Messages les plus consultés

Affichage des articles dont le libellé est Ukraine. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est Ukraine. Afficher tous les articles

samedi 22 mars 2014

L'islam russe (n° 1)


L'islam ne tient qu’une place modeste dans l’affaire de Crimée et l’on ignore que le khanat de Crimée appartint, en droit et/ou en fait, durant trois siècles à l’Empire ottoman. Il n’en est pas tout à fait de même, si l’on resitue les problèmes actuels dans l'ensemble disparate que constitue la Russie qui est plus un empire qu’un Etat.
En Crimée même, les Musulmans représentent peu de chose puisque les Tatars ne constituent que 12 % de la population totale et ne sont, de toute façon, descendants des Tatars d’origine. Cette population tatare n’est revenue en Crimée que, après la mort de Staline, longtemps après la Seconde Guerre Mondiale, dont le souvenir est loin d’être oublié ; en effet, Staline, leur faisant grief de leur complicité avec Hitler lors de l'invasion allemande, avait totalement vidé la Crimée de ses Tatars, cet exil entraînant la mort de la majorité de ses victimes. Si l’on oublie les liens de la Crimée avec l'empire ottoman (nous y reviendrons car la question est d’importance), l'islam russe pose bien des questions originales qu'il faudra bien poser et se résoudre à examiner à un moment ou à un autre.
Les problèmes sont si complexes et les données si incertaines qu'on ne peut envisager de ne leur consacrer qu’un seul de ces modestes billets ; dans celui-ci, le premier,  il me paraît logique de s'attaquer surtout aux problèmes de population et de démographie ; ils sont essentiels et sont d'autant plus difficiles à considérer que les chiffres, pourtant décisifs sont incertains et que leur variations ne sont pas, en général, sans visées idéologiques et politiques latentes.
Pour ce qui concerne l'ensemble de la population russe  (Crimée non comprise !), la CIA, comme toujours, est extrêmement précise ; elle estime pour juillet 2013 la population russe à 142.500.482 (on ne saurait être plus précis) ! Quoiqu'on l'ignore souvent, sauf pour des zones précises identifiées comme telles ( les sept Républiques musulmanes) car les Musulmans y sont plus ou moins majoritaires (en République d’Adygué toutefois, les Russes sont majoritaires), comme l'Asie Centrale et le Caucase, les Musulmans forment une portion importante de la population russe. La CIA compte 10 à 15% de Musulmans, tandis que d’autres sources, un peu plus précises, en mentionnent de 13 à 14 % soit 19 à 22 millions d’individus. D'autres sources actuelles indiquent des chiffres plus élevés, certains allant jusqu'à 25 % de la population russe totale, ce qui conduirait à y compter de 30 à 40 millions de Musulmans. Ces décomptes, fondés sur des déclarations d’appartenance religieuse sont donc peu fiables, ceux de la CIA se prononçant, à cet égard, sur moins de 60 % de la population totale dans un pays où la religion a été regardée et traitée des décennies durant comme l’opium du peuple.
Si l'on se réfère aux données des recensements, celui de 2002 indique la présence de 16,64 millions de Musulmans en Russie, soit un peu moins de 10 % de la population du pays à cette date.
Pour l’avenir, selon le Pew Research Center, un « think tank » américain, en 2030, on devrait arriver à 18,6 millions de Musulmans, soit 12% d’une population totale de 150 millions. Toutefois ces calculs reposent sur une base, elle-même incertaine, qui est évidemment le taux de croissance de cette partie de la  population.
Jusque dans les années 80, on estimait que les femmes musulmanes ayant beaucoup plus d'enfants que les orthodoxes ; la population musulmane devait donc croître dans des proportions très fortes ; on estimait, de ce fait, que, d'une certaine façon, l'avenir appartenait aux Musulmans. Il en est toutefois autrement dans les dernières décennies, en raison à la fois de l'élévation d'une partie de la communauté musulmane dans l'échelle sociale, grâce à des formations universitaires et des parcours professionnels réussis comme du fait de la dispersion géographique d'une partie de ces populations qui émigre vers les grandes villes comme Moscou et Saint-Pétersbourg et, enfin, de la tendance naturelle dans les communautés musulmanes à une forme de limitation des naissances.
En dépit de la variation du détail des données démographiques, il est clair que cette communauté musulmane ne pourra que jouer un rôle important, sinon déterminant, dans l'évolution de la Russie. Il en résulte que la situation actuelle et les évolutions qu’elle engendre comme celles qu’elle pourra susciter est particulièrement importante pour l'avenir de cet Etat. Comme l’écrit Daniel Pipes : « Ce que les Musulmans font a une importance primordiale pour l'URSS car, en collaboration avec les Russes et les Ukrainiens, ils sont l'un des trois seuls peuples qui détermineront l'avenir de ce pays. S'ils suivent leur propre chemin, un pilier majeur de la puissance soviétique s'effondrera ».
On comprend donc l'importance capitale pour l'avenir de la Russie de la crise actuelle ; si elle ne semble concerner, dans l’immédiat, que la seule Ukraine, elle risque d’avoir des répercussions très fortes, loin de là, dans les républiques musulmanes russes qui sont, comme le dit D. Pipes, le troisième pilier de la puissance de la Russie ; même si on nous parle déjà des Etats baltes (Hollande veut y envoyer des avions !), les Républiques musulmanes seront le prochain chapitre de l’histoire russe que devra écrire Poutine, qu’il le veuille ou non, et ce n’est pas celle de la Crimée ni de la Transnistrie !

La situation actuelle devrait ans doute donner des inquiétudes, voire des craintes et des insomnies à B. Obama, car s'il est évident que, dans le passé, la politique américaine, toute simple, a été de contribuer à affaiblir l'Union soviétique puis la Russie, en encourageant, plus ou moins discrètement, les mouvements d'autonomie musulmane, avec des résultats divers et variés (de la promotion d’un Ben Laden aux émissions en ouzbek de la Voix de l’Amérique).

La montée de l'islamisme et le 11 septembre ont fait que cette arme politique est clairement devenue à double (voir à triple) tranchant et que voir une partie de la Russie se changer en califat n'arrangerait sans doute pas les affaires des États-Unis et le succès de la lutte antiterroriste.

lundi 10 mars 2014

De Kiev à Courchevel


Si nulles que soient nos télévisions françaises (loin de tomber néanmoins au (ca)niveau de nos radios), à quelques rares exceptions près, comme Arte, la Chaîne parlementaire et parfois la Cinq, elles peuvent parfois, contre toute attente, nous réserver des surprises en présentant un intérêt imprévu.

Ayant comme beaucoup d'hommes, paraît-il, la manie du zapping, j’ai fait hier soir, dimanche 9 mars 2014, vers 22 heures 15, une brève escale sur la Six où l’un des « sujets » de « Capital » était consacré aux affaires hôtelières et immobilières de Courchevel.

Tout cela était assez curieux et intéressant non par le sujet lui-même, mais par des à-côtés sans doute insoupçonnés des auteurs du film.

On s’y employait, d’abord et surtout, à faire rêver le petit peuple de France devant des aménagements hôteliers souvent aussi hideux qu’inutiles ou même dangereux, comme cette télévision derrière le miroir sans doute sans tain de la salle de bains. Ce doit être là le plus sûr moyen de vous taillader la gueule en vous rasant, à moins qu’un barbier, debout derrière vous,  ne se charge de la chose, mais il pourrait le faire plus commodément, si vous étiez assis dans votre salon, mais enfin…

Tout cela répétait, ad nauseam, ce qu’on a déjà vu cent fois dans ce genre de productions, la seule différence tenant au soleil ou à la neige, selon les temps et les lieux.

Un aspect un peu inattendu était d’ordre immobilier. On a voulu, en effet, mettre du sucre sur le miel, en encourageant la construction de chalets-hôtels, de plus en plus vastes, de 1000 à 6000 mètres carrés habitables, pour de richissimes clients individuels. La municipalité de Courchevel, dans ce but, a donc supprimé la limitation de surface des habitations nouvelles, ce qui a engendré une conséquence inattendue. En effet la surface au sol de la commune de Courchevel n'étant pas elle-même extensible à l'infini, on a commencé à étendre la surface de ces chalets dans des sous-sols. Ainsi, le plus grand d'entre eux est actuellement un chalet de sept étages, dont une bonne partie est inévitablement souterraine, la pente naturelle de l'endroit donnant, toutefois, sur l'arrière du chalet, un accès libre. Les milliardaires qui louent, à prix d’or, ces chalets ne doivent pas être prévenus que, pour une bonne partie de leur séjour, ils seront réduits à la condition de troglodytes ! Je dois dire que, sur ce point l’infortune à venir de ces nouveaux hommes des cavernes ne m’a que faiblement ému et c'est un autre aspect de cette question que je souhaiterais aborder ici.

En effet, et en cela l’affaire de Courchevel illustre admirablement la gestion sociale et économique « à la française », dont le premier trait est de ne pas voir plus loin que le bout de son nez. En effet, la recherche d’une clientèle, peu nombreuse et peu présente, quoique richissime, a naturellement plombé l’économie globale de la station dans son ensemble, comme nos niches et nos fraudes fiscales, si favorables aux puissants amis du pouvoir, ont creusé vertigineusement notre dette et ruiné notre économie nationale ! A Courchevel, l’encouragement systématique de l’enrichissement de quelques-uns, via la spéculation immobilière et quelques commerces de luxe, a plombé la fréquentation des piste (10% par an de moins à la louche) et, de ce fait, l’économie globale de la commune. Pour pousser plus loin la comparaison avec le gouvernement de la France, on a même fait voter tout ça par le conseil municipal, sans doute quelque peu myope comme notre bon peuple de France !

Le point intéressant à mes yeux dans le contexte actuel est que la clientèle de ces immenses chalets et de ces restaurants de super-luxe est majoritairement … ukrainienne (au moins trois groupes ou familles parmi les rares clients qu’il nous a été donné de voir) ou grecque ! 

Cela montre toutefois que l'Europe est non seulement bonne fille (on le savait déjà), mais qu’elle entoure de beaucoup de discrétion ses œuvres sociales ; les 16 milliards d’euros que nous finirons bien donner à l'Ukraine à la place de Poutine seront donc bien utilisés ; après tout, Courchevel n'est pas si loin de la Suisse et en apportant leurs valises de billets à Genève, Ukrainien et Grecs pourront faire une petite halte à Courchevel. Il faudra naturellement qu'ils n’y déposent pas tout car les tarifs proposés à nos hôtes assistés sont tout sauf modestes. La semaine de location dans l'un des plus petits chalets disponibles coûte entre 150 000 et 300 000 € ; dans les restaurants, que sont invités à fréquenter nos amis ukrainiens, si j'ai bien retenu les chiffres, le menu touristique qu'on leur propose est à 320 € par personne (les tickets restaurant n’y sont pas utilisables ! Bref, à la louche pour une petite famille, une petite semaine et un petit chalet, comptez un million d’euros (le forfait de remontées mécaniques est gratuit mais on peut toutefois aussi amener son Russe avec soi pour se faire remonter à dos d’homme).

Je me suis souvent exprimé dans des billets sur les subventions des « paquets Delors » de la Grèce (faute de connaître assez l’ukrainien, je ne sais quel sera le néologisme local), mais ces milliards doivent être avoir été dépensés ou planqués depuis longtemps, et, en Grèce, on ne peut plus guère compter que sur les armateurs et les popes ! Il nous reste toutefois l'Ukraine et apparemment la connexion est déjà bien établie.

Nous devons toutefois nous consoler car, grâce à Courchevel,  après tout, une partie des milliards d'euros retombera dans l'escarcelle française, du moins peut-on supposer mais pas nécessairement dans celle de la nation. En revanche, toutes ces négociations sur l'Ukraine,  qui ne vont pas manquer se dérouler, dans les mois et les années qui viennent, doivent impérativement se tenir à Courchevel. Pourquoi dépayser ces pauvres Ukrainiens (mais aussi les Russes, tout aussi familiers du lieu) en les faisant se déplacer à Bruxelles (dans le « plat pays » !) , alors qu'ils semblent tant apprécier Courchevel et ses cimes et qu'ils l’apprécieraient encore davantage si le séjour leur y était offert ?

mercredi 5 mars 2014

"Ça va faire une maudite poutine ! » ou "Où Usbek Consulting & Co se mêle de politique"


Ce titre, avec , dans sa seconde moitié, son allure très roman picaresque du XVIIIe siècle, annonce que je vais sortir un peu des sentiers que je bats le plus souvent. J'aurais pu tout aussi bien intituler ce billet (plus clairement peut-être) «  La digue du gaz » ou « De Nantes à la Crimée » en référence, un peu lointaine je l’avoue , à l’une de nos vieilles chansons françaises , bien connue. Quant à la "maudite poutine" je laisse à Succus aceris le soin de nous l'expliquer (si possible !)
Comment entendre, en fait un tel rapprochement ?
C'est tout simple pourtant. Quand on prend une décision politique, il faut toujours prévoir le deuxième coup (qui sera peut-être le troisième voir le quatrième) ce qu’on dit souvent, de façon plus générale, « Gouverner c’est prévoir ».
Commençons par le plus simple, en l'occurrence le choix par François Hollande de Jean-Marc Ayrault comme Premier Ministre. Quelles que soient les raisons qui ont pu être avancées en faveur d'un tel choix pour un siège inévitablement éjectable ? Il me semble qu'il a été l'objet de diverses interprétations, un peu branlantes souvent, comme celle qui expliquait cette décision par le fait que JMA avait été longtemps président du groupe socialiste à l'Assemblée nationale. Cette explication ne tenait guère la route puisque ce groupe avait été entièrement renouvelé ou presque par les élections législatives de 2012, mais passons sur ces détails.
Je crois personnellement que le choix initial de François Hollande s'explique par l'affaire de l'aéroport de Nantes (Notre-Dame des Landes) dans laquelle Jean-Marc Ayrault était très engagé et dont on savait très bien qu’elle serait à la fois une pomme de discorde avec les écologistes et, de ce fait même, un excellent et imparable prétexte pour se séparer de ce Premier Ministre, au cas où les choses conduiraient à l’envisager, quels qu’en soient les vrais motifs. Rien de plus simple, si besoin est, que de souffler un peu sur le feu aéroportuaire pour justifier l'éviction de Jean-Marc Ayrault, bien entendu dans un pur esprit de conciliation.
Les choses sont un petit peu plus compliquées, quand il s'agit de la Crimée que Nikita Krouchtchev a, généreusement et contre toute attente, rendue indépendante en 1954. Il s’agissait en fait pour lui surtout de faire oublier ou de compenser un peu, symboliquement, les atrocités commises par Staline (mort en 1953, ne l’oublions pas et dont les vraies raisons ne tenaient guère la route !). Il est piquant, en effet, de reprocher aux Tatars leur collaboration avec Hitler quand on a soi-même signé avec lui, le premier, le pacte germano-soviétique ! A la fin de l’URSS, en 1990, Eltsine, bourré peut-être ce jour-là comme souvent, a oublié ces détails et a maintenu les choses en l’état, sans corriger le tir ! Pas si sûr toutefois comme on va le voir !
Quelle que soit sa position géographique, la Crimée n'est pas tout à fait l'Ukraine et l'importance stratégique de Sébastopol (le port de la flotte russe sur la Mer Noire et vers le Sud, de toute façon jusqu’en 2042 au moins au terme des plus récents accords ) rendait le cas de cette minuscule péninsule très particulier par rapport à l'immensité ukrainienne. En dépit des apparences, Khrouchtchev (suivi en cela plus tard par Eltsine) avait compris que la Crimée et surtout Sébastopol constitueraient toujours, quelle que soit la suite des événements, un excellent et très efficace prétexte pour intervenir dans les conflits en Ukraine, quels qu’ils soient, si le besoin s'en faisait sentir.
La Crimée est donc dans la politique de la Russie envers l'Ukraine, ce que l'aéroport de Nantes est pour le Premier Ministre Jean-Marc Ayrault dans les rapports du PS avec les écologistes comme dans l'avenir primo ministériel de ce brave Monsieur dont les récents événements de Nantes n’ont pas renforcé la position comme on le voit chaque jour. Je pense que, dans un cas comme dans l'autre, n Crimée comme à Matignon, les préservatifs politiques rempliront leur office, si besoin en est car ils là pour ça !
Pour ce qui concerne la politique française, les choses sont tellement évidentes qu'il me paraît inutile de s’y attarder ; le temps est désormais  du choix de son successeur pour lequel je serais assez tenté d'organiser à cette fin une course en sac qui aurait au moins l'avantage d'amuser le petit peuple de France, plus que ne le feront les tractations secrètes qui ont déjà commencé entre des candidats et des candidates qui ont bien du mal à dissimuler leurs ambitions. Même les radios bignoles en font leurs choux gras et lancent des concours de pronostics !
Le cas de l'Ukraine est plus complexe quoique tout aussi évident.
Sans remonter au déluge, l'Ukraine qui était autrefois le grenier à blé de l'Europe a toujours constitué un enjeu économique ou politique de tout premier plan ; dès la fin de la Première Guerre Mondiale, les « Rouges », les « Blancs » (russes) et « Verts » (ukrainiens) s’y sont battus comme des chiens, les principales victimes étant ukrainiennes, car c'étaient essentiellement les ressources alimentaires que se disputaient les premiers au détriment naturellement de la population locale.
Laissons l’histoire de côté car elle n'intéresse guère et est ignorée. J’ai même entendu, il y a quelques jours, un de nos journalistes éminents rappeler avec émotion que la Première Guerre Mondiale avait commencé car l'assassinat de l'Empereur d’Autriche ! Je vous jure que c'est vrai mais ce n'est qu'un détail parmi beaucoup d'autres.
Quoiqu'on soit bien loin de Marseille dans tout cela, c'est une pagnolade à deux comme toujours entre le Kremlin et Washington sous le signe de : «  À moi i me fend le cœur et à toi i te fait rien ! » et « Alors on ne retient plus ici ! ». Le tout  avec un accent marseillais que l'informatique ne permet pas encore de reproduire !
Il est bien évident que Poutine, qui joue toujours les Rodomonts, en fait un peu trop même, s’il se borne à faire des moulinets qui n'impressionnent guère, et même s'il revêt, pour la circonstance, sa tenue de judoka poids mouche. Il a, en effet, de bonnes raisons de se calmer en son for intérieur, en dépit de ses coups de gueule et de ses mouvements de menton ! Soyons brefs !
La première raison est que les Russes, déjà en crise,  détiennent l'essentiel de la dette ukrainienne ; ces rodomontades ont eu, pour l’instant, un seul effet immédiat, quoique très bref, (jusqu'à ce que les financiers aient pris le temps de la réflexion et donc de la rigolade) qui a été l'effondrement de la Bourse à Moscou. Heureusement que les milliards de Poutine sont planqués ailleurs !
La seconde raison  est que le seul et unique client pour l'achat du gaz russe est hélas l'Europe et, que faute de cette clientèle, l'économie moscovite peut mettre la clé sous la porte. En effet, il suffit de regarder la carte des tubes (si fragiles et si aisément sabotables par ailleurs – encore un conseil gratuit de Usbek Consulting & Co aux séditieux Ukrainiens !) qui acheminent le gaz russe vers l’Ouest, pour voir que chacun tient l’autre par la barbichette et que celle de Poutine est la plus courte car il n’a aucun autre client pour son gaz ! Vous pourrez alléguer avec bon sens que les Européens seraient aussi ennuyés de ne plus avoir le gaz russe ! C'est vrai, pour un temps du moins, sauf que lesdits Européens peuvent acheter du gaz liquéfié, en particulier au Qatar qui a investi des sommes colossales dans une puissante industrie de liquéfaction, faute de pouvoir songer lui à utiliser des tuyaux et possède des réserves infinies à court terme. Il faudrait tout de même vérifier que les révolutionnaires ukrainiens ne sont pas financés par le Qatar 
Tout cela et en particulier les grands gestes et les propos vigoureux de Monsieur Poutine sont en fait à interpréter à lumière de la seule politique intérieure russe à laquelle ils sont destinés en réalité ! Ils visent à peine à faire peur aux Européens que Poutine ne juge tout de même pas assez stupides pour prendre au sérieux toutes ces gesticulations.
Le seul à tirer quelque profit sur les deux plans que j'ai évoqués est Monsieur Laurent Fabius qui se donne des allures de sauveur du monde, sans y croire un seul instant (je parle bien sûr des risques que présente la situation globale) set non d ses chances de se voir désigné comme Premier Ministre.
Tabernac ! Maudite poutine
!

lundi 14 octobre 2013

Gérontocratie européenne


Grande fiesta européenne pour les Journées de Bruxelles organisées, ce jeudi 10 octobre 2013, par le Nouvel Observateur avec comme animateur Laurent Mouchard dit Laurent Joffrin, qui aurait été mieux inspiré dans ce rôle en révélant un peu aux spectateurs, souvent jeunes semble-t-il, le dessous des cartes.

 À la télé (car vous l'aurez deviné, je n'étais pas à Bruxelles), le spectacle avait des allures de musée Grévin, car il s'ouvrait par la présentation des deux vedettes de la soirée. Le premier arrivant était Valéry Giscard d'Estaing, 87 ans aux prunes, quasi momifié, qui était chargé d'ouvrir le spectacle ; son concurrent direct, qui le suivait de près, était Jacques Delors, son aîné d'une année (88 ans). Il manquait hélas à cette petite fête, Monsieur Martens, hélas ravi à l'affection de l'Europe quelques jours auparavant, à 77 ans, frappé en pleine jeunesse par un inexorable destin.

Ce qui est admirable dans toute cette affaire, c'est que l'un et l'autre, car je n'ai guère entendu que des fragments des discours de ces deux vedettes, semblent parfaitement satisfaits quand ils se retournent, dans la mesure où leurs articulations le leur permettent encore, pour examiner leur œuvre et leur bilan européens.

Giscard, déçu dans ses perspectives de réélection à une seconde présidence de la République en France, n'a cessé de rêver en vain, en ses lieu et place, à une présidence de l'Europe ! Dans toute cette affaire, sa responsabilité est toutefois bien moindre que celle de Jacques Delors.

Ce dernier, au fond, à parcouru un chemin onirique un peu inverse. Après avoir rêvé d'être Premier Ministre (en 1981), déçu d'abord dans cet espoir par le choix de Mauroy puis viré du gouvernement Fabius, il est entré, en 1985, dans la galère européenne et y est resté à la barre jusqu'en 1995, pour notre malheur.

Il a été, en effet, alors un des pères de la "grande" Europe au moment de la fin de l'URSS et du racolage frénétique des PECO (1993) qui n'avaient rien à y faire. Faire nombre était la grande idée de Delors ; pour faire une Union européenne, qui se voulait celle de l'industrie et du commerce, on y a fait entrer, sans la moindre réflexion, une série de clampins de tout poil. Delors y avait fait entrer l'Espagne et le Portugal (1986) et mis en œuvre la fameuse intégration européenne de la Grèce dont on a vu les résultats(acquise depuis 1981) ; tout le monde savait qu'elle était frauduleuse, puisque ses comptes, vendus à prix d'or par Goldman-Sachs, étaient totalement falsifiés. Le folklore grec a immortalisé le nom même de Jacques Delors par la tradition des "paquets Delors" (le «  paquet Delors I  » de février 1988 visait, à l'origine, à financer les mesures d’accompagnement du marché unique) ; les milliards donnés par l'Europe, qui arrivaient en Grèce, en repartaient aussitôt pour les paradis fiscaux, la Suisse en particulier 

Bref, Jacques Delors, entre 1985 et fin 1994, a été l'initiateur et le propagandiste de l'incessant élargissement, démentiel et irréfléchi, de l'Europe dont nous payons toutes les conséquences aujourd'hui dans l'Est (avec les PECO ou les Etats baltes) comme dans le Sud (avec les pitreries de l'intégration européenne de Chypre ou de Malte ! On attend encore avec impatience celle du Vatican qui ne serait pas la pire). Notre malheur n'est sans doute pas fini puisque la grande négociation actuelle, on le sait, est celle de l'entrée de l'Ukraine qui a donné toutes les garanties du côté de la démocratie qu'on exigeait préalablement d'elle, avec l'affaire Timochenko! Le problème n'est d'ailleurs pas seulement là, car l'Ukraine n'est pas Malte et ses 46 millions d'habitants nous préparent des lendemains qui chantent et les Ukrainiens  vont sans doute, pour partie, venir s'ajouter au déferlement oriental. Nous sommes d'autant moins sortis de l'auberge européenne que c'est aussi à ce bon Monsieur Delors que nous devons l'espace Schengen dont nous subissons aujourd'hui toutes les conséquences.

Sur un autre plan, l'Europe, de façon plus ou moins directe, est devenue une sorte de maison de retraite spirituelle pour ceux qui rêvent, comme Giscard et Delors bien entendu au premier chef, de la gloire des Jean Monnet et Robert Schuman ; ils songent même désormais au Panthéon, même s'il est trop tard pour eux de songer à changer de sexe pour passer devant les autres ! L'Europe est une sinécure pour certains autres, beaucoup plus jeunes et assez malins qui pour s'en faire une, comme ce brave Romano Prodi, grand apôtre actuel de l'intégration de l'Ukraine mais qui, il faut bien le dire, est un bambin à côté des deux autres avec ses 75 ans. C'est sans doute ce qui lui permet de jouer à la fois la carte du Sahel (avec l'ONU) et celle de l'Ukraine (du côté de l'UE).

Le plus remarquable de tout cela est que ces bons vieillards semblent vivre davantage dans le passé que dans le présent et moins encore dans l'avenir, ce que l'on comprend ; le principal mérite de l'UE aux yeux de Giscard est qu'elle « a rétabli la paix sur notre continent », ce qui est, pour le moins, faire bon marché de feue la Yougoslavie ; quand on lui fait observer que les Européens "n'aiment pas l'Europe", ce qui est bien normal après tout puisqu'elle apparaît sans cesse comme un cerbère sourcilleux et tatillon, plus préoccupé de l'épaisseur des tranches de mortadelle ou du pourcentage de cacao dans le chocolat que de l'harmonisation des régimes fiscaux ou sociaux des Etats membres, il n'en croit rien, car il n'en retire, lui, que des bienfaits, des invitations et des honneurs ! Il persiste donc à croire, contre toutes les évidences, que la majorité des Européens est aussi optimiste que lui.

Quant à Jacques Delors (ce syndicaliste de gauche farouche qui mettait sa petite Martine à l'école au « Collège privé Notre-Dame-des-Oiseaux », rue Michel Ange), il persiste dans ses contradictions et ses utopies, mais je pense que ses économies comme ses retraites, diverses et multiples, le mettent à l'abri des calamités financières qui frappent la majorité des pauvres Européens. En tout cas, il est clair qu'il n'a aucune conscience des sottises qu'il a pu commettre et du caractère fâcheux de leurs conséquences que nous subissons chaque jour.

Apparemment à Bruxelles, on leur a épargné les tomates et les oeufs punais qu'on pouvait craindre et qu'ils méritaient. Ils ont pu, une dernière fois peut-être, jouir avec délices de tous les honneurs, descendre de leur limousine, se faire tirer le portrait (on prépare les "nécros"), signer des autographes et serrer des louches. Heureux vieillards !
 Les choses seront sans doute moins gaies pour ces nonagénaires, grands admirateurs d'une Europe dont ils se jugent les pères fondateurs, alors que les élections qui se profilent pour le printemps amèneront sans doute au parlement de Strasbourg une majorité d'anti-européens ; la chose leur pend au nez mais ils ne le voient pas, car ils ne sont pas plus clairvoyants aujourd'hui qu'ils ne l'ont été dans le passé.