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vendredi 16 mai 2014

Écotaxe, écoredevance ou éco-redevance ?


Le 19 novembre 2013 a été mise en place, à l’Assemblée nationale par la Conférence des présidents, une mission d'information sur « l'écotaxe » poids lourds qui fut à l'origine d'un certain nombre de troubles l'ordre public, dont les plus notables ont été la destruction des portiques par les « bonnets rouges » bretons.

Cette affaire a peu à peu conduit à découvrir son étrange organisation et surtout cette mystérieuse société internationale Écomouv (derrière laquelle était entre autres le groupe italien Benetton) qui s’était vue attribuer ce marché et surtout offrir des conditions léonines, dignes de nos anciens fermiers généraux, pour la perception de ces écotaxes. Ils bénéficiaient sur ces recettes d’un pourcentage de près de 20 %, ce qui était jugé, par tous les experts, tout à fait exorbitant. Un voile pudique a été désormais jeté sur cette affaire. Comme souvent, on a préféré tout reprendre en créant, comme on dit aujourd'hui, un « think tank » constitué par une « mission d'information ». Cette commission s'est donnée pour rapporteur-président (le cumul de ces fonctions s’explique par le refus de l’UMP d’assumer la fonction présidentielle) le 4 décembre 2013, le député PS Monsieur Jean-Paul Chanteguet, dont le patronyme est, en lui-même, tout un programme optimiste sur les résultats des travaux de cette commission !

J'ai essayé de me renseigner quelque peu sur le fonctionnement  des commissions parlementaires et en particulier sur leur coût (essentiel en ce moment et, comme on va le voir, vu leurs résultats !) ; c'est un point que tous les documents que j'ai pu consulter jugent sans doute inconvenant et ne mentionnent même pas, puisque je n'ai rien trouvé à ce sujet, même si on peut  par ailleurs trouver une infinité de renseignements de tous ordres sur le fonctionnement de ces commissions. Je crois néanmoins que ces instances doivent disposer d’un budget conséquent, puisque non seulement elles peuvent procéder, des mois durant, à toutes les auditions qu'elles souhaitent, mais qu'elles sont même en mesure de se déplacer où elles le désirent, en France comme à l'étranger.
Bref, comme d'habitude, quand on aime on ne compte pas ! Si l’on ne sait pas le coût de cette mission, on est en revanche informé dans le plus grand détail sur les auditions auxquelles elle a procédé, dont un certain nombre ont d'ailleurs été ouvertes à la presse, les autres ne l’étant pas sans qu’on voie bien pourquoi.

J'observe à lire ce calendrier des auditions que l'une des dernières, sans doute la principale, (audition qui n'était pas ouverte à la presse !) a été celle de Madame Ségolène Royal, ministre de l'écologie, du développement durable et de l'énergie, qui a été entendue le 30 avril 2014 à 11h30. Je reviendrai sur ce point.

Le rapport de la mission d'information sur « l’écotaxe poids lourds », numéro 1937, a été déposé le 14 mai 2014 par Monsieur Jean-Paul Chanteguet. Je vous épargne le détail des treize mesures qui permettraient d'aménager un système jugé  "indispensable au développement des infrastructures de transport" (et surtout en raison des contraintes léonines du contrat signé sous Sarkozy !), et dans lequel "l'État est massivement engagé". La principale de ces mesure est, de façon inattendue, d'ordre … lexical.

Suite au constat que l'abandon de l'écotaxe n'est pas « envisageable », on s'est borné à en changer le nom, proposant de la renommer « éco redevance poids lourds » (Il va falloir absolument régler le problème essentiel du trait d’union !). La commission juge que, de cette façon on « légitime le dispositif » en lui donnant enfin « une dénomination conforme à ses fondements » ( Sens SVP ? ?? !!! ???). La principale erreur du premier état du projet tient à ce mauvais choix lexical. L’absence de problème en Italie ou en Allemagne s’explique de toute évidence par ce détail, en revanche capital chez nous !

Le raisonnement paraît un peu étrange mais ce changement lexical, sur lequel insiste beaucoup le texte du rapport, est le principal argument. C’est le seul en tout cas qui a fait l’unanimité et n’a pas donné lieu, semble-t-il, à des affrontements assez vifs entre la commission et son président-rapporteur et Madame Royal qui avait suggéré, pour le reste, d'autres solutions, dont la contribution des sociétés autoroutières et la possibilité de taxer les camions étrangers traversant le territoire français.

Les réactions de Monsieur Jean-Paul Chanteguet ont été très vives sur ces points ; elles peuvent se résumer dans l’une de ses très rudes formules « Le sentiment que j'ai eu est que Madame la ministre ne connaissait pas le dossier et ignorait la réglementation européenne ». Bigre ! Bonjour l'ambiance ! Mieux valait en effet ne pas inviter la presse pour la clôture !

La querelle ne s'est pas interrompue pour autant, puisque si la mission et son président-rapporteur partent du principe que « l'éco redevance » va être appliquée, Ségolène Royal demeure d'un avis contraire, comme elle l'a encore déclaré dans sa récente et tonitruante interview à Paris-Match.
Somme toute, les six mois de réflexion de la commission ont accouché d'une souris lexicale ; on serait tenté de conclure « comme souvent » ; toutefois puisque c’est aujourd’hui la « journée de l’optimisme », considérons que ce « think tank » n’est qu’un « thin tank » dont la minceur même fait que le contenu ne peut être que modeste !

lundi 29 juillet 2013

Affaire DSKuzac

Pauvre Jaurès ! Pauvre Mendes-France ! Pauvres socialistes qui, dans le passé (et peut-être même dans le présent), ont cru à l'idéal socialiste ! On a pu dire "Autrefois, on mourrait pour la République, aujourd'hui on en vit!". On peut désormais ajouter que non seulement on en vit (et sur un grand pied) mais qu'en outre, on la vole! Que peuvent penser ces grands républicains (d'où qu'ils pensent) devant le spectacle que donnent deux des principaux hommes politiques de cette mouvance que, curieusement, leur proximité de comportements conduit à rapprocher en un mot valise "l'affaire DSK-uzac".

Ne revenons pas sur Cahuzac ! Il est probable que le Bourbon Comedy Club nous a donné, avec la seconde audition de Cahuzac, la dernière de ces représentations devenues, au fil du temps et des invités, si réjouissantes, du moins sur le plan dramaturgique. Il faut reconnaître que les choses allaient s'améliorant après la venue des hautes personnalités comme Pierre Moscovici ou Christiane Taubira qui avaient tenu leur rôle avec beaucoup de sérieux, mais de façon conventionnelle. Les prestations plus récentes, de Stéphane Fouks d'abord, puis de Cahuzac ensuite, ont été particulièrement remarquables.

On se prenait même à rêver d'une suite plus plaisante encore puisque, lors de la dernière représentation, plusieurs membres UMP de la Commission avaient réclamé, fort légitimement dans leur position, une confrontation, de toute évidence indispensable, entre Cahuzac et Moscovici puisqu'ils étaient, l'un et l'autre sous serment, en total désaccord sur la fameuse réunion du 16 janvier 2013, dont ce pauvre Jérôme Cahuzac n'avait pas gardé le moindre souvenir, en dépit de l'importance capitale qu'elle avait pour lui, puisqu'elle l'avait mis en présence, pour la première et seule fois, avec les plus hautes autorités politiques dont dépendait son sort. Le pauvre homme !

On se pourléchait les babines d'avance de pouvoir assister à ce nouveau show, d'autant que le rapporteur (PS) Claeys, devant ces demandes convergentes et raisonnables, auxquelles ne semblaient pas s'opposer les membres socialistes de la commission vu leur mutisme, nous avait laissé espérer un moment réjouissant. Toutefois, sans vouloir, comme on aurait pu l'imaginer, prendre une décision immédiate et souveraine, (la commission étant réunie, elle pouvait donc tout à fait le faire sur le champ), le rapporteur (et non le président) nous avait annoncé solennellement qu'il allait "faire des propositions" sur cette question.

Bernique ! La rue de Solférino et Monsieur Désir en ont sans doute décidé autrement et on vérifie une fois de plus le célèbre vers de Corneille : "Et le Désir s'accroit quand l'effet se recule" (et non "quand les fesses reculent", comme me le proposait mon facétieux Dragon 12!). Hélas, nous n'aurons donc sans doute pas la suite et nous ne pouvons que le regretter, vu la qualité des précédentes représentations.

On a ici l'illustration du fonctionnement de notre justice elle-même, dont la lenteur entraîne régulièrement sa condamnation par les instances européennes ; elle tient à ce que, dans une danse sur place, sans doute pleine à la fois de majesté et de grâce, elle est parfaitement inefficace, car quand elle fait un pas en avant, elle en fait aussitôt un autre pour reculer. En la circonstance, la prétendue "proposition" du rapporteur de la commission Cahuzac visait à en rester là, en créant un sentiment général de frustration et d'insatisfaction. Tout cela donne à penser que le beau et chevelu Jérôme a gardé du biscuit de ses fréquents passages aux photocopieuses de Bercy!

Pour l'autre grand socialiste, DSK, le 28 mars 2011, le parquet de Lille avait, sur la base des informations dont il disposait depuis deux mois, ouvert une information judiciaire pour « proxénétisme en bande organisée, association de malfaiteurs et blanchiment en bande organisée ». Le champ des investigations et les griefs s'étaient encore accrus dans la suite par la mention supplémentaire de « faux et usage de faux, abus de biens sociaux et escroquerie » au préjudice des sociétés auxquelles on avait fait payer toutes sortes de prestations, depuis la rémunération des prostituées, la location des chambres d'hôtels et surtout les voyages, parfois lointains, puisqu'il s'agissait de conduire les intéressé(e)s jusqu'en Amérique.

On avait donc cru un moment que les choses suivraient leur cours, mais une proposition de non-lieu est alors faite, pourtant sur les mêmes bases naturellement, par le procureur. Il n'en a finalement rien été et elle n'a pas été suivie par les juges. Toutefois, la notion de "bande organisée", pourtant centrale et évidente, a été supprimée des chefs d'inculpation, ce qui, je crois, fait passer de la Cour d'assises à la Correctionnelle! On reconnaît ici l'allégorie commune de la Justice : la balance pour peser les deux dossiers et le glaive pour couper la poire en deux !

Le détail des éléments recueillis et en particulier les conversations téléphoniques enregistrées ne laissent pourtant aucun doute sur le caractère d'organisation dans cette affaire ; dans tous les cas, il fallait même attendre que s'expriment les désirs de DSK, aussi bien sur les dates et les lieux que sur le cheptel retenu et les exigences de services formulées, pour que soient mis en place le dispositif et la logistique de transport du matériel.

Dans ces conditions il est donc bien difficile à DSK de plaider (comme d'autres... suivez mon regard) que tout cela été fait « à l'insu de son plein gré », bien que "en y réfléchissant", il admette qu'il peut se juger "naïf"!

On comprend toutefois aisément que lui-même ait pu être abusé, étant donné son charme irrésistible et le succès permanent qu'il a auprès de toutes les dames, qu'il s'agisse de journalistes débutantes qui viennent l'interviewer, de secrétaires, de collègues du parti socialiste ou même de femmes de chambre noires d'hôtel américain. Non seulement aucune ne résiste à son embonpoint prometteur, mais toutes le poursuivent et l'assiègent sans cesse, tandis que sa complaisance est sans limite.

Le charme de DSK est si puissant et si évident qu'on ne comprend pas que son ami Stéphane Fouks n'ait pas songé à en faire le George Clooney de quelques campagnes publicitaires qui auraient pu lui procurer de substantiels revenus. Tout indique, en effet, que DSK, ainsi que d'autres grandes figures passées du parti socialiste, est, comme dit le bon peuple, « près de ses sous » ; la moindre dépense qu'il parvient à éviter, dans quelque domaine que ce soit, double le plaisir qu'il peut retirer de la chose, ce qui explique son addiction toute spéciale aux plaisirs de la chair gratuits. Le pauvre homme !

La seule question, dans toute cette affaire, tient aux vrais mobiles de l'étrange générosité de ces hommes d'affaires et de ces policiers ; les premiers se montraient d'autant plus généreux que leurs complaisances se fondaient sur l'escroquerie. Tous les frais étaient assumés, en effet, par des sociétés qu'on escroquaient à coup de fausses factures. Que des hommes d'affaires achètent, aux frais de leurs sociétés, les services de politiques n'est pas chose très nouvelle, mais ils en retirent toujours des bénéfices. Quels pouvaient-ils être ici ? On le voit assez ! On pourrait donc espérer au moins que lorsque la justice est saisie d'une affaire pareille, où l'Etat même est en cause au plus haut niveau et où les faits apparaissent avec tant d'évidence, elle se montre inflexible et n'escamote pas le mode d'organisation de ces libéralités, alors qu'il y a là un témoignage irréfutable et accablant sur le fonctionnement de notre système politique, administratif et financier.

Qu'il s'agisse de scanners et d'I.R.M. dans un cas ou de galipettes et d'inflations (comme dirait Madame Dati) tarifées-gratuites dans l'autre, c'est bien la même réalité ignoble et consternante que nous découvrons sous les oripeaux de la politique et de la franc-maçonnerie.

Tout ça ne sent pas très bon et les mots ont une fois de plus l'initiative, fût-elle dans un facteur commun scatologique ! DSK- Cahuzac ou DS - caca -Huzac ?

jeudi 18 juillet 2013

Commission Cahuzac : le spectacle est permanent mais aucune sortie n'est définitive


Le fonctionnement de la commission parlementaire consacrée à l'affaire Cahuzac est tout différent de celui des bons vieux cinémas permanents d'autrefois, où l'on précisait, à l'entrée, que si le spectacle était permanent, toute sortie était définitive.
Rien de tel ici, ce qui est quelque peu étonnant voire contradictoire, car, alors que les invités à témoigner dans cette commission le font sous serment, ils peuvent être sollicités pour une nouvelle audition, ce qui semble avoir pour but de les amener à modifier ou à corriger leurs premières déclarations.

Le point le plus remarquable dans le fonctionnement de cette commission est que son rapporteur et son président, issus de deux bords politiques différents, commencent à se prendre publiquement aux cheveux, alors qu'ils avaient semblé, jusqu'à présent, travailler dans la plus parfaite harmonie. La dernière déclaration du président De Courson montre qu'il est persuadé que François Hollande était au courant depuis le mois de décembre 2012, alors que son rapporteur Alain Claeys (faut-il préciser qu'il appartient au parti socialiste) est d'un avis contraire. Si ces deux autorités se crèpent le chignon ainsi et pour ça, il est à craindre que le bel ordonnancement de la chevelure de Monsieur de Courson s'en trouve fâcheusement bouleversé. Rassurez-vous les maquilleuses de France Télévision y mettront en bon ordre avant le début des séances.

Il faut dire que ce sont là les deux principaux héros des écrans (avec la personnalité interrogée par la commission), au cours de chacune des séances, car les plans larges y sont interdits dans la mesure où les membres de cette commission ne font pas preuve d'un zèle excessif dans la participation et qu'on n'y compte le plus souvent qu'un maigre tiers des quarante élus qui la composent. Les prises de vue qu'on y réalise rappellent beaucoup celles de l'Assemblée nationale, où le mercredi, quand à la télévision est la, les rares députés en séance se rassemblent frileusement autour de l'orateur du moment pour être saisis par les objectifs des caméras. Il en est de même à la commission Cahuzac et l'on évite ainsi le spectacle, un peu affligeant pour notre démocratie, qu'on avait donné dans les premières séances, où les quelques élus présents étaient clairsemés dans la salle et, pour la plupart, occupés à faire leur courrier ou à envoyer textos et SMS. Informés qu'ils sont désormais du programme établi par le président et son rapporteur, seuls ceux qui figurent effectivement sur l'agenda présidentiel prennent la peine de se rendre à la séance où ils auront à poser une question et donc à avoir les honneurs du petit écran.

Il faut bien dire d'ailleurs qu'on perd désormais très souvent de vue l'affaire elle-même et que, du côté de la droite surtout, évidemment, l'enquête elle-même disparaît au profit de la mise en cause de tel ou tel aspect de la politique du gouvernement qui n'a rien à voir avec elle.

Il est heureux que cette commission avance dans ses travaux à un train de sénateur (ce qui est bien normal !) car quoiqu'on y dépose sous serment, en évitant au mieux les questions gênantes, certains seront amenés à y revenir pour y faire de nouvelles déclarations qui, elles-mêmes, pourraient conduire à reconvoquer à nouveau tel ou tel témoin dont les précédentes déclarations auraient amené la réapparition de personnes déjà interrogées. On risque fort de n'en pas sortir, mais peut-être est-ce préférable ainsi ?

Sans rappeler les faits, disons que l'affaire Cahuzac s'est située, en gros, dans le premier trimestre de l'année 2013, entre le premier article de Mediapart qui en a marqué le début, le 4 décembre 2012, et les aveux inattendus de Jérôme Cahuzac le 2 avril 2013 ; il avait fort heureusement évité de les faire la veille car on n'aurait pas manqué alors de les prendre pour un poisson d'avril !

La question, qui fait débat désormais, n'est pas celle de savoir exactement quand le Président de la République et le Premier Ministre ont été informés et surtout y ont cru ; ils sont les seuls à le savoir vraiment et on ne peut guère imaginer que l'article de Mediapart du début décembre 2012 n'ait pas retenu l'attention des plus hautes autorités de l'État, même s'ils n'étaient pas en mesure de juger réellement de sa pertinence. On sait toutefois aussi, maintenant que les langues se sont déliées, que beaucoup de gens, au PS, étaient au courant des activités hautement rémunératrices du docteur Cahuzac. Elles n'étaient nullement dans les implants capillaires et les moumoutes mais, à une toute autre échelle, dans les ventes illicites et les pots de vin liés aux permis pour les scanners et les IRM

La question actuelle est de savoir si Cahuzac a été mis au courant de la procédure d'enquête lancée à son endroit début janvier 2013. Or, la déclaration de Moscovici a été sur ce point sans ambiguïté ; Cahuzac était, avec Moscovici lui-même, le Président de la République et le Premier Ministre le 16 janvier 2013 à la sortie du conseil des ministres et il a été informé, à ce moment-là, de la procédure engagée auprès de la Suisse, alors qu'il a prétendu, devant la commission, ne jamais avoir été mis au courant.

Comme cette information lui a été donnée à la sortie du conseil des ministres, on peut aisément deviner qu'il plaidera l'omission par malentendu et prétendra qu'il ne s'agissait pas d'une réunion mais simplement d'une conversation entre deux portes, après le conseil des ministres. Je veux bien confirmer par écrit cette hypothèse ; il est donc un peu inutile de réentendre à nouveau Jérôme Cahuzac sur ce point puisque je fournis ici l'explication qu'il avancera.

Si, au contraire on poursuit la procédure, ne faudra-t-il pas alors convoquer à nouveau devant la commission le ministre Moscovici, pour qu'il précise exactement le lieu et les conditions dans lesquelles cette information a été communiquée à Jérôme Cahuzac et ainsi de suite.

Tout cela coûte, Monsieur de Courson, contentez-vous de ma lettre et de mon hypothèse.

jeudi 27 juin 2013

Affaire Cahuzac : la farce du Palais Bourbon

Qu'on me permette de reprendre ici le début de mon post d'hier car l'audition de J. Cahuzac par la Commission ad hoc de l'Assemblée nationale, deux heures durant, ("Au théâtre cet après-midi" sur BFM-TV) est une parfaite illustration du point de vue que j'y ai exprimé.

On sait que parmi les records mondiaux, que la France peut se flatter de détenir, figure celui du nombre de lois et, plus sûrement encore, celui des lois qui ne sont pas appliquées, le plus souvent faute de décrets d'application, mais aussi parfois parce que ces textes, en eux-mêmes contradictoires, contiennent le mode de leur non-application.

Il en une autre spécialité française, apparentée d'ailleurs à la précédente, qui est le secret fiscal proprement dit (mais"proprement" est-il l'adverbe qui convient ici ?). Sa violation a, dans le passé, causé une ou deux affaires sensationnelles quand il s'agissait de la déclaration d'impôts de Monsieur Chaban-Delmas (dont on a découvert alors qu'il échappait à l'impôt sur le revenu comme naguère B. Tapie et plus récemment, le jeune Fabius) ou de Monsieur Jacques Calvet (PDG infiniment plus généreux pour ses propres augmentations de salaires que pour celles de ses ouvriers).

L'affaire Cahuzac fait, si je puis dire, "rebondir" le secret fiscal comme celui de l'instruction qu'invoque, à tort paraît-il, J. Cahuzac, ce qui est pittoresque quand on constate comment il est en permanence violé. J'ai appris, mercredi 27 juin 2013 sur France-Infos, à huit heures quinze, de la bouche de Ch. de Courson lui-même que la Commission de l'Assemblée nationale qu'il préside et qui, à 16 heures 30, et qui doit entendre les explications de Monsieur l'ex-député Cahuzac ne servira sans doute à rien. En effet J. Cahuzac aura le droit de ne pas répondre à des questions à propos de ses comptes bancaires à l'étranger sur lesquelles il jugera bon de ne pas s'exprimer.

Certes, il parlait sous serment cette fois, mais cela change-t-il quelque chose, sinon qu'on pourrait engager des poursuites que les déclarations mensongères "devant la représentation nationale" qu'il a déjà faites ne permettent pas. Monsieur Cahuzac, en effet, n'était pas tenu de répondre aux membres de la Commission de l'Assemblée nationale puisque le secret fiscal leur est "opposable"; le seul membre de cette commission échappant à cette restriction est en effet son rapporteur, sans doute pour permettre d'établir, de cette audition ridicule, un rapport, secret lui aussi !

Le Congrès américain, qui dispose de Commissions du même genre, procède tout autrement et il est impossible de n'y pas répondre, sauf à prendre illico le chemin de la prison. J'ai assisté une fois, à la télévision, à l'une de ces séances et je vous pris de croire qu'elles sont autrement musclées et que le président y répète la question jusqu' à obtenir une réponse au lieu de passer aussitôt à autre chose!

Cette restriction française (exception culturelle ?) est aussi comique qu'étrange, mais elle illustre parfaitement nos lois qui souvent contiennent, dans le même mouvement, une disposition qui arrête ou prévient l'effet d'une de leurs dispositions précédentes. En d'autres termes cette commission doit s'informer sur les situations fiscales (ou autres) de l'intéressé, mais ce dernier se voit autorisé (donc incité) à ne pas répondre aux questions qui lui sont posées, en opposant à ses interrogateurs le secret fiscal ou pire encore celui de l'instruction qui, me semble-t-il, ne concerne en rien les accusés eux-mêmes.
Admirable non ? Et vive le Père Ubu 

Je n'arrivais pas à y croire, même de la bouche de Monsieur de Courson. Toutefois, ou moment même où j'écris ces lignes ( mercredi 26 juin 2013 en début de soirée), j'ai déjà pu prendre connaissance, grâce à mediapart et à son excellent et immédiat compte rendu, minute par minute, de l'audition de Monsieur Cahuzac, de quelques épisodes qui vérifient absolument les propos de Monsieur de Courson sur France Infos le matin même.

Je ne veux pas vous infliger ici la lecture d'un texte qui peut être aisément consulté mais je n'en retiendrai que trois épisodes qui sont tout à fait significatifs et qui se sont reproduits à de multiples reprises dans la suite, comme je l'ai constaté par la retransmission faite sur BFM-TV..

"16h54 Monsieur Cahuzac refuse de répondre.
16h56 Monsieur Cahuzac refuse de répondre à 1
16h58 Pas de réponse de Monsieur Cahuzac."
 Et cela deux heures d'horloge durant !

Toutefois je regrette que ce compte rendu de mediapart, par ailleurs si précis et si complet, ne mentionne pas, et ce point est à mes yeux essentiel, que Monsieur Cahuzac avait parfaitement le DROIT (absurde mais incontestable) de ne pas répondre aux questions qui lui sont posées par la Commission. Dans ces conditions, quel peut bien être l'intérêt d'une telle mascarade, sauf à donner aux citoyens, une fois de plus, l'impression, bien entendu fausse, d'une démocratie scrupuleuse qui n'épargnerait pas les ministres escrocs qui n'ont pas hésité à mentir en public dans la même enceinte et qui, au cours de leur audition officielle sous serment, n'ont même plus besoin de mentir puisque on les dispense de répondre à toutes les questions qu'ils veulent?

J'ai expliqué ce point, après avoir entendu sur ce point Monsieur de Courson, dans mon post d'hier, sur mon blog, mais ce dernier, et je le comprends tout à fait, s'est perdu dans la masse des messages et on n'y a pas attaché la moindre importance, alors que ce point sur lequel je m'étais assez longuement arrêté, me paraît tout à fait capital et s'est trouvé largement vérifié, sans être pour autant signalé, au Palais Bourbon . Cette audition, quoique largement médiatisée, ne pouvait que servir à rien puisque J.Cahuzac n'était en rien tenté de mentir dans la mesure où, devant toute question gênante, il avait explicitement le droit de se taire

Bref, deux heures de farce au Palais Bourbon, retransmise en direct sur BFM-TV, Cahuzac n'a répondu à peu près à aucune question, même les plus anodines, sauf pour innocenter tout le gouvernement et le PS. Il a même, à certains moments, retrouvé, en dépit de ses efforts visibles, sa morgue naturelle, sans venir toutefois à bout de l'infinie patience des membres de la Commission (certains ont sagement choisi très vite de jouer avec leur téléphone) et surtout du président Charles de Courson, équanime et impassible jusqu'au bout !