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mardi 25 mars 2014

Sarkozy et Berlusconi

Lundi 24 mars 2013, durant l'après-midi, cherchant désespérément un moyen d'échapper aux inévitables et sempiternelles considérations, répugnantes à souhait, indéfiniment répétées sur tous nos médias, à propos du premier tour des élections municipales, je me suis réfugié par hasard sur la Chaîne parlementaire où j'ai eu la chance de tomber sur un documentaire consacré à Silvio Berlusconi que j'ai regardé avec beaucoup d'intérêt jusqu'à son terme, avec même de ma part, à certains moments, une sorte de fascination.
Renseignements pris (après !), ce film documentaire de 52 minutes d’Anne Véron et Gadh Charbit date de 2013 ; il n’est donc pas possible qu'il ait été inspiré à ses auteurs par un parallèle, pourtant tentant, entre Nicolas Sarkozy et Silvio Berlusconi, puisque la chute du premier était encore trop récente et les scandales non révélés et que celle du second n'avait même pas encore eu lieu. C. Bartolone, il y quelques jours, dans une prétérition récente, dont on comprend mal la prudence (solidarité transalpine ?), n’a même pas osé s’y risquer et mettre notre ex-Président aux côtés de S. Berlusconi qui, à ses yeux, étrangement myopes pour le coup, serait le seul et unique chef de gouvernement (ou d’Etat) à avoir osé tenter d’influencer la justice ! MDR !
Il est difficile désormais, au vu des dernières affaires, de ne pas faire un tel rapprochement, mais sans doute pas pour les raisons qu’on pourrait imaginer, comme on va le voir.
Un mot du projet tel que l’évoquait le Monde dans sa présentation du documentaire en cause, dont je n’ai vu que la rediffusion, le 24 mars 2014 à 17 heures 15 sur LCP, : « Pour tenter de comprendrecomment l'Italie était tombée si bas, les deux auteurs sont allés à la rencontre des proches collaborateurs de Silvio Berlusconi, de journalistes, politologues et intellectuels italiens. Le constat est accablant. Seuls les proches du Cavaliere, comme Marcello Dell'Utri, son homme de confiance depuis l'université, et poursuivi par lajustice à de nombreuses reprises pour ses liens supposés avec la Mafia, louent encore sa démarche politique. En contrechamp, on retiendra le témoignage de Carlo Freccero, qui aida, à ses débuts, Silvio Berlusconi à monter son empire médiatique avant de lecombattre, et celui de Vittorio Sgarbi, critique d'art, écrivain et polémiste, qui, dans un langage direct [ c’est le moins qu’on puisse dire vu ses obsessions sodomites ], analyse les dérives inquiétantes de la société italienne ».
Je ne suis évidemment pas le premier à faire le rapprochement entre ces deux hommes politiques ; à leur propos, je devrais plutôt dire « politiciens », puisque je suis l’un des rares Français à faire la différence entre « hommes politiques », terme que je juge purement dénotatif, et « politiciens » mot qui, dans notre langue, est clairement péjoratif ; cette évolution sémantique tient sans doute à la raréfaction de la seconde espèce et à la prolifération de la première, celle des « hommes d’Etat » ayant totalement disparu.
La vue de ce film m'a proprement fasciné en raison des rapprochements évidents qu'on peut y faire. Ce rapprochement, je le dis d’emblée, ne porte en  rien sur le fond des choses. Berlusconi et Sarkozy sont des politiciens ; ils ne sont donc ni l'un ni l'autre d'une rigueur et d'une honnêteté moyennes et ils ont tous les deux aux fesses (celles de Silvio étant « molles » aux dires expérimentaux de ses partenaires de « bounga-bounga ») quelques casseroles ; la batterie de cuisine de Silvio Berlusconi, qui a été condamné en tout à des années  de prison sans en faire jamais un seul  jour et dont on soupçonne que la fortune vient initialement, pour Milano 2,  de la mafia est bien plus impressionnante que celle de notre Nicolas où ne tintinnabulent que quelques marmites sans grande importance comme l'achat de son appartement et l’apparition fugace de quelques valises libyennes)
Toutefois ce sont des détails, tout à fait autres de ce film, en apparence insignifiants qui m'ont intéressé et ont suscité ce billet.
Le premier est l'utilisation massive de l'image dans une carrière politique. La paternité de cette démarche est évidemment à porter au compte de Berlusconi, dont la stratégie de communication a été en réalité conçue, pour « Forza Italia », par Carlo Freccero, très présent dans le film. Berlusconi se contentait pas, lui,  de se faire photographier au Fouquet's (ce qui n'a pas constitué la plus habile des manoeuvres de notre Nicolas), d’aller au Parc des Princes, de fréquenter les actrices, de flatter la croupe de Madame Merkel (ce qui n'est pas un privilège des plus enviables) ou de tenir la taille de B. Obama (à défaut de pouvoir, même sur la pointe des pieds, le saisir les épaules).
Je savais déjà depuis longtemps comment Berlusconi avait peuplé ses chaînes de télévision italiennes de jeunes et accortes blondasses dénudées aux poitrines inévitablement généreuses. Cela lui a certes permis une carrière politique rapide mais, sur le plan culturel, a involontairement  constitué, sans bourse délier pour l’Etat italien, un formidable moyen de diffusion de sa langue !  De l'Albanie à la Tunisie, toutes les télévisions nationales  étrangères, dans les zones périphériques de l’Italie, ont été, en raison de leur pudibonderie et de l’absence de blondes opulentes tous seins au vent, abandonnées au profit des chaînes italiennes, ce qui a entraîné, de facto et in vivo(comme dirait l’autre !) une promotion fulgurante de la langue italienne dans ces pays. On ne saurait faire grief au lobby gay, tout puissant au Quai d’Orsay, de ne pas avoir vu venir le coup ; en tout cas, cette évolution radicale s’est faite, en particulier, au détriment notre pauvre langue française, dont les Instituts Victor Hugo et les « docu-cumentaires » culturels ne faisaient assurément pas le poids face aux appâts lollobrigidesques des télés berlusconiennes.
Ce film m’a permis de découvrir, car la France en a été privée, l'histoire richement illustrée de la publicité politique berlusconienne ; elle jouait exclusivement, sans cesse et sans vergogne, sur tous les registres de la sensibilité transalpine, depuis les jeunes mères de famille, tous seins dehors,  traînant leur marmaille derrière elle jusqu’aux chœurs de jeunes beautés, exposant elles aussi leur appas prometteurs et poussant leurs chansonnettes, toujours à la gloire exclusive de Silvio et dans le même appareil. Il est amusant de constater que, dans ces films, on ne voit pas, à ma connaissance (modeste il est vrai)) une seule binette masculine ! Non seulement Berlu les veut toutes, mais en plus, en dépit de ses fesses molles, il veut l’exclusivité.
Deuxième remarque, tout aussi secondaire.
Il tient aux rôles des images, plus ou moins volées comme on va le voir, et des enregistrements faits, non pas par une fourbe Buissonne mais par la justice et la police !
Ce rapprochement permet de ne pas soupçonner les auteurs et la Chaîne parlementaire d'entrer dans le prétendu complot anti-Sarkozy, en faisant passer ce film à la télé française à des moments où précisément notre ex-Président est sur la sellette pour des affaires du même acabit.
Ce film nous a permis de découvrir non seulement les photos volées au cours de parties fines où Silvio, sûr de l’impunité, comme on a pu le voir, qui ne prenait même pas la peine de retirer à ces « escorts girls » invitées leurs téléphones portables qu'elles ne pouvaient pas cacher dans leur culotte, les pauvres, puisque, pour la plupart, elles n’en portaient pas, mais aussi les enregistrements des conversations téléphoniques de Silvio Berlusconi qui, alors même qu'il est encore Président du Conseil, est écouté par les méchants juges et les féroces policiers. L’Italie n’est pas la France à cet égard, comme l’avait déjà montré bien avant l’exemplaire affaire « Mani pulite », totalement impensable chez nous !
Conversation avec son avocat ou sa cousine, les écoutes dont a fait l'objet de notre ex-Président n’ont eu lieu, et ce point est capital, qu’après sa sortie de charge et ne concernent donc concernent donc qu’un citoyen lambda ! En revanche, Silvio Berlusconi, à l'époque des écoutes citées, est encore en fonction comme Président du Conseil donc comme Premier Ministre ! Forza Italia !
Nous avons eu de ce fait la chance d'écouter des conversations avec les participantes de ces « bounga bounga »  dans lesquelles, il faut bien le dire, les considérations politiques et/ou judiciaires ne tenaient qu'une très faible place, ce qui les rend au fond plus innocentes que celles de notre ex-Président et surtout de son ami Buisson ou, pire encore, que celles de son avocat sur les « bâtards de Bordeaux » et les « fuites ». En effet, il était beaucoup plus question de bisous et de jambes en l’air que d'informations relevant du secret de l'instruction ou de la politique. En revanche, la prostitution n’étant pas interdite en Italie sauf s’il s’agit de mineures, l’âge des participantes et la vénalité de leurs prestations étaient des informations de la plus haute importance sur le plan judiciaire.
Tous ces détails sont donc au cœur du Rubygate. Un des moments les plus délicieux du film tient à l'intervention de Berlusconi, en personne alors qu’il est encore Président du Conseil, téléphonant au commissariat où se trouve Ruby qui, sans papiers, a été arrêtée pour vol ! Il exige sa libération immédiate affirmant sans rire, qu’elle est la nièce du président égyptien ! Sur le plan du culot, Silvio laisse assurément très loin derrière lui notre pauvre Nicolas !
Un dernier aspect qui ne concerne, cette fois et pour le moment au moins que Silvio Berlusconi, est l'évolution de la chevelure de Berlusconi comme ses artifices chirurgicaux durant la trentaine d'années où l’on peut suivre les évolutions de sa physionomie. Il est dommage que Monsieur et Madame Cahuzac n'aient pas été sollicités en la matière par le Cavaliere. Il ne fait pas de doute qu'ils auraient réglé avec plus d'efficacité et de constance ses problèmes esthétiques, en particulier capillaires car, au cours ce film, où il apparaît une trentaine d’années durant, si on ne voit pas ses fesses se ramollir, on le voit, en revanche,  se déplumer, se remplumer, avant de se déplumer à nouveau pour se reremplumer ensuite. Que n’a-t-il d’emblée opté pour la moumoute ?
L'Italie est certes toujours le pays de la mafia et du 95 D, mais elle n'est assurément pas encore celui de la restauration capillaire ! Quant à Bart(h)olone qui nous disait : "Le seul responsable européen qui a essayé de faire pression sur la justice de son pays, c'est Berlusconi" peut-être devra-t-il revoir sa copie !

mercredi 12 mars 2014

Ecoutes : Bridoye et le Père Ubu

Le titre, quelque peu énigmatique de ce billet, va vous obliger à faire appel à vos souvenirs de lycée et de littérature française. Si les choses n'ont pas changé (je doute fort qu'elles l'aient fait quand je constate le rythme du renouvellement de nos programmes scolaires), on étudie Rabelais en seconde, on avait donc quelque chance d'y rencontrer le juge Bridoye que, dans le Tiers Livre, Panurge va consulter à propos de son mariage éventuel. Ce juge à la particularité de s’en remettre au sort et donc aux dés quand les cas lui semblent difficiles. Qu'on n'aille pas ici me faire un procès pour diffamation, car je ne suis pour rien dans cette critique de la justice dont toute la responsabilité incombe à Rabelais lui-même et qui ne s'en cache pas. Le Père Ubu et sa gidouille sont sans doute moins présents dans nos programmes scolaires, mais, en revanche, Ubu est là, à tous les instants et en tous lieux, dans notre administration et je me suis même demandé parfois si l'être qui hante ainsi ses bureaux n'est pas plutôt un de ses parents né de l'union incestueuse de la Mère Ubu et du Père Soupe, héros de Messieurs les ronds de cuir, l'œuvre immortelle de Georges Courteline.

La décision de la Cour d'appel de Versailles dans l’affaire Bettencourt-Mediapart de l’an dernier que j’évoque ici, est la suivante et je rappelle les faits, tels que Mediapart les a mentionnés, même si vous les connaissez :
"La cour d’appel de Versailles a ordonné à Mediapart, jeudi 4 juillet, de supprimer toute citation des enregistrements de l’affaire Bettencourt. Son arrêt nous interdit, de surcroît, de les mentionner à l’avenir."

Le scandale est, en fait, non dans l'affaire elle-même, mais, au-delà, dans le fonctionnement de notre justice qui est non seulement archaïque mais largement incohérente. L'archaïsme extravagant de notre système judiciaire se marque tant par d'incontestables signes (depuis le langage prétendument médiéval et volontiers latin (ou  prétendu tel) qu'on y emploie, même s'il ne satisfait en rien les historiens de la langue française jusqu'aux costumes ridicules dont on s'y affuble et auxquels on est si résolument attaché ). Tout cela n'est que comique ; plus grave est l'archaïsme dans les modes de fonctionnement.

La question des enregistrements qui sont au centre de cette affaire illustre parfaitement ce conservatisme forcené. En effet la validité des enregistrements réalisés et qui sont accablants pour le milieu dans lequel ils ont été réalisés sont considérés comme nuls et non avenus par la justice, dans la mesure où ils ont été réalisés à l'insu de ceux qui s'y sont exprimés. En vertu de ce même principe, on ne devrait jamais condamner, pour quelque forfait qu'il ait commis, un individu qui persiste a déclarer qu'il n'en est pas l'auteur et qu'on l’aurait certes vu l'accomplir … mais A SON INSU !

Comme je ne suis pas, et en rien, spécialiste de ces questions, j'ai consulté des auteurs plus qualifiés que moi (ce qui n'est pas trop difficile) et j'ai appris ceci sur ce point précis :
"Selon la matière, il est possible d'utiliser un enregistrement comme commencement de preuve. Ainsi, en droit pénal, un enregistrement obtenu, même de manière irrégulière, a une valeur d'"indice de preuve" selon la Cour de cassation (v. notamment cass crim 11 février 1992) ; (la Chambre criminelle a d'ailleurs estimé qu'une infraction commise pour obtenir une preuve était possible en vertu des "nécessités de la défense" (cass crim 11 mai 2004)).

En droit civil, la règle est un peu différente (Dieu seul sait pourquoi !). « Un enregistrement est également recevable (art 9 cpc), mais si il est fait à l'insu de la personne, il s'agit d'un procédé déloyal rendant la preuve irrecevable en justice (civ 2ème, 7 oct 2004). De plus, en matière civile, dans certains cas, la loi prévoit certains moyens de preuves obligatoires comme un écrit, rendant dés lors un enregistrement, même autorisé par la personne, totalement inutile. »

On constate que, dans la justice américaine, des documents enregistrés dans ces conditions seraient valables, alors qu'ils ne sont pas dans le système français (voir ci-dessus) qui est à cet égard totalement archaïque . Il est en effet désormais parfaitement possible, au plan scientifique et technique, de vérifier et de prouver que ces enregistrements n'ont pas été l'objet de manipulations et que le seul grief qu'on peut leur faire est qu'ils ont été obtenus, sans que les intéressés soient au courant de cet enregistrement.

Les dispositions françaises sont évidemment stupides ; dans ce domaine comme dans bien d'autres, il est certain que nous finirons par faire comme les Américains ; de la même façon, nous échouons dans notre lutte comme beaucoup d'entreprises criminelles, car il est impossible à la police française d'infiltrer les réseaux qu'elle poursuit en vain et qu’il faut donc que notre police et notre justice attendent que les malfrats soient assez stupides pour apporter d’eux-mêmes les preuves recherchées, ayant laissé auparavant leur vie privée à l'abri des entreprises policières !

Cette justice, si sourcilleuse par ailleurs, ne semble pas avoir relevé ou a oublié que, devant le juge Gentil, Nicolas Sarkozy a déclaré, me semble-t-il, n'avoir été qu'une seule fois chez Madame Liliane Bettencourt, alors qu'il y a des photographies qui le montrent en train d'entrer chez elle dans des costumes différents. Est-il un vrai Fregoli politique ou ces photographies ont été truquées par des gens qui lui en veulent ?  Dans ce dernier cas, il est facile de faire authentifier ou récuser ces photographies par des spécialistes ; la chose est encore beaucoup plus facile que pour des enregistrements. Et dans l'affaire Cahuzac où les enregistrements téléphoniques sont pris en compte et valides à 60% (encore par la précision un trait rabelaisien… sans compter les femmes et les petits enfants…), J. Cahuzac savait-il qu'il était enregistré ? Il faudrait un peu de logique dans tout cela !

Il « appert », en tout cas, que notre justice ultraconservatrice ne prend pas en compte les avancées scientifiques et techniques dont la police et la télé font si grand cas. On ne voit pas pourquoi des enregistrements faits à l'insu des locuteurs, ne seraient pas valables en vertu du principe qu'ils attentent à sa vie privée. Quel rapport entre ces deux plans ? Toute enquête, sur qui que ce soit, où que ce soit et pour quoi que ce soit, n'est-elle pas, par principe et au départ même, attentatoire à la vie privée de celui qui en est l'objet ? C'est même grâce à cet indispensable attentat que se réalisent,  le plus souvent, la découverte et la preuve de la vérité !

mardi 11 mars 2014

Du côté de la robe est la toute-puissance


Le même jour, a été célébrée « la journée de la femme » et a éclaté l'affaire des écoutes officielles dont font l’objet, depuis près d’un an Nicolas Sarkozy et, par voie de conséquence, son avocat Maître Herzog. La chose a fait si grand bruit dans le landerneau de la justice parisienne que la Garde des Sceaux a dû sortir de sa réserve. Dès lors, comment ne pas songer à modifier l'horrible formule machiste du sinistre Arnolphe dans l’Ecole des femmes (« Du côté de la barbe est la toute-puissance ») pour la remplacer par « Du côté de la robe est la toute-puissance ». Voilà qui est plus conforme au désir affirmé d'honorer la femme dans cette journée qui lui est consacrée et répond à la charge imprévisible de la brigade légère des avocats parisiens, conduite de façon un peu inattendue par leur bâtonnier P.O. Sur, qui, pourtant, aux termes de la loi, devait être informé de cette procédure comme l’a souligné la Garde des Sceaux dans son intervention sur France Infos :
« Des règles protectrices existent au bénéfice de certaines catégories de personnes : les parlementaires, les magistrats et les journalistes ». Pour les avocats, la loi précise en effet que le bâtonnier doit être informé des écoutes téléphoniques réalisées par les juges d'instruction. … Par ailleurs, les conversations entre client et avocat peuvent être écoutées par un service d’enquête. Mais elles ne peuvent pas être retranscrites et versées en procédure quand elles portent sur la défense du client. ». Tout cela est clair ! Concernant les perquisitions et les saisies aux cabinet et domicile d’un avocat, cette mesure est parfaitement légale, à partir du moment où un représentant de l’ordre des avocats est présent, ce qui a été, dit-on, le cas lors de la perquisition du domicile de Maître Herzog
Laissons ce fatras procédural passablement absurde d’ailleurs. Que se passe-t-il, en effet, si la personne écoutée (N. Sarkozy en la circonstance) est contactée au téléphone par un avocat nouveau ou inconnu ? On les prévient « Attention vous êtes écoutés ! », les policiers en service d’écoute font venir des témoins pour faire constater qu’ils se bouchent « les yeux et les oneilles » ou, faute de les informer, on fait annuler toute la procédure ! On peut écouter mais pas transcrire ? Va comprendre  Charles !

Tout cela est ridicule ! Tableau de genre. Le lendemain j'ai vu descendre de je ne sais quel palais de justice, trois avocats en robe, pleins de majesté (et à l’évidence de satisfaction !), poussant avec gravité leurs embonpoints,  toutes décorations dehors (et bene pendentes), en direction des caméras. Mais, au fait, qu'est-ce qui dans leur activité  professionnelle destine davantage un avocat à se voir ainsi décoré plutôt qu'un boulanger ou un maçon ? A quel titre ? Décidément, ils sont impayables, si l’ose dire, ces avocats !

Comme on l’a vu, Madame Taubira s'est exprimée avec un parfait bon sens et une grande clarté ; elle a assuré qu'elle faisait montre d'une « vigilance totale » en ce qui concerne les droits de la défense, mais qu'elle n’allait assurément pas
« assurer l'impunité à la profession d'avocat ». Elle a souligné aussi, toujours avec la même pertinence, que, si la défense de Nicolas Sarkozy souhaitait contester les décisions de justice dont ce dernier faisait l'objet, il lui suffisait de faire appel aux voies de recours prévus par la loi, sans avoir à faire écrire à ce sujet au Président de la République, comme menaçait de le faire le bâtonnier de Paris qui pourtant que pourtant on peut supposer parfaitement au fait de la sitation comme des moyens de contestation légaux. J’ai cru comprendre, à l’écouter, que ce qui l’avait le plus choqué, était qu’on ait pu réveiller, à six heures du matin, pour une perquisition un avocat ou un magistrat comme on le fait toujours un quelconque pékin !

C'est, je crois, ce même bâtonnier qui a allégué un point de vue qui vient, une fois de plus, souligner cette malice du hasard qui justifie la modification que j'ai déjà apportée aux propos d'Arnolphe, en suggérant que : « Du côté de la robe est la toute-puissance ». Ce bâtonnier déclare en effet que le cœur et le symbole des « libertés publiques » en France : « est le secret professionnel chez l'avocat, secret professionnel chez le médecin, le secret professionnel chez le curé ».

Vous n'aurez évidemment pas manqué de noter que les trois catégories professionnelles, si j'ose dire, qu’il distingue, se caractérisent où se sont, en effet, caractérisées dans le passé par le port commun de la robe.

La catégorie la plus conservatrice est certes celle des avocats (je reviendrai ensuite sur ce point) ; elle est fort attachée à la robe à 33 boutons, qui s’accompagne de l’épitoge, herminée ou non (celle des avocats docteurs en droit a trois rangs d’hermine), la toque ayant hélas disparu.

Les curés, en France du moins, ont désormais souvent renoncé à la soutane (donc à la robe) pour des tenues bourgeoises, sauf dans quelques minorités religieuses conservatrices qui y restent farouchement attachées.

C’est pire encore pour les médecins pour lesquels je suggérerais volontiers, dans cet esprit, de rétablir les robes et les bonnets pointus qui sont ceux de Molière ; comme nos avocats, ils ont un irrepressible penchant pour le latin, souvent, de cuisine plus que de Cicéron. « Clisterium donare, / Postea seignare, / Ensuitta purgare. » !

La robe est assurément un élément central et fondateur dans la conservation perpétuelle de nos libertés publiques et elle constitue un permanent rappel de la force de la tradition, y compris dans nos universités actuelles où elle fait un retour en force.

J'entendais, l'autre jour, sur une radio, un avocat commencer un propos anodin sous une forme à la fois étrange et tonitruante par cette formule qu'il nous a délivrée avec une lenteur gourmande : « Il appert que… ». Si les avocats craignent d'être écoutés, il leur suffirait, pour ne pas être compris du vulgum pecus, fût-il policier, d'user de ce vocabulaire juridique, dont ils sont tellement friands, même s'ils ne sont pas sensibles au ridicule de son archaïsme.

Comment résister ici au plaisir, pour leur information,  de citer un usage de ce verbe qu’ils aiment, tant dans une orthographe et une citation pour le coup authentiques  : « Constitué Louis Damour, mesnager, du lieu de Velaux, aagé d’environ 50 ans, témoing assigné et produit à la request de M. le procureur général du Roy, ainsin qu’il a faict apparoir de la coppie. — (Extrait d’information faite à la requête de M. le Procureur général du Roy contre le ministre des religionnaires de Vellaux, 24 may 1683) » ?


Pour mettre une note de gaieté dans ces propos austères, je citerai, en complément, une des rares mentions de ce terme dans le Trésor de la langue française : «  attendu qu'il appert clairement des débats que Lagoupille, par le désagrément de son commerce et ses exigences sans nom, a réussi à mettre en fuite la clientèle ordinaire du café du « Pied qui remue »...
COURTELINE, Un Client sérieux, 1897, 3, p. 76 ». Le caractère plaisant de l'usage n'apparaît que si on ajoute qu'il s'agit là d'un extrait d'une œuvre de Courteline, Un client sérieux, 1897, page 76 » !

Le lexique des termes juridiques se flatte, dans son édition 2014 (la 21ème me semble-t-il), d'offrir plus de 5500 entrées. Cet ensemble comporte aussi bon nombre de termes latins dont on se demande à quoi ils servent, d'autant que leur latinité elle-même est souvent des plus douteuses, surtout si l'on prend pour référence la langue de Cicéron. Mais revenons, pour finir, au fameux « appert » qu'affectionnent tellement nos gens de justice, je soupçonne bon nombre d'entre eux de le rattacher, bien à tort, au verbe « apparaître », alors qu'il s'agit en fait du verbe « apparoir » que naturellement des dictionnaires du français ignorent ou, au mieux, signalent comme désuet, même s'il demeure utilisé chez nos cousins québécois, ce qui ne fait qu’en souligner l'archaïsme savoureux.




jeudi 6 mars 2014

« Ce qui va sans dire encore mieux en le disant !»


Cette formule qu'on prête, comme tant d’autres, à Talleyrand (qui se disait « de Périgord », alors que cette peste de Cambacérès disait qu’au fond il ne se trompait que d’une lettre puisqu’il était bien « du » Périgord) est toujours d'actualité et il est  hélas très souvent nécessaire d'y recourir.

Dans le billet que j'ai publié dans le titre, franco-québécois, était, je crois, à peu près  : « Ça va faire une maudite poutine !», je faisais part de mon scepticisme à propos de la crise russo-ukrainienne et de mon impression (j'ai failli dire de ma certitude) que toute l'affaire de l'Ukraine était largement, du côté russe surtout,  un jeu  de poker menteur fondé sur les rodomontades et les gesticulations des uns et des autres, dans lesquelles l'Europe n'était ,comme toujours, que la figurante, en attendant qu’elle mette la main à la poche. Face aux pauvres 900 millions, dont on parlait à Bruxelles, Poutine avait sorti ses 13 milliards ou plutôt, sans les sortir et les mettre sur la table, les avait évoqués pour faire monter les enchères de notre côté. Cela n'a pas tardé et voilà que, dès le lendemain, nous faisons un tapis de 13 milliards face aux mythiques 13 milliards de Monsieur Poutine et aux grotesques défilés de pseudo-bidasses cagoulés organisés en Crimée, pour le Mardi-Gras, nul n’ayant d'ailleurs  rendu hommage à l'humour de Poutine dans le choix de cette date !

Tout cela était écrit dans le ciel ; la partie était inégale entre un expert en la matière et l'Europe qui, au poker, à l'expérience et le métier d‘un enfant de six ans.

Manque de chance, les feuilletons journalistiques ne se suivent pas vraiment mais plutôt se chevauchent, ce qui rend leur péremption encore plus rapide ! L’affaire Patrick Buisson est une autre occasion dans laquelle s'étale la naïveté du public quand elle n'est pas aussi celle des politiques.
Fort heureusement pour moi, j'ai fort peu fréquenté les sombnres corridors du pouvoir, mais les quelques brèves incursions que j'y ai faites m’ont toujours convaincu que les « fuites », en particulier en direction du Canard enchaîné, le seul vecteur médiatique possible, sont TOUJOURS organisées, non par les ennemis de ceux qui en sont victimes (comme le croient les ignorants et les imbéciles), mais par leurs amis. J’ai, en  mémoire, une scène de ce genre dans le bureau d’un ministre à propos d’une « fuite » de ce genre ; plus récemment les affaires horlogères de Julien Dray et l’affaire (initialement conjugale) de Cahuzac ont eu la même histoire.

Voilà qu'on découvre soudain la perfidie de P. Buisson qui a, en outre, le physique de l’emploi ! Pas besoin d'être grand clerc pour percevoir la fourberie et la dangerosité du bonhomme vu sa carrière et sa mine. La vraie leçon de toute cette histoire est ailleurs. Seule, l'ambition frénétique et le penchant à la trahison d'un homme (notre ancien président de la République en la circonstance) ont été susceptibles de l'aveugler à ce point sur un Buisson !

Que Patrick Buisson trahisse Sarkozy (ce dernier étant tout aussi propre et prête à l’inverse !) n'a évidemment rien d'étonnant ; il a même sans doute eu l'intention de le faire dès le départ, puisque tout indique que, dès qu'il est entré dans l'entourage du Président, il a commencé les enregistrements qui n'étaient évidemment pas destinés à l'écriture d'un livre, mais à une utilisation éventuelle soit contre le président lui-même (« le nain » comme il le nommait lui-même paraît-il dans ces cassettes, ce qui montre bien évidemment l'affection qu’il lui portait), soit plus vraisemblablement contre tel ou tel autre membre de son entourage et, comme on dit « à toutes fins utiles ».

C’est là ce que P. Buisson aurait répondu à son fils unique, avec lequel il est brouillé et qui pourrait bien être serait le serpent que PB aurait réchauffé dans son sein selon le schéma classique ; peu importe, il est évident que le traître est vraisemblablement un proche comme toujours et que ce n'est pas la sympathie qu'inspirent, de façon naturelle, la binette et les pratiques de Monsieur Patrick Buisson qui ont pu l'arrêter. Cet aspect est d'ailleurs le moins intéressant, car je ne connais guère de plus sûr moyen de se gagner la haine de quiconque que de l'obliger et de lui rendre service ! Je suis confus d’en être réduit à écrire de telles platitudes .
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Cela dit, Monsieur Patrick Buisson ne manque pas de fers au feu et il est certain qu’il peut faire un carton éditorial et financier en publiant, aussi rapidement possible, le verbatim de ses précieux et truculents enregistrements ; en tout cas, ce n'est pas la gauche et Monsieur Jacques Attali qui pourront le lui reprocher.

Cela dit, j'ai entendu, à plusieurs reprises, de vertueux UMP ou assimilés (style Raffarin dont j’espère qu’il ne s’est pas fait trop de mal en tombant de sa chaise !) évoquer le caractère inouï de tels procédés. La chose n'a rien d'étonnant chez les politiques français qui, comme tous leurs compatriotes, ignorent aussi bien l'histoire que la géographie. Jacques Foccart en effet fut accusé, dans une affaire autrement grave, par le Canard Enchaîné (déjà et toujours lui !) d’avoir fait espionner le Général de Gaulle, grâce à la fameuse « commode » de l’Elysée, découverte durant l’interim d’A. Poher.

Pour l’édification de Monsieur Raffarin et de quelques autres, voici, d'après Wikipedia, le résumé de la procédure engagée par J. Foccart lui-même : « En première page du Canard enchaîné du 4 juin 1969, on peut lire en surbandeau l’Histoire de la commode à Foccart qui renvoie en page 2, où il est question de la découverte de la dite commode. Le journal ajoute : Cette découverte a eu l'avantage de mettre en évidence un petit fait qui en dit long : les propos tenus dans les propres bureaux de De Gaulle étaient écoutés et enregistrés par Foccart. Foccart porte plainte contre le journal relevant entre autres les insinuations malveillantes lancées contre lui de manière épisodique, le présentant comme le chef d'une police parallèle, ou l'Éminence grise du chef de l'État…. Durant dix semaines, le Canard instruira à l'avance le procès de M. Foccart, avec une page d'enquête et d'échos chaque semaine. Fin janvier 1970, le tribunal de grande instance de Paris se déclara incompétent et condamne Foccart aux dépens, au motif que le Canard avait attaqué Foccart homme public, dans sa fonction et que c'était Foccart privé qui s'estimait diffamé. Le 4 novembre 1970, la cour d'appel déboute Foccart. ».

mercredi 22 janvier 2014

Les conférences de presse ne se suivent pas mais se ressemblent !


L'avantage de la polygraphie et de la production intensive de blogs est que le hasard ou la nécessité vous amènent fatalement, un jour ou l’autre, à retrouver, dans le stock de vos milliers de blogs, un texte dont la nécessité de le reprendre éclate soudain à vos yeux.

 Dans le présent cas, c'est un pur hasard qui m'a conduit, dans la préparation de mon cinquième recueil de blogs (une « cronique » placée sous le signe de Rabelais de l’ « horrifique » présidence de Nicolas Sarkozy), à retrouver un texte que j'avais écrit, six ans plus tôt, juste après la conférence de presse de Nicolas Sarkozy en janvier 2007.

 Le hasard avait prévu le moindre détail. En effet, si je n’avais pas été un peu paresseux (mais il était tard), j’aurais pu reprendre le premier texte, publié dans le blog du Nouvelobs le 20 janvier 2008, dans mon blog de Mediapart du même jour de 2014. Vous ne me direz pas que tout cela n’était pas écrit ! La chose est d’autant plus éclatante d’évidence que dans un cas comme dans l’autre, la première et seule question était celle des amours présidentielles. La complaisance ou la servilité de nos journalistes est la même  et, comme on le verra, la seule différence a tenu à la mise en scène et à la distribution des rôles mais je n’en dis pas plus et vous livre dans son état initial mon texte du 20 janvier 2008. 

« France 24 : Roselyne et Christine sont dans un bateau

Dans un précédent post, sur la conférence de presse élyséenne, je m’étais étonné de voir que nul commentateur ne semblait avoir pris en compte ni la manoeuvre qui a conduit à poser à Nicolas Sarkozy la question de son mariage, ni surtout la personnalité de la journaliste chargée de la poser. Tout cela était, bien entendu, cousu de fil blanc, ce que nul n’ose dire, du moins dans les nombreux commentaires que j’ai pu consulter.



Dans une assemblée de plusieurs centaines de journalistes, où les micros ne sont pas distribués au hasard, nul ne s’est apparemment étonné de voir une certaine Roselyne Febvre recevoir un micro dès le début de la conférence de presse.Ce n’est pourtant ni Arlette Chabot, ni Christine Ockrent, ni Christine Clerc, ni Michèle Cotta, etc.. Obscure bouche-trou de France 3, naguère encore doublure dominicale ou estivale de Marie Drucker dans Soir 3, elle est passée à France 24, ce qui n’est guère mieux. Ses loisirs, sans doute nombreux, vu ses fonctions, lui ont laissé le temps d’écrire un livre, « Le cœur des femmes », sous-titré « Les cinquante femmes du vingtième siècle ». Tous les grands éditeurs de Paris ont dû se le disputer, mais elle a choisi de le donner à Timée-Edition. Ce Timée n’est pas celui de Platon, mais un éditeur dont la collection-phare, « Les Plus Belles Histoires », se veut « divertissante et pédagogique » et offre « une invitation à découvrir d'une manière originale un domaine spécifique de la connaissance ».


 Autant dire que les commentaires de Roselyne Febvre, après la conférence de presse, ne m’ont pas convaincu. Il ne s’agissait pas seulement de « se jeter à l’eau », selon ses termes (ou à peu près), mais de se voir opportunément offrir un micro par l’un des gardes républicains chargés de les distribuer, avec autant de parcimonie que de discernement. Tout cela ne pouvait relever du hasard !

La question devait être posée par une femme, et, en la circonstance, la position de R. Febvre vis-à-vis de l’Etat ne pouvait que la rendre des plus dociles aux consignes qu’on n’a pas manqué de lui donner. Espérons pour elle que cela lui sera compté !



 Les choses étaient d’autant plus simples que rares sont, sans doute, ceux qui savent ce qu’est France 24 et plus rares encore ceux qui ont déjà regardé les émissions de cette chaîne récente qui n’émet que depuis décembre 2006. France 24 est l’avorton médiatique né des rêveries de Jacques Chirac, qui, vers 1987, s’était pris à rêver d’un CNN à la française, ce qui, ainsi formulé, vous avait une autre gueule que ce France 24, tiré d’un chapeau parmi cinq ou six noms possibles, par la main, forcement innocente d’un Patrick de Carolis, quelques années plus tard.



 L’audiovisuel international français est l’un des plus beaux spécimens de nos serpents de mer nationaux ; ce monstre effrayant habite, non le Loch Ness, mais le Quai d’Orsay et nous coûte, à la louche, 300 millions d’euros par an (mais France Télévision revient dix fois plus cher !). Si vous êtes sages, je vous raconterai un jour cette belle histoire, mais tous les petits enfants de France seront endormis bien avant que j’en atteigne la fin.



Toujours est-il que voici que France 24 se voit cité, non à cause de la question posée par Roselyne Febvre, qui a battu tout le monde sur le fil, mais de Christine Ockrent. Le Point a révélé, en effet, qu’elle aurait signe un contrat avec France 24 pour assurer une chronique hebdomadaire de six minutes en deux versions, français et anglais, moyennant une rémunération annuelle de 120.000 euros. Il y aurait en plus, en ouverture, une pub pour la « Closerie des lilas », mais elle est peut-être payée en nature, par une table ouverte..

Que nos journalistes se fassent tous des petits suppléments par des « ménages », tout le monde le sait et la plupart en font. Comme les autres, C. Ockrent en a fait (au MEDEF et ailleurs) et elle continue à en faire, à des tarifs souvent, en proportion, plus rémunérateurs encore que les piges à France 24 (Si vous saviez combien je touche pour ce misérable blog ! C’est indécent comme dirait notre Président). 



 Ces détails, un peu sordides, expliquent, pour une part, les infinies prudences des journalistes français à l’égard de toutes les formes de pouvoir et, au premier chef, du pouvoir politique. Imaginez que Laurent Joffrin, ne cédant pas aux injonctions du Président-Magicien, ait refusé publiquement de revenir lui serrer la main, son avenir d’enquêteur-historien sur la Cinq, chaîne d’Etat, (avec une émission, assez faiblarde d’ailleurs, « Détective de l’histoire », le dimanche) ne serait-il pas compromis ? Je ne connais pas le tarif, mais prudence ! Mieux vaut avaler une petite couleuvre, vite digérée et oubliée, que de se faire étouffer, pour des bêtises d’amour-propre de ce genre, par un gros boa ! 



 Pour la pigiste Christine (au fait est-ce un CDD ? ), le plus gênant, peut-être, est que France 24, qui dépend actuellement, de Matignon, risque de passer sous la tutelle du Quai d’Orsay, ce qui conduirait Madame Kouchner à travailler pour son mari . La chose est encore compliquée par le fait que les piges de Christine sont bilingues (français et anglais), alors que le vent souffle plutôt, du côté élyséen, en faveur d’une refrancisation de France 24. 

Tout cela n’est-il pas capital pour le sort de notre planète ?
 Comme dirait notre Marquis [message personnel à une des figures du « blog des internautes »  ] : Quand on a déniché Roselyne. On voit arriver Christine. ».

mercredi 11 décembre 2013

Les hommes qui rient dans les cimetières


On se souvient qu’un perfide paparazzo (ça existait déjà) ayant réussi à photographier Clemenceau en train de rire devant une tombe, ce dernier s’était vu dans la suite défini par ses ennemis comme « l’homme qui rit dans les cimetières » ! Voilà qui risque d’arriver, si normal qu’il soit, à notre président !

Comme notre diplomatie, avec ou sans grandes oreilles, avait appris qu’Obama serait accompagné de tous ses prédécesseurs encore en état de marche, la question s’est dramatiquement posée pour nous. Chirac, fatigué à tous points de vue, risquait en outre de provoquer un incident fâcheux avec une accorte pleureuse-chanteuse ; Giscard tient encore la route mais un arrêt à Bangui sur le chemin du retour, réveillerai sûrement  de mauvais souvenirs et il n’y a plus guère de diamants sur le marché local. Restait Sarko qu’on se résigna à inviter et qui hélas accepta, mais refusa de voyager dans France ONE. Gros soupir de soulagement de François qui devait autant redouter la dizaine d’heures aux côtés de Sarko que la scène prévisible avec Valérie qui était du voyage !

Comme un malheur ne vient jamais seul ; le ciel, sans doute en prévision d’un arc-en-ciel ultérieur versa lui d’abondants larmes ; on ne parvint donc pas à remplir le stade de Soweto.

Ce stade avait été choisi, assez malencontreusement, à cause des fameuses émeutes de Soweto dont on a depuis longtemps oublié la cause, si on l’a toutefois jamais sue dans la presse française. Leur origine n'était en rien dans le nationalisme linguistique et en aucune façon, comme on le croit parfois, dans une exigence d'enseignement en langues africaines à l'école, Les manifestants refusaient l’afrikaan et réclamaient l'enseignement en anglais, car ils auraient été bien empêchés de s'accorder sur une seul des multiples langues africaines du pays et en particulier sur le choix entre les principales,  bien entendu ennemies, le zoulou et le xhosa. Bref tout cela est oublié et il n'en reste qu'un grand stade qu'on espèrait bien remplir pour la cérémonie en honneur de Nelson Mandela, ce but n’ayant été que partiellement atteint en raison de la pluie persistante.

François Hollande s'est donc senti obligé d'inviter Nicolas Sarkozy à l'accompagner en Afrique du Sud. Erreur fatale, même s'il avait cru par là compenser sa grossièreté de mai 2012, quand il n'avait pas jugé bon d’accompagner son prédécesseur au-delà du haut du perron de l'Élysée lors de la première rencontre à la présidence de la République.

Sarkozy accepta, hélas, mais, fort heureusement, entendit voyager dans un avion différent. Sans doute heureux de s'épargner la compagnie de son prédécesseur, François le fut surtout de bénéficier de la présence de Valérie qui aurait sans doute très mal pris de se voir éloignée au profit de Sarko !  En revanche, à Soweto, notre président dut, pendant trois heures d'horloge, voisiner avec Nicolas Sarkozy, fort heureusement à sa gauche !  Comme il est difficile de faire la gueule à son voisin pendant trois heures, il dut inévitablement, à un moment ou à un autre, lui faire quelques bribes de conversation voire même plaisanter avec lui.

On se doute que ces échanges n'échappèrent pas aux photographes français ; si Clémenceau riait dans les cimetières, on ne manquera pas de dire que François Hollande blaguait avec son ennemi à l'enterrement de Nelson Mandela, ce qui n'est pas bien mieux.

Comble de malheur pour ce qu’on croyait devoir être le comble de l’adresse, la présidence de la République avait jugé adroit  de faire une petite halte à Bangui sur le chemin du retour, pour saluer les troupes françaises qui venaient d'y débarquer en triomphatrice et partager ce moment de gloire. On espérait un triomph populaire comme naguère à Bamako. On croyait que c’était Grouchy et hélas ce fut Blucher !

Là aussi les choses s'arrangèrent au plus mal. Dans la nuit précédant la fiesta de Soweto, deux soldats français furent tués par un groupe de la Selaka ; ce pauvre François Hollande, qui sortait à peine des rites funéraires de l'ancien président de l'Afrique du Sud, dut ressortir son mouchoir et ranger son discours optimiste pour pleurer les deux soldats du 8e RIMA tués dans la nuit.

Autant dire que ce n'était pas joyeux, d'autant que cette expédition centrafricaine qu'on avait présentée comme la répétition de l'accueil triomphalde Bamako était en train de tourner au vinaigre, comme auraient pu le prévoir des esprits plus avertis ou mieux informés. La chose était pourtant d'autant plus prévisible qu'il est clair que les deux milliers de soldats de la « force africaine » qui sont sur place depuis un certain temps n'ont servi sans doute à rien, sinon à faire marcher quelque peu les bars et les bordels de la ville, à condition toutefois que les soldats de l'ONU aient touché effectivement une solde, ce qui est bien loin d’être sûr.

Bref nous ne sommes pas plus sortis de l'auberge centrafricaine que nous n'avons quitté la malienne.

mercredi 9 octobre 2013

Éric Juppé et Alain Woerth : fusible ou lampiste ?


La décision finale des juges de Bordeaux a un peu étonné tout le monde, même si elle n'aurait pas dû surprendre, alors qu'elle est tout à fait dans la logique de notre système et d'une justice qui, selon le mot de Figaro, est toujours indulgente aux grands et dure aux petits, encore que, dans la circonstance, il ne s'agisse ni de l'un ni des autres. Comprenne qui voudra.

A ce propos, pour celles et ceux qui jugeraient étrange la distinction entre "étonner" et "surprendre" qu'on confond désormais si volontiers, je rappellerai une anecdote dont le héros est Emile Littré, l'auteur du dictionnaire. Trouvé au lit avec la bonne par Madame Littré revenue au logis inopinément et comme elle s'exclamait, "Monsieur, je suis surprise de...", elle fut interrompue dans son indignation par la remarque toute professionnelle de son lexicographe de mari ; "Non, Madame, vous êtes étonnée et nous sommes surpris!".

Mais cette mise au point lexicale faite, revenons à notre affaire.

À lire les extraits de la décision de Bordeaux (267 pages si je me souviens bien, car nos magistrats ont la plume facile, même s'ils écrivent de conserve !), il n'est fait aucune allusion claire et précise au point principal des réponses de Nicolas Sarkozy sur le nombre de visites qui a rendues à Madame Bettencourt. Il a toujours affirmé, en effet, contre vents et marées, n'en avoir fait qu'une seule, alors que plusieurs témoignages en signalent au moins deux. Mieux, on dispose de photographies où on le voit entrer chez elle vêtue de façons différentes. Même un Fregoli de la politique change moins vite de costume que d'opinions et il ne saurait le faire dans de telles conditions.

On s'étonne naturellement qu'au terme de considérations sur les comportements de Nicolas Sarkozy qui ont toute l'allure d'un réquisitoire, aussi sévère que fondé, les deux magistrats concluent par l'abandon des poursuites, alors qu'elles sont maintenues contre ce pauvre Éric Woerth qui était pourtant apparemment dans une position subalterne, puisque, s'il allait solliciter de l'argent chez l'héritière de L'Oréal, c'était évidemment pour le financement de la campagne de son candidat et donc avec l'accord de ce dernier, sinon sur ses instructions.

Tout donne donc à penser que pour des raisons qui demeureront inconnues, (Sarkozy a été ministre de l'intérieur et nul ne quitte la Place Beauvau sans emporter quelques dossiers sur ses ennemis ... et ses amis), on a cherché une solution qui ménageât à la fois les juges, en leur permettant de sauver la face puisqu'en cas de poursuite, ils auraient pu éventuellement, vu la teneur de leurs conclusions, atténuées au regard des faits, voir le prévenu relaxé, ce qui leur aurait fait perdre professionnellement la face, et Nicolas Sarkozy lui-même, qui s'il est épargné dans cette affaire, voit son image quelque peu ternie et les poursuites engagées contre son comparse.

On ne peut que songer à la totale similitude qu'il y a, dans cette situation, avec celle qui fut naguère celle du tandem Chirac-Juppé et qui se termina par la condamnation de ce pauvre Juppé, contraint d'aller porter le chapeau ou plutôt la chapka dans les arpents de neige canadiens. En sera-t-il de même pour ce pauvre Monsieur Woerth ? Je lui suggérerais plutôt l'édénique île seychelloise d'Arros. C'est assez probable à moins qu'on ne se contente, pour finir, du menu fretin (en dépit des sommes en jeu) que constituent Messieurs Bannier et de Maistre.

Pauvre Monsieur Woerth ! C'est la dure loi du métier politique en cas de coup dur ; elle vous condamne souvent à des choix douloureux, même en matière de métaphores, entre les inévitables mais nécessaires fonctions de fusible ou de lampiste!

samedi 31 août 2013

Boillon gras

L'arrestation de Boris Boillon et de sa mallette lourde de 350.000 euros en billets de 500,le 31 juillet 2013,  à la Gare du Nord me conduit à republier, pour partie et avec quelque aménagements (en particulier pour le titre qui de "Boillon de culture" devient "Boillon gras"), l'un de mes posts de 2010. La première phrase est quasi prophétique comme vous le constaterez d'emblée.

"Boris Boillon. Voilà un homme qui a su, pour partie involontairement sans doute, faire le buzz.

Comme Cronin dans Les clés du royaume, que j’ai lu quand j’étais petit, j’aborderai le sujet par « Le commencement de la fin ».

Sans que j’ai bien su si c’était par « Facebook » ou par « Copains d’avant », notre héros ; Boris Boillon (BB2 pour faire plus court mais aussi le situer par rapport à la première) a conquis, en un instant ou presque, la gloire médiatique grâce à une photo de lui placée dans l’un ou l’autre de ces réseaux. Je dois à la vérité de dire que, peu familier de tels lieux de la toile , je n’ai pas eu le courage d’aller vérifier, me satisfaisant d’abord, dans un premier temps, avant investigation plus précise, de la photo de BB2 brandie avec indignation par Marine Le Pen, qui la jugeait attentatoire à la dignité du corps diplomatique français.

Il est vrai qu’après examen, plus approfondi mais facile, car tous les sites de videos l’ont reproduite à l’envi, je dois dire que la photo de son Excellence Boris Boillon n’est pas piquée des vers ni même des hannetons. Je pense qu’elle a été faite, par ses soins, pour participer au concours de la meilleure photo de couverture pour le magazine Têtu ! Elle a sans doute été jugée trop peu originale, car on en avait déjà vu une bonne douzaine du genre, même si les modèles, dans ces cas, n’étaient pas en général des ambassadeurs de France. Peut-être ce cliché aurait-il été plus apprécié si son Excellence y avait été saisi dans un moment spécifique de sa vie professionnelle, une remise de lettres de créance par exemple. En revanche, cette photo, en maillot de bain moulant (style Jean-Marie Bigard ou, mieux encore, Franck Dubost), le torse épilé et huilé mettant en valeur des abdominaux chocolatés, soigneusement travaillés avant et en vue de la prise de vue.

En tout cas, après avoir posé quasi nu, voilà BB2 « habillé pour l’hiver » ; les émissions satiriques, des « Guignols de l’info » (en baisse ! Au secours Gaccio !) au « Petit Journal » de Yann Barthès (en hausse) vont s’en donner à coeur joie durant une bonne quinzaine (et plus si affinités !).

« Tout le monde n'a pas eu la chance d'avoir des parents communistes » était le titre d’un film de Josiane Balasko ; Boris Boillon l’a eue, lui, cette chance ; il en a hérité un prénom russe et une initiation à l’arabe qui a été à l’origine de sa fortune diplomatique. En effet, ses parents (des enseignants « pieds rouges ») sont partis en Algérie pour aider à la décolonisation du nouvel Etat. BB2 y a donc, été, inévitablement et sans mérite particulier, initié à cette langue jusqu’à son retour en France.

Etudes parisiennes modestes (IEP et INALCO) ; n’étant pas énarque, il ne pouvait guère espérer mieux qu’un poste de consul en fin de carrière. En fait, il sera nommé ambassadeur à 40 ans après de fructueux passages dans la mouvance de Nicolas Sarkozy, au ministère de l’intérieur d’abord, puis à l’Elysée. C’est sa connaissance de l’arabe qui est à la base de ses promotions. Cette circonstance amène d’ailleurs à s’interroger sur l’usage, plus intelligent, que pourrait faire la France, dans sa politique extérieure, des Français issus de l’immigration dont les savoirs culturels et linguistiques seraient sans doute utiles dans divers lieux du monde.

« Le commencement de la fin ». J’ai vu BB2 pour la première fois, comme tout le monde, chez Denisot, à un « Grand journal » de Canal +, fin novembre 2010. Il y a fait un numéro assez insupportable de suffisance et de satisfaction de soi, agrémenté de rodomontades ridicules sur ce qu’on allait voir, grâce à lui, en Irak, pays qu’il a quitté quelques semaines plus tard ! Il y a parlé, en particulier, de son amitié avec Kadhafi, faisant un éloge ému de ce dernier et confiant, non sans satisfaction, que Mouammar l’appelle « son fils ». J’ai appris, dans la suite, que sa fortune auprès du président de la république tient au rôle majeur que BB2 a joué dans la libération des infirmières bulgares, dont le succès a été attribué, ensuite, urbi et orbi, à Cécilia, pour les raisons que l’on sait !

Passons sur les détails. Vu cette première prestation à Canal +, la suite ne m’a guère étonné et en particulier son comportement, inoui de morgue, d’arrogance et surtout de sottise, à l’égard de la journaliste tunisienne (une femme donc !) qui interviewait le tout nouvel ambassadeur de France, à peine débarqué. Sans vouloit tirer sur une ambulance, deux remarques pour conclure sur le personnage. Obligé de faire amende honorable, il l’a fait en arabe, en ânonnant laborieusement un texte qu’il lisait manifestement mot à mot. D’autre part et surtout, un ambassadeur de France, qui a dû aller un peu à l’école, devrait savoir qu’on « présente des excuses » et qu’on ne « s’excuse pas », car si l’on peut « s’excuser » soi-même, à quoi bon faire une telle démarche ?".

Peu fait pour la diplomatie (on l'a vu, de toute évidence, il ne devait cet emploi qu'à la faveur du prince), Boris s'est reconverti, avec succès semble-t-il, dans le transport des valises, sans savoir que, quinze jours plus tard, la mort allait le priver du coûteux mais précieux secours de Jacques Vergès, le spécialiste en la matière, auquel je reviendrai lundi.

dimanche 18 août 2013

Réforme des régimes spéciaux de retraite : et les anciens Présidents de la République ?


Le Parisien et le Point, par leurs articles récents sur la protection dont bénéficient les anciens Présidents  et, de ce fait, Sarkozy (en particulier au Cap Nègre), ont remis sur le tapis le statut et les conditions matérielles accordées aux anciens présidents de la République ; leur protection est toutefois le moins important et le moins illégitime des multiples et immenses privilèges, pour la plupart injustifiés, qu'on leur accorde!
Sarkozy bénéficie, pour sa seule protection personnelle, de dix policiers du SPHP ; Chirac se contente, lui, de huit et Giscard d'Estaing de six. Ces informations ont fait quelque bruit dans la presse (il est vrai que nous sommes en août et que l'information est à son étiage !), alors que Mazarine Pingeot a bénéficié, sans aucun titre, pendant plus de dix ans et sans que nul n'en parle et donc ne s'en offusque, d'un service de sécurité plus important encore, sans y avoir en outre le moindre droit.

Dans la chasse aux régimes spéciaux de retraite naguère entreprise (sans grand effet d'ailleurs) et qui prochainement va ré-ouvrir, en septembre 2013, il en est un, très "spécial", qu'on a oublié et sur lequel René Dozière, le trouble fête des sinécures d'Etat, a été presque le seul à attirer naguère l'attention. Député PS de l'Aisne et auteur sulfureux de L'argent et l'État, voilà un homme qui ne doit pas être plus populaire auprès de ses collègues du Palais Bourbon qu'il ne l'est rue de Solférino puisque lors des dernières législatives, le PS lui a refusé l'investiture !

 Comme les rapports de la Cour des Comptes, dont il doit être un lecteur assidu et vigilant, ses écrits fournissent en effet, à chaque parution, une matière abondante à la presse française, même si souvent ils contiennent des informations que les journalistes pourraient trouver par ailleurs eux-mêmes, s'ils se donnaient le mal de les chercher, ce qui suppose toutefois, préalablement, qu'ils aient déjà l'idée de le faire.

En la circonstance, on peut évidemment chercher dans les travaux de René Dozière des éléments sur les Présidents de la République en retraite ; le mandat de Nicolas Sarkozy était arrivé à son terme, un peu contre son gré, sans pour autant qu'il puisse, le pauvre, vu son âge, toucher, tout de suite, sa retraite de président, comme on va le voir, même s'il a déjà tous les avantages en nature de cet état !

Le plus drôle, dans cette affaire, est l'étrange histoire de ce régime de faveur des présidents honoraires. Les anciens Présidents de la République encore vivants (et leurs veuves éventuelles comme on le verra) devraient adresser, en signe de reconnaissance, leurs remerciements communs à Laurent Fabius qui, le 8 janvier 1985, saisi d'on ne sait quelle inspiration subite a écrit, en tant que Premier Ministre, à Valéry Giscard d'Estaing pour modifier très sensiblement, de son propres chef, le sort des Présidents de la République en retraite ou, en tout cas, leur rémunération et les avantages dont ils peuvent jouir. Toutefois, comme R. Dozière le souligne, le fondement juridique d'une telle réforme est des plus fragiles voire douteux ; il ne s'agit, en somme, que d'un « courrier personnel », resté secret et donc ignoré des années durant, ce qui fait que l'on peut s'interroger sur la valeur décisionnelle d'une telle correspondance.

On peut d'ailleurs observer, au passage, une fois de plus, à quel point Laurent Fabius est toujours avisé et prévoyant. On se souvient qu'il avait su penser à son papa et à sa famille (les Fabius sont "marchands d'art" depuis deux empires et trois républiques) quand fut défini le statut fiscal particulier des oeuvres d'art, épargnées de façon curieuse et inattendue, par l'impôt sur la fortune alors créé. Ce point devait assurément moins préoccuper le Premier Ministre "Gros Quinquin" que L. Fabius qui en 1982 était son ministre des finances! En écrivant cette lettre à Giscard trois ans plus tard, c'était en réalité à lui-même qu'il songeait d'abord et surtout. En effet, en tant que "plus jeune Premier Ministre" de notre histoire, la voie de l'Elysée lui semblait en effet, inévitablement ouverte et, en feignant de se pencher sur le sort de VGE et de Tonton, c'était surtout son propre avenir qu'il préparait en tant que probable futur ancien Président de la République.

 Comme toujours en ces lieux, je vous la fais courte et je vais au fait.  

 Un Président de la République en retraite nous coûte, à la louche (grande, je vous l'accorde) deux millions d'euros par an, à la charge du contribuable bien entendu. On peut observer qu'une vraie sagesse républicaine et un juste souci des finances publiques conduiraient à n'élire que des présidents au moins septuagénaires, éventuellement même octogénaires et si possible égrotants. La tendance actuelle paraît toute autre puisque ce sont désormais des quadragénaires pleins de santé qui en rêvent et des quinquagénaires qu'on choisit, sans se préoccuper, le moins du monde, du coût prolongé qu'ils représenteront, dans la suite, pour la République.

Il est vrai qu'il faut distinguer sur ce point d'une part les avantages en nature qui leur sont attribués dès leur sortie de charge et, d'autre part, la retraite proprement dite, somme toute modeste, qui ne leur est versée qu'à partir du moment où ils atteignent l'âge de 60 ans. Régime spécial pour ces veinards qui apparemment ne seront pas astreints aux 62 ou bientôt 65 ans qui guettent le commun des travailleurs. La retraite proprement dite, une pension en fait, est celle d'un conseiller d'Etat ; elle est donc modeste (5250 € par mois, 63 000 € par an), mais elle offre toutefois la possibilité (très fréquente) de pouvoir être cumulée avec d'autres retraites (d'où les 30.000 euros mensuels des deux autres retraités actuels) ; le cas échéant, si notre retraité décide de siéger au Conseil Constitutionnel, dont il est membre de droit, il pourra y gagner 12 000 € bruts de plus par mois.

Le plus avantageux tient, en fait, aux immenses et coûteux avantages en nature : un logement de fonction où il peut installer éventuellement des bureaux (Nicolas Sarkozy, déjà logé, avait affaire plutôt pour des bureaux à 15 000 € par mois) ; la mise à disposition d'un duo de personnel de service qui peut même être augmenté, puisque R. Dozière précise que Valéry Giscard d'Estaing avait demandé et obtenu deux personnes de plus, les deux premières étant affectées surtout à la cuisine. L'ancien Président de la République bénéficie aussi de sept collaborateurs qui vont du directeur de cabinet à la simple secrétaire. Bien entendu pour les déplacements, une voiture de fonction avec deux chauffeurs (à cause des 35 heures!) ainsi qu'une escorte de deux ou trois policiers, sans compter les gendarmes qui surveillent le domicile privé (voir plus haut pour la réalité des faits!).

Pour les déplacements, aériens ou terrestres, tous les voyages sont gratuits, dans la classe la plus haute (comme on l'a vu avec les 11.000 euros de la récente escapade de Carla à New-York) pour lui même et son conjoint, sur l'ensemble des réseaux publics « dans la meilleure classe » faut-il le rappeler? Pour l'étranger, logement chez l'ambassadeur de France du lieu à condition toutefois que les déplacements soient opérés "dans le cadre de ses fonctions" (ce qui pour un retraité, demeure « assez flou » comme le note avec malice R. Dosière). En cas de décès, la veuve bénéficie d'une pension de réversion et garde une partie des avantages évoqués plus haut, ces privilèges s'étendant à ses enfants jusqu'à leur majorité. Ces privilèges cessent hélas pour les générations suivantes!

 "Arrêtons-nous ici !" comme on chante au deuxième acte de l'Armide de Gluck

Président de la République voilà un métier dont le régime est vraiment "très spécial" ! La réforme annoncée ne devra pas l'oublier.