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jeudi 20 mars 2014

Les avocats sont des hommes comme les autres !

Écouté ce matin, sur Europe à 8 heures 15, Maître Herzog que ses appréciations téléphoniques naguères secrètes sur les « bâtards de Bordeaux », ont porté, bien malgré lui,  au firmament médiatique. Il y était interviewé par Elkabbach qui, en la circonstance, avait grillé la politesse aux autres radios bignoles.

Ce bref moment de radio m'a inspiré deux remarques, de nature fort différente.

 La première, que je me fais souvent à moi-même,  est la suivante : quand allons-nous enfin nous débarrasser des momies de l'audiovisuel qui peuplent nos radios et nos télés ?
Europe1, détient, je pense le sinistre record de la matière avec, au premier chef,  le dimanche, vers l’heure du déjeuner, un débat sénile baptisé, je crois, les « grandes voix ». Ce ne sont en fait que des intervenants d’un autre âge et qui ne sont même plus de vieilles voix ; elles sont  si vieilles que j'ai même oublié les noms des possesseurs (il doit y avoir Namias, Gildas et Villeneuve, formant, avec je ne sais qui, un quatuor de pseudo-journalistes quasi octogénaires qui débitent avec une claire auto-satisfaction, les plus consternantes trivialités.

Mais « C'est pas tout ! » comme chantait Bourvil !

Madame Catherine Nay (je me demande si elle fait pas la quatrième dans la partie évoquée ci-dessus), une gamine qui avoue 70 berges mais qui a peut-être fait des pâtés sur sa carte d'identité, occupe, un peu partout, le terrain politique sans jamais y dire quoi que ce soit bien qu'elle y parle sans cesse ! La vieillesse est certes un naufrage, mais rien n’oblige notre PAF à être un cimetière à bateaux, alors qu’on compte chez nous une foule d’école de journalistes !

Le record était, du moins le croyais-je, jusqu'à dimanche dernier, détenu par Jean-Pierre Elkabbach qui, non content d'occuper un fauteuil présidentiel à la Chaîne parlementaire, cause dans le poste, tous les jours ouvrables, sur Europe1 à 8h15,  le matin. Il ne s'agit sans doute pas de direct, car je le soupçonne, vu son grand âge, d'enregistrer les interviews. J'aurais assez volontiers accablé ici Elkabbach, si je n'avais entendu, dimanche dernier, Ivan Levaï que je croyais disparu depuis longtemps, faire sur France Inter, son éternelle revue de presse, exercice dépourvu de tout intérêt à l’ère du net et qui va chercher maintenant pour se nourrir les plus modestes quotidiens des terres les plus reculées. Ce « petit chef », autrefois viré de France Inter avec perte et fracas, a donc réussi à s'y réintroduire par la fenêtre pour y passer encore vingt ans !

Venons-en à notre deuxième sujet du jour annoncé dans mon titre « Les avocats sont des hommes comme les autres ! ».

Je ne le croyais pas auparavant, et les pensais de marbre et de bronze, pour les entendre, tout le temps, toujours et partout, tonitruer face aux situations les plus délicates et dans tous les médias. Écouter ce matin Maître Herzog m'a convaincu du contraire et il est bien clair qu'ils sont, comme nous tous, exposés au tumulte des sentiments et aux troubles qu’ils engendrent.
Ce matin en effet  Maître Herzog avait perdu toute sa superbe comme son bel organe ; on l'a senti, dès le départ de son intervention, lorsque, avec la plus grande révérence et un soupçon d’obséquiosité, il a parlé de « Monsieur le Procureur » et de « Madame la Procureur », alors que, dans ses échanges téléphoniques avec Nicolas Sarkozy, il les nommait si volontiers « les bâtards de Bordeaux » !

Cette captatio benevolentiae ainsi faite d’emblée (je doute fort de son effet réel sur les juges), notre Ciceron parisien, tout en manifestant une colère et en retrouvant une agressivité qu’il jugeait légitimes, n'a cessé, durant tout son entretien, de manifester son trouble, en accumulant les hésitations, les bafouillis voire les fautes de français, ce qui n'est évidemment pas dans ses habitudes et prouvai l'étendue de son émotion. Si les juges lui pardonnent de les avoir traité de « bâtards », si peu convaincantes qu’aient été ses explications, ils ne pourront que l’absoudre aussi  des imperfections insolites de son discours.

N'empêche j'en suis maintenant convaincu, les avocats sont des hommes comme les autres !

mercredi 12 mars 2014

Ecoutes : Bridoye et le Père Ubu

Le titre, quelque peu énigmatique de ce billet, va vous obliger à faire appel à vos souvenirs de lycée et de littérature française. Si les choses n'ont pas changé (je doute fort qu'elles l'aient fait quand je constate le rythme du renouvellement de nos programmes scolaires), on étudie Rabelais en seconde, on avait donc quelque chance d'y rencontrer le juge Bridoye que, dans le Tiers Livre, Panurge va consulter à propos de son mariage éventuel. Ce juge à la particularité de s’en remettre au sort et donc aux dés quand les cas lui semblent difficiles. Qu'on n'aille pas ici me faire un procès pour diffamation, car je ne suis pour rien dans cette critique de la justice dont toute la responsabilité incombe à Rabelais lui-même et qui ne s'en cache pas. Le Père Ubu et sa gidouille sont sans doute moins présents dans nos programmes scolaires, mais, en revanche, Ubu est là, à tous les instants et en tous lieux, dans notre administration et je me suis même demandé parfois si l'être qui hante ainsi ses bureaux n'est pas plutôt un de ses parents né de l'union incestueuse de la Mère Ubu et du Père Soupe, héros de Messieurs les ronds de cuir, l'œuvre immortelle de Georges Courteline.

La décision de la Cour d'appel de Versailles dans l’affaire Bettencourt-Mediapart de l’an dernier que j’évoque ici, est la suivante et je rappelle les faits, tels que Mediapart les a mentionnés, même si vous les connaissez :
"La cour d’appel de Versailles a ordonné à Mediapart, jeudi 4 juillet, de supprimer toute citation des enregistrements de l’affaire Bettencourt. Son arrêt nous interdit, de surcroît, de les mentionner à l’avenir."

Le scandale est, en fait, non dans l'affaire elle-même, mais, au-delà, dans le fonctionnement de notre justice qui est non seulement archaïque mais largement incohérente. L'archaïsme extravagant de notre système judiciaire se marque tant par d'incontestables signes (depuis le langage prétendument médiéval et volontiers latin (ou  prétendu tel) qu'on y emploie, même s'il ne satisfait en rien les historiens de la langue française jusqu'aux costumes ridicules dont on s'y affuble et auxquels on est si résolument attaché ). Tout cela n'est que comique ; plus grave est l'archaïsme dans les modes de fonctionnement.

La question des enregistrements qui sont au centre de cette affaire illustre parfaitement ce conservatisme forcené. En effet la validité des enregistrements réalisés et qui sont accablants pour le milieu dans lequel ils ont été réalisés sont considérés comme nuls et non avenus par la justice, dans la mesure où ils ont été réalisés à l'insu de ceux qui s'y sont exprimés. En vertu de ce même principe, on ne devrait jamais condamner, pour quelque forfait qu'il ait commis, un individu qui persiste a déclarer qu'il n'en est pas l'auteur et qu'on l’aurait certes vu l'accomplir … mais A SON INSU !

Comme je ne suis pas, et en rien, spécialiste de ces questions, j'ai consulté des auteurs plus qualifiés que moi (ce qui n'est pas trop difficile) et j'ai appris ceci sur ce point précis :
"Selon la matière, il est possible d'utiliser un enregistrement comme commencement de preuve. Ainsi, en droit pénal, un enregistrement obtenu, même de manière irrégulière, a une valeur d'"indice de preuve" selon la Cour de cassation (v. notamment cass crim 11 février 1992) ; (la Chambre criminelle a d'ailleurs estimé qu'une infraction commise pour obtenir une preuve était possible en vertu des "nécessités de la défense" (cass crim 11 mai 2004)).

En droit civil, la règle est un peu différente (Dieu seul sait pourquoi !). « Un enregistrement est également recevable (art 9 cpc), mais si il est fait à l'insu de la personne, il s'agit d'un procédé déloyal rendant la preuve irrecevable en justice (civ 2ème, 7 oct 2004). De plus, en matière civile, dans certains cas, la loi prévoit certains moyens de preuves obligatoires comme un écrit, rendant dés lors un enregistrement, même autorisé par la personne, totalement inutile. »

On constate que, dans la justice américaine, des documents enregistrés dans ces conditions seraient valables, alors qu'ils ne sont pas dans le système français (voir ci-dessus) qui est à cet égard totalement archaïque . Il est en effet désormais parfaitement possible, au plan scientifique et technique, de vérifier et de prouver que ces enregistrements n'ont pas été l'objet de manipulations et que le seul grief qu'on peut leur faire est qu'ils ont été obtenus, sans que les intéressés soient au courant de cet enregistrement.

Les dispositions françaises sont évidemment stupides ; dans ce domaine comme dans bien d'autres, il est certain que nous finirons par faire comme les Américains ; de la même façon, nous échouons dans notre lutte comme beaucoup d'entreprises criminelles, car il est impossible à la police française d'infiltrer les réseaux qu'elle poursuit en vain et qu’il faut donc que notre police et notre justice attendent que les malfrats soient assez stupides pour apporter d’eux-mêmes les preuves recherchées, ayant laissé auparavant leur vie privée à l'abri des entreprises policières !

Cette justice, si sourcilleuse par ailleurs, ne semble pas avoir relevé ou a oublié que, devant le juge Gentil, Nicolas Sarkozy a déclaré, me semble-t-il, n'avoir été qu'une seule fois chez Madame Liliane Bettencourt, alors qu'il y a des photographies qui le montrent en train d'entrer chez elle dans des costumes différents. Est-il un vrai Fregoli politique ou ces photographies ont été truquées par des gens qui lui en veulent ?  Dans ce dernier cas, il est facile de faire authentifier ou récuser ces photographies par des spécialistes ; la chose est encore beaucoup plus facile que pour des enregistrements. Et dans l'affaire Cahuzac où les enregistrements téléphoniques sont pris en compte et valides à 60% (encore par la précision un trait rabelaisien… sans compter les femmes et les petits enfants…), J. Cahuzac savait-il qu'il était enregistré ? Il faudrait un peu de logique dans tout cela !

Il « appert », en tout cas, que notre justice ultraconservatrice ne prend pas en compte les avancées scientifiques et techniques dont la police et la télé font si grand cas. On ne voit pas pourquoi des enregistrements faits à l'insu des locuteurs, ne seraient pas valables en vertu du principe qu'ils attentent à sa vie privée. Quel rapport entre ces deux plans ? Toute enquête, sur qui que ce soit, où que ce soit et pour quoi que ce soit, n'est-elle pas, par principe et au départ même, attentatoire à la vie privée de celui qui en est l'objet ? C'est même grâce à cet indispensable attentat que se réalisent,  le plus souvent, la découverte et la preuve de la vérité !

mardi 11 mars 2014

Du côté de la robe est la toute-puissance


Le même jour, a été célébrée « la journée de la femme » et a éclaté l'affaire des écoutes officielles dont font l’objet, depuis près d’un an Nicolas Sarkozy et, par voie de conséquence, son avocat Maître Herzog. La chose a fait si grand bruit dans le landerneau de la justice parisienne que la Garde des Sceaux a dû sortir de sa réserve. Dès lors, comment ne pas songer à modifier l'horrible formule machiste du sinistre Arnolphe dans l’Ecole des femmes (« Du côté de la barbe est la toute-puissance ») pour la remplacer par « Du côté de la robe est la toute-puissance ». Voilà qui est plus conforme au désir affirmé d'honorer la femme dans cette journée qui lui est consacrée et répond à la charge imprévisible de la brigade légère des avocats parisiens, conduite de façon un peu inattendue par leur bâtonnier P.O. Sur, qui, pourtant, aux termes de la loi, devait être informé de cette procédure comme l’a souligné la Garde des Sceaux dans son intervention sur France Infos :
« Des règles protectrices existent au bénéfice de certaines catégories de personnes : les parlementaires, les magistrats et les journalistes ». Pour les avocats, la loi précise en effet que le bâtonnier doit être informé des écoutes téléphoniques réalisées par les juges d'instruction. … Par ailleurs, les conversations entre client et avocat peuvent être écoutées par un service d’enquête. Mais elles ne peuvent pas être retranscrites et versées en procédure quand elles portent sur la défense du client. ». Tout cela est clair ! Concernant les perquisitions et les saisies aux cabinet et domicile d’un avocat, cette mesure est parfaitement légale, à partir du moment où un représentant de l’ordre des avocats est présent, ce qui a été, dit-on, le cas lors de la perquisition du domicile de Maître Herzog
Laissons ce fatras procédural passablement absurde d’ailleurs. Que se passe-t-il, en effet, si la personne écoutée (N. Sarkozy en la circonstance) est contactée au téléphone par un avocat nouveau ou inconnu ? On les prévient « Attention vous êtes écoutés ! », les policiers en service d’écoute font venir des témoins pour faire constater qu’ils se bouchent « les yeux et les oneilles » ou, faute de les informer, on fait annuler toute la procédure ! On peut écouter mais pas transcrire ? Va comprendre  Charles !

Tout cela est ridicule ! Tableau de genre. Le lendemain j'ai vu descendre de je ne sais quel palais de justice, trois avocats en robe, pleins de majesté (et à l’évidence de satisfaction !), poussant avec gravité leurs embonpoints,  toutes décorations dehors (et bene pendentes), en direction des caméras. Mais, au fait, qu'est-ce qui dans leur activité  professionnelle destine davantage un avocat à se voir ainsi décoré plutôt qu'un boulanger ou un maçon ? A quel titre ? Décidément, ils sont impayables, si l’ose dire, ces avocats !

Comme on l’a vu, Madame Taubira s'est exprimée avec un parfait bon sens et une grande clarté ; elle a assuré qu'elle faisait montre d'une « vigilance totale » en ce qui concerne les droits de la défense, mais qu'elle n’allait assurément pas
« assurer l'impunité à la profession d'avocat ». Elle a souligné aussi, toujours avec la même pertinence, que, si la défense de Nicolas Sarkozy souhaitait contester les décisions de justice dont ce dernier faisait l'objet, il lui suffisait de faire appel aux voies de recours prévus par la loi, sans avoir à faire écrire à ce sujet au Président de la République, comme menaçait de le faire le bâtonnier de Paris qui pourtant que pourtant on peut supposer parfaitement au fait de la sitation comme des moyens de contestation légaux. J’ai cru comprendre, à l’écouter, que ce qui l’avait le plus choqué, était qu’on ait pu réveiller, à six heures du matin, pour une perquisition un avocat ou un magistrat comme on le fait toujours un quelconque pékin !

C'est, je crois, ce même bâtonnier qui a allégué un point de vue qui vient, une fois de plus, souligner cette malice du hasard qui justifie la modification que j'ai déjà apportée aux propos d'Arnolphe, en suggérant que : « Du côté de la robe est la toute-puissance ». Ce bâtonnier déclare en effet que le cœur et le symbole des « libertés publiques » en France : « est le secret professionnel chez l'avocat, secret professionnel chez le médecin, le secret professionnel chez le curé ».

Vous n'aurez évidemment pas manqué de noter que les trois catégories professionnelles, si j'ose dire, qu’il distingue, se caractérisent où se sont, en effet, caractérisées dans le passé par le port commun de la robe.

La catégorie la plus conservatrice est certes celle des avocats (je reviendrai ensuite sur ce point) ; elle est fort attachée à la robe à 33 boutons, qui s’accompagne de l’épitoge, herminée ou non (celle des avocats docteurs en droit a trois rangs d’hermine), la toque ayant hélas disparu.

Les curés, en France du moins, ont désormais souvent renoncé à la soutane (donc à la robe) pour des tenues bourgeoises, sauf dans quelques minorités religieuses conservatrices qui y restent farouchement attachées.

C’est pire encore pour les médecins pour lesquels je suggérerais volontiers, dans cet esprit, de rétablir les robes et les bonnets pointus qui sont ceux de Molière ; comme nos avocats, ils ont un irrepressible penchant pour le latin, souvent, de cuisine plus que de Cicéron. « Clisterium donare, / Postea seignare, / Ensuitta purgare. » !

La robe est assurément un élément central et fondateur dans la conservation perpétuelle de nos libertés publiques et elle constitue un permanent rappel de la force de la tradition, y compris dans nos universités actuelles où elle fait un retour en force.

J'entendais, l'autre jour, sur une radio, un avocat commencer un propos anodin sous une forme à la fois étrange et tonitruante par cette formule qu'il nous a délivrée avec une lenteur gourmande : « Il appert que… ». Si les avocats craignent d'être écoutés, il leur suffirait, pour ne pas être compris du vulgum pecus, fût-il policier, d'user de ce vocabulaire juridique, dont ils sont tellement friands, même s'ils ne sont pas sensibles au ridicule de son archaïsme.

Comment résister ici au plaisir, pour leur information,  de citer un usage de ce verbe qu’ils aiment, tant dans une orthographe et une citation pour le coup authentiques  : « Constitué Louis Damour, mesnager, du lieu de Velaux, aagé d’environ 50 ans, témoing assigné et produit à la request de M. le procureur général du Roy, ainsin qu’il a faict apparoir de la coppie. — (Extrait d’information faite à la requête de M. le Procureur général du Roy contre le ministre des religionnaires de Vellaux, 24 may 1683) » ?


Pour mettre une note de gaieté dans ces propos austères, je citerai, en complément, une des rares mentions de ce terme dans le Trésor de la langue française : «  attendu qu'il appert clairement des débats que Lagoupille, par le désagrément de son commerce et ses exigences sans nom, a réussi à mettre en fuite la clientèle ordinaire du café du « Pied qui remue »...
COURTELINE, Un Client sérieux, 1897, 3, p. 76 ». Le caractère plaisant de l'usage n'apparaît que si on ajoute qu'il s'agit là d'un extrait d'une œuvre de Courteline, Un client sérieux, 1897, page 76 » !

Le lexique des termes juridiques se flatte, dans son édition 2014 (la 21ème me semble-t-il), d'offrir plus de 5500 entrées. Cet ensemble comporte aussi bon nombre de termes latins dont on se demande à quoi ils servent, d'autant que leur latinité elle-même est souvent des plus douteuses, surtout si l'on prend pour référence la langue de Cicéron. Mais revenons, pour finir, au fameux « appert » qu'affectionnent tellement nos gens de justice, je soupçonne bon nombre d'entre eux de le rattacher, bien à tort, au verbe « apparaître », alors qu'il s'agit en fait du verbe « apparoir » que naturellement des dictionnaires du français ignorent ou, au mieux, signalent comme désuet, même s'il demeure utilisé chez nos cousins québécois, ce qui ne fait qu’en souligner l'archaïsme savoureux.




mardi 23 avril 2013

Compatissons, que diable !


La chose vous a peut-être échappé, mais, fort heureusement, Usbek veille. C'est en effet aujourd'hui la journée de la compassion qu'il faut naturellement se garder, comme vous allez le voir, de confondre avec la pitié.

Dans la situation où se trouve notre pauvre et malheureux pays, le problème est de choisir, parmi les innombrables cas qui pourraient être l'objet de notre compassion, ceux ou celui qui la mérite le plus. Face à cette immense difficulté, j'ai donc fait le choix d'exprimer ma compassion pour ceux qui le méritent le moins, ce qui, sans résoudre le problème précédent que j'ai jugé insoluble, permet au moins de l'éviter.

Il ne vous a, en revanche, pas échappé qu'en avril 2012, juste avant l'élection présidentielle que d'aucuns redoutaient sans le dire, le gouvernement Fillon avait prit la décision de permettre aux parlementaires et anciens ministres de devenir avocats, sans formation ni examen spécifiques. Il leur suffisait d'être titulaires d'une maîtrise en droit (même acquise trente ans avant!) et de prouver huit années d'exercice de "responsabilités publiques", sans que celles-ci soient d'ailleurs nécessairement liées à une élection ni à une activité juridique. Point n'était donc besoin du fameux CAPA (Certificat d'Aptitude à la Profession d'Avocat) qui constituait le vrai mode d'accès à cette profession. Inutile de vous dire que les avocats, qui sont fort légitimement attachés au CAPA, ont protesté de toutes leurs forces, sans le moindre résultat bien entendu.

Certains ont donc profité de cette facilité dont Monsieur de Villepin qui, en outre, ne s'est pas trompé dans le choix de ses clients, en se faisant avocat du Qatar. Le nouveau gouvernement n'a pas tardé à revenir sur cette décision et, dès janvier 2013, la Garde des Sceaux a fait l'annonce de la future mesure d'abrogation de ce décret qui est intervenue le 17 avril de cette même année. Coïncidence du calendrier, cette mesure a été prise au moment même où l'on envisageait des dispositions sur les conflits d'intérêts et la "transparence" des activités des élus ; une des professions mises en cause et visées est précisément celle d'avocat (d'affaires, même s'il n'y a pas là une catégorie spécifique dans la profession).

C'est sans doute ce qui a conduit le président de l'UMP, Jean-François Copé a annoncer, dès le lundi 22 avril 2013 qu'il mettait un terme à sa fonction d'avocat dans une déclaration qui vaut son pesant de plaidoiries :

"A titre personnel, j'ai pris la décision de me consacrer maintenant exclusivement à ma famille politique et à mon pays, je vais donc cesser mes fonctions d'avocat. Je vais les cesser maintenant, parce que je considère que la situation de la France est tellement grave qu'il faut nous mobiliser."
Je me dis que je suis peut-être le seul à trouver drolatique une telle déclaration, car j'ai entendu plusieurs journalistes en donner lecture en gardant le plus grand sérieux.

Compatissons donc aujourd'hui au moins avec ces anciens élus ou ministres qui vont peut-être, dans la suite, être conduits à interrompre ou à limiter des activités fort rémunératrices, en se disant toutefois qu'ils auront eu la chance de profiter de l'année d'existence du décret Fillon pour accéder définitivement à une profession à laquelle rien ne les avait ni préparés, ni qualifiés. C'est toujours ça de pris et cela devrait d'ailleurs quelque peu tempérer la compassion que j'éprouve à leur endroit.

Monsieur Copé peut toutefois susciter la compassion. Après avoir été égratigné par Martin Hirsch dans son livre, et étant, ces derniers temps, déjà fort bas dans l'opinion, il a même été l'objet, dans son propre parti, de critiques discrètes sur sa "transparence". Ainsi, Laurent Wauquiez, son propre vice-président de l'UMP, a-t-il suggéré (suivez mon regard !) que tout parlementaire exerçant, par exemple, la profession d'avocat communique le nom de ses clients et ses honoraires.

Or les honoraires de J.F. Copé avaient déjà fait débat, il y a trois ans. En effet, en 2007, M. Copé était entré dans le grand cabinet d'affaires parisien Gide-Loyrette-Nouel, comme collaborateur à temps partiel. Cela avait fait jaser à gauche bien entendu, mais aussi chez certains UMP, qui jugeaient une telle activité incompatible avec la fonction de président de groupe à l'Assemblée Nationale. Sa rémunération au sein de ce cabinet (qui bien entendu restait, sur ce point, aussi muet que l'intéressé) avait été évoquée, dans Rue89 comme dans Mediapart, 200.000 euros annuels étant le montant le plus souvent avancé, sans qu'il soit confirmé. Devenu Secrétaire Général de l'UMP en novembre 2010,J.-F. Copé avait abandonné son activité d'avocat dans ce cabinet, mais décidé de poursuivre cette activité à titre individuel, en tant qu'avocat indépendant.
Il vient de se résoudre à y renoncer, pour assurer le salut national... Dont acte !

 

mercredi 8 juin 2011

DSK : « Agression sexuelle au troisième degré » ?

La séance du tribunal de New York, le 6 mai 2011 à 9 heures 30 (en heure locale), a eu toutes les apparences d’une blague et a, de ce fait, porté un coup sérieux à l’image idéalisée de la justice américaine que nous-autres Français commencions, un peu hâtivement, à porter aux nues.

Certes, les médias français, qui y avaient dépêché leurs envoyés spéciaux et avaient organisé, dans leurs programmes, des émissions, tout aussi spéciales pour l’occasion, y étaient pour quelque chose et en ont été pour leurs frais puisque, selon les modes d’estimation, la séance du tribunal a duré de quatre à sept minutes ! En somme, une fois installés les divers protagonistes, l’avocat de DSK a sollicité six semaines de délai pour la préparation de la défense, le juge a donc, à partir de là, proposé fin juillet une date que l’accusation a approuvée et l’accusé aurait déclaré qu’il plaidait « non coupable » (on ne l’a pas entendu) avant de répondre au juge d’un mot qu’il comprenait ce qui s’était dit. On en est donc resté là ; DSK a repris la main de son épouse et le chemin de sa grosse voiture aux vitres fumées, sous les huées de la foule des employées des hôtels du coin qui avaient attendu sa sortie et qui ont pu ainsi reprendre le travail sans avoir perdu trop de temps.

La presse new-yorkaise était à peu près absente, le pauvre DSK étant victime de la concurrence inattendue d’Anthony Weiner, démocrate new-yorkais qu’on désignait déjà comme le possible vainqueur de l’élection municipale de 2013. Il vient en effet de se faire prendre, sinon la main dans le sac, du moins l’entrejambe au vent, avec une photo de lui en caleçon dans Twitter. Après avoir, lui aussi, plaidé non coupable et crié au complot, il a fini par venir pleurnicher devant les caméras pour confesser son erreur et demander pardon.

Cet épisode m’a fait penser, aux propos aussi étranges qu’inconsistants, de Jean-Michel Aphatie, chez Denisot lundi 6 juin 2011 au soir, quand il prétendait ne pas arriver à comprendre comment et pourquoi DSK, dans sa position tant au FMI qu’au PS, s’était ainsi comporté, reprenant, sans oser le dire, la thèse du piège et/ou de la machination. Les choses sont pourtant bien simples et nous avons, chaque jour, des illustrations multiples de telles attitudes chez les puissants, du Sofitel de New-York à Damas, en passant par Abidjan, Tripoli et le Caire.

Les explications tiennent en deux formules : l’une, en latin (mais facile) « Homo homini lupus » (= l’homme est un loup pour l’homme), reprise cent fois, de Plaute à Hobbes ; l’autre en français et sans auteur connu « Le pouvoir rend fou ; le pouvoir absolu rend absolument fou ». Pourquoi DSK a fait ça ? Pourquoi Ben Ali a voulu voler dix milliards alors qu’il en avait déjà volé huit ? Pourquoi Bachar El Hassad ne contente pas des dizaines de milliers de Syriens que son père et lui ont déjà tués ? Etc. ? Etc. ?

Le coup de « culbuter la soubrette », pour parler comme JFK, DSK l’avait sans doute fait déjà soixante-neuf fois, sans trop de conséquences ! Comment imaginer que, quittant la suite royale du Sofitel où on l’avait accueilli au champagne et prenant l’avion trois heures après pour Paris (avec l’idée peut-être de quitter à la fois les Etats-Unis et le FMI), il allait se retrouver les menottes au poignet en route pour la prison de New-York !

Pour en revenir à la séance éclair du tribunal, on disait qu’il allait au moins s’entendre énoncer les chefs d’accusation retenus contre lui. Or il n’en a même pas été question. Comment plaider « non coupable » quand on ne sait pas exactement et avec précision de quoi on est accusé, et cela d’autant que, semble-t-il, on peut plaider « non coupable » pour les uns et « coupable » pour les autres !

Certes, des chefs d’inculpation multiples ont été évoqués ; selon ABC News, lors de première audience, la déposition de Madame Diallo accusait DSK d’avoir fermé la porte de la suite et de l’avoir empêchée de quitter la pièce, de lui avoir touché les seins sans son consentement, d’avoir tenté de lui retirer de force son collant et de lui avoir touché la zone du vagin de force, de l’avoir forcée à deux reprises à toucher son pénis de la bouche et cela à deux reprises, d’avoir commis tous ces actes en utilisant sa force.

Une comptabilité pénale théorique, conduit, dans le principe à un total 74 années et 3 mois de prison (on songe à la fameuse formule rabelaisienne « sans compter les femmes et les petits enfants »). « Forcer à toucher le pénis de la bouche » vaut 25 ans de prison ; DSK aurait donc été assez malheureux pour le faire deux fois ou assez heureux pour ne pas se livrer à trois essais ! Quant aux trois mois finaux, ils sont la peine infligée pour une « agression sexuelle au troisième degré ». Cette qualification est celle d’un « contact sexuel » sans emploi de la force. Le délit est passible de trois mois d'emprisonnement. C’est au fond ce que vous risquez si vous embrassez votre compagne sur le front un soir où elle a la migraine ou, pire, si vous donnez, au passage, une tape amicale sur la fesse de votre voisine de bureau contrainte de vous bousculer pour prendre un dossier !

A la place de DSK, c’est le seul chef d’inculpation pour lequel je plaiderais coupable et tout indique que c’est là le chemin que va prendre la défense. Pour le reste, on invoquera le malentendu, mais je conseillerais volontiers à Madame Diallo de recompter deux fois les zéros du chèque, sans oublier toutefois que ses deux nouveaux avocats, qui ont déjà évincé le premier, vont sans doute, selon l’usage, couper la poire en trois.

vendredi 27 mai 2011

Costard gratuit pour DSK

Comme souvent, le hasard est malicieux.

Je retombe, par hasard, sur une info qui date un peu (du 14 mai 2011, me semble-t-il). J’y apprends que Dominique Strauss-Kahn va attaquer en justice France Soir « à la suite de la publication de fausses informations relatives à son train de vie », comme l’a fait savoir un communiqué de ses avocats. Il conteste par cette action un article de Pascale Tournier qui a écrit que « le couple Strauss-Kahn mène une vie d'expatriés fortunés à Washington ». Elle y faisait allusion au fait que DSK se serait « offert les services du tailleur d'Obama. Sans doute sur le compte des frais de représentation liés à ses fonctions, il a acheté trois costumes sur mesure chez Georges de Paris. Un gris foncé, un bleu rayé et un noir. Prix pratiqués ? Entre 7.000 et 35.000 $ le deux-pièces ». Or DSK prétend ne jamais avoir été le client de « Georges de Paris ».

Je ne sais pas où en est l’affaire du procès à France-Soir car, depuis la mi-mai, beaucoup d’eau a coulé, tant dans le Potomac que dans l’East River ! On relativise tout cela désormais ; après tout, si 35.000$ est le prix d’un costume chez Georges, ce n’est guère que trois semaines de loyer pour le logement de New-York. Comme nous tous, de temps en temps, dans cette période de crise, DSK est obligé de faire des choix budgétaires. En la circonstance, on ne saurait lui reprocher de choisir le logis plutôt que le costume. Le procureur l’oblige à se loger à Manhattan, quel qu’y soit le prix des loyers ; en revanche, toute sortie lui étant interdite, le besoin de costumes est, pour le moment, moins impérieux d’autant que ses avocats, comme on l’a vu deux ou trois fois, lui imposent plutôt le look SDF. Il peut d’ailleurs fort bien passer de sa salle de cinéma personnelle à son jacuzzi en robe de chambre, sans que nul n’y trouve à redire! Il peut même se promener tout nu chez lui puisqu’il n’y a pas de soubrette guinéenne.

Les tenues minables désormais affichées par DSK, en lieu et place de ses coûteux costumes, prouvent le soin que ses avocats apportent au moindre détail. Nul doute que la pauvre Madame Diallo peut numéroter ses abattis et les menaces de la partie adverses commencent déjà, fondées ou non, puisque on y reste dans le vague le plus absolu ce qui, en France, lui permettrait assurément de porter plainte, d’ores et déjà, pour diffamation.

Les avocats de DSK prétendent en effet détenir des éléments de nature à « ébranler sérieusement » la crédibilité de la victime « présumée ». Ils ajoutent même : « Si nous voulions indûment nourrir l'appétit des médias, nous pourrions dès à présent dévoiler des informations importantes qui, à notre avis, ébranleraient sérieusement le dossier d'accusation ainsi que la crédibilité de la plaignante dans cette affaire ». Naturellement on ne précise en rien la nature et la portée de ces informations.

Tout cela fait naturellement partie de la comédie dell’arte classique entre le procureur et la défense. Moins audacieux que ne le fut naguère l’un de nos ténors du barreau méridional, l’avocat de DSK n’a pas osé brandir, devant les objectifs, une enveloppe (sans doute vide) censée contenir les preuves en questions.
On sait déjà, que la piste new-yorkaise n’apportant pas grand-chose aux limiers des avocats, ils ont expédié en Guinée quelques-uns de leurs Sherlock Holmes (j’espère qu’on a eu soin de les prendre afro-américains !). En vain, semble-t-il, puisque les anciens voisins ou familiers de Madame Diallo ont apporté des témoignages très positifs en sa faveur, tandis que sa famille, si démunie qu’elle soit, ne semblait pas décidée à monnayer ses témoignages, ce qui est tout à fait admirable dans leur cas.

Sans vouloir apporter de l’eau au moulin de DSK, je ne puis que signaler (encore un des bons conseils gratuits d’Usbek Consulting and Co), je suggère à ses avocats de convoquer comme témoin Madame Véronique Bensaïd, (ancienne militante socialiste de Sarcelles qui fut conseillère de DSK a Bercy mais qui depuis est passée à l'ennemi lors des régionales sur les traces d'Eric Besson )., dont le témoignage est rapporté dans la récente hagiographie de DSK par M. Traubmann (cité dans linternaute.com). Un vrai délice ! « Dominique était encore plus dragué que dragueur. C'était inimaginable ! Quand nous étions au banc du gouvernement, pour la discussion des amendements, certaines femmes députées me passaient des mots à lui transmettre contenant parfois des déclarations enflammées, voire délirantes.[…] J'ai vu des femmes faire des numéros de claquettes dignes des plus grandes prostituées, j'ai vu des élues, des collaboratrices prêtes à tout pour coucher avec lui [...]. J'ai remarqué ce phénomène avec d'autres ministres. Mais avec Dominique, cela atteignait des sommets. En réalité, on peut parler de harcèlement sexuel. Mais Dominique en était la victime ! ».

Comment une pauvre femme de chambre guinéenne aurait-elle pu résister à la vue de DSK sortant tout nu de sa salle de bain tel un Adonis anadyomène (cette sortie de l’eau est une figure tenue plutôt en général par Aphrodite/Vénus, mais le charme de Dominique est tel !) ?

Dernier point. Comme je le laissais entendre, les défenseurs ne vont pas manquer à Madame Nafissatou Diallo. Deux nouveaux avocats, très connus eux-aussi, Kenneth Thompson et Norman Siegel, se sont joints au premier, Jeffrey Shapiro.
L’un est afro-américain ; il s’agit de Kenneth Thompson de New-York, un ancien procureur considéré comme un spécialiste du harcèlement sexuel. L'autre est Norman Siegel, une figure illustre de la lutte pour les droits civiques. La lutte entre les deux camps sera d’autant moins inégale que le camp du procureur se renforce aussi avec, comme par hasard, deux femmes, Joan Illuzzi-Orbon et Ann Prunty, ce qui va sans doute conduire Brafman et Taylor à s’adjoindre, à leur tour, une avocate. Pour la parité !