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lundi 26 mai 2014

Sur l'avenir de l’Enseignement Supérieur et de la Recherche (ESR) (N° 2)

Je poursuis ici la lecture commentée du texte de Matematika publié dans Mediapart du 20 mai 2014 « Sur l'avenir de l'enseignement supérieur et de la recherche en France ».
Rappel de la partie de ce texte en cause dans la suite : « Les chercheurs du secteur public devaient abandonner une grande partie de leur recherche académique pour s'intéresser à des enjeux sociétaux ou industriels »
Il est clair qu'il n'y a pas de contradiction fondamentale entre la recherche académique et les applications qui peuvent en résulter et donc des « enjeux industriels » ; la liste des exemples d'application industrielle de découvertes académiques serait trop longue pour que je tente ici d'en établir le simple début ; l'auteur poursuit : « À terme les universités devaient devenir des centres de coûts et de profits et augmenter les droits d'inscription au risque de pénaliser une population étudiante déjà massivement atteinte par la précarité ».
On mélange ici des questions très différentes : on ne voit pas pourquoi un Etat qui consacre des milliards à faire fonctionner un système de recherche étatique (le CNRS qui est, en fait, sans grand rapport avec l’université) devrait s'interdire d’en tirer profit pour y faire conduire des recherches qu’il juge urgentes et prioritaires ? Aux Etats Unis, des profits importants peuvent résulter, pour les universités, (les Américains ont la chance de ne pas avoir  de CNRS !) de découvertes, de contrats et de brevets déposés par les universités elles-mêmes, qu’elles soient d’Etat ou privées. D'autre part, l'augmentation des droits d'inscription n'est en rien liée à une modification de l'orientation des recherches universitaires bien au contraire puisque, en tout état de cause, l'État français prend en charge de façon quasi totale le fonctionnement des universités et que les droits d'inscription sont des plus symboliques, ce qui est à peu près l’exception française, sur laquelle je reviendrai.
Il y a d'ailleurs là une contradiction voire une aberration fondamentale qui résulte de la copie servile du modèle soviétique, archaïque et inadapté, qui demeure celui de nos établissements publics scientifiques et techniques (EPST). Dans le système soviétique de l'URSS, sans entrer dans le détail, il était bien évident que les chercheurs s'inscrivaient, tous et inévitablement, dans les programmes de recherche définis par l'État et qu'il aurait été fort risqué pour eux de prétendre se comporter autrement. C’était le passage assuré et direct de l’Académie au goulag ! C'est donc en fait l'État qui définissait, de façon exclusive, totale et absolue, les programmes  de recherche des chercheurs, même s’ils étaient absurdes (ce n’est pas par hasard que j’ai mis Lyssenko et Staline  sur la couverture de mon livre) !
Il n'en est rien évidemment dans le CNRS français ou dans l'ex-ORSTOM (devenu IRD) qui sont les deux EPST que je connais le mieux et où je prends, de ce fait, la plupart de mes exemples. En effet, il est rigoureusement et totalement impossible d'obliger un spécialiste des papillons de la Nouvelle-Calédonie  à travailler sur ceux de la Guyane puisqu'il a été recruté sur la base d’une thèse sur les lépidoptères calédoniens,  s’il ne souhaite pas changer de terrain. Je connais de nombreux cas de chercheurs qui sont restés dans une quasi-inactivité, durant des périodes plus ou moins longues, parce qu'ils n’entendaient, en aucune façon, changer de domaine de recherche.
J’ai souvent discuté de ces questions avec un chercheur de l’INSERM (autre EPST), au moment où commençaient les travaux sur le sida dans le milieu des  années 80 ; je lui demandais comment il se faisait qu'aucune équipe de l’INSERM ne se consacrait aux recherches sur les traitements ou les vaccins de cette nouvelle maladie. Il me répondait bien entendu, comme on peut le deviner, qu'il était impossible à l’INSERM d'obliger qui que ce soit en quoi que ce soit à travailler sur ce domaine s'il ne souhaitait pas !
On peut donc se demander quelle est la logique d'une réforme de mise en place d'un organisme comme l'« Agence Nationale de la Recherche » (ANR) qui fait, par appel d’offres, des propositions de sujets ou de programmes de recherches, sans avoir le moindre moyen d'imposer aux chercheurs payés par l'État, qui pourraient s’engager dans de tels programmes, de le faire. Certes ils pourraient le  faire, mais rien ne les y oblige et pourquoi le feraient-ils ? Rien n'oblige un chercheur à faire autre chose que ce qu'il fait dans le domaine qui lui convient et sous  la forme et au rythme qui lui conviennent. Il lui suffit d’avoir une modeste activité scientifique qui lui permette d'élaborer son rapport de recherche personnelle pour qu'il puisse couler des jours paisibles, sans la moindre observation et sans la moindre obligation d'une autre nature jusqu'à sa retraite.
On touche là à ce qu'on pourrait appeler la « lâcheté » de l'administration française dont on voit de multiples exemples tous les jours et dans tous les domaines. C’est surtout là ce qui rend toute réforme un peu forte impossible ! Faute de pouvoir réformer réellement le CNRS ou mieux encore de le supprimer, puisque sa structure est devenue totalement inadéquate. On essaye, lâchement, de l'étrangler sournoisement, d’abord en réduisant de façon forte les promotions de DR, en donnant des primes pour le passage à l’université, en créant ensuite un organisme comme l’ANR (qui propose sous forme d'appel d'offres des projets de recherche qu’on est incapable d’imposer !) ou encore comme l’AERES chargée de l’évaluation,  qu’on feint de substituer à l’auto-évaluation traditionnelle de règle au CNRS comme à l’université. Il suffit de voir, pour s’en convaincre, le fonctionnement de l’AERES et la composition de ses instances comme de ses jurys.
Les quelques rapports que j'ai eu l'occasion de lire sur des universités que je connaissais m’ont paru profondément comiques,  témoignant à l'évidence d'une totale ignorance des réalités de ces établissements. La chose n'est pas pour surprendre d'ailleurs, puisque on ne peut guère demander à des instances composées elles-mêmes d'enseignants-chercheurs d'autres universités de se montrer sévère ou même simplement sérieux dans le jugement (« signé » car les évaluations ne sont même pas anonymées comme dans le moindre comité de lecture) des activités de leurs collègues, qui ne manqueraient pas de procéder de la même façon le jour où inévitablement cette situation serait inversée. Ce n'est évidemment pas, en passant un jour ou deux au mieux, dans un autre établissement, qu'on est en mesure de porter un jugement autorisé sur son activité.
Poursuivons la lecture du texte en cause :
« Pour faire accepter le changement, il faut en faire accepter les outils. Ainsi apparurent de nouveaux outils de transformation de l'organisation de l’ESR français. Citons les plus marquants que sont :
  1. Les primes des enseignants-chercheurs [… ] Ces primes étaient de trois ordres : administration, enseignement et recherche
  2. La recherche par projets avec un budget contingenté. »
3. Je n'ai pas trouvé de trois dans le texte mais peu importe.
Pour ce qui concerne les primes, les primes d'administration ont existé bien plus tôt encore (en particulier pour les présidents d'université mais elles étaient au tout début totalement dérisoires et ont très sensiblement augmenté dans la suite).
La principale réforme pour la recherche fut effectivement celle des primes dites « d’encadrement doctoral et de recherche » qui ne concernaient que les professeurs et étaient en nombre limité, sur décision d’une commission ad hoc. En fait, dès le départ, une réforme indispensable aurait été de limiter de façon drastique le nombre de thèses que pouvait diriger un professeur, alors que des professeurs parisiens « dirigeaient » parfois une centaine de thèses (j’ai connu un record à 142 !). La limitation du nombre de thèses dirigées est un élément qui n'est survenu que beaucoup plus tard, alors qu'il était pourtant sans doute la réforme la plus facile à mettre en œuvre et la plus raisonnable. De toute façon, même à son taux maximum (variable selon le grade), ces primes demeuraient modestes, et, dans bien des cas, on a pu se demander de quelle façon fonctionnait la commission chargée leur attribution. Par prudence et pour prévenir les commentaires injurieux prévisibles, je signale que, pour ce qui me concerne, j'ai toujours bénéficié de cette prime d'encadrement doctoral et de recherche ; il y a donc nulle acrimonie dans mon propos.
Pour le point de la recherche par appel d’offres sur projets, le système abracadabrant de l’ANR ne tient qu’à ce qu’il est impossible, on m'a vu, de contraindre quelque chercheur ou enseignant-chercheur que ce soit à s'engager dans quelque projet que ce soit. Si ce système fonctionne à peu près partout dans le monde, c’est que nulle part les chercheurs sont des fonctionnaires innamovibles et qu’ils ont à peu près partout des statuts contractuels.
Ces appels d’offres de recherche par projets ont existé bien avant l’ANR d'ailleurs, le cadre même du CNRS, mais il est évident que les procédures étaient très souvent biaisées. En général, lorsqu'un projet faisait l'objet d'un appel d'offres, l'équipe retenue à son terme avait été constituée et choisie bien avant la publication de l'appel d'offres ! Les jeux étaient le plus souvent faits à l'avance !
Sur ce point également, je pourrais donner des exemples très précis qui montreraient le fonctionnement de cette procédure. Je n’ai pas à insister sur ce point puisque le texte de Matematika que je commente le dit d'une façon tout à fait claire :
« Ceux qui participaient aux jurys étaient bien placés pour faire accepter les leurs ou ceux de leurs « amis » »
Le texte poursuit non sans cruauté :
« Sans oublier que, dans le domaine de la recherche publique, les évaluateurs sont aussi les employés du même employeur ».
Voilà qui est dit avec plus d'élégance et de force que je ne saurais le faire !
 À suivre.

dimanche 11 mai 2014

Mariani, Snowden et Qosmos.

Tout le monde (et moi le premier) avait oublié que le 10 mai était la « Journée de commémoration de l'abolition de l'esclavage » par la France.

J'ai fait autrefois un blog sur l’étrange choix de cette date fait par Jacques Chirac pour célébrer l'abolition de l'esclavage qui, en réalité, n’a pas de date véritablement précise ; en effet, selon les territoires, les dates réelles diffèrent en raison du temps de navigation qu'il fallait pour que la nouvelle y arrive de France et que la proclamation y ait effectivement lieu. Un jour d'étiage ou de paresse dans ce blog, je ressortirai ce billet si j'arrive à le retrouver.

L’hypothèse que j'avais formée alors était que le choix du 10 mai était, en réalité, un contre-feu à la date anniversaire de l'élection de François Mitterrand, le 10 mai 1981, ce qui était un calcul politicien, bien chiraquien et à très court terme, car on a désormais oublié l’un comme l’autre ! La preuve est que j'avais trouvé étrange, dans le « tweet » de Monsieur Mariani, cette allusion, finale et obscure, à la « célébration » et je n'ai compris qu'après coup ce qu'il voulait dire par là. Tout cela est sans grande importance, puisqu'il est évident que tous les débats, passés et présents, autour de cette célébration témoignent tous, d'une ignorance abyssale des réalités de l'histoire de l'esclavage comme on a pu le voir. Là aussi, je devrais sans doute ressortir quelques anciens billets sur le sujet à propos de la fameuse loi Taubira !

Le présent ajout de l’étrange nom  « Qosmos » au titre de mon précédent blog me conduit à en venir au sujet du jour ; je ne dirai pas grand-chose de l'affaire Qosmos parfaitement décrite par l’article de J. Hourdeaux dans Mediapart qui me l’a fait découvrir et auquel je ne puis que renvoyer.
L’affaire a été elle-même déclenchée par quelques associations qui se donnent pour tâche la défense des droits de l’homme et qui ont, depuis peu, fondé un « Observatoire des libertés et du numérique » (OLN) qui a la noble ambition « d'informer, de former, de prévenir, de proposer et de peser dans le débat public sur ce que doit être une politique du numérique respectueuse des droits ». La création de cet OLN (un observatoire de plus, comme dans la vieille chanson paillarde, « Sortons z’ob…server… ») a été annoncé à la veille de la « Journée internationale de la protection des données personnelles » ! Si je puis me permettre, sur ce point précis, une suggestion, ce serait celle de remplacer, sur nos calendriers, la désuète mention des saints dits «  du calendrier » par l’indication des buts désormais assignés à chacune de nos journées, comme on vient de constater à propos de la commémoration de l'esclavage. À l’origine  de cet OLN  se trouvent des associations comme les diverses Ligues des droits de l'homme (normal !), mais aussi le syndicat de la magistrature et le syndicat des avocats de France, ces derniers ayant été sans doute surtout émus, car on ne les entendait guère à propos du numérique, par l'affaire des écoutes de Nicolas Sarkozy-Bismuth et de son avocat. Je trouve que tous ces braves gens ont été bien longs à se mettre en campagne sur ces questions, alors que nous sommes tous, depuis longtemps, victimes d’invasions, permanentes et obsédantes, de notre espace électronique personnel par toutes sortes d’importunes publicités ou de messages abusifs qui nous accablent à travers l'Internet par le commerce secret et illicite de nos adresses courriels et les insupportables et illégaux « cookies ». Tout cela aurait dû  émouvoir déjà depuis longtemps ces si vigilants défenseurs de nos droits, mais il n'en a rien été jusqu’ici.

Il a donc fallu attendre le 28 janvier 2014 et « la journée internationale de la protection des données personnelles » pour que soit constitué l’OLN ! L’affaire Qosmos avait été déclenchée, antérieurement d'ailleurs (en juillet 2012), par une constitution de plainte conjointe contre la société Qosmos par la Ligue des droits de l’homme et la Fédération internationale des droits de l'homme ; elles accusaient cette société « d'avoir fourni les moyens d'espionnage sur Internet à des entreprises ayant des contrats avec les dictatures de Syrie et de Libye ». Une plainte pour « dénonciation calomnieuse »  été  déposée, en retour, par Qosmos  le 3 septembre 2012. Festina lente ! L'affaire est devenue sérieuse en avril 2014, lorsque des juges du Pôle « crime contre l'humanité » (Diable !) ont été désignés pour traiter cette affaire.

Je n'entrerai pas dans le détail de tout cela qu’on retrouvera dans l'article exhaustif de J. Hourdeaux déjà cité, mais l'histoire est, à d’autres aspects, fort intéressante. C'est, au fond et surtout, d’abord celle de la réussite scientifique et technologique exemplaire d'une « start-up » française, aventure industrielle dont on ne cesse pas de souhaiter l'émergence et le succès. Je ne sais pas quel sera le sort de cette plainte ; de toute façon, vu la rapidité de la justice française, on peut s'attendre à ce que l'affaire soit jugée dans cinq ou six ans (compte tenu des appels qui ne manqueront pas d'être faits de part et d'autre,  quelle que soit l'issue en première instance), mais je voudrais me borner à trois remarques très générales sur le fond même du problème.

La première remarque est que la France encourage, depuis une décennie et sous tous les gouvernements, ce type de recherche où nous avons des succès que nous ne rencontrons guère ailleurs ! Des sociétés comme Qosmos ou Amesys (une société opérant dans le même domaine) sont concernées. Un mot sur l’une et l’autre : Qosmos est une « start up » française (« made in France ») de l'informatique créée en 2001, spécialisée dans la création des éléments logiciels d'analyse de données de l’internet. Elle a réalisé 13,8 millions d'euros de chiffre d'affaires en 2012 avec 30% de croissance. L’entreprise compte aujourd’hui une centaine de salariés. Basée à Paris, Qosmos a des bureaux aux Etats-Unis dans la Silicon Valley, à Singapour et à Londres. La stratégie de l’entreprise est que l’économie numérique ne peut se passer d’une compréhension détaillée et en temps réel des informations qui circulent sur les réseaux.

Amesys est une société, française elle aussi, fondée en 1979 et opérant dans le même domaine  (services en ingénierie informatique). Elle s'adresse principalement aux marchés de la défense et de l'aéronautique, des télécoms, de la sécurité et de la micro-électronique. Ses 900 employés sont répartis dans toute la France (Aix-en-Provence, Paris, Toulouse, Grenoble, Sophia Antipolis) ainsi qu'à l'étranger. Amesys est intégrée au groupe Bull depuis 2010.

Ces sociétés françaises ont été logiquement encouragées par l'État avec des financements sous des formes diverses. Le Fonds Stratégique d’Investissement (FSI), créé par l’Etat français fin 2008, a permis à Amesys d'entrer dans le capital de Bull (dont elle est devenue une filiale) et le FSI a également permis d'apporter 10 millions d'euros à Qosmos, soit la moitié de la levée de fonds opérée en septembre 2011. Il est parfaitement clair et même évident qu'il peut y avoir des utilisations des productions de ces sociétés par des Etats et donc, de ce fait même, des Etats qui ne sont pas nécessairement respectueux des droits de l'homme. Mais il en est de même, par ailleurs, de toute notre industrie d'armement qui n'est pas davantage sourcilleuse dans la vente de ses produits. Or nous nous flattons de cette production et de notre place dans ce type de commerce : en 2012, la France était le troisième exportateur d’armes au monde, avec un revenu de 3,5 milliards d’euros. Depuis 2008, la France a même gagné une place et nos exportations ont progressé de 12,9%. Faudrait savoir ! Je ne me souviens pas avoir entendu parler de protestation de la Ligue des droits de l’homme sur ce point. François Hollande, si attaché à Tulle dont la production d’armes est une ressource majeure, en aurait sûrement entendu parler et aurait veillé au grain !

Il faudrait tout de même être un petit peu logique ; la solution simple serait de classer Qosmos ou Amesys comme des industries stratégiques et, de ce fait, de mettre au panier les plaintes de la Ligue des droits de l'homme (ou assimilés), sans faire perdre leur temps à des magistrats qui ont sans doute mieux à faire. Notre justice est si lente aussi du fait qu’elle est encombrée d'affaires stupides, qui ne devraient jamais aboutir à procédure et prendre directement le chemin de la poubelle. Je suis bien placé pour le savoir ayant été, dans les dernières années, concerné par des plaintes de cet acabit qui ont certes fini de cette façon, mais après avoir fait perdre trois ou quatre ans à des magistrats et plus globalement à la justice. Voilà une des réformes simples et indispensables que devrait opérer notre système judiciaire et qui nous ferait faire de sensibles économies !

Le deuxième point est l'orientation délibérée et volontariste de notre recherche vers des secteurs qui sont jugésimportants pour notre développement industriel endogène (le fameux « made in France » si cher au bel Arnaud). On essaye manifestement de faire des efforts en ce sens et la politique de la Gauche, on l’a vu, est à peu près la même que celle de la Droite pour ce qui concerne les domaines de recherche et le développement de l’innovation et de la modernité scientifique et technologique. Or, pour s’en tenir au plus récent état de la question, il suffit de consulter le document publié par le gouvernement français dans le site du ministère de Montebourg pour constater que les sociétés comme Qosmos ou Alesys sont sur des créneaux de recherche et de développement jugés ESSENTIELS et PRIORITAIRES.

Elles entrent, sans le moindre doute, sous des rubriques majeures, dont on ne regrette que les dénominations anglo-américaines, un peu étonnantes de part d’un ministre si épris du « fabriqué en France ». Je pense ici en particulier au projet 51 intitulé « Big Data », au 52 « Cloud Computing » ou au 53 « E-learning ». À lire ces titres, on se demande comment nous pourrions inventer quoi que ce soit dans ces domaines si nous ne sommes même pas capables de leur trouver des noms français, ce qui mettra assurément en fureur, une fois de plus, nos amis québécois ! Ces domaines de recherche et développement, jugés prioritaires et essentiels sont exactement ceux où opèrent ces sociétés start-ups françaises, à qui les mabouls de l’OLN s’amusent à chercher des poux dans la tête, ce qui risque d’avoir pour elles et le millier de chercheurs et de techniciens qu’elles emploient les plus  graves conséquences, comme on peut déjà le commencer à le constater !

On finit même par se demander si l’un des membres cachés de l’OLN ne serait pas la CIA, car ces projets finiront par tomber dans l’escarcelle des start ups américaines qui opèrent dans les mêmes domaines sans subir les foudres d’un OLN américain. On se souvient des rumeurs qui couraient à propos de « Reporters sans frontières » au bon temps de l’ancien trotskiste Robert Ménard dont on a vu la curieuse évolution ultérieure qui s’est achevée à la mairie de Béziers ! Sur ce point on peut juger un peu étonnant que cette plainte contre Qosmos, si insignifiante qu’elle soit, ait attiré l’attention du Wall Street Journal qui lui  a consacré un article ! Après tout Qosmos n’a qu’à gagner la Silicon Valley pour qu’on la laisse tranquille !

L'histoire précise de Qosmos est, à cet égard, une illustration parfaite. Qosmos végète jusqu’à 2004-2005, quoiqu'elle dispose des techniques les plus brillantes et les plus avancées ; elle commence même à perdre de l'argent et ne remontera la pente qu’en mettant fin à sa phase universitaire, comme le note à juste titre l'article de Mediapart. Le démarrage fulgurant de la société se fait lorsque des Etats (le plus souvent d'ailleurs à travers des sociétés intermédiaires) vont s’intéresser à ses techniques de traitement et d'extraction et de traitement d'information, comme aussi des sociétés, à l'activité plus honorable mais aux moyens infiniment moindres, du genre de Médiamétrie. À partir de 2010-2011 le démarrage de Qosmos va être foudroyant, mais il est évident que les start ups de ce genre ne vont pas s'intéresser de trop près à leurs clients et à l’usage qui est fait de leurs produits. Elles n'ont sans doute pas d’ailleurs de contacts directs, car bien entendu la Syrie ou la Libye ne sont pas assez naïves pour ne pas mettre des fusibles qu'ils soient technologiques… ou politiques (comme on a pu le voir ici même!). Ici comme ailleurs, on ne fait pas d'omelettes sans des œufs et la lutte commune contre le terrorisme est un parapluie bien commode pour tout le monde, Bachar El Assad, Khadafi, la NSA, les services français et… Qosmos !

La troisième et dernière remarque découle des précédentes et surtout de la deuxième. On a vu que la Droite comme la Gauche ont eu et ont encore, dans ce domaine et pour ces questions, les mêmes comportements, tout à fait logiques et raisonnables en soi d’ailleurs ! Elles partagent hélas aussi l’aberration voire la stupidité du comportement national global en matière scientifique, totalement contradictoire.

Je ne puis sur ce point que renvoyer à quelques chapitres que je consacre à ces questions dans mon livre récent : CNRS : le Jurassic Park de la science stalinienne (Paris, l’Harmattan, 2013).
Depuis des décennies, on fait des efforts constants pour renouveler, dans ses finalités comme dans ses structures et son fonctionnement, la recherche scientifique française (Quelques exemples parmi les plus récents comme sous Sarkozy l’ANR, l’AERES ou le Fonds Stratégique d'Investissement, soit, sous Hollande, par exemple, les fameux 34 projets du dernier Plan). Mais, en même temps, on maintient tels quels, sans y toucher en quoi que ce soit, les Etablissements Publics Scientifiques et Techniques (les EPST), dont le CNRS est à la fois le meilleur et le pire exemple avec sa structure et son fonctionnement staliniens.

Deux ou trois chiffres suffisent à vous éclairer :
CNRS 2012 . Ce que ça coûte
34.000 employés dont 25.505 statutaires (11.415 chercheurs et 14.090 ITA - « ingénieurs-sic », technicien et administratifs - ; le CNRS a échappé à la RGPP et on continue à y créer des postes – 940 en 2012 !) ; 75.000 fonctionnaires dans l’ensemble de nos EPST.  
Budget du CNRS : 3,3 milliards.
CNRS 2012. Ce que ça rapporte : « Licences et brevets » : 16,48 millions !
(Source : R. Chaudenson, 2013  pp. 145-157). MDR !

La seule solution logique aurait été, depuis longtemps, de supprimer le CNRS, comme l’ont fait les Russes et les Chinois auxquels nous avions emprunté ce modèle stalinien. C’était le rêve secret de Claude Allègre lorsqu'il était ministre, mais son ami de trente ans, L. Jospin, ne l’a pas permis. Et, faut-il l’ajouter, il n’y a aucun moyen de contraindre un chercheur du CNRS à s’intégrer à un programme de recherche pourtant jugé prioritaire ou essentiel, s’il veut continuer à s’occuper de ses petites affaires et fait ponctuellement sur elles, tous les deux ans, le petit rapport d’activité qui est la seule chose qu’on peut exiger de sa part. Créer et financer par l'ANR ou tel ou tel plan 34 programmes de recherches ne fait que légitimer qu'il reste chez lui à faire son jardin !

mercredi 19 février 2014

Help ! Burn out au CNRS


« Le burn-out des  labos » (Monde science et techno ; 17 février 2014) est le titre d'un article de Camille Thomine (Monde Académie) sur les suicides au CNRS. L'article est tout aussi inattendu que le titre ; pour la clarté de mes propos, j’en reproduis ci-dessous quelques éléments (en italiques) que je fais suivre de mes commentaires.

« Le Syndicat national des travailleurs de la recherche scientifique (SNTRS-CGT) s’inquiétait dans un communiqué « de la survenue, pour le seul mois de janvier, de trois suicides de personnes travaillant dans des laboratoires et l’administration du CNRS ». Et se demandait s’ils n’étaient pas un prélude à « une vague de suicides ».
Si la direction de l’organisme tient à rappeler qu’aucun de ces drames ne s’est produit sur les lieux de travail et que rien ne permet pour l’instant de les relier à leur activité professionnelle, ils surviennent dans un climat de détresse psychologique répandu dans la recherche publique ».

Cet article me fait penser à une vieille blague concernant le CNRS que je vous fais courte faute d'espace. Un lion est embauché un jour au CNRS ; quelques mois plus tard, il est traduit en commission de discipline après avoir mangé trois femmes de ménage. La commission lui en fait reproche et lui signifie clairement qu’au prochain incident de ce genre, il sera sévèrement châtié. Le lion interroge alors le président de  la commission et demande: « J'avoue que j'ai bien mangé ces trois femmes de ménage et que je mérite donc d'être puni, mais comment se fait-il que personne n'a rien dit pour les sept chercheurs que j'avais mangés auparavant ? ».

Si l'on se suicide au CNRS et dans les EPST françaises à cause du stress et de l’excès de travail, il faut s'attendre au pire dans la plupart de nos administrations. Je reconnais que l'article d'une grande prudence comme le montre la suite et le rappel de la position des instances dirigeantes :
« La direction du CNRS rappelle que le taux de suicides y est inférieur à la moyenne nationale et que le nombre des arrêts maladie reste stable depuis 2010. Elle craint que l’évocation, même avec un point d’interrogation, d’une « vague de suicides » dans le communiqué syndical soit elle-même potentiellement suicidogène pour des personnes fragiles. Elle ne nie pas que la situation actuelle de la recherche publique – tensions sur l’emploi et les budgets – crée des situations difficiles, mais estime avoir fait face à la montée des risques psychosociaux ».

Je suis rassuré par la mise au point de la direction du CNRS. Pour les sciences humaines et sociales, qui constituent le secteur qui m'est le plus familier, un certain nombre de chercheurs du CNRS n'ont pas de raison d'invoquer des arrêts-maladie pour rester chez eux, puisqu'ils sont déjà, dans nombre de cas, des travailleurs à domicile et que le contrôle de l'activité de recherche, pour le moins discret, est pour l’essentiel effectué par eux-mêmes. Toutefois cet article, quoique hautement spécialisé, témoigne d'une confusion, permanente et très fâcheuse, entre le statut du chercheur au CNRS ou à l’IRD et celui d'enseignant-chercheur des universités. On doit se garder pourtant de les confondre, même si par définition et depuis Edgar Faure, les enseignants des universités sont des enseignants et des chercheurs (à mi-temps en quelque sorte pour chacune de ces deux activités) et si un certain nombre de chercheurs du CNRS viennent faire, sur leur temps de travail de recherche, des heures complémentaires à l'université pour se faire de l'argent de poche !

Remarque plus étonnante encore ; cet article observe qu’« un chercheur passe donc beaucoup de temps à remplir des formulaires ultra précis d'organismes européens ou de l'Agence nationale de recherche. ».

Ce reproche est clairement pittoresque de la part du CNRS, puisque les documents que toute équipe, soit du CNRS soit associée au CNRS, doit régulièrement fournir à son administration centrale ont toujours été d'une précision parfois ubuesque, allant par exemple, pour une équipe associée, jusqu’à devoir évaluer le coût de financement de l'université d’accueil à l'équipe en cause pour ce qui touche le  balayage des locaux. Je crois qu’en matière de complication et de pinaillage administratif, le CNRS n'a de leçon à recevoir de personne ; tout cela n'a pas changé d'ailleurs depuis l'apparition des crédits européens et de l’ANR. Je n’ai pas le temps de m’étendre sur ces aspects  qui visent en fait à décourager les solliciteurs, les bénéfiaires étant choisis à l'avance sur la base du copinage. Tout cela n’a pas grand-chose à voir avec la recherche comme je l'ai montré, dans son détail, dans mon récent livre, CNRS : le Jurassic Park de la science stalinienne auquel je ne peux d'ailleurs que renvoyer pour l'ensemble de ces problèmes (Paris, l'Harmattan, 2013).  En outre, pour quiconque a l'expérience de ces domaines, il est clair que tous ces formulaires de description de recherche sont taillés sur le même modèle, qui est d'ailleurs, de toute évidence d'inspiration américaine (NSF et alii), les organismes européens ou français étant arrivés bien après les organismes des États-Unis dont les procédures d'évaluation et de contrôle, essentielles en pareils cas, sont d'ailleurs infiniment plus sérieuses.

« Chaque année, un chercheur passe donc plusieurs mois à remplir des formulaires ultraprécis beaucoup de temps d’organismes européens ou de l’Agence nationale de recherche (ANR) avec, chaque fois, neuf chances sur dix de voir son projet retoqué. « Pour chaque projet échelonné sur trois-quatre ans, il faut développer, mois par mois, le temps consacré par chaque membre à chaque activité, explique Anne Atlan, chargée de recherche CNRS en biologie évolutive à Rennes. Comme s’il était possible d’anticiper à ce degré de précision ! En recherche, par définition, on ne sait jamais ce qu’on va trouver… »
Face aux plaintes répétées, l’ANR a bien établi, en juillet 2013, un appel à projets simplifié, visant à établir un premier tri parmi les demandes. Mais à la clôture des dossiers, en octobre, elle annonçait 8 444 prépropositions éligibles. Un chiffre décourageant pour Anne Atlan, dont les onze projets déposés ces deux dernières années ont tous été refusés ».

Ce qu’on demande, dans les projets, est moins ce qu’on va trouver que ce qu’on cherche et comment on le fait ! Une fois encore, tout cela n'est pas très nouveau et je ne puis sur ce point que renvoyer à mon livre. En réalité, la situation n'a guère changé depuis 30 ans car les chercheurs n'ont que de trois solutions : 1. se tenir tranquilles dans leurs coins faire son jardin, aller au labo ou à la « cafet’ » selon ses habitudes « professionnelles », 2. se glisser dans un projet d'une équipe, largement financée sans grand examen, dans la mesure où son responsable est arrivé à se faufiler dans les instances directives directions de direction du CNRS ou y a des copains  (vous voulez des noms ?) ; 3. Cas le plus rare : aller chercher l'argent ailleurs qu’au CNRS et parfois en trouver, à condition bien sûr d’en avoir recherché. Ce fut personnellement toujours mon cas, le CNRS se refusant à prendre en compte pour les équipes, la « valeur ajoutée », c’est-à-dire les crédits trouvés ailleurs qu’au CNRS !

« Mais si prestigieuses que soient les publications, elles ne suffisent plus : le chercheur doit encore mener une activité éditoriale – par exemple en tant que relecteur desdites revues –, participer à des animations scientifiques de type congrès ou conférences, faire partie de jurys, concourir à la vulgarisation de la science par des débats citoyens, des associations, des blogs ou des wikis et bien sûr encadrer des étudiants en thèse ou en master… »

Autres sottises et ignorances ! On relève encore ici la confusion permanente entre chercheurs et professeurs d'université.
Les thèses qu'on évoque ici ne peuvent être soutenues que dans les universités et non au CNRS,  ce que ne savent généralement pas toutes celles et tous ceux ce qui nous abreuvent du poncif « Le CNRS pépinière de Nobels » ! Vaste blague dont je traite dans son détail mon livre que j'ai déjà cité et où je consacre deux textes à cette question.

Un chercheur doit avoir une activité de production scientifique (les publications) ; c’est en effet le minimum mais rien ne lui impose comme le prétend cet article d’être «  relecteur des dites revues ». Il n'y a plus d'édition scientifique en France. La plupart des revues scientifiques, imprimées de façon traditionnelle, sont à l'agonie ; pour avoir été, longtemps et à de multiples reprises, soit moi-même responsable de revue, soit membre de comité de rédaction, je puis vous dire qu'il est de plus en plus difficile, voire totalement impossible, d'obtenir des collaborations pour ce qui concerne la relecture et de l'évaluation des articles. Les facilités de la publication électronique rendent à la fois insupportables les délais des publications papier (souvent plusieurs années) et surtout extrêmement susceptibles les auteurs qui ne supportent pas, pour la plupart, de la part des relecteurs, la moindre critique ou demande de correction. Toutes celles et tous ceux qui connaissent ces problèmes me comprendront sur ce point sans que j'aie besoin d'insister.

« Une activité d’enseignement qui, dans le cas des enseignants-chercheurs, vaut à elle seule « un temps-plein bien rempli », confie Anne Atlan [chargée de recherche au CNRS et non universitaire ! ]. En plus des 192 heures de présence devant les étudiants (sans compter les trois-quatre heures de préparation et les corrections pour chaque cours), ses confrères enseignants-chercheurs doivent désormais gérer les emplois du temps… »
Concernant l’évaluation quadriennale des laboratoires par l’Agence d’évaluation de la recherche et de l’enseignement supérieur (Aeres), certaines pratiques des labos font froid dans le dos, comme celle qui consiste à gommer des organigrammes les noms de certains collaborateurs « non publiants ». Une méthode violente pour éviter la note sanction, qui consiste tout simplement à nier l’existence de certains chercheurs, tenus un temps éloignés de la course à l’article pour des raisons aussi banales qu’un sujet d’étude moins fructueux ou un congé parental… ».

Je comprends mal les remarques de cet article concernant l'évaluation des laboratoires par l’AERES (création récente et, en principe, elle était faite auparavant par le CNRS !) et en particulier celle qui consisterait « a gommer » des organigrammes des « chercheurs non-publiants » ! Ce sont en effet les « labos » eux-mêmes qui établissent les documents départ à partir desquels le CNRS ou l’AERES réalise leurs propres évaluations bidon en général ; une fois de plus cf. mon livre !). Il est clair les auteur(e)s de ces textes ne connaissent pas grand-chose au problème dont elles parlent, ce qui est souvent malheureusement le cas dans notre presse.

 « Le CNRS est un gros paquebot, il lui faudra du temps et, surtout, une réelle volonté politique non seulement de la direction, mais au-dessus d’elle, de la haute administration. »
Aujourd’hui, les mesures de prévention, prévues par la loi, se multiplient dans les EPST : mise en place de cellules régionales et de formation des responsables d’unités, tant aux fonctions de management qu’à la détection des risques psychosociaux, à l’Institut de recherche en sciences et technologies pour l’environnement et l’agriculture (Irstea, ex-Cemagref), comme à l’Inserm ou au CNRS. Cela suffira-t-il ? Tout comme la recherche elle-même, trouver les bons remèdes demande du temps… ».

Le CNRS n’est pas un « gros paquebot » courant sur son erre, c’est le cuirassé Potemkine ! Je préfère personnellement, de beaucoup, à défaut du Potemkine,  la métaphore du « Jurassic Park de la recherche stalinienne ».

Cet article me paraît d'ailleurs oublier l’aspect essentiel, volontairement ou non. Depuis la loi LRU qui est au centre de mon autre livre récent (Universités : l’impossible réforme , Edgar, Valérie, Geneviève et les autres, Paris, l’Harmattan, 2013), toutes les mesures qui touchent à l'enseignement supérieur comme à la recherche visent en fait à en réduire les coûts sous le fallacieux prétexte d'une autonomie et de réformes qui sont les masques dérisoires de la privatisation et/ou de l'étranglement. Ces manœuvres sont encore plus claires, j'en conviens, pour le CNRS dont on se demande à quoi peut bien servir les milliards qu’il nous coûte et quel rôle ont les dizaines de milliers de personnes qu'il emploie, surtout quand on rapporte l'énormité de ces coûts à la faiblesse, pour ne pas dire au caractère dérisoire de ses résultats, quand on prend en compte pour les évaluer les ressources spécifiques que procurent à la France les brevets et les contrats autres que ceux qui ne sont pas en fait des subventions supplémentaires cachées.

jeudi 6 juin 2013

Enseignement supérieur et recherche : Lois LRU et ESR ?

 
Ce titre paraît sans doute un peu sibyllin à celles et ceux qui ne sont pas familiers avec les problèmes de l'université et de la recherche et plus précisément avec les nouvelles dispositions en cours d'adoption. La loi sur l'autonomie des universités dite; d'ailleurs à tort, loi LRU, de Valérie Pécresse est en passe d'être remplacée par la loi dite ESR (Enseignement Supérieur et Recherche) de Madame Geneviève Fioraso, qui a été approuvée, en première lecture, par l'Assemblée nationale et sera prochainement examinée par le Sénat.

Après deux articles assez critiques de Lucie Delaporte dans Mediapart, Monsieur William Rostene, directeur de recherche de classe exceptionnelle à l'INSERM et conseiller auprès du président de l'université Pierre et Marie Curie (Paris VI), s'y est exprimé à son tour. A lire ce texte, qui émane pourtant d'un auteur particulièrement qualifié (il appartient à la fois à l'un des huit EPST français - établissements publics scientifiques et techniques - et très proche d'une des principales universités scientifiques de France, Paris VI, on s'étonne de voir que ne sont abordés, dans son article, que des aspects relativement subalternes de ce grave problème.

Je dirai, si j'avais à faire un choix simple et clair, que le principal problème de l'enseignement supérieur et de la recherche en France n'est pas celui des emplois et des moyens, mais tient précisément à l'existence de certaines structures et en particulier du CNRS qui est une structure totalement archaïque et inadaptée ; j'avais autrefois suggéré à Monsieur Kourilsky, alors directeur du CNRS et qui interrogeait les directeurs d'équipe, sur l'avenir du CNRS, d'en faire le "Jurassic Park de la science soviétique " puisque à peu près tous les pays du monde qui ont connu cette structure, l'ont désormais supprimée, y compris la Russie et la Chine et que, dans le monde, on ne trouve plus qu'en France cette fantomatique survivance.

La France est en effet le seul pays où l'on recrute, entre 25 et 30 ans (avant 35 ans en tout cas), des chercheurs, déjà spécialisés qui, durant une bonne trentaine d'années, en tant que fonctionnaires de la recherche, seront censés avoir des activités scientifiques dans ce domaine précis (refusant, en général, tout changement dans les orientations de leurs travaux) et à peu près sans aucun contrôle, sauf par eux-mêmes sur la base des rapports qu'ils sont, en principe, chargés de remettre tous les deux ans. Or, la recherche est une activité dont les finalités et les méthodes sont soumises à trop d'évolutions (y compris techniques, économiques et même politiques) pour s'accommoder de structures si sclérosées. Tous les grands pays l'ont compris (je pense en particulier ici aux États-Unis. à l'Allemagne et au Japon) et ils ont créé des institutions dans la fonction majeure est de définir et de financer des champs de recherche, éventuellement nouveaux, dans lesquels viennent s'inscrire, pour des durées limitées et dans des perspectives et des programmes clairement définis, des chercheurs qui ne sont, en rien, des fonctionnaires définitivement installés voire ancrés dans leurs domaines initiaux.

Cette tare congénitale du système français est si évidente que même le précédent gouvernement de droite (s'inspirant des propositions faites autrefois par Claude Allègre, alors ministre de l'enseignement supérieur et de la recherche dans un gouvernement de gauche dont le rêve secret était de supprimer le CNRS qu'il connaissait mieux que quiconque) a tenté de modifier subrepticement ce système. Faute d'avoir le courage politique de supprimer le CNRS, en versant tout son personnel (30 000 agents) dans l'université, on a alors choisi de l'étouffer en créant des structures destinées à le vider de son contenu, en créant en particulier l'Agence d'évaluation de la recherche et de l'enseignement supérieur (AERES ) chargée de l'évaluation des chercheurs des universités comme des EPST et surtout l'Agence nationale de la recherche (ANR) qui disposerait de l'essentiel des crédits scientifiques et les répartirait par des appels d'offres.

Comme j'ai eu l'occasion de l'écrire ailleurs, on retrouve ici la fameuse formule de Britannicus : « J'embrasse mon rival mais c'est pour l'étouffer ». On a en effet tendu à essayer, à travers l'AERES et l'ANR, d'étrangler le CNRS, sans le dire et sans y toucher (on a même continué à y créer des postes !) mais en vidant cette organisation de sa substance et de ses moyens. A la limite, en effet, des chercheurs du CNRS peuvent fort bien choisir de ne pas s'inscrire dans les appels d'offres de l'ANR et rester chez eux à regarder la télévision ou à faire leur jardin. Ajoutons à cela la place qu'ont continué à tenir, dans ces nouveaux organismes, les gros bonnets, professionnels ou syndicaux, des EPST!

En fait; la loi Fioraso ne change pas grand-chose ; elle se borne à tordre un peu le bras des présidents d'université sur lesquels s'était appuyé Valérie Pécresse en répondant d'avance à tous leurs voeux. La principale modification ("Dire c'est faire" !) a consisté à remplacer l'AERES par un Haut conseil de l'évaluation et de la recherche (HCERES) dont les attributions sont vagues et les pouvoirs mal définis.

On ne peut donc que s'étonner que si "le changement, c'est maintenant !", selon la formule désormais bien connue, on n'ait pas mis à profit, aussi bien les assises qui ont précédé cette loi que le rapport qui a été fait par Monsieur Le Déaut (bien timide) pour proposer une formule réellement novatrice qui, en supprimant la principale institution de recherche, le CNRS (dont le personnel pourrait être, sans problème, versé à l'université car l'échelonnement des carrières est exactement identique dans les deux cas) pour mettre en place une véritable agence de la recherche (comme, aux États-Unis ou en Allemagne, dont on a copié fort maladroitement les modèles), dont les moyens auraient été réellement efficacement répartis entre les équipes de recherches universitaires. En effet, faut-il le rappeler, depuis près d'un demi-siècle, tous les enseignants de l'université française sont des enseignants chercheurs, même si on ne leur donne pas toujours les moyens d'accomplir les recherches qu'on attend d'eux?

jeudi 9 mai 2013

La stratégie de François Hollande : tout bénef ?


On peut s'interroger sur la décision de François Hollande d'annoncer son choix de financer les investissements dans des secteurs de recherches porteurs d'espoir et d'avenir pour notre production industrielle dans quatre domaines qui ont été vaguement définis ; la précision n'est donnée, et encore, que pour le "numérique" (coût avancé 20 milliards ?!?!) et la "transition écologique". Le financement de cette opération se ferait par la vente d'une partie des participations de l'État dans diverses entreprises industrielles dans la première serait, semble-t-il, EDF.

La droite et les communistes ont déjà commencé à pousser, des cris d'orfraie, la première oubliant sans doute que la privatisation était, en principe, l'un des modes d'action préféré dans une pensée "libérale", mais qu'importe...

Trois observations liminaires.
 
Première remarque. On ne manquera pas d'observer qu'une telle décision rappelle beaucoup le "Grand Emprunt" de Sarkozy, dont on ne parle plus guère, et qui était, sauf erreur de ma part, de 35 milliards, alors que la totalité des participations qui pourraient être vendues dans le projet actuel procureraient une cinquantaine de  milliards. Un des problèmes est que les conditions de mise en oeuvre du fameux grand emprunt sarkozien ont été des plus curieuses, ne serait-ce que du fait de la personnalité et des "compétences" de celui qui avait la charge finale de piloter cette opération et qui était ni un chercheur de haut niveau ni un industriel réputé, mais un expert-comptable qui a été remplacé, dans cette éminente fonction, par Louis Gallois !

Je n'ai presque aucun souvenir des projets qui ont été retenus et on en parle plus guère! Je me souviens toutefois d'un fait comique. En Corse, on avait trouvé le moyen de loger un bout de "pôle scientifique" à l'université de Corte qui est une sorte de Harvard des montagnes ; sauf erreur de ma part, le domaine initial choisi était les "énergies nouvelles" (ou quelque chose comme ça) et il avait été confié sur place à un spécialiste des feux de forêts! L'état final associe les dits feux de forêts qui ne se sont pas éteints, les agro-ressources (le brulis est dans les traditions locales), les identités et cultures (cf la remarque précédente), la technologie de l’information et de la communication (hélas je n'ai pas trouvé de lien avec les thèmes précédents!). On voit par ce programme à la Prévert le sérieux de toute cette affaire. L'université de Corse n'en est pourtant pas peu fière :  "Son positionnement thématique s’appuyant sur une stratégie de niches [pas fiscales, rassurez-vous!], l’université de Corse a articulé son identité scientifique [Fichtre !] autour de sept projets pluridisciplinaires labellisés au plus haut niveau par le CNRS" . Foutre, comme disait le Père Duchêne !

Deuxième remarque. Si ces ventes rapportent 45 ou 50 milliards, elles priveront en revanche de 4 à 5 milliards (dont 1,4 milliard pour GDF-Suez) que ces actions rapportent au Trésor en dividendes annuels. 10% d'intérêt ce n'est pas si mal et, en tous cas, mieux que le livret de Caisse d'épargne!

Troisième remarque. On parle beaucoup de ces ventes éventuelles, mais pas du tout de celles qui ont déjà eu lieu, plus ou moins en douce d'ailleurs. La vente des "bijoux de famille" a en effet déjà commencé. Notre ministère de l'Economie a annoncé, discrétement, avoir vendu 13 millions d'actions de Safran, soit 3,12% du capital, ce qui a rapporté 448,5 millions. La vente de titres EADS a déjà rapporté près de 1,2 milliard ; la France n'est pas la seule à le faire puisque l'Espagne entend ramener sa participation à EADS de 5 à 4 %.

Il faut bien que j'explique, avant d'aborder quelques autres points qui peuvent être capitaux d'ailleurs, mon titre de « Tout bénef » que j'ai assorti d'ailleurs, vous l'aurez noté, d'un point d'interrogation aussi précautionneux que dubitatif.

Premier bénéfice. C'est d'abord "Tout bénef" car, en vendant certains des bijoux de notre famille industrielle, on ne perd pas grand-chose (à la remarque sur les dividendes près!), puisque cet argent ne sert à peu près à rien. C'est, malgré tout, la différence avec le Grand Emprunt qui a été ou devait être financé sur l'emprunt selon la méthode, facile et coûteuse voire ruineuse, des gouvernements de cette dernière décennie. Il s'agit là moins de brader des portions de notre patrimoine industriel que d'utiliser plus intelligemment de l'argent, qui ne sert guère, à résoudre nos problèmes urgents, là où ils se trouvent actuellement.

Second bénéfice, à plus long terme et politique surtout. En vendant ces participations, le gouvernement socialiste prive son éventuel successeur (la réélection en 2017 ne sera pas simple!) de ce moyen d'action, ce qui n'est pas négligeable. On peut se demander d'ailleurs pourquoi le gouvernement Fillon et ceux qui l'ont précédé n'ont pas songé à utiliser ce trésor enterré au fond du jardin. Sans doute n'ont-ils pas osé le faire par simple crainte des glapissements de leurs adversaires politiques, voire de quelques-uns de leurs partisans !

Le vrai problème dans cette affaire est moins le principe de cette vente que l'utilisation qu'on fera de cet argent. On annonce en effet de grands domaines d'intervention dont certains paraissent des gouffres financiers abusifs (20 milliards pour le "numérique" et faire de la France une Silicon Valley de 550.000 km² !) tandis que d'autres sont infinis et inépuisables comme la santé ou la "transition écologique". Ce dernier point est évidemment une concession aux écologistes ; on fait la part belle aux énergies nouvelles. Voire! J'ai appris en effet tout à fait par hasard et avec l'approbation de spécialistes et de... Michel Rocard, "le Monsieur de Norpois de l'Arctique", que le réchauffement climatique n'a pas que des inconvénients. En faisant fondre une bonne partie des glaces polaires, il va rendre accessibles et exploitables des gisements d'énergies fossiles gigantesque, puisque ces spécialistes voient dans ce qu'on pourra tirer de ces zones, l'équivalent de deux siècles de notre consommation énergétique actuelle. C'est dire que, si les choses se passent ainsi et si l'on y ajoute les progrès dans l'extraction des gaz de schiste qui paraissent infiniment probables, les énergies nouvelles, en dépit de celle que les écolos déploient (et qui elle n'est pas nouvelle) dans ce domaine, risquent d'avoir du plomb dans l'aile ; les investissements dans ce domaine nouveau qu'on croyait à court terme, risquent donc fort de l'être à très long terme.

Je crois personnellement qu'il faut investir dans des projets beaucoup plus limités qu'on devrait définir avec précision et en sélectionnant avec soin les équipes qu'on retiendrait pour ces projets. Je pense ici, en particulier, à une question que j'ai évoquée dans ce blog et qui tient au fait, tout simple et tout bête qu'on ne sait pas produire du gazole au même coût que l'essence ordinaire. On devrait pouvoir, dans ce domaine, facilement et rapidement, trouver des solutions à ce problème de carburant qui creuse notre déficit de façon stupide et énorme, à condition toutefois de choisir et de payer, aux résultats surtout et pas comme au CNRS, des équipes performantes et surtout compétentes (évitons donc d'aller les chercher à l'université de Corte!).

Je crois donc qu'il vaudrait mieux couvrir des domaines moins larges, mais définir des problèmes très précis, identifier et contrôler les équipes retenues avec beaucoup plus de soin qu'on le fait généralement dans les EPST et comme on l'a fait, en particulier dans le cas du Grand Emprunt comme j'ai eu l'occasion de dire.

Dernier point. Un inconvénient de cette vente éventuelle (si elle n'a pas déjà eu lieu) a été l'annonce publique qu'on en a fait et qui, sans doute, provoquera, pour les actions de ces sociétés cotées en Bourse, une baisse sensible des cours et donc causera des pertes considérables sur les profits escomptés. Le bénéfice politique, qu'on a cru – ou qu'on a croit pouvoir tirer d'une telle annonce - sera sans doute largement compensé par les pertes financières qu'on subira de ce fait à terme si l'opération est menée jusqu'au bout.

L'expérience du passé montre assez qu'on peut pas tout de même demander à nos hommes politiques d'être à la fois habiles voire cauteleux (ce qu'ils sont souvent), et intelligents (ce qu'ils sont bien moins)!

 

lundi 5 novembre 2012

Du CNRS, de la recherche et de l'université

J'ai sous le coude un petit livre dont le point de départ réside dans mes divers posts sur le CNRS qui, il faut bien le dire, est une matière très riche, même si cette institution nous coûte fort cher. Si certains lecteurs ont un avis sur ce que je puis faire de ce texte (le faire paraître en fragments séparés, ici et là, dans ce blog, l'y mettre tout entier d'un coup, en faire un texte à part en version électronique, essayer de le publier, etc.), merci de me le dire d'un mot en commentaire.

Pour ne pas vous vendre chat en poche, en voici le sommaire provisoire et le début.
 
 

Le CNRS raconté aux petits enfants


Sommaire

Premier épisode. Un peu d'histoire (ancienne et récente) du CNRS

Deuxième épisode : l'histoire du CNRS : zone interdite

Troisième épisode : le CNRS et l'université : "Je t'aime moi non plus".

Quatrième épisode. Comment devient-on chercheur au CNRS ?

Cinquième épisode : Le problème de l’évaluation de la recherche : l’exception française.

Sixième épisode : La "politique" du CNRS

Septième épisode  : Le  CNRS pépinière de Prix Nobel ?!

Huitième épisode : CNRS, Prix Nobel et Médailles Fields (suite)

Neuvième épisode : Le CNRS pépinière de Prix Nobel ? (suite et épilogue)

Dixième épisode : CNRS : recherche et bureaucratie

Onzième épisode . Les constantes de la politique du CNRS : velléité et incohérence. Le CNRS est-il réformable ?

Douzième épisode  . Le CNRS et la "restructuration"

Treizième épisode . Le contournement du CNRS et les "agences" : l’ANR de la guerre
Quatorzième épisode. Le CNRS. Combien ça coûte et à quoi ça sert ?

 La liste n'est pas close


Avant Propos
Le CNRS tel qu'en lui même ...et surtout tel qu'il se présente lui-même... modestement :

"Le CNRS en bref
Le Centre national de la recherche scientifique est un organisme public de recherche  (Etablissement public à caractère scientifique et technologique, placé sous la tutelle du Ministère de l'Enseignement supérieur et de la Recherche). Il produit du savoir et met ce savoir au service de la société.
[...]
Avec plus de 34 000 personnes (dont 25 505 statutaires - 11 415 chercheurs et 14 090 ingénieurs, techniciens et administratifs), un budget primitif pour 2012 de 3,3 milliards d'euros dont 766 millions d'euros de ressources propres, une implantation sur l'ensemble du territoire national, le CNRS exerce son activité dans tous les champs de la connaissance, en s'appuyant sur plus de 1100 unités de recherche et de service.

Des chercheurs éminents ont travaillé, à un moment ou à un autre de leur carrière, dans des laboratoires du CNRS. Avec 17 lauréats du prix Nobel et 11 de la Médaille Fields, le CNRS a une longue tradition d’excellence."

Cette présentation du CNRS, qui figure telle quelle dans son site (vous pouvez vérifier) témoigne d'une certaine habileté et surtout d'une bonne dose de mauvaise foi dans sa rédaction, comme on pourra le voir, à de multiples reprises, dans la suite ; le plus admirable et le moins soutenable est la revendication extravagante de "17 lauréats du prix Nobel et de 11 de la médaille Fields".

Trois remarques préalables en forme d'avant-propos.
1. Je parlerai surtout ici du CNRS, sanctuaire et institution emblématique de la recherche étatique française, mais tout ce que je dis vaut exactement pour sept autres Etablissements Publics à caractère Scientifique et Technologique (EPST selon le sigle officiel qui conduit à se demander où diable est passé le "caractère" dans cet acronyme, ce qui pourrait peut-être expliquer dans ces cas une forme d'inconsistance? ). Ces EPST forment  une catégorie particulière d'établissements publics dont les statuts sont fixés par la loi n° 82-610 du 15 juillet 1982 d’orientation et de programmation pour la recherche et le développement technologique[1]. L’IRD (Institut de Recherche pour le Développement, ex-ORSTOM) est, en pire, s'il est possible, une sorte de CNRS, autrefois créé pour "l’Outre-Mer" quand il ne se réduisait pas à nos cinq départements de la même farine . Non sans beaucoup d'hésitations, on a récemment fait disparaître le nom originel qui portait un stigmate infâmant du colonialisme français ; pour ce faire, on a dû changer totalement le sigle qui était pourtant bien connu. A la différence de ce que l'on avait réussi pour l'IFAN (Institut Français d'Afrique Noire) du Sénégal, transformé, après l'indépendance en Institut Fondamental d'Afrique Noire (l'adjectif "français" cédant ici la place, dans le seul but de garder le sigle IFAN, à cet adjectif "fondamental", certes neutre mais pour le moins inattendu), il s'est avéré impossible, même au prix des plus grands efforts d'imagination, de se défaire de cette honteuse finale "-OM" . Faute d'oser un improbable quoique bien connu "Olympique de Marseille", on a donc dû tout changer et le "développement", désormais mis à toutes les sauces, dans "l'ultramarin" des anciens DOM comme à l'étranger (dans le Sud en particulier), à fourni une solution aussi commode que floue.

2. Au sein du CNRS, j’évoquerai surtout les sciences humaines et sociales qui sont le domaine que je connais le mieux, disciplines pour lesquelles le CNRS et l’IRD sont très proches et où les aberrations apparaissent avec le plus de fréquence et d’évidence, même si leur budget est modeste par rapport à celui des sciences "dures".

3. Tout ce que je dis résulte d’expériences, personnelles et directes, dans des fonctions de direction d’équipe ou d’expertise dans des formations et/ou des conseils durant vingt-cinq ans, tant dans les universités qu'au CNRS qu’à l’INR.