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samedi 24 mai 2014

Petite salade historico-politique et dominicale : Dunois et Souad.


L'affaire de la Marseillaise et de Madame Taubira est depuis longtemps close et même oubliée, fort heureusement, mais nul n’a songé, dans cette affaire, alors qu’on faisait grand cas de la Syrie et des Français qui s’y rendaient, à rapprocher la Marseillaise d'un autre chant français qui la remplaça un moment, surtout sous le Second Empire, même s'il était né sous le Premier.

Ce fut alors une sorte de chant national officiel, alors que Napoléon III (« le petit ») avait plus ou moins fait interdire la Marseillaise, jugée républicaine voire révolutionnaire. Il s'agit d'un chant qui aurait été composé par Hortense de Beauharnais, sur un texte de 1807 écrit par Alexandre de Laborde. Ce poème rapproche, sans le dire, la campagne d'Égypte du général Bonaparte d'une prétendue croisade de Jean de Dunois (1402-1468), le « bâtard d'Orléans » qui, si je me souviens bien, s’est limité en fait à un projet de croisade. Les premiers vers  furent une véritable « scie » à cette époque et tout le monde fredonnait le début de ce chant :

« Partant pour la Syrie, / Le jeune et beau Dunois… ».

Ces jours-ci, le « jeune et beau Dunois » a été remplacé par Madame Souad Merah dont on ne savait pas trop si elle était, elle aussi, « partie pour la Syrie ». Cette dame avait connu déjà un moment de gloire, après les assassinats commis par son frère et sa mort lorsqu’elle exalta ses crimes (vous souvenez sans doute qu'il avait massacré des enfants juifs et un professeur ainsi que trois parachutistes, ce qui constitue assurément un titre de gloire pour la famille Merah). Elle fut quelque peu inquiétée par la police pour ses déclarations jugées provocatrices, mais fut très rapidement mise hors de cause, à juste titre en dépit de ses opinions.

Comme ces derniers jours, elle avait disparu avec ses quatre enfants, on s'interrogea sur sa destination, sa mère affirmant qu'elle était en vacances à Djerba tandis que la police la soupçonnant, Dieu sait pourquoi, d'être partie pour la Syrie (comme le jeune et beau Dunois en son temps !) avec ses quatre lardons pour y rejoindre un mari, un concubin ou un amant qui, semble-t-il, était déjà sur place.

J’avoue assez mal comprendre pourquoi notre police, qu’on dit fort occupée, aurait pu ou dû surveiller cette matrone à moins qu'on ne soupçonnât la présence, sous son voile intégral, de quelque barbu poseur de bombes. Le ministère de l'intérieur, un moment largué, vient de nous faire savoir qu'avec ses quatre marmots, Souad aurait gagné la Syrie par un chemin assez compliqué ; à partir de Barcelone puis d’Istanbul, elle aurait en effet rejoint la frontière turco-syrienne.

Je comprends guère l’émoi qui entoure ce départ et je ne vois pas de raison légale de s’y opposer ! Je suis même plutôt tenté de dire « Bon vent et surtout bon débarras ! » car nous voilà enfin débarrassés de cette famille qui risque fort de subir là-bas, de la part de Monsieur Bachar el Assad, un traitement autrement radical et expéditif que celui des services français. Je n'aurais pas été jusqu'à suggérer qu'on leur offrît le billet d'avion (aller simple !) mais je ne suis pas loin de le penser.

À la différence du « jeune et beau Dunois » (dont je  pense qu'il n'a jamais véritablement en œuvre son projet de voyage vers la Syrie), Madame Souad a donc débarrassé notre territoire national sans qu’on ait besoin de l’expulser et je crois que, loin de nous inquiéter, nous ne pouvons que nous en féliciter.

Elle n'a même pas l’espoir, à la différence du jeune et beau Dunois, de rencontrer là-bas une belle Isabelle puisqu'elle est déjà pourvue d’un barbu de  service conjugal. Donc une fois encore "Bon vent et surtout ne songez pas à revenir !"

lundi 12 mai 2014

Esclavage et réparations : Taubira "Chassez le naturel..."

J’émettais hier l’hypothèse que Chirac qui avait choisi  le 10 mai comme date de célébration de l’abolition de l’esclavage pour faire une niche posthume  à Tonton n’avait pas prévu qu’une ex-indépendantiste, ayant même porté cette loi funeste qui porte son nom, serait un jour Garde des Sceaux et, comme telle, au centre même de la cérémonie de célébration, entre le Président et Fabius, le premier des ministres dans l’ordre protocolaire! Je dois dire que dans ma revue de presse personnelle pour vérifier les faits, j’ai vu au moins trois videos différentes de cette même cérémonie dont deux avec le Premier Ministre et une sans lui ! A mourir de rire ! Une fois de plus nos médias sont à la hauteur ! C. Taubira a-t-elle eu une bouffée d’indépendantiste, vu les circonstances ? Elle a en tout cas, davantage créé le buzz, en évoquant à propos de sa réserve vocale un refus de se mêler à un « karaoké d’estrade » ! Faut-il penser que, par une ruse ultramarine, elle a volontairement créé le buzz pour éviter qu’on ne reparle, à l’occasion de cette célébration, d’un sujet qui lui avait causé quelques ennuis il y a exactement un an, à propos des « réparations » que certains de ses anciens amis politiques ne manqueraient sans doute pas de réclamer à nouveau. J’ai donc relu, dans cette perspective mon blog de mai 2013 sur le sujet et ai jugé opportun de le republier ici.

 "J'aurais volontiers conseillé la prudence à Madame Taubira ! Celle-ci, dans cette affaire, prône une "politique foncière" pour les descendants d'esclaves. Evoquant les discriminations et le racisme qui sont "les survivances de cette violence", la Ministre de la justice affirme que "nous sommes tous comptables des injustices qui s'entretiennent et se reproduisent, parce qu'elles sont enracinées dans cette période d'esclavage et de colonisation", dans un entretien au JDD (à paraître ; cité dans Atlantico 12/5/13).

La Garde des Sceaux évoque la "confiscation des terres" qui " fait que, d'une façon générale, les descendants d'esclaves n'ont guère accès au foncier". Elle poursuit : "Il faudrait donc envisager, sans ouvrir de guerre civile, des remembrements fonciers, des politiques foncières. Il y a des choses à mettre en place sans expropriation, en expliquant très clairement quel est le sens d'une action publique qui consisterait à acheter des terres". "En Guyane, l'État avait accaparé le foncier, donc là, c'est plus facile. Aux Antilles, c'est surtout les descendants des maîtres qui ont conservé les terres donc cela reste plus délicat à mettre en oeuvre".

Sous la réserve que ces propos soient bien ceux de la Garde des sceaux, ma première remarque concerne la phrase suivante : "La confiscation des terres fait que, d'une façon générale, les descendants d'esclaves n'ont guère accès au foncier". Que signifie l'expression "la confiscation des terres" ; terres confisquées à qui, par qui et au profit de qui ? La structure même de la phrase donne à penser qu'il s'agit des terres des esclaves qui, par définition même n'en avait pas ! Quant à la formule qui suit ( " d'une façon générale, les descendants d'esclaves n'ont guère accès au foncier"), elle est évidemment fausse car certains d'entre eux, comme on dit ailleurs, ont "du foin dans leur bottes", comme ce député réunionnais qui a, par l'importance de ses revenus et de son patrimoine, défrayé récemment la chronique métropolitaine.

Le cas d'Haïti, à la période de l’indépendance et dans les décennies qui la suivent immédiatement, est à cet égard intéressant et significatif ; on pouvait, en effet, s'y attendre à une "révolution foncière" et à une distribution aux esclaves libérés des terres devenues disponibles par la mort ou le départ de leurs propriétaires blancs. N'étant pas historien moi-même, je me range sur ces aspects aux côtés d’André-Marcel d’Ans, dont je partage la plupart des points de vue qu’il a exprimés avec talent dans son remarquable ouvrage de 1987, Haïti. Paysage et société, qui, à mon sens, demeure la référence majeure. Selon cet auteur, on n’assiste alors nullement, dans le pays, à la révolution sociale et en particulier agraire qu’on aurait pu imaginer après la fin de la colonisation française. Ainsi le système plantationnaire, où les Mulâtres (souvent des affranchis donc d'anciens esclaves) ont déjà une large place sociale dès la fin de la période française, puisqu’ils possèdent alors une bonne partie des terres, dans le Sud surtout ; le système est donc maintenu, naturellement à leur profit, par les nouveaux maîtres du pays qui sont portant tous d'anciens esclaves ou leurs descendants. Toussaint Louverture lui-même, en 1801, prend un décret sur les transactions foncières qui vise à empêcher l’émergence de propriétés petites ou moyennes, de surface inférieure à 50 carreaux (D’Ans, op.cit., 1987 : 179). Il en résulte donc une marginalisation des Noirs, anciens esclaves désormais libres, quand ils ne s’intègrent pas dans un système qu’A.-M. d’Ans n’hésite pas à qualifier de « néo-esclavagiste » et qui  est maintenu au bénéfice des généraux noirs dans le Nord comme à celui des Mulâtres dans le Sud. Il y a là les premiers signes de la lutte entre Noirs et Mulâtres qui va marquer, tout au long, l’histoire d’Haïti et qui fonde la scission qui, à la suite de l’assassinat de Dessalines par les anciens affranchis, s’opère en octobre 1806, entre le Royaume du Nord d’Henry Christophe qui s’appuie sur les « planteurs militaires » noirs et le Sud tenu par Alexandre Pétion, réputé plus libéral, où dominent les Mulâtres. Le problème majeur est toutefois, d’abord et surtout, économique. Non seulement la production agro-industrielle de sucre s’est fortement réduite, mais les événements de Saint-Domingue ont, de ce fait même, ouvert le marché sucrier à de nouveaux concurrents, en particulier la Jamaïque et Cuba qui doublent voire triplent leur production, au moment même où en Europe le sucre de betterave prend une place de plus en plus grande. Les morts de Pétion et de Christophe permettent, pour une vingtaine d’années (1821-1843), l’arrivée au pouvoir de Jean-Pierre Boyer, ancien officier mulâtre comme Pétion. Boyer va non seulement réunifier le pays, mais « envoyer les invétérés traîneurs de sabre de la noblesse christophienne reconquérir la partie orientale –anciennement espagnole – de l’île, où d’ailleurs ces officiers et leurs soudards, firent tout ce qu’il fallait pour rendre le nom d’haïtien définitivement odieux pour les Dominicains » (D’Ans, op.cit., 1987 : 190). C’est aussi Boyer qui, comme je l'ai déjà montré, négociera avec la France le paiement des 150 millions de francs or (finalement devenus 90) destinés, en principe, à indemniser les colons français que l’indépendance du pays avait dépossédés. Certains historiens haïtiens, sans toujours bien connaître les conditions et les modalités de cet accord comme de cette négociation, ont fait reproche à Boyer d’avoir signé ce traité, condition indispensable à la reconnaissance et à la sécurité du nouvel Etat. J'ai déjà évoqué cette question et je n'y reviens donc pas. La mauvaise situation d'Haïti tient donc moins à l'indemnité payée à la France (même si elle n'a en rien arrangé les choses!) qu'à la ruine, déjà consommée, de l'économie agro-sucrière.

Madame Taubira ne connaît assurément pas l'histoire sociale et économique d'Haïti ; on ne peut trop lui en faire grief ! En revanche, elle rêve, quand elle déclare à propos des Antilles françaises : "Il y a des choses à mettre en place sans expropriation, en expliquant très clairement quel est le sens d'une action publique qui consisterait à acheter des terres [...]. En Guyane, l'État avait accaparé le foncier, donc là, c'est plus facile. Aux Antilles, c'est surtout les descendants des maîtres qui ont conservé les terres donc cela reste plus délicat à mettre en oeuvre".

Une telle opération serait sans doute "délicate", mais elle est surtout sans la moindre logique historique et sociale (sauf dans le cadre d'une vraie "révolution agraire"...un peu tardive et peu probable !) ; elle serait en outre et surtout follement coûteuse vu le prix des terrains dans ces départements ultramarins ; rien ne prouve d'ailleurs que les descendants d'esclaves (sans même parler des Domiens de métropole) aient le moindre goût pour la culture de la banane ou de la canne à sucre, ce qui conduirait peut-être à faire venir, sous une forme ou une autre, de nouveaux esclaves !"

dimanche 11 mai 2014

Mariani, Snowden et Qosmos.

Tout le monde (et moi le premier) avait oublié que le 10 mai était la « Journée de commémoration de l'abolition de l'esclavage » par la France.

J'ai fait autrefois un blog sur l’étrange choix de cette date fait par Jacques Chirac pour célébrer l'abolition de l'esclavage qui, en réalité, n’a pas de date véritablement précise ; en effet, selon les territoires, les dates réelles diffèrent en raison du temps de navigation qu'il fallait pour que la nouvelle y arrive de France et que la proclamation y ait effectivement lieu. Un jour d'étiage ou de paresse dans ce blog, je ressortirai ce billet si j'arrive à le retrouver.

L’hypothèse que j'avais formée alors était que le choix du 10 mai était, en réalité, un contre-feu à la date anniversaire de l'élection de François Mitterrand, le 10 mai 1981, ce qui était un calcul politicien, bien chiraquien et à très court terme, car on a désormais oublié l’un comme l’autre ! La preuve est que j'avais trouvé étrange, dans le « tweet » de Monsieur Mariani, cette allusion, finale et obscure, à la « célébration » et je n'ai compris qu'après coup ce qu'il voulait dire par là. Tout cela est sans grande importance, puisqu'il est évident que tous les débats, passés et présents, autour de cette célébration témoignent tous, d'une ignorance abyssale des réalités de l'histoire de l'esclavage comme on a pu le voir. Là aussi, je devrais sans doute ressortir quelques anciens billets sur le sujet à propos de la fameuse loi Taubira !

Le présent ajout de l’étrange nom  « Qosmos » au titre de mon précédent blog me conduit à en venir au sujet du jour ; je ne dirai pas grand-chose de l'affaire Qosmos parfaitement décrite par l’article de J. Hourdeaux dans Mediapart qui me l’a fait découvrir et auquel je ne puis que renvoyer.
L’affaire a été elle-même déclenchée par quelques associations qui se donnent pour tâche la défense des droits de l’homme et qui ont, depuis peu, fondé un « Observatoire des libertés et du numérique » (OLN) qui a la noble ambition « d'informer, de former, de prévenir, de proposer et de peser dans le débat public sur ce que doit être une politique du numérique respectueuse des droits ». La création de cet OLN (un observatoire de plus, comme dans la vieille chanson paillarde, « Sortons z’ob…server… ») a été annoncé à la veille de la « Journée internationale de la protection des données personnelles » ! Si je puis me permettre, sur ce point précis, une suggestion, ce serait celle de remplacer, sur nos calendriers, la désuète mention des saints dits «  du calendrier » par l’indication des buts désormais assignés à chacune de nos journées, comme on vient de constater à propos de la commémoration de l'esclavage. À l’origine  de cet OLN  se trouvent des associations comme les diverses Ligues des droits de l'homme (normal !), mais aussi le syndicat de la magistrature et le syndicat des avocats de France, ces derniers ayant été sans doute surtout émus, car on ne les entendait guère à propos du numérique, par l'affaire des écoutes de Nicolas Sarkozy-Bismuth et de son avocat. Je trouve que tous ces braves gens ont été bien longs à se mettre en campagne sur ces questions, alors que nous sommes tous, depuis longtemps, victimes d’invasions, permanentes et obsédantes, de notre espace électronique personnel par toutes sortes d’importunes publicités ou de messages abusifs qui nous accablent à travers l'Internet par le commerce secret et illicite de nos adresses courriels et les insupportables et illégaux « cookies ». Tout cela aurait dû  émouvoir déjà depuis longtemps ces si vigilants défenseurs de nos droits, mais il n'en a rien été jusqu’ici.

Il a donc fallu attendre le 28 janvier 2014 et « la journée internationale de la protection des données personnelles » pour que soit constitué l’OLN ! L’affaire Qosmos avait été déclenchée, antérieurement d'ailleurs (en juillet 2012), par une constitution de plainte conjointe contre la société Qosmos par la Ligue des droits de l’homme et la Fédération internationale des droits de l'homme ; elles accusaient cette société « d'avoir fourni les moyens d'espionnage sur Internet à des entreprises ayant des contrats avec les dictatures de Syrie et de Libye ». Une plainte pour « dénonciation calomnieuse »  été  déposée, en retour, par Qosmos  le 3 septembre 2012. Festina lente ! L'affaire est devenue sérieuse en avril 2014, lorsque des juges du Pôle « crime contre l'humanité » (Diable !) ont été désignés pour traiter cette affaire.

Je n'entrerai pas dans le détail de tout cela qu’on retrouvera dans l'article exhaustif de J. Hourdeaux déjà cité, mais l'histoire est, à d’autres aspects, fort intéressante. C'est, au fond et surtout, d’abord celle de la réussite scientifique et technologique exemplaire d'une « start-up » française, aventure industrielle dont on ne cesse pas de souhaiter l'émergence et le succès. Je ne sais pas quel sera le sort de cette plainte ; de toute façon, vu la rapidité de la justice française, on peut s'attendre à ce que l'affaire soit jugée dans cinq ou six ans (compte tenu des appels qui ne manqueront pas d'être faits de part et d'autre,  quelle que soit l'issue en première instance), mais je voudrais me borner à trois remarques très générales sur le fond même du problème.

La première remarque est que la France encourage, depuis une décennie et sous tous les gouvernements, ce type de recherche où nous avons des succès que nous ne rencontrons guère ailleurs ! Des sociétés comme Qosmos ou Amesys (une société opérant dans le même domaine) sont concernées. Un mot sur l’une et l’autre : Qosmos est une « start up » française (« made in France ») de l'informatique créée en 2001, spécialisée dans la création des éléments logiciels d'analyse de données de l’internet. Elle a réalisé 13,8 millions d'euros de chiffre d'affaires en 2012 avec 30% de croissance. L’entreprise compte aujourd’hui une centaine de salariés. Basée à Paris, Qosmos a des bureaux aux Etats-Unis dans la Silicon Valley, à Singapour et à Londres. La stratégie de l’entreprise est que l’économie numérique ne peut se passer d’une compréhension détaillée et en temps réel des informations qui circulent sur les réseaux.

Amesys est une société, française elle aussi, fondée en 1979 et opérant dans le même domaine  (services en ingénierie informatique). Elle s'adresse principalement aux marchés de la défense et de l'aéronautique, des télécoms, de la sécurité et de la micro-électronique. Ses 900 employés sont répartis dans toute la France (Aix-en-Provence, Paris, Toulouse, Grenoble, Sophia Antipolis) ainsi qu'à l'étranger. Amesys est intégrée au groupe Bull depuis 2010.

Ces sociétés françaises ont été logiquement encouragées par l'État avec des financements sous des formes diverses. Le Fonds Stratégique d’Investissement (FSI), créé par l’Etat français fin 2008, a permis à Amesys d'entrer dans le capital de Bull (dont elle est devenue une filiale) et le FSI a également permis d'apporter 10 millions d'euros à Qosmos, soit la moitié de la levée de fonds opérée en septembre 2011. Il est parfaitement clair et même évident qu'il peut y avoir des utilisations des productions de ces sociétés par des Etats et donc, de ce fait même, des Etats qui ne sont pas nécessairement respectueux des droits de l'homme. Mais il en est de même, par ailleurs, de toute notre industrie d'armement qui n'est pas davantage sourcilleuse dans la vente de ses produits. Or nous nous flattons de cette production et de notre place dans ce type de commerce : en 2012, la France était le troisième exportateur d’armes au monde, avec un revenu de 3,5 milliards d’euros. Depuis 2008, la France a même gagné une place et nos exportations ont progressé de 12,9%. Faudrait savoir ! Je ne me souviens pas avoir entendu parler de protestation de la Ligue des droits de l’homme sur ce point. François Hollande, si attaché à Tulle dont la production d’armes est une ressource majeure, en aurait sûrement entendu parler et aurait veillé au grain !

Il faudrait tout de même être un petit peu logique ; la solution simple serait de classer Qosmos ou Amesys comme des industries stratégiques et, de ce fait, de mettre au panier les plaintes de la Ligue des droits de l'homme (ou assimilés), sans faire perdre leur temps à des magistrats qui ont sans doute mieux à faire. Notre justice est si lente aussi du fait qu’elle est encombrée d'affaires stupides, qui ne devraient jamais aboutir à procédure et prendre directement le chemin de la poubelle. Je suis bien placé pour le savoir ayant été, dans les dernières années, concerné par des plaintes de cet acabit qui ont certes fini de cette façon, mais après avoir fait perdre trois ou quatre ans à des magistrats et plus globalement à la justice. Voilà une des réformes simples et indispensables que devrait opérer notre système judiciaire et qui nous ferait faire de sensibles économies !

Le deuxième point est l'orientation délibérée et volontariste de notre recherche vers des secteurs qui sont jugésimportants pour notre développement industriel endogène (le fameux « made in France » si cher au bel Arnaud). On essaye manifestement de faire des efforts en ce sens et la politique de la Gauche, on l’a vu, est à peu près la même que celle de la Droite pour ce qui concerne les domaines de recherche et le développement de l’innovation et de la modernité scientifique et technologique. Or, pour s’en tenir au plus récent état de la question, il suffit de consulter le document publié par le gouvernement français dans le site du ministère de Montebourg pour constater que les sociétés comme Qosmos ou Alesys sont sur des créneaux de recherche et de développement jugés ESSENTIELS et PRIORITAIRES.

Elles entrent, sans le moindre doute, sous des rubriques majeures, dont on ne regrette que les dénominations anglo-américaines, un peu étonnantes de part d’un ministre si épris du « fabriqué en France ». Je pense ici en particulier au projet 51 intitulé « Big Data », au 52 « Cloud Computing » ou au 53 « E-learning ». À lire ces titres, on se demande comment nous pourrions inventer quoi que ce soit dans ces domaines si nous ne sommes même pas capables de leur trouver des noms français, ce qui mettra assurément en fureur, une fois de plus, nos amis québécois ! Ces domaines de recherche et développement, jugés prioritaires et essentiels sont exactement ceux où opèrent ces sociétés start-ups françaises, à qui les mabouls de l’OLN s’amusent à chercher des poux dans la tête, ce qui risque d’avoir pour elles et le millier de chercheurs et de techniciens qu’elles emploient les plus  graves conséquences, comme on peut déjà le commencer à le constater !

On finit même par se demander si l’un des membres cachés de l’OLN ne serait pas la CIA, car ces projets finiront par tomber dans l’escarcelle des start ups américaines qui opèrent dans les mêmes domaines sans subir les foudres d’un OLN américain. On se souvient des rumeurs qui couraient à propos de « Reporters sans frontières » au bon temps de l’ancien trotskiste Robert Ménard dont on a vu la curieuse évolution ultérieure qui s’est achevée à la mairie de Béziers ! Sur ce point on peut juger un peu étonnant que cette plainte contre Qosmos, si insignifiante qu’elle soit, ait attiré l’attention du Wall Street Journal qui lui  a consacré un article ! Après tout Qosmos n’a qu’à gagner la Silicon Valley pour qu’on la laisse tranquille !

L'histoire précise de Qosmos est, à cet égard, une illustration parfaite. Qosmos végète jusqu’à 2004-2005, quoiqu'elle dispose des techniques les plus brillantes et les plus avancées ; elle commence même à perdre de l'argent et ne remontera la pente qu’en mettant fin à sa phase universitaire, comme le note à juste titre l'article de Mediapart. Le démarrage fulgurant de la société se fait lorsque des Etats (le plus souvent d'ailleurs à travers des sociétés intermédiaires) vont s’intéresser à ses techniques de traitement et d'extraction et de traitement d'information, comme aussi des sociétés, à l'activité plus honorable mais aux moyens infiniment moindres, du genre de Médiamétrie. À partir de 2010-2011 le démarrage de Qosmos va être foudroyant, mais il est évident que les start ups de ce genre ne vont pas s'intéresser de trop près à leurs clients et à l’usage qui est fait de leurs produits. Elles n'ont sans doute pas d’ailleurs de contacts directs, car bien entendu la Syrie ou la Libye ne sont pas assez naïves pour ne pas mettre des fusibles qu'ils soient technologiques… ou politiques (comme on a pu le voir ici même!). Ici comme ailleurs, on ne fait pas d'omelettes sans des œufs et la lutte commune contre le terrorisme est un parapluie bien commode pour tout le monde, Bachar El Assad, Khadafi, la NSA, les services français et… Qosmos !

La troisième et dernière remarque découle des précédentes et surtout de la deuxième. On a vu que la Droite comme la Gauche ont eu et ont encore, dans ce domaine et pour ces questions, les mêmes comportements, tout à fait logiques et raisonnables en soi d’ailleurs ! Elles partagent hélas aussi l’aberration voire la stupidité du comportement national global en matière scientifique, totalement contradictoire.

Je ne puis sur ce point que renvoyer à quelques chapitres que je consacre à ces questions dans mon livre récent : CNRS : le Jurassic Park de la science stalinienne (Paris, l’Harmattan, 2013).
Depuis des décennies, on fait des efforts constants pour renouveler, dans ses finalités comme dans ses structures et son fonctionnement, la recherche scientifique française (Quelques exemples parmi les plus récents comme sous Sarkozy l’ANR, l’AERES ou le Fonds Stratégique d'Investissement, soit, sous Hollande, par exemple, les fameux 34 projets du dernier Plan). Mais, en même temps, on maintient tels quels, sans y toucher en quoi que ce soit, les Etablissements Publics Scientifiques et Techniques (les EPST), dont le CNRS est à la fois le meilleur et le pire exemple avec sa structure et son fonctionnement staliniens.

Deux ou trois chiffres suffisent à vous éclairer :
CNRS 2012 . Ce que ça coûte
34.000 employés dont 25.505 statutaires (11.415 chercheurs et 14.090 ITA - « ingénieurs-sic », technicien et administratifs - ; le CNRS a échappé à la RGPP et on continue à y créer des postes – 940 en 2012 !) ; 75.000 fonctionnaires dans l’ensemble de nos EPST.  
Budget du CNRS : 3,3 milliards.
CNRS 2012. Ce que ça rapporte : « Licences et brevets » : 16,48 millions !
(Source : R. Chaudenson, 2013  pp. 145-157). MDR !

La seule solution logique aurait été, depuis longtemps, de supprimer le CNRS, comme l’ont fait les Russes et les Chinois auxquels nous avions emprunté ce modèle stalinien. C’était le rêve secret de Claude Allègre lorsqu'il était ministre, mais son ami de trente ans, L. Jospin, ne l’a pas permis. Et, faut-il l’ajouter, il n’y a aucun moyen de contraindre un chercheur du CNRS à s’intégrer à un programme de recherche pourtant jugé prioritaire ou essentiel, s’il veut continuer à s’occuper de ses petites affaires et fait ponctuellement sur elles, tous les deux ans, le petit rapport d’activité qui est la seule chose qu’on peut exiger de sa part. Créer et financer par l'ANR ou tel ou tel plan 34 programmes de recherches ne fait que légitimer qu'il reste chez lui à faire son jardin !

mardi 11 mars 2014

Du côté de la robe est la toute-puissance


Le même jour, a été célébrée « la journée de la femme » et a éclaté l'affaire des écoutes officielles dont font l’objet, depuis près d’un an Nicolas Sarkozy et, par voie de conséquence, son avocat Maître Herzog. La chose a fait si grand bruit dans le landerneau de la justice parisienne que la Garde des Sceaux a dû sortir de sa réserve. Dès lors, comment ne pas songer à modifier l'horrible formule machiste du sinistre Arnolphe dans l’Ecole des femmes (« Du côté de la barbe est la toute-puissance ») pour la remplacer par « Du côté de la robe est la toute-puissance ». Voilà qui est plus conforme au désir affirmé d'honorer la femme dans cette journée qui lui est consacrée et répond à la charge imprévisible de la brigade légère des avocats parisiens, conduite de façon un peu inattendue par leur bâtonnier P.O. Sur, qui, pourtant, aux termes de la loi, devait être informé de cette procédure comme l’a souligné la Garde des Sceaux dans son intervention sur France Infos :
« Des règles protectrices existent au bénéfice de certaines catégories de personnes : les parlementaires, les magistrats et les journalistes ». Pour les avocats, la loi précise en effet que le bâtonnier doit être informé des écoutes téléphoniques réalisées par les juges d'instruction. … Par ailleurs, les conversations entre client et avocat peuvent être écoutées par un service d’enquête. Mais elles ne peuvent pas être retranscrites et versées en procédure quand elles portent sur la défense du client. ». Tout cela est clair ! Concernant les perquisitions et les saisies aux cabinet et domicile d’un avocat, cette mesure est parfaitement légale, à partir du moment où un représentant de l’ordre des avocats est présent, ce qui a été, dit-on, le cas lors de la perquisition du domicile de Maître Herzog
Laissons ce fatras procédural passablement absurde d’ailleurs. Que se passe-t-il, en effet, si la personne écoutée (N. Sarkozy en la circonstance) est contactée au téléphone par un avocat nouveau ou inconnu ? On les prévient « Attention vous êtes écoutés ! », les policiers en service d’écoute font venir des témoins pour faire constater qu’ils se bouchent « les yeux et les oneilles » ou, faute de les informer, on fait annuler toute la procédure ! On peut écouter mais pas transcrire ? Va comprendre  Charles !

Tout cela est ridicule ! Tableau de genre. Le lendemain j'ai vu descendre de je ne sais quel palais de justice, trois avocats en robe, pleins de majesté (et à l’évidence de satisfaction !), poussant avec gravité leurs embonpoints,  toutes décorations dehors (et bene pendentes), en direction des caméras. Mais, au fait, qu'est-ce qui dans leur activité  professionnelle destine davantage un avocat à se voir ainsi décoré plutôt qu'un boulanger ou un maçon ? A quel titre ? Décidément, ils sont impayables, si l’ose dire, ces avocats !

Comme on l’a vu, Madame Taubira s'est exprimée avec un parfait bon sens et une grande clarté ; elle a assuré qu'elle faisait montre d'une « vigilance totale » en ce qui concerne les droits de la défense, mais qu'elle n’allait assurément pas
« assurer l'impunité à la profession d'avocat ». Elle a souligné aussi, toujours avec la même pertinence, que, si la défense de Nicolas Sarkozy souhaitait contester les décisions de justice dont ce dernier faisait l'objet, il lui suffisait de faire appel aux voies de recours prévus par la loi, sans avoir à faire écrire à ce sujet au Président de la République, comme menaçait de le faire le bâtonnier de Paris qui pourtant que pourtant on peut supposer parfaitement au fait de la sitation comme des moyens de contestation légaux. J’ai cru comprendre, à l’écouter, que ce qui l’avait le plus choqué, était qu’on ait pu réveiller, à six heures du matin, pour une perquisition un avocat ou un magistrat comme on le fait toujours un quelconque pékin !

C'est, je crois, ce même bâtonnier qui a allégué un point de vue qui vient, une fois de plus, souligner cette malice du hasard qui justifie la modification que j'ai déjà apportée aux propos d'Arnolphe, en suggérant que : « Du côté de la robe est la toute-puissance ». Ce bâtonnier déclare en effet que le cœur et le symbole des « libertés publiques » en France : « est le secret professionnel chez l'avocat, secret professionnel chez le médecin, le secret professionnel chez le curé ».

Vous n'aurez évidemment pas manqué de noter que les trois catégories professionnelles, si j'ose dire, qu’il distingue, se caractérisent où se sont, en effet, caractérisées dans le passé par le port commun de la robe.

La catégorie la plus conservatrice est certes celle des avocats (je reviendrai ensuite sur ce point) ; elle est fort attachée à la robe à 33 boutons, qui s’accompagne de l’épitoge, herminée ou non (celle des avocats docteurs en droit a trois rangs d’hermine), la toque ayant hélas disparu.

Les curés, en France du moins, ont désormais souvent renoncé à la soutane (donc à la robe) pour des tenues bourgeoises, sauf dans quelques minorités religieuses conservatrices qui y restent farouchement attachées.

C’est pire encore pour les médecins pour lesquels je suggérerais volontiers, dans cet esprit, de rétablir les robes et les bonnets pointus qui sont ceux de Molière ; comme nos avocats, ils ont un irrepressible penchant pour le latin, souvent, de cuisine plus que de Cicéron. « Clisterium donare, / Postea seignare, / Ensuitta purgare. » !

La robe est assurément un élément central et fondateur dans la conservation perpétuelle de nos libertés publiques et elle constitue un permanent rappel de la force de la tradition, y compris dans nos universités actuelles où elle fait un retour en force.

J'entendais, l'autre jour, sur une radio, un avocat commencer un propos anodin sous une forme à la fois étrange et tonitruante par cette formule qu'il nous a délivrée avec une lenteur gourmande : « Il appert que… ». Si les avocats craignent d'être écoutés, il leur suffirait, pour ne pas être compris du vulgum pecus, fût-il policier, d'user de ce vocabulaire juridique, dont ils sont tellement friands, même s'ils ne sont pas sensibles au ridicule de son archaïsme.

Comment résister ici au plaisir, pour leur information,  de citer un usage de ce verbe qu’ils aiment, tant dans une orthographe et une citation pour le coup authentiques  : « Constitué Louis Damour, mesnager, du lieu de Velaux, aagé d’environ 50 ans, témoing assigné et produit à la request de M. le procureur général du Roy, ainsin qu’il a faict apparoir de la coppie. — (Extrait d’information faite à la requête de M. le Procureur général du Roy contre le ministre des religionnaires de Vellaux, 24 may 1683) » ?


Pour mettre une note de gaieté dans ces propos austères, je citerai, en complément, une des rares mentions de ce terme dans le Trésor de la langue française : «  attendu qu'il appert clairement des débats que Lagoupille, par le désagrément de son commerce et ses exigences sans nom, a réussi à mettre en fuite la clientèle ordinaire du café du « Pied qui remue »...
COURTELINE, Un Client sérieux, 1897, 3, p. 76 ». Le caractère plaisant de l'usage n'apparaît que si on ajoute qu'il s'agit là d'un extrait d'une œuvre de Courteline, Un client sérieux, 1897, page 76 » !

Le lexique des termes juridiques se flatte, dans son édition 2014 (la 21ème me semble-t-il), d'offrir plus de 5500 entrées. Cet ensemble comporte aussi bon nombre de termes latins dont on se demande à quoi ils servent, d'autant que leur latinité elle-même est souvent des plus douteuses, surtout si l'on prend pour référence la langue de Cicéron. Mais revenons, pour finir, au fameux « appert » qu'affectionnent tellement nos gens de justice, je soupçonne bon nombre d'entre eux de le rattacher, bien à tort, au verbe « apparaître », alors qu'il s'agit en fait du verbe « apparoir » que naturellement des dictionnaires du français ignorent ou, au mieux, signalent comme désuet, même s'il demeure utilisé chez nos cousins québécois, ce qui ne fait qu’en souligner l'archaïsme savoureux.




mercredi 13 novembre 2013

Taubira-ti ? Taubira-ti pas ?

Au moment d'écrire ce billet j'hésite encore. Vais-je jouer avec ce texte le rôle de paratonnerre qui m'est souvent dévolu, un paratonnerre ayant pour fonction majeure sinon unique d'attirer sur lui des foudres qui, de cette façon, épargnent les autres.

Jetons-nous à l'eau même si ce n'est pas prudent par temps d'orage ! Il n'est bruit que de la "une" de Minute; publication dont je croyais qu'elle avait disparu depuis dix ans au moins Cet hebdomadaire aurait titré (j'hésite à reproduire ce titre crainte d'être accusé de complicité!) "« Maligne comme un singe, Taubira retrouve la banane". Ailleurs la formule qu'on juge raciste pourrait être regardée comme plutôt drôle par les "à peu près" qu'elle contient et la polysémie de la formule "avoir la banane" qui est tellement en vogue désormais. C'est en tout cas plutôt mieux que ce que furent, dans le passé, la plupart des couvertures de cette feuille de chou.

J'observe toutefois d'abord que des ministres non leucodermes, pour ne pas dire à l'américaine "caucasiens", ou "de couleur" comme on disait autrefois, dans leur diversité, comme Mesdames Najat Belkacem,Yamina Benguigui Fleur Pellerin, George Pau-Langevin ou Messieurs Kader Arrif et Victorin Lurel n'ont jamais suscité les mêmes réactions. Sans viser à une revue de détail, dans le même poste ministériel, Rachida Dati n'a pas non plus amené de telles réactions. Je pense toutefois que, comme toutes et tous les autres ministres qui n'étaient pas des "Français de souche" comme disait l'autre, nul n'a jamais donné dans le genre exotique comme semble se plaire à le faire, par sa coiffure en particulier, Madame Taubira que j'ai connue autrefois coiffée tout autrement. Je pense qu'il y a, chez elle, dans le choix capillaire qu'elle a fait, une volonté, peut-être inconsciente, de se distinguer et, par là même, de provoquer, surtout Place Vendôme où l'ont précédée Michèle Alliot-Marie et Rachida Dati.

Pour nous éloigner, un instant, du microcosme français, imaginez ce que seraient les réactions aux États-Unis si Barak Hussein Obama arborait, soit une coiffure afro à la Angela Davis, soit la nouvelle coiffure afro à la mode chère à nos footballeurs. Il faut convenir que ce n'est pas sans doute pas par hasard et sans choix qu'Obama opte toujours pour un look parfaitement intégré et même lisse, aussi bien dans sa présentation et sa tenue que dans celles de sa famille, chien compris.

Il est amusant et, pour certains peut être choquant, de voir Christiane Taubira, qui, je le répète, n'a pas toujours eu la coiffure qu'elle arbore actuellement, adopter délibérément une apparence capillaire qui contraste singulièrement avec celle de son auguste voisin au Conseil des Ministres puisque, sauf erreur de ma part, le Garde des Sceaux qu'elle est, occupe le deuxième rang dans l'ordre protocolaire de nos ministres.

La ceinture de bananes de Joséphine Baker autrefois avait moins déclenché les remarques de la presse que la "banane", métaphorique ou réelle, qu'associe à notre Garde des Sceaux actuelle.

Pour ce qui me concerne, connaissant, assez bien et depuis fort longtemps, la sinueuse carrière politique de Christiane Taubira et la zone caraïbe dont elle est originaire, j'avoue que j'ai été stupéfait de voir nommer Garde des Sceaux de la République française dans le gouvernement Ayrault Madame Taubira. Non pas parce que sa formation n'a rien de juridique, mais parce que cette femme est très connue par les positions farouchement indépendantiste qu'elle a longtemps eues dans le début de sa carrière politique, à son retour en Guyane après ses études en France. Il faut dire qu'elle bénéficiait, si l'on peut dire de l'aura indépendantiste, voire terroriste, de son mari Roland Delannon dont elle portait encore le nom en 2001 (Taubira-Delannon est le nom de la loi qui l'a fait connaître !)).

R. Delannon, dont elle a eu quatre enfants, est l'un des fondateurs du MOGUYDE, le "Mouvement Guyanais de Décolonisation" qui se changea, plus ou moins, dans la suite en VO-KA. Ces mouvements anticolonialistes, impliqués dans nombre d'attentats, étaient très violents. Même si l'on a désormais quelques difficultés à accéder aux documents de ces organisations, même par Internet, à les lire, on constate qu'ils sont, toujours et tous, d'une extraordinaire violence, y compris au moment où, après l'élection de François Mitterrand, on prétend souvent qu'ils se sont assagis. Je vous invite à aller les consulter et vous verrez qu'il n'en est absolument rien et que Giscard d'Estaing, Mitterrand ou Chirac sont l'objet exactement du même traitement et des mêmes insultes et imprécations.

On ne doit pas oublier que ces mouvements en Guyane comme aux Antilles furent réellement des mouvements terroristes ; on est donc très loin des images, récentes mais paisibles, de Madame Taubira enlaçant Monsieur Domota lors des grandes grèves de la Guadeloupe. Roland Delannon est resté célèbre par un attentat préparé contre les installations pétrolières de Guyane qui heureusement échoua, mais qui aurait pu faire de nombreuses victimes. Il fut lui-même condamné et passa 18 mois en prison, tandis que Christiane Taubira, qui était alors mère d'une petite fille de deux ans, fut, un moment, contrainte à la clandestinité et à une fuite perpétuelle avec son bébé dont elle a elle-même donné le récit.

Passer d'un tel état à celui de Garde des Sceaux de la République Française est une mutation totale et radicale dont notre histoire ne fournit guère d'exemple, du moins au cours de périodes qui furent des moments de paix, sans invasion ni dictature.

Les Français ont la mémoire courte et nos journalistes sont beaucoup trop ignorants pour pouvoir faire état de tels détails, mais il n'est pas sûr que l'agressivité que certains montrent à l'égard de Christiane Taubira ne plonge pas ses racines lointaines dans ce passé tumultueux et quelque peu oublié ou occulté. Des mélanodermes de la République, hommes ou femmes, de Gaston Monnerville (Guyanais lui aussi) à Lucette Michaux-Chevry (Guadeloupéenne) n'ont jamais suscité les mêmes réactions racistes et il faudrait examiner les choses de plus près si l'on veut en trouver les véritables explications.

dimanche 1 septembre 2013

Prisons, examen d'entrée en sixième et impôts 2012

On nous bassine en pensant sans doute amuser le tapis politique français avec les affrontements permanents entre le catalan Valls et la guyanaise Taubira sur la question des peines de prisons. Etait-ce un calcul politicien pour distraire le bon peuple ou Madame Taubira (naguère Taubira-Delanon) pense-t-elle, elle aussi, être candidate (à nouveau pour ce qui la concerne) à la présidence de la République, après avoir été une farouche partisane de l'indépendance de son département d'outre-mer d'origine ? On peut tout attendre d'une femme capable de conversions si radicales qu'elle s'est présentée à la présidence d'une République qu'elle dénonçait comme colonialiste et qu'elle avait projet de quitter.

Passons là-dessus. Soyons concrets, réalistes et économes et ne comptez pas sur moi pour vous parler du baisser de pantalon de Barack Hussein. Réunissons plutôt deux sujets de préoccupations majeurs pour les Français : le surpeuplement de nos prisons et le rétablissement de l'examen d'entrée en sixième, le premier pouvant tout à fait être une épreuve de l'examen envisagé, en réunissant à la fois le problème d'arithmétique traditionnel et l'épreuve de français qui, faute de pouvoir désormais, comme autrefois, être une dictée, vu l'état des connaissances orthographiques des impétrants, doit plutôt s'orienter vers la compréhension élémentaire d'un texte courant.

Les données de base sont très simples et je les simplifie encore en vous donnant des chiffres à la louche, quitte pour vous à aller les vérifier à l'unité près, dans les statistiques, si le coeur vous en dit.

Il manque 10 000 places dans les prisons françaises qui accueillent et abritent en même temps et par ailleurs 10 000 étrangers qui y purgent des peines, sans doute assez longues, puisque les courtes peines ne hantent plus ces lieux. Elève Machin, voyez-vous une ou des solutions simples à ce problème ? Vous avez deux heures.

On peut en distinguer deux qui sont quasi immédiates, quoique de natures différentes et pouvant éventuellement se combiner dans la suite. Le rapprochement de ces deux chiffres, remarquablement identiques, donne à penser que si l'on renvoie dans leur pays d'origine les 10.000 étrangers condamnés et emprisonnés, le problème de la surpopulation carcérale (n'attendons pas cette expression de nos candidats au futur examen d'entrée en sixième) sera, de facto, immédiatement résolu. Cette mesure pourrait en outre se combine, dans l'avenir, avec l'expulsion automatique et préalable des étrangers susceptibles d'être condamnés à une peine de prison, avant même qu'ils y entrent.

Non seulement on ferait ainsi de la place dans nos prisons, mais on soulagerait d'autant le fonctionnement de l'appareil judiciaire qui est, par encombrement, aussi lent qu'insatisfaisant (sans qu'on ait toutefois songé à réduire les vacances de la justice qui sont, me semble-t-il, aussi longues, sinon plus, que celles de l'enseignement).
Mais, me direz-vous et, à partir de là, je laisse tranquilles les candidats à l'examen d'entrée en sixième, vous êtes en train de rétablir la "double peine" que la France s'honore d'avoir (inconsidérément) supprimée et qui faisait qu'un étranger, même en situation régulière, ayant commis un crime ou un délit, pouvait d'abord être condamné à la prison (première peine), puis interdit de séjour sur le territoire français et reconduit à la frontière (ce qui en faisait une deuxième ou plutôt une "seconde" peine puisqu'il n'y en a pas de troisième, au moins dans l'immédiat.

Cette mesure, dont on peut discuter la logique et l'opportunité, se fonde sur un principe de droit pénal, qui, comme toujours, ne peut s'énoncer qu'en latin ("Non bis in idem" ce qui est du latin de cuisine ; on devrait avoir ici l'ablatif et non l'accusatif; mais le solécisme n'est pas un motif d'annulation) et qui est repris par la Convention européenne des droits de l'homme, en dépit du fait que, dans le code pénal français, le principe de la peine complémentaire existe et que cet argument même, on le verra, peut-être écarté.

Ce point peut faire l'objet de quelques observations.

La première est que le respect des recommandations européennes est à géométrie très variable ; par exemple la règle des 3 % du déficit budgétaire, bien plus importante voire essentielle, pour nos sociétés, n'a jamais été observée depuis qu'elle a été solennellement énoncée. Pour cette affaire de "double peine", je vous épargnerai ici le détail des discussions sur ce point qui ont duré depuis 1945 où l'ordonnances du 2 novembre 1945 permettait "l'expulsion d'un étranger dont la présence constitue une menace pour l'ordre public". On voit déjà par là que les dispositions européennes s'appliquent avec beaucoup d'élasticité.

La mesure la plus simple et qui évite tout débat oiseux serait sans doute celle que j'évoquais précédemment, c'est-à-dire l'expulsion directe et préalable d'un étranger convaincu de crime ou de délit ; l'interdiction du territoire français qui lui serait faite tiendrait lieu alors de "peine de substitution" et la question ne se poserait pas. Ce serait évidemment, en outre, une considérable économie, non seulement dans le fonctionnement de la justice mais également dans le coût de l'incarcération puisque le prix de la reconduite à la frontière (par low-costs ou charters bien sûr et non en classe affaires) serait très inférieur à celui du maintien en prison qui est de l'ordre de 200 euros par jour, tarif bien supérieur à celui du séjour dans un hôtel quatre étoiles.

Nous serions alors fondés à nous asseoir, d'ailleurs confortablement, sur les décisions de la Cour européenne des droits de l'homme de 1991 et de 2000, dont on constate d'ailleurs facilement qu'elles ne sont pas respectées par plusieurs pays européens qui ne passent pas pour des dictatures ou des tyrannies. C'est ainsi les cas de la Belgique, de la Grande-Bretagne (qui, comme toujours, se moque des oukases européens comme de sa première chemise) et même ( et c'est la cerise sur le gâteau) du si scrupuleux Danemark qu'on nous cite toujours en exemple, aussi bien dans les études sérieuses que dans les feuilletons télévisés et où tout étranger condamné à une peine d'emprisonnement est expulsé à sa sortie de prison selon les dispositions d'un vote du Parlement du 24 juin 2011.

Serions-nous plus respectueux des décisions européennes et de la démocratie que le Danemark ? Cela se saurait assurément !

Que les bonnes âmes, dont j'entends déjà les glapissements d'indignation, se calment et attendent de recevoir leur feuille d'impôts 2012. Pour moi, qui l'ai eue hier, 986 euros de plus qu'en 2011 pour un revenu imposable augmenté de 1299 euros soit en impôt supplémentaire 75% de cette modeste augmentation de revenu, les impôts de l'année augmentant, par rapport à 2011, de plus de 18% ! Comment disait notre vénéré Président "stabilité des prélèvement fiscaux"? Je me trompe ?

jeudi 15 août 2013

Manuel Vals : reniement ou re(ma)niement ?

Au moment même où j'ai lu, dans Mediapart,  le titre de l'article d'Edwy Plenel "Ce reniement dont Vals est le nom", cette « petite blague » (comme dirait notre président) m'a aussitôt traversé l'esprit. J'ai même cru un moment, à la lecture du texte, puisque le mot "remaniement" lui-même figure dans l'article, qu'Edwy Plenel irait peut-être lui-même jusqu'à la risquer ; il est trop sérieux pour cela et c'est ce qui me conduit, en ce 15 août, à la faire moi-même.

Toutefois, elle est si évidente que je ne voulais pas perdre un quart d'heure de mon 15 août à écrire ce billet, sans avoir vérifié qu'une bonne demi-douzaine de commentateurs ne l'avaient pas déjà faite avant moi.  Ils étaient 728 hier soir, quand je les ai parcourus réservant de ce fait la rédaction de mon billet au lendemain matin.

Je dirai dans la suite quelques mots du texte d' Edwy Plenel, mais je dois avouer que la lecture, très cursive fort heureusement, de ces 728 commentaires m'a paru hautement significative. Je me demandais en effet comment on pouvait trouver 728 personnes pour commenter un même texte, dans la mesure où, si le commentaire qu'on veut apporter, a déjà été fait une douzaine de fois, il me semble un peu inutile d'en ajouter un treizième.

A défaut de vous amuser par ma "petite blague" sur le fonds de laquelle je reviendrai car elle en a un puisque mon interprétation diffère un peu de celle d'E. Plenel, je puis vous donner quelques informations sur la nature même de ces commentaires, car je pense que je suis probablement la seule personne qui ait parcouru les 728 textes qui ont été écrits à propos de cet article.

La plupart font, en réalité, peu de cas de l'article qu'ils sont censés commenter ; une bonne moitié, sinon davantage, est le reflet de luttes et d'échanges interpersonnels entre des abonnés de Mediapart qui semblent plus ou moins se connaître et s'opposent ou même s'insultent par commentaires échangés, se livrant plus rarement à des congratulations confraternelles. Une autre part importante de ces commentaires est consacrée à tout autre chose que le fond du sujet de l'article, s'y raccrochant par un ou deux détails dont l'évocation permet à l'auteur du commentaire de donner libre cours à son obsession rédactionnelle. Bref, je dois dire que la lecture de ces commentaires, qui m'a pris un certain temps, même si elle fut menée rapidement, m'a semblé globalement fort décevante, à quelques exceptions près.

Venons-en à ma "petite blague" sur le "re(ma)niement". Je pense que, comme souvent Edwy Plenel prend trop au sérieux les hommes politiques, les jugeant à l'aune de ses propres convictions. Si je me souviens bien l'article distingue quatre reniements de Manuel Vals ; depuis hier, il pourrait même en ajouter un cinquième! En effet, suite à la "fuite" (dont l'origine serait fort intéressante à connaître) de la lettre à propos de Madame Taubira adressée au Président de la République, Vals à nié, comme un beau diable (c'est le cas le dire), avoir quelque différent que ce soit avec la Garde des Sceaux. Il a même précisé qu'il travaille avec elle, et je le cite, « la main dans la main » et « même dans la bonne humeur ».

On sait que le geste que nous affectionnons tant, nous autres Français, de serrer, à tout bout de champ, la main de la personne qu'on rencontre, résulte, à l'origine, de la volonté de lui faire savoir qu'on ne porte pas d'armes dans cette même main. Après tout, Manuel Vals peut très bien travailler "main dans la main" avec Madame Taubira, mais avoir, dans l'autre main, cachée derrière son dos, une plume acérée et trempée dans le venin, voire un solide gourdin.

Mon principal point de désaccord avec l'article d'E Plenel est que lui voit dans les "reniements" de Vals la trace manifeste de convictions et d'idées "droitières" cachées, alors que je pense il s'agit bien plus de simples stratégies politiciennes du moment et que ces "reniements" visent moins à exposer sa pensée profonde qu'à le mettre en position privilégiée pour Matignon dans un "re(ma)niement" qui devra manifestement aller dans le sens du vent.

samedi 11 mai 2013

La journée de l'esclavage.


Je dois des excuses liminaires à celles et à ceux de mes lecteurs et lectrices qui attendaient pour aujourd'hui l'illustration, par l'exemple de Télé Matin, de mon post d'hier sur le fonctionnement fou de France Télévision. Ce n'était qu'un exemple et il se trouve remis sine die par une circonstance imprévue.

Pauvre de moi ! J'avais oublié que le 10 mai est la "journée de l'esclavage" depuis une décision de Jacques Chirac ; j'avoue m'y perdre un peu parmi les 365 "Journées" de ceci ou de cela (366 pour les années bissextiles, fort heureusement rares !), entre les "journées de la jupe" et celle du cheese burger ou des cors aux pieds.

Je n'ai donc découvert que durant la journée du 10 mai, après avoir publié mon texte sur France Télévision puis entendu Monsieur Louis-Georges Tin sur RMC, que c'était la "journée de l'esclavage" ; j'aurais pourtant dû le savoir, car j'ai fait moi-même, à l'époque, un blog sur le choix de cette date.

Nous n'en avions hélas pas fini avec la mémoire de l'esclavage. Comme disait Madame Rolland sur l'échafaud (ce qui n'est pas encore mon cas, mais ça viendra !) :
« Esclavage! Que de conneries on dit en ton nom !».

Monsieur Louis-Georges Tin, enseignant à l'IUFM d'Orléans de son état (je croyais qu'il n'y avait plus d'IUFM !), a réussi enfin (mais il faut dire que Patrick Lozès l'y a bien aidé) à évincer son prédécesseur de la présidence du CRAN (le Conseil Représentatif des Associations Noires) ; Patrick Lozès adorait les statistiques ethniques ; Louis-Georges Tin a donc dû se trouver un autre cheval de bataille et a enfourché, après tant d'autres, le bidet mémoriel !

Beaucoup de choses m'ont échappé décidément de ma lointaine Provence ; ainsi n'ai-je pas su que notre gouvernement a réglé le plis grave de nos problèmes en renforçant, le 6 mai 2013, la composition du CNMEH (entendre le Comité National pour la Mémoire et l'Histoire de la traite et de l'esclavage). Il s'est donné comme présidente Myriam Cottias en lieu et place de Françoise Vergès qui occupait ce poste jusqu'alors. Je regrette personnellement un peu ce changement car, pour de rares initiés, il était extrêmement réjouissant qu'un tel comité ait pour présidente Madame Françoise Vergès qui descend, en droite ligne, d'une esclavagiste réunionnaise propriétaire de 128 esclaves qui furent libérés dans l'île en 1848.

Ce même vendredi 10 mai 2013, décidément fort chargé en événements qui m'ont échappé, a vu Louis-Georges Tin, président du CRAN qui assistait à la cérémonie aux côtés de François Hollande et de Madame Taubira (qui est à l'origine de la fameuse loi de 2001 qui définit la traite atlantique et l'esclavage comme un crime contre l'humanité). Louis-Georges Tin, lui, qui venait d'assigner en justice la Caisse des dépôts et consignations et demandait réparation à la France, a donc dû être fort marri d'entendre le Président de la République se déclarer opposé à toute idée d'indemnisation systématique en la matière.

Il faut dire que la France ne risque pas grand-chose dans cette affaire car l'argument majeur du président du CRAN tient à ce que Louis-Georges Tin demande à ce que la France rembourse à Haïti 90 millions de francs or que cet Etat, la première République noire créée en 1804, versa à notre pays à la suite de son indépendance pour indemniser de la libération des esclaves de Saint-Domingue

Louis-Georges Tin n'est pas très précis sur la valeur actuelle de cette somme que j'ai entendu chiffrer à 25 milliards de dollars puis, quelques instants plus tard, à vingt milliards. Avant de terminer ce post, car je donnerai demain des explications sur cette affaire qui est extrêmement compliquée et dont Louis-Georges Tinne connaît manifestement pas le détail, comme tout le monde, ou presque, d'ailleurs, une remarque finale.

On pourrait prendre cette action pour un canular, puisque a été publié, l'an dernier je crois, un texte émanant d'un mystérieux Comité pour le remboursement immédiat des milliards envolés d'Haïti (CRIME !). Les auteurs de cette blague estimait eux à 17 milliards d'euros la somme due par la France. 

Louis-Georges Tin aurait manifestement intérêt à lire mon texte de demain, puisqu'il prétend et je l'ai entendu le dire (mais il reprend une information fausse du CRIME) que la nation haïtienne n'a fini de rembourser cette dette qu'en 1947, ce qui est évidemment totalement faux.

Le principal problème (et c'est ce qui entraînera, de toute évidence, le rejet de la plainte de Louis-Georges Tin est qu'on ne sait à quel titre il est fondé à intervenir dans cette affaire, car il mélange assez joyeusement les problèmes de l'esclavage dans les territoires ultra marins français avec la question haïtienne, qui, évidemment, ne concerne que les Haïtiens qui seuls auraient droit à réclamer quoi que ce soit. Il est donc inutile à ce stade de prolonger ce post, sans avoir auparavant expliqué, de façon un peu claire et informée, cette affaire de la dette haïtienne, payée partiellement à la France au XIXe siècle. A demain donc.

mercredi 17 avril 2013

Politique : confessions à tous les étages.


Les commentateurs ont été forts déçus de ne pas trouver dans ces différentes déclarations de sujets de commentaires drôles, acides ou tendancieux. À peine a-t-on relevé, et encore rarement, que Laurent Fabius, sans doute vu l'importance même de son patrimoine et son passé ministériel, était le seul à se donner un conseiller spécialisé propre à lui trouver des niches fiscales qui lui permettent de réduire son impôt. Je trouve, en revanche, que l'on n'a pas fait quelques remarques qui me paraissent s'imposer en la circonstance.

Comment ne pas féliciter Madame Taubira de posséder trois bicyclettes (dont elle précise même la marque et la valeur de 900 € à elles trois) et surtout d'en user pour pratiquer un sport qui paraît bien indispensable dans son cas? En revanche, comment ne pas s'alarmer, comme je le fais ici, de voir notre Premier Ministre, Jean-Marc Ayrault, se lancer sur les routes dans un combi Volkswagen aménagé en camping-car (on a même vu des photos à l'appui) vieux de 28 ans et dont la valeur estimée n'est guère que 1000 € ? Tout cela est fort inquiétant. Peut-on ainsi confier à un véhicule si vétuste la vie de celui qui a en charge les destinées de notre pays en des circonstances si difficiles? Je suis tout prêt à lancer une souscription pour changer ce véhicule, l'Etat n'étant clairement pas en position de le faire

Je pense aussi que toutes ces révélations ont dû briser le cœur de notre ministre de la culture qui a pu constater que le patrimoine artistique de la plupart des membres du gouvernement était des plus réduits, exception faite de celui de Monsieur Fabius qui semble héréditaire et est, au demeurant, modeste vu la lignée dont il est issu. Pour les autres, ces patrimoines artistiques sont si réduits (voire inexistants) que la chose confine au ridicule ; il est vrai que, par nécessité professionnelle, ces ministres passent le plus clair de leur temps au milieu des merveilles de notre mobilier national.

Le cas de Jérôme Cahuzac est différent et plus complexe, même s'il a tenté avec adresse de se glisser dans la foule de ceux qui venaient à confesse ; il amène aussi à plus d'interrogations et, somme toute, pose plus de questions qu'il ne fournit de réponses ! Serait- ce un hasard ?

Certes, comme on l'a vu, le choix de la date était sans problème ; à fondre sa confession de "faute morale" dans le grand déballage patrimonial dont sa précédente démission l'exemptait opportunément car, s'il était resté à Bercy, il aurait été contraint de mentir une fois de plus. En revanche, le choix de BFM.TV, la "télé du grand capital", comme aurait dit feu Georges Marchais, n'était pas évident. Aux autres ministres, pour les amener à confesse, il a sans doute fallu tordre le bras gauche (normal dans un gouvernement socialiste), mais on a sans doute tordu le droit à Jérôme Cahuzac pour l'amener ainsi dans l'antre médiatique du MEDEF. Il faut dire que l'expérience DSK avec Madame Chazal et TF1 n'avait pas été des plus réussies et que cette circonstance dissuadait de la répéter, en outre avec la même coach de com'..

Il faut dire aussi qu'on a l'impression que Jérôme s'est moins donné le temps de la réflexion morale que celui de la négociation politique. Comme toujours, désormais, toute déclaration publique, dûment enregistrée et filmée, vous laisse sous la menace permanente et définitive de la reproduction incessante de ce témoignage ("verba non volant" , les paroles ne volent plus hélas!), non seulement la prudence mais le jésuitisme et la restriction morale sont de mise.

Dans un premier temps, en jurant ses grands dieux qu'il n'avait pas de compte en Suisse, Jérôme Cahuzac était de très bonne foi et ne mentait en rien puisque son compte était à Singapour ! De la même façon, il a assuré hier que les fonds déposés à l'étranger n'avaient pas servi à des opérations électorales du parti socialiste. C'est la pure vérité, puisque, si l'on en croit le témoignage de Mediapart, ces fonds, initialement destinés à une éventuelle candidature de Michel Rocard en 1995 et que je soupçonne sans le moindre élément de preuve de venir des fonds secrets, n'ont effectivement pas été utilisés pour une opération électorale !

Ce genre d'aveu a été inventé, depuis des siècles, par la Compagnie de Jésus et il n'y a décidément rien de nouveau sous le soleil. Comme disait, en se marrant (ce qui était rare de sa part), Ignace de Loyola, avec une bonne grosse restriction mentale, toute faute à demi-avouée est aux trois-quarts pardonnée.