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jeudi 7 février 2013

"Honte à qui peut chanter pendant que Rome brûle".


La France donne actuellement un spectacle qui doit plonger tous ses voisins dans l'hilarité ou l'indignation, suivant leur tempérament et leur humeur.

Quand on songe que dans la situation économique et sociale où nous nous trouvons, les 577 députés de notre Assemblée nationale osent s'occuper, au su et au vu de tous, sans rire (sauf pour les interventions de Madame Taubira, elle-même morte de rire, Dieu sait pourquoi, à réciter du L.G. Damas) depuis deux semaines, à tenter de faire passer le temps, en écoutant des centaines d'amendements inutiles et stupides à une loi sans intérêt sur le mariage homosexuel !

Cela ne fait qu'augmenter le désastre de nos finances publiques, puisque la foule des mille deux cents fonctionnaires employés de l'Assemblée nationale, déjà grassement payés (de trois à onze mille euros mensuels), font des heures supplémentaires et souhaitent donc que ça dure le plus longtemps possible.

Les députés, contraints de rester en séance ou à portée de SMS en cas de nécessité de vote sur un amendement (mais on peut toujours retarder un vote par une procédure bidon) s'occupent à jouer au morpion, au scrabble, à lire le journal, à faire leur courrier ou la sieste, ce que les téléphones portables de leurs adversaires politiques personnels peuvent aisément photographier et diffuser.

Comment nos politiques pourraient faire de façon plus efficace et plus radicale le lit des partis extrêmes, du Front National à Lutte ouvrière (je ne veux pas dire qu'ils seront dans le même lit!). Pour qui voter aux prochaines élections quand les partis classiques ont donné de telles preuves de leur total désintérêt voire de leur mépris pour la cause nationale et les vrais problèmes qui devraient les mobiliser, alors qu'ils nous démontrent par là même qu'ils s'en foutent?

La responsabilité initiale est certes clairement du côté de l'UMP et de la droite qui ont fabriqué cette masse stupide d'amendements imbéciles à une loi sans intérêt. Reconnaissons-le toutefois c'est une vieille tradition de la vie politique française et la gauche en a fait tout autant, me semble-t-il, au moment du vote de la loi sur les retraites.

La complicité des médias leur est d'avance acquise ; ils ont enfin quelque chose à dire en dehors des chiens écrasés et des plus plates banalités qui sont leur pain quotidien et qu'ils baptisent "sujets de société", comme si le mariage homosexuel pouvait être de quelque intérêt pour qui que ce soit. Que quiconque épouse qui ou même ce qu'il veut, de son chien, à sa mobylette ou à son lave-vaisselle.

La gauche ne vaut pas mieux ; certes, ce n'est pas elle qui a pris la responsabilité de rédiger ces centaines d'amendements, aussi imbéciles que répétitifs, mais elle a choisi de ne pas utiliser la procédure qui permet de les écarter de la discussion proprement dite pour se donner de faux-airs de "démocratie". Elle a choisi, en réalité, d'agir ainsi, par calcul et lâcheté, à la fois pour se donner trois semaines de répit face à la gravité de la situation socio-économique sur laquelle est incapable d'agir et pour discréditer la droite en lui faisant porter la responsabilité de cette inertie bavarde et inutile.

Encore une fois, on verra, je pense, aux prochaines élections les résultats de tels agissements à la fois dans l'abstention et les avancées des extrêmes ; les Français ont toutefois la mémoire si courte qu'on peut aussi penser qu'ils auront déjà oublié l'année prochaine ces consternantes pitreries politiques de l'année 2013.

La leçon nous est venue, une fois de plus, de l'autre côté de la Manche où la Chambre anglaise a voté, en une journée, ce que nous mettrons nous-mêmes trois semaines
à ne pas décider puisque les choses sont réglées d'avance dans la mesure où le parti socialiste, initiateur de cette réforme majeure, a la majorité absolue dans cette assemblée où ses députés n'ont même pas la liberté de vote.

On n'en tirera pas, hélas, la conclusion qui s'impose pourtant : virer la moitié de ces 577 députés et la totalité des sénateurs, pour les renvoyer dans leurs provinces et à leurs chères études ... s'ils en ont jamais faites.

samedi 1 décembre 2012

La fin de la récré à l'UMP ?



MDR sera désormais plus l'acronyme définitoire de l'UMP.

La formule a l'avantage d'offrir un double sens; l'un classique, calqué (comme toujours hélas) sur le LOL américain, "mort de rire" (c'est la formule qui convient, en la présente circonstance aux spectateurs du guignol politique français) ; l'autre, nouveau et qui vient de sortir, de "mort(s) de ridicule" qui s'applique lui aux marionnettes de la scène politico-électorale.

Le maître, Monsieur Nicolas, vient, en effet, de siffler la fin de la récré. Dans son indulgence et sa grande bonté, il a donné aux deux cancres 72 heures pour remettre les choses en place et se rabibocher, sans d'ailleurs (pas fou) indiquer la formule qu'il souhaite. Faute de quoi, ce sera la punition générale voire la fessée.

Naturellement, comme il faut bien trouver des coupables ou au moins des responsables ailleurs qu'entre soi, on s'en prend donc aux instituts de sondage (dont on ne cesse de nous répéter qu'il ne faut pas les croire!) qui, suivis comme leurs ombres par les journalistes, avaient prévu la victoire totale de Fillon.
 
On se demande en revanche pourquoi, sinon par paresse et par habitude, ils n'avaient pas sondé le corps électoral lui-même, fort mystérieux il faut le dire jusque dans son étendue réelle ( 310 000 adhérents se flatte-t-on là-bas mais 170 000 votants théoriques dont 35 000 procurations quelque peu suspectes) et surtout dans sa composition même puisque seul un des deux candidats détenait la liste exacte et secrète des électeurs). On aurait sondé les sympathisants, ce qui est une définition bien vague.
 
Quant au scrutin, les conditions du vote auraient été pour le moins étrange avec des locaux choisis par l'équipe de Copé non sans calcul. Ainsi à Nice, fief des partisans de Fillon, beaucoup de gens n'ont pas pu voter vu l'exiguïté et le caractère quasi inaccessible de certains bureaux de vote. On comprendra que, si l'on y ajoute à tout cela, les diverses manipulations lors du dépouillement et surtout l'oubli opportun de trois départements où Copé n'était, semble-t-il, pas majoritaire, ce qui faisait que l'omission de ces terres lointaines entraînait sa victoire finale, il faut dire que le pronostic n'était pas facile.

Le résultat est que les Haïtiens et les Congolais (entre autres peuples du Sud qui ne bénéficient pas de notre beau régime démocratique et dont les élections sont souvent l'objet de la critique voire de la risée de notre presse) sont à leur tour morts de rire devant le spectacle que le plus grand parti de France, grande donneuse de leçons, leur a donné dans l'élection (toujours en cours) de son président.

C'est samedi et j'ai du boulot car je voudrais essayer d'avancer voire de finir un livre que j'ai eu la faiblesse et la sottise d'entreprendre.

lundi 26 novembre 2012

L'UMP à l'école : arithmétique et géographie


Si la bataille de chiffonniers qui se déroule actuellement à l'intérieur de l'UMP m'amuse, comme toute la France, pour reprendre une formule chère à Jacques Chirac et à laquelle je ne me risquerais pas sans cette illustre référence que j'assortis ici de prudents guillemets "ça m'en touche une sans faire bouger l'autre !". En d'autres termes, je suis totalement indifférent aux dissensions internes d'un parti qui ne me concerne en rien.

En revanche, deux aspects me paraissent extravagants et je suis étonné qu'ils ne fassent ni l'objet d'un débat interne à l'UMP (ce qu'explique évidemment la mauvaise foi totale du président potentiel qui, sur ce terrain, bat, de très loin et très nettement, son adversaire), ni surtout d'observations de la part de la presse que j'ai pu lire.

Si j'ai bien compris (et vous m'arrêterez et me corrigerez si je me trompe), les élections UMP ont eu lieu le dimanche 18 novembre 2012. Alors qu'on attendait les résultats pour le soir même, il n'en a rien été et, après que les candidats, contre toute attente, eurent, chacun de leur côté, annoncé leur victoire, il a fallu attendre le mardi 20 novembre 2012 pour que la commission bégayante (dans sa dénomination de COCO je ne sais quoi comme dans son activité) annonce enfin que Jean-François Copé était vainqueur avec un écart de voix très réduit qui, dans les premières annonces, allait de 93 à 98 avant de s'arrêter pour finir sur 98. Edifiant !

Il a été unanimement constaté que le vote lui-même avait été extrêmement long et que certains électeurs, au bout d'une heure ou deux d'attente, avaient renoncé (sans doute vu leur âge) à participer à ce scrutin, lassés qu'ils étaient d'attendre ou pris de malaises. L'explication avancée était que, outre le choix d'un candidat (entre Copé et Fillon), ils avaient à se prononcer sur des motions (quatre je crois), procédure dont on voit mal pourquoi elle pouvait si considérablement retarder les opérations de vote. Tout cela était-il une ruse pour expliquer qu'à peine plus de la moitié des 310.000 adhérents avaient pris part à ce scrutin si important?

Les deux candidats ont dénoncé, en termes vagues, des manœuvres frauduleuses de leur adversaire, mais, comme la commission électorale avait rendu son verdict à partir de résultats (que personnellement je n'ai jamais vus nulle part avec mention des scores de chacun des deux candidats ni de mention des bulletins nuls) et que les partisans de l'un et l'autre camp, qui se trouvaient dans cette commission, avaient approuvé ces résultats le mardi 20, on peut admettre qu'ils étaient, dès lors, définitifs, quelles que soient, par ailleurs, les réserves qui pourraient être faites dans la suite.

Bref ! Mardi 20 novembre 2012 au soir, tout était donc réglé de façon définitive.

Mais est apparu mercredi 21 un élément nouveau, de nature tout à fait différente car il ne s'agit en rien d'une fraude classique mais d'une erreur de la Commission électorale et qui, de ce fait, est SEUL, en revanche, susceptible de modifier ces résultats car il s'agit de l'omission (inouïe) par la commission électorale des votes de divers lieux exotiques. On a parlé d'abord de Mayotte, puis ensuite de la Nouvelle-Calédonie et de Wallis-et-Futuna dont les résultats n'auraient pas été pris en compte par la commission dans la totalisation et le décompte opérés du 18 au 20 novembre 2012. Ces omissions ont été dans la suite reconnues et confirmées par le président de ladite commission.

La seule issue possible à pareille situation était dès lors des plus simples. On gardait les résultats annoncés mardi (qui donnaient Copé vainqueur de 98 voix) et on ajoutait à ces résultats, approuvés par tous et entérinés par la commission pour tous les autres lieux de vote, les voix qui résultaient de la prise en compte des trois lieux omis (Mayotte, Nouvelle-Calédonie, Wallis-et-Futuna). On peut évidemment s'étonner d'un tel oubli et le fait que ces votes aient eu lieu avant ( le samedi 17 et non le dimanche 18), comme toujours, en raison du décalage horaire, n'est évidemment pas une excuse, même s'il peut, éventuellement, constituer une explication.

Pourquoi cette solution si simple, si logique et ajouterais-je la seule qui soit égale n'a pas été retenue ? Je n'en sais rien mais vu les conditions dans lesquelles se sont déroulés ce scrutin et l'établissement de ces résultats, il n'y a pas lieu de s'étonner. Tout semble indiquer que les membres de cette commission ne savent pas compter et les lenteurs sur l'établissement des résultats comme les incertitudes concernant les écarts de voix, si minimes qu'ils soient, le confirment. Tout cela me fait penser aux dernières présidentielles congolaise ou haïtienne, ce qui est tout sauf flatteur pour une démocratie !

Si, à l'UMP, on ignore l'arithmétique élémentaire, on n'est guère meilleur en géographie. L'association de territoires du Pacifique (la Nouvelle-Calédonie et Wallis-et-Futuna) et de Mayotte (qui se situe dans l'océan Indien) a de quoi étonner. L'explication par le décalage horaire aurait dû conduire, dans ces conditions, à intégrer à cet ensemble La Réunion qui, faut-il le rappeler, se situe à l'Est de Mayotte (les Comores sont dans le Canal de Mozambique!) et qui donc aurait dû être incluse dans la zone oubliée.

Tout cela est parfaitement abracadabrant(esque) comme disait l'autre et on ne peut que frissonner rétrospectivement en pensant que ce parti a gouverné la France dans la décennie qui vient de s'écouler.

Petite blague sans rapport avec ce sujet pour finir un peu plus gaiement. On a lu, dans toute la presse, un à peu près sur l'"ayraultport de Nantes", mais on ne semble pas avoir pensé à le prolonger avec "l'Ayraultport de Notre Dame d'Hollande", Ségolène, dans sa Charente voisine, est pourtant parfaite en Notre Dame pour compléter le trio de l'Ouest socialiste!

samedi 24 novembre 2012

Vote blanc pour les nuls !


Le jeudi 22 novembre 2012 sera à marquer d'une pierre blanche dans la glorieuse histoire parlementaire de la Ve République. En effet, dans son assemblée nationale où la gauche et la droite se disputent férocement et s'injurient souvent au point de devoir quitter les séances avant d'en venir aux mains, on a procédé, en ce jour mémorable, à un vote UNANIME.

Cette journée est même doublement mémorable comme va le voir, d'abord par cette stupéfiante et rarissime unanimité et ensuite par l'anniversaire qu'il marque pour une décision dont le seul précédent, dans notre histoire, doit être recherché il y a plus de 214 ans. Je m'expliquerai le moment venu.

Un amendement visait, en effet, à faire reconnaître le vote blanc dans tous les scrutins de notre belle république française qui, à la différence de la plupart des autres démocraties, jette les blancs et les nuls dans la poubelle des suffrages non exprimés, ce qui est pour le moins étrange !
 
Belle contradiction d'ailleurs ; laissons de côté les bulletins nuls car ils forment une catégorie très hétéroclite (les causes de nullité sont diverses) mais parfois électoralement bien utile. Je me souviens de l'époque où, dans certains départements d'outre-mer comme en particulier la Réunion, certains scrutateurs, lors des dépouillements, avaient, dans la poche, une pomme de terre épluchée. Ils y posaient discrètement le pouce avant d'examiner un bulletin du parti adverse, de façon à y imprimer une marque qui rendait aussitôt le bulletin nul. L'UMP est-elle au courant de cette pratique si commode dans les votes serrés ? Toujours les bons conseils gratuits d'Usbek Consulting &;Co.
 
Considérer les votes blancs comme des suffrages non exprimés est tout de même un paradoxe politique extraordinaire ; on assimile par là celui ou celle qui, sans vouloir choisir, pour diverses raisons qui sont les siennes, a pris la peine de venir au bureau de vote et de mettre dans l'urne un bulletin blanc, à celle ou celui qui est resté chez lui à regarder la télé ou qui est allé à la pêche ou choisit de jouer aux boules. Il est difficile de trouver plus hypocrite en la matière.

Notre assemblée, unanime en ce jour solennel, a donc pris une décision qui fera date dans l'histoire de notre démocratie, puisque les bulletins blancs seront désormais des suffrages exprimés.

Mais non mes pauvres et chers amis! Vous n'y êtes pas !

Ils seront SEULEMENT décomptés séparément des nuls au moment du dépouillement et la présentation des résultats électoraux fera expressément mention de leur nombre, distinguant, de ce fait, les bulletins blancs des bulletins nuls au lieu de les réunir dans la précédente formule qui était "bulletins blancs et nuls".

Foutre ! C'est ENORME!

J'ajoute qu'une autre décision, tout aussi importante, a été prise aussi ; sera considéré comme un bulletin blanc, non seulement le carré ou le rectangle de papier blanc (un bulletin vierge, mais gris très pâle est-il blanc ou nul ? Voilà qui va occuper pour dix ans au moins les constitutionnalistes) glissé dans une enveloppe (ce qui est le cas actuellement) mais (et c'est la réforme capitale) une enveloppe vide simplement glissée dans l'urne, sans contenir quoi que ce soit. N'allez surtout pas écrire sur votre bulletin blanc « Merde pour celui qui lira" car, de ce fait, exclu de la noble catégorie des bulletins blancs, il tombera dans l'ignominieuse poubelle les bulletins nuls.

Le plus pittoresque dans cette histoire réside dans les déclarations faites à propos de cette farce par des hommes politiques majeurs (les femmes plus sages se sont tues) comme le président de notre Assemblée nationale qui, au nom du PS, a qualifié cette réforme "de progrès démocratique majeur" (ce qui est pour le moins un oxymore) et Jean-Louis Borloo, récent fondateur-président de l'UDI, qui y a vu, lui aussi, « une avancée démocratique majeure » (décidément nos hommes politiques manquent de vocabulaire), mais surtout une réforme qui répondrait aux attentes de 69 % des Français. Il a simplement oublié de préciser que ce qu'attendent les Français qui, en nombre de plus en plus grand, votent blanc, vous l'aurez sans doute observé, est non pas que l'on se borne à séparer les bulletins blancs des nuls dans les résultats, mais que les bulletins blancs constituent, comme c'est logique et normal, des suffrages exprimés. Ils sont même plus exprimés, si je puis dire, que les votes pour tel ou tel candidat, car si l'on peut espérer par son vote, dans ce dernier cas, une incidence quelconque sur le résultat, on n'en attend aucune de la part d'un vote blanc ce qui rend ce choix d'autant plus méritoire et significatif.

Je vous avais promis un second élément d'ordre historique ; il tient à ce qu'à l'époque révolutionnaire, "le 18 ventôse de l'an 6" pour être tout à fait précis et en croire J.J. Urvoas, le président PS de la commission des Lois, donc le 8 mars 1798 (cette hypothèse est, en revanche, de moi, donc SGDG), l'assemblée nationale (et non le parlement !) avait autorisé le vote blanc, sans que cette mesure soit toutefois maintenue dans la suite ; en revanche, le principe de confondre bulletins blancs et bulletins nuls est moins glorieux et remonte à Badinguet, février 1852, ce qui est tout un programme en matière de démocratie, comme le diraient Messieurs Bartolone et Borloo.

Ce qui est le plus intéressant dans toute cette affaire car rien ne change bien entendu, c'est, pour une fois, la belle et TOTALE unanimité de notre Assemblée nationale, non pas sur le plan de sauvetage de notre économie, en perdition dans les circonstances actuelles, mais sur une mesure totalement bidon qui établit une distinction, aussi stupide que vaine, entre les bulletins blancs et les bulletins nuls.

Peu importe la distinction qu'on fait entre eux puisque, de toute façon, ils finiront dans la même poubelle, celle des suffrages non exprimés. Ils expriment pourtant, de plus en plus clairement et de plus en plus fort, un sentiment que nos politiques ne veulent UNANIMEMENT pas entendre.

lundi 8 octobre 2012

"J'y vas ti ? J'y vas ti pas ?"

Un tel titre peut paraître linguistiquement singulier pour un post consacré à la francophonie ; il se justifie pourtant, car ce bon vieux "ti", est présent dans notre langue depuis le XVe siècle ; il est toujours cher à nos amis Québécois (les vrais fondateurs de la Francophonie) comme il l'était à ma bonne vieille marraine avec son "Voilà ti pas !". Dans la chanson de Marie Bizet, chantée aussi par Pierre Dudan (un Suisse!), il est clairement normand puisque Grand Lucas y invite Marie Lou en lui promettant "J'nous baignerons dans la rivière !". Mais laissons tout cela et venons-en au fait.

François Hollande a donc fini par prendre sa décision concernant sa participation au Sommet de la Francophonie qui se tiendra à Kinshasa à la fin de cette semaine, du 10 au 14 octobre 2012.

Sur le principe, on voyait assez mal comment le nouveau Président de la République française pouvait ne pas participer au Sommet de la francophonie, qui est à la fois le premier qui se tient depuis son élection, mais également le premier à se réunir en République Démocratique du Congo (RDC); un précédent, qui en 1991 avait choisi ce lieu de réunion, avait été finalement tenu à Paris, (au dernier moment alors qu'étaient déjà en route les grosses Renault de luxe offertes par la France aux chefs d'Etat), en raison de la situation politique qui régnait dans le Zaïre de l'époque.

Les choses étaient d'autant plus difficiles actuellement, vu la situation du Mali et les choix diplomatiques qui, pour le moment, sont en faveur d'un engagement de la France dans un guêpier militaro-politique duquel elle aurait tout intérêt, à mon sens, à se tenir éloignée, sans pour autant l'ignorer. Si, comme c'est certain, une discussion se tient à Kinshasa sur cette question et que, comme souvent, on en demeure aux parlottes, ce qui est l'habitude en la matière, cela ne sera pas trop dangereux, mais gare à des décisions hâtives suscitées par des parties irresponsables.

Pressé de participer au Sommet de Kinshasa par les uns, dissuadé de le faire par les autres, François Hollande a semble-t-il longuement hésité  ("J'y vas ti ? J'y vas ti pas ?") multipliant les contacts avec la RDC et envoyant en mission sa ministre dont il n'est pas sûr qu'elle maîtrise toutes les données des problèmes, tant de la RDC que du Mali, fort complexes et parfois même mystérieuses.

François Hollande a donc fini par se décider en faveur de sa participation. Toutefois, alors qu'il y a une fort commode liaison directe entre Paris et Kinshasa (sans parler de Sarko One), il prendra le chemin des écoliers et passera par Dakar. Sage précaution de sa part, car il est peu probable que les dirigeants sénégalais l'incitent à intervenir au Mali. En effet, eux-mêmes s'abstiennent soigneusement de s'en mêler et le Sénégal n'a fait aucune proposition en faveur de sa participation au corps expéditionnaire de la CEDEAO que l'on envisage d'y envoyer, même si cette perspective est encore au rang des projets incertains, fumeux mais surtout lointains.

Cela dit, la participation de François Hollande, francophone natif, contribuera à hausser le niveau de compétence en français des quelques chefs d'État qui prendront part à cette manifestation. On se garde de le dire mais on est est désormais bien loin de l'époque de Niamey où, à l'origine de cette institution, en 1969-1970, TOUS les chefs d'État étaient alors de parfaits francophones. Il en est tout autrement aujourd'hui ; on peut observer d'ailleurs que, alors que la francophonie réunit 75 Etats et Gouvernements, seuls 27 chefs d'État et Premiers Ministre (soit un tiers!) sont prévus à Kinshasa en octobre 2012. Le nombre des chefs d'État proprement dits s'est réduit dans des proportions énormes.  Cela tient, pour une bonne part, à ce que désormais la plupart d'entre eux ne sont pas francophones ; on comprend donc aisément leur choix de ne pas subir quatre jours d'une réunion dont toutes les sessions se tiendront dans une langue qu'ils ne comprennent ni ne parlent.

Les réserves des bonnes âmes quant au choix de Kinshasa tiennent surtout à la politique intérieure  ; on fait état tant de l'élection puis de la réélection du président Joseph Kabila dont le régime autoritaire est contesté que des attentats divers  contre les opposants et la démocratie. F. Hollande déclare qu'il rencontrera les opposants mais ce ne sera pas le cas du militant des droits de l'homme, Floribert Chebeya, assassiné en 2010! Tout cela fait partie du discours habituel d'un certain nombre d'O.N.G. et si l'on ne devait réunir les Sommets que dans des Etats qui respectent parfaitement les droits de l'homme et présentent des situations démocratiques sans l'ombre d'une ombre, on aurait bien du mal à trouver suffisamment d'Etats du Sud pour y déplacer tous les deux ans ce genre de réunion.
Que dira François Hollande à Kinshasa ? Je n'en sais évidemment rien, mais je lui conseillerais assez volontiers d'en dire le moins possible et d'en exiger moins encore, alors que certains l'incitent à se mettre en position de donneur de leçons voire d'ordres. On nous annonce, une fois de plus, la mort de la Françafrique qui a désormais toutes les apparences d'un phénix diplomatique.

On se demande d'ailleurs si certains de ces "conseilleurs" (vous savez, ceux qui ne sont pas les "payeurs"!) fort heureusement dans la presse plutôt que dans les instances gouvernementales, ont le moindre bon sens et, pire encore, la moindre connaissance des situations elles-mêmes. J'entendais encore ce matin je ne sais quel causeur radiophonique, réclamer à Kinshasa l'appui de l'Algérie dans la solution de l'affaire malienne, sans savoir, de toute évidence, que l'Algérie ne fait pas partie de l'OIF. Les éventuelles visites passées de Monsieur Bouteflika, lors de précédents Sommets, relevaient du simple tourisme diplomatique et surtout du constant double jeu de Bouteflika, Janus bifrons de la francophonie. La situation malienne actuelle n'est sans doute pas pour déplaire à l'Algérie, même si elle devrait lui poser quelques problèmes moraux (mais est-ce le terme convenable ici  ?) dans la mesure où cet Etat se proclame pour l'autodétermination du peuple sahraoui quand il la refuse au Mali au peuple tamasheq. L'Algérie, exporte désormais  au Sud ses propres islamistes radicaux, ce qui lui évite d'avoir à les massacrer chez elle et, en outre, leur permet de lui acheter l'essence de leurs 4x4 avec l'argent des rançons et du Qatar. Tout bénef!

Mais il est vrai que tout cela se passe bien loin et, après tout, ce ne sont là que des affaires d'Arabes et de Nègres!

Petite blague pour finir sur une note plus gaie. Bien avant notre époque, dans les années 90 par exemple, deux patrouilles, l'une malienne l'autres algérienne, se croisent à la frontière. On devise - en français bien sûr, car on est entre francophones que diable!
Un Malien demande : "Vous êtes indépendants depuis quand vous-autres Algériens ?.
- "1962" répond un Algérien.
"1962 !" Reprend stupéfait le Malien, "Et vous êtes déjà si blancs !".

vendredi 5 octobre 2012

Quo non descendant ?



"Quo non descendant ?" "Jusqu'où ne descendront-ils pas?" mais ici pris au sens de "Jusqu'où s'abaisseront-ils ?

Je me vois désormais obligé de traduire les citations latines, puisque mes deux latinistes distingués, naguère de service dans mon blog, Succus aceris en Amérique et Benoît pour l'Europe, manquent désormais à toutes leurs obligations, séduits sans doute qu'ils sont par les délices de quelque Capour francophone.

Je parlerai ici, par prudence, de l'élection américaine mais comme nous imitons en tout les Etats Unis, on verra par là même ce qui nous attend et qui a d'ailleurs commencé chez nous.

Je suppose que vous avez vu, comme moi, le numéro de Barack Obama essayant tant bien que mal de rattraper son piteux échec à la confrontation télévisée de Denver, en faisant une entrée remarquée dans le meeting suivant, affirmant que c'était le 20e anniversaire du jour, le plus heureux de sa vie, où Michele avait accepté sa demande en mariage.

La formule est prudente et par là-même commode ; ses amours avec une femme qui s'est montrée bien meilleure que lui dans la pêche aux voix lui feront de l'usage durant tout le mois de l'élection présidentielle ; en effet, après quelques vérifications rapides, il semble si que si tous les biographes obamaniens s'accordent sur octobre 1992 comme mois de mariage du couple, le jour varie et est tantôt le 3, tantôt le 18. Voilà donc déjà au moins deux jours où il peut, sans trop de mensonges, faire référence à son mariage mais, dans le cas qui nous occupe, il est peu probable que le jour où Michele a accepté sa proposition de l'épouser, soit également celui là même où ils se sont mariés. Le nez de Barak s'allongerait-il comme celui de Pinocchio?

Ce ne serait d'ailleurs pas la première fois qu'il nous travestirait la vérité ; lors de son élection, on se souvient qu'il avait remercié, avec une constante émotion, en les désignant comme les principaux soutiens et bailleurs de fonds de son élection, les centaines de milliers d'Américains modestes qui avaient fait le fond de leurs poches pour lui adresser de modestes contributions de quelques dollars. La chose avait sans doute fait pleurer dans les chaumières démocrates, mais on sait désormais que le principal bailleur de fonds de l'élection précédente a été, en réalité, Goldmann Sachs qui ne passe pas en général pour une œuvre de charité et qui était suivi sur ce terrain du financement par le lobby militaro-industriel. Il faut dire que le nouveau président a bien renvoyé l'ascenseur et que, comme souvent dans la démocratie américaine, c'était là le meilleur et le plus sûr des investissements politiques.

Nos diverses chaînes de télévision ont évidemment passé, en ouverture de leurs journaux télévisés, l'arrivée, primesautière et souriante, de Barak Obama, comme toujours plein de charme et de naturel, mais qui, comme toujours aussi, jouait un rôle soigneusement élaboré par ses "gagmen".

Barak Obama, comme tous ses prédécesseurs à la Maison-Blanche, a son équipe de gagmen ; elle est chargée, pour chacune des circonstances publiques comme pour chaque émission de télévision, de lui préparer les facéties et les gags qu'il "improvisera" le moment venu, en fait à l'usage non du public, mais des téléspectateurs américains. On se souvient de l'attentat contre Reagan où on avait préparé une blague qu'il avait sortie sur son lit d'hôpital, encore entouré de toute l'équipe médicale qui avait réalisé l'intervention et à laquelle il avait demandé : « Vous êtes bien tous républicains ?». Et de rire !

Bien évidemment (pour parler comme nos présentateurs de télévision) les mots les plus drôles des présidents américains sont ceux qui sont involontaires et dans lesquels les gagmen ne sont naturellement pour rien. Ainsi, celui de ce président des Etats Unis (j'ai oublié lequel dans la série des crétins qui ont gouverné l'Amérique durant les dernières décennies) qui avait dit, lors de son premier voyage en Amérique latine, qu'il regrettait beaucoup de ne pas avoir mieux étudié le latin quand il était en classe.

Les deux candidats ont donc tout un mois pour faire tourner à plein régime leurs équipes de gagmen et pour chercher les moyens les plus sûrs et les plus efficaces de flatter la populace qui finalement décidera de leur sort pour les années à venir.

Triste spectacle de la démocratie !

lundi 23 juillet 2012

Timeo Danaos et dona ferentes

Timeo Danaos et dona ferentes ("Je crains les Grecs même lorsqu'ils apportent des cadeaux"). Cette phrase ne fut certainement pas prononcée, du moins, sous cette forme, puisqu'elle est en latin, par les Troyens assiégés, au moment où les Grecs leur faisaient le fatal cadeau du Cheval de Troie qui allait causer leur perte !

Elle est toutefois vraie, aujourd'hui plus que jamais, lorsque l'on considère la situation des pays riverains du bassin méditerranéen, au sud et à l'est, au Maghreb comme au Machrek.

Tout le monde s'était déjà réjoui, naïvement ou sottement comme il vous plaira, de voir le Qatar apporter son soutien, plus moral que réel, aux forces de l'OTAN dans les attaques portées contre le régime de Kadhafi. Il en a été de même, dans la suite, même s'il était un peu inattendu (mais nul ne s'en étonnait) de voir les monarchies pétrolières du Golfe prétendre voler au secours des printemps arabes qui marquaient, aux yeux du monde, l'aspiration à la démocratie. On sait en effet que ces régimes ne sont pas des exemples très probants de démocratie effective!

Le meilleur exemple est sans doute le Qatar qui, non seulement a fait voler ses avions aux côtés des nôtres au-dessus du Libye, mais achète en France, à Paris surtout, tout ce qui passe à portée de sa vaste bourse, depuis les footballeurs jusqu'aux hôtels de luxe. C'est toujours ça de pris, se disent les Français, "nés malins" et qui ont inventé le vaudeville mais qui, comme d'habitude, ne voient pas beaucoup plus loin que le bout de leur nez qu'ils ont généralement court.

En effet et pour digresser un peu mais en apparence seulement, j'alerte  en vain depuis dix ans (je ne sais qui d'ailleurs car nul ne m'écoute) sur les risques que fait peser, en Afrique subsaharienne largement musulmane, l'intégrisme islamique à qui ses immenses moyens financiers permettent de tendre à éliminer l'islam africain traditionnel infiniment plus tolérant. Les événements actuels du Mali et la destruction des bâtiments érigés en l'honneur des "saints musulmans" le démontrent assez.

Après des textes sérieux des années 90, j'ai écrit autrefois un blog sur le sujet où je disais que nous avions que trois cartes à jouer dans cette région du monde où la situation était loin d'être, à ce moment, ce qu'elle est aujourd'hui.

Ce sont en premier lieu l'islam africain dont nous devrions, en premier lieu et d'urgence, aider les medersas traditionnelles qui sont bien incapables de rivaliser avec les écoles coraniques financées par les émirats et qui offrent, entre autres, des bourses où l'on forme les élites locales qui serviront à la propagation du wahhabisme.

En deuxième lieu, les femmes car les femmes africaines, qui sont l'élément actif et productif de la population et le pivot social majeur, ne sont pas disposées à se laisser faire ; elles offriront à n'en pas douter une résistance importante, même si leur éducation reste à la traîne en dépit des rodomontades.

En troisième (the last but not the least) de la bière, qui est, assurément, le plus réussi de tous les transferts de technologie du Nord. La Flag contre le Coran, la lutte sera rude!

Mais revenons au sujet et aux printemps africains comme aux démocraties dont ils sont censés illustrer l'appétit. Il n'y a que nos hommes politiques pour être assez naïfs pour croire à la pureté des intentions, quand ils voient des régimes politiques du Golfe dont la pratique interne de démocratie est bien connue, prétendre voler au secours des aspirations arabes à la démocratie.

Le cas de la Syrie illustre cette situation à nouveau ; sans que je prétende un instant défendre en quoi que ce soit Bachar al-Assad, je ne suis pas sûr que nos intérêts réels effectifs soient de le voir tomber, pour céder la place à un régime islamique tapi au fond du Cheval de Damas dont Troie n'est pas si loin. Je pense que les Turcs, bon nombre de Libanais sans parler des Israëliens partagent cet avis, même si on ne les entend guère pour le moment.

C'est là que s'explique le titre même de ce blog. Je crains les émirs même (ou surtout) lorsqu'ils apportent des cadeaux à la démocratie. Mieux vaut qu'ils nous offrent des Zlatan ; c'est plus spectaculaire (enfin on espère...) et, en tout cas, moins dangereux.

Bref et en d'autres termes, si je vois un émir vanter les charmes de la démocratie, je sors mon Coran !

mardi 17 mai 2011

DSK : De Rickers à Manhattan

Il est clair qu'il y a un monde entre les diverses images de DSK vues récemment sur nos écrans.

Les premières, à Paris, sont celles d'un DSK, fringant et enjôleur, élégamment vêtu de l'un de ses dispendieux costumes qui ont, dès le lendemain, défrayé la chronique, traversant d'un pas alerte (en dépit de son considérable embonpoint qu’il faut tout le coûteux talent d’un tailleur de Washington pour dissimuler) la cour d'un ministère poursuivi par une meute de photographes avides de confidences sur sa candidature. Les secondes, plus récentes, sont celles d’un DSK fourré sans ménagement dans un véhicule du NYPD ou, livide et hagard, aux côtés de ses avocats devant un tribunal de New York.

Comme disaient les lapins (je veux dire les « Latins », mais je laisse volontairement ici cette erreur de mon logiciel de dictée Dragon qui lui est peut-être inspirée par l'appellation « lapin chaud » que des journalistes étrangers ont donnée à notre DSK) à Rome « la Roche Tarpéienne est près du Capitole »! De même, à New York, Rickers Island, dans l’East River, est proche du Sofitel de Time Square !

Le DSK filmé au tribunal ne m'a pas inspiré les mêmes réflexions qu’à un certain nombre de journalistes français qui se sont tordu les mains de désespoir à voir un homme, d’ordinaire si richement et si élégamment vêtu, avec une pauvre chemise sous un imperméable miteux et en outre pas rasé et la mine sinistre. Connaissant les moeurs de la justice américaine je ne doute pas un instant que ses avocats eux-mêmes lui aient conseillé de se présenter au tribunal dans cet équipage et la barbe longue ! De cette façon, il ne détonnait pas au milieu de la faune qui peuplait le dit tribunal et il aurait été du plus mauvais goût d'y arriver dans sa tenue habituelle, en costume haut de gamme, avec cravate et sourire charmeur. Le but n'était en rien de séduire la juge même si c'est là sans doute l’une des habitudes les plus constantes de DSK.

Comme toujours, sans vouloir faire un relevé exhaustif des sottises et des fautes de français de nos journalistes, on peut noter, parmi les plus remarquables, celles du journaliste de TF1, spécialiste de la question, qui a déploré « la lenteur de la justice américaine », ce qui est pour le moins paradoxal quand on songe à la vitesse à laquelle DSK est passé de son siège de la première classe du vol Air France au tribunal de Manhattan. Le même François Bachy a ajouté dans la suite de son intervention pourtant brève que notre homme politique français « avait le genou au-dessous de la terre », ce qui paraît une performance digne d'intérêt. Sur France-Info, on nous a relaté les mêmes choses en évoquant des « circonvolutions verbales » ; je suppose que le rouletabille de service voulait parler de « circonlocutions » ce qui lui aurait économisé un adjectif mais on ne peut trop en demander et mieux vaut laisser ces détails pour revenir au fond des choses.

Même si toute l’affaire DSK est fort regrettable, je trouve que le parti socialiste en fait un peu trop, en particulier dans le registre de la stupéfaction. S'il est un lieu où les habitudes (mauvaises) de DSK dans ses relations avec les dames sont connues de chacun, c'est bien au parti socialiste ; l'une des figures les plus marquantes (et les plus avenantes) du PS a d'ailleurs confié, sans qu'on en fasse état en haut lieu, qu'elle évitait absolument de se trouver seule dans une pièce avec DSK.

On n'a pas manqué (et c'est justice) de souligner que jusqu'à preuve du contraire (et ce sera à la justice de l'établir, même si l’on en viendra, à coup sûr, dans la suite, a contester toute décision de la justice américaine qui serait défavorable à DSK), le toujours patron du FMI est présumé innocent. On doit toutefois noter que dans une telle affaire, à la différence d'autres, présumer innocent DSK revient à présumer coupable de mensonge et de faux témoignage Mme Diallo. Je crois donc que l'attitude de réserve qu'on recommande de tous côtés devrait consister en l'occurrence à ne prendre parti ni pour l'un ni pour l'autre car à force de souligner la présomption d'innocence de DSK, on ne peut que mettre en avant une présomption de culpabilité de la femme de chambre du Sofitel.

Je laisse de côté des détails qui ne plaident pas en faveur de DSK comme le fait d'avoir laissé dans sa chambre une partie de ses effets personnels ou d'avoir tenté d’invoquer un alibi qui s'est révélé dans la suite sans valeur. Ce qui est en revanche incompréhensible est que, si Mme Diallo (vous observerez que je me garde de dire la victime) a prévenu la direction de l'incident qui se serait produit avec DSK dans sa chambre, comment la direction du Sofitel a-t-elle pu laisser DSK régler sa facture sans évoquer la question, alors que la police était semble-t-il déjà prévenue ?

On peut donc à partir de là former quelques hypothèses.

Première hypothèse : il ne s'est rien passé et la femme de chambre qui entend, dans la suite, tirer un profit maximum de son retrait de plainte, après avoir elle-même mis en désordre ses vêtements, est allée raconter sa fable et prévenir la direction de l'attaque dont elle avait été l'objet ; la police est alors prévenue par l’hôtel. Dans ce cas, il est clair que le client concerné ne peut qu’être avisé lorsqu'il vient régler sa note. Innocent, DSK, loin de s’en aller, aurait alors protesté, déclaré et fait constater qu'il ne s'était rien passé en réalité. Les traces relevées dans la chambre semblent écarter cette hypothèse.

Deuxième hypothèse : Il s’est passé des « choses » entre DSK et Mme Diallo (ce que prouvent les constats), mais celle-ci, quelles que soient ses intentions, a voulu interrompre la relation avant son terme. Les faits se sont donc partiellement passés comme Mme Diallo les a racontés. La direction est prévenue par elle de sa version des faits et alerte la police ; on en revient à la première hypothèse. DSK devrait être prévenu et, logiquement, il devrait prendre les devants, au besoin en disant toute la vérité. Ce sera probablement sa version finale des faits (Mme Diallo était consentante, au début au moins).

Troisième hypothèse. Madame Diallo n’était pas consentante ; elle a été victime de violences mais elle a pu sortir pour aller raconter les faits à la direction. Dans ce cas, DSK, avisé ou non, aurait dû être assez astucieux pour prendre lui-même les devants et dire qu'un incident a été volontairement créé par une femme de chambre folle et/ou nymphomane. Faisant enregistrer son témoignage auprès de la direction, il aurait même pu demander la mise à pied immédiate de cette employée en tant que client habituel et précieux de cet hôtel.

Quatrième hypothèse : les faits se sont passés selon la deuxième ou la troisième hypothèse ; DSK a réglé sa note sans que la direction fasse mention des événements précédents (ce qui est hautement improbable et en tout cas stupéfiant) ; il a filé à toute vitesse, en oubliant une partie de ses effets personnels dans la chambre et sans prendre le soin élémentaire d'établir un contre-feu préalable auprès de la direction par une déclaration contredisant le témoignage de Mme Diallo, qu’il en ait ou non eu une connaissance détaillée.

Dans tous les cas, le comportement de DSK est étrange et ne sera sûrement pas un élément en sa faveur, surtout si, comme le laissent prévoir les examens médico-légaux, des égratignures de DSK confirment les déclarations de Mme Diallo sur ce point.

Reste l'hypothèse du complot ; elle peut se situer en amont de chacune des hypothèses. Il semble que si l’on a voulu tendre un piège à DSK en connaissant ses habitudes en matière de relations avec les dames, on n'a sans doute pas fait le meilleur choix en ce qui concerne Mme Diallo. D'après les premiers témoignages cette guinéenne de 32 ans, mère d’un ou deux enfants (le nombre varie) ne serait pas une beauté fatale (là aussi les témoignages varient !). Quitte à tendre un piège à DSK, il aurait mieux valu choisir une créature susceptible de l’attirer à tous coups. Détail un peu mesquin voire sordide ; si l'on en croit les documents du procureur, Mme Diallo portait un collant que DSK lui aurait arraché. En pareil cas, une jupe courte, des bas noirs et un porte-jarretelles auraient été plus indiqués s'il s'agissait de pousser au crime notre DSK !

Il est certain que l'affaire Polanski a pesé lourd dans la conduite des événements puisque si DSK avait pu décoller avec le vol d'Air France pour Paris, il était définitivement hors de portée de la justice des États-Unis. On peut certes objecter que, dans ce cas, il mettait un terme à sa carrière au FMI (mais je crois que ce terme est atteint depuis longtemps) ; la liquidation des affaires immobilières aux États-Unis pouvait, dans ce cas, être conduite par Anne Sinclair qui n'aurait pas été l'objet de poursuites de la part de la justice américaine.

A y réfléchir, le pire, pour DSK, s’il est coupable, a dû survenir quand, après le quart d'heure qu'il a passé à lorgner les accortes hôtesses, confortablement calé dans son fauteuil de première classe dans l'Airbus d'Air France, un verre de champagne à la main, il a senti s'abattre sur son épaule la main inattendue du policier américain venu l'arrêter.[Je ne croyais pas si bien dire mais on ne se refait pas. Ce 20 mai 2011, on lit, dans le Point.fr, dans une note de Michel Colomès, ""Quel beau c...l !" Cette interjection, à l'adresse d'une des hôtesses du vol New York-Paris AF023 du samedi 14 mai, d'autant plus leste que faite à voix haute devant le personnel navigant commercial, est la dernière phrase prononcée par Dominique Strauss-Kahn avant d'être invité par deux policiers à quitter le siège de la Business Class sur lequel il avait pris place pour se rendre à Paris. En effet, contrairement à ce qui a été dit, le type d'appareil, un Airbus A330-200, qui assure le vol de 16 h 40 au départ de l'aéroport Kennedy, n'est pas équipé sur Air France d'une classe First...].".

L’arrogance de DSK au moment de son arrestation confirme ce que nous savons tous déjà, même si nul n’ose le dire, dans un pays qui, contre tout bon sens, persiste à s’affirmer comme le pays des droits de l’homme. Les Etats-Unis sont une véritable et authentique démocratie ce que nous pouvons de moins en moins prétendre être.

mardi 22 mars 2011

Libye : « Aube de l’odyssée » (N°2)

Comparaison n'est pas raison et il est évident que, mise à part l'identité du belliqueux couple franco-britannique, les situations sont tout à fait différentes de celles de 1956, car, dans l'affaire de Suez à cette époque, il y avait en outre, face à l’Egypte, un troisième partenaire (et non le moindre) qui était Israël.

On doit toutefois se souvenir que ces « événements de Suez » ( « l’opération Kadesch » selon la terminologie militaire israëlienne), surviennent, en 1956 moins de dix ans après la création de l'État d'Israël (1948) et peu après la rupture entre Israël et l’URSS (1953). Or les conditions exactes de la création de l’Etat d’Israël et surtout le rôle de Staline, aussi capital qu’inattendu, sont peu connus quand ils ne sont pas oubliés ou ignorés de la plupart des commentateurs.
On doit garder à l’esprit qu’en 1956, on est en pleine guerre froide et que cette même année est particulièrement agitée dans la zone moyen-orientale. En effet, durant cette année, la tension s'accroît entre Israël et l'Égypte suite aux raids menés par les fedayins palestiniens sur le territoire israélien. Nasser, qui a succédé à Neguib, décide de fermer le canal de Suez aux navires israéliens ; il reconnaît alors la Chine et, de ce fait, entre en conflit ouvert avec les Etats-Unis qui mettent un terme à leur aide financière à l'Égypte. Nasser, unilatéralement, nationalise le canal de Suez, dont 44% appartiennent à un consortium franco-britannique. La compagnie du canal retire aussitôt, en représailles, ses techniciens, qui seront remplacés par des agents issus d’Etats « non-alignés ».
La tension s’accroît au point qu’après la destruction au sol par les Franco-Britanniques de l’aviation égyptienne et les attaques conjuguées des troupes israéliennes dans le Sinaï et des forces françaises et anglaises, parachutées et/ou débarquées, l’URSS ira jusqu’à menacer la France, le Royaume-Uni et Israël d'une guerre nucléaire. Ce bluff contraint alors l’OTAN à rappeller qu'elle ripostera, le cas échéant, par les mêmes armes. Les Etats-Unis, qui naturellement n’ont pas les mêmes intérêts politiques et économiques dans l’accès au canal de Suez que les nations européennes et, a fortiori, qu’Israël, doivent finir par sortir de leur attentisme. Ils exigent donc le retrait des forces franco-britanniques et israëliennes victorieuses ; ils font même pression à la fois sur le plan militaire, en perturbant, par l’arrivée de leurs propres forces navales, le dispositif franco-britannique, et, sur le plan monétaire, en attaquant sur ce terrain la livre sterling.

On ne saura sans doute jamais toute la réalité du dessous des cartes diplomatiques du moment et il y a fort bien pu y avoir là un « échange de bons procédés » secret entre les deux super-puissances sur le dos franco-britannique. Ce sont clairement, en tout cas, les EU et l’URSS et non pas l’ONU, qui ne retirera de l’affaire que l’avènement des « casques bleus », qui ont imposé, de façon presque violente, l'arrêt du conflit en forçant à rentrer chez elles les forces françaises, britanniques ... et israëliennes victorieuses sur le terrain.

On ne sait généralement pas que la position du président Truman sur la création de l’Etat d’Israël avait été très loin d’être claire et que l’URSS avait été le PREMIER Etat à reconnaître de jure Israël. En outre, dès le 15 mai 1948, l’URSS a CONDAMNE l’intervention des armées arabes en prenant la défense d’Israël. Sans intervenir directement dans les livraisons d’armes aux Israéliens, Staline a eu, là aussi, un rôle décisif puisque dès 1947, il les avait « autorisées », ce qui, de la part du « Petit Père des Peuples », revenait naturellement à les ordonner aux Etats de l’Est ! Ce sont les Tchèques surtout qui ont livré les armes qui faisaient si cruellement défaut aux Israéliens attaqués et sans lesquelles l’Etat d’Israël n’aurait assurément jamais pu survivre.

L’URSS pensait ainsi contrarier les USA qui étaient loin de soutenir fermement Israël. Staline espérait sans doute plus de reconnaissance politique de la part du nouvel Etat ; il avait sans doute probablement sous-estimé le poids financier et le rôle de la communauté juive des Etats-Unis, d’autant que l’antisémitisme continuait à régner en URSS, où l’on interdisait toute émigration vers Israël. C’est donc assez logiquement qu’en février 1953, juste avant la mort de Staline, Moscou rompt ses relations diplomatiques avec Tel Aviv. Le rapprochement avec l’Egypte devient alors des plus logiques.

On comprend aussi aisément par là que la gauche française et surtout le PCF, qui en est encore, à cette époque, la composante majeure vont aussitôt changer de sentiment à l’égard de l’Etat « sioniste » que la protection de Staline avait auparavant mis à l’abri de toute critique !

En 1947-1949 dans le cas de la création d’Israël, comme en 1956 pour le conflit de Suez, et sans doute, comme aujourd’hui, dans l’affaire de Libye, on nous ment et il y a quelque distance pour le moins entre les motifs et les intentions qu’affichent les uns et les autres et la réalité des raisons et des mobiles qui les animent. Les palinodies de la Chine comme de la Russie, les atermoiements de la Ligue arabe, le silence assourdissant des Etats africains sont des signes politiques qu’on ne saurait ignorer. Tout donne donc à penser que les Français et les Britanniques, qui furent en 1956 les dindons de la farce, le seront à nouveau.

Peut-être la France peut-elle au moins se consoler en se disant que la démonstration de l’efficacité de ses armes (et en particulier de nos chers Rafales) pourra conduire la Lybie (sous Kadhafi ou sous un autre) à nous conserver ou à nous apporter dans ce domaine sa pratique !

PS. Je suis traîné en justice par un puissant que j’ai eu l’outrecuidance de railler dans mes « persaneries », mais là, pour le coup, je risque, pour le moins, douze balles dans la peau, pour haute trahison ! Vive la démocratie que nous exportons mieux que nos avions mais grâce à eux, puisque nous les utilisons, de façon inattendue, à cette fin.

samedi 19 février 2011

Coluche au trou!

Deux remarques liminaires pour les nobles étrangers qui pourraient me lire en des terres aussi lointaines que le Brésil, l’Australie ou les Émirats arabes unis.

Coluche est un humoriste français, trop tôt arraché par un camion à l'affection de ceux qui appréciaient ses plaisanteries. La France, quant à elle, est un pays prétendument démocratique où l'ordre moral le plus rigoureux et le plus stupide (excusez la tautologie, car un ordre moral est toujours stupide !) est en train de s'installer. On se borne encore, pour le moment, à chasser les humoristes des radios et des télés comme à les condamner dans des procès grotesques, mais tout donne à penser qu'on tardera pas à les mettre enfin et une bonne fois pour toutes en prison.

Le discours favori des tenants de l'ordre moral qui régissent les associations affichées comme antiracistes, qui sont le bras séculier de cet ordre et qui visent, à les croire, à instaurer une parfaite égalité entre tous les citoyens est, en fait, celui d’un égalitarisme forcené mais de façade ; il conduit certes à prétendre nier, au moins, dans les propos, des inégalités sociales, dont ces mêmes zélateurs de l'égalité s'accommodent, en revanche, parfaitement dans la vie courante. On peut même noter que bon nombre d'entre eux, dans leur vie politique ultérieure, ont utilisé, pour sauter, beaucoup plus haut et plus loin, que leurs capacités propres ne permettaient de le prévoir, le tremplin si commode et tellement gratifiant de cet égalitarisme. Je n'ose pas citer de noms de peur de me retrouver moi-même à l'ombre, mais je pense que vous pouvez aisément voir de qui je parle en ces termes.

Les conséquences de cet ordre moral nouveau se font sentir jusque dans la langue française qui présentent quelques expressions consacrées dont on doit désormais se garder absolument d’user. On a vu récemment un parfumeur en retraite devenu l’objet d’un lynchage médiatique de la part de cette presse bien pensante et menacé de toutes parts de procès (je ne sais pas s'ils ont été réellement intentés) pour avoir utilisé la vieille expression française « travailler comme un nègre » que Flaubert et quelques autres ont pu employer autrefois sans encourir les foudres de la justice. Ajouterai-je que le malheureux a eu la chance, dans son malheur, de ne pas qualifier le résultat de l'activité en cause de « travail d'Arabe », expression qui a pourtant donné son titre à un film récent. Dans ce cas-là, on aurait peut-être pu envisager pour lui le rétablissement de la peine de mort.

Il est heureux que Coluche soit mort assez tôt pour ne pas être taxé de racisme et se voir poursuivi sur ce chef d'accusation. En effet, les peuples d’Outre-Quiévrain étaient l’une des cibles favorites de ses plaisanteries et il avait toujours à raconter une histoire sur ceux qu'il appelait « nos amis les Belges ». Je précise, pour les mêmes nobles étrangers qui pourraient me lire, qu'il parodiait par la une expression familière qui fut même, un moment, le titre d'une émission télévisée connue, « Nos amis les bêtes ». Comme il aimait aussi à se moquer des syndicalistes (une de ces formules était la suivante : « Le capitalisme c'est l'exploitation de l'homme par l'homme, le syndicalisme c'est l'inverse ») aurait-il vécu jusqu’à nos jours qu’il aurait sans doute passé son temps dans les tribunaux avant de finir sur la paille humide des cachots pour racisme anti-belge et anti-syndical !

On a vu récemment deux humoristes bien connus et non sans talent, Stéphane Guillon et Didier Porte, chassés comme des malpropres de l'audiovisuel public pour avoir plaisanté quelques-uns de nos politiques qui, d'ailleurs n'appartenaient pas nécessairement tous au parti majoritaire.

L'affaire la plus récente est celle du procès fait à Éric Zemmour et qui vient de se terminer par la condamnation de ce journaliste qui, d’ailleurs, est plus un chroniqueur qu'un humoriste, mais qui avait eu le malheur de prétendre que le pourcentage des condamnés dans la petite délinquance était plus important chez les Blacks et les Beurs que chez les Caucasiens pur sucre. Un tel propos ne fait référence qu’à des statistiques et il est extrêmement discutable de feindre d'en déduire qu'au plan moral, les premiers sont inférieurs au second.

Il y a là, bien entendu, que la simple conséquence, tout à fait évidente, de facteurs sociaux qu’on ne peut guère contester. Ils font que ces populations, socialement marginalisés, en sont, par force et parfois, réduits, comme Panurge en son temps, à se procurer de l’argent « en façon de larcin furtivement fait ». lls ont, de ce fait même, infiniment plus de chances de s'exposer à des sanctions pénales que les populations aisées voire riches, classes sociales dont relèvent manifestement les nobles instigateurs de ces procès, qu’on ne voit guère mettre en oeuvre, hors des prétoires, la sollicitude dont ils font preuve en justice.

Dans l'ordre moral qu'on est en train d'instaurer en France, le pire n'est assurément pas la morale mais la sottise !

mardi 15 février 2011

Egypte et Tunisie. Démocraties de papier.

On pouvait s'attendre à une période euphorique en Égypte comme en Tunisie, suite aux révolutions si rapidement et si heureusement survenues. Il n'en est rien, semble-t-il ; le montrent les mouvements sociaux qui se succèdent en Égypte, où chaque groupe ou corporation fait entendre des revendications que le précédent régime étouffait dans l'oeuf, comme en Tunisie, où l'on constate surtout un exode massif en direction de l'Europe.

Les cas des deux pays sont, semble-t-il, bien différents.

En Tunisie, en somme, il n'y a plus d'État et l’on ne sait pas ce que sont exactement devenus les autorités et les ministres qui avaient été mis en place, non sans débats et contestations. Il en résulte une situation d'anarchie, parfois violente, ce qui empêche les flux touristiques qui sont la principale ressource du pays, avec l’harissa du Cap Bon. Le trait le plus marquant est toutefois l'exode, soudain et massif, (5000 personnes en trois jours), en particulier en direction de Lampedusa qui n'est guère qu'à 130 km des côtes tunisiennes et que des milliers de Tunisiens, candidats à l'émigration, tentent de rallier sur des embarcations de fortune (on en a vu à la télévision) ou en ayant recours aux services de passeurs qui ne manquent pas de s'engraisser sur leur dos (1.000 $ par passager). L’aventure n’est pas sans risques, vu les dangers d’une Méditerranée capricieuse, l’état lamentable de certaines embarcations et les risques d’arraisonnement (un garde-côte tunisien a ainsi éperonné une barque causant la mort de plusieurs de ses passagers).

On a peine à croire qu'il s'agisse là de personnes qui s'étaient compromises avec le précédent régime et qui craindraient, de ce fait, des représailles. Il est clair, à les entendre, que la plupart de ces migrants, souvent des chômeurs, se dirigent d’abord vers l'Italie, via Lampedusa, mais qu’ils ont souvent l’intention ensuite d'essayer (ils ne s'en cachent pas et peuvent compter sur la complicité active des autorités italiennes) de gagner la France, où, ils le savent, les conditions d'accueil faites aux migrants peuvent leur sembler infiniment plus favorables.

En Égypte, il en est, semble-t-il, tout autrement, du moins à ce que nous savons de la situation. Si l’on n'avait pas pu suivre, pas à pas, le cours des choses durant la dizaine de jours qui a précédé le départ du président Moubarak, et si les choses se passaient dans un autre pays, d'Afrique ou d'Amérique latine, on dirait assurément qu'on est en présence d'un coup d'Etat militaire. En effet, on constate qu’au Caire, le parlement a été dissous, le gouvernement mis à pied et que tous les pouvoirs ont été mis aux mains d'un comité militaire, ce qu’on appelle, ici ou là, une junte ! Partout ailleurs, on ne manquerait donc pas de parler de putsch, puisque l’idée d’un gouvernement civil provisoire de cinq membres a été rejetée par l’armée. La seule raison pour laquelle on ne parle pas de coup de force militaire est qu’entre le gouvernement Moubarak et l'état actuel des choses, il y a une parfaite continuité. On ne saurait donc pas véritablement parler de coup d'Etat, car il a été permanent depuis un demi-siècle, de Nasser à Moubarak.

On commence à découvrir que les choses ne se sont pas passées tout à fait comme on nous l'a dit ; en particulier, les musées du Caire, dont on disait qu'ils avaient été épargnés, ont été largement pillés et dépouillés de certaines de leurs pièces les plus rares, ce qui éclaire sur les compétences des voleurs en matière d’égyptologie. La situation égyptienne actuelle se caractérise surtout par des mouvements sociaux et des revendications qui, à un moment ou à un autre, devront bien être contrôlés, voire réprimés ; en outre, rien ne garantit vraiment que les réformes annoncées pour les semaines ou les mois qui viennent seront réellement mises en oeuvre.

Je me demande si cet exode massif de Tunisiens vers Lampedusa, l’Italie puis la France, ne se justifie pas du fait d’une très bonne connaissance des lois de notre pays. Certaines associations françaises spécialisées s’emploient, en effet, très activement, à faire connaître, dans le Sud, aux candidats à l’émigration vers la France, toutes les dispositions qui peuvent leur être favorables. Les lois françaises tendent, en effet, à privilégier, dans la régularisation des immigrants, le statut de réfugié politique, même s’il semble un peu difficile à invoquer réellement en la circonstance, en dépit de l’émotion suscitée ici par les événements de Tunisie qui constitue aussi un élément favorable.

Les experts de l'arabité, d'Olivier Roy à Benjamin Stora, s'expriment dans tous les médias et nous expliquent, en long et en large, que les mouvements islamiques ne sont plus qu'ils étaient, qu'ils se sont embourgeoisés et, en somme, qu'ils ont mis la charia à l'heure de la démocratie occidentale.

Je veux bien le croire, même si je ne suis pas tout à fait convaincu, tant par le discours actuel des Frères musulmans d'Égypte que par celui du leader de l’islamisme tunisien, revenu de son exil londonien, ou encore par celui que tient un Tariq Ramadan (héritier du fondateur des Frères musulmans d’Egypte), discours qu'on entend depuis longtemps, et qui a une fâcheuse tendance à être double voire triple, en fonction des auditoires auxquels il s'adresse et des objectifs visés, au moment où même il est tenu.

Je crains un peu que ces vrais savants qui s'expriment dans nos médias n’aient un souci quelque peu excessif, conscient ou non, de combattre ou en tout cas de freiner la tendance à l'islamophobie qui est latente devant les incertitudes de telles situations. Il y a toutefois, hors du Maghreb et de l'Égypte, nombre de situations islamiques, où l'on ne constate pas une telle révision des stratégies si l’on s’en tient d’abord aux politiques mises en oeuvre dans les Etats islamiques ou apparentés, du Pakistan au Nigéria.

dimanche 30 janvier 2011

Démocratie et conflits d'intérêts. D'Haïti à l’Egypte

Au moment où, dans le débat public national, « démocratie » (pour le Sud) et « conflits d'intérêts » (en France) sont les maîtres-mots de l'information comme toutes les discussions, personne ne semble se poser la question des rapports qui peuvent s'établir entre ces termes et les notions qu’ils portent.

Commençons donc par Haïti puisqu'en ce dimanche 30 janvier 2011, Hillary Clinton, dans quelques heures (il est 9 heures en France et le décalage horaire est de moins 6 heures) va débarquer de son jet privé sur l'aéroport de Port-au-Prince, où l'on aura assurément fait de la place pour elle au parking.

Elle estime, sans le moindre doute, apporter en Haïti les valeurs de l'humanisme et de la démocratie ; elle vient en effet, plus précisément, faire pression sur le président René Préval comme sur les candidats au second tour de la présidentielle pour permettre un déroulement rapide d'un scrutin, en panne depuis le 28 novembre 2010, jour du premier tour dont les résultats n'ont toujours pas été officiellement proclamés, comme on a pu le lire dans mes précédents posts sur Haïti.

La date de cette proclamation a été sans cesse remise et elle est actuellement annoncée pour le 2 février 2011. Le second tour aurait lieu le 20 mars avec des résultats donnés le 16 avril 2011. René Préval, dont le mandat se termine le 7 février et avait été prolongé (mais avec contestation sur ce point), resterait donc en place jusqu’au 14 mai au moins, comme il le souhaitait lui-même, bien entendu, mais comme la pression internationale le lui refusait.

Naturellement comme on cachait à notre pauvre Président ce qui se passait en Tunisie, on ne dit pas tout sur la situation et l’opinion haïtiennes à Madame Clinton !

La pauvre Hillary ne sait sans doute pas (on se garde bien de le lui dire) que le bruit court là-bas que le couple Clinton tirerait des profits (cachés mais considérables) de l'assistance internationale et humaine au désastre haïtien. Dans la « Clinton Global Initiative » qui « coordonne » tout cela, Bill ne tirerait pas que le dollar, symbolique et annuel, qui lui est attribué comme unique rémunération.

Le couple Clinton lui-même fait aussi un peu problème et il est « improbable », comme dirait notre « Fredo », dans la mesure où on sait pas, au juste, où en sont leurs relations personnelles (hors des images pieuses destinées à la presse people).

On ne sait pas davantage si Hillary s'est enfin convertie au système d'humidification de ses cigares qu'affectionne tant ce cher Bill.

Bien des gens, sans doute mal intentionnés, se demandent donc si l'intérêt d'Hillary Clinton dans cette affaire ne tient qu'au seul bonheur du peuple haïtien. Le plus grave est que les actions qu’elle conduit dans ce cadre, quels qu’en soient les vrais motifs, sont pour partie contre-productifs et constituent, dans les faits, autant de « boomerangs » ou de « pavés de l'ours » (à vous de choisir la métaphore qui vous conviendra le mieux).

De l’autre côté de l’Atlantique, « nan Ginen » comme on dit en créole haïtien, l'intérêt américano-français porté au processus électoral ivoirien fait l'objet d'analyses du même genre et la propagande très intense de Laurent Gbagbo ne se prive naturellement pas d’exploiter, à tort ou à raison, cet argumentaire comme je l’ai montré dans un précédent post. Naturellement les photos du mariage de Alassane (Dramane, ce second prénom étant amovible en fonction des circonstances et des visées) Ouattara avec la blonde Dominique Novion , célébré à Neuily par Nicolas Sarkozy, sont partout ; on ne manque pas de rappeler aussi que cette femme d’affaires fut la gestionnaire des biens d’Houphouët-Boigny et d’Omar Bongo (une sorte de Patrick de Maistre en tailleur Channel en somme). Comme on ne la voit guère voilée, on ne sait pas si elle s’est convertie à l’islam pour épouser Alassane Dramane (ce qui est une obligation pour tout bon musulman), mais il est clair que tout cela fait parfaitement les affaires de Laurent Gbagbo, sans pour autant militer vraiment en faveur de la démocratie.

Mais revenons à Haïti et à Hillary Clinton, nul doute que le président Préval sera tout sourire pour l’accueillir à sa descente d'avion ; il écoutera assurément avec la même courtoise aménité et sans doute en hochant du chef, ses fermes et pressants conseils en faveur de la reprise du processus électoral et donc de l’éviction définitive de son propre candidat, Jude Célestin. Ce dernier, quoique son retrait ait été annoncé par son parti INITE, ne l’a pas confirmé, jusqu'à présent et, dit-on, à l’instigation de Préval (qui veut faire durer les choses) alors que cette démarche personnnelle, selon la loi haïtienne, est absolument indispensable pour que ce retrait soit effectif.

À n'en pas douter, Hillary reprendra donc, dans quelques heures, son avion avec la conviction qu'elle a une fois de plus rempli sa mission et triomphé de ces maudits blacks qui, non contents de l'avoir odieusement écartée de la présidence des États-Unis, lui mettent maintenant des bâtons dans les roues dans le cadre de ses actuelles activités.

Nul doute non plus qu'aussitôt Hillary envolée, René Préval dénoncera, plus ou moins discrètement et/ou par séides interposés, les insupportables manoeuvres américaines et internationales, qui visent, une fois de plus, à imposer au peuple haïtien des choix qui ne sont pas les siens. Ce genre de numéro marche toujours en Haïti où le nationalisme reste très présent, puisque, ne l'oublions pas et chacun se fait fort de nous le rappeler à tout moment, Haïti, première république noire, a été aussi la première colonie a secouer victorieusement le joug du colonialiste.

Et la Tunisie me direz-vous ? Et l'Égypte, poursuivrez-vous, non sans raison ?

Au moment où la France découvre, après deux siècles de cette situation, que la démocratie et les conflits d'intérêts font tout à fait bon ménage, tant dans la politique que dans l'économie, ne devrait-elle pas s'interroger aussi sur ces mêmes rapports dans les pays du Sud ou le Nord se livre à tant de déclarations enflammées en faveur de cette même démocratie, sans jamais faire mention de ses intérêts?

Certes, à l'aune de nos moeurs et de nos habitudes de pensée, la liberté d'expression est une valeur que nous ne cessons de mettre en avant pour contester les régimes policiers instaurés dans nombre de pays du Sud, avec lesquels nous avons par ailleurs les meilleurs rapports et où nous aimons tant à passer nos vacances.

Sommes-nous cependant tout à fait sûrs que le fait de pouvoir acheter en Tunisie « Le monde » ou « Libération » (à un prix quotidien, que, comme l’accès internet, ne peuvent guère se permettre les marchands de légumes tunisiens, fussent-ils titulaires d'une maîtrise de sociologie) va changer de façon définitive leur mode de vie et leurs conditions d'existence ?

Ne devrait en pas se demander, plus sérieusement et pour un instant, ce que signifie d'ailleurs la liberté d'expression dans un Etat comme l'Italie où la plupart des médias sont aux mains ou aux ordres d'un Silvio Berlusconi, sans parler de la France de Hersant et désormais de Lagardère ? Moi-même victime naguère, dans mes blogs, de la censure du Nouvel Obs puis de TF1, ne suis-je pas bien placé pour en parler et en juger ?

En France même personne ne semble faire le lien entre le cumul des mandats électoraux et/ou des fonctions ministérielles et les fameux conflits d'intérêts dont on vient soudain de découvrir, avec stupeur, l'existence. Personne n'avait donc jamais remarqué que les fonctions électorales (maires de grandes villes ou présidents de conseil régional ou général) permettent, d'abord et surtout, de détourner au profit de ces mêmes zones et de leurs électeurs (villes, départements ou régions) une bonne partie des crédits de l'État (quand il s'agit d'installer de nouveaux services ou équipements) ou, au contraire, de protéger ces mêmes zones quand elles sont menacées de restrictions dans ces mêmes matières !

Les hommes politiques du Sud ne sont pas forcément tous des imbéciles. Préval ou Gbagbo actuellement et peut-être bientôt Moubarak (moins exposé car regardé comme très utile à nos intérêts stratégiques au Moyen Orient) sauront, de toute évidence, faire apparaître ou donner à soupçonner, sous les revendications du Nord en faveur de la démocratie, le jeu des intérêts de ces mêmes Etats, grands donneurs de leçons de démocratie.

En fait, Hillary Clinton ou Nicolas Sarkozy font le jeu, sur le plan interne, de ceux dont ils pensent cnaïvement contester la position. On le voit depuis deux mois en Côte d'Ivoire ; on risque de le voir en Haïti mais, dans ces deux cas, les choses sont, somme toute et comme en Tunisie, moins graves qu'en Égypte où la chute de Moubarak risque d'avoir des conséquences catastrophiques, dont ne semblent réellement conscients pour le moment, à en juger par leurs réactions, qu’Israël, la Cisjordanie et la Jordanie qui sont naturellement en première ligne.

Quant à savoir quel profit réel tireront les fellahs égyptiens de la présence, dans les kiosques cairotes, du « Monde » et de « Libération » (dans l'hypothèse où ces journaux auraient été interdits comme en Tunisie) j'avoue ne pas trop savoir à quoi m'en tenir sur ce point.