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mercredi 9 octobre 2013
Éric Juppé et Alain Woerth : fusible ou lampiste ?
La décision finale des juges de Bordeaux a un peu étonné tout le monde, même si elle n'aurait pas dû surprendre, alors qu'elle est tout à fait dans la logique de notre système et d'une justice qui, selon le mot de Figaro, est toujours indulgente aux grands et dure aux petits, encore que, dans la circonstance, il ne s'agisse ni de l'un ni des autres. Comprenne qui voudra.
A ce propos, pour celles et ceux qui jugeraient étrange la distinction entre "étonner" et "surprendre" qu'on confond désormais si volontiers, je rappellerai une anecdote dont le héros est Emile Littré, l'auteur du dictionnaire. Trouvé au lit avec la bonne par Madame Littré revenue au logis inopinément et comme elle s'exclamait, "Monsieur, je suis surprise de...", elle fut interrompue dans son indignation par la remarque toute professionnelle de son lexicographe de mari ; "Non, Madame, vous êtes étonnée et nous sommes surpris!".
Mais cette mise au point lexicale faite, revenons à notre affaire.
À lire les extraits de la décision de Bordeaux (267 pages si je me souviens bien, car nos magistrats ont la plume facile, même s'ils écrivent de conserve !), il n'est fait aucune allusion claire et précise au point principal des réponses de Nicolas Sarkozy sur le nombre de visites qui a rendues à Madame Bettencourt. Il a toujours affirmé, en effet, contre vents et marées, n'en avoir fait qu'une seule, alors que plusieurs témoignages en signalent au moins deux. Mieux, on dispose de photographies où on le voit entrer chez elle vêtue de façons différentes. Même un Fregoli de la politique change moins vite de costume que d'opinions et il ne saurait le faire dans de telles conditions.
On s'étonne naturellement qu'au terme de considérations sur les comportements de Nicolas Sarkozy qui ont toute l'allure d'un réquisitoire, aussi sévère que fondé, les deux magistrats concluent par l'abandon des poursuites, alors qu'elles sont maintenues contre ce pauvre Éric Woerth qui était pourtant apparemment dans une position subalterne, puisque, s'il allait solliciter de l'argent chez l'héritière de L'Oréal, c'était évidemment pour le financement de la campagne de son candidat et donc avec l'accord de ce dernier, sinon sur ses instructions.
Tout donne donc à penser que pour des raisons qui demeureront inconnues, (Sarkozy a été ministre de l'intérieur et nul ne quitte la Place Beauvau sans emporter quelques dossiers sur ses ennemis ... et ses amis), on a cherché une solution qui ménageât à la fois les juges, en leur permettant de sauver la face puisqu'en cas de poursuite, ils auraient pu éventuellement, vu la teneur de leurs conclusions, atténuées au regard des faits, voir le prévenu relaxé, ce qui leur aurait fait perdre professionnellement la face, et Nicolas Sarkozy lui-même, qui s'il est épargné dans cette affaire, voit son image quelque peu ternie et les poursuites engagées contre son comparse.
On ne peut que songer à la totale similitude qu'il y a, dans cette situation, avec celle qui fut naguère celle du tandem Chirac-Juppé et qui se termina par la condamnation de ce pauvre Juppé, contraint d'aller porter le chapeau ou plutôt la chapka dans les arpents de neige canadiens. En sera-t-il de même pour ce pauvre Monsieur Woerth ? Je lui suggérerais plutôt l'édénique île seychelloise d'Arros. C'est assez probable à moins qu'on ne se contente, pour finir, du menu fretin (en dépit des sommes en jeu) que constituent Messieurs Bannier et de Maistre.
Pauvre Monsieur Woerth ! C'est la dure loi du métier politique en cas de coup dur ; elle vous condamne souvent à des choix douloureux, même en matière de métaphores, entre les inévitables mais nécessaires fonctions de fusible ou de lampiste!
vendredi 5 juillet 2013
Affaire Dossier Bettencourt-Mediapart : Bridoye et le Père Ubu
Chères lectrices, chers lecteurs,
Le titre, quelque peu énigmatique de ce billet, va vous obliger à faire appel à vos souvenirs de lycée et de littérature française. Si les choses n'ont pas changé (je doute fort qu'elles l'aient fait quand je constate le rythme du renouvellement de nos programmes scolaires), on étudie Rabelais en seconde, on avait donc quelque chance d'y rencontrer le juge Bridoye que, dans le Tiers Livre, Panurge va consulter à propos de son mariage éventuel. Ce juge à la particularité de s’en remettre au sort et donc aux dés quand les cas lui semblent difficiles. Qu'on n'aille pas ici me faire un procès pour diffamation, car je ne suis pour rien dans cette critique de la justice dont toute la responsabilité incombe à Rabelais lui-même et qui ne s'en cache pas. Le Père Ubu et sa gidouille sont sans doute moins présents dans nos programmes scolaires, mais il est là, à tous les instants et en tous lieux, dans notre administration et je me suis même demandé parfois si l'être qui hante ainsi ses bureaux n'est pas plutôt un de ses parents, né de l'union incestueuse de la Mère Ubu et du Père Soupe, héros de Messieurs les ronds de cuir, l'œuvre immortelle de Georges Courteline.
La décision de la Cour d'appel de Versailles est la suivante et je rappelle les faits, tels que Mediapart les mentionne, même si vous les connaissez :
"La cour d’appel de Versailles a ordonné à Mediapart, jeudi 4 juillet, de supprimer toute citation des enregistrements de l’affaire Bettencourt. Son arrêt nous interdit, de surcroît, de les mentionner à l’avenir."
Le scandale est, en fait, non dans l'affaire elle-même, mais, au-delà, dans le fonctionnement de notre justice qui est non seulement archaïque mais largement incohérente.
L'archaïsme extravagant de notre système judiciaire se marque tant par d'incontestables signes (depuis le langage prétendument médiéval qu'on y emploie, même s'il ne satisfait en rien les historiens de la langue française jusqu'aux costumes ridicules dont on s'y affuble et auxquels on est si résolument attaché dans cette corporation). Tout cela n'est que comique ; plus grave est l'archaïsme dans les modes de fonctionnement.
La question des enregistrements qui sont au centre de cette affaire illustre parfaitement ce conservatisme forcené. En effet la validité des enregistrements réalisés et qui sont accablants pour le milieu dans lequel ils ont été réalisés, sont considérés comme nuls et non avenus par la justice, dans la mesure où ils ont été réalisés à l'insu de ceux qui s'y sont exprimés. En vertu de ce même principe, on ne devrait jamais condamner, pour quelque forfait qu'il ait commis, un individu qui persiste a déclarer qu'il n'en est pas l'auteur et qu'on aurait vu l'accomplir mais A SON INSU !
Comme je ne suis pas, et en rien, spécialiste de ces questions, j'ai consulté des auteurs plus qualifiés que moi (ce qui n'est pas trop difficile) et j'ai appris ceci sur ce point précis :
"Selon la matière, il est possible d'utiliser un enregistrement comme commencement de preuve. Ainsi, en droit pénal, un enregistrement obtenu, même de manière irrégulière, a une valeur d'"indice de preuve" selon la Cour de cassation (v. notamment cass crim 11 février 1992) ; (la Chambre criminelle a d'ailleurs estimé qu'une infraction commise pour obtenir une preuve était possible en vertu des "nécessités de la défense" (cass crim 11 mai 2004)).
En droit civil, la règle est un peu différente. Un enregistrement est également recevable (art 9 cpc), mais si il est fait à l'insu de la personne, il s'agit d'un procédé déloyal rendant la preuve irrecevable en justice (civ 2ème, 7 oct 2004). De plus, en matière civile, dans certains cas, la loi prévoit certains moyens de preuves obligatoires comme un écrit, rendant dés lors un enregistrement, même autorisé par la personne, totalement inutile."
On constate que, dans la justice américaine, des documents enregistrés dans ces conditions seraient valables, alors qu'ils ne sont pas dans le système français (voir ci-dessus) qui est à cet égard totalement arriéré. Il est en effet désormais parfaitement possible, au plan scientifique et technique, de vérifier et de prouver que des enregistrements n'ont pas été l'objet de manipulations et que le seul grief qu'on peut leur faire est qu'ils ont été obtenus, sans que les intéressés soient au courant de cet enregistrement.
Les dispositions françaises sont évidemment stupides ; dans ce domaine comme dans bien d'autres, il est certain que nous finirons par faire comme les Américains, toujours et en tout ; de la même façon, nous échouons dans notre lutte contre beaucoup d'entreprises criminelles car il est interdit à la police française d'infiltrer les réseaux criminels qu'elle poursuit en vain. A visage découvert, on ne trouve rien, comme en matière fiscale ainsi qu'on le voit chaque jour.
Cette justice, si sourcilleuse par ailleurs, ne semble pas avoir relevé que, devant le juge Gentil, Nicolas Sarkozy a déclaré, semble-t-il, n'avoir été qu'une seule fois chez Madame Liliane Bettencourt, alors qu'il y a des photographies qui le montrent en train d'entrer chez elle dans des costumes différents. Est-il un vrai Fregoli politique changeant de look en une seconde entre deux photos ou ces photographies ont-elles été truquées ? Dans ce dernier cas, il devrait être facile de faire authentifier ou récuser ces photographies par des spécialistes ; la chose est encore beaucoup plus facile que pour des enregistrements.
Et dans l'affaire Cahuzac où les enregistrements téléphoniques sont pris en compte et valides à 60%, J. Cahuzac savait-il qu'il était enregistré et qui l'écoutait et l'enregistrait ? Il faudrait un peu de logique dans tout cela !
Il est clair, en tout cas, que notre justice ultraconservatrice ne prend pas en compte les avancées scientifiques dont la police et la télé font si grand cas. On ne voit pas pourquoi des enregistrements faits à l'insu des locuteurs, ne seraient pas valables en vertu du principe qu'ils attentent à sa vie privée. Quel rapport entre ces deux plans ? Toute enquête, sur qui que ce soit, où que ce soit et pour quoi que ce soit, n'est-elle pas, par principe et au départ même, attentatoire à la vie privée de celui qui en est l'objet ; c'est même grâce à cet attentat que se réalisent en général la découverte et la preuve de la vérité.
Le titre, quelque peu énigmatique de ce billet, va vous obliger à faire appel à vos souvenirs de lycée et de littérature française. Si les choses n'ont pas changé (je doute fort qu'elles l'aient fait quand je constate le rythme du renouvellement de nos programmes scolaires), on étudie Rabelais en seconde, on avait donc quelque chance d'y rencontrer le juge Bridoye que, dans le Tiers Livre, Panurge va consulter à propos de son mariage éventuel. Ce juge à la particularité de s’en remettre au sort et donc aux dés quand les cas lui semblent difficiles. Qu'on n'aille pas ici me faire un procès pour diffamation, car je ne suis pour rien dans cette critique de la justice dont toute la responsabilité incombe à Rabelais lui-même et qui ne s'en cache pas. Le Père Ubu et sa gidouille sont sans doute moins présents dans nos programmes scolaires, mais il est là, à tous les instants et en tous lieux, dans notre administration et je me suis même demandé parfois si l'être qui hante ainsi ses bureaux n'est pas plutôt un de ses parents, né de l'union incestueuse de la Mère Ubu et du Père Soupe, héros de Messieurs les ronds de cuir, l'œuvre immortelle de Georges Courteline.
La décision de la Cour d'appel de Versailles est la suivante et je rappelle les faits, tels que Mediapart les mentionne, même si vous les connaissez :
"La cour d’appel de Versailles a ordonné à Mediapart, jeudi 4 juillet, de supprimer toute citation des enregistrements de l’affaire Bettencourt. Son arrêt nous interdit, de surcroît, de les mentionner à l’avenir."
Le scandale est, en fait, non dans l'affaire elle-même, mais, au-delà, dans le fonctionnement de notre justice qui est non seulement archaïque mais largement incohérente.
L'archaïsme extravagant de notre système judiciaire se marque tant par d'incontestables signes (depuis le langage prétendument médiéval qu'on y emploie, même s'il ne satisfait en rien les historiens de la langue française jusqu'aux costumes ridicules dont on s'y affuble et auxquels on est si résolument attaché dans cette corporation). Tout cela n'est que comique ; plus grave est l'archaïsme dans les modes de fonctionnement.
La question des enregistrements qui sont au centre de cette affaire illustre parfaitement ce conservatisme forcené. En effet la validité des enregistrements réalisés et qui sont accablants pour le milieu dans lequel ils ont été réalisés, sont considérés comme nuls et non avenus par la justice, dans la mesure où ils ont été réalisés à l'insu de ceux qui s'y sont exprimés. En vertu de ce même principe, on ne devrait jamais condamner, pour quelque forfait qu'il ait commis, un individu qui persiste a déclarer qu'il n'en est pas l'auteur et qu'on aurait vu l'accomplir mais A SON INSU !
Comme je ne suis pas, et en rien, spécialiste de ces questions, j'ai consulté des auteurs plus qualifiés que moi (ce qui n'est pas trop difficile) et j'ai appris ceci sur ce point précis :
"Selon la matière, il est possible d'utiliser un enregistrement comme commencement de preuve. Ainsi, en droit pénal, un enregistrement obtenu, même de manière irrégulière, a une valeur d'"indice de preuve" selon la Cour de cassation (v. notamment cass crim 11 février 1992) ; (la Chambre criminelle a d'ailleurs estimé qu'une infraction commise pour obtenir une preuve était possible en vertu des "nécessités de la défense" (cass crim 11 mai 2004)).
En droit civil, la règle est un peu différente. Un enregistrement est également recevable (art 9 cpc), mais si il est fait à l'insu de la personne, il s'agit d'un procédé déloyal rendant la preuve irrecevable en justice (civ 2ème, 7 oct 2004). De plus, en matière civile, dans certains cas, la loi prévoit certains moyens de preuves obligatoires comme un écrit, rendant dés lors un enregistrement, même autorisé par la personne, totalement inutile."
On constate que, dans la justice américaine, des documents enregistrés dans ces conditions seraient valables, alors qu'ils ne sont pas dans le système français (voir ci-dessus) qui est à cet égard totalement arriéré. Il est en effet désormais parfaitement possible, au plan scientifique et technique, de vérifier et de prouver que des enregistrements n'ont pas été l'objet de manipulations et que le seul grief qu'on peut leur faire est qu'ils ont été obtenus, sans que les intéressés soient au courant de cet enregistrement.
Les dispositions françaises sont évidemment stupides ; dans ce domaine comme dans bien d'autres, il est certain que nous finirons par faire comme les Américains, toujours et en tout ; de la même façon, nous échouons dans notre lutte contre beaucoup d'entreprises criminelles car il est interdit à la police française d'infiltrer les réseaux criminels qu'elle poursuit en vain. A visage découvert, on ne trouve rien, comme en matière fiscale ainsi qu'on le voit chaque jour.
Cette justice, si sourcilleuse par ailleurs, ne semble pas avoir relevé que, devant le juge Gentil, Nicolas Sarkozy a déclaré, semble-t-il, n'avoir été qu'une seule fois chez Madame Liliane Bettencourt, alors qu'il y a des photographies qui le montrent en train d'entrer chez elle dans des costumes différents. Est-il un vrai Fregoli politique changeant de look en une seconde entre deux photos ou ces photographies ont-elles été truquées ? Dans ce dernier cas, il devrait être facile de faire authentifier ou récuser ces photographies par des spécialistes ; la chose est encore beaucoup plus facile que pour des enregistrements.
Et dans l'affaire Cahuzac où les enregistrements téléphoniques sont pris en compte et valides à 60%, J. Cahuzac savait-il qu'il était enregistré et qui l'écoutait et l'enregistrait ? Il faudrait un peu de logique dans tout cela !
Il est clair, en tout cas, que notre justice ultraconservatrice ne prend pas en compte les avancées scientifiques dont la police et la télé font si grand cas. On ne voit pas pourquoi des enregistrements faits à l'insu des locuteurs, ne seraient pas valables en vertu du principe qu'ils attentent à sa vie privée. Quel rapport entre ces deux plans ? Toute enquête, sur qui que ce soit, où que ce soit et pour quoi que ce soit, n'est-elle pas, par principe et au départ même, attentatoire à la vie privée de celui qui en est l'objet ; c'est même grâce à cet attentat que se réalisent en général la découverte et la preuve de la vérité.
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samedi 24 juillet 2010
"Chéri, fais moi peur!"
Du Tour de France aux affaires politiques, le principe moteur commun de nos médias se résume dans le titre d’un vieux film de Darry Cowl « Chéri fais-moi peur ! ».
Le Tour de France est à Bordeaux, au terme d’une nano-épopée vélocipédique de deux semaines à laquelle les commentaires essouflés de Laurent Fignon, les rouspétances de Bernard Hinault et les lectures soporifiques de guides touristiques (par un incerain Jean-Paul Olivier) n’ont pas réussi à donner le moindre soufle de vie !
Lassés d’annoncer ce qui pourrait se passer s’il y avait une course et de nous prédire les imminents exploits des vedettes, quand seuls les troisièmes couteaux occupent le devant de la scène (le Grand Prix de la Montagne va à un illustre inconnu, car passer en tête un col hors catégorie équivaut à franchir, en tête de la course, trois ou quatre buttinettes plantées en rase campagne !), nos « journalistes » sportifs se font peur à eux-mêmes en espérant nous faire peur à nous aussi. Ainsi, ce matin, ils évoquent la perspective d’une victoire de Schleck dans le contre la montre du jour. Tout le monde sait, on nous l’a assez répété, que Contador, qui, dans le prologue, a même devancé Cancellara, le grand spécialiste du genre (même sans vélo à moteur), a collé au luxembourgeois deux minutes dans la vue sur 10 kilomètres !
Le scoop, la menace-bidon et l’enlèvement sont les trois mamelles du journalisme français moderne.
Voulez vous que je vous fasse, en scoop, l’actu. de la semaine prochaine.
Lundi. Monsieur de Maistre rend publique dans le « Canard enchaîné » la lettre de Monsieur Woerth qui, sur papier à en-tête du ministère, lui demande de recruter sa femme, moyennant quoi on ne cherchera pas d’îlots seychellois dans la tête de Madame Liliane et lui-même le décorera personnellement de la légion d’honneur.
Mardi. Dans son hôtel particulier de Neuilly, Madame Bettencourt reçoit le Juge Courroye, venu en robe de bure et la corde au cou. Le nouveau majordome, qui officie désormais en string pour éviter les enregistrements subreptices, intime au juge l’ordre de laisser ses chaussures à l’entrée et de prendre les patins. Il aura tout de même droit à un coussin pour s’agenouiller devant Madame Liliane durant l’interrogatoire qui devra toutefois être conduit à la troisième personne et à travers un hygiaphone.
Mercredi. Raymond Domenech et Laurent Blanc déjeunent ensemble en salon particulier. Ils y sont servis par Jean Michel Larqué déguisé en soubrette. Au dessert, Anelka vient leur chanter « Adieu foulards ! Adieu madras ! » accompagné au pipeau par Gourcuff grimé en faune! On les a vus, au sortir du restaurant se faufiler tous dans un hôtel du quartier.
Jeudi. A vous de jouer selon le même principe !
Le Tour de France est à Bordeaux, au terme d’une nano-épopée vélocipédique de deux semaines à laquelle les commentaires essouflés de Laurent Fignon, les rouspétances de Bernard Hinault et les lectures soporifiques de guides touristiques (par un incerain Jean-Paul Olivier) n’ont pas réussi à donner le moindre soufle de vie !
Lassés d’annoncer ce qui pourrait se passer s’il y avait une course et de nous prédire les imminents exploits des vedettes, quand seuls les troisièmes couteaux occupent le devant de la scène (le Grand Prix de la Montagne va à un illustre inconnu, car passer en tête un col hors catégorie équivaut à franchir, en tête de la course, trois ou quatre buttinettes plantées en rase campagne !), nos « journalistes » sportifs se font peur à eux-mêmes en espérant nous faire peur à nous aussi. Ainsi, ce matin, ils évoquent la perspective d’une victoire de Schleck dans le contre la montre du jour. Tout le monde sait, on nous l’a assez répété, que Contador, qui, dans le prologue, a même devancé Cancellara, le grand spécialiste du genre (même sans vélo à moteur), a collé au luxembourgeois deux minutes dans la vue sur 10 kilomètres !
Le scoop, la menace-bidon et l’enlèvement sont les trois mamelles du journalisme français moderne.
Voulez vous que je vous fasse, en scoop, l’actu. de la semaine prochaine.
Lundi. Monsieur de Maistre rend publique dans le « Canard enchaîné » la lettre de Monsieur Woerth qui, sur papier à en-tête du ministère, lui demande de recruter sa femme, moyennant quoi on ne cherchera pas d’îlots seychellois dans la tête de Madame Liliane et lui-même le décorera personnellement de la légion d’honneur.
Mardi. Dans son hôtel particulier de Neuilly, Madame Bettencourt reçoit le Juge Courroye, venu en robe de bure et la corde au cou. Le nouveau majordome, qui officie désormais en string pour éviter les enregistrements subreptices, intime au juge l’ordre de laisser ses chaussures à l’entrée et de prendre les patins. Il aura tout de même droit à un coussin pour s’agenouiller devant Madame Liliane durant l’interrogatoire qui devra toutefois être conduit à la troisième personne et à travers un hygiaphone.
Mercredi. Raymond Domenech et Laurent Blanc déjeunent ensemble en salon particulier. Ils y sont servis par Jean Michel Larqué déguisé en soubrette. Au dessert, Anelka vient leur chanter « Adieu foulards ! Adieu madras ! » accompagné au pipeau par Gourcuff grimé en faune! On les a vus, au sortir du restaurant se faufiler tous dans un hôtel du quartier.
Jeudi. A vous de jouer selon le même principe !
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mardi 20 juillet 2010
Otage : un métier d’avenir
Il y a quelques semaines (je ne sais plus trop quand, mais je n’ai ni le temps ni le goût de chercher la date), j’ai écrit un post sur l’enlèvement comme clé de la réussite professionnelle dans le journalisme français.
La campagne entreprise en France par leurs confrères à propos des deux envoyés de FR3 retenus en Afghanistan devient aussi ridicule qu’insupportable ! Elle ne fera sans doute pas craquer les geoliers afghans qui doivent peu regarder les médias français et ne sont, en outre, guère susceptibles d’avoir entrepris l’escalade du Mont Blanc pour le grand pont du 14 juillet. J’ai, sur ce sujet enrendu, sur je ne sais quelle radio, la phrase la plus réussie pour décrire l’immense détresse de ces deux captifs , « Ils ne peuvent pas suivre le Tour de France !». Il est vrai que l’un de ces deux éminents spécialistes de la géopolitique mondiale a commencé, comme tant d’autres, (de Bourdin à Denisot ou Drucker) dans le journalisme sportif !
Cette déploration unanime n’est, au fond, que le masque de l’auto-exaltation de ce métier qu’on présente comme aussi glorieux que dangereux, mais dont la presse française donne, au quotidien, une si pitoyable image. Après tout nos deux loustics, comme le grand Bodard, n’avaient qu’à faire leurs reportages « de terrain » depuis le bar du Hilton. Qu’ont-ils à aller chercher dans des villages paumés à la rencontre de populations dont ils ignorent tout et dont ils ne connaissent pas la langue. Ils me font penser à certains chercheurs français en sciences humaines et sociales qui, par une analyse du même ordre, faisaient venir à Paris leurs témoins du fond du Sud pour les interroge à loisir sur le Boulevard Saint-Michel ou à la Contrescarpe !
Je ne sais quel député a même suggéré qu’on laisse les otages se débrouiller ou qu’on leur demande le remboursement des frais engagés pour leur libération. C’est à mourir de rire et de sottise. Les médias, qui les emploient et les envoient en reportage sur ces terrains, ne doivent-ils pas prendre en charge de tels frais ? Il y a pour cela, en outre, des assurances qui sont sans doute fort disposées à couvrir ces risques !
Bref, j’en avais un peu ras la casquette de ces pleurnicheries journalistiques quand voilà que ressurgit du néant, par l’odeur alléchée et sans doute aussi par association de termes à défaut d’idées, ...Ingrid Betancourt.
En voilà une qu’elle est bonne comme aurait dit ce pauvre Coluche.
Profitant du fait que nul ne connaît sans doute plus, ni en France ni en Colombie, l’histoire de sa capture, voilà qu’elle veut tirer profit de son séjour sylvestre. D’abord en Colombie, où c’est déjà un peu fort de café, si j’ose risquer cette facétie qui est d’un aloi d’autant plus mauvais qu’il est, je l’atteste, fort difficile de trouver du café du pays en Colombie ! Ingrid y a en effet demandé à l’Etat colombien, pour ses années de jungle, pas moins de huit millions de dollars. Sa démarche ayant suscité les plus vives réactions d’indignation, elle a finalement renoncé à son action en justice, versant au passage quelques larmes, exercice dans lequel elle excelle, avec sa mine de Mater dolorosa en cire à demi-fondue
Mais la France elle-même n’a pas été épargnée par cette ingrate, sans qu’on comprenne à quel titre nous pouvons être concernés par une telle affaire. Le pire du pire est que sa demande a été acceptée par le fonds d’indemnisation des victimes (assurances en responsabilité civile) et qu’une somme de 450.000 euros lui aurait même été proposée! Elle l’avait d’abord refusée, la jugeant insuffisante, mais le tumulte suscité en Colombie par son autre démarche l’a conduite à renoncer aussi à se voir verser cette somme par la France.
On hasarde à tout perdre en voulant trop gagner !
A-t-elle seulement songé à solliciter son homonyme Madame Bettencourt? Celle-ci, on l’a vu, à maintes reprises, sait se montrer généreuse avec des gens qui ne lui sont rien ; elle aurait donc pu avoir un petit geste pour Ingrid Betancourt : un ou deux millions d’euros ou un îlot seychellois. Bonne pioche pour le coup puisque le père des enfants d’Ingrid, le diplomate français F. Delloye, l’a déjà amenée autrefois dans ce merveilleux archipel où il occupa un moment des fonctions à l’ambassade de France de Victoria.
Je n’ai jamais beaucoup aimé cette bonne femme ! J’ai écrit quelques textes à son propos, en d’autres temps et d’autres terres ; j’y reviendrai peut-être, mais, en ce moment, Ingrid ou Liliane, vous risquez fort de ne pas pouvoir éviter les Bettancourt !
La campagne entreprise en France par leurs confrères à propos des deux envoyés de FR3 retenus en Afghanistan devient aussi ridicule qu’insupportable ! Elle ne fera sans doute pas craquer les geoliers afghans qui doivent peu regarder les médias français et ne sont, en outre, guère susceptibles d’avoir entrepris l’escalade du Mont Blanc pour le grand pont du 14 juillet. J’ai, sur ce sujet enrendu, sur je ne sais quelle radio, la phrase la plus réussie pour décrire l’immense détresse de ces deux captifs , « Ils ne peuvent pas suivre le Tour de France !». Il est vrai que l’un de ces deux éminents spécialistes de la géopolitique mondiale a commencé, comme tant d’autres, (de Bourdin à Denisot ou Drucker) dans le journalisme sportif !
Cette déploration unanime n’est, au fond, que le masque de l’auto-exaltation de ce métier qu’on présente comme aussi glorieux que dangereux, mais dont la presse française donne, au quotidien, une si pitoyable image. Après tout nos deux loustics, comme le grand Bodard, n’avaient qu’à faire leurs reportages « de terrain » depuis le bar du Hilton. Qu’ont-ils à aller chercher dans des villages paumés à la rencontre de populations dont ils ignorent tout et dont ils ne connaissent pas la langue. Ils me font penser à certains chercheurs français en sciences humaines et sociales qui, par une analyse du même ordre, faisaient venir à Paris leurs témoins du fond du Sud pour les interroge à loisir sur le Boulevard Saint-Michel ou à la Contrescarpe !
Je ne sais quel député a même suggéré qu’on laisse les otages se débrouiller ou qu’on leur demande le remboursement des frais engagés pour leur libération. C’est à mourir de rire et de sottise. Les médias, qui les emploient et les envoient en reportage sur ces terrains, ne doivent-ils pas prendre en charge de tels frais ? Il y a pour cela, en outre, des assurances qui sont sans doute fort disposées à couvrir ces risques !
Bref, j’en avais un peu ras la casquette de ces pleurnicheries journalistiques quand voilà que ressurgit du néant, par l’odeur alléchée et sans doute aussi par association de termes à défaut d’idées, ...Ingrid Betancourt.
En voilà une qu’elle est bonne comme aurait dit ce pauvre Coluche.
Profitant du fait que nul ne connaît sans doute plus, ni en France ni en Colombie, l’histoire de sa capture, voilà qu’elle veut tirer profit de son séjour sylvestre. D’abord en Colombie, où c’est déjà un peu fort de café, si j’ose risquer cette facétie qui est d’un aloi d’autant plus mauvais qu’il est, je l’atteste, fort difficile de trouver du café du pays en Colombie ! Ingrid y a en effet demandé à l’Etat colombien, pour ses années de jungle, pas moins de huit millions de dollars. Sa démarche ayant suscité les plus vives réactions d’indignation, elle a finalement renoncé à son action en justice, versant au passage quelques larmes, exercice dans lequel elle excelle, avec sa mine de Mater dolorosa en cire à demi-fondue
Mais la France elle-même n’a pas été épargnée par cette ingrate, sans qu’on comprenne à quel titre nous pouvons être concernés par une telle affaire. Le pire du pire est que sa demande a été acceptée par le fonds d’indemnisation des victimes (assurances en responsabilité civile) et qu’une somme de 450.000 euros lui aurait même été proposée! Elle l’avait d’abord refusée, la jugeant insuffisante, mais le tumulte suscité en Colombie par son autre démarche l’a conduite à renoncer aussi à se voir verser cette somme par la France.
On hasarde à tout perdre en voulant trop gagner !
A-t-elle seulement songé à solliciter son homonyme Madame Bettencourt? Celle-ci, on l’a vu, à maintes reprises, sait se montrer généreuse avec des gens qui ne lui sont rien ; elle aurait donc pu avoir un petit geste pour Ingrid Betancourt : un ou deux millions d’euros ou un îlot seychellois. Bonne pioche pour le coup puisque le père des enfants d’Ingrid, le diplomate français F. Delloye, l’a déjà amenée autrefois dans ce merveilleux archipel où il occupa un moment des fonctions à l’ambassade de France de Victoria.
Je n’ai jamais beaucoup aimé cette bonne femme ! J’ai écrit quelques textes à son propos, en d’autres temps et d’autres terres ; j’y reviendrai peut-être, mais, en ce moment, Ingrid ou Liliane, vous risquez fort de ne pas pouvoir éviter les Bettancourt !
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