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mercredi 4 juin 2014

Sissi imperator ou le printemps des dictateurs


Ils sont forts ces dictateurs et en plus ils sont organisés ! De l'Occident à l’Orient, ils n'en ratent pas une.

À l'Ouest, nous n'avons hélas perdu les derniers représentants de cette espèce qui tinrent longtemps la péninsule Ibérique et même le roitelet fabriqué par Franco branle dans le manche. Il tente de refiler en douce sa couronne à son fiston Felipe qui pourrait monter sur le trône (s’il existe encore), sous le nom de Philippe VI. Ça ne vous rappelle pas des choses ? Le grand Philippe V, devenu, en 1700, roi de toutes les Espagnes ( et autres lieux dont la Corse) était l'un des petits-fils de Louis XIV, Philippe de France, duc d'Anjou, deuxième fils du Grand Dauphin, et frère des ducs de Bourgogne et de Berry.

Notre François, de plus en plus en panne de sondages, ne pourrait-il revendiquer le trône d’Espagne devenu vacant par l’abdication de Juan-Carlos ? Un roi socialiste ne serait-il pas un heureux compromis entre la monarchie et la république qui entrent en lice ?

Nos gouvernants sont certes bien loin d'être des dictateurs ; ils changent leurs plans (ou, en la circonstance, leur carte) au moindre froncement de sourcils de quelques élus ou amis, même quand ils s’essayent à des activités plus modestes. Tout au plus, ont-ils profité d' un week-end printanier pour changer la carte de France, en s'imaginant naïvement que les choses allaient en rester en là et que la France, qui allait autrefois « de Dunkerque à Tamanrasset » pouvait aller désormais, sans problème, des Ardennes à la mer du Nord grâce à la région picardo-ardennaise. La boite de Pandore régionaliste est désormais ouverte, mais peut-être était-ce là le vrai but de l’opération ? Pour une fois, en tout cas, mon titre est parfaitement clair et intelligible à la première lecture.

« Sissi imperator »…

Un tel titre aurait pu faire se retourner dans sa tombe Romy Schneider, immortelle « Sissi impératrice », si elle pouvait suivre les événements d’Egypte et voir la tronche sinistre du général Abdel Fatah Al Sissi, plus familièrement dit Sissi, par lequel les Egyptiens ont remplacé Moubarak, dont il est, en pire, le clone !

On ne peut en effet être que stupéfait quand, en se remémorant les événements survenus lors des printemps arabes et l'émotion comme la joie et l’espoir qui les avaient accompagnés. On ne plus guère regarder que du côté de  la Tunisie pour en retrouver quelques vagues traces et encore à condition de ne pas être trop attentif.

Le subclaquant Bouteflika tire ou se fait tirer ses ultimes ficelles ; en l'évoquant ainsi, je pense à la dernière apparition de Mao Tsé Toung dont les gestes, aussi minuscules que saccadés, donnaient à penser que le Chinois qui était derrière lui était chargé de la manipulation de la marionnette qu’il accompagnait. Notons néanmoins que Mao Tsé Toung tenait encore à peu près debout (mais avec les Chinois…peut-être était ce l’effet d’une subtile et invisible machinerie), alors que le président Bouteflika a dû venir en fauteuil roulant participer à son élection triomphale. Ne parlons pas de la Libye où la situation est telle qu'on ne peut même pas faire mine d’y élire une marionnette galonnée.

La seule compétition entre ces dictateurs est celle des pourcentages électoraux et pour le moment, nul n’a fait mieux que Sissi avec ses 96,9 % de votes positifs. Dans l'entourage de Bachar, on doit être en train déjà de réfléchir à la question, le problème majeur étant moins celui du pourcentage, manipulable à l’infini, hélas dans la limite des 100%, que celui de la participation puisqu'il est un peu difficile de placer la barre trop haut dans la mesure où cette élection-bidon ne concerne que la moitié de la Syrie !

Je ne sais pas si l'on a noté dans notre presse, toujours si vigilante, que ces élections dictatoriales (Ukraine, Egypte, Syrie, etc.) ont été discrètement placées pour la célébration du 10e anniversaire du massacre de la place Tian’anmen à Pékin. Voilà qui annonce des lendemains qui chantent.

samedi 24 mai 2014

Petite salade historico-politique et dominicale : Dunois et Souad.


L'affaire de la Marseillaise et de Madame Taubira est depuis longtemps close et même oubliée, fort heureusement, mais nul n’a songé, dans cette affaire, alors qu’on faisait grand cas de la Syrie et des Français qui s’y rendaient, à rapprocher la Marseillaise d'un autre chant français qui la remplaça un moment, surtout sous le Second Empire, même s'il était né sous le Premier.

Ce fut alors une sorte de chant national officiel, alors que Napoléon III (« le petit ») avait plus ou moins fait interdire la Marseillaise, jugée républicaine voire révolutionnaire. Il s'agit d'un chant qui aurait été composé par Hortense de Beauharnais, sur un texte de 1807 écrit par Alexandre de Laborde. Ce poème rapproche, sans le dire, la campagne d'Égypte du général Bonaparte d'une prétendue croisade de Jean de Dunois (1402-1468), le « bâtard d'Orléans » qui, si je me souviens bien, s’est limité en fait à un projet de croisade. Les premiers vers  furent une véritable « scie » à cette époque et tout le monde fredonnait le début de ce chant :

« Partant pour la Syrie, / Le jeune et beau Dunois… ».

Ces jours-ci, le « jeune et beau Dunois » a été remplacé par Madame Souad Merah dont on ne savait pas trop si elle était, elle aussi, « partie pour la Syrie ». Cette dame avait connu déjà un moment de gloire, après les assassinats commis par son frère et sa mort lorsqu’elle exalta ses crimes (vous souvenez sans doute qu'il avait massacré des enfants juifs et un professeur ainsi que trois parachutistes, ce qui constitue assurément un titre de gloire pour la famille Merah). Elle fut quelque peu inquiétée par la police pour ses déclarations jugées provocatrices, mais fut très rapidement mise hors de cause, à juste titre en dépit de ses opinions.

Comme ces derniers jours, elle avait disparu avec ses quatre enfants, on s'interrogea sur sa destination, sa mère affirmant qu'elle était en vacances à Djerba tandis que la police la soupçonnant, Dieu sait pourquoi, d'être partie pour la Syrie (comme le jeune et beau Dunois en son temps !) avec ses quatre lardons pour y rejoindre un mari, un concubin ou un amant qui, semble-t-il, était déjà sur place.

J’avoue assez mal comprendre pourquoi notre police, qu’on dit fort occupée, aurait pu ou dû surveiller cette matrone à moins qu'on ne soupçonnât la présence, sous son voile intégral, de quelque barbu poseur de bombes. Le ministère de l'intérieur, un moment largué, vient de nous faire savoir qu'avec ses quatre marmots, Souad aurait gagné la Syrie par un chemin assez compliqué ; à partir de Barcelone puis d’Istanbul, elle aurait en effet rejoint la frontière turco-syrienne.

Je comprends guère l’émoi qui entoure ce départ et je ne vois pas de raison légale de s’y opposer ! Je suis même plutôt tenté de dire « Bon vent et surtout bon débarras ! » car nous voilà enfin débarrassés de cette famille qui risque fort de subir là-bas, de la part de Monsieur Bachar el Assad, un traitement autrement radical et expéditif que celui des services français. Je n'aurais pas été jusqu'à suggérer qu'on leur offrît le billet d'avion (aller simple !) mais je ne suis pas loin de le penser.

À la différence du « jeune et beau Dunois » (dont je  pense qu'il n'a jamais véritablement en œuvre son projet de voyage vers la Syrie), Madame Souad a donc débarrassé notre territoire national sans qu’on ait besoin de l’expulser et je crois que, loin de nous inquiéter, nous ne pouvons que nous en féliciter.

Elle n'a même pas l’espoir, à la différence du jeune et beau Dunois, de rencontrer là-bas une belle Isabelle puisqu'elle est déjà pourvue d’un barbu de  service conjugal. Donc une fois encore "Bon vent et surtout ne songez pas à revenir !"

dimanche 11 mai 2014

Mariani, Snowden et Qosmos.

Tout le monde (et moi le premier) avait oublié que le 10 mai était la « Journée de commémoration de l'abolition de l'esclavage » par la France.

J'ai fait autrefois un blog sur l’étrange choix de cette date fait par Jacques Chirac pour célébrer l'abolition de l'esclavage qui, en réalité, n’a pas de date véritablement précise ; en effet, selon les territoires, les dates réelles diffèrent en raison du temps de navigation qu'il fallait pour que la nouvelle y arrive de France et que la proclamation y ait effectivement lieu. Un jour d'étiage ou de paresse dans ce blog, je ressortirai ce billet si j'arrive à le retrouver.

L’hypothèse que j'avais formée alors était que le choix du 10 mai était, en réalité, un contre-feu à la date anniversaire de l'élection de François Mitterrand, le 10 mai 1981, ce qui était un calcul politicien, bien chiraquien et à très court terme, car on a désormais oublié l’un comme l’autre ! La preuve est que j'avais trouvé étrange, dans le « tweet » de Monsieur Mariani, cette allusion, finale et obscure, à la « célébration » et je n'ai compris qu'après coup ce qu'il voulait dire par là. Tout cela est sans grande importance, puisqu'il est évident que tous les débats, passés et présents, autour de cette célébration témoignent tous, d'une ignorance abyssale des réalités de l'histoire de l'esclavage comme on a pu le voir. Là aussi, je devrais sans doute ressortir quelques anciens billets sur le sujet à propos de la fameuse loi Taubira !

Le présent ajout de l’étrange nom  « Qosmos » au titre de mon précédent blog me conduit à en venir au sujet du jour ; je ne dirai pas grand-chose de l'affaire Qosmos parfaitement décrite par l’article de J. Hourdeaux dans Mediapart qui me l’a fait découvrir et auquel je ne puis que renvoyer.
L’affaire a été elle-même déclenchée par quelques associations qui se donnent pour tâche la défense des droits de l’homme et qui ont, depuis peu, fondé un « Observatoire des libertés et du numérique » (OLN) qui a la noble ambition « d'informer, de former, de prévenir, de proposer et de peser dans le débat public sur ce que doit être une politique du numérique respectueuse des droits ». La création de cet OLN (un observatoire de plus, comme dans la vieille chanson paillarde, « Sortons z’ob…server… ») a été annoncé à la veille de la « Journée internationale de la protection des données personnelles » ! Si je puis me permettre, sur ce point précis, une suggestion, ce serait celle de remplacer, sur nos calendriers, la désuète mention des saints dits «  du calendrier » par l’indication des buts désormais assignés à chacune de nos journées, comme on vient de constater à propos de la commémoration de l'esclavage. À l’origine  de cet OLN  se trouvent des associations comme les diverses Ligues des droits de l'homme (normal !), mais aussi le syndicat de la magistrature et le syndicat des avocats de France, ces derniers ayant été sans doute surtout émus, car on ne les entendait guère à propos du numérique, par l'affaire des écoutes de Nicolas Sarkozy-Bismuth et de son avocat. Je trouve que tous ces braves gens ont été bien longs à se mettre en campagne sur ces questions, alors que nous sommes tous, depuis longtemps, victimes d’invasions, permanentes et obsédantes, de notre espace électronique personnel par toutes sortes d’importunes publicités ou de messages abusifs qui nous accablent à travers l'Internet par le commerce secret et illicite de nos adresses courriels et les insupportables et illégaux « cookies ». Tout cela aurait dû  émouvoir déjà depuis longtemps ces si vigilants défenseurs de nos droits, mais il n'en a rien été jusqu’ici.

Il a donc fallu attendre le 28 janvier 2014 et « la journée internationale de la protection des données personnelles » pour que soit constitué l’OLN ! L’affaire Qosmos avait été déclenchée, antérieurement d'ailleurs (en juillet 2012), par une constitution de plainte conjointe contre la société Qosmos par la Ligue des droits de l’homme et la Fédération internationale des droits de l'homme ; elles accusaient cette société « d'avoir fourni les moyens d'espionnage sur Internet à des entreprises ayant des contrats avec les dictatures de Syrie et de Libye ». Une plainte pour « dénonciation calomnieuse »  été  déposée, en retour, par Qosmos  le 3 septembre 2012. Festina lente ! L'affaire est devenue sérieuse en avril 2014, lorsque des juges du Pôle « crime contre l'humanité » (Diable !) ont été désignés pour traiter cette affaire.

Je n'entrerai pas dans le détail de tout cela qu’on retrouvera dans l'article exhaustif de J. Hourdeaux déjà cité, mais l'histoire est, à d’autres aspects, fort intéressante. C'est, au fond et surtout, d’abord celle de la réussite scientifique et technologique exemplaire d'une « start-up » française, aventure industrielle dont on ne cesse pas de souhaiter l'émergence et le succès. Je ne sais pas quel sera le sort de cette plainte ; de toute façon, vu la rapidité de la justice française, on peut s'attendre à ce que l'affaire soit jugée dans cinq ou six ans (compte tenu des appels qui ne manqueront pas d'être faits de part et d'autre,  quelle que soit l'issue en première instance), mais je voudrais me borner à trois remarques très générales sur le fond même du problème.

La première remarque est que la France encourage, depuis une décennie et sous tous les gouvernements, ce type de recherche où nous avons des succès que nous ne rencontrons guère ailleurs ! Des sociétés comme Qosmos ou Amesys (une société opérant dans le même domaine) sont concernées. Un mot sur l’une et l’autre : Qosmos est une « start up » française (« made in France ») de l'informatique créée en 2001, spécialisée dans la création des éléments logiciels d'analyse de données de l’internet. Elle a réalisé 13,8 millions d'euros de chiffre d'affaires en 2012 avec 30% de croissance. L’entreprise compte aujourd’hui une centaine de salariés. Basée à Paris, Qosmos a des bureaux aux Etats-Unis dans la Silicon Valley, à Singapour et à Londres. La stratégie de l’entreprise est que l’économie numérique ne peut se passer d’une compréhension détaillée et en temps réel des informations qui circulent sur les réseaux.

Amesys est une société, française elle aussi, fondée en 1979 et opérant dans le même domaine  (services en ingénierie informatique). Elle s'adresse principalement aux marchés de la défense et de l'aéronautique, des télécoms, de la sécurité et de la micro-électronique. Ses 900 employés sont répartis dans toute la France (Aix-en-Provence, Paris, Toulouse, Grenoble, Sophia Antipolis) ainsi qu'à l'étranger. Amesys est intégrée au groupe Bull depuis 2010.

Ces sociétés françaises ont été logiquement encouragées par l'État avec des financements sous des formes diverses. Le Fonds Stratégique d’Investissement (FSI), créé par l’Etat français fin 2008, a permis à Amesys d'entrer dans le capital de Bull (dont elle est devenue une filiale) et le FSI a également permis d'apporter 10 millions d'euros à Qosmos, soit la moitié de la levée de fonds opérée en septembre 2011. Il est parfaitement clair et même évident qu'il peut y avoir des utilisations des productions de ces sociétés par des Etats et donc, de ce fait même, des Etats qui ne sont pas nécessairement respectueux des droits de l'homme. Mais il en est de même, par ailleurs, de toute notre industrie d'armement qui n'est pas davantage sourcilleuse dans la vente de ses produits. Or nous nous flattons de cette production et de notre place dans ce type de commerce : en 2012, la France était le troisième exportateur d’armes au monde, avec un revenu de 3,5 milliards d’euros. Depuis 2008, la France a même gagné une place et nos exportations ont progressé de 12,9%. Faudrait savoir ! Je ne me souviens pas avoir entendu parler de protestation de la Ligue des droits de l’homme sur ce point. François Hollande, si attaché à Tulle dont la production d’armes est une ressource majeure, en aurait sûrement entendu parler et aurait veillé au grain !

Il faudrait tout de même être un petit peu logique ; la solution simple serait de classer Qosmos ou Amesys comme des industries stratégiques et, de ce fait, de mettre au panier les plaintes de la Ligue des droits de l'homme (ou assimilés), sans faire perdre leur temps à des magistrats qui ont sans doute mieux à faire. Notre justice est si lente aussi du fait qu’elle est encombrée d'affaires stupides, qui ne devraient jamais aboutir à procédure et prendre directement le chemin de la poubelle. Je suis bien placé pour le savoir ayant été, dans les dernières années, concerné par des plaintes de cet acabit qui ont certes fini de cette façon, mais après avoir fait perdre trois ou quatre ans à des magistrats et plus globalement à la justice. Voilà une des réformes simples et indispensables que devrait opérer notre système judiciaire et qui nous ferait faire de sensibles économies !

Le deuxième point est l'orientation délibérée et volontariste de notre recherche vers des secteurs qui sont jugésimportants pour notre développement industriel endogène (le fameux « made in France » si cher au bel Arnaud). On essaye manifestement de faire des efforts en ce sens et la politique de la Gauche, on l’a vu, est à peu près la même que celle de la Droite pour ce qui concerne les domaines de recherche et le développement de l’innovation et de la modernité scientifique et technologique. Or, pour s’en tenir au plus récent état de la question, il suffit de consulter le document publié par le gouvernement français dans le site du ministère de Montebourg pour constater que les sociétés comme Qosmos ou Alesys sont sur des créneaux de recherche et de développement jugés ESSENTIELS et PRIORITAIRES.

Elles entrent, sans le moindre doute, sous des rubriques majeures, dont on ne regrette que les dénominations anglo-américaines, un peu étonnantes de part d’un ministre si épris du « fabriqué en France ». Je pense ici en particulier au projet 51 intitulé « Big Data », au 52 « Cloud Computing » ou au 53 « E-learning ». À lire ces titres, on se demande comment nous pourrions inventer quoi que ce soit dans ces domaines si nous ne sommes même pas capables de leur trouver des noms français, ce qui mettra assurément en fureur, une fois de plus, nos amis québécois ! Ces domaines de recherche et développement, jugés prioritaires et essentiels sont exactement ceux où opèrent ces sociétés start-ups françaises, à qui les mabouls de l’OLN s’amusent à chercher des poux dans la tête, ce qui risque d’avoir pour elles et le millier de chercheurs et de techniciens qu’elles emploient les plus  graves conséquences, comme on peut déjà le commencer à le constater !

On finit même par se demander si l’un des membres cachés de l’OLN ne serait pas la CIA, car ces projets finiront par tomber dans l’escarcelle des start ups américaines qui opèrent dans les mêmes domaines sans subir les foudres d’un OLN américain. On se souvient des rumeurs qui couraient à propos de « Reporters sans frontières » au bon temps de l’ancien trotskiste Robert Ménard dont on a vu la curieuse évolution ultérieure qui s’est achevée à la mairie de Béziers ! Sur ce point on peut juger un peu étonnant que cette plainte contre Qosmos, si insignifiante qu’elle soit, ait attiré l’attention du Wall Street Journal qui lui  a consacré un article ! Après tout Qosmos n’a qu’à gagner la Silicon Valley pour qu’on la laisse tranquille !

L'histoire précise de Qosmos est, à cet égard, une illustration parfaite. Qosmos végète jusqu’à 2004-2005, quoiqu'elle dispose des techniques les plus brillantes et les plus avancées ; elle commence même à perdre de l'argent et ne remontera la pente qu’en mettant fin à sa phase universitaire, comme le note à juste titre l'article de Mediapart. Le démarrage fulgurant de la société se fait lorsque des Etats (le plus souvent d'ailleurs à travers des sociétés intermédiaires) vont s’intéresser à ses techniques de traitement et d'extraction et de traitement d'information, comme aussi des sociétés, à l'activité plus honorable mais aux moyens infiniment moindres, du genre de Médiamétrie. À partir de 2010-2011 le démarrage de Qosmos va être foudroyant, mais il est évident que les start ups de ce genre ne vont pas s'intéresser de trop près à leurs clients et à l’usage qui est fait de leurs produits. Elles n'ont sans doute pas d’ailleurs de contacts directs, car bien entendu la Syrie ou la Libye ne sont pas assez naïves pour ne pas mettre des fusibles qu'ils soient technologiques… ou politiques (comme on a pu le voir ici même!). Ici comme ailleurs, on ne fait pas d'omelettes sans des œufs et la lutte commune contre le terrorisme est un parapluie bien commode pour tout le monde, Bachar El Assad, Khadafi, la NSA, les services français et… Qosmos !

La troisième et dernière remarque découle des précédentes et surtout de la deuxième. On a vu que la Droite comme la Gauche ont eu et ont encore, dans ce domaine et pour ces questions, les mêmes comportements, tout à fait logiques et raisonnables en soi d’ailleurs ! Elles partagent hélas aussi l’aberration voire la stupidité du comportement national global en matière scientifique, totalement contradictoire.

Je ne puis sur ce point que renvoyer à quelques chapitres que je consacre à ces questions dans mon livre récent : CNRS : le Jurassic Park de la science stalinienne (Paris, l’Harmattan, 2013).
Depuis des décennies, on fait des efforts constants pour renouveler, dans ses finalités comme dans ses structures et son fonctionnement, la recherche scientifique française (Quelques exemples parmi les plus récents comme sous Sarkozy l’ANR, l’AERES ou le Fonds Stratégique d'Investissement, soit, sous Hollande, par exemple, les fameux 34 projets du dernier Plan). Mais, en même temps, on maintient tels quels, sans y toucher en quoi que ce soit, les Etablissements Publics Scientifiques et Techniques (les EPST), dont le CNRS est à la fois le meilleur et le pire exemple avec sa structure et son fonctionnement staliniens.

Deux ou trois chiffres suffisent à vous éclairer :
CNRS 2012 . Ce que ça coûte
34.000 employés dont 25.505 statutaires (11.415 chercheurs et 14.090 ITA - « ingénieurs-sic », technicien et administratifs - ; le CNRS a échappé à la RGPP et on continue à y créer des postes – 940 en 2012 !) ; 75.000 fonctionnaires dans l’ensemble de nos EPST.  
Budget du CNRS : 3,3 milliards.
CNRS 2012. Ce que ça rapporte : « Licences et brevets » : 16,48 millions !
(Source : R. Chaudenson, 2013  pp. 145-157). MDR !

La seule solution logique aurait été, depuis longtemps, de supprimer le CNRS, comme l’ont fait les Russes et les Chinois auxquels nous avions emprunté ce modèle stalinien. C’était le rêve secret de Claude Allègre lorsqu'il était ministre, mais son ami de trente ans, L. Jospin, ne l’a pas permis. Et, faut-il l’ajouter, il n’y a aucun moyen de contraindre un chercheur du CNRS à s’intégrer à un programme de recherche pourtant jugé prioritaire ou essentiel, s’il veut continuer à s’occuper de ses petites affaires et fait ponctuellement sur elles, tous les deux ans, le petit rapport d’activité qui est la seule chose qu’on peut exiger de sa part. Créer et financer par l'ANR ou tel ou tel plan 34 programmes de recherches ne fait que légitimer qu'il reste chez lui à faire son jardin !

dimanche 20 avril 2014

Comme les routiers, les djihadistes sont sympas !

Comme les routiers, les djihadistes sont sympas !

Non seulement ils sont sympas, ces djihadistes, mais du fin fond de la Syrie déchirée par la guerre, ils demeurent attentifs aux moindres évolutions de la situation politique intérieure de la France et aux soucis de notre Président ! Il est vrai qu'ils savent qu'ils peuvent y compter sur la coopération immédiate et vigilante des médias français qui ne prennent feu et flammes, on le voit une fois de plus à la floraison soudaine de leurs « éditions spéciales », que lorsqu'on a enlevé ou libéré l'un ou l'autre des leurs.

La chose est d'ailleurs étonnante puisque, dans les dernières années, le meilleur moyen de promotion immédiate et forte, dans la corporation des journalistes, du plus obscur plumitif, a toujours été de se faire enlever. Non seulement, on bénéficie alors, dès son retour, d'une promotion immédiate au sein des organes de la presse écrite ou audiovisuelle,  mais on peut publier illico, sans problème, un bouquin sur sa captivité ou son enlèvement qu’on a eu tout le temps de préparer et pour lequel vous sont offerts immédiatement tous les micros et tous les écrans. Outre les promotions internes, vous êtes même en mesure de fonder des associations d’anciens otages qui vous permettent de rester dans la course et sur les plateaux comme d’être invité à Villacoublay ! À cet égard, se faire libérer à quatre en même temps est fâcheux pour la campagne de publicité des ouvrages qu'on a probablement eu le temps de rédiger déjà durant sa captivité. Bref, tout cela est bien connu mais c'est un autre problème que pose le titre de ce billet.

Ils sont tout de même sympas ces braves Syriens d'avoir pensé à libérer les quatre journalistes enlevés juste au moment où notre Président et son gouvernement se trouvent dans la plus fâcheuse situation avec la prise la main dans le sac de Monsieur Aquilino Morelle et la démission qui s'en est suivie, devant l’évidence de ses mensonges. Il ne fallait pas moins d'un événement de cette importance pour détourner l'attention du public qui commençait à s'indigner fort des mœurs gouvernementales ! Quatre « d'un coup », comme le petit tailleur du conte et, en outre, quatre journalistes, voilà qui était susceptible, plus que toute autre chose, de focaliser toute l'attention publique ; en outre, on ne peut guère imaginer, en la circonstance, que la manœuvre ait été machiavéliquement  conçue par l'ex-responsable de la communication présidentielle !

Sympas le djihadistes mais en outre prévenants, délicats et efficaces car le temps pressait ! Livraison gratuite et immédiate des quatre journalistes, pourtant enlevés indépendamment les uns des autres, et qu'on nous remet, gratis pro deo, « saucissonnés » si j'ose dire en pareil cas et avec des djihadistes, à la frontière turque, juste à temps et à portée, pour qu'ils puissent être le lendemain à Villacoublay pour la petite cérémonie qu'on n'a pas manqué d'y organiser.

Les journalistes français (ceux de France), toujours aussi mauvais en calcul que peu regardants sur les détails, nous annonçaient hier soir que tous les otages libérés étaient déjà dans l'avion, ce qui faisait un voyage d'une durée considérable depuis la Turquie pour être le lendemain matin à Paris ! Mais seuls les mauvais esprits comme moi  peuvent s'attacher à de si menues circonstances ! L'essentiel était de traîner un peu en route pour ne pas arriver dans la nuit à Paris et se débrouiller afin de tomber pile-poil pour les journaux télévisés dominicaux de treize heures. Sinon à quoi bon que ces djihadistes si sympas ils se décarcassent !

mardi 17 septembre 2013

Justice et prison : le bon sens est-il de droite ou de gauche ?

Les débats actuels (malheureusement aussi incessants que consternants) dont la controverse Taubira-Valls n'est qu'un aspect médiatique, se caractérisent comme tant d'autres par une totale absence de raison comme de bon sens.

Je m'amusais ce matin, comme auparavant, durant le week-end, en écoutant notre président normal et Monsieur de Norpois-Fabius, à constater l'étonnement médiatique général devant le fait que le rapport, tellement attendu, des experts onusiens en Syrie ne mentionnait aucun responsable de l'usage du sarin, alors que, dès le début, la moindre lecture de la lettre de mission de ce comité d'experts montrait qu'il leur était, formellement est rigoureusement, interdit de se prononcer sur cette question. Leur seule et unique découverte est qu'on a utilisé du gaz sarin, ce que l'on sait depuis le début. Les causes de l'aveuglement de la presse (la paresse et l'incurie) et des politiques (omission naturellement volontaire) ne sont certes pas les mêmes mais le résultat est identique.

Depuis la controverse qui a opposé le ministre de l'Intérieur à la Garde des Sceaux, les questions de prison et de justice sont à la mode et on entend toutes sortes d'inepties sur le sujet. J'écoutais, ce matin encore, vers 8 heures 30, une émission un peu moins débile sur France Culture où s'opposaient des journalistes des criminologues et d'autres spécialistes de diverses farines.

Comme toujours chacun lisait midi à sa porte et l'on n'en venait toujours aux mêmes conclusions, il faudrait des postes et des moyens ! Ce raisonnement est malheureusement souvent celui des syndicats, en particulier dans l'éducation nationale où l'on entend sans cesse répéter qu'il faudrait moins d'élèves dans les classes, alors que toutes les études spécialisées sur cette question ont montré que l'incidence de ce facteur est extrêmement faible, voire nulle. Si l'on diminuait d'une unité le nombre des élèves de chacune des classes du système éducatif français, cela coûterait évidemment une fortune mais ne servirait rigoureusement à rien.

En matière de plaisanterie, j'ai posé dans mon blog, il y a quelque temps, un petit problème d'arithmétique que l'on pourrait faire figurer dans le futur examen d'entrée en sixième, même si je le juge sans doute trop difficile pour la majorité des élèves qui seront amenés à s'y présenter et qui pour bon nombre d'entre eux ne comprendraient même pas l'énoncé ... faute de savoir lire. Je le présente donc ici sous une autre forme, un peu plus brève. Comment faire 2.000.000 d'économies par jour dans les prisons françaises ?

Pour vous la faire courte, allons droit au but. Il y a, dans nos prisons, 10.000 étrangers (ce qui notons-le au passage correspond, très exactement, au nombre de places qui y manquent et qu'on cherche, en vain faute de moyens, à y créer) dont l'entretien et la surveillance coûte 200 € par jour. Vous me voyez sans doute venir ! 10 000 × 200 égal de 2.000.000 !

Il suffirait, donc comme cela se fait dans nombre d'autres Etats, tout aussi démocratiques et développés que le nôtre, de renvoyer ces condamnés dans leurs pays d'origine, ce qui est parfaitement légitime puisque, étant dans nos frontières (le plus souvent de façon illégale d'ailleurs), ils n'ont pas jugé bon de respecter nos lois. Certes il faudrait payer leur rapatriement, mais avec quelques charters ou autobus (pour éviter les incidents), cela peut être fait à moindres coûts, car il n'est pas question d'envisager pour eux la business class en direction de leur pays d'origine. Et qu'on ne vienne pas me parler de Sarkozy et de la double peine qui n'est qu'une ânerie plus que nous devons à ce prétendu grand homme d'État.

Dans tous ces débats, chacun lit midi à sa porte, qu'il s'agisse des criminologues, des sociologues, des gardiens de prison ou de tout autre catégorie socioprofessionnelle, sans parler des bonnes âmes toujours vigilantes.

Il est évident que la réflexion devrait d'abord s'attacher, en amont, à des problèmes comme celui je viens d'évoquer (Que faire d'un étranger qui commet un délit ou un crime sur notre sol national) ou à d'autres, tout aussi importants et plus facilement solubles, qui tiennent à une adaptation intelligente de la législation en cours lorsqu'elle est totalement inadaptée, voire stupide. Ainsi, est-il logique et raisonnable de menacer d'une peine de deux ans de prison un père qui ne paye pas la pension alimentaire à laquelle il est astreint ? L'emprisonner n'est pas-t-il pas le meilleur et le plus sûr moyen de maintenir cette situation, voire de la rendre inévitable ?

Il en est de même par exemple pour les délits routiers, même graves, où les peines d'emprisonnement sont évidemment infiniment moins efficaces que ne pourraient l'être des travaux d'intérêt particulier (et non général) qui seraient effectués, au domicile d'un accidenté ou mieux dans les centres et des hôpitaux qui accueillent les blessés de la route pour qu'ils y soient soignés ou éventuellement rééduqués. Je pense que voir, quelques semaines durant, les conséquences concrètes, dramatiques et pitoyables de leur conduite aurait plus de vertus correctives pour les chauffards que de séjourner en prison à regarder la télévision, picoler et fumer des clopes!

Pour en revenir à la question initiale que pose mon titre, le bon sens ne semble ni de droite ni de gauche mais je constate que le bon Descartes s'est largement mit le doigt dans l'œil et que le bon sens n'est en rien "la chose du monde la mieux partagée". Le problème est qu'on oublie toujours de lire la suite !

lundi 9 septembre 2013

Much ado about nothing ou "Alors, on ne retient plus ici?"

Le titre anglais de Beaucoup de bruit pour rien joint à l'exotisme linguistique la rare capacité de pouvoir s'adapter à une foule de sujets, tant l'information dont on nous abreuve sans cesse est d'une consternante nullité quand elle n'est pas totalement fausse.

Je reproduis ci-dessous des extraits d'un article paru dans Les Echos (7/09/13) pris un peu au hasard (les articles sont tous les mêmes, issus de la même AFP) sur la question de la relation entre l'Union européenne, les États-Unis et la Syrie, sans avoir eu de raison particulière de faire ce choix. Je ne reproduirai d'ailleurs que les extraits ce texte qui me paraissent intéressant dans la perspective qui est ici la mienne, en y adjoignant, entre crochets, comme c'est la règle pour des ajouts à un texte, les numéros des notes que je propose, après avoir mis en gras (de mon fait donc) mes remarques sur chacun des points ainsi signalés. Ces notes seront numérotées de 1 à 10 pour plus de clarté :

"Les pays de l’Union européenne se sont entendus samedi sur le fait que le monde « ne peut rester les bras croisés » [ 1 ] et qu’une réaction claire et forte[ 2 ] est nécessaire pour empêcher de nouveaux bombardements[ 3 ] à l’arme chimique en Syrie, a déclaré Catherine Ashton.
Réunis à Vilnius, les ministres des Affaires étrangères des Vingt-Huit sont aussi convenus que les informations à leur disposition semblent clairement indiquer [ 4 ] que les autorités syriennes sont responsables de l’attaque chimique commise le 21 août dans les environs de Damas |...] « (Le gouvernement syrien) est le seul à posséder des armements chimiques et les moyens de les utiliser dans une quantité suffisante [ 5 ]», a-t-elle dit.
Les Vingt-Huit ne sont toutefois pas allés jusqu’à soutenir le principe d’une intervention militaire[ 6 ] contre le régime de Bachar al Assad, prônée par la France et le président américain Barack Obama. [...]
Selon Catherine Ashton, les ministres européens des Affaires étrangères se sont félicités de l’engagement de François Hollande d’attendre le rapport des experts de l’Onu avant toute initiative [ 7 ] sur la Syrie. Ce rapport est attendu aux alentours de la mi-septembre. [ 8 ]. [   ]
Pour les Etats-Unis, cependant, pas question d’attendre impérativement la publication du rapport pour frapper Damas[ 9 ], a indiqué samedi un responsable américain, en marge de la visite de John Kerry en Europe. Au cours d’une réunion avec les 28 ministres des Affaires étrangères [ 9 ] [...] le chef de la diplomatie américaine a « également dit clairement que les Etats-Unis n’avaient pas décidé d’attendre » ce rapport pour éventuellement agir [ 10 ], a précisé ce diplomate " (Extraits de Les Echos).

Note 1. "Le monde ne peut rester les bras croisés". Diable ! Fort bien, décroisons donc les bras, mais comme les choeurs d'opéra ou, dans une version plus moderne, Michaël Jackson,chantons "En avant ! Marchons !" tout en restant sur place ! J'ai, dans un billet précédent et par là même prémonitoire, attiré l'attention sur une confusion de prépositions souvent faite par nos journalistes, peu familiers apparemment avec la langue française, et qui confondent "prêt à" et "près de"! Il me semblait, en effet, que si Français et Américains se disaient "prêts à intervenir" en Syrie, ils ne me paraissaient pas en état d'être "près de le faire". Je constate que j'ai eu raison sur le plan géopolitique comme grammatical.

Note 2. Je ne sais pas si, décroiser les bras conduit toujours à croiser les jambes et s'il y a là une "réaction claire et forte"?

Note 3. "Bombardements à l'arme chimique" nous dit-on ; il est clair que le choix et l'emploi du terme "bombardements" vise, en réalité, à désigner d'avance comme l'auteur de l'utilisation de cette arme chimique Bachar el Assad, car il est évident que ses opposants ne disposant pas de forces aériennes, ils ne peuvent pas procéder à des bombardements au sens courant de ce terme. Il y a donc là une prise de position sur la responsabilité dont on aimerait avoir les preuves, puisque, selon d'autres sources, l'origine de ces armes chimiques pourrait être autre. Les terroristes japonais du métro qui utilisèrent le gaz sarin n'avaient pas d'avions ni de bombes!

Note 4. Il y a là une curiosité stylistique ; "semble clairement indiquer" est en effet une formulation contradictoire dans les termes qui se veut un compromis ou un amalgame, sémantiquement douteux, entre "semble indiquer" qui marque un doute fort qu'exprime le verbe "semble" et "indique clairement" qui traduit, en revanche, une quasi certitude. "Semble clairement indiquer" est donc évidemment impossible car illogique !

Note 5. Affirmer que le gouvernement syrien est le seul à posséder des armes chimiques est évidemment faux. Il y en a des tonnes partout dans le monde. Une information circule partout, même si la presse française, aux ordres ou ignorante, nous la cache soigneusement. L'Arabie Saoudite, qui combat le régime syrien et qui dispose de vastes stocks d'armes chimiques, en aurait donné aux rebelles qu'elle soutient ; ceux-ci soit par maladresse, soit par perversité, les auraient utilisées contre des populations. Le gaz sarin ne cible guère ses victimes ! Je note à cet égard qu'il y a, quant au nombre même des victimes, plus qu'une incertitude puisque selon les sources, il varie beaucoup ; selon la Croix-Rouge, il y en aurait eu environ 150, alors que selon les sources proches de la France et des États-Unis, il y en aurait 1500 ; cet écart de 1 à 10 semble considérable.

Note 6. L'Europe fut et demeure latine. Festina lente (= Hâte toi lentement) ; les 28 qui veulent une "réaction claire et forte" "ne sont pas allés" (jolie litote !) "jusqu'à soutenir le principe d'une intervention militaire". "Ne se sont pas résolus à se résigner à aller" eût encore mieux traduit l'enthousiasme belliqueux de l'UE ! En quoi pourrait bien consister "la réaction claire et forte" annoncée ? Cela peut aller des sourcils foncés jusqu'à la moue de réprobation !

Note 7 . François Hollande s'est engagé, après coup, à attendre le rapport des experts de l'ONU avant toute initiative ; on le croyait "près de" mais il n'est pas encore éventuellement "prêt à" (cf. supra !).

Note 8. Le rapport est attendu aux "alentours de la mi-septembre". Les experts étant revenus déjà depuis plusieurs jours et ne pouvant nous dire que ce nous savons déjà tous (l'usage du gaz), il serait bon de leur donner, de toute urgence, un secrétariat actif et dynamique, afin que ce rapport soit rédigé au plus vite. Tous ces propos font apparaître que, comme je soulignais dans un précédent blog, personne, dans la presse nationale, ne semble connaître les termes précis de la mission confiée aux experts de l'ONU. Il est clair (cette condition avait été mise à la signature de l'autorisation de l'expertise par la Syrie) qu'il leur est rigoureusement interdit de mentionner dans ce rapport quelque responsabilité de qui que ce soit dans cette affaire. De qui se moque-t-on?

Notes 9 et 10. In cauda venenum ! "Pour les Etats-Unis, cependant, pas question d’attendre impérativement la publication du rapport pour frapper Damas", [.9.] [...] Mais le chef de la diplomatie américaine a « également dit clairement que les Etats-Unis n’avaient pas décidé d’attendre » ce rapport pour éventuellement agir,[ 10] a précisé ce diplomate. Il faudrait tout de même savoir car dans de telles affaires, on ne peut dire tout et son contraire. Que faut-il comprendre : "Il n'est pas question d'attendre' ou "il n'est pas question de ne pas attendre ?

Obama me fait penser à ce personnage marseillais qui, aux prises avec un malabar à qu'il a un peu imprudemment proposé de "sortir", s'attarde sur le seuil en demandant à la cantonade : "Alors, on ne retient plus ici ?".

samedi 7 septembre 2013

G 20 : le Bonhomme Sounga de l'Élysée.

Le titre de ce billet est étrange, je le reconnais, mais j'avais, dès le départ, la ferme intention de le précéder d'une explication, car il m'a été inspiré par la vision, en direct s'il vous plait, de la conférence de presse du président François Hollande après le sommet du G20 à Saint-Pétersbourg.

Je dois dire, à ma décharge, que je n'ai pas fait exprès de me mettre devant cette émission ; je n'y suis arrivé que hasard, alors que j'espérais voir l'un des quarts de finale de l'Open de tennis américain. Faute de grives….

Cette conférence de presse où les journalistes semblaient être, pour l'essentiel, des Français, m'a confirmé dans deux opinions auxquelles je me tiens avec beaucoup de constance :

La première est que les journalistes français de l'audiovisuel sont d'une complaisance qui confine le plus souvent à la servilité. Je résumerai volontiers cela dans une formule que j'ai dû utiliser déjà quelque part : ils ne sont même pas aux ordres ... puisqu'il n'y a pas besoin de leur en donner et qu'ils les préviennent toujours et partout. J'illustrerai dans la suite ce propos par un exemple, à l'occasion même de cette conférence de presse.

La seconde opinion est que notre président François Hollande est un homme à qui il n'est pas facile de faire exprimer une opinion quelque peu tranchée. Je ne crois pas être très original en ayant fait ce constat, mais je pense que trente années de parti socialiste et la réputation qu'il s'est acquise dans les congrès par son talent reconnu pour les synthèses confirment ce trait de son caractère.

Lors de cette conférence de presse que j'ai prise en route, au moment où il parlait de l'intervention éventuelle en Syrie, il m'a fait irrésistiblement penser un personnage de la tradition populaire de l'île Maurice, que l'on nomme là-bas, en créole, le "Bonhomme Sounga". Ce "Bonhomme Sounga", est, au fond, notre "marchand de sable" .Lorsqu'on essaye d'endormir un enfant le soir et qu'il fait quelques difficultés à s'endormir, on lui annonce la venue du "Bonhomme Sounga". Au moment où il a enfin trouvé le sommeil, en fermant précautionneusement la porte de sa chambre, on annonce à la cantonade : "Bonhomme Sounga ine passé"  ; c'est-à-dire, en français, le "Bonhomme Sounga est passé", il ou elle dort !

Comme il fallait bien que j'explique ce nom assurément inconnu de tous les lecteurs peu familiers de la tradition de l'île Maurice, j'ai eu la prudence de vérifier dans Google et j'ai été ahuri d'y trouver au moins deux textes faisant référence au "Bonhomme Sounga" qui d'ailleurs donnent, l'un et l'autre, une version différente de ce que j'en sais moi-même et que j'ai souvent eu l'occasion de vérifier auprès de locuteurs mauriciens. Le "Bonhomme Sounga" apparaît dans deux livres comme un personnage menaçant alors que la nuance de menace est, en général, très discrète. L'un des textes est extrait d'un ouvrage paru sous le titre Made in Mauritius ; il est d'Amal Semtohul et j'ai eu la stupeur de constater qu'il avait été publié dans la collection "Continents noirs de la NRF chez Gallimard" (ce qui est pour le moins étrange, s'agissant de l'Ile Maurice !) et dans lequel le bonhomme Sounga n'a pas du tout la figure que je lui connais dans ce que je sais de la tradition mauricienne que j'évoque. Dans une autre référence, moins illustre, le "Bonhomme Sounga" a aussi un aspect beaucoup plus effrayant et là, curieusement, on fait venir le nom de Sounga du wolof (ce qui est une manie un peu fâcheuse dans l'étymologie mauricienne), tout en le mentionnant parmi les figures de la fête du Goon, ce qui est un peu contradictoire avec l'origine sénégalaise, puisque cette tradition est évidemment d'origine indienne. Passons sur ces détails car je me garderai d'ouvrir une controverse ici sur pareil sujet.

La puissance dormitive du "Bonhomme Sounga" de l'Élysée est assurément bien supérieure à celle de notre "marchand de sable" voire du "Bonhomme Sounga" des petits Mauriciens. Je vous résume en quelques lignes un bon quart d'heure d'argumentation de François Hollande ; il a démontré l'impérieuse nécessité d'attendre le rapport des experts de l'ONU, dont il ne doute pas un instant qu'il corrobore les conclusions des services d'information français, tout précisant au passage mais vraiment au passage (car apparemment personne n'a entendu la chose sauf moi) que le but de cette enquête, non seulement n'est pas de déterminer qui avait envoyé ce gaz sarin, mais surtout qu'on n'en parlerait pas de cette responsabilité, puisqu'il est interdit aux experts envoyés sur place d'avancer quelque hypothèse que ce soit sur ce sujet.

Je le savais personnellement depuis le début de l'affaire, mais je n'ai pratiquement jamais entendu les journalistes (et Dieu sait qu'ils ont parlé et écrit sur le sujet) faire mention de cette interdiction dont je vous livre ci-dessous le texte estrait de la "lettre de mission".
"Le mandat des inspecteurs est d'évaluer s'il y a eu utilisation d'armes chimiques ou non, mais pas de déterminer qui en est responsable."

Bien entendu la Syrie d'Assad n'a donné son accord à l'ONU pour la visite des experts, qu'après que cette condition, qui vide la mission de tout contenu et de toute portée, ait été acceptée.

J'entendais ce matin encore au journal de 9 heures sur France Culture (et non une de nos radios-bignoles) dire que l'intervention militaire n'aurait lieu que si la mission de l'ONU faisait enfin apparaître que l'envoi des gaz a bien été fait par Bachar el Assad. Quelle réponse peut-on attendre à une question qu'il est FORMELLEMENT interdit de poser ?

À moins qu'ils n'aient tous et toutes été totalement endormis, voire anesthésiés par le discours du président François Sounga, comment aucun journaliste (à chaque main levée j'attendais la question évidente) n'a songé un instant à lui poser cette question, auquel il aurait été fort embarrassé de répondre autrement que par la vérité, qu'il avait lui-même évoqué d'un mot, démontrant par là même qu'il ne s'agissait là que d'un artifice pour différer indéfiniment la réponse à la seule question essentielle qui, comme dans l'affaire Dreyfus, « ne devait pas être posée » !

vendredi 6 septembre 2013

De Damas et Carthage : de la Syrie à l'antisémitisme


Hier matin, 5 octobre 2013, sur Europe, vers 8 heures 40, j'écoutais d'une oreille distraite la prétendue revue de presse de Natacha Polony où, celle-ci; dans un souci légitime et méritoire, se préoccupe de raconter un peu autre chose que ce qu'on a déjà entendu dix fois dans la journée dans tous les médias audivisuels, dont la chaîne de radio-bignole où elle officie.

Bien entendu, il était question de la Syrie et Natacha Polony, qui se voulut autrefois professeur de lettres (elle passa l'agrégation de lettres modernes avant de démissionner de ses fonctions - au terme du délai de rigueur j'espère - pour adopter une profession plus agréable à ses yeux), y a fait un discours que j'ai jugé assez confus (j'ai pris le train en marche) sur les Romains, qui avaient fabriqué leur verbe "punio" (= punir) à partir du nom de leurs ennemis jurés, les Carthaginois, dont la tradition romaine dénonçait la "fides punica", la (mauvaise) foi punique alors que la "fides romana" n'était sans doute pas bien meilleure.

Ce désir d'élever le niveau culturel des auditeurs d'Europe est parfaitement légitime, encore que la tâche soit rude, et il semble une des préoccupations majeures de Natacha Polony. Quoique ses prestations soient sans doute parmi les meilleurs de notre paysage audiovisuel et si ignorants que soient ses auditeurs, elle aurait du s'informer un peu davantage et surtout mieux car, sauf erreur de ma part, le latin figure toujours au programme de l'agrégation de lettres modernes, si c'est souvent sous la forme d'une simple épreuve d'initiation.

L' étymologie proposée par Natacha est jolie mais elle est malheureusement totalement fausse ; elle aurait pu toutefois la rendre plus vraisemblable si elle avait rattaché le verbe latin "punire" pour son étymon à "poena" (= la peine, le châtiment) plutôt que d'aller chercher du côté de l'adjectif "punique" car le nom latin ancien des Carthaginois est "Poeni" (= Carthaginois/Phéniciens), ces populations étant réputées à l'origine être des émigrants venus auparavant, selon Hérodote, de la mer Rouge.

Les deux termes "poena" et "Poeni", en dépit des apparences, n'ont aucun rapport, sauf peut-être si l'on remonte très au-delà de la limite de mes propres connaissances. "Poena" (=le châtiment) vient du grec "poinè" ( je ne sais pas comment on accède à l'alphabet grec!) qui a le même sens et qui désigne le "prix du sang" alors que "Poenus" vient du grec "phoinix", les Carthaginois passant pour être à l'origine, comme on l'a vu, des Phéniciens.

Cela m'amène donc à une justification de mon titre de "Damas à Carthage" qui est, bien entendu, un double anachronisme, puisque, évidemment, aux époques reculées qu'on évoque ici ces deux villes n'existaient pas encore. Sur le rivage oriental de la Méditerranée, la Syrie était toute proche de la Phénicie (en gros le Liban actuel) et des émigrants de cette région sont venus s'installer au Maghreb me fournissant aimablement, du même coup, le titre de ce billet.

Dès lors la "fides punica" que dénonçaient les Romains n'est peut-être que la mauvaise foi des Phéniciens dont doivent être issue une partie des Syriens actuels. Cela m'amène à une dernière réflexion que je me fais souvent et parfois avec un certain amusement quand j'entends parler, en particulier du côté du monde arabe, des Palestiniens et des Maghrébins, de "l'antisémitisme"dont la cible exclusive seraient les Juifs. On oublie ou plutôt on ignore toujours que l'arabe comme l'hébreu sont des langues sémitiques et les Palestiniens, comme les Juifs sont eux-mêmes des Sémites.

Comme, dans le cas des prétendues étymologies latines de Madame Polony, il serait bon, de temps en temps, de remettre les pendules à l'heure et de dire ce qu'on cache ou qu'on ignore (comme pour Jacques Vergès dans la série de ma dizaine de précédents billets dans ce même blog!).

 

mercredi 28 août 2013

De l'importance des prépositions dans la géopolitique

Je ne vais pas me livrer ici à deux de mes topos favoris : l'initiative que prennent les mots d'une part et; d'autre part, la méconnaissance de plus en plus grande de la langue française, en particulier chez ceux qui devraient en être les premiers propagateurs dans notre société ... les journalistes.

Prenons l'exemple de la Syrie.

Le président Obama, rejoint hier sur ce point en hâte par notre président qui, n'ayant pas été consulté par le président américain (à la différence du Premier Ministre anglais et de Poutine), a tout de même voulu, normalement, joindre sa voix au concert des nations. On vient, en effet, de nous annoncer que la majorité des puissances du monde (sans qu'on sache bien de quoi il s'agit car on évite évidemment la consultation du conseil de sécurité de l'ONU où le veto de la Russie est inévitable, mais ce qui ne constitue pas une atteinte aux lois internationales puisque, comme l'expliquait un savant exégète de la géopolitique; nous ne passons pas outre à l'avis de l'ONU, puisque cette organisation n'a pas été consultée. Bel exemple de sophistique juridique).

Revenons à la menace contre la Syrie. Nous serions, nous dit-on, prêts à la guerre contre la Syrie. Le problème est de savoir si, quoique "prêts à la guerre" contre la Syrie, nous sommes "prêts de la guerre" contre la Syrie ?

Mon logiciel de dictée, Dragon 12, bête comme un ordinateur, et qui ne suit guère mon propos, m'écrit, dans les deux cas, « prêts », sans distinguer, comme beaucoup d'élèves et d'étudiants (sans parler des autres) "prêt à" et "près de". C'est la préposition qui suit qui fait toute la différence puisque, au point de vue phonétique et même sémantique, du moins chez les locuteurs qui ont une pratique normale du français, le fait que le "e" soit ouvert dans les deux cas ne permet pas de distinguer à l'oreille l'adjectif "prêt" de l'adverbe "près".

Toute la différence est dans la préposition, pourtant sémantiquement vide" : nous sommes "prêts à" faire la guerre, mais je pense que nous ne sommes pas "près de" la faire.

Peut-être est-ce d'ailleurs mieux ainsi, car, dans le Club de Mediapart, Elepistolero, en commentaire d'un excellent article de Vingtgras, notait en jouant, comme il aime à le faire, sur le proverbe latin sous forme d'un conseil « Para pacem » (= prépare la paix). Je lui ai suggéré, en commentaire de son commentaire, de compléter sa formule par son pendant naturel « Si vis bellum" (= si tu veux la guerre).

L'adage latin bien connu « Si vis pacem, para bellum » peut naturellement, en la circonstance que nous vivons, s'inverser en " Si vis bellum, para pacem" (= si tu veux la guerre, prépare la paix). Les nations qui se livrent actuellement à toutes ces rodomontades belliqueuses pour impressionner la Syrie, auraient eu, dans le passé, cent autres occasions de sévir contre des crimes contre l'humanité, dont en particulier ceux qu'a commis déjà le père de Bachar-el-Assad, sans parler du Cambodge, du Biafra, du Rwanda, du Tibet, du Kurdistan et de dizaines d'autres lieux dans le monde.

La sensibilité des grandes nations aux malheurs du monde ne serait-elle pas à géométrie variable et commandée par d'autres mobiles que la simple humanité ?

mardi 11 juin 2013

Impressions de Turquie

Comme souvent, je vais céder à ma fâcheuse manie de parler de choses que je ne connais pas bien. Vous observerez toutefois que j'ai la prudence d'intituler ce post "impressions de Turquie" car ce sont véritablement des impressions que je vais livrer ici et qui, en outre, reposent non pas sur des observations récentes et prolongées, mais sur la comparaison de souvenirs que j'ai de la Turquie d'il y a dix ou quinze ans avec les images que nous en donnent quotidiennement les télévisions, suite aux événements qui s'y déroulent.

Je suis bien loin d'être un spécialiste de la Turquie, mais je m'y suis rendu, à la fois professionnellement et en touriste, à diverses reprises entre la fin des années 1990 et le début des années 2000. Je ne suis allé en fait qu'à Istanboul surtout et à Izmir (mais les télés ne nous montrent rien d'autre que ces villes) et naturellement j'ai fait, en la circonstance, toutes les promenades classiques sur le Bosphore et les visites des monuments que fréquentent tous les touristes. Néanmoins comme j'y ai séjourné quelques jours chaque fois, sans contraintes particulières, j'ai eu l'occasion de me promener pas mal dans les rues de ces villes (surtout à Istanboul).

Je ne puis qu'être frappé et interrogé à la fois en comparant les souvenirs que j'en ai gardés (assez forts car c'était pour moi une expérience nouvelle et intéressante) avec les images actuelles qu'on nous en présente et qui sont fort éloignées de mes propres souvenirs.

Je ne suis pas assez naïf pour penser que les quelques séjours que j'ai pu lui faire là-bas m'ont permis de connaître la Turquie, mais, néanmoins, je ne vois pas pourquoi je mettrais en doute des souvenirs précis que j'en ai, d'autant que les événements qui se sont déroulés depuis une douzaine d'années me paraissent confirmer et, pour partie, expliquer, l'impression que me donne la comparaison de mes souvenirs avec les images actuelles.

Je pense ici surtout à Istanboul mais les impressions que j'ai eues à Izmir vont tout à fait dans le même sens. Je ne fais ici en rien référence aux visites des monuments ou des bazars, largement peuplés de touristes, mais surtout à mes déambulations dans les rues où je vois encore la foule animée qu'on y rencontrait, avec des femmes dont beaucoup étaient blondes (naturellement par des décolorations) et portaient des tenues tout à fait comparables à celles qu'on trouvait alors dans nos villes de France avec des minijupes et des hauts décolletés et colorés. Toute cette foule était bigarrée et apparemment joyeuse ; la Turquie donnait l'impression d'un pays moderne, qui était engagé, très fortement et très résolument, dans l'occidentalisation comme dans le développement économique.

C'est pourquoi, tout en ayant suivi les événements qui se sont déroulés depuis une douzaine d'années sous le gouvernement Erdogan, j'ai été extrêmement étonné, (c'est même là l'origine précise de ce post) lorsque depuis quelques mois, on a commencé à nous donner, de plus en plus fréquemment, des vues de la rue turque, prises essentiellement à Istanboul.

Aux images en technicolor que j'avais conservées dans mes souvenirs (je m'étais pas mal déplacé à pied dans le centre-ville puisque je logeais près de Taksim) s'étaient substituées maintenant des images, essentiellement en noir et blanc, de foules urbaines où l'on voyait plus aucune de ces femmes blondes autrefois si nombreuses ; en revanche, beaucoup de foulards et de voiles islamiques naguère rares ; la population me paraissait aussi infiniment moins joyeuse que dans mes souvenirs, même lorsqu'il s'agissait pourtant de foules, jeunes et contestataires, comme celles qui occupaient Taksim ces jours derniers.

Cette évolution de la Turquie a sans doute fortement tenu aux choix politiques et idéologiques du gouvernement Erdogan mais aussi, me semble-t-il, aux comportements de l'Union Européenne face au souhait de l'État turc, maintes fois exprimé, d'entrer dans cette communauté. Il y a une douzaine d'années, une majorité de Turcs était extrêmement favorable à l'entrée de leur pays dans la Communauté européenne et croyait en cette possibilité. Ce sont les réticences, voire les refus, de moins en moins voilés, de nombreux pays d'Europe qui ont peu à peu ruiné ces espoirs au sein de la population turque. Cette déception a sans doute facilité largement l'évolution du gouvernement national qui s'est détourné d'une certaine façon de l'Europe en direction du Moyen-Orient, après avoir compris que ses chances d'y entrer étaient des plus minces, car même s'il satisfaisait aux exigences prétendument démocratiques de l'UE, on ne manquerait pas de trouver d'autres motifs pour s'opposer à son entrée dans cette communauté.

Tout cela est naturellement trivial mais ce qui me paraît le plus curieux dans toute cette affaire, c'est que (mais peut-être suis-je mal informé ?) le gouvernement turc, au lieu de chercher à se faire une place dans une zone instable et dangereuse, comme le montrent les événements actuels, n'ait pas choisi de se rapprocher davantage des Républiques musulmanes de l'ancienne Union soviétique. Non seulement en effet, ce sont là des pays économiquement fort intéressants par leurs grandes richesses naturelles, mais, ce que l'on sait moins, (ce qui évite de l'oublier), leurs langues et leurs cultures sont apparentées à celles de la Turquie ! Tout cela ne serait-il pas à prendre en compte, d'autant que de telles relations ne seraient pas pour déplaire à l'indéfectible allié américain qui ne saurait se fâcher de petites misères faites à Poutine ?

vendredi 26 avril 2013

Qatar "bifrons" (1)


J'aime bien le titre du livre de Nicolas Beau et Jacques-Marie Bourget qui vient de paraître chez Fayard : Le vilain petit Qatar. Il est assurément bien trouvé, mais je lui préfère néanmoins celui que j'ai donné à ce post, même s'il est un peu pédant. L'épithète "bifrons" était celle que les Romains donnaient au dieu Janus qui, vous vous en souvenez peut-être, avait deux visages. Je crois assurément que si le Qatar est incontestablement petit, peut-être vilain, il est en tout cas, assurément, "bifrons" et en joue de façon systématique et, il faut bien le dire, assez réussie, pour l'instant du moins.

On l'a dit et écrit cent fois déjà, le Qatar est grand comme la Corse et il a, en gros, la population ; aux alentours de 200 000 habitants pour ne prendre en compte que ceux qui sont d'authentiques nationaux, les deux millions n'étant atteints que par l'adjonction 1.600.000 émigrés dont la grande majorité, les plus humbles, sont dans une condition qui est proche de celle de l'esclavage. En revanche ses richesses pétrolières et surtout gazières lui garantissent, selon les experts, le maintien de la manne financière dont il bénéficie pour cent soixante dix ans ! Le Qatar n'est dépassé, dans le classement des pays les plus riches, que par le Luxembourg qui assurément n'a pas de gaz, mais beaucoup de sociétés fort occupée à l''évasion et à la fraude fiscales.

Cela dit l'un et l'autre de ces leaders de la richesse mondiale pourraient être menacés dans leurs œuvres vives financières. Le Luxembourg par une réforme enfin sérieuse de la finance internationale qui assurément prendra beaucoup de temps et ne parviendra pas nécessairement son terme. Le Qatar par le fait que le fabuleux trésor gazier de North Dôme qu'il partage avec l'Iran, en dépit de son immensité et de sa richesse, est une ressource, sinon fragile du moins menacée, en raison de la folie belliqueuse de l'autre co-exploitant, l'Iran. En effet, si les événements liés aux ambitions nucléaires de l'Iran entraînaient des réactions violentes des États-Unis, probablement via Israël, les menaces sur le Golfe Persique et une éventuelle fermeture du détroit d'Ormuz pourraient, du jour au lendemain, interrompre les activités et les exportations gazières dans cette région, suspendant par là même la manne financière dont bénéficie le Qatar.

Contre toute attente, le Qatar a donc deux ennemis, bien différents, avec lesquels il vit pourtant en relativement bonne intelligence surtout le premier : l'Iran et l'Arabie Saoudite. Il est clair que la présence de ce puissant voisin qu'est l'Arabie saoudite est la menace la plus réelle. Une bonne partie de la politique du Qatar vise d'abord à s'assurer contre tout risque de ce côté-là. C'est probablement ce qui a conduit le Qatar accueillir deux bases américaines sur son territoire et même, semble-t-il, à assumer une bonne partie du coût de leur fonctionnement.

Il y a également une autre menace plus lointaine et d'un tout autre ordre. Elle tient à l'exploitation de nouvelles ressources pétrolières ou gazières ; on pourrait même dire que le principal ennemi, sur le plan économique, est pour le Qatar le gaz de schiste qui a déjà rendu les Américains quasi autarciques en matière d'énergie et dont l'exploitation ne peut qu'aller croissant malgré les cris des écologistes. Par ailleurs l'Australie va développer considérablement, dans les années à venir, ses infrastructures en matière de production gazière et concurrencer de plus en plus le Qatar en Asie. Dès lors, le principal client du Qatar pour son gaz ne peut être que l'Europe et il ne peut l'y acheminer facilement, comme il pourrait le faire, si l'Arabie Saoudite lui permettait d'établir des gazoducs sur son territoire, ce que refuse bien évidemment ce grand méchant voisin au gentil petit Qatar!

Il faut bien tout de même que j'en vienne à justifier cette insolite épithète latine dont j'ai affublé ce pauvre Qatar. On peut dire que les relations que le Qatar entretient avec les États-Unis illustrent parfaitement le double jeu du Qatar. En effet des relations bilatérales, comme on dit chez les diplomates, sont bonnes en apparence et les deux Etats ont même un pacte de défense. Pourtant, en même temps, le Qatar soutient, un peu partout, les Frères musulmans, ce qui est un peu étonnant vu la guerre que les États-Unis font au terrorisme. Ce double jeu est apparu nettement, comme j'ai eu l'occasion de le préciser dans l'un de mes posts intitulés "Honni soit qui Mali pense", à travers l'aide que le Qatar, sous couvert d'action humanitaire, a apporté aux djihadistes du Nord-Mali pourtant baptisés terroristes par la France et les USA.

Les choses sont toutefois rendues très compliquées par le fait que, non seulement le Qatar soutient des mouvements islamistes réputés terroristes, mais, en même temps, garde, ici ou là, des objectifs nationaux spécifiques qui l'ont conduit, par exemple, en Libye, à apporter son aide à la France et à la Grande-Bretagne dans la lutte contre le colonel Kadhafi. Il en est de même en Syrie où le Qatar soutient et arme les mouvements contre Assad, alors que naturellement l'Arabie Saoudite favorise le régime en place. La chose tient, dans le premier cas, à ce que le Qatar avait fait des investissements importants et entendait les protéger et même les faire fructifier, quelle que soit l'issue du conflit. Il n'a donc pas mis tous ses oeufs dans le même panierr, comme souvent ("bifrons"). En Syrie, les choses se présentent un peu différemment, même si le Qatar souhaite le départ d'Assad  dans l'espoir d'installer là-bas aussi les Frères musulmans.

Le double jeu qatari est illustré parfaitement aussi dans leur comportement à l'égard du football. Il est bien évident que ce sport n'est en rien enraciné dans la culture du Qatar; il y a là, sous couvert d'intérêt sportif, des ambitions à la fois financières et géopolitiques comme toujours avec le Qatar. L'affaire s'est jouée en particulier à travers les "influences" individuelles sur des personnages que ne tourmentent pas exagérément la déontologie et la question des conflits d'intérêts. C'est ainsi que, après Zidane, Michel Platini, membre du comité exécutif de la FIFA, qui a soutenu l'étrange projet du Qatar pour l'organisation de la Coupe du monde 2022, a vu son fils nommé conseiller juridique de Qatar Sports Investment ....par le plus grand et les plus heureux des hasards. De la même façon, le gendre du roi d'Espagne, accusé dans son pays de détournement de fonds publics, vient de se voir offrir la proposition d'être le coach de l'équipe de handball du Qatar. Tout cela permet naturellement de favoriser des décisions qui pourraient être discutables ou incertaines, car les traditions sportives, tant pour le football que pour le handball, ne sont pas totalement ancrées dans la culture de cet émirat.

Le vrai sport auquel devrait s'intéresser le Qatar est plutôt le billard, car il y possède manifestement des dispositions pour jouer à la fois sur plusieurs bandes.

(A suivre)

mercredi 26 septembre 2012

Comment l'esprit vient aux hommes (et aux femmes !)


L'idée de ce post et de son titre m'est venue ce matin, entre café et jus d'orange, en écoutant Monsieur Bernard Accoyer, ancien président de notre Assemblée nationale.
Voilà l'un de ces innombrables cas où, du fait de circonstances extérieures, l'esprit vient aux hommes ! Ce brave Savoyard a découvert soudain, et désormais il s'en ouvre volontiers au bon peuple dans les médias, que nous avons trop de représentants du peuple et qu'en retirant une bonne centaine de députés de l'Assemblée nationale (nous en avons près de 600!) tout marcherait aussi bien (ou aussi mal) ; nous serions alors, à peu près dans les canons de représentation de toutes les autres démocraties du même genre et du même niveau (en fait, encore très largement au-dessus!).

« Voilà une chose qu'elle est bonne ! » comme aurait dit Coluche ou "Bon sang mais c'est bien sûr !" selon la formule conclusive d'une figure de notre télévision d'antan.

C'est trop bête! Il est vraiment dommage que Monsieur Accoyer n'ait pas eu cette révélation, si soudaine quoique si évidente, durant les cinq années qu'il a passées juché sur le confortable perchoir du Palais-Bourbon. Qui mieux que lui aurait été en mesure et en position de faire pareille proposition et d'être écouté ? Fatalitas ! Il a fallu la défaite de Nicolas Sarkozy et le triomphe de la gauche pour que, évincé par là- même de sa présidence, il connaisse ce chemin de Damas démocratique !

Je dois dire que ce travers est fort répandu chez tous les hommes et les femmes politiques de l'ancienne majorité. Les choses sont même pires encore, puisque c'est après dix ans passés au pouvoir qu'ils découvrent soudain le caractère catastrophique de la situation qu'ils ont laissée derrière eux et l'évidence éclatante des réformes qu'il aurait fallu faire, sans que l'idée leur en soit jamais venue, une décennie durant. Ce qui est le plus drôle dans tout cela est moins le fait lui-même, qui est assez banal somme toute, que la folle impudence avec laquelle ils exposent ces points de vue. Cette attitude montre clairement, aujourd'hui comme dans les années passées, qu'ils tiennent manifestement les Français pour des imbéciles, ce en quoi ils n'ont peut-être pas tout à fait tort.

J'ai entendu aussi les propos tenus à l'ONU par notre Président de la République lors de son premier discours devant cette auguste assemblée.

Manifestement, il avait gardé en mémoire le carton qu'avait fait autrefois, en ce même lieu, Monsieur de Villepin et il entendait bien lui aussi demeurer dans l'histoire de l'ONU. Il a fait tous ses efforts dans cette perspective, tant en réitérant les propositions françaises sur la Syrie (nous nous mordrons peut-être un jour les doigts de notre comportement dans cette affaire, comme nous sommes déjà amenés à le faire en Tunisie, en Libye en Égypte ou ailleurs) qu'en s'avançant, non sans quelque imprudence, sur les affaires maliennes. Je crois que, dans ce pays, on oublie un peu vite un invariant politique qui est la constante opposition traditionnelle (et même parfois armée) entre le Sud (en gros, bambara) et le Nord (en gros, tamasheq) ; cette situation fait de cet Etat une forme de paradoxe géopolitique que l'on retrouve dans de nombreux Etats africains ; la colonisation, découpant le continent comme une tarte, a souvent réuni des populations différentes voire ennemies avec la même constance qu'elle mettait à séparer des populations identiques.

Voir la CEDEAO en première ligne dans l'affaire malienne, la France faisant mine de lui emboiter le pas avec la bénédiction de l'ONU a quelque chose d'étrange quand on connaît la situation intérieure du Nigéria et de la Côte d'Ivoire qu'on trouve ici comme leaders ! Ces Etats prétendent régler par la force ce genre de problèmes au Mali quand ils se montrent incapables de mettre un terme, chez eux, à leurs dissensions internes, ce qui a quelque chose de pittoresque pour l'observateur extérieur. En tout état de cause, il sera toujours commode, pour finir, de s'en prendre à l'ancienne puissance colonisatrice puisque tout, de toute façon, est, au fond, de sa faute.

Toutefois d'autres propositions formulées dans ce discours par notre Président de la République ont quelque chose de plus étrange encore ; il s'agit en particulier de la régulation du commerce des armes, dont nous sommes, dans le monde, l'un des principaux acteurs ; peut-être, dans ce domaine comme dans d'autres, serions-nous bien inspirés de commencer par balayer devant notre porte.

Une autre proposition, amusante celle-ci, est le souhait formulé de voir l'un des grands pays émergents entrer dans le conseil de sécurité de l'ONU où la RFA ne figure d'ailleurs pas davantage. De la part du Président de la République française, une proposition, plus intéressante et surtout plus inattendue, aurait été de proposer que la France, désormais puissance moyenne (nous ne sommes plus en 1948, vous l'avez sans doute noté), se retirât de ce conseil pour y céder sa place au Brésil ou à l'Inde !

L'esprit vient parfois aux hommes ... mais point trop n'en faut!

mardi 14 août 2012

Méditation pileuse

Lorsque, il y a bien longtemps déjà, j'ai passé le concours général d'anglais (Dieu seul et mon professeur d'anglais de l'époque, qui n'avait désigné pour cette épreuve, savent pourquoi), nous nous sommes vus proposer, pour le traduire et le commenter, un texte dont je n'ai plus le moindre souvenir, mais dont j'ai retenu le titre, un peu insolite « Moral meditation about a spider » (fort heureusement je connaissais le sens de ce dernier terme !). Est-ce en souvenir de cette circonstance que j'ai intitulée mon blog du jour "Méditation pileuse" (mais j'aurais pu tout aussi bien l'intituler avec plus de précision " Méditation sur la barbe"), je ne saurais le dire?

En écoutant, je ne sais quand, je ne sais quelle émission à propos de la Syrie, au cours de laquelle étaient tenus des propos aussi pertinents qu'intéressants, non par l'un ou l'autre de nos journalistes si peu professionnels qu'ils font leurs missions de terrain depuis le Liban ou la Turquie (pas fous les bougres!), mais par un Syrien vivant en France, fort bien informé des choses de son pays, j'ai appris que lorsqu'on a affaire à des Musulmans, il faut porter la plus grande attention à leur système pileux facial.

Ce témoin a attiré l'attention sur le fait, essentiel à ses yeux, que bon nombre d'opposants au régime syrien actuel, partisan de ce que l'on entend encore nommer (mais pour combien de temps ?) la "révolution" syrienne et "combattants de la liberté" arboraient la barbe mais ne portaient pas la moustache. J'avoue que ce détail ne m'avait guère frappé, même si dans les Etats plus ou moins "laïques" (Irak, Turquie, Egypte), la moustache semblait plus en faveur que la barbe, du moins aux époques où j'y suis allé.

Selon ce témoin, la moustache est pourtant de la plus grande importance ; la disposition pileuse, qui la supprime en maintenant la barbe, signale en effet, selon lui, les salafistes. Dans le contexte syrien, ce détail est, à l'en croire (et je le crois volontiers pour ce qui concerne l'avenir de ce pays qu'annonce cette absence de moustache) de la plus haute importance car il montre que les salafistes sont en fait les animateurs (et les financiers, mais ça on le sait) du changement prétendument démocratique dans ce pays. Après la révolution du jasmin et les printemps arabes aurons-nous en Syrie l'automne ou l'hiver de la moustache?

Sans l'appliquer toujours, je défends le principe qu'il faut tenter d'apprendre au moins une chose par jour. J'avais donc, pour cette journée, rempli mon contrat, mais je suis néanmoins allé vérifier ce point. Il semble bien que cette assertion soit exacte, aussi bien sur le plan religieux que syrien. Toutefois j'ai découvert, à cette occasion, que la coexistence de la barbe et de la moustache est, dans la religion musulmane, un point doctrinal de la plus haute importance et l'objet de controverses exégétiques, ce que je ne soupçonnais pas.

Cette méditation pileuse m'a conduit, ce matin, à porter plus d'attention aux propos tenus sur Europe1 par Pierre Moscovici, centenaire en jours comme ministre. Je ne sais pas exactement où il en est présentement dans ses ornements pileux qui varient, mais j'avoue que j'aimais assez l'époque où il portait cette barbe de satyre qui lui convient si bien et lui permet de passer, sans mal, du rôle de Machiavel à celui de Savonarole (dans mon imagination du moins, car je n'ai pas vérifié les iconographies en cause). Comme cet "y" que Rabelais affectionnait dans le mot "dyable", car, disait-il, il donnait au terme un supplément de diablerie, la barbe ajoute un surcroît de ruse à notre Mosco, à défaut d'en accroître l'autorité, même si, à en croire, Arnolphe: "Du côté de la barbe est la toute-puissance ». Actuellement, elle serait plutôt du côté de Bercy, mais il faut reconnaître que, dans ces circonstances où, en dépit des prouesses rhétoriques et matinales du ministre, se cumulent l'accroissement du chômage et la baisse de notre taux de croissance, il aurait bien besoin de sa barbe, non pour se cacher derrière elle, mais pour pouvoir argumenter avec plus de pertinence et de force.

Merlin l'enchanteur portait-il la barbe ?

lundi 23 juillet 2012

Timeo Danaos et dona ferentes

Timeo Danaos et dona ferentes ("Je crains les Grecs même lorsqu'ils apportent des cadeaux"). Cette phrase ne fut certainement pas prononcée, du moins, sous cette forme, puisqu'elle est en latin, par les Troyens assiégés, au moment où les Grecs leur faisaient le fatal cadeau du Cheval de Troie qui allait causer leur perte !

Elle est toutefois vraie, aujourd'hui plus que jamais, lorsque l'on considère la situation des pays riverains du bassin méditerranéen, au sud et à l'est, au Maghreb comme au Machrek.

Tout le monde s'était déjà réjoui, naïvement ou sottement comme il vous plaira, de voir le Qatar apporter son soutien, plus moral que réel, aux forces de l'OTAN dans les attaques portées contre le régime de Kadhafi. Il en a été de même, dans la suite, même s'il était un peu inattendu (mais nul ne s'en étonnait) de voir les monarchies pétrolières du Golfe prétendre voler au secours des printemps arabes qui marquaient, aux yeux du monde, l'aspiration à la démocratie. On sait en effet que ces régimes ne sont pas des exemples très probants de démocratie effective!

Le meilleur exemple est sans doute le Qatar qui, non seulement a fait voler ses avions aux côtés des nôtres au-dessus du Libye, mais achète en France, à Paris surtout, tout ce qui passe à portée de sa vaste bourse, depuis les footballeurs jusqu'aux hôtels de luxe. C'est toujours ça de pris, se disent les Français, "nés malins" et qui ont inventé le vaudeville mais qui, comme d'habitude, ne voient pas beaucoup plus loin que le bout de leur nez qu'ils ont généralement court.

En effet et pour digresser un peu mais en apparence seulement, j'alerte  en vain depuis dix ans (je ne sais qui d'ailleurs car nul ne m'écoute) sur les risques que fait peser, en Afrique subsaharienne largement musulmane, l'intégrisme islamique à qui ses immenses moyens financiers permettent de tendre à éliminer l'islam africain traditionnel infiniment plus tolérant. Les événements actuels du Mali et la destruction des bâtiments érigés en l'honneur des "saints musulmans" le démontrent assez.

Après des textes sérieux des années 90, j'ai écrit autrefois un blog sur le sujet où je disais que nous avions que trois cartes à jouer dans cette région du monde où la situation était loin d'être, à ce moment, ce qu'elle est aujourd'hui.

Ce sont en premier lieu l'islam africain dont nous devrions, en premier lieu et d'urgence, aider les medersas traditionnelles qui sont bien incapables de rivaliser avec les écoles coraniques financées par les émirats et qui offrent, entre autres, des bourses où l'on forme les élites locales qui serviront à la propagation du wahhabisme.

En deuxième lieu, les femmes car les femmes africaines, qui sont l'élément actif et productif de la population et le pivot social majeur, ne sont pas disposées à se laisser faire ; elles offriront à n'en pas douter une résistance importante, même si leur éducation reste à la traîne en dépit des rodomontades.

En troisième (the last but not the least) de la bière, qui est, assurément, le plus réussi de tous les transferts de technologie du Nord. La Flag contre le Coran, la lutte sera rude!

Mais revenons au sujet et aux printemps africains comme aux démocraties dont ils sont censés illustrer l'appétit. Il n'y a que nos hommes politiques pour être assez naïfs pour croire à la pureté des intentions, quand ils voient des régimes politiques du Golfe dont la pratique interne de démocratie est bien connue, prétendre voler au secours des aspirations arabes à la démocratie.

Le cas de la Syrie illustre cette situation à nouveau ; sans que je prétende un instant défendre en quoi que ce soit Bachar al-Assad, je ne suis pas sûr que nos intérêts réels effectifs soient de le voir tomber, pour céder la place à un régime islamique tapi au fond du Cheval de Damas dont Troie n'est pas si loin. Je pense que les Turcs, bon nombre de Libanais sans parler des Israëliens partagent cet avis, même si on ne les entend guère pour le moment.

C'est là que s'explique le titre même de ce blog. Je crains les émirs même (ou surtout) lorsqu'ils apportent des cadeaux à la démocratie. Mieux vaut qu'ils nous offrent des Zlatan ; c'est plus spectaculaire (enfin on espère...) et, en tout cas, moins dangereux.

Bref et en d'autres termes, si je vois un émir vanter les charmes de la démocratie, je sors mon Coran !