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jeudi 25 juillet 2013

Bourbon Comedy Club : vers une fin grotesque ou le triomphe de Jean-Marc Ayrault ?

La plupart des séances d'audition du Bourbon Comedy Club, parfois nommé Commission Cahuzac, étaient réjouissantes par le ridicule des situations et des propos. On s'achemine sans doute vers un épilogue simplement grotesque, tout finissant en queue de poisson et le vainqueur étant sans doute Cahuzac lui même, fort des dossiers photocopiés à Bercy !

Pourtant, lors de la dernière audition de Jérôme Cahuzac et compte tenu de ses propres contradictions et de celles présentait sa version de la "réunion du 16 janvier 2013 avec celle qu'avait exposée Pierre Moscovici, on s'acheminait vers une ultime audition qui, en confrontant l'un et l'autre, ferait sans doute apparaître la vérité. La version amnésique de  Jérôme Cahuzac était d'autant plus insoutenable, ne serait-ce qu'au plan psychologique, qu'il avait dû reconnaître sa visite, aussi insolite qu'inopportune, à Bruno Bézard, à Bercy. Il y avait donc toute chance que la confrontation avec Moscovici, en mettant en évidence les mensonges de Cahuzac (devant la commission, donc sous serment) ouvre un nouveau volet dans cette affaire pour faux témoignage.
Plusieurs intervenants avaient d'ailleurs suggéré la nécessité de cette confrontation et le nul ne semblait s'y opposer. Le rapporteur, le PS  André Claeys avait laissé entendre qu'il ferait des "propositions" (et probablement dans ce sens croyait-on comprendre) pour faire apparaître la vérité. Sauf oubli ou omission de ma part, il n'a pas été question de faire venir Jean-Marc Ayrault devant la commission, ce qui simplifiait beaucoup les choses, puisque Pierre Moscovici avait déjà été entendu par elle.

Par ailleurs, son témoignage était inutile puisque Jean-Marc Ayrault avait déjà fait savoir publiquement que Pierre Moscovici disait la vérité à propos de cette réunion informelle qui s'était tenue le 16 janvier en marge du conseil des ministres.

On s'attendait donc à une solution de ce type. Coup de théâtre le lendemain, lors de la nouvelle réunion de la commission sur ces questions, avec seulement 18 membres présents sur les 40 qu'elle comporte (courageux mais pas téméraires !). La commission par dix voix (socialistes sans doute) contre huit ( UMP ?) refuse l'audition de Jean-Marc Ayrault, dont il n'avait absolument pas été question dans la seconde audition de Jérôme Cahuzac.

Il était évident, depuis le début, que la plupart des membres UMP cherchaient, assez stupidement d'ailleurs, à attirer l'affaire sur le terrain politique général et que, au fond, la question de Jérôme Cahuzac, assez claire, était à leurs yeux très secondaire ; la seule chose qui avait pu préoccuper les moins sots d'entre eux étant la morgue irritante de l'ancien ministre.

Christian Jacob, président du groupe UMP à l'assemblée, en tire la conclusion que si le Premier Ministre ne vient pas devant la Commission « ça veut dire qu'il a quelque chose à cacher et on est sans doute encore sur un autre scandale derrière cette affaire Cahuzac". Cette réflexion est évidemment stupide mais la question n'est pas là.

On est simplement en présence de l'habituelle sottise de beaucoup de nos hommes politiques. Je vais donc les éclairer et  leur donner quelques conseils, gratuits comme toujours, quoique, depuis l'audition de Monsieur Stéphane Fouks et de la révélation plus ancienne de quelques salaires de conseillers dans d'autres circonstances, on sache que le tarif mensuel du conseilleur politique est au minimum de 12.000 € par mois. Je ferai donc faire de considérables économies (je ne sais pas trop à qui d'ailleurs) en leur faisant quelques suggestions de bien meilleur aloi que leurs pitoyables "éléments de langage" (expression d'ailleurs incorrecte et dépourvue de sens !).

Rien pour Monsieur Jacob qui ferait mieux de retourner à ses labours. Je crois que l'attitude des socialistes comme celle de l'UMP est stupide et ne fait que le jeu des extrêmes c'est-à-dire de Mélenchon et de Marine Le Pen comme d'habitude. Laissons donc ce truisme.

Pour l'affaire Cahuzac; il n'avait jamais été question de faire venir Jean-Marc Ayrault mais Pierre Moscovici ; il fallait s'en tenir là, ce qui était la seule solution à la fois rationnelle, efficace et surtout définitive.

Vu la panique de Claeys en fin de séance, je suppose que les membres du PS (le courageux Désir en tête) ont sauté sur la sotte proposition UMP de convoquer Jean-Marc Ayrault (rien de pire que les imbéciles qui se croient géniaux) pour ne pas reconvoquer Moscovici et se donner la possibilité de refuser la venue d'Ayrault.
S'il se montre un peu astucieux en la circonstance, le seul bénéficiaire de toutes ces sottises comme du retrait de la commission des parlementaires UMP devrait être Jean-Marc Ayrault lui-même, s'il se montre assez habile.

Il doit, de sa propre initiative et à frans son de trompes, DEMANDER à être entendu par la Commission. Résultat des courses ?

Les membres UMP seront bien obligés d'y revenir, penauds, la queue comme l'oreille basses.

Le témoignage de Moscovici, qui prouve le mensonge de Jérôme Cahuzac (sous serment devant la commission) devient inutile car il sera avéré par un nouveau témoignage ; le parjure pourra alors être traduit en justice pour ses mensonges.

Enfin et c'est le plus intéressant pour lui, Jean-Marc Ayrault, qu'on présente toujours comme un mollasson, sans énergie ni idée, apparaîtra soudain comme le grand triomphateur dans cette affaire par son courage, sa volonté d'en finir et de faire se manifester enfin la vérité.

Bravo Jean-Marc Ayrault et qu'est-ce qu'on dit au Monsieur ?

mercredi 24 juillet 2013

Bourbon Comedy Club : "Il ne faut jurer de rien"

Hier, mardi 23 juillet 2013 à 17h30, au Palais Bourbon, représentation, spéciale et unique, de la comédie Il ne faut jurer de rien, avec dans le rôle principal, Jérôme Cahuzac, égal à lui-même dans la capillarité, la morgue et l'arrogance, mais qui, dans sa composition,  a désormais remplacé le refus pur et simple de toute réponse, devenu dangereux, par l'amnésie.

Certes il n'a pas réussi à faire sortir de ses gonds l'impavide président Charles de Courson dont l'infinie patience, le calme et la sérénité sont impressionnants, mais tout de même, en revanche, il est parvenu à mettre en colère deux parlementaires (de l'opposition il est vrai) Messieurs Fenech et Houillon qui lui ont carrément dit son fait, le second refusant même de lui poser des questions pour ne pas lui permettre de poursuivre le jeu d'obstruction qu'il mène depuis le début.

Il faut bien que je l'avoue désormais, je ne suis qu'un modeste avatar de Jérôme Cahuzac ; j'avais donc prévu sans peine, de façon précise, dans un précédent blog sur le sujet, la défense qui serait la sienne lors de cette seconde audition (cette "seconde" séance devenant désormais "deuxième" puisqu'on semble en prévoir une troisième !). Je me borne donc ici à rappeler ce que j'avais prévu, sans grand mérite je vous l'accorde :

"La question actuelle est de savoir si Cahuzac a été mis au courant de la procédure d'enquête lancée à son endroit début janvier 2013. Or, la déclaration de Moscovici a été sur ce point sans ambiguïté ; Cahuzac était, avec Moscovici lui-même, le Président de la République et le Premier Ministre le 16 janvier 2013 à la sortie du conseil des ministres et il a été informé, à ce moment-là, de la procédure engagée auprès de la Suisse, alors qu'il a prétendu, devant la commission, ne jamais avoir été mis au courant.
Comme cette information lui a été donnée à la sortie du conseil des ministres, on peut aisément deviner qu'il plaidera l'omission par malentendu et prétendra qu'il ne s'agissait pas d'une réunion mais simplement d'une conversation entre deux portes, après le conseil des ministres. Je veux bien confirmer par écrit cette hypothèse ; il est donc un peu inutile de réentendre à nouveau Jérôme Cahuzac sur ce point puisque je fournis ici l'explication qu'il avancera.
Si, au contraire on poursuit la procédure, ne faudra-t-il pas alors convoquer à nouveau devant la commission le ministre Moscovici, pour qu'il précise exactement le lieu et les conditions dans lesquelles cette information a été communiquée à Jérôme Cahuzac et ainsi de suite.
Tout cela coûte, Monsieur de Courson, contentez-vous de ma lettre et de mon hypothèse."

Tout était déjà dit dans ce billet ! L'amnésie prévisible de Jérôme Cahuzac a fait tourner l'audition à la séance de dictionnaire de l'Académie française. On y a beaucoup discuté sur la définition des termes.

Le sens exact et précis du verbe "organiser" par exemple, à propos de la rencontre entre avec le journaliste de Mediapart. Était-elle "organisée" par Stéphane Fouks comme ce dernier le prétend dans l'un de ses écrits ou par Cahuzac puisque c'est lui qui a fixé l'heure et le lieu, à défaut du programme et des intervenants?

Qu'est-ce exactement qu'une "réunion" ? Est-ce le rassemblement de quatre ou cinq personnes, seules dans une pièce et en toute discrétion, pour informer l'une d'entre elles de l'évolution d'une situation grave? Sans que la chose ait été clairement dite par Jérôme Cahuzac, une "réunion", à ses yeux, doit toujours comporter une convocation en bonne et due forme, avec le jour, l'heure et le lieu ainsi qu'un ordre du jour. Faute de quoi il oublie tout, même si l'information, de la plus haute importance, lui est donnée par le Président de la République en personne! Lui qui faisait sans notes des discours si arides de technicité ! Drôle de chose que la mémoire !

Je pense que cette intéressante discussion terminologico-dictionnairique aura lieu, à nouveau, lors de l'audition où seront confrontés Jérôme Cahuzac et Pierre Moscovici. J'espère qu'on leur laissera le temps de fourbir leurs arguments linguistiques sur la question.

Il ne faut jurer de rien. Le titre de cette pièce est aussi, si je me souviens bien, la dernière réplique qu'elle comporte et on pourra sans problème la rejouer lors de la dernière audition de la Commission Cahuzac car c'est évidemment la leçon qu'il faudra en tirer, même si les faux serments qui ont fleuri ne sont pas suivis des sanctions pénales qui s'y attachent.

De façon amusante, le cours des choses a fait que Jérôme Cahuzac a dû renoncer à la stratégie qu'il avait arrêtée et dont il a finalement utilisé que le début et la fin, sans plus de succès d'ailleurs dans un cas que dans l'autre.

Il est clair que la question centrale était celle de la "réunion / rencontre" du 16 janvier 2013  entre les principaux protagonistes de l'affaire, le Président de la République, le Premier Ministre, le ministre des finances Pierre Moscovici et Jérôme Cahuzac; Dans son audition du 23 juillet, ce dernier a cru habile de jouer sur la différence entre deux versions de la rencontre de ces quatre personnages, celle du livre de Ch. Chaffanjon, journaliste du Point et celle présentée par Pierre Moscovici.

En effet, le Point a jugé habile de jouer sur cette affaire pour faire la pub du livre, Jerôme Cahuzac, les yeux dans les yeux, en publiant l'extrait de l'ouvrage qui fait allusion à cette prétendue "réunion", alors que Cahuzac, fin juin, prétendait n'avoir jamais été informé de la démarche française. En fait, la seule différence entre les versions de C. Chaffanjon et P. Moscovici tient au lieu. Elle écrit en effet : "Alors, le mercredi 16 janvier 2013, en marge du Conseil des ministres, François Hollande et Jean-Marc Ayrault convoquent Pierre Moscovici et Jérôme Cahuzac dans le bureau présidentiel [souligné par moi] . Les deux têtes de l'exécutif réclament au ministre de l'Économie et des Finances de lancer une demande d'entraide à la Suisse. "Ils ont un sentiment d'inquiétude", assure un observateur très privilégié." P. Moscovici n'a pas indiqué de lieu précis, ne mentionnant que "la sortie du Conseil des ministres". Quant à "l'observateur privilégié", ce ne peut guère être que le successeur de Mr. Zabulon.

La stratégie de Cahuzac, d'emblée, était de tenter de déconsidérer l'ensemble des faits en prétendant fausse la version Chaffanjon comme nombre de d'événements relatés par ce livre, en ne contestant en fait que le lieu même des faits, pour laisser de côté la seconde version (celle de Moscovici) et jeter le doute sur elle, tout en se gardant bien entendu de mettre en cause son auteur ; la tactique était de feindre l'amnésie de ce qui n'est pas, à ses yeux, une vraie "réunion". Tout cela sent la ruse de "communiquant" non-conseiller à plein nez !

Je trouve que le président de Courson, au lieu de pinailler à l'infini sur ce prétendu oubli, aurait dû simplement souligner la totale invraisemblance psychologique de l'oubli d'un événement capital, puisque c'était la première et la seule fois que Cahuzac se trouvait en présence des trois personnages les plus importants de son affaire et que ceux-ci en profitaient pour lui donner une information tout à fait essentielle. À force de vouloir ménager Cahuzac, Charles de Courson oublie les aspects essentiels comme la visite, si brève qu'elle soit, qui est faite auprès du fonctionnaire du ministère des finances chargé de contacter UBS, alors que Cahuzac avait lui-même posé en principe la "muraille de Chine" entre l'administration et le ministre qu'il était encore! Ce point est tout aussi invraisemblable que le précédent et il est à peu près était totalement négligé comme le premier.

Il n'y avait évidemment aucune raison sérieuse de mentionner le livre sur la question, sinon parce qu'il présentait une version légèrement différente sur un détail de lieu de celle qu'avait donnée le ministre et qui est évidemment la seule qui peut faire foi.

Conscient de ne pas avoir était très bon sur cette affaire, Cahuzac a voulu finir en beauté (comme prévu et conseillé) et tirer sur l'auteur de ce livre la flèche du Parthe. Il a pitoyablement échoué dans cette entreprise puisque ce qu'il présentait comme EXEMPLAIRE, selon ses propres termes, des erreurs factuelles de cet ouvrage s'est révélée finalement VRAI ( la date de sa rencontre, pour le moins insolite et inattendue avec le ministre Eric Woerth). Il a finalement dû reconnaître publiquement sa propre erreur, alors qu'il prétendait faire de cette rencontre un exemple des fautes historiques de l'ouvrage qu'il avait dénoncées à plusieurs reprises. Le fait lui a même arraché le seul vrai sourire de cette séance !

"Il ne faut jurer de rien" certes, mais en plus, mieux vaudrait ne rien dire du tout ; c'est moins l'amnésie que la mutité que Jérôme Cahuzac aurait dû feindre lors de cette audition et on ne peut que la lui conseiller pour la troisième (une totale extinction de voix peut-être ?).

jeudi 18 juillet 2013

Commission Cahuzac : le spectacle est permanent mais aucune sortie n'est définitive


Le fonctionnement de la commission parlementaire consacrée à l'affaire Cahuzac est tout différent de celui des bons vieux cinémas permanents d'autrefois, où l'on précisait, à l'entrée, que si le spectacle était permanent, toute sortie était définitive.
Rien de tel ici, ce qui est quelque peu étonnant voire contradictoire, car, alors que les invités à témoigner dans cette commission le font sous serment, ils peuvent être sollicités pour une nouvelle audition, ce qui semble avoir pour but de les amener à modifier ou à corriger leurs premières déclarations.

Le point le plus remarquable dans le fonctionnement de cette commission est que son rapporteur et son président, issus de deux bords politiques différents, commencent à se prendre publiquement aux cheveux, alors qu'ils avaient semblé, jusqu'à présent, travailler dans la plus parfaite harmonie. La dernière déclaration du président De Courson montre qu'il est persuadé que François Hollande était au courant depuis le mois de décembre 2012, alors que son rapporteur Alain Claeys (faut-il préciser qu'il appartient au parti socialiste) est d'un avis contraire. Si ces deux autorités se crèpent le chignon ainsi et pour ça, il est à craindre que le bel ordonnancement de la chevelure de Monsieur de Courson s'en trouve fâcheusement bouleversé. Rassurez-vous les maquilleuses de France Télévision y mettront en bon ordre avant le début des séances.

Il faut dire que ce sont là les deux principaux héros des écrans (avec la personnalité interrogée par la commission), au cours de chacune des séances, car les plans larges y sont interdits dans la mesure où les membres de cette commission ne font pas preuve d'un zèle excessif dans la participation et qu'on n'y compte le plus souvent qu'un maigre tiers des quarante élus qui la composent. Les prises de vue qu'on y réalise rappellent beaucoup celles de l'Assemblée nationale, où le mercredi, quand à la télévision est la, les rares députés en séance se rassemblent frileusement autour de l'orateur du moment pour être saisis par les objectifs des caméras. Il en est de même à la commission Cahuzac et l'on évite ainsi le spectacle, un peu affligeant pour notre démocratie, qu'on avait donné dans les premières séances, où les quelques élus présents étaient clairsemés dans la salle et, pour la plupart, occupés à faire leur courrier ou à envoyer textos et SMS. Informés qu'ils sont désormais du programme établi par le président et son rapporteur, seuls ceux qui figurent effectivement sur l'agenda présidentiel prennent la peine de se rendre à la séance où ils auront à poser une question et donc à avoir les honneurs du petit écran.

Il faut bien dire d'ailleurs qu'on perd désormais très souvent de vue l'affaire elle-même et que, du côté de la droite surtout, évidemment, l'enquête elle-même disparaît au profit de la mise en cause de tel ou tel aspect de la politique du gouvernement qui n'a rien à voir avec elle.

Il est heureux que cette commission avance dans ses travaux à un train de sénateur (ce qui est bien normal !) car quoiqu'on y dépose sous serment, en évitant au mieux les questions gênantes, certains seront amenés à y revenir pour y faire de nouvelles déclarations qui, elles-mêmes, pourraient conduire à reconvoquer à nouveau tel ou tel témoin dont les précédentes déclarations auraient amené la réapparition de personnes déjà interrogées. On risque fort de n'en pas sortir, mais peut-être est-ce préférable ainsi ?

Sans rappeler les faits, disons que l'affaire Cahuzac s'est située, en gros, dans le premier trimestre de l'année 2013, entre le premier article de Mediapart qui en a marqué le début, le 4 décembre 2012, et les aveux inattendus de Jérôme Cahuzac le 2 avril 2013 ; il avait fort heureusement évité de les faire la veille car on n'aurait pas manqué alors de les prendre pour un poisson d'avril !

La question, qui fait débat désormais, n'est pas celle de savoir exactement quand le Président de la République et le Premier Ministre ont été informés et surtout y ont cru ; ils sont les seuls à le savoir vraiment et on ne peut guère imaginer que l'article de Mediapart du début décembre 2012 n'ait pas retenu l'attention des plus hautes autorités de l'État, même s'ils n'étaient pas en mesure de juger réellement de sa pertinence. On sait toutefois aussi, maintenant que les langues se sont déliées, que beaucoup de gens, au PS, étaient au courant des activités hautement rémunératrices du docteur Cahuzac. Elles n'étaient nullement dans les implants capillaires et les moumoutes mais, à une toute autre échelle, dans les ventes illicites et les pots de vin liés aux permis pour les scanners et les IRM

La question actuelle est de savoir si Cahuzac a été mis au courant de la procédure d'enquête lancée à son endroit début janvier 2013. Or, la déclaration de Moscovici a été sur ce point sans ambiguïté ; Cahuzac était, avec Moscovici lui-même, le Président de la République et le Premier Ministre le 16 janvier 2013 à la sortie du conseil des ministres et il a été informé, à ce moment-là, de la procédure engagée auprès de la Suisse, alors qu'il a prétendu, devant la commission, ne jamais avoir été mis au courant.

Comme cette information lui a été donnée à la sortie du conseil des ministres, on peut aisément deviner qu'il plaidera l'omission par malentendu et prétendra qu'il ne s'agissait pas d'une réunion mais simplement d'une conversation entre deux portes, après le conseil des ministres. Je veux bien confirmer par écrit cette hypothèse ; il est donc un peu inutile de réentendre à nouveau Jérôme Cahuzac sur ce point puisque je fournis ici l'explication qu'il avancera.

Si, au contraire on poursuit la procédure, ne faudra-t-il pas alors convoquer à nouveau devant la commission le ministre Moscovici, pour qu'il précise exactement le lieu et les conditions dans lesquelles cette information a été communiquée à Jérôme Cahuzac et ainsi de suite.

Tout cela coûte, Monsieur de Courson, contentez-vous de ma lettre et de mon hypothèse.

mardi 14 août 2012

Méditation pileuse

Lorsque, il y a bien longtemps déjà, j'ai passé le concours général d'anglais (Dieu seul et mon professeur d'anglais de l'époque, qui n'avait désigné pour cette épreuve, savent pourquoi), nous nous sommes vus proposer, pour le traduire et le commenter, un texte dont je n'ai plus le moindre souvenir, mais dont j'ai retenu le titre, un peu insolite « Moral meditation about a spider » (fort heureusement je connaissais le sens de ce dernier terme !). Est-ce en souvenir de cette circonstance que j'ai intitulée mon blog du jour "Méditation pileuse" (mais j'aurais pu tout aussi bien l'intituler avec plus de précision " Méditation sur la barbe"), je ne saurais le dire?

En écoutant, je ne sais quand, je ne sais quelle émission à propos de la Syrie, au cours de laquelle étaient tenus des propos aussi pertinents qu'intéressants, non par l'un ou l'autre de nos journalistes si peu professionnels qu'ils font leurs missions de terrain depuis le Liban ou la Turquie (pas fous les bougres!), mais par un Syrien vivant en France, fort bien informé des choses de son pays, j'ai appris que lorsqu'on a affaire à des Musulmans, il faut porter la plus grande attention à leur système pileux facial.

Ce témoin a attiré l'attention sur le fait, essentiel à ses yeux, que bon nombre d'opposants au régime syrien actuel, partisan de ce que l'on entend encore nommer (mais pour combien de temps ?) la "révolution" syrienne et "combattants de la liberté" arboraient la barbe mais ne portaient pas la moustache. J'avoue que ce détail ne m'avait guère frappé, même si dans les Etats plus ou moins "laïques" (Irak, Turquie, Egypte), la moustache semblait plus en faveur que la barbe, du moins aux époques où j'y suis allé.

Selon ce témoin, la moustache est pourtant de la plus grande importance ; la disposition pileuse, qui la supprime en maintenant la barbe, signale en effet, selon lui, les salafistes. Dans le contexte syrien, ce détail est, à l'en croire (et je le crois volontiers pour ce qui concerne l'avenir de ce pays qu'annonce cette absence de moustache) de la plus haute importance car il montre que les salafistes sont en fait les animateurs (et les financiers, mais ça on le sait) du changement prétendument démocratique dans ce pays. Après la révolution du jasmin et les printemps arabes aurons-nous en Syrie l'automne ou l'hiver de la moustache?

Sans l'appliquer toujours, je défends le principe qu'il faut tenter d'apprendre au moins une chose par jour. J'avais donc, pour cette journée, rempli mon contrat, mais je suis néanmoins allé vérifier ce point. Il semble bien que cette assertion soit exacte, aussi bien sur le plan religieux que syrien. Toutefois j'ai découvert, à cette occasion, que la coexistence de la barbe et de la moustache est, dans la religion musulmane, un point doctrinal de la plus haute importance et l'objet de controverses exégétiques, ce que je ne soupçonnais pas.

Cette méditation pileuse m'a conduit, ce matin, à porter plus d'attention aux propos tenus sur Europe1 par Pierre Moscovici, centenaire en jours comme ministre. Je ne sais pas exactement où il en est présentement dans ses ornements pileux qui varient, mais j'avoue que j'aimais assez l'époque où il portait cette barbe de satyre qui lui convient si bien et lui permet de passer, sans mal, du rôle de Machiavel à celui de Savonarole (dans mon imagination du moins, car je n'ai pas vérifié les iconographies en cause). Comme cet "y" que Rabelais affectionnait dans le mot "dyable", car, disait-il, il donnait au terme un supplément de diablerie, la barbe ajoute un surcroît de ruse à notre Mosco, à défaut d'en accroître l'autorité, même si, à en croire, Arnolphe: "Du côté de la barbe est la toute-puissance ». Actuellement, elle serait plutôt du côté de Bercy, mais il faut reconnaître que, dans ces circonstances où, en dépit des prouesses rhétoriques et matinales du ministre, se cumulent l'accroissement du chômage et la baisse de notre taux de croissance, il aurait bien besoin de sa barbe, non pour se cacher derrière elle, mais pour pouvoir argumenter avec plus de pertinence et de force.

Merlin l'enchanteur portait-il la barbe ?