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mardi 23 novembre 2010

« La France ! Ton français fout le camp ! »

On connaît l'apostrophe de la Du Barry à Louis XV qu'elle appelait, dans l’intimité, « la France ! » Un jour où le café que se préparait le roi était en train de bouillir, elle lui aurait crié. « La France ! Ton café fout le camp ! ». Voilà qui établit que déjà sous Louis XV, était en vogue l'aphorisme bien connu « Café bouillu ! Café foutu ! ».

« Où veut-il en venir ? » vous interrogez-vous dejà, pétulante lectrice ou impatient lecteur.

Peut-être ne l’avez-vous pas noté, mais il n'y a plus dans notre gouvernement de secrétariat d'État ou de ministère à la francophonie, ce qui avait été, en 1986, je crois, une des plus belles conquêtes du chiraquisme et cela d’autant qu’il avait confié ce poste à la bouillante Lucette Michaux-Chevry. Omission ou choix délibéré ? Force est de constater que notre langue ne se porte pas des mieux.

Dans l'émission d’Yves Calvi « C plus clair », à la contemplation ennuyée de laquelle je me suis arraché sans trop de peine à 18 heures 05 pour venir ici cracher mon venin, Denis Olivennes pérorait longuement, comme à son habitude, avec cette manifeste jubilation qu’il est bien le seul à éprouver à l’écoute extatique de ses propos. Olivennes est désormais une figure obligéeet sans doute gratuite de cette émission où, à la différence des autres, il n’a généralement rien à vendre, à part le Nouvel Obs.

J'ai donc entendu, ce mardi 23 novembre 2010 à 18 heures, cet agrégé de lettres modernes, qui, non sans quelque raison et bon sens, préfère la quiétude et la salaire de la direction du Nouvel Observateur aux tumultueuses et peu rémunératrices activités pédagogiques auxquelles on pouvait le croire promis, énoncer, non sans quelque cuistrerie, que les luttes syndicales, lors de la dernière période, s'étaient « encalaminées ».

Non, Monsieur le directeur-agrégé à moins que ce ne soit Monsieur l’agrégé-directeur, vous avez,sans le moindre doute, voulu dire « encalminées » ! Votre « encalaminé » en effet n’existe pas en français et il n’y avait pas plus de « calamine » au temps de la marine à voiles que de beurre en broche. « Encalminé », en revanche, est un joli mot de cette époque dont on use pour un navire qui se trouve immobilisé dans les calmes ! Quand on veut être élégant et faire le savant dans son expression ou se montrer précis dans ses formulations, mieux vaut ne pas se tromper.

Ce défaut est hélas de plus en plus courant. Ainsi, certains de nos beaux esprits jugent-ils plus élégant de dire « errements » qu' « erreurs », même si le mot « errements », le plus souvent pluriel, n'a nullement le sens que ces ignorants lui attribuent, en voulant par là se distinguer du bon peuple.

Certaines fausses élégances de langage qui, le plus souvent, sont fautives, m'exaspèrent. J'évoquais précédemment « errements » mais j'aurais pu tout aussi bien citer le verbe « initier » qu'on emploie désormais, de la façon la plus courante, au sens de « commencer » ou « créer », alors que ces deux braves bons vieux verbes remplissent encore parfaitement leur fonction. On dit partout « initier un projet », ce qui est un emploi contre nature de ce verbe qui ne peut guère avoir qu'un complément d'objet animé, comme au bon vieux temps où les dames mûres initiaient les jeunes gens aux délices de l'amour.

Une autre de mes exaspérations, hélas pire et plus fréquente encore, a désormais conquis aussi bien les documents administratifs que les sites Internet, elle tient à un usage totalement absurde du verbe « renseigner ». On vous demande désormais très souvent de bien vouloir, non pas "remplir" mais « renseigner » un questionnaire ou un formulaire qui, les pauvres, sont en fait bien empêchés d'être « renseignés » puisque le verbe « renseigner » ne peut qu'avoir qu'un complément animé et que seule une personne (et non pas un questionnaire) peut être renseignée !

Le malheur est que, désormais si vous vous exprimez en français d'une façon à peu près correcte, on a tendance à vous regarder comme un précieux qui cherche des petites bêtes là où il n'y en a pas. Regardez donc notre pauvre Nicolas Sarkozy qui, dans son interview de l'Élysée, a eu le malheur, de la façon la plus légitime et pour établir la concordance des temps, d’user d'un imparfait du subjonctif. Il a, en effet, dit, à propos de Jean-Louis Borloo : « J'aurais aimé qu'il restât dans le gouvernement ». Les humoristes de service qui, dans le présent contexte, sont peu portés au sarkozysme, s'en sont donnés à coeur joie pendant près d'une semaine, à coups de subjonctifs tous plus fantaisistes les uns que les autres, alors que celui du président avait été parfaitement correct.

J’ai entendu dire, mais je ne saurais vous garantir l'authenticité de l'anecdote, qu'après une intervention sur les problèmes financiers de l'Irlande au parlement européen, Rachida Dati s'était défendue d'une ignorance technique sur un chiffre qui aurait entaché son propos, en disant : « Encore aurait-il fallu que je le susse! ».

7 commentaires:

CIMABUE a dit…

je perds ma grammaire et donc met le sens des mots en péril
Je cours sans cesse aprés mon vocabulaire, indigent, et me heurte à une orthographe laborieuse
Je fais des efforts
Et ne supporte pas l'idée que quelques dégourdis veuillent simplifier l'orthographe, donc le français
Quant aux mots détournés, cela devient un sport
J'aime bien m'y adonner en exercice de style et en privé, mais en public les orateurs à force d'user de ce travers, par ignorance ou volontairement:
"en termes clairs ces choses là ne seront plus dites, et les mots pour les dire auront du mal à venir aisément"
La tour de Babel nous guette
On a beaucoup déploré le rebeu dernièrement, à mon sens signe d'un handicap majeur, mais au moins les adeptes de ce dialecte se comprennent ...entre eux
Démosthène, tu nous manque!

Anonyme a dit…

Dans un formulaire municipal, je viens moi aussi de relever cet usage inadapté du verbe renseigner ...
les rédacteurs de ce texte se croient peut-être cultivés ; ils ont surtout réussi à me faire douter de ce que je croyais savoir : que si l'on renseigne une personne, remplir ou compléter un document suffit.
N'est-il pas redoutable de constater que "eux" par contre semblent ne douter de rien ?

Jouer avec la langue française, c'est amusant ... à la condition d'en avoir une maîtrise suffisante pour savoir que l'on en joue ;

à ce propos, depuis plusieurs années, le succès de la belle lisse poire du prince de Motordu (Pef) auprès des enseignant(e)s de nombreuses écoles maternelles m'a toujours désagréablement surpris ;
que de doctes pédagogistes prétendent que
"Le décalage que provoquent les mots tordus n’est pas le seul facteur qui déclenche le rire : la transgression des normes et des tabous y joue aussi une part essentielle. Les enfants d’abord sceptiques se laissent facilement entraîner par les jeux de mot. De plus, montrer la relativité des noms donnés aux objets leur permet de s’interroger sur les normes qu’imposent la société et l’école en particulier ..."
ne me convainc pas ;

en effet, je doute que de jeunes enfants puissent apprécier totalement les joies et les finesses de la paronymie quand ils doivent au préalable découvrir le sens réel et précis des mots ; comme je doute que (dans des classes de 30 élèves) les enseignants mesurent réellement leur compréhension et remédient ensuite aux imprécisions.

N'est-il pas préférable (mais aussi tellement plus terne) de commencer par corriger les prononciations erronées, histoire de ne pas trouver plus tard certaines erreurs (horreurs ?), hélas rarement commises délibérément dans le but de faire rire comme bouc émissaire / bouc hémisphère / bouc et mystère / beau commissaire.
Manifester sa réticence en ce domaine c'est pour beaucoup uniquement révéler un esprit chagrin, borné et dénué de toute fantaisie.

Trissotin ne nous manque pas, non content de n'être jamais parti, le nombre de ses adeptes semble augmenter.

Anonyme a dit…

Dans un formulaire municipal, je viens moi aussi de relever cet usage inadapté du verbe renseigner ...
les rédacteurs de ce texte se croient peut-être cultivés ; ils ont surtout réussi à me faire douter de ce que je croyais savoir : que si l'on renseigne une personne, remplir ou compléter un document suffit.
N'est-il pas redoutable de constater que "eux" par contre semblent ne douter de rien ?

Jouer avec la langue française, c'est amusant ... à la condition d'en avoir une maîtrise suffisante pour savoir que l'on en joue ;

à ce propos, depuis plusieurs années, le succès de la belle lisse poire du prince de Motordu (Pef) auprès des enseignant(e)s de nombreuses écoles maternelles m'a toujours désagréablement surpris ;
que de doctes pédagogistes prétendent que
"Le décalage que provoquent les mots tordus n’est pas le seul facteur qui déclenche le rire : la transgression des normes et des tabous y joue aussi une part essentielle. Les enfants d’abord sceptiques se laissent facilement entraîner par les jeux de mot. De plus, montrer la relativité des noms donnés aux objets leur permet de s’interroger sur les normes qu’imposent la société et l’école en particulier ..."
ne me convainc pas ;

en effet, je doute que de jeunes enfants puissent apprécier totalement les joies et les finesses de la paronymie quand ils doivent au préalable découvrir le sens réel et précis des mots ; comme je doute que (dans des classes de 30 élèves) les enseignants mesurent réellement leur compréhension et remédient ensuite aux imprécisions.

N'est-il pas préférable (mais aussi tellement plus terne) de commencer par corriger les prononciations erronées, histoire de ne pas trouver plus tard certaines erreurs (horreurs ?), hélas rarement commises délibérément dans le but de faire rire comme bouc émissaire / bouc hémisphère / bouc et mystère / beau commissaire.
Manifester sa réticence en ce domaine c'est pour beaucoup uniquement révéler un esprit chagrin, borné et dénué de toute fantaisie.

Trissotin ne nous manque pas, non content de n'être jamais parti, le nombre de ses adeptes semble augmenter.

Anonyme a dit…

"""...puisque le verbe « renseigner » ne peut qu'avoir qu'un complément animé et que seule une personne (et non pas un questionnaire) peut être renseignée !"""

il y a un (qu') de trop... mais je suis certain que c'est une fotte de phrapp

Anonyme a dit…

Démosthène, tu nous manque!

En plus de Démosthène, il manque un s à tu nous manques....

Anonyme a dit…

N'est-il pas redoutable de constater que "eux" par contre semblent ne douter de rien ?


On dit "par contre". En revanche, on écrit: "en revanche"

usbek a dit…

Pan sur le bec pour les deux premiers, mais je ne trouve rien de plus ennuyeux que de me relire ; je ne le supporte pas ; pour le troisième, je suis plus dubitatif.
Mon principe est que tout puriste trouve toujours plus puriuste que ui qui k'épure!