tel niveau que le premier venu est capable d’en faire autant pour dix fois moins cher et cela d'autant que ce sont , pour la plupart, de simples démarcages d'émissions étasuniennes!

Pour ce qui touche à l’information, qui est un point central, vu l'extravagante abondance du personnel qui est censé y être employé (je reviendrai sur les mystères du personnel et des effectifs), comment ne pas être frappé, aussi, par le fait que la montagne de journalistes de France-Télévision n’accouche que de lamentables et soufreteuses souris d'infomation ?

J’ai mis donc mis mon nez dans le rapport de la Cour des comptes, mais ses 222 pages m’ont découragé ainsi que le ton prudentissime de ses formulations. Je vous déconseille donc d'autant plus vous y risquer que je vous en donnerai quelques extraits significatifs. En revanche, je ne saurais trop vous recommander la lecture du discours de feu Philippe Seguin, Président de la Cour des comptes, qui a apparemment accompagné la remise de ce rapport.

Sur la question de l'information, Monsieur Seguin a quelques formules, bien senties vu le genre pratiqué, dans lequel la litote est la figure de rhétorique majeure. En abordant ce domaine, il ne ménage pourtant, quoiqu'en termes choisis, ni la chèvre de l’Etat ni le chou de France-Télévision . Quelques extraits :

« Les rédactions des chaînes publiques sont très jalouses de leur indépendance et ce n’est pas la Cour – dont l’indépendance contribue elle-aussi au bon fonctionnement de la démocratie – qui le leur reprochera. L’indépendance éditoriale ne doit pourtant pas empêcher les chaînes, financées sur fonds publics, de rendre des comptes aux citoyens.

Les journaux télévisés et magazines d’information de France 2, France 3 et RFO représentent un coût annuel de 560 M€. Avec près de 5 000 collaborateurs – dont 2500 journalistes – au sein des rédactions nationales et régionales des chaînes, l’information mobilise près de la moitié des effectifs du groupe France Télévisions ».

Non, il n’y a pas de coquilles ou de fautes ; j’ai fait un copier/coller ; ne vous frottez donc pas les yeux et/ou n'essuyez pas vos lunettes ; vous avez bien lu : 2500 journalistes plus 2500 techniciens pour ça !

Redonnons la parole à Philippe Seguin, car, comme vous le constatez, ça en vaut la peine :

« Est-ce trop ? Une opinion rapide pourrait l’affirmer [Monsieur Seguin était un humoriste et un pince sans rire, ce qui m'a conduit à me demander si on ne l'a pas tué pour le faire taire !]. Mais pour porter un jugement éclairé, les effectifs et budgets des rédactions ne signifient rien en eux-mêmes : il faut les rapporter aux objectifs qui leur sont assignés. Or, des objectifs, il n’y en a pas [cette phrase est en gras dans le texte original mais je ne sais pas si le gras est de Philippe Seguin qui n'en manquait pas (Hi ! Hi ! Hi !) ]. C’est là tout le paradoxe de la situation : alors que le développement de l’offre privée d’information sur les chaînes historiques, sur la TNT et sur Internet aurait dû conduire le service public à réfléchir ["Réfléchir" dites-vous ? Etiez-vous sérieux Monsieur le président?] à ses missions et aux moyens qu’il déploie pour les remplir, les documents stratégiques du groupe restent désespérément flous en la matière.

Je vous en donne un exemple avec la mutualisation des moyens de fabrication de l’information qui est au coeur des projets en cours. Les exemples passés ont montré que tant que l’on maintenait des journaux concomitants ou rapprochés, comme le 12-13 de France 3 suivi du 13 heures de France 2, la coordination entre rédactions n’engendrait des économies qu’à la marge. De même, un journaliste en région de France 3 ne peut préparer simultanément un reportage pour l’édition régionale et pour l’édition nationale du 19-20. »

Personne ne veut naturellement de cette « mutualisation ». Un technicien qui travaille à "Télématin" (chez Willi l’étrangleur de la 2 !) a fini sa journée à 9 heures du matin ! Et les centaines de journalistes et de techniciens du journal du soir de France3 se consacrent entièrement à cette noble tâche qui ne commence qu'à la nuit close. La seule chose que Ph. Seguin oublie ici est le rôle et la place, essentiels, des syndicats-maison !

Ecoutons à nouveau Ph. Seguin :

« Dès lors, seule une redéfinition de l’offre d’information permettra de faire travailler une même équipe de techniciens mais aussi de journalistes, en plateau mais aussi en reportage, pour plusieurs éditions, nationales ou régionales. [Quel farceur ce Philippe Seguin! Et il a de ces mots "Travailler" ! Fi donc].

Reste un sujet, qui n’est pas le moins délicat : la qualité de l’information [ Aie ! Aie ! Pas sur la tête Monsieur Seguin] . Je vous vois hausser les sourcils [Quel talent ce Seguin ! Je crois de plus en plus qu'on l'a tué]. Rassurez-vous : il ne revient pas à la Cour des comptes de juger ce qu’est un bon ou un mauvais journal télévisé. En revanche, elle se doit de souligner que ni France Télévisions, ni le législateur, ni le gouvernement, ni le CSA n’ont entrepris de définir des objectifs éditoriaux ou des critères de qualité de l’information.

Or, il s’agit d’une composante essentielle de la gestion. Je vais être très concret. Consacrer 10 ou 40 % du temps d’un journal à l’actualité internationale, avoir un correspondant sur place ou recourir aux agences d’images, produire des reportages originaux ou se contenter d’un débat en plateau avec des invités sont des choix éditoriaux, mais aussi des choix de gestion qui n’ont pas les mêmes conséquences financières. Ces éléments sont évidemment connus des directions de l’information, qui ne réalisent pas leurs journaux à l’aveugle. Mais ils ne sont pas jamais formalisés pour définir les ambitions de qualité éditoriale et adapter le coût des éditions en conséquence. »

Et Seguin de conclure !
« France Télévisions doit se faire à l’idée d’une exigence accrue de la part du Parlement et des instances supérieures de contrôle. »

Fichtre! A mort feu Seguin!
A demain.

mercredi 11 juillet 2012

Sociologie des prénoms : la science en marche.

Même si les grenouilles et les services de Météo France ne sont pas d'accord, il est clair pourtant que nous sommes en été!

La preuve : depuis le 1er juillet, toutes les grosses nuques et tous les gros bras de la télévision, de Leymergie à Denisot en passant par Ardisson ont pris leurs quartiers d'été à Saint Trop ou à Biarritz et on a ressorti les doublures et les troisièmes couteaux des placards.

Quand je pense qu'on daube sur les vacances des enseignants sans dire un mot de celles de l'odieux-visuel.

La différence, majeure et coûteuse, est que quand les enseignants sont en vacances, on ferme les écoles, tandis qu' à la télé, on continue, selon les errements antérieurs, quitte à nous gaver de best-offs et de redifs.

Rien d'étonnant donc à ce que France Télévision compte par milliers son personnel, quand on voit que le moindre journal télévisé, fût-il celui de la minable Trois, exige des centaines de "journalistes-sic" et qu'on a pour présenter le moindre JT merdique, quatre ou cinq présentateurs au moins pour faire face aux week-ends, aux soirées, aux congés (plus longs que ceux des scolaires) et aux inévitables pannes des uns ou des autres.

Et je ne parle évidemment pas ici des inévitables et innombrables "spécialistes", de multiples domaines (ils vont de la médecine chinoise à la micro-informatique) qui, pour la plupart d'entre eux, ne font guère que des apparitions trisannuelles de deux minutes. Inutile de vous dire qu'à France Télévision les couloirs et la cafétéria sont extrêmement fréquentés!

Le signe le plus clair de l'été est, en la matière, incontestablement, l'étiage de l'information. On n'a plus grand-chose à se mettre sous la dent et, une fois passé le buzz créé par les propos d'un Mohamed Merah, que reste-t-il à se mettre sous la sous la dent?

Ainsi entend-on aujourd'hui, sur les radios en particulier mais les télévisions ramèneront sûrement leur fraise dans la foulée, des propos sur une nouvelle qui, pour ne pas être importante, est néanmoins de circonstance : la corrélation récemment découverte entre les succès au bac et les prénoms des candidats. Fort heureusement, nous avons au CNRS un spécialiste de ce que j'ai entendu désigner comme "la sociologie des   prénoms".

Pas besoin ici de vous faire un dessin ; je résume : des études approfondies ont démontré en effet que vous avez plus de chances d'avoir une mention au bac si vous vous prénommez Hildegarde, Ombeline, Jean Stéphane ou Pierre-André que Kevin ou Samantha. Dixit l'éminent chercheur du CNRS spécialiste de la sociologie des prénoms ! Je vous entends déjà vous esclaffer et dire qu'il aurait été mieux inspiré d'établir une corrélation entre les dits prénoms et la feuille d'impôts ou le niveau socio-culturel des parents qui ont choisi les prénoms pour leurs enfants, la corrélation étant alors sans doute plus évidente et plus aisément  interprétable encore.

J'espère toutefois que ce chercheur distingué ne travaille pas en solitaire mais au sein d'une équipe nombreuse, bien dotée en crédits et qui regroupe au moins une bonne demi-douzaine de chercheurs, sans parler des techniciens et des "ingénieurs-sic", car, au CNRS, on n'est vraiment considéré que si l'on fait nombre!

Comme disait l'autre : « Et dire qu'on les paye pour faire ça ! ».

dimanche 6 mai 2012

Du grotesque électoral

Le comble du grotesque journalistique a été atteint et même sans doute largement dépassé lors de la soirée électorale de ce dimanche 6 mai 2012.

Pauvres journalistes! Pauvres présentatrices! Pauvres envoyés spéciaux!

À partir de 18:00, tout le monde était sur le pont dans les rédactions ; les présentatrices avaient revêtu leurs plus beaux atours ; les envoyés spéciaux piaffaient d'impatience dans le froid ou sous la pluie.

Pauvres journalistes qui nous ont répété, deux heures durant et sur tous les tons, que le suspense était insoutenable, alors que le résultat était, à bien des égards, manifeste sur leurs écrans mêmes! Tous et toutes l'ont fait sans rire, ce qui, il faut bien le dire n'est pas un mince mérite, car tout le monde savait depuis longtemps le résultat des courses.

Bien sûr, au premier chef, ceux qui, comme moi, avaient consulté les médias belges ou suisses qui ont mis plus de deux heures dans la vue à toute la presse française, au mépris, affiché voire triomphant, de nos dispositions législatives franchouillardes dont ils se moquent bien, mais aussi tous ceux qui, tout simplement, ont constaté que, dès 18 heures, Nicolas Sarkozy annulait le meeting prévu à la Concorde. A cause du mauvais temps ont glissé quelques UMP, fins connaisseurs de la météorologie parisienne, qui savent bien que, comme le dit le vieux proverbe de la rive droite, "Pluie à la Concorde, soleil à la Bastille".

En effet, au même moment, les grues et les engins socialistes s'affairaient Place de la Bastille pour y construire les podiums pour la célébration de la victoire de Hollande, sur les instructions du PS qui, bien entendu, était informé depuis longtemps de l'issue de cet insoutenable suspense qui régnait dans nos seuls médias

Et pendant ce temps, les jeunes beautés de nos médias s'efforçaient de faire assaut de sourires et d'oeillades pour maintenir leur pauvre public devant les écrans. Elles ne les regardaient assurément pas leurs écrans car les envoyés spéciaux, rue de Solférino ou au Conseil général de Tulle étaient bien obligés de constater la joie délirante et les gestes de victoire des supporters de François Hollande, tandis qu'à l'UMP, à la Mutualité, les mines étaient tristes et défaites, et le public aussi rare que les drapeaux. Tout au plus, de temps en temps, les préposés en réunissaient une demi-douzaine devant la caméra du service de communication pour essayer de faire croire aussi bien à la présence d'une foule nombreuse qu'à l'enthousiasme de ladite foule.

Le seul moment rigolo, vu par hasard en "zappant" sur Canal + qui, délaissant le foot dominical, s'essayait au genre, fut, quand étant annoncée l'intervention depuis Tulle du Président élu, s'afficha, à la consternation de Denisot, l'image d'Omar Sy et le début de ce qu'on pouvait imaginer comme une parodie de discours inaugural ! Sy Président ? Le suspense fut un instant insoutenable !

Tout cela est lamentable ! Et dire qu'on les paye pour faire ça tandis que nous, cochons de payants, devons nous farcir ce spectacle aussi ridicule que lamentable. Le premier devoir du nouveau président (François pas Omar!) sera sans doute de changer ces règles stupides et d'adapter enfin notre système électoral à l'ère de l'internet et de la modernité.

lundi 21 novembre 2011

« C'est encore loin d'Amérique ? »

On connaît la blague, pas très drôle d'ailleurs, du fils qui demande à son père « Papa ! C'est encore loin l'Amérique ? ». Et le père de répondre : « Tais-toi et nage ! ».

Mes lecteurs fidèles (Si ! Si ! Il y en a, et même en des terres lointaines que je salue ici tout particulièrement ! ») connaissent ma ritournelle, selon laquelle nous finissons toujours par faire tout ce que font les Américains et parfois même au moment où ils cessent eux-mêmes de le faire !

Amérique à la fois fascinante et agaçante, en même temps modèle et repoussoir.

Je me fais en particulier cette réflexion toutes les fois que j'entends ou que je vois, dans nos médias, des publicités, clairement mensongères, à allure pseudo-scientifique, qui se fondent sur des chiffres et des pourcentages ; elles vous garantissent ainsi que le dentifrice Machin guérit dans 88 % des cas les maux des gencives ou que le produit en cause donne des résultats très satisfaisants dans 85 % des cas qu’il prétend traiter. En général, ce genre de mensonge est proposé d’un ton docte par un comparse dont les lunettes et la blouse blanche sont les garants de la compétence et de la scientificité.

J'ai observé toutefois qu'en général ces statistiques, de toute évidence bidon, évitent de dépasser la barre des 90 % par crainte sans doute d'être soupçonnées d'exagération. Cela me rappelle les prix affichés par les marchands de chaussures qui se terminent toujours par ,99 pour éviter d'atteindre la fatidique dizaine d'euros supérieure.

Voilà des cas pour lesquels nous devrions bien nous inspirer, comme souvent, des Etats-Unis d’Amérique. Reebok, filiale d'Adidas, a été ainsi accusée par la Commission fédérale du Commerce , la redoutable FTC, de publicité mensongère pour avoir affirmé que deux de ses modèles de chaussures de sport augmentaient de 28 % la tonicité des muscles fessiers et de 11 % celle des cuisses et des mollets, par rapport aux autres chaussures sur le marché.

Pierre Dac, parmi les métiers insolites qu’il se plaisait à imaginer, avait inscrit autrefois celui d’«essayeur de matelas » ; cet emploi devrait être compatible avec celui de « tâteur de fesses », activité pour laquelle, par crainte de poursuites en diffamation, je ne suggérerais pas ici les noms de quelques hommes politiques que vous avez tous en tête.

Devant les menaces de la FTC, le fabricant a préféré payer 25 millions de dollars pour arrêter les poursuites, tout en mettant un terme à sa publicité.

De même que les plagiats littéraires sont sanctionnés beaucoup plus durement aux États-Unis que chez nous où des auteurs connus (suivez mon regard !) ne prennent même plus la peine de lire les oeuvrettes que leurs nègres ont compilées ici ou là, ces publicités mensongères sont poursuivies avec rigueur aux États-Unis, alors qu'en France, on peut nous raconter à peu près n'importe quoi, y compris, comme dans les cas que j'ai évoqués ci-dessus, des résultats totalement invérifiables, en alléguant le témoignage de spécialistes anonymes ou inventés.

Nous-autres, à la probable différence, des Américains, peu friands de ces usines à gaz étatiques, avons pourtant un Bureau de Vérification de la Publicité très officiel, le BVP, dont on se demande bien à quoi il sert et dont il faudrait, en tout premier lieu, vérifier l’activité elle-même. Comme disait Jules César « Quis custodem custodiet ? » (je fais alterner les citations de Jules César et de ma bonne grand-mère pour essayer, en vain d’ailleurs, de titiller notre latiniste Benoît devenu muet).

Espérons que, sur ces terrains au moins, l'Amérique ne sera pas trop loin !

lundi 14 novembre 2011

Chroniques étasuniennes. N° 1

Vous m’accorderez que je ne vous ai pas infligé le récit de mon récent séjour aux États-Unis ! J'ai en effet passé deux semaines à la Nouvelle-Orléans qui est une ville que j'aime beaucoup pour son charme inimitable et qui est effectivement, avec San Francisco et New York, l’une des seules villes supportables pour un Européen aux États-Unis.

Si j'ajoute que je m'y trouvais au moment d'Halloween (une de mes amies s’y était fort joliment déguisée en écrevisse au court-bouillon… et dans sa marmite s’il vous plait !). J'ai même pu, sans être écrasé ou tué, faire un tour nocturne dans le Quartier français et le Quartier Marigny ! Vous conviendrez donc que j'ai eu beaucoup de mérite à n'en point parler.

Une des choses qui m'a frappé à la télévision étasunienne que j'ai beaucoup regardée, sans y comprendre grand-chose d’ailleurs, car si je lis, professionnellement et sans trop de mal, l'anglo-américain, je ne comprends à peu près rien aux formes orales de cette langue, et sans doute particulièrement en Louisiane. Je me suis donc borné à une approche ethnologique de la télévision américaine qui me paraît tout à fait intéressante, même si je n'entends pas grand-chose à ce qui s'y dit.

Le premier constat (mais je le laisserai de côté car il est de la plus grande banalité) est que les Américains ne s'intéressent à rien d'autre qu'aux États-Unis. Et encore le font-ils avec une prédilection particulière pour la région ou l'état où ils se trouvent. C'est ainsi que la Grèce, étant à l'ordre du jour, on a pu, sur les cartes produites par certaines télés américaines, trouver cet Etat à la place du Portugal et ou inversement, je ne m'en souviens plus. De toute façon, les chances de voir commettre de telles erreurs sont infiniment rares pour la simple et bonne raison qu'on n’y parle jamais (ou à peu près) des affaires européennes et même, plus généralement, du reste du monde... hors États-Unis. Le catalogue des multiples âneries proférées par les divers présidents américains au sujet des zones situées hors de l'Amérique du Nord est trop long et trop abondant pour que je m'y attarde ici.

L’une des choses les plus curieuses que j'ai notées dans mes études anthropologiques de la télévision américaine est la publicité. Nous souffrons beaucoup (et moi le premier) de la présence obsédante de la publicité dans la télévision française, mais nous avons tout lieu de nous réjouir de l’état actuel, car, dans ce domaine comme dans les autres, les États-Unis nous donnent la préfiguration de notre futur qui est bien pire encore. Si nous devons hélas nous attendre à voir imiter les Etats-Unis et donc la publicité envahir encore plus nos écrans qu'elle ne le fait actuellement, il est très curieux de constater que notre propre publicité télévisée est beaucoup plus en avance que celle des Américains, du moins pour ce qui concerne les techniques publicitaires elles-mêmes.

Alors que nous avons une publicité télévisée des plus sophistiquées, au point que, très souvent, devant un spot publicitaire actuel, nous sommes amenés à nous interroger sur l'objet qui lui est assigné et qu'il nous propose (la chose est vraie en particulier pour la publicité automobile), en revanche les Américains en sont restés au bon vieux temps de la « réclame » chère au papa de Mme Élisabeth Badinter (je veux dire par là M. Bleustein-Blanchet qui, dit-on, en fut l'inventeur). A la télé, la publicité américaine, même sur les chaînes nationales qui sont toujours plus ou moins régionalisées, est toujours à la fois locale et archaïque. Le maître-mot en est « SAVE », souvent suivi d’un montant en $ ou d’un pourcentage. A tout propos, on vous promet de vous faire faire des économies, quel que soit l'objet de la publicité en cause.

Par ailleurs, alors que la publicité française use de sophistications et de détours dont l'utilité et l'efficacité ne sont ni apparentes ni démontrées, les Américains vous offrent volontiers, dans la pub, non une pin-up lascive et dénudée, mais la photographie en pied du commerçant ventru qui, dans votre région, vend telle ou telle marque de voiture à prix cassés ou dirige telle ou tel chaîne de supermarchés où vous réaliserez des économies prodigieuses sur vos achats du mois prochain.

Tout cela a un côté vieillot et archaïque qui ne suffit pas toutefois à rendre supportables pareilles réclames. Devons-nous nous attendre au retour de techniques si archaïques où nos publicitaires mal rasés, bourrés de cocaïne jusqu'aux yeux et qui croient géniale la moindre de leurs pénibles élucubrations, finiront-ils par triompher de l’universel modèle américain ?

mercredi 22 juin 2011

Du décolleté télévisuel

Une chansonnette d’antan affirmait :

« Pour bien réussir dans la chaussure,
Portez tout simplement
Un corsage dont l’échancrure,
Laisse voir des trésors charmants ! ».

Il en est de plus en plus de même dans notre télévision. Certaines, comme autrefois Lio ou, plus près de nous, Paris Hilton, sont allées jusqu’à montrer aux téléspectateurs leur culotte ou plutôt leur absence de culotte, mais on se borne, le plus souvent, à dévoiler des vallées et des éminences mammaires. Que Sophie Marceau et Béatrice Dalle montrent leurs seins à la télé, cela ne gêne personne et alimente à peine les zappings. Toutefois, les choses ont changé et les starlettes ne sont plus les seules spécialistes du genre.

Bien sûr, la recette est vieille comme Anne Sinclair, pour rester dans le registre des femmes respectables qui pimentent à peine par là des propos sérieux. Si c’est Madame Karembeu ou toute autre cavale-potiche, blonde ou brune, le spectacle est obligé et il n’est pas déplaisant (Hou le vilain machiste !). Ce qui est plus remarquable à mon sens est que se risquent désormais, dans ce registre, des figures nouvelles qu’on avait connues plus réservées et dont l’emploi est différent.

Prenons, sur Canal Plus, le cas d’Ariane Massenet.
A ses débuts, chez Fogiel, rien à dire. Ce dernier jouait les playboys capillairement assistés, entre sa baleine tueuse, Guy Carlier, dont les dents se sont bien vite émoussées, et sa girl friend Ariane Massenet, sympa sans doute, mais pas plus sexy que Bécassine ou, soyons aimable, une Jeannette d’autrefois (les Jeannettes étant alors des scouts en jupettes).
Passée chez Denisot, sous l’influence délétère et jeuniste de Canal Plus, la voilà qui s’émancipe, esquisse des pas de danse dans la pub (ridicule d’ailleurs, surtout du fait de Denisot qui danse comme un porte-parapluie) [les choses ont bien changé au Grand Journal où Ali s'est un peu déridé et où Afati esquisse lui-même de laborieux entrechats ; de l'utilité des redifs!] ; dès lors, elle risque quelques allusions salaces et surtout commence à jouer du nibard qu’elle avait jusque-là discret et présumé menu, offrant des décolletés de plus en plus profonds, avec ou sans soutifs de dentelle noire et fausses modesties. Foutre ! Mon sentiment personnel est qu’elle s’est fait un peu booster les avantages, mais qui ne le fait pas aujourd’hui ? Le résultat n’est pas mal, surtout que pour attiser la lubricité des téléspectateurs, elle cultive toujours son look fillette, sans se découvrir vraiment. Très étudié et assez réussi !

Où la manœuvre a tourné carrément à la cata, c’est dans quelques anciennes émissions de Ruquier. Le samedi, je crois, le patron n’étant pas là, c’était Christine Bravo qui était seule aux manettes et donc en vedette dans tous les plans. Elle avait donc sorti le grand jeu. Malgré des cadrages savants, on avait l’impression que l’émission était cornaquée par une barrique hilare, dont le cercle médian était, en fait, une ceinture, apparemment métallique (ou imitation) qui suscitait, bien entendu, ou même imposait les comparaisons avec un tonneau. La tête posée dessus était hélas toujours la même, mais en revanche, on apercevait entre le cercle de la barrique et le menton, des mamelles largement exposées, manifestement et vigoureusement remontées par un soutien-gorge renforcé béton, modèle Gargamelle DDD. Impressionnant !

La crainte que j’éprouve et elle est intense croyez-moi, est qu’en cette période où vont commencer les débats électoraux de la présidentielle, Arlette Chabot ne cède, à son tour, à cette mode de réfection mammaire. Qu’elle se soit fait rééquilibrer les yeux pour éviter le strabisme aux téléspectateurs, ce n’est que justice et cette intervention aurait même dû être pris en charge par le CSA, mais si elle se fait changer en Lolo Ferrari ou même simplement en une bimbo plus modeste et surtout, pire encore, si elle nous fait le coup du décolleté plongeant-pigeonnant, toutes les données du débat public vont s’en trouver changées et, pour le coup, le CSA ne pourra pas ne pas sévir.