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dimanche 13 avril 2014

Pour bien réussir dans la politique...

Je ne vous referai pas le coup de la chansonnette « Pour bien réussir dans la chaussure … », j’en rappelle simplement le début : « Pour bien réussir dans la chaussure, / Il suffit simplement d'un corsage dont l'échancrure/  laisse voir des trésors charmants… ». Je ne peux pas dire non plus que cela ne marche pas de temps en temps ; on a dit autrefois que c'était là ce qui avait suffi à Édith Cresson pour se voir proposer le poste de Premier Ministre par Tonton mais nous n'en sommes plus tout à fait là, quoique…. En fait, il y a désormais deux méthodes plus sûres et apparemment fort différentes l'une de l'autre ; les récents remaniements politiques nous montrent qu'elles sont toutes deux susceptibles de réussir.
La première est la plus délicate, car elle suppose des éléments qui ne sont guère totalement maîtrisables. Elle consiste, dans un premier temps, pour l'intéressé à occuper un emploi clairement destiné à un autre, dans lequel on aura eu néanmoins l'imprudence, l’inadvertance ou la sottise de l’installer. C'est ce qui s'était passé récemment pour l'ex-secrétaire général de l'Élysée  (dont le seul boulot, bref et sporadique, est de lire des papiers sur le perron élyséen !) qui est apparu d’emblée comme un exemplaire de cette espèce d'individus totalement insignifiants, arrivé là Dieu seul et le Président savent pourquoi. J’aurais pu tout aussi bien prendre comme exemple d’un tel cas notre ex-Premier Ministre qui, taillé sur le même modèle, a connu la même aventure finale. Comme on ne peut pas nommer d’emblée comme SG celui qu’on voulait en fait, mais dont la trahison était trop récente encore, il faut mettre en place comme bouche trou un pantin insignifiant, sorti on ne sait d’où, qui ne fera pas d’histoire quand on le virera au profit du copain enfin pardonné ! Il la bouclera d’autant plus que son éviction sera largement compensée, sur tous les plans, par sa nouvelle nomination. Il fallait un financier, ce fut un préfet qui l’obtint !
L'ex-Premier Secrétaire du parti socialiste constitue un cas en apparence un peu analogue, mais néanmoins très différent dans les faits. Sa première nomination en 2012 fut déjà tout un poème ! Sa nullité reconnue, loin d'être un obstacle à sa nomination le servit. La batterie de cuisine qu’il trimbalait à ses trousses était propre à le rendre docile. Ses erreurs de jeunesse, à une malheureuse époque où il devait faire payer ses costumes favoris par l'association dont il était l’icône afro et chevelue (il a bien changé sur tous les plans) et qui, hélas sans emploi précis (en dépit d’une licence de philosophie à l’ancienneté !), devait se contenter d'emplois fictifs lointains mais peu astreignants. Tout cela avait finit par entraîner des condamnations, dont fort heureusement plus personne ne se souvient et surtout pas le Président de la République, qui s'était pourtant engagé à ne jamais avoir dans son entourage des personnes ayant été condamnées par la justice. Sa force, cachée, était de savoir à la fois qu'il était totalement incapable de remplir la fonction visée alors que cette position était convoitée par une autre figure du parti socialiste, éminente celle-ci, aussi peu vierge que lui sur le plan judiciaire ( à croire qu’il faut ça dans le CV de Premier Secrétaire) mais qui s'emploierait à coup sûr, dans la suite, une fois son incurie avérée, à l’aider à changer d'emploi.
L'astuce toutefois, en pareille circonstance, consiste à occuper un emploi qui se cumule avec la copieuse indemnité d’eurodéputé (pas fou le bougre !) dont on ne peut pas être viré ad nutum (comme disaient les Gracques qu’on verra apparaître plus loin !) et qui exige même un Congrès du PS pour tout changement de titulaire. Dans la mesure où les circonstances empêchent d'en réunir un sur le pouce du jour au lendemain, il est évident qu'on est totalement invirable, sauf démission, et qu'on peut dès lors se faire facilement attribuer, simplement en refusant de céder sa chaise, sinon un ministère plein, du moins un strapontin de Secrétaire d'État. 
L’emploi de député européen, fort rémunérateur, était de toute façon perdu d’avance, vu la concurrence féroce au sein du PS et le poids des has beens ! Quant à l’intérêt pour les affaires européennes, tout indique, de la part de cet eurodéputé une compétence rare qu’ont marquée une absence quasi permanente (place très honorable de 752ème selon Votewatch dans la queue des députés les plus présents au Parlement) et une activité en commission quasi nulle (un seul rapport en cinq ans) !
Tout cela est très banal, mais il existe une autre voie d'accès à un portefeuille de ministre ou, au pire, un maroquin de Secrétaire d'État. Elle est illustrée par le nouveau Secrétaire d'État au budget, Monsieur Christian Eckert qui, jusqu'à cette nomination, était « rapporteur général de la commission des finances de l'économie générale et du contrôle budgétaire » de l'Assemblée nationale (on a supposé qu’il savait compter puisqu’il est professeur de mathématiques, ce qui est d’ailleurs une erreur car, pour les calculs, mieux vaut avoir recours aux physiciens !).
Cette méthode est plus originale car, contrairement à ce que l'on pense et aux comportements de certaines autres ambitions, elle consiste, non pas à faire du léchage systématique des bottes des autorités en place, mais au contraire à les emmerder au maximum, jusqu'au moment où l’on vous évacue par le haut pour se débarrasser enfin de vous.
Monsieur Eckert a beaucoup d'avantages dans cette fonction et dans ce type de stratégie. Dès la naissance peut-on dire car il est né à Algrange, ville dont le nom, à la finale typiquement mosellane, rappelle Gandrange, devenu symbolique. Algrange est l’une des Mecque de la Gauche, ville qui se rendit célèbre pour avoir eu, dès 1923, un maire communiste et fut ensuite un centre des luttes syndicales de 1936 en raison des mines qui s'y trouvaient.
À ce passé glorieux, auquel à vrai dire qu'il ne doit pas grand-chose, Christian Eckert a ajouté des mérites et des choix personnels ; il a été un des rédacteurs du livre paru en 1983, Pour réussir à gauche, dont l’une des corédactrices était M.N. Lienemann, ce qui suffit à montrer la couleur des propositions qui y étaient formulées.
L’amusant de la chose est que ce livre, d’inspiration rocardienne, fut publié sous le pseudonyme des « Gracques », ce qui était à la fois hardi et imprudent puisque si les frères Gracchus (Tiberius et Caius), issus de la nobilitas plébéienne de Rome,  ont tenté, sans y parvenir, de réformer le système social romain cette entreprise ne leur a guère réussi puisqu’ils y ont laissé l’un et l’autre leur peau ! On ne peut pas toutefois reprocher aux politiques socialistes de mal connaître l'histoire romaine, même s'ils essayent de se parer, Dieu seul sait pourquoi, de quelques-uns de ses oripeaux.
Christian Eckert, comme rapporteur général de la commission des finances et dans ses diverses interventions à l'Assemblée nationale, n’a jamais manqué d'avoir une présence constante et très marquée à gauche au sein de la représentation nationale. Un emmerdeur en somme ! Faute de pouvoir le faire taire vu sa position et son passé, il a semblé plus de simple et plus efficace au socialisme libéral, désormais assumé, de l'évacuer par le haut, ce qui sera sûrement tout à fait efficace.

Les voies du pouvoir, comme celles du Seigneur, sont décidément impénétrables ! Feront-elles revenir aux urnes les électeurs ? J’en doute un peu ! On cite souvent comme une formule de Péguy la phrase « Autrefois on mourrait pour la République, maintenant on en vit ». Ce n’est pas tout à fait ce qu’il a écrit dans Notre jeunesse ! Le texte exact est « « La mystique républicaine, c’était quand on mourait pour la République ; la politique républicaine, c’est à présent qu’on en vit.». Au fait songera-t-on à célébrer le centenaire de sa mort au front, en septembre ?

mardi 18 février 2014

« Roland est preux mais Olivier est sage ! » ou « Du côté de la barbe est la toute-puissance

Olivier, le nôtre et non celui de la Chanson de Roland, a montré une fois de plus son sens de l’opportunité en faisant une réapparition, inattendue pour un pauvre provincial comme moi,  dans nos médias, en tant que, semble-t-il, porte-parole du NPA et en sautant avec élégance, ce lundi 17 février 2014, de I-Télé à BFM-TV pour y tenir les mêmes propos, ce qui, après tout, n’est pas trop dangereux puisque l'une et l'autre de ces deux chaînes sont les servantes du grand capital et que ce n’est là qu’un jeu d’enfant pour notre Olivier, expert en sauts périlleux idéologiques. Il n’y a pas encore hélas, en dépit des progrès en ce sens, d’épreuve de ce type aux Jeux Olympiques. 
Je ne l'avais pas vu dans les médias depuis qu'il a abandonné l’énorme plâtre qu'il portait à la main pour une modeste fracture de l'auriculaire, blessure glorieuse subie en tentant d'habiller en costume de facteur les statues du Palais-Bourbon ; je le croyais donc victime de je ne sais ostracisme télévisuel plus que du désamour du NPA, en dépit de la déculottée interne que son parti lui avait infligée et de la crise qui l'agite.
Je ne l’avais donc pas vu ni dans son nouvel emploi, ni surtout dans sa nouvelle apparence, même si je n’arrive pas à croire, comme certains le pensent déjà, que, comme Yannick Noah autrefois, ses conseillers en com’ et surtout ses contrats publicitaires lui imposent de changer régulièrement de look ! Je ne savais donc pas, à ma courte honte, qu'il eût cédé à la mode capillaire actuelle qui a conduit tous les mâles (ou réputés tels) de la télévision à jeter leurs rasoirs aux orties, au profit de modernes tondeuses, dans la production  desquelles se sont lancées les firmes chinoises Wi- Kil-Sone et Ji-Lete, qui vous permettent de conserver en permanence une barbe de trois jours.
Je dois dire que cette mode stupide m'exaspère, non par le port de la barbe qu'au temps de ma jeunesse, j'ai portée un certain temps, mais dans le panurgien et ridicule effet grégaire qui oblige toute binette masculine à s’orner de ces vestiges capillaires, y compris celle de notre petit Nicolas à qui cela va comme « des guêtres à un serpent », ainsi que l’aurait dit ma bonne grand mère ! C'est  aussi particulièrement ridicule dans le cas d'Olivier Besancenot dont le poil est fort rare, ce qui conduit à se demander, en le voyant et avant un examen attentif et prolongé, s'il n’aurait pas oublié de se laver après avoir ramoné lui-même la cheminée de son appartement parisien.
Je ne sais pas exactement ce qui a conduit le NPA, en pleine crise, à faire resurgir de la naphtaline médiatique ce cher Olivier et si on lui a imposé cette condition de présentation faciale propre à faire renaître l’image, certes fort lointaine, de quelques grands ancêtres aux mentons plus fournis ! Je soupçonne plutôt la proximité des échéances électorales et l'incapacité des autres leaders du NPA à s'entendre pour faire, avec autant de talent que notre sage Olivier, une délicate danse du ventre électorale, tout en pratiquant la langue de bois de mise en la circonstance, en particulier sur la question des rapports electoraux entre les diverses « forces de gauche ».
Je soupçonne Besancenot de regretter le bon temps où il faisait une dizaine de voyages par an vers les Antilles , ce que ne doivent assurément pas regretter les habitants de Neuilly (car notre Olivier, pas fou, n’officie pas dans le 93 !).
Le voilà de retour en tout cas et cela fait resurgir surgir en moi un grand regret à son sujet. Vous ne le savez peut-être pas, aussi vais-je vous l’apprendre, Olivier le sage a commencé dans la vie politique comme attaché parlementaire d'Alain Krivine dont il avait aussi (avant ou après) séduit la fille. Leur idylle s'est malheureusement interrompue ; c'est fort dommage car un enfant qui aurait eu pour grand-pères Alain Krivine et Gilles Martinet (un des fondateurs du PSU) et pour parents Olivier Besancenot et Mademoiselle Krivine aurait assurément concentré en lui tout l'ADN révolutionnaire. Nous aurions pu alors espérer des lendemains qui chantent plus et mieux que ceux qui nous sont promis avec là a tête de notre pauvre France un Président socialiste démocratique voire libéral.
Je ne sais pas si ce billet, placé sous la double bénédiction de la moustache de Molière et de la barbe de Victor Hugo, l’une et l’autre infiniment plus fournies que celles d’Olivier Besancenot, suffira à  assurer aux prochaines élections le triomphe des listes de gauche sur les forces de la réaction !

lundi 30 décembre 2013

La quenelle et le fruit sec

Je vous vois déjà, chère lectrices et impétueux lecteur, vous interroger à la fois sur le sujet de ce billet et la légitimité de mon intervention. 

Pour ce qui est de la « quenelle » aucun doute en ce qui me concerne, je suis lyonnais et, comme tel, spécialiste patenté de cette préparation culinaire, bien plus que n'importe quel footballeur, médiocre has been, fût-il lié à Dieudonné M’Bala M’Bala puisqu'il faut l'appeler par son nom.
Je me demande encore, en commençant à rédiger ce billet, ce qui peut bien me pousser à intervenir dans une affaire si dérisoire et si stupide, si ce n'est le médiatique déferlement des âneries depuis 48 heures.

J'entendais samedi la sénateure (ou la sénatrice, je préfère le second terme)  Chantal Jouanno, ex championne de karaté ou de je ne sais quel sport oriental, déclarer que cette quenelle était inspirée du salut nazi ? Voilà ce qui montre à la fois qu’elle n'a jamais vu le salut nazi et pas davantage une quenelle qui ne se porte pas sur le haut du bras droit. Réglons d’emblée ce point historico-culinaire mineur !

Dans la « quenelle » afro-belge, Dieudonné (dont le papa est ewondo et la maman belge) le rôle essentiel est tenu par le bras gauche, alors que, dans le salut nazi, c'est le bras droit qui officie essentiellement et uniquement et dans un tout autre geste. Cette interprétation est donc parfaitement stupide et infondée, ce qui n'a rien d'étonnant vu ce que l'on entend depuis le match en cause.

La goutte d’eau qui a fait déborder le vase de mon indignation est l'audition sur Europe 1, au « grand débat », dimanche soir vers 19h30, d'une discussion réunissant des spécialistes de Dieudonné et de la « quenelle » dans laquelle j'ai entendu (et je n'invente rien sinon ce serait pas drôle) avancer que Jean-Marie Le Pen avait un enfant dont le parrain était Dieudonné M’Bala M’Bala. C'est en fait, bien entendu, l'inverse et c'est Jean-Marie Le Pen qui est le parrain de la troisième fille de Dieudonné, ce qui est à la fois plus logique et plus vraisemblable. Cependant cette fausse assertion, absurde de toute évidence, a rencontré l'approbation unanime de ces prétendus spécialistes réunis pour la circonstance et aucun d'entre eux n'a émit le moindre doute à ce propos. C'est dire une fois plus la qualité de l'information même si un tel détail est évidemment dérisoire.

Pour en finir avec l'origine du geste en cause, il pourrait plus vraisemblablement s'agir de la reprise d'une attitude du Docteur Folamour, nostalgique du nazisme qui, dans le film de Kubrick, de sa main gauche empêche son bras droit de se lever pour effectuer le salut nazi, dans une ultime tentative pour se défendre d'exécuter un geste si naturel pour lui. M’Bala M’Bala n’est pas homme à s’embarrasser d’un petit plagiat !

Que vient donc faire la quenelle dans cette affaire ? Les amateurs de ce salut n’ont qu’à se reporter au Trésor de la langue française, dictionnaire dont ils peuvent ne pas être familiers et y apprendre un détail sans doute propre à les réconforter dans leurs hypothèses germanophiles. En effet, l'origine vraisemblable du mot « quenelle » en français, où il est attesté depuis le milieu du XVIIIe siècle, est… l'allemand « knödel » qui désigne « un aliment en forme de boulettes ou de petits cylindres à base de viande, d'abats ou de poisson finement hachés, incorporés à une pâte de farine ou de mie de pain». Le seul apport de M’Bala M’Bala dans cette affairer serait donc le fruit sec qu’il constitue lui-même!

La principale caractéristique de Dieudonné M’Bala M’Bala est que Wikipédia lui consacre quasiment une bonne trentaine de pages dont 250 notes, ce qui me paraît être un record pour cet ouvrage.
Ce que je juge étonnant est que, sur le plan politique, l’antisémite Dieudonné, qui se situait plutôt à gauche et étaitvdéjà noir au début des années 90, a connu ses principaux et désormais seuls succès en s'associant, dans un duo assez réussi, plusieurs quelques années durant, avec Elie Seymoun c'est-à-dire avec un juif. Il fera également dans la suite une brève tentative en 2000 avec Gad El Maleh qui est depuis devenu une de ses cibles dans ses productions actuelles.

Dans le duo Dieudonné-Seymoun, il est clair, vu la suite de leurs carrières respectives, que l'imagination et la vis comica se situaient du côté d’Elie et que les deux hommes se sont séparés, non pour des questions idéologiques ou politiques mais sur la question de la répartition de leurs profits, sans doute dans la mesure où Dieudonné devait sentir qu'il n'était pas tout à fait à la hauteur de son partenaire pour ce qui concerne l'humour et le succès.

C'est à mon avis le moment-clé de l’histoire personnelle de Dieudonné car, à partir du moment où ils se séparent en 1997, le parcours de Monsieur M’Bala M’Bala devient extrêmement sinueux, pour ne pas dire totalement chaotique. C'est alors en effet qu'il s'essaye au cinéma avec un insuccès égal, liant de façon assez absurde, aux yeux des historiens du moins, la question de la traite des Noirs à la responsabilité des juifs. On voit la trace de cette évolution absurde puisque, en 1997, il s'engagera même dans la lutte contre Marie-France Stirbois, candidate du Front National à, Dreux ; il participe en 1998 aux législatives à une liste de gauche ! Nouvelle mutation, à partir de 2000 : il prétend alors incarner une troisième gauche « verte » ; n'ayant pas pu réunir les 500 parrainages qui lui auraient permis d’être candidat à la présidentielle, il se présente aux législatives à Sarcelles, recueillant triomphalement 2 % des suffrages.

Autant dire que Monsieur M’Bala M’Bala fait et dit n'importe quoi, parcourant en tous sens et en zigzags l’Hexagone comme le paysage politique ! Il en est de même pour ses amitiés comme pour ses « collaborations ». Avec Alain Soral qui qualifiait M’Bala M’Bala non sans pertinence, « d'inculte et pas drôle » il se réconcilie et il œuvre avec son frère ennemi. En 2008, il invite le négationniste Robert Faurisson et l’amène sur scène lors de ses spectacles ; il le fait applaudir, l'ayant déguisé en déporté juif ; il sera condamné pour cela, au terme de plus de trois ans de procédure, sans être toutefois frappé d'inéligibilité, ce qui lui permet d'annoncer la création d'une liste« antisioniste », casserole qui déclenche à nouveau une campagne de presse qui est le véritable but recherché.

M’Bala M’Bala montre tout autant d’éclectisme hors de France, mais avec plus de succès semble-t-il, du moins pour ce qui concerne les profits. Cela vaut, dans ses relations avec Carlos (alors en prison et qui qu'il l’assure de son soutien et de son vote … symbolique) mais aussi avec Chavez qu'il rencontre en 2006 à Téhéran où il se rend régulièrement à des fins diverses mais rentables. Il reconnaît lui-même recevoir de l'Iran un budget qui lui permet de réaliser des films ; en 2011, il rend visite à Kadhafi qu'il soupçonne d'être manipulé par le lobby juif !

On constate aisément par tout cela que, depuis ses échecs comme humoriste  et sa séparation d’avec Elie Seymoun), Monsieur M’Bala M’Bala est désespérément à la recherche d'autres sources de succès, tant sur le plan politique qu'électoral, s’alliant tour à tour avec ses anciens ennemis jurés ou se brouillant avec ses anciens amis au fil de ses relations internationales et de ses visées électorales.

Notre ministre de l'intérieur réfléchit à interdire ses spectacle, alors que, curieusement, notre justice a toujours traité, jusqu'à présent, de façon un peu étrangement indulgente, ce prétendu humoriste. En effet, si Monsieur M’Bala M’Bala a déjà été à de nombreuses reprises condamné à des peines d'amende (qu'il n'aurait d'ailleurs jamais payées murmure-t-on) pour « provocation à la discrimination à la haine ou à la violence raciale religieuse », il est stupéfiant de constater que la justice ne lui a jamais infligé la moindre peine entraînant son inéligibilité. Ce serait pourtant là une mesure simple, efficace et surtout logique, plus que sa censure, puisqu'il paraît clair que désormais Dieudonné, ayant sagement renoncé à faire rire, concentre ses efforts sur une carrière politique qu’il a déjà esquissée avec un insuccès qui ne paraît pas l'avoir découragé.

À mes yeux, le principal mystère reste donc le fait, que, en dépit de ses multiples condamnations pour des raisons graves, le personnage n'a jamais été frappé d'inéligibilité, la seule mesure prise sur ce plan l’étant par les électeurs qui le créditent généralement de scores entre 1 et 2 % ce qui indique sans ambage son influence réelle.

dimanche 24 novembre 2013

Kennedy et Obama ?


En ce cinquantième anniversaire de l'assassinat de Kennedy, comment ne pas être frappé, en dépit des différences, par la similarité de leurs parcours qui donne à penser que le second s'est inspiré de la trajectoire et de la stratégie politiques du premier ?

Pour des observateurs peu perspicaces comme moi, il apparaissait, à son époque, aussi peu probable que JFK issu d'une famille irlandaise catholique se fît élire président dans une Amérique où ce groupe ethnico-religieux était non seulement minoritaire, mais encore marqué d'une façon relativement peu flatteuse ; les Irlandais, catholiques, passaient volontiers dans l'Amérique profonde, à moins qu'ils ne se fassent flics (et encore...), pour des voyous voire des gangsters. Dans le cas d'Obama, que dire des noirs, surtout lorsqu'ils sont, en outre, affublés du prénom d'Hussein, même s'il ne figure qu'en seconde position dans leur état-civil. Vu de loin, un papiste irlandais n'avait pas plus de chances de se voir élire président des Etats-Unis qu'un noir de Chicago, ne le fût-il qu'à moitié. Les politologues du CNRS et/ou de Sciences Po nous expliqueront savamment (mais a posteriori comme pour les crises ...) qu'ils jouèrent précisément sur leur caractère minoritaire, l'un comme l'autre, pour donner l'image d'une Amérique accueillante et propre à réaliser tous les rêves, même les plus fous. C'était pourtant loin d'être gagné d'avance et il leur a donc fallu montrer d'autres talents et jouer sur d'autres registres.

L'un d'entre eux fut évidemment leur physique avantageux, dans des genres pourtant fort différents, mais propres à leur attirer les suffrages féminins. J'entendais hier des commentateurs de la carrière de Kennedy s'extasier sur son bronzage permanent qui illustrait, à leurs yeux, son caractère jeune et sportif. De la part de spécialistes de la question, c'est un peu étonnant ! On sait en fait désormais que J.F. Kennedy ne devait son bronzage permanent qu'à une maladie des glandes surrénales qu'on appelle précisément de ce fait « la maladie bronzée d'Addison ». Curieusement, j'ai toujours entendu parler dans ma famille de cette maladie, car un de mes oncles en souffrait et en est d'ailleurs mort lui-même à peu près à l'âge de Kennedy, mais du fait de cette maladie et non pas sous les balles du Mannlicher Carcano de Lee Harvey Oswald.

Au fond, curieusement, leur situation était un peu homologue quoique inverse, Kennedy jouait sur un bronzage flatteur dû à sa maladie qui faisait paraitre malsaine la blancheur de ses concurrents, tandis qu'Obama, tout en étant manifestement noir, l'était en même temps aussi peu et aussi discrètement qu'il est possible du fait, lui, de son métissage !

On m'objectera que ces éléments sont objectifs et quasi intangibles et qu'Obama n'a pas pu jouer sur sa couleur de peau ou son apparence pour se rapprocher du modèle que lui avait donné Kennedy. C'est vrai, mais il en est tout autrement sur l'aspect qu'on pourrait appeler globalement "people", pour lequel il est, en revanche, clair qu'il a adopté l'image du couple de John et Jackie Kennedy.

Bien entendu je ne parle pas ici de la réalité des faits ; si les Kennedy ont toujours donné l'image du parfait couple glamour et de la famille idéale avec les bambins courant dans le bureau ovale sous l'oeil enamouré de leurs parents, on sait que John s'occupait peu de sa famille, menait une vie de bâton de chaise et accumulait les passades, de sorte qu'auprès de lui notre DSK national n'était qu'un pâle amateur ; ses liaisons (comme avec cette pauvre Marilyn qu'il partageait avec son frère) sont demeurées relativement discrètes. Toutefois, ces secrets ont alors été bien gardés, comme ses relations avec la mafia dont l'élément le plus connu est naturellement son amitié avec Frank Sinatra.

Dans la réalité de leur vie, il est clair que Kennedy et Obama menaient des existences très différentes, ce qu'on peut légitimement supposer du moins aussi longtemps que la conduite de Barack est à l'abri de tout soupçon. Il semble d'ailleurs que Jackie et Michele soient, elles-mêmes, des femmes très différentes l'une de l'autre à bien des égards. En tout cas, l'image publique de la famille Obama a été, d'emblée, très strictement calquée sur celle de la famille Kennedy, quelles que soient les réalités qui les différencient dans la vie réelle. Il serait trop long et sans doute parfaitement inutile de comparer tout cela dans le détail, les seules différences importantes étant dans l'âge des enfants qui permettaient une exploitation communicationnelle encore plus efficace et plus grande du côté des Kennedy dont les enfants étaient plus jeunes et permettaient donc des spectacles plus attendrissants et par là, plus efficaces.

Souhaitons toutefois à Barak Hussein Obama de ne pas pousser trop loin, le parallèle et de ne pas finir comme son modèle, solution radicale à laquelle ont certainement dû songer certains de ses opposants mais dont son évolution politique rapide, au cours de ses mandats, l'a sans doute mis à l'abri.

lundi 21 octobre 2013

CDS, titrisation, "Pissotière à roulettes" et Roms (Seconde partie du texte du 17 octobre 2013)


Rendons d'abord à César ce qui est à César et ce qui lui revient à Michel Feher, philosophe de son état et président de "Cette France-là", association créée en décembre 2007, qui se propose de "documenter [sic] le traitement réservé aux étrangers qui, selon les autorités françaises, auraient vocation à être « éloignés »". En l'occurrence, il s'agit de l'idée, fort ingénieuse à mon sens mais vous en jugerez vous-même dans la suite, de comparer à la "titrisation" financière évoquée dans un précédent billet, le traitement des Roms par les autorités françaises (cf. M. Feher "La Titrisation de la Politique Gouvernementale" , Vacarme 01, 23 juin 2010 ; dois-je préciser que les absurdes majuscules anglo-saxonnes de ce titre ne sont pas de moi ?).

Avant d'aborder la question du jour, un simple petit mot sur les Roms eux-mêmes, quoiqu'on nous rebatte les oreilles à leur sujet depuis des mois. Ayant eu moi-même l'occasion d'aller dans l'Est européen, et en particulier en Bulgarie, j'ai pu y constater quel était l'état général et l'image locale de ces populations qui ont là-bas la réputation de vivre en marge de la société "normale", essentiellement de rapines et de larcins. Ayant vécu quelques années à Marseille, j'ai pu y noter que si nombre de Roms y séjournent aux carrefours pour vous salir votre pare-brise en faisant mine de le nettoyer, les autres trimbalent leur récolte du jour dans d'énormes et somptueuses poussettes, de toute évidence "trouvées" dans les corridors d'immeubles ! Je ne reviens donc pas sur tout ce qui a été dit à ce sujet, y compris sur les dizaines de milliards gaspillés par l'UE pour leur intégration et dont ils n'ont jamais vu la couleur, en France comme dans les PECO.

 

En revanche, détail peu mentionné, on doit se souvenir ou plutôt savoir que les Roms ont été ESCLAVES en Roumanie jusqu'au milieu du XIXe siècle (1856 ou 1858 selon les sources) ; c'est assez dire par là quel a pu être leur sort dans le passé ; il est probable que cette condition servile d'autrefois n'est pas sans incidence sur celle qui leur est faite aujourd'hui. Après tout et au fond, leur sort n'a jamais été meilleur que sous le régime communiste..

 

Revenons à notre propos immédiat. J'ai brièvement évoqué, dans un post précédent, la "titrisation", dont le plus bel exemple a sans doute été donné par le traitement de la situation économique de la Grèce, cas magistralement expliqué par Gaël Giraud aux admirables et intelligibles travaux duquel je ne puis que renvoyer. L'idée ingénieuse de Michel Feher, en la circonstance, a été de voir comment le cas des Rom peut illustrer les nouvelles technologies de manipulation de l'information qui reposent sur une double base en quelque sorte. Elle fait que nos hommes politiques (et on le voit assez dans l'affaire du cumul des mandats) ne souhaitent rien d'autre que être reconduits, dans l'ensemble de leurs fonctions, nationales et locales, toute leur vie durant, car cette dualité de pouvoir leur permet de manipuler, au mieux de leurs intérêts électoraux personnels, l'information et, par là même, l'électorat, plutôt que de tenter de réaliser ou même d'entreprendre les actions généralement chimériques, qu'ils ont annoncées voire promises dans leurs programmes électoraux.

 

Si l'on se place dans la perspective de Michel Féher et si j'ai bien compris la métaphore de la "titrisation", les électeurs sont, en quelque sorte, les actionnaires qu'on va tromper par des discours fallacieux ; on les manipule à travers des opérations qui ne visent qu'à orienter le marché électoral, sous le déguisement d'une gestion apparemment efficace et méditée de flux migratoires jugés intempestifs, plutôt que par une réelle action en faveur d'objectifs déterminés.

 

La métaphore de la "titrisation" des Roms, comme toutes les métaphores, souffre toutefois d'une volonté, excessive mais inévitable, de la prolonger jusque dans des détails qui finissent par la rendre absurde. Je n'irai donc pas jusqu'à dire, selon l'analyse du néolibéralisme que fait Michel Féher, que les 20.000, 25.000 ou 30.000 Roms séjournant en France constituent une "bulle spéculative" comme ont pu l'être, naguère, les "subprimes". En fait après avoir admiré et loué l'ingéniosité de la métaphore, je n'en retiendrai qu'un aspect un peu élémentaire qui peut s'expliquer de la façon la plus simple.

 

En réalité, dans le jeu politicien français, les camps de Roms sont devenus un outil électoral qu'on manipule de la façon la plus rudimentaire mais la plus efficace. Supposons un camp de Roms de 500 personnes qui se trouve dans une ville ou dans une zone A. L'astuce politicienne de base consiste, après l'avoir laissé s'installer ce camp dans la zone A, ce qui vous attire fatalement la fureur des indigènes du coin vu la croissance forte des cambriolages et vols de toutes sortes, vous gagnera, en revanche, la reconnaissance pré-électorale de ces mêmes électeurs de la zone A, le jour où vous allez les débarrasser de cette plaie en  faisant passer le camp dans une zone B. Il va très vite y susciter une animosité et une colère des électeurs que l'on changera, au bout d'un délai raisonnable, en reconnaissance et en capital électoral, en faisant passer, cette fois-ci, ce même camp de Roms de la zone B dans une zone C, et ainsi de suite…

 

Comme disait le bon peuple, "ça ne mange pas de pain" et les seuls qui sont vraiment gênés et définitivement mécontents sont les pauvres Roms qu'on contraint de déménager à des périodes régulières car eux ne votent pas ! Ces déplacements ont toutefois l'avantage d'ouvrir de nouveaux champs d'action à leurs larcins et à leurs rapines. Cette stratégie permet aussi, au plan médiatique, de belles opportunités à d'autres acteurs. D'abord aux belles âmes du coin, le plus souvent peu enclines dans les faits à sédentariser quelques Roms par un accueil dans leurs propres demeures ou dans leurs jardins, mais qui ne dédaignent pas de porter leur coeur en écharpe devant micros et caméras. Aux politiciens ensuite (j'use ici, à dessein, de ce terme, péjoratif en français) qui, par là, peuvent augmenter leur clientèle et donc leur capital électoral, quel que soit, par ailleurs, leur bord politique, ce qui est une singularité rare et par là même riche de sens, puisque ces expulsions de Roms, comme on a pu le constater, sont le fait, aussi bien des municipalités de gauche que de celles de droite.

 

Ce qui favorise aussi cette forme de titrisation des Roms est naturellement leur habitat, le plus souvent mobile, qui permet de les obliger facilement et rapidement à se déplacer, ce qui serait beaucoup plus compliqué s'il s'agissait de paysans du Larzac par exemple, qui ont été longtemps le fonds de commerce de Monsieur Bové, avant qu'il décroche les 15.000 euros mensuels de sa sinécure européenne. Ajoutons que nos paysans seraient sans doute plus prompts à prendre la fourche, voire à décrocher le fusil!

 

Et "la pissotière à roulettes" ?

 

Que vient-elle faire dans cette affaire car je vous sens déjà anxieuse et impatient (parité oblige) de savoir comment je vais en justifier l'étrange présence dans le titre de ce post.

 

Petit rappel littéraire et historique.

 

L'inventeur de ce concept audacieux, modernisation hardie de la trouvaille bien connue de l'empereur Vespasien qui démontra, du même coup, à son sceptique de fils, que "l'argent n'a pas d'odeur ", est Marcel Pagnol. Il a use de ce terme nouveau dans une scène fameuse de Topaze avant que le "concept" soit repris, sous une forme un peu différente mais dans le même esprit, dans Clochemerle.

Il me faudrait pouvoir ici reproduire l'accent de Fernandel s'adressant au "politicien local" qu'il vient de dépouiller à son tour, car nous retrouvons ici la politique et les "mandats" (à tous les sens du terme) :

"Voyez-vous, mon cher Régis, je vous ai vu à l'oeuvre et je me suis permis de vous juger. Vous n'êtes pas intéressant. Vous êtes un escroc, oui, je vous l'accorde, mais de petite race. Quinze balayeuses, trente plaques d'égout, six douzaines de crachoirs émaillés...Peuh...Le jeu n'en vaut pas la chandelle. Quant aux spéculations comme celles de la pissotière à roulettes, ça, mon cher, ce ne sont pas des affaires : c'est de la poésie toute pure. Non, vous n'êtes qu'un bricoleur, ne sortez pas de la politique'.

Comme les Roms eux-mêmes, la pissotière de Topaze est "à roulettes"! Cet édicule, dont personne ne veut, même si chacun est heureux de trouver de temps en temps sur sa route et si d'aucuns s'y donnent même des rendez-vous qu'on hésite à qualifier de galants, est en effet déplaçable ! Une pissotière à roulettes, comme les Roms, peut-être déplacée quand sa présence est devenue trop intolérable dans le lieu où on l'avait d'abord installée. Ce déplacement s'achète alors ! Des espèces sonnantes et trébuchantes dans un cas, des voix dans une élection, où est la différence ?

 

Le déplacement des camps de Roms, ce n'est certes pas de la poésie, selon le mot de Topaze, mais ce peut être de la stratégie électorale, quelle que soit l'épithète dont on la décore ou dont on la masque.

 

jeudi 17 octobre 2013

CDS, titrisation, "Pissotière à roulettes" et Roms


Première partie : CDS : "Voulez-vous jouer avec moa?"

"Voulez-vous jouer avec moa?" Ce titre est celui d'une pièce de Marcel Achard (1923 me semble-t-il?) qui n'a rien à voir avec mon propos, quoique je mette en jeu pour le vainqueur, dans cette affaire, la fameuse tringle à rideaux du regretté Coluche. Venons-en au fait et au jeu !

Savez-vous ce que veut dire CDS ?

"Il rings the bell" ? Dans notre dialecte ordinaire, on dit plutôt "ça vous dit quelque chose!" Non ? Je vous vois déjà vous précipiter, d'un geste plein d'espoir, sur Google et Wikipedia pour y lire, non sans étonnement, que le CDS (pour Centre des Démocrates Sociaux) est "un parti politique français du centre droit, de conviction démocrate-chrétienne, fondé au congrès de Rennes, par la fusion du Centre démocrate de Jean Lecanuet et du Centre Démocratie et Progrès de Jacques Duhamel" In cauda venenum ! Vous vous voyez déjà en possession de la tringle à rideaux quand vous lisez la suite  : " Le CDS fusionne, dans la suite, avec le PSD et devient "Force démocrate" en novembre 1995, sous l'impulsion de François Bayrou".  L'évocation de ce dernier nom vous donne à croire que vous brûlez, mais pas du tout vous êtes au pôle (... avant la fonte des glaces !). Paix à toutes ces belles âmes mais vous n'êtes pas dans le coup et même fort loin du but !

Car "CDS" n'est pas du français mais forme l'acronyme, moderne lui, de "Credit Default Swaps", car la perfide Albion est le temple majeur et incontesté de la finance ; à ce titre, elle attire désormais le tiers de nos polytechniciens ; en revanche, la France, elle, demeure la pépinière des Médailles Fields (le Nobel des mathématiques) dont le plus pittoresque titulaire est sans aucun doute le dernier, que caractérisent, non sans pittoresque, son génie mathématique, son amour des lavallières et sa passion des araignées!

Venons en donc aux CDS en laissant de côté la tringle à rideaux qui restera inaccessible !
Les CDS, qu'on nomme poétiquement en français "couvertures de défaillance"[""" ou, plus joliment, "dérivés sur événement de crédit" ou même plus mystérieusement "permutations de l'impayé" constituent des "contrats de protection financière entre acheteurs et vendeurs", qui, dit-on, furent imaginés au sein de la banque John Pierpont Morgan. En France, cette pratique appelée "titrisation" (en anglais securitization ) a été introduite par la loi du 23 décembre 1988. Sous l'impulsion de P. Beregovoy, elle visait, en principe, à faciliter le développement du crédit immobilier en permettant aux banques de sortir les créances de leurs bilans et d'améliorer leur ratio « Cooke ».

Attachez vos ceintures car nous entrons à la fois dans une zone (ô combien turbulente, souvenons-nous des "subprimes") et surtout dans une "terra incognita", où se trouvent, non pas les innocents "ursi vel leones" des régions blanches et inexplorées des cartes d'antan, mais des ogres de phynances infiniment plus avides et plus redoutables. Je ai mis ici un peu de latin pour vous préparer à celui de la suite qui n'a rien d'ecclésiastique comme vous allez le constater :

"L'acheteur de protection verse une prime ex ante annuelle calculée sur le montant notionnel de l'actif à couvrir, souvent dit de référence ou sous-jacent (ce montant étant également appelé encours notionnel du CDS), au vendeur de protection qui promet de compenser ex post les pertes de l'actif de référence en cas d'événement de crédit précisé dans le contrat. Il s'agit donc, sur le plan des flux financiers, de l'équivalent d'un contrat d'assurance".

Poursuivons dans Wikipedia : "Il s'agit d'une transaction non-financée : sans obligation de mettre de côté des fonds pour garantir la transaction, le vendeur de protection reçoit des primes périodiques et augmente ses avoirs sans nul investissement en capital si aucun événement de crédit n'a lieu jusqu'à maturité (la fin) du contrat. Dans le cas contraire, événement plus ou moins probable mais très coûteux, il est contraint de faire un paiement contingent, donc de fournir des fonds ex post. Il s'agit donc d'une exposition hors-bilan.

Les CDS ont été largement incriminés dans la responsabilité de la crise financière de 2007-2010 puis la crise de la dette dans la zone euro de 2011".

Tu m'étonnes!  On dit que le marché des CDS représente plus de 90% de tous les dérivés de crédit, les trois-quarts de ce marché étant entre les mains d'une dizaines de "dealers". Mieux encore, en 2008, le marché des CDS dépassait de dix fois le montant total des créances sous-jacentes et même le PIB mondial !

En somme, X achète à Y, par exemple, un CDS sur une créance-bidon (des obligations d'Etat grecques pour prendre un cas célèbre), sans être lui-même en rien un créancier de la Grèce; il le fait sur une base de prix qu'on nomme, dans le langage fleuri des traders, "le montant notionnel de l'actif à couvrir" (j'adore le "notionnel" qui veut simplement dire que ce montant est théorique et équivaut souvent à plusieurs fois le montant de la créance elle-même !) ; l'acheteur (celui qui par là s'assure en quelque sorte), ne paye pas le vendeur, en réalité, sauf en lui versant "des primes périodiques", le seul intérêt du "vendeur" (l'assureur) étant "d'augmenter ses avoirs [purement théoriques puisque c'est de la monnaie de singe en général] sans nul investissement en capital".

Il ne reste plus au "vendeur de protection" (l'assureur) qu'à prier pour que ne se produise pas un "événement de crédit" [toujours ce bel art de litote, puisqu'il s'agit là de la faillite de la Grèce par défaut de paiement] et à "l'acheteur de protection" qu'à prier, à l'inverse, pour que se produise le même fâcheux "événement de crédit" qui lui permettra de toucher l'assurance. 

Si vous comprenez quelque chose à ce système, dites-le moi et surtout expliquez-moi comment on peut être assez stupide pour marcher dans pareille combine, sauf si le vendeur et l'acheteur de CDS sont une seule et même personne ou institution et si l'on trompe sciemment le gogo acheteur !

Pour y comprendre un peu quelque chose, faites comme moi, lisez Gaël Giraud sj, notre génial trader devenu jésuite

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lundi 14 octobre 2013

Gérontocratie européenne


Grande fiesta européenne pour les Journées de Bruxelles organisées, ce jeudi 10 octobre 2013, par le Nouvel Observateur avec comme animateur Laurent Mouchard dit Laurent Joffrin, qui aurait été mieux inspiré dans ce rôle en révélant un peu aux spectateurs, souvent jeunes semble-t-il, le dessous des cartes.

 À la télé (car vous l'aurez deviné, je n'étais pas à Bruxelles), le spectacle avait des allures de musée Grévin, car il s'ouvrait par la présentation des deux vedettes de la soirée. Le premier arrivant était Valéry Giscard d'Estaing, 87 ans aux prunes, quasi momifié, qui était chargé d'ouvrir le spectacle ; son concurrent direct, qui le suivait de près, était Jacques Delors, son aîné d'une année (88 ans). Il manquait hélas à cette petite fête, Monsieur Martens, hélas ravi à l'affection de l'Europe quelques jours auparavant, à 77 ans, frappé en pleine jeunesse par un inexorable destin.

Ce qui est admirable dans toute cette affaire, c'est que l'un et l'autre, car je n'ai guère entendu que des fragments des discours de ces deux vedettes, semblent parfaitement satisfaits quand ils se retournent, dans la mesure où leurs articulations le leur permettent encore, pour examiner leur œuvre et leur bilan européens.

Giscard, déçu dans ses perspectives de réélection à une seconde présidence de la République en France, n'a cessé de rêver en vain, en ses lieu et place, à une présidence de l'Europe ! Dans toute cette affaire, sa responsabilité est toutefois bien moindre que celle de Jacques Delors.

Ce dernier, au fond, à parcouru un chemin onirique un peu inverse. Après avoir rêvé d'être Premier Ministre (en 1981), déçu d'abord dans cet espoir par le choix de Mauroy puis viré du gouvernement Fabius, il est entré, en 1985, dans la galère européenne et y est resté à la barre jusqu'en 1995, pour notre malheur.

Il a été, en effet, alors un des pères de la "grande" Europe au moment de la fin de l'URSS et du racolage frénétique des PECO (1993) qui n'avaient rien à y faire. Faire nombre était la grande idée de Delors ; pour faire une Union européenne, qui se voulait celle de l'industrie et du commerce, on y a fait entrer, sans la moindre réflexion, une série de clampins de tout poil. Delors y avait fait entrer l'Espagne et le Portugal (1986) et mis en œuvre la fameuse intégration européenne de la Grèce dont on a vu les résultats(acquise depuis 1981) ; tout le monde savait qu'elle était frauduleuse, puisque ses comptes, vendus à prix d'or par Goldman-Sachs, étaient totalement falsifiés. Le folklore grec a immortalisé le nom même de Jacques Delors par la tradition des "paquets Delors" (le «  paquet Delors I  » de février 1988 visait, à l'origine, à financer les mesures d’accompagnement du marché unique) ; les milliards donnés par l'Europe, qui arrivaient en Grèce, en repartaient aussitôt pour les paradis fiscaux, la Suisse en particulier 

Bref, Jacques Delors, entre 1985 et fin 1994, a été l'initiateur et le propagandiste de l'incessant élargissement, démentiel et irréfléchi, de l'Europe dont nous payons toutes les conséquences aujourd'hui dans l'Est (avec les PECO ou les Etats baltes) comme dans le Sud (avec les pitreries de l'intégration européenne de Chypre ou de Malte ! On attend encore avec impatience celle du Vatican qui ne serait pas la pire). Notre malheur n'est sans doute pas fini puisque la grande négociation actuelle, on le sait, est celle de l'entrée de l'Ukraine qui a donné toutes les garanties du côté de la démocratie qu'on exigeait préalablement d'elle, avec l'affaire Timochenko! Le problème n'est d'ailleurs pas seulement là, car l'Ukraine n'est pas Malte et ses 46 millions d'habitants nous préparent des lendemains qui chantent et les Ukrainiens  vont sans doute, pour partie, venir s'ajouter au déferlement oriental. Nous sommes d'autant moins sortis de l'auberge européenne que c'est aussi à ce bon Monsieur Delors que nous devons l'espace Schengen dont nous subissons aujourd'hui toutes les conséquences.

Sur un autre plan, l'Europe, de façon plus ou moins directe, est devenue une sorte de maison de retraite spirituelle pour ceux qui rêvent, comme Giscard et Delors bien entendu au premier chef, de la gloire des Jean Monnet et Robert Schuman ; ils songent même désormais au Panthéon, même s'il est trop tard pour eux de songer à changer de sexe pour passer devant les autres ! L'Europe est une sinécure pour certains autres, beaucoup plus jeunes et assez malins qui pour s'en faire une, comme ce brave Romano Prodi, grand apôtre actuel de l'intégration de l'Ukraine mais qui, il faut bien le dire, est un bambin à côté des deux autres avec ses 75 ans. C'est sans doute ce qui lui permet de jouer à la fois la carte du Sahel (avec l'ONU) et celle de l'Ukraine (du côté de l'UE).

Le plus remarquable de tout cela est que ces bons vieillards semblent vivre davantage dans le passé que dans le présent et moins encore dans l'avenir, ce que l'on comprend ; le principal mérite de l'UE aux yeux de Giscard est qu'elle « a rétabli la paix sur notre continent », ce qui est, pour le moins, faire bon marché de feue la Yougoslavie ; quand on lui fait observer que les Européens "n'aiment pas l'Europe", ce qui est bien normal après tout puisqu'elle apparaît sans cesse comme un cerbère sourcilleux et tatillon, plus préoccupé de l'épaisseur des tranches de mortadelle ou du pourcentage de cacao dans le chocolat que de l'harmonisation des régimes fiscaux ou sociaux des Etats membres, il n'en croit rien, car il n'en retire, lui, que des bienfaits, des invitations et des honneurs ! Il persiste donc à croire, contre toutes les évidences, que la majorité des Européens est aussi optimiste que lui.

Quant à Jacques Delors (ce syndicaliste de gauche farouche qui mettait sa petite Martine à l'école au « Collège privé Notre-Dame-des-Oiseaux », rue Michel Ange), il persiste dans ses contradictions et ses utopies, mais je pense que ses économies comme ses retraites, diverses et multiples, le mettent à l'abri des calamités financières qui frappent la majorité des pauvres Européens. En tout cas, il est clair qu'il n'a aucune conscience des sottises qu'il a pu commettre et du caractère fâcheux de leurs conséquences que nous subissons chaque jour.

Apparemment à Bruxelles, on leur a épargné les tomates et les oeufs punais qu'on pouvait craindre et qu'ils méritaient. Ils ont pu, une dernière fois peut-être, jouir avec délices de tous les honneurs, descendre de leur limousine, se faire tirer le portrait (on prépare les "nécros"), signer des autographes et serrer des louches. Heureux vieillards !
 Les choses seront sans doute moins gaies pour ces nonagénaires, grands admirateurs d'une Europe dont ils se jugent les pères fondateurs, alors que les élections qui se profilent pour le printemps amèneront sans doute au parlement de Strasbourg une majorité d'anti-européens ; la chose leur pend au nez mais ils ne le voient pas, car ils ne sont pas plus clairvoyants aujourd'hui qu'ils ne l'ont été dans le passé.

mercredi 9 octobre 2013

Éric Juppé et Alain Woerth : fusible ou lampiste ?


La décision finale des juges de Bordeaux a un peu étonné tout le monde, même si elle n'aurait pas dû surprendre, alors qu'elle est tout à fait dans la logique de notre système et d'une justice qui, selon le mot de Figaro, est toujours indulgente aux grands et dure aux petits, encore que, dans la circonstance, il ne s'agisse ni de l'un ni des autres. Comprenne qui voudra.

A ce propos, pour celles et ceux qui jugeraient étrange la distinction entre "étonner" et "surprendre" qu'on confond désormais si volontiers, je rappellerai une anecdote dont le héros est Emile Littré, l'auteur du dictionnaire. Trouvé au lit avec la bonne par Madame Littré revenue au logis inopinément et comme elle s'exclamait, "Monsieur, je suis surprise de...", elle fut interrompue dans son indignation par la remarque toute professionnelle de son lexicographe de mari ; "Non, Madame, vous êtes étonnée et nous sommes surpris!".

Mais cette mise au point lexicale faite, revenons à notre affaire.

À lire les extraits de la décision de Bordeaux (267 pages si je me souviens bien, car nos magistrats ont la plume facile, même s'ils écrivent de conserve !), il n'est fait aucune allusion claire et précise au point principal des réponses de Nicolas Sarkozy sur le nombre de visites qui a rendues à Madame Bettencourt. Il a toujours affirmé, en effet, contre vents et marées, n'en avoir fait qu'une seule, alors que plusieurs témoignages en signalent au moins deux. Mieux, on dispose de photographies où on le voit entrer chez elle vêtue de façons différentes. Même un Fregoli de la politique change moins vite de costume que d'opinions et il ne saurait le faire dans de telles conditions.

On s'étonne naturellement qu'au terme de considérations sur les comportements de Nicolas Sarkozy qui ont toute l'allure d'un réquisitoire, aussi sévère que fondé, les deux magistrats concluent par l'abandon des poursuites, alors qu'elles sont maintenues contre ce pauvre Éric Woerth qui était pourtant apparemment dans une position subalterne, puisque, s'il allait solliciter de l'argent chez l'héritière de L'Oréal, c'était évidemment pour le financement de la campagne de son candidat et donc avec l'accord de ce dernier, sinon sur ses instructions.

Tout donne donc à penser que pour des raisons qui demeureront inconnues, (Sarkozy a été ministre de l'intérieur et nul ne quitte la Place Beauvau sans emporter quelques dossiers sur ses ennemis ... et ses amis), on a cherché une solution qui ménageât à la fois les juges, en leur permettant de sauver la face puisqu'en cas de poursuite, ils auraient pu éventuellement, vu la teneur de leurs conclusions, atténuées au regard des faits, voir le prévenu relaxé, ce qui leur aurait fait perdre professionnellement la face, et Nicolas Sarkozy lui-même, qui s'il est épargné dans cette affaire, voit son image quelque peu ternie et les poursuites engagées contre son comparse.

On ne peut que songer à la totale similitude qu'il y a, dans cette situation, avec celle qui fut naguère celle du tandem Chirac-Juppé et qui se termina par la condamnation de ce pauvre Juppé, contraint d'aller porter le chapeau ou plutôt la chapka dans les arpents de neige canadiens. En sera-t-il de même pour ce pauvre Monsieur Woerth ? Je lui suggérerais plutôt l'édénique île seychelloise d'Arros. C'est assez probable à moins qu'on ne se contente, pour finir, du menu fretin (en dépit des sommes en jeu) que constituent Messieurs Bannier et de Maistre.

Pauvre Monsieur Woerth ! C'est la dure loi du métier politique en cas de coup dur ; elle vous condamne souvent à des choix douloureux, même en matière de métaphores, entre les inévitables mais nécessaires fonctions de fusible ou de lampiste!