L'arrestation de Boris Boillon et de sa mallette lourde de 350.000 euros en billets de 500,le 31 juillet 2013, à la Gare du Nord me conduit à republier, pour partie et avec quelque aménagements (en particulier pour le titre qui de "Boillon de culture" devient "Boillon gras"), l'un de mes posts de 2010. La première phrase est quasi prophétique comme vous le constaterez d'emblée.
"Boris Boillon. Voilà un homme qui a su, pour partie involontairement sans doute, faire le buzz.
Comme Cronin dans Les clés du royaume, que j’ai lu quand j’étais petit, j’aborderai le sujet par « Le commencement de la fin ».
Sans que j’ai bien su si c’était par « Facebook » ou par « Copains d’avant », notre héros ; Boris Boillon (BB2 pour faire plus court mais aussi le situer par rapport à la première) a conquis, en un instant ou presque, la gloire médiatique grâce à une photo de lui placée dans l’un ou l’autre de ces réseaux. Je dois à la vérité de dire que, peu familier de tels lieux de la toile , je n’ai pas eu le courage d’aller vérifier, me satisfaisant d’abord, dans un premier temps, avant investigation plus précise, de la photo de BB2 brandie avec indignation par Marine Le Pen, qui la jugeait attentatoire à la dignité du corps diplomatique français.
Il est vrai qu’après examen, plus approfondi mais facile, car tous les sites de videos l’ont reproduite à l’envi, je dois dire que la photo de son Excellence Boris Boillon n’est pas piquée des vers ni même des hannetons. Je pense qu’elle a été faite, par ses soins, pour participer au concours de la meilleure photo de couverture pour le magazine Têtu ! Elle a sans doute été jugée trop peu originale, car on en avait déjà vu une bonne douzaine du genre, même si les modèles, dans ces cas, n’étaient pas en général des ambassadeurs de France. Peut-être ce cliché aurait-il été plus apprécié si son Excellence y avait été saisi dans un moment spécifique de sa vie professionnelle, une remise de lettres de créance par exemple. En revanche, cette photo, en maillot de bain moulant (style Jean-Marie Bigard ou, mieux encore, Franck Dubost), le torse épilé et huilé mettant en valeur des abdominaux chocolatés, soigneusement travaillés avant et en vue de la prise de vue.
En tout cas, après avoir posé quasi nu, voilà BB2 « habillé pour l’hiver » ; les émissions satiriques, des « Guignols de l’info » (en baisse ! Au secours Gaccio !) au « Petit Journal » de Yann Barthès (en hausse) vont s’en donner à coeur joie durant une bonne quinzaine (et plus si affinités !).
« Tout le monde n'a pas eu la chance d'avoir des parents communistes » était le titre d’un film de Josiane Balasko ; Boris Boillon l’a eue, lui, cette chance ; il en a hérité un prénom russe et une initiation à l’arabe qui a été à l’origine de sa fortune diplomatique. En effet, ses parents (des enseignants « pieds rouges ») sont partis en Algérie pour aider à la décolonisation du nouvel Etat. BB2 y a donc, été, inévitablement et sans mérite particulier, initié à cette langue jusqu’à son retour en France.
Etudes parisiennes modestes (IEP et INALCO) ; n’étant pas énarque, il ne pouvait guère espérer mieux qu’un poste de consul en fin de carrière. En fait, il sera nommé ambassadeur à 40 ans après de fructueux passages dans la mouvance de Nicolas Sarkozy, au ministère de l’intérieur d’abord, puis à l’Elysée. C’est sa connaissance de l’arabe qui est à la base de ses promotions. Cette circonstance amène d’ailleurs à s’interroger sur l’usage, plus intelligent, que pourrait faire la France, dans sa politique extérieure, des Français issus de l’immigration dont les savoirs culturels et linguistiques seraient sans doute utiles dans divers lieux du monde.
« Le commencement de la fin ». J’ai vu BB2 pour la première fois, comme tout le monde, chez Denisot, à un « Grand journal » de Canal +, fin novembre 2010. Il y a fait un numéro assez insupportable de suffisance et de satisfaction de soi, agrémenté de rodomontades ridicules sur ce qu’on allait voir, grâce à lui, en Irak, pays qu’il a quitté quelques semaines plus tard ! Il y a parlé, en particulier, de son amitié avec Kadhafi, faisant un éloge ému de ce dernier et confiant, non sans satisfaction, que Mouammar l’appelle « son fils ». J’ai appris, dans la suite, que sa fortune auprès du président de la république tient au rôle majeur que BB2 a joué dans la libération des infirmières bulgares, dont le succès a été attribué, ensuite, urbi et orbi, à Cécilia, pour les raisons que l’on sait !
Passons sur les détails. Vu cette première prestation à Canal +, la suite ne m’a guère étonné et en particulier son comportement, inoui de morgue, d’arrogance et surtout de sottise, à l’égard de la journaliste tunisienne (une femme donc !) qui interviewait le tout nouvel ambassadeur de France, à peine débarqué. Sans vouloit tirer sur une ambulance, deux remarques pour conclure sur le personnage. Obligé de faire amende honorable, il l’a fait en arabe, en ânonnant laborieusement un texte qu’il lisait manifestement mot à mot. D’autre part et surtout, un ambassadeur de France, qui a dû aller un peu à l’école, devrait savoir qu’on « présente des excuses » et qu’on ne « s’excuse pas », car si l’on peut « s’excuser » soi-même, à quoi bon faire une telle démarche ?".
Peu fait pour la diplomatie (on l'a vu, de toute évidence, il ne devait cet emploi qu'à la faveur du prince), Boris s'est reconverti, avec succès semble-t-il, dans le transport des valises, sans savoir que, quinze jours plus tard, la mort allait le priver du coûteux mais précieux secours de Jacques Vergès, le spécialiste en la matière, auquel je reviendrai lundi.
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samedi 31 août 2013
dimanche 28 octobre 2012
Islam africain
Dans l'indifférence générale
des "politiques", je pose, depuis quinze ans au moins, les problème
de l'Islam africain , pour avoir constaté l’évolution des choses en Afrique
même, mais aussi aux Comores, où les Emirats ont essayé, depuis longtemps et
des décennies durant, de prendre pied, en particulier en offrant d’y créer, à
leurs frais, une université islamique. Ce projet a été contré, mais pour
combien de temps, par la création en 2003-2004 d’une université comorienne
mixte dont le premier président fut mon ami Damir Ben Ali ; elle accueillait à
ses débuts un gros millier d' étudiants dont 43% de filles ; en 2011-2012, 6500
étudiants y sont inscrits.
L’islamisation radicale ou
plus précisément la wahabisation du Sahel est un processus engagé,
sournoisement ici, ouvertement là, depuis longtemps en tout cas ; depuis ces époques, les
événements de Tunisie et de Lybie, si imprudemment qualifiés de "printemps
arabes", ont conduit, entre autres, à la situation du Nord-Mali, en
attendant la suite, au Nigéria ou en Côte d'Ivoire sans parler du Soudan.
L'évolution a commencé depuis
longtemps ; cela allait du paiement des conversions à l’Islam (stratégie inattendue
chère, de façon plus inattendue encore, à Khadafi, qui, à une époque, offrait
des tarifs spéciaux pour les chefs d’Etat (un million de $!), comme Bongo qui en a bénéficié, ou
les Premiers ministres (500.000$) ; à la même époque, le Colonel avait lancé, selon les mêmes
pricipes, une offensive sur l'Ile Maurice d'où les Lybiens ont fini par se
faire expulser) jusqu'au versement de sommes très modestes à des femmes
africaines (au Burkina Faso par exemple), qui consentent, pour trois sous, à se
voiler complètement, en passant par le développement d’un enseignement islamique
intégriste (avec, à la clé, des bourses pour les universités du Golfe). Tout
cela est évidemment financé à coup de pétro-dollars!
Ce nouvel enseignement islamique,
surtout au niveau de l'enseignement coranique de base, est naturellement un
concurrent redoutable pour l’école musulmane traditionnelle de l’Afrique, vu
les moyens, quasi-infinis, dont il dispose (argent et bourses).
S’ajoutent à ces stratégies,
comme au Tchad et au Niger, des projets d’enseignement prétendument bilingue
(français et arabe), dans lesquels, en réalité, la moitié arabe du programme
est exclusivemnt religieuse, l’enseignement général étant donné en français. De
tels projets sont soutenus, à coups de milliards de dollars, par la Banque
Islamique de Développement, ce qui est normal, mais aussi acceptés, de façon
plus inattendue et inconsciente, par l’UNESCO et même la Francophonie.
Ces constats m’ont conduit,
non seulement à tenter (en vain) d’alerter sur cette situation (quoiqu’elle ne
me concerne en rien de façon directe) et m'ont amené aussi, en raison, d’une
certaine expérience de ces terrains, à proposer des mesures qui pourraient être
mises en oeuvre pour contrer de telles stratégies.
Cela m’a amené à des
remarques et, au delà, à des suggestions qui ont souvent paru étranges aux
hiérarques du Quai d’Orsay ou des institutions internationales, quand ils ont
eu la rarissime curiosité de prendre connaissance de mes écrits sur ce point.
En effet, tout cela se passe
à l’insu bien sûr, ou en tout cas, dans le silence prudent des responsables de
la politique française dans ces zones. Ces derniers, en effet, sont comme les
petits singes de la sagesse orientale, qui se cachent les yeux, les oreilles et
la bouche pour ne rien voir, ne rien entendre et ne rien dire... du moins
pendant les trois ou quatre années, confortables et fort rémunératrices, qu’ils
passent en fonction diplomatique dans ces Etats. Bien sûr, finissent par
survenir, comme depuis quelques mois au Nord-Mali et, comme cela ne manquera
pas de se produire, en Tunisie (voir ce qui se passe déjà à la Manouba) dans
quelques temps, des événements sur lesquels on ne peut plus continuer à fermer
les yeux.
Comme je l'ai dit et répété
depuis quinze ans et pour faire court, l’Afrique n'a que trois atouts qui
pourraient permetttre de résister, si on en avait le désir.
Allons en bonne réthorique du
moins important au plus important.
1. Le premier est, de façon un
peu étonnante, l’école coranique traditionnelle, la « médersa » (ou
les diverses variantes de ce mot, médrasa, etc.). En effet, elle perpétue la
tradition séculaire d’un Islam africain ouvert et libéral. Paradoxalement, on
devrait donc aider les médersas traditionnelles pour leur permettre de résister
à la concurrence et à l’influence des riches et nouvelles écoles d’un Islam
intégriste conquérant et qui ne cesse de progresser au détriment de la religion
africaine traditionnelle. L'illustration la plus évidente et la moins
discutable est la destruction actuelle des monuments religieux séculaires de Tombouctou!
2. Les femmes. Chacun sait le
traitement que leur réserve l'intégrisme musulman. Or, en Afrique, elles sont
un moyen puissant de résistance à ces minorations voire ces brimades, par le
statut et la place qu’elles tiennent dans les sociétés sahéliennes africaines (tant au plan économique que sociétal)
et qui n’ont rien à voir avec ceux des pays de l’Islam moyen oriental et des
sociétés arabes. L’éducation des filles est donc naturellement un objectif
majeur , ce que chacun répète d’ailleurs à satiété depuis des décennies, sans
que grand chose se passe. Dans les rues de Niamey, aux heures scolaires, on voit bien plus de filles que de garçons!
3. La bière. Ce dernier
élément est sans doute, lui aussi, un peu inattendu, mais c’est peut-être aussi
le plus fort, car je vois mal comment un Islam, même radical et conquérant, pourrait
éradiquer des moeurs africaines cette boisson qui constitue le transfert de
technologie européen le plus réussi.
lundi 9 mai 2011
Messi ou Messie ?
J'étais fermement décidé, depuis le début des disputes autour de la fameuse question des quotas dans le football français, à ne pas m’en mêler vu le niveau lamentable des débats et de la claire volonté, du côté du pouvoir, d’augmenter encore la liste, dejà longue, des procès faits à Médiapart.
Il y a, en effet, bien d'autres sujets à traiter en ce moment, mais, malheureusement, comme je l'ai déjà souligné dans un post il y a quelques jours, je n’ai jamais partagé l’euphorie politique générale sur les « printemps démocratiques ». Comme j’étais un des rares à le prévoir, les lendemains ne chantent pas ni en Tunisie, ni en Libye, ni en Égypte, ni en Syrie. Ils ne chantent pas davantage en Haïti où l'État entre dans une semaine particulièrement difficile. En effet, si le président Martelly a été élu, sans que son élection entraîne des conséquences fâcheuses et si l’on a cru possible un accord avec le parti de son prédécesseur, « Sweet Micky » se trouve désormais dans une situation difficile. On se demande en effet comment il pourra mettre en place un gouvernement dirigé par un homme dont la majorité parlementaire ne veut pas et surtout sans que soit opérée la réforme de la constitution qui devrait avoir lieu avant 9 ou le 11 mai (on ne sait plus trop !). En effet, la minorité parlementaire conteste les 18 changements dans les résultats électoraux opérés par la Commission électorale après le deuxième tour des législatives. Ce ne serait pas trop grave, à la limite, si la réforme constitutionnelle en cause n'exigeait un quorum des deux tiers, qui ne peut être atteint si les députés et sénateurs minoritaires continuent à faire défection et à refuser de venir siéger. Comme le président Préval quitte ses fonctions le 14 mai 2011, on comprend la gravité de la situation.
Dès lors, les contorsions franco-françaises autour de la question des quotas chez les jeunes footballeurs admis dans le centre de formation national paraissent bien dérisoires, d'autant que tout cela semble tenir à la fois à des malentendus et aussi, sur un plan plus général, au fétichisme excessif du politiquement correct.
En 1998, lors de la victoire dans une Coupe du monde à Paris, triomphe dont quelques aspects demeurent un peu obscurs, la France s’était flattée de son équipe « blacks- blancs-beurs ». Il ne serait donc ni scandaleux ni stupide de se demander quelle doit être la proportion dans l'équipe de chacun de ces éléments ethniques qu’on avait été assez imprudent pour désigner comme tels. On peut penser que la composition de l’équipe de 1998 avait été été déterminée par la qualité de chaque joueur à chaque poste, sans la moindre considération pour son appartenance ethnique, dont la loi française refuse d’ailleurs la prise en compte, même dans les recensements et donc, a fortiori, au plan sportif et/ou professionnel.
En 1998, il avait été évidemment stupide et imprudent à la fois de se flatter de cette répartition puisqu'elle ne pouvait relever que du hasard et non d’une politique sportive nationale. Il ne s’agissait donc en rien de « quotas », ce que pouvait donner à penser une telle formule. Il aurait été aussi imbécile et scandaleux de se priver d’un joueur de talent au motif qu’il aurait porté au-delà du tiers visé son « ethnie » d’appartenance, que d’introduire dans la sélection un joueur médiocre, dans le seul but d’atteindre le tiers attribué à son groupe ethnique par une règle stupide. Si, par hasard, aucun joueur beur n’avait été désigné, par son talent, pour occuper l’un ou l’autre des postes de la formation, il n’y aurait eu aucune raison d'en sélectionner un, simplement pour maintenir un absurde équilibre ethnique.
Il y a en fait deux problèmes que beaucoup confondent soit par ignorance, soit par sottise et éventuellement pour les deux raisons.
Le premier est l'affaire des « bi-nationaux », c'est-à-dire des jeunes joueurs auxquels la Fédération française de football (la FFF) offre une formation technique gratuite durant leur jeunesse. Il est clair que cet investissement vise aussi à ce que, éventuellement dans la suite, ils puissent être sélectionnés pour jouer en équipe de France. S’ils sont bi-nationaux, dans l’état actuel des choses, ils peuvent choisir (et ce choix sera ensuite irréversible) de jouer dans leur équipe nationale (en Afrique ou ailleurs). Il n'est donc pas illégitime de penser qu'on pourrait leur demander, puisqu’ils bénéficient d'une formation gratuite pendant des années, de s'engager, dans la suite, à jouer en équipe de France. Après tout, c’est ce qui se passe en France, lorsqu'on passe un concours comme l’agrégation ou lorsqu’on entre dans de « grandes écoles » comme l'École normale supérieure où l'ENA. Les études sont offertes par l'État et l'on perçoit en outre une rémunération, mais on signe alors un engagement de servir l’Etat qu'on doit respecter durant un nombre donné d'années, faute de quoi on est tenu de rembourser le coût des études. Pourquoi ne pourrait-on imaginer un système de cet ordre qui règlerait définitivement ce genre de questions ?
Le principal problème n'est toutefois pas là, au point de vue sportif surtout. Je ne sais lequel les protagonistes de l’affaire aurait parlé de joueurs « grands et costauds » donc blacks ! Les grands « costauds » seraient-ils exclusivement des Africains et les Arabes comme les Européens ne seraient-ils que des mauviettes. Comment nos Chabal et Douillet peuvent-ils laisser tenir pareils propos ?
Il y a là un malentendu qui tient à l’ignorance même de l’évolution du football. On a assisté à une évolution technique, qui a conduit, pour partie, chacun le sait , à l’usage de produits anabolisants. Cela a fait que, dans les dernières décennies, dans bien des sports, la taille et le poids des joueurs ont globalement augmenté, même si on n'a pas atteint, dans le football, les sommets que connaît, par exemple, le rugby. Les « packs » (les huit joueurs de la mêlée) qui, il y a 20 ans, pesaient aux alentours de 750 kilos, y frôlent désormais la tonne ! On voit donc de plus en plus de joueurs de football qui ne sont plus les petits formats d'antan, mais qui atteignent (blancs ou noirs) le mètre 90 ou même dépassent les deux mètres comme l'international anglais Crouch.
Cette évolution n’est pas forcément, loin de là, un plus dans la technique individuelle des joueurs et tous les spécialistes ne s’en réjouissent pas, sans faire la moindre référence à la couleur des joueurs ! On peut remarquer que les trois meilleurs joueurs du monde (le trio au sein duquel a été désigné le dernier « ballon d'or ») est constitué d'un Argentin (Messi) et de deux Espagnols (Iniesta et Xavi Hernandez) qui sont très loin d'être des grands costauds (1,70 pour les deux derniers, le meilleur d'entre eux, Messi, prétendant à 1,69) ! De ce fait, on peut légitimement s'interroger sur la politique globale actuelle qui, dans des schémas de jeu très défensifs, recrute volontiers des grands costauds (quelle que soit leur couleur). Certains, (et cela paraît être le cas de L. Blanc) peuvent donc rêver de retrouver de grands techniciens et de fins stratèges comme Kopa ou Platini, pour prendre de grandes références inévitablement anciennes, car les tendances du recrutement français moderne ne sont pas allées dans ce sens. Tout cela n'a rien à voir avec la couleur bien évidemment !
Dans ces débats, la plupart des intervenants ne connaissent à peu près rien au football et ils le montrent souvent dans leurs propos. Une petite illustration comique de la chose dans une récente émission d’Yves Calvi où le problème a été abordé. L'inévitable Patrick Lozès ayant évoqué la venue d’un Messi, le grand spécialiste de la démographie qui lui faisait face, lui a répondu vivement, en déclarant de façon inattendue, dans sa première phrase, qu'il était lui-même « agnostique ». Il avait simplement confondu « Messi » et « Messie » ! La messe est dite !
Il y a, en effet, bien d'autres sujets à traiter en ce moment, mais, malheureusement, comme je l'ai déjà souligné dans un post il y a quelques jours, je n’ai jamais partagé l’euphorie politique générale sur les « printemps démocratiques ». Comme j’étais un des rares à le prévoir, les lendemains ne chantent pas ni en Tunisie, ni en Libye, ni en Égypte, ni en Syrie. Ils ne chantent pas davantage en Haïti où l'État entre dans une semaine particulièrement difficile. En effet, si le président Martelly a été élu, sans que son élection entraîne des conséquences fâcheuses et si l’on a cru possible un accord avec le parti de son prédécesseur, « Sweet Micky » se trouve désormais dans une situation difficile. On se demande en effet comment il pourra mettre en place un gouvernement dirigé par un homme dont la majorité parlementaire ne veut pas et surtout sans que soit opérée la réforme de la constitution qui devrait avoir lieu avant 9 ou le 11 mai (on ne sait plus trop !). En effet, la minorité parlementaire conteste les 18 changements dans les résultats électoraux opérés par la Commission électorale après le deuxième tour des législatives. Ce ne serait pas trop grave, à la limite, si la réforme constitutionnelle en cause n'exigeait un quorum des deux tiers, qui ne peut être atteint si les députés et sénateurs minoritaires continuent à faire défection et à refuser de venir siéger. Comme le président Préval quitte ses fonctions le 14 mai 2011, on comprend la gravité de la situation.
Dès lors, les contorsions franco-françaises autour de la question des quotas chez les jeunes footballeurs admis dans le centre de formation national paraissent bien dérisoires, d'autant que tout cela semble tenir à la fois à des malentendus et aussi, sur un plan plus général, au fétichisme excessif du politiquement correct.
En 1998, lors de la victoire dans une Coupe du monde à Paris, triomphe dont quelques aspects demeurent un peu obscurs, la France s’était flattée de son équipe « blacks- blancs-beurs ». Il ne serait donc ni scandaleux ni stupide de se demander quelle doit être la proportion dans l'équipe de chacun de ces éléments ethniques qu’on avait été assez imprudent pour désigner comme tels. On peut penser que la composition de l’équipe de 1998 avait été été déterminée par la qualité de chaque joueur à chaque poste, sans la moindre considération pour son appartenance ethnique, dont la loi française refuse d’ailleurs la prise en compte, même dans les recensements et donc, a fortiori, au plan sportif et/ou professionnel.
En 1998, il avait été évidemment stupide et imprudent à la fois de se flatter de cette répartition puisqu'elle ne pouvait relever que du hasard et non d’une politique sportive nationale. Il ne s’agissait donc en rien de « quotas », ce que pouvait donner à penser une telle formule. Il aurait été aussi imbécile et scandaleux de se priver d’un joueur de talent au motif qu’il aurait porté au-delà du tiers visé son « ethnie » d’appartenance, que d’introduire dans la sélection un joueur médiocre, dans le seul but d’atteindre le tiers attribué à son groupe ethnique par une règle stupide. Si, par hasard, aucun joueur beur n’avait été désigné, par son talent, pour occuper l’un ou l’autre des postes de la formation, il n’y aurait eu aucune raison d'en sélectionner un, simplement pour maintenir un absurde équilibre ethnique.
Il y a en fait deux problèmes que beaucoup confondent soit par ignorance, soit par sottise et éventuellement pour les deux raisons.
Le premier est l'affaire des « bi-nationaux », c'est-à-dire des jeunes joueurs auxquels la Fédération française de football (la FFF) offre une formation technique gratuite durant leur jeunesse. Il est clair que cet investissement vise aussi à ce que, éventuellement dans la suite, ils puissent être sélectionnés pour jouer en équipe de France. S’ils sont bi-nationaux, dans l’état actuel des choses, ils peuvent choisir (et ce choix sera ensuite irréversible) de jouer dans leur équipe nationale (en Afrique ou ailleurs). Il n'est donc pas illégitime de penser qu'on pourrait leur demander, puisqu’ils bénéficient d'une formation gratuite pendant des années, de s'engager, dans la suite, à jouer en équipe de France. Après tout, c’est ce qui se passe en France, lorsqu'on passe un concours comme l’agrégation ou lorsqu’on entre dans de « grandes écoles » comme l'École normale supérieure où l'ENA. Les études sont offertes par l'État et l'on perçoit en outre une rémunération, mais on signe alors un engagement de servir l’Etat qu'on doit respecter durant un nombre donné d'années, faute de quoi on est tenu de rembourser le coût des études. Pourquoi ne pourrait-on imaginer un système de cet ordre qui règlerait définitivement ce genre de questions ?
Le principal problème n'est toutefois pas là, au point de vue sportif surtout. Je ne sais lequel les protagonistes de l’affaire aurait parlé de joueurs « grands et costauds » donc blacks ! Les grands « costauds » seraient-ils exclusivement des Africains et les Arabes comme les Européens ne seraient-ils que des mauviettes. Comment nos Chabal et Douillet peuvent-ils laisser tenir pareils propos ?
Il y a là un malentendu qui tient à l’ignorance même de l’évolution du football. On a assisté à une évolution technique, qui a conduit, pour partie, chacun le sait , à l’usage de produits anabolisants. Cela a fait que, dans les dernières décennies, dans bien des sports, la taille et le poids des joueurs ont globalement augmenté, même si on n'a pas atteint, dans le football, les sommets que connaît, par exemple, le rugby. Les « packs » (les huit joueurs de la mêlée) qui, il y a 20 ans, pesaient aux alentours de 750 kilos, y frôlent désormais la tonne ! On voit donc de plus en plus de joueurs de football qui ne sont plus les petits formats d'antan, mais qui atteignent (blancs ou noirs) le mètre 90 ou même dépassent les deux mètres comme l'international anglais Crouch.
Cette évolution n’est pas forcément, loin de là, un plus dans la technique individuelle des joueurs et tous les spécialistes ne s’en réjouissent pas, sans faire la moindre référence à la couleur des joueurs ! On peut remarquer que les trois meilleurs joueurs du monde (le trio au sein duquel a été désigné le dernier « ballon d'or ») est constitué d'un Argentin (Messi) et de deux Espagnols (Iniesta et Xavi Hernandez) qui sont très loin d'être des grands costauds (1,70 pour les deux derniers, le meilleur d'entre eux, Messi, prétendant à 1,69) ! De ce fait, on peut légitimement s'interroger sur la politique globale actuelle qui, dans des schémas de jeu très défensifs, recrute volontiers des grands costauds (quelle que soit leur couleur). Certains, (et cela paraît être le cas de L. Blanc) peuvent donc rêver de retrouver de grands techniciens et de fins stratèges comme Kopa ou Platini, pour prendre de grandes références inévitablement anciennes, car les tendances du recrutement français moderne ne sont pas allées dans ce sens. Tout cela n'a rien à voir avec la couleur bien évidemment !
Dans ces débats, la plupart des intervenants ne connaissent à peu près rien au football et ils le montrent souvent dans leurs propos. Une petite illustration comique de la chose dans une récente émission d’Yves Calvi où le problème a été abordé. L'inévitable Patrick Lozès ayant évoqué la venue d’un Messi, le grand spécialiste de la démographie qui lui faisait face, lui a répondu vivement, en déclarant de façon inattendue, dans sa première phrase, qu'il était lui-même « agnostique ». Il avait simplement confondu « Messi » et « Messie » ! La messe est dite !
samedi 23 avril 2011
Tunisie, Côte d’Ivoire, Haïti. De l'usage de la démocratie.
On vient d'apprendre, en ce matin du samedi 23 avril 2011, que le président élu en Haïti Michel Martelly, jusque là silencieux sur cette question, demandait à la communauté internationale de ne pas reconnaître les résultats finaux, enfin plus ou moins connus, des élections législatives, très favorables au président sortant René Préval, qui les aurait largement manipulés en faveur des candidats de son parti.
La chose survient au moment même où on voit naître une crise au sein de l’Union Européenne face à l’arrivée de dizaines de milliers de Tunisiens fuyant leur pays en marche vers la démocratie, régime dont on nous avait dit qu’ils souhaitaient pourtant, ardemment et depuis longtemps, l'avènement. Cette chère démocratie ne semble donc pas suffire au bonheur des citoyens de Tunisie.
Tout cela n'est évidemment pas sans nous rappeler les événements de Côte d'Ivoire et en particulier le spectacle, insolite et cocasse, d'un représentant du Conseil constitutionnel ivoirien s'emparant, pour les froisser et les déchirer rageusement, des feuillets que le président de la commission électorale internationale s'apprêtait à lire et qui proclamaient la victoire de Ouattara Certes, dans la suite, toutes les instances internationales, qui avaient en principe surveillé le scrutin, ont confirmé la régularité du vote et donc, par là même, cette victoire. Toutefois, même sans ajouter foi aux déclarations, sans grand fondement, de Dumas et de Vergès, on ne peut cependant pas être tout à fait sûr que les élections, lors du deuxième tour, se sont déroulées de façon totalement normale, étant donné les résultats, au moins dans certaines régions du pays.
Proclamer officiellement la démocratie est une chose, la faire fonctionner dans des conditions normales en est une autre.
Le cas d'Haïti est à cet égard tout à fait exemplaire puisque, dans le comptage comme dans le dépouillement des bulletins, à grands frais, on a déployé des moyens importants et surtout extrêmement rapides et modernes, allant des ordinateurs aux scanners, sans que ces outils puissants aient permis une proclamation rapide des résultats. Dès lors, même si le scrutin s'est déroulé, en gros, dans des conditions à peu près normales (ce qui n’est pas simple dans un pays comme Haïti ravagé, un an avant, par un gigantesque séisme causant 230.000 morts), nul ne peut s'empêcher de penser à tout ce qui peut se passer dans une période de dix ou quinze jours qui sépare le vote lui-même de la proclamation des résultats finaux.
Lors de la dernière élection haïtienne où étaient couplées, le même jour, l'élection présidentielle et des élections législatives (pour les député et les sénateurs), on ne peut être qu'étonné de constater que le fort mouvement de rejet de l'équipe au pouvoir (celle du président René Préval), qui avait conduit, au premier tour, son candidat déclaré Jude Célestin à devoir se contenter de la troisième place (alors que les premiers résultats lui avaient accordé d’emblée la deuxième !) a amené une très large majorité à se prononcer en faveur de Michel Martelly (plus de 67 % des voix au deuxième tour) mais avec un total insuccès ou presque lors de l'élection législative (trois élus seulement !). La chose n'est pas très logique même si, naturellement, dans ce type de vote, la personnalité des candidats locaux joue un rôle important.
Michel Martelly, inévitablement contraint à la recherche d'un accord politique avec René Préval, dont il a donné des signes ostensibles par des embrassades publiques et des rencontres plus discrètes, n'a d’abord pas contesté les résultats des élections législatives. Désormais fort du soutien extérieur unanime, il vient de le faire, de la façon la plus nette, en appelant même à la communauté internationale. S'il n'y avait pas eu trop d'incidents lors de la première proclamation des résultats de ces élections (un mort cependant, mais en Haïti c'est un résultat très convenable), il risque d'y en avoir désormais, puisque le président élu met officiellement en cause les résultats et surtout le rôle qu'a pu jouer dans cette affaire le président Préval.
Il faut dire que, du côté gouvernemental, on a poussé un peu loin le bouchon en inversant les résultats pour 18 circonscriptions, ce qui fait passer le nombre des élus du parti de Préval, « Inite » ( = l'unité), d’une petite trentaine à 46. On cite même un cas où le candidat d’Inite est finalement élu alors qu’il avait, lors du premier dépouillement, 15.000 voix de retard ! Ces manoeuvres donneraient donc une position extrêmement forte à Inite pour la suite des événements.
Il en est résulté un déchaînement médiatique de la part des victimes de ces « corrections », dans les radios locales surtout ; on est allé jusqu'à parler d'« assassinat politique » et d'une « conspiration pour replonger le pays dans le chaos » en empêchant toute action du président élu dont la prise de fonction est prévue pour le 10 mai. Il en résulte que l'élection de Michel Martelly que tout le monde avait saluée avec soulagement et espoir et dont on pensait qu’elle pouvait amener une ère, sinon de prospérité, du moins de calme politique, risque fort d'ouvrir une nouvelle période de troubles voire de violences.
La démocratie serait-elle, comme la langue selon Esope, la meilleure et la pire des choses ?
Dernière minute à propos d'Haïti :
"Selon les Etats-Unis dans un communiqué, « Après avoir réexaminé les résultats et les matériels fournis par le CEP, les Nations Unies, et les observateurs internationaux, nous n'avons trouvé aucune explication quant au revirement observé dans les résultats définitifs pour 18 cas des législatives, et lesquels cas, à l'exception de deux, profitent au parti au pouvoir [INITE} . Ces revirements incluent, parmi d'autres, le cas d'un candidat du parti au pouvoir qui avait été placé en troisième position selon les résultats préliminaires, et qui aujourd'hui remporte la première place suivant les résultats définitifs. Dans son cas, les résultats montrent une augmentation de 55.000 votes; de 90.000 votes obtenus pour les préliminaires, il a gagné avec plus de 145.000 votes. »
« Deux autres candidats du parti au pouvoir avaient été placés en deuxième position suivant les résultats préliminaires, et les résultats définitifs du CEP montrent que le total de leur vote est le double de ce qu'ils avaient obtenu pour les préliminaires, et pour l'un d'entre eux, ces résultats montrent également que ses votes dépassent le total des votes enregistrés pour toute sa région », a poursuivit le communiqué des Etats-Unis". Robenson Geffrard dans le Nouvelliste.
rgeffrard@lenouvelliste.com
La chose survient au moment même où on voit naître une crise au sein de l’Union Européenne face à l’arrivée de dizaines de milliers de Tunisiens fuyant leur pays en marche vers la démocratie, régime dont on nous avait dit qu’ils souhaitaient pourtant, ardemment et depuis longtemps, l'avènement. Cette chère démocratie ne semble donc pas suffire au bonheur des citoyens de Tunisie.
Tout cela n'est évidemment pas sans nous rappeler les événements de Côte d'Ivoire et en particulier le spectacle, insolite et cocasse, d'un représentant du Conseil constitutionnel ivoirien s'emparant, pour les froisser et les déchirer rageusement, des feuillets que le président de la commission électorale internationale s'apprêtait à lire et qui proclamaient la victoire de Ouattara Certes, dans la suite, toutes les instances internationales, qui avaient en principe surveillé le scrutin, ont confirmé la régularité du vote et donc, par là même, cette victoire. Toutefois, même sans ajouter foi aux déclarations, sans grand fondement, de Dumas et de Vergès, on ne peut cependant pas être tout à fait sûr que les élections, lors du deuxième tour, se sont déroulées de façon totalement normale, étant donné les résultats, au moins dans certaines régions du pays.
Proclamer officiellement la démocratie est une chose, la faire fonctionner dans des conditions normales en est une autre.
Le cas d'Haïti est à cet égard tout à fait exemplaire puisque, dans le comptage comme dans le dépouillement des bulletins, à grands frais, on a déployé des moyens importants et surtout extrêmement rapides et modernes, allant des ordinateurs aux scanners, sans que ces outils puissants aient permis une proclamation rapide des résultats. Dès lors, même si le scrutin s'est déroulé, en gros, dans des conditions à peu près normales (ce qui n’est pas simple dans un pays comme Haïti ravagé, un an avant, par un gigantesque séisme causant 230.000 morts), nul ne peut s'empêcher de penser à tout ce qui peut se passer dans une période de dix ou quinze jours qui sépare le vote lui-même de la proclamation des résultats finaux.
Lors de la dernière élection haïtienne où étaient couplées, le même jour, l'élection présidentielle et des élections législatives (pour les député et les sénateurs), on ne peut être qu'étonné de constater que le fort mouvement de rejet de l'équipe au pouvoir (celle du président René Préval), qui avait conduit, au premier tour, son candidat déclaré Jude Célestin à devoir se contenter de la troisième place (alors que les premiers résultats lui avaient accordé d’emblée la deuxième !) a amené une très large majorité à se prononcer en faveur de Michel Martelly (plus de 67 % des voix au deuxième tour) mais avec un total insuccès ou presque lors de l'élection législative (trois élus seulement !). La chose n'est pas très logique même si, naturellement, dans ce type de vote, la personnalité des candidats locaux joue un rôle important.
Michel Martelly, inévitablement contraint à la recherche d'un accord politique avec René Préval, dont il a donné des signes ostensibles par des embrassades publiques et des rencontres plus discrètes, n'a d’abord pas contesté les résultats des élections législatives. Désormais fort du soutien extérieur unanime, il vient de le faire, de la façon la plus nette, en appelant même à la communauté internationale. S'il n'y avait pas eu trop d'incidents lors de la première proclamation des résultats de ces élections (un mort cependant, mais en Haïti c'est un résultat très convenable), il risque d'y en avoir désormais, puisque le président élu met officiellement en cause les résultats et surtout le rôle qu'a pu jouer dans cette affaire le président Préval.
Il faut dire que, du côté gouvernemental, on a poussé un peu loin le bouchon en inversant les résultats pour 18 circonscriptions, ce qui fait passer le nombre des élus du parti de Préval, « Inite » ( = l'unité), d’une petite trentaine à 46. On cite même un cas où le candidat d’Inite est finalement élu alors qu’il avait, lors du premier dépouillement, 15.000 voix de retard ! Ces manoeuvres donneraient donc une position extrêmement forte à Inite pour la suite des événements.
Il en est résulté un déchaînement médiatique de la part des victimes de ces « corrections », dans les radios locales surtout ; on est allé jusqu'à parler d'« assassinat politique » et d'une « conspiration pour replonger le pays dans le chaos » en empêchant toute action du président élu dont la prise de fonction est prévue pour le 10 mai. Il en résulte que l'élection de Michel Martelly que tout le monde avait saluée avec soulagement et espoir et dont on pensait qu’elle pouvait amener une ère, sinon de prospérité, du moins de calme politique, risque fort d'ouvrir une nouvelle période de troubles voire de violences.
La démocratie serait-elle, comme la langue selon Esope, la meilleure et la pire des choses ?
Dernière minute à propos d'Haïti :
"Selon les Etats-Unis dans un communiqué, « Après avoir réexaminé les résultats et les matériels fournis par le CEP, les Nations Unies, et les observateurs internationaux, nous n'avons trouvé aucune explication quant au revirement observé dans les résultats définitifs pour 18 cas des législatives, et lesquels cas, à l'exception de deux, profitent au parti au pouvoir [INITE} . Ces revirements incluent, parmi d'autres, le cas d'un candidat du parti au pouvoir qui avait été placé en troisième position selon les résultats préliminaires, et qui aujourd'hui remporte la première place suivant les résultats définitifs. Dans son cas, les résultats montrent une augmentation de 55.000 votes; de 90.000 votes obtenus pour les préliminaires, il a gagné avec plus de 145.000 votes. »
« Deux autres candidats du parti au pouvoir avaient été placés en deuxième position suivant les résultats préliminaires, et les résultats définitifs du CEP montrent que le total de leur vote est le double de ce qu'ils avaient obtenu pour les préliminaires, et pour l'un d'entre eux, ces résultats montrent également que ses votes dépassent le total des votes enregistrés pour toute sa région », a poursuivit le communiqué des Etats-Unis". Robenson Geffrard dans le Nouvelliste.
rgeffrard@lenouvelliste.com
mercredi 9 mars 2011
Les conseils et les exemples.
Le grand et perspicace La Rochefoucauld disait : « Les vieillards aiment à donner de bons conseils pour se consoler de ne plus pouvoir donner de mauvais exemples ».
En matière d'économie comme de politique, nous-autres Français, qui sommes, vous le savez comme moi, les meilleurs, nous nous entendons à donner à la fois de bons conseils et de mauvais exemples, ce qui montre notre immense supériorité sur les vieillards qu'évoquait La Rochefoucauld.
Il faut dire qu'on nous confie parfois des rôles, dans l’UE, au G8 ou au G20, qui nous encouragent dans cette voie et nous amènent à nous ériger en exemples dans des domaines où nous devrions, au contraire, chercher un trou de souris pour tenter de nous y cacher.
Ainsi sommes-nous amenés à nous citer en exemples en matière d'économie et j'entendais Mme Christine Lagarde le faire encore, sans rire, tout récemment en face de journalistes dont on ne sait pas s’ils sont ignorants ou complices, à moins qu’ils ne soient les deux.
Le problème est que la comparaison qu'elle établissait alors ne se faisait pas avec la Grèce ou l'Irlande, États auprès desquels nous pouvons faire encore, en apparence du moins, assez bonne figure, mais avec l'Allemagne qui est, en matière industrielle et économique, le must. Que ce soit pour le chômage (qui a baissé de 2 % en RFA, alors qu'il a plutôt augmenté chez nous), pour le commerce et l'industrie (l'excédent commercial allemand est colossal alors que notre déficit est gigantesque) ou encore pour les salaires. Sur ce dernier point, on constate en Allemagne une augmentation par des primes, de 3000 à 6000 euros dans l’automobile, alors que le docte JC Trichet affirme publiquement qu’augmenter les salaires serait « la pire des choses ». Ce propos va sans doute apporter soulagement et consolation aux smicards français ; Môssieu Trichet, directeur de la BCE, lui, est un exemple, pour eux comme pour nous. Est-ce qu’il se plaint lui avec ses pauvres 350.000 euros annuels auxquels s'ajoutent , à vrai dire et fort heureusement, des indemnités de logement et de représentation?
Tenter, comme notre Madame Lagarde, d'établir une comparaison entre la France et l'Allemagne est une démarche assurément hardie mais fondamentalement absurde, si elle n’est pas fallacieuse.
Mais laissons l'économie sur laquelle chacun d'entre nous sait que les gouvernements ne peuvent pas grand-chose, puisqu'ils ont les mains liées tant par les banques que par la spéculation. En revanche, pour la politique et tout particulièrement pour la morale politique, nous pensons être incontestablement les meilleurs du monde, au moins sur le plan des conseils à défaut de l'être sur celui des exemples, car notre démocratie apparaît de plus en plus branlante à bien des égards, le plus grand scandale étant celui de la liberté d’expression qui fut longtemps un privilège français.
Je ne reviendrai pas sur les événements du Maghreb qui sont très loin d'être achevés, on le voit chaque jour, et dont je ne suis pas sûr que nos politiques aient véritablement déterminé la nature (plusieurs ne la soupçonnaient guère au moment de leurs vacances d'hiver) et, moins encore, l'évolution ultérieure.
Au milieu du concert unanime d'applaudissements pour la marche de ces Etats vers la démocratie, aucun des experts qui entourent nos dirigeants ne semble avoir pressenti un instant que les Tunisiens, par exemple, au lieu de songer à se complaire enfin dans cette démocratie en marche, s'embarqueraient en masse dans des raffiots pour gagner Lampedusa, Vintimille et au-delà la France, sans songer un instant à jouir de la démocratie enfin instaurée sous leurs palmiers.
De la même façon, nous nous manquons pas de dénoncer dans la justice mexicaine des comportements scandaleux qui tiennent surtout à la condamnation d’une Française dont on déplore avec la plus grande vigueur le sort incontestablement malheureux, sans avoir pourtant la moindre certitude réelle en ce qui concerne son innocence. La justice mexicaine, selon nous, a le tort majeur de condamner à 60 ans de prison une innocente ! Que ne suit-elle notre bel exemple français, nous qui nous employons actuellement, dans un procès passablement ridicule qui occupe tous nos médias, à faire considérer comme « PRESUME innocent » un accusé qui, lui-même, a déjà, de toute évidence et publiquement, reconnu sa culpabilité, en acceptant de compenser ou de faire compenser les dommages subis du fait de ses agissements illégaux !
Les grands Etats comme la France peuvent donc, à la différence des vieillards de la Rochefoucauld, délivrer de bons conseils tout en donnant de mauvais exemples.
En matière d'économie comme de politique, nous-autres Français, qui sommes, vous le savez comme moi, les meilleurs, nous nous entendons à donner à la fois de bons conseils et de mauvais exemples, ce qui montre notre immense supériorité sur les vieillards qu'évoquait La Rochefoucauld.
Il faut dire qu'on nous confie parfois des rôles, dans l’UE, au G8 ou au G20, qui nous encouragent dans cette voie et nous amènent à nous ériger en exemples dans des domaines où nous devrions, au contraire, chercher un trou de souris pour tenter de nous y cacher.
Ainsi sommes-nous amenés à nous citer en exemples en matière d'économie et j'entendais Mme Christine Lagarde le faire encore, sans rire, tout récemment en face de journalistes dont on ne sait pas s’ils sont ignorants ou complices, à moins qu’ils ne soient les deux.
Le problème est que la comparaison qu'elle établissait alors ne se faisait pas avec la Grèce ou l'Irlande, États auprès desquels nous pouvons faire encore, en apparence du moins, assez bonne figure, mais avec l'Allemagne qui est, en matière industrielle et économique, le must. Que ce soit pour le chômage (qui a baissé de 2 % en RFA, alors qu'il a plutôt augmenté chez nous), pour le commerce et l'industrie (l'excédent commercial allemand est colossal alors que notre déficit est gigantesque) ou encore pour les salaires. Sur ce dernier point, on constate en Allemagne une augmentation par des primes, de 3000 à 6000 euros dans l’automobile, alors que le docte JC Trichet affirme publiquement qu’augmenter les salaires serait « la pire des choses ». Ce propos va sans doute apporter soulagement et consolation aux smicards français ; Môssieu Trichet, directeur de la BCE, lui, est un exemple, pour eux comme pour nous. Est-ce qu’il se plaint lui avec ses pauvres 350.000 euros annuels auxquels s'ajoutent , à vrai dire et fort heureusement, des indemnités de logement et de représentation?
Tenter, comme notre Madame Lagarde, d'établir une comparaison entre la France et l'Allemagne est une démarche assurément hardie mais fondamentalement absurde, si elle n’est pas fallacieuse.
Mais laissons l'économie sur laquelle chacun d'entre nous sait que les gouvernements ne peuvent pas grand-chose, puisqu'ils ont les mains liées tant par les banques que par la spéculation. En revanche, pour la politique et tout particulièrement pour la morale politique, nous pensons être incontestablement les meilleurs du monde, au moins sur le plan des conseils à défaut de l'être sur celui des exemples, car notre démocratie apparaît de plus en plus branlante à bien des égards, le plus grand scandale étant celui de la liberté d’expression qui fut longtemps un privilège français.
Je ne reviendrai pas sur les événements du Maghreb qui sont très loin d'être achevés, on le voit chaque jour, et dont je ne suis pas sûr que nos politiques aient véritablement déterminé la nature (plusieurs ne la soupçonnaient guère au moment de leurs vacances d'hiver) et, moins encore, l'évolution ultérieure.
Au milieu du concert unanime d'applaudissements pour la marche de ces Etats vers la démocratie, aucun des experts qui entourent nos dirigeants ne semble avoir pressenti un instant que les Tunisiens, par exemple, au lieu de songer à se complaire enfin dans cette démocratie en marche, s'embarqueraient en masse dans des raffiots pour gagner Lampedusa, Vintimille et au-delà la France, sans songer un instant à jouir de la démocratie enfin instaurée sous leurs palmiers.
De la même façon, nous nous manquons pas de dénoncer dans la justice mexicaine des comportements scandaleux qui tiennent surtout à la condamnation d’une Française dont on déplore avec la plus grande vigueur le sort incontestablement malheureux, sans avoir pourtant la moindre certitude réelle en ce qui concerne son innocence. La justice mexicaine, selon nous, a le tort majeur de condamner à 60 ans de prison une innocente ! Que ne suit-elle notre bel exemple français, nous qui nous employons actuellement, dans un procès passablement ridicule qui occupe tous nos médias, à faire considérer comme « PRESUME innocent » un accusé qui, lui-même, a déjà, de toute évidence et publiquement, reconnu sa culpabilité, en acceptant de compenser ou de faire compenser les dommages subis du fait de ses agissements illégaux !
Les grands Etats comme la France peuvent donc, à la différence des vieillards de la Rochefoucauld, délivrer de bons conseils tout en donnant de mauvais exemples.
mercredi 23 février 2011
Boillon de cultures

Boris Boillon. Voilà un homme qui a su, pour partie involontairement sans doute, faire le buzz.
Comme Cronin dans Les clés du royaume, que j’ai lu quand j’étais petit, j’aborderai le sujet par « Le commencement de la fin ».
Sans que j’ai bien su si c’était par « Facebook » ou par « Copains d’avant », notre héros, Boris Boillon (BB2 pour faire plus court mais le situer par rapport à la première), a conquis, en un instant ou presque, la gloire médiatique grâce à une photo de lui placée dans l’un ou l’autre de ces réseaux. Je dois à la vérité de dire que, peu familier de tels lieux de la toile, je n’ai pas eu le courage d’aller vérifier ce détail, me satisfaisant d’abord, dans un premier temps, avant investigation plus précise, de la photo de BB2 brandie avec indignation par Marine Le Pen, qui la jugeait attentatoire à la dignité du corps diplomatique français, pourtant ainsi mis en valeur.
Il est vrai qu’après examen, plus approfondi mais facile, car tous les sites de videos l’ont reproduite à l’envi, je dois dire que la photo de son Excellence Boris Boillon n’est pas piquée des vers ni même des hannetons. Je pense qu’elle a été faite, par ses soins, pour participer au concours de la meilleure photo de couverture pour le magazine Têtu ! Elle a sans doute été jugée trop peu originale, car on en avait déjà vu une bonne douzaine du genre, même si les modèles, dans ces cas, n’étaient pas des ambassadeurs de France. Peut-être ce cliché aurait-il été plus apprécié si son Excellence y avait été saisi dans cet appareil à un moment spécifique de sa vie professionnelle, une remise de lettres de créance par exemple. En revanche, cette photo le montre en maillot de bain moulant (style Jean-Marie Bigard ou, mieux encore, Franck Dubost), le torse épilé et huilé mettant en valeur des abdominaux, soigneusement travaillés avant et en vue de la prise de vue.
En tout cas, après avoir posé quasi nu, voilà BB2 « habillé pour l’hiver » ; les émissions satiriques, des « Guignols de l’info » (en baisse ! Au secours Gaccio !) au « Petit Journal » de Yann Barthès (en hausse) vont s’en donner à coeur joie durant une bonne quinzaine (et plus si affinités !).
« Tout le monde n'a pas eu la chance d'avoir des parents communistes » était le titre d’un film de Josiane Balasko. Boris Boillon l’a eue, lui, cette chance ; il en a hérité un prénom russe et une initiation à l’arabe qui a été à l’origine de sa fortune diplomatique. En effet, ses parents (des enseignants « pieds rouges ») sont partis en Algérie pour aider à la décolonisation du nouvel Etat. BB2 y a donc, été, inévitablement et sans mérite particulier, initié à cette langue jusqu’à son retour en France.
Etudes parisiennes modestes (IEP et INALCO) ; n’étant pas énarque, il ne pouvait guère espérer mieux qu’un poste de consul en fin de carrière. En fait, il sera nommé ambassadeur à 40 ans après de fructueux passages dans la mouvance de Nicolas Sarkozy, au ministère de l’intérieur d’abord, puis à l’Elysée. C’est sa connaissance de l’arabe qui est à la base de ses promotions. Cette circonstance amène d’ailleurs à s’interroger sur l’usage, plus intelligent, que pourrait faire la France, dans sa politique extérieure, des Français issus de l’immigration dont les savoirs culturels et linguistiques seraient sans doute utiles dans divers lieux du monde.
« Le commencement de la fin ». J’ai vu BB2 pour la première fois, comme tout le monde, chez Denisot, à un « Grand journal » de Canal +, fin novembre 2010. Il y a fait un numéro assez insupportable de suffisance et de satisfaction de soi, agrémenté de rodomontades ridicules sur ce qu’on allait voir, grâce à lui, en Irak, pays qu’il a quitté quelques semaines plus tard ! Il a parlé, en particulier lors de cette émission, de son amitié avec Kadhafi, faisant un éloge ému de ce dernier et confiant, non sans satisfaction, que Mouammar l’appelle « son fils ». J’ai appris, dans la suite, que sa fortune auprès du président de la république tient au rôle, obscur mais majeur, que BB2 a joué dans la libération des infirmières bulgares, dont le succès a été attribué, ensuite, urbi et orbi, à Cécilia, pour les raisons que l’on sait !
Passons sur les détails. Vu cette première prestation à Canal +, la suite ne m’a guère étonné et en particulier son comportement, inouï de morgue, d’arrogance et surtout de sottise, à l’égard de la journaliste tunisienne (une femme donc !) qui interviewait le tout nouvel ambassadeur de France, à peine débarqué. Sans vouloit tirer sur une ambulance, deux remarques pour conclure sur le personnage. Obligé de faire amende honorable, il l’a fait en arabe, en ânonnant laborieusement un texte qu’il lisait manifestement mot à mot. D’autre part et surtout, un ambassadeur de France, qui a dû aller un peu à l’école, devrait savoir qu’on « présente des excuses » et qu’on ne « s’excuse pas », car si l’on peut « s’excuser » soi-même, à quoi bon faire une telle démarche ?
mardi 22 février 2011
La rue plus radicale que les urnes ?
Faudrait-il sur ce point consulter les astres à notre façon et étudier leurs conjonctions spécifiques ? L’astrologie chinoise, pourtant millénaire, ne nous laissait guère prévoir de tels événements pour 2011 ! Le lapin (ou le lièvre), quatrième animal du zodiaque chinois, est en effet présenté comme « prudent et conservateur », ce que l’on ne constate guère jusqu’à présent, même si force est de constater que les bouleversements n’ont guère concerné la Chine elle-même, à moins qu’elle soit plutôt sous le signe du lièvre.
Lapin ou lièvre, il semble en tout cas que, pour ce qui concerne l’occident, la période soit favorable aux grands changements politiques dans le monde, d'Haïti à Bahreïn !
Il est vrai qu'en politique comme ailleurs, un clou chasse l'autre. La Côte d'Ivoire a éclipsé Haïti, non seulement sur le plan électoral mais également sur le plan humanitaire, après le séisme du 12 janvier 2010, puisque bon nombre d'engagements pris alors dans l'émotion du moment n’ont pas été tenus ni même rappelés dans la suite. Haïti et la Côte d'Ivoire, qui, en décembre 2010, ont quelque temps occupé le devant de la scène, ont été à leur tour retirés de l'affiche par les événements du Maghreb puis du Moyen-Orient dans son ensemble.
« La rue est plus radicale que les urnes » disais-je en titre et, en effet, les processus électoraux haïtiens et ivoiriens, faute de s’en tenir à leurs résultats, se sont enlisés peu à peu, tandis que les événements des rues conduisaient à des solutions tant en Tunisie qu'en Égypte plus rapides et radicales que nos experts et diplomates ne l’imaginaient, même si comme toujours, ils nous ont alors proclamé qu’ils l’avaient bien prévu. Hélas pour eux, enregistrements et images sont là pour rétablir la vérité de leurs annonces comme de leurs comportements.
On ne sait trop que penser de ce qui se passe en Libye, où la dinguerie du colonel Kadhafi, ces dernières années « mis sous le tapis » (comme on dit désormais) moyennant quelques milliards de commandes, de préférence militaires (bien utiles en cas de tentatives de révolution) peut naturellement l'entraîner dans les pires folies sanguinaires. Quant au Yémen et surtout à Bahreïn (où est basée la cinquième flotte américaine), on ne peut guère savoir ce qui s'y passera car les choses se décideront sans doute dans le secret du bureau ovale de la Maison-Blanche.
La nouvelle la plus étrange du jour, est sans doute l’annonce du franchissement du canal de Suez, ce matin même 22 février 2011, par deux navires de guerre... iraniens. Un tel fait ne s’était pas produit depuis 1979, mais il est rendu possible par la convention internationale qui précise que le canal de Suez est "ouvert à tout navire de commerce ou de guerre". On se demande un peu ce qu'ils ont à faire, dans les circonstances présentes, en Méditerranée. Le prétexte invoqué tient à des manoeuvres en relation avec la Syrie, mais elles semblent plutôt destnées aux Chiites du Liban et surtout de Gaza où l’on cause élections. Israël a déjà qualifié le fait de provocation. Peut-être la chose n’est-elle pas sans rapport non plus avec le projet de nouvelle expédition humanitaire en direction de Gaza (avec, à bord, Stéphane Hessel et son bonnet phrygien) puisque la flotte israëlienne avait eu un rôle décisif dans l’arraisonnement des navires qui avaient tenté déjà de rompre le blocus de Gaza.
En Côte d'Ivoire comme en Haïti, les processus électoraux s'éternisent puisque les premiers tours des élections présidentielles y ont eu lieu il y a déjà quatre mois.
A Abidjan, tout semble indiquer que, contrairement aux prévisions de nos augures politiques internationaux, Gbagbo semble plutôt conforté dans sa position au fil des mois, car il n’est pas tombé « comme un fruit pourri » dans le délai que lui avait accordé, fort imprudemment, son adversaire Ouattara. Le bel ensemble que constituait la CDEAO est en train de se fissurer ; non seulement on attend toujours les actions militaires qui devaient déloger Laurent Gbagbo d'Abidjan, mais ce dernier, qui était déjà assuré du soutien de l'Angola, a désormais celui, moins puissant mais plus proche et plus décisif, du Ghana qui semble s'être retiré de la coalition. Le plus pittoresque de la chose est qu'on paraît s'acheminer désormais vers un prétendu recomptage des bulletins de vote, ce qui paraît une décision plutôt insolite dans la mesure où il a été indiqué que les bulletins du second tour ont été détruits. Tout cela me paraît plutôt, en réalité, une forme de remise en cause discrète du processus électoral qui avait conduit à la désignation de Ouattara comme président.
En Haïti, les choses semblent, non sans mal, se mettre en place en vue de la tenue du deuxième tour fixé au 20 mars 2011, sans que le président Préval ait réussi à prolonger davantage encore son maintien au pouvoir limité au 14 mai 2011. L'intervention inattendue des anciens présidents, Duvalier et Aristide, a paru toutefois, un moment, remettre en question ce calendrier.
Si l'on ne parle plus guère de Duvalier (au point qu'on se demande même parfois s'il n'est pas reparti d'Haïti), Aristide occupe désormais le devant de la scène depuis que le gouvernement haïtien lui a accordé un nouveau passeport diplomatique qui lui permet de rentrer au pays. Ses partisans se sont employés à remettre en état sa magnifique propriété dans les hauts de Port-au-Prince, mais ils ont aussi entrepris une action purement politique avec, en particulier, des manifestations récentes dans la capitale qui se sont, fort heureusement, déroulées sans incident.
Les États-Unis et diverses autorités, nationales et internationales, répètent à l'envi qu'Aristide ne pourra revenir qu'après le deuxième tour des élections mais les choses changent tant et si vite qu'on ne peut pas en être tout à fait certain et on voit mal par ailleurs ce qui pourrait légalement s’opposer à son retour.
Si l'élection de Mirlande Manigat paraissait devoir être acquise sans trop de problèmes (elle avait 10 % des voix d'avance au premier tour, du moins si l'on se fie aux résultats provisoires de début décembre 2010, puisque les résultats définitifs n'ont jamais été communiqués !) les choses évoluent puisque Wyclef, qui avait été écarté du premier tour, s'est prononcé en faveur de Michel Martelly. Il est même venu en Haïti spécialement pour soutenir le chanteur, réalisant par là une alliance autour du thème « sortez les sortants », visant à écarter du pouvoir les politiques proprement dits, dont naturellement sa rivale.
Si la rue est plus radicale que les élections, encore faut-il espérer, dans ces deux cas, que la rue et la violence ne finissent pas par se substituer aux processus électoraux, si difficiles et contestables qu’ils puissent être.
Lapin ou lièvre, il semble en tout cas que, pour ce qui concerne l’occident, la période soit favorable aux grands changements politiques dans le monde, d'Haïti à Bahreïn !
Il est vrai qu'en politique comme ailleurs, un clou chasse l'autre. La Côte d'Ivoire a éclipsé Haïti, non seulement sur le plan électoral mais également sur le plan humanitaire, après le séisme du 12 janvier 2010, puisque bon nombre d'engagements pris alors dans l'émotion du moment n’ont pas été tenus ni même rappelés dans la suite. Haïti et la Côte d'Ivoire, qui, en décembre 2010, ont quelque temps occupé le devant de la scène, ont été à leur tour retirés de l'affiche par les événements du Maghreb puis du Moyen-Orient dans son ensemble.
« La rue est plus radicale que les urnes » disais-je en titre et, en effet, les processus électoraux haïtiens et ivoiriens, faute de s’en tenir à leurs résultats, se sont enlisés peu à peu, tandis que les événements des rues conduisaient à des solutions tant en Tunisie qu'en Égypte plus rapides et radicales que nos experts et diplomates ne l’imaginaient, même si comme toujours, ils nous ont alors proclamé qu’ils l’avaient bien prévu. Hélas pour eux, enregistrements et images sont là pour rétablir la vérité de leurs annonces comme de leurs comportements.
On ne sait trop que penser de ce qui se passe en Libye, où la dinguerie du colonel Kadhafi, ces dernières années « mis sous le tapis » (comme on dit désormais) moyennant quelques milliards de commandes, de préférence militaires (bien utiles en cas de tentatives de révolution) peut naturellement l'entraîner dans les pires folies sanguinaires. Quant au Yémen et surtout à Bahreïn (où est basée la cinquième flotte américaine), on ne peut guère savoir ce qui s'y passera car les choses se décideront sans doute dans le secret du bureau ovale de la Maison-Blanche.
La nouvelle la plus étrange du jour, est sans doute l’annonce du franchissement du canal de Suez, ce matin même 22 février 2011, par deux navires de guerre... iraniens. Un tel fait ne s’était pas produit depuis 1979, mais il est rendu possible par la convention internationale qui précise que le canal de Suez est "ouvert à tout navire de commerce ou de guerre". On se demande un peu ce qu'ils ont à faire, dans les circonstances présentes, en Méditerranée. Le prétexte invoqué tient à des manoeuvres en relation avec la Syrie, mais elles semblent plutôt destnées aux Chiites du Liban et surtout de Gaza où l’on cause élections. Israël a déjà qualifié le fait de provocation. Peut-être la chose n’est-elle pas sans rapport non plus avec le projet de nouvelle expédition humanitaire en direction de Gaza (avec, à bord, Stéphane Hessel et son bonnet phrygien) puisque la flotte israëlienne avait eu un rôle décisif dans l’arraisonnement des navires qui avaient tenté déjà de rompre le blocus de Gaza.
En Côte d'Ivoire comme en Haïti, les processus électoraux s'éternisent puisque les premiers tours des élections présidentielles y ont eu lieu il y a déjà quatre mois.
A Abidjan, tout semble indiquer que, contrairement aux prévisions de nos augures politiques internationaux, Gbagbo semble plutôt conforté dans sa position au fil des mois, car il n’est pas tombé « comme un fruit pourri » dans le délai que lui avait accordé, fort imprudemment, son adversaire Ouattara. Le bel ensemble que constituait la CDEAO est en train de se fissurer ; non seulement on attend toujours les actions militaires qui devaient déloger Laurent Gbagbo d'Abidjan, mais ce dernier, qui était déjà assuré du soutien de l'Angola, a désormais celui, moins puissant mais plus proche et plus décisif, du Ghana qui semble s'être retiré de la coalition. Le plus pittoresque de la chose est qu'on paraît s'acheminer désormais vers un prétendu recomptage des bulletins de vote, ce qui paraît une décision plutôt insolite dans la mesure où il a été indiqué que les bulletins du second tour ont été détruits. Tout cela me paraît plutôt, en réalité, une forme de remise en cause discrète du processus électoral qui avait conduit à la désignation de Ouattara comme président.
En Haïti, les choses semblent, non sans mal, se mettre en place en vue de la tenue du deuxième tour fixé au 20 mars 2011, sans que le président Préval ait réussi à prolonger davantage encore son maintien au pouvoir limité au 14 mai 2011. L'intervention inattendue des anciens présidents, Duvalier et Aristide, a paru toutefois, un moment, remettre en question ce calendrier.
Si l'on ne parle plus guère de Duvalier (au point qu'on se demande même parfois s'il n'est pas reparti d'Haïti), Aristide occupe désormais le devant de la scène depuis que le gouvernement haïtien lui a accordé un nouveau passeport diplomatique qui lui permet de rentrer au pays. Ses partisans se sont employés à remettre en état sa magnifique propriété dans les hauts de Port-au-Prince, mais ils ont aussi entrepris une action purement politique avec, en particulier, des manifestations récentes dans la capitale qui se sont, fort heureusement, déroulées sans incident.
Les États-Unis et diverses autorités, nationales et internationales, répètent à l'envi qu'Aristide ne pourra revenir qu'après le deuxième tour des élections mais les choses changent tant et si vite qu'on ne peut pas en être tout à fait certain et on voit mal par ailleurs ce qui pourrait légalement s’opposer à son retour.
Si l'élection de Mirlande Manigat paraissait devoir être acquise sans trop de problèmes (elle avait 10 % des voix d'avance au premier tour, du moins si l'on se fie aux résultats provisoires de début décembre 2010, puisque les résultats définitifs n'ont jamais été communiqués !) les choses évoluent puisque Wyclef, qui avait été écarté du premier tour, s'est prononcé en faveur de Michel Martelly. Il est même venu en Haïti spécialement pour soutenir le chanteur, réalisant par là une alliance autour du thème « sortez les sortants », visant à écarter du pouvoir les politiques proprement dits, dont naturellement sa rivale.
Si la rue est plus radicale que les élections, encore faut-il espérer, dans ces deux cas, que la rue et la violence ne finissent pas par se substituer aux processus électoraux, si difficiles et contestables qu’ils puissent être.
mardi 15 février 2011
Egypte et Tunisie. Démocraties de papier.
On pouvait s'attendre à une période euphorique en Égypte comme en Tunisie, suite aux révolutions si rapidement et si heureusement survenues. Il n'en est rien, semble-t-il ; le montrent les mouvements sociaux qui se succèdent en Égypte, où chaque groupe ou corporation fait entendre des revendications que le précédent régime étouffait dans l'oeuf, comme en Tunisie, où l'on constate surtout un exode massif en direction de l'Europe.
Les cas des deux pays sont, semble-t-il, bien différents.
En Tunisie, en somme, il n'y a plus d'État et l’on ne sait pas ce que sont exactement devenus les autorités et les ministres qui avaient été mis en place, non sans débats et contestations. Il en résulte une situation d'anarchie, parfois violente, ce qui empêche les flux touristiques qui sont la principale ressource du pays, avec l’harissa du Cap Bon. Le trait le plus marquant est toutefois l'exode, soudain et massif, (5000 personnes en trois jours), en particulier en direction de Lampedusa qui n'est guère qu'à 130 km des côtes tunisiennes et que des milliers de Tunisiens, candidats à l'émigration, tentent de rallier sur des embarcations de fortune (on en a vu à la télévision) ou en ayant recours aux services de passeurs qui ne manquent pas de s'engraisser sur leur dos (1.000 $ par passager). L’aventure n’est pas sans risques, vu les dangers d’une Méditerranée capricieuse, l’état lamentable de certaines embarcations et les risques d’arraisonnement (un garde-côte tunisien a ainsi éperonné une barque causant la mort de plusieurs de ses passagers).
On a peine à croire qu'il s'agisse là de personnes qui s'étaient compromises avec le précédent régime et qui craindraient, de ce fait, des représailles. Il est clair, à les entendre, que la plupart de ces migrants, souvent des chômeurs, se dirigent d’abord vers l'Italie, via Lampedusa, mais qu’ils ont souvent l’intention ensuite d'essayer (ils ne s'en cachent pas et peuvent compter sur la complicité active des autorités italiennes) de gagner la France, où, ils le savent, les conditions d'accueil faites aux migrants peuvent leur sembler infiniment plus favorables.
En Égypte, il en est, semble-t-il, tout autrement, du moins à ce que nous savons de la situation. Si l’on n'avait pas pu suivre, pas à pas, le cours des choses durant la dizaine de jours qui a précédé le départ du président Moubarak, et si les choses se passaient dans un autre pays, d'Afrique ou d'Amérique latine, on dirait assurément qu'on est en présence d'un coup d'Etat militaire. En effet, on constate qu’au Caire, le parlement a été dissous, le gouvernement mis à pied et que tous les pouvoirs ont été mis aux mains d'un comité militaire, ce qu’on appelle, ici ou là, une junte ! Partout ailleurs, on ne manquerait donc pas de parler de putsch, puisque l’idée d’un gouvernement civil provisoire de cinq membres a été rejetée par l’armée. La seule raison pour laquelle on ne parle pas de coup de force militaire est qu’entre le gouvernement Moubarak et l'état actuel des choses, il y a une parfaite continuité. On ne saurait donc pas véritablement parler de coup d'Etat, car il a été permanent depuis un demi-siècle, de Nasser à Moubarak.
On commence à découvrir que les choses ne se sont pas passées tout à fait comme on nous l'a dit ; en particulier, les musées du Caire, dont on disait qu'ils avaient été épargnés, ont été largement pillés et dépouillés de certaines de leurs pièces les plus rares, ce qui éclaire sur les compétences des voleurs en matière d’égyptologie. La situation égyptienne actuelle se caractérise surtout par des mouvements sociaux et des revendications qui, à un moment ou à un autre, devront bien être contrôlés, voire réprimés ; en outre, rien ne garantit vraiment que les réformes annoncées pour les semaines ou les mois qui viennent seront réellement mises en oeuvre.
Je me demande si cet exode massif de Tunisiens vers Lampedusa, l’Italie puis la France, ne se justifie pas du fait d’une très bonne connaissance des lois de notre pays. Certaines associations françaises spécialisées s’emploient, en effet, très activement, à faire connaître, dans le Sud, aux candidats à l’émigration vers la France, toutes les dispositions qui peuvent leur être favorables. Les lois françaises tendent, en effet, à privilégier, dans la régularisation des immigrants, le statut de réfugié politique, même s’il semble un peu difficile à invoquer réellement en la circonstance, en dépit de l’émotion suscitée ici par les événements de Tunisie qui constitue aussi un élément favorable.
Les experts de l'arabité, d'Olivier Roy à Benjamin Stora, s'expriment dans tous les médias et nous expliquent, en long et en large, que les mouvements islamiques ne sont plus qu'ils étaient, qu'ils se sont embourgeoisés et, en somme, qu'ils ont mis la charia à l'heure de la démocratie occidentale.
Je veux bien le croire, même si je ne suis pas tout à fait convaincu, tant par le discours actuel des Frères musulmans d'Égypte que par celui du leader de l’islamisme tunisien, revenu de son exil londonien, ou encore par celui que tient un Tariq Ramadan (héritier du fondateur des Frères musulmans d’Egypte), discours qu'on entend depuis longtemps, et qui a une fâcheuse tendance à être double voire triple, en fonction des auditoires auxquels il s'adresse et des objectifs visés, au moment où même il est tenu.
Je crains un peu que ces vrais savants qui s'expriment dans nos médias n’aient un souci quelque peu excessif, conscient ou non, de combattre ou en tout cas de freiner la tendance à l'islamophobie qui est latente devant les incertitudes de telles situations. Il y a toutefois, hors du Maghreb et de l'Égypte, nombre de situations islamiques, où l'on ne constate pas une telle révision des stratégies si l’on s’en tient d’abord aux politiques mises en oeuvre dans les Etats islamiques ou apparentés, du Pakistan au Nigéria.
Les cas des deux pays sont, semble-t-il, bien différents.
En Tunisie, en somme, il n'y a plus d'État et l’on ne sait pas ce que sont exactement devenus les autorités et les ministres qui avaient été mis en place, non sans débats et contestations. Il en résulte une situation d'anarchie, parfois violente, ce qui empêche les flux touristiques qui sont la principale ressource du pays, avec l’harissa du Cap Bon. Le trait le plus marquant est toutefois l'exode, soudain et massif, (5000 personnes en trois jours), en particulier en direction de Lampedusa qui n'est guère qu'à 130 km des côtes tunisiennes et que des milliers de Tunisiens, candidats à l'émigration, tentent de rallier sur des embarcations de fortune (on en a vu à la télévision) ou en ayant recours aux services de passeurs qui ne manquent pas de s'engraisser sur leur dos (1.000 $ par passager). L’aventure n’est pas sans risques, vu les dangers d’une Méditerranée capricieuse, l’état lamentable de certaines embarcations et les risques d’arraisonnement (un garde-côte tunisien a ainsi éperonné une barque causant la mort de plusieurs de ses passagers).
On a peine à croire qu'il s'agisse là de personnes qui s'étaient compromises avec le précédent régime et qui craindraient, de ce fait, des représailles. Il est clair, à les entendre, que la plupart de ces migrants, souvent des chômeurs, se dirigent d’abord vers l'Italie, via Lampedusa, mais qu’ils ont souvent l’intention ensuite d'essayer (ils ne s'en cachent pas et peuvent compter sur la complicité active des autorités italiennes) de gagner la France, où, ils le savent, les conditions d'accueil faites aux migrants peuvent leur sembler infiniment plus favorables.
En Égypte, il en est, semble-t-il, tout autrement, du moins à ce que nous savons de la situation. Si l’on n'avait pas pu suivre, pas à pas, le cours des choses durant la dizaine de jours qui a précédé le départ du président Moubarak, et si les choses se passaient dans un autre pays, d'Afrique ou d'Amérique latine, on dirait assurément qu'on est en présence d'un coup d'Etat militaire. En effet, on constate qu’au Caire, le parlement a été dissous, le gouvernement mis à pied et que tous les pouvoirs ont été mis aux mains d'un comité militaire, ce qu’on appelle, ici ou là, une junte ! Partout ailleurs, on ne manquerait donc pas de parler de putsch, puisque l’idée d’un gouvernement civil provisoire de cinq membres a été rejetée par l’armée. La seule raison pour laquelle on ne parle pas de coup de force militaire est qu’entre le gouvernement Moubarak et l'état actuel des choses, il y a une parfaite continuité. On ne saurait donc pas véritablement parler de coup d'Etat, car il a été permanent depuis un demi-siècle, de Nasser à Moubarak.
On commence à découvrir que les choses ne se sont pas passées tout à fait comme on nous l'a dit ; en particulier, les musées du Caire, dont on disait qu'ils avaient été épargnés, ont été largement pillés et dépouillés de certaines de leurs pièces les plus rares, ce qui éclaire sur les compétences des voleurs en matière d’égyptologie. La situation égyptienne actuelle se caractérise surtout par des mouvements sociaux et des revendications qui, à un moment ou à un autre, devront bien être contrôlés, voire réprimés ; en outre, rien ne garantit vraiment que les réformes annoncées pour les semaines ou les mois qui viennent seront réellement mises en oeuvre.
Je me demande si cet exode massif de Tunisiens vers Lampedusa, l’Italie puis la France, ne se justifie pas du fait d’une très bonne connaissance des lois de notre pays. Certaines associations françaises spécialisées s’emploient, en effet, très activement, à faire connaître, dans le Sud, aux candidats à l’émigration vers la France, toutes les dispositions qui peuvent leur être favorables. Les lois françaises tendent, en effet, à privilégier, dans la régularisation des immigrants, le statut de réfugié politique, même s’il semble un peu difficile à invoquer réellement en la circonstance, en dépit de l’émotion suscitée ici par les événements de Tunisie qui constitue aussi un élément favorable.
Les experts de l'arabité, d'Olivier Roy à Benjamin Stora, s'expriment dans tous les médias et nous expliquent, en long et en large, que les mouvements islamiques ne sont plus qu'ils étaient, qu'ils se sont embourgeoisés et, en somme, qu'ils ont mis la charia à l'heure de la démocratie occidentale.
Je veux bien le croire, même si je ne suis pas tout à fait convaincu, tant par le discours actuel des Frères musulmans d'Égypte que par celui du leader de l’islamisme tunisien, revenu de son exil londonien, ou encore par celui que tient un Tariq Ramadan (héritier du fondateur des Frères musulmans d’Egypte), discours qu'on entend depuis longtemps, et qui a une fâcheuse tendance à être double voire triple, en fonction des auditoires auxquels il s'adresse et des objectifs visés, au moment où même il est tenu.
Je crains un peu que ces vrais savants qui s'expriment dans nos médias n’aient un souci quelque peu excessif, conscient ou non, de combattre ou en tout cas de freiner la tendance à l'islamophobie qui est latente devant les incertitudes de telles situations. Il y a toutefois, hors du Maghreb et de l'Égypte, nombre de situations islamiques, où l'on ne constate pas une telle révision des stratégies si l’on s’en tient d’abord aux politiques mises en oeuvre dans les Etats islamiques ou apparentés, du Pakistan au Nigéria.
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dimanche 30 janvier 2011
Démocratie et conflits d'intérêts. D'Haïti à l’Egypte
Au moment où, dans le débat public national, « démocratie » (pour le Sud) et « conflits d'intérêts » (en France) sont les maîtres-mots de l'information comme toutes les discussions, personne ne semble se poser la question des rapports qui peuvent s'établir entre ces termes et les notions qu’ils portent.
Commençons donc par Haïti puisqu'en ce dimanche 30 janvier 2011, Hillary Clinton, dans quelques heures (il est 9 heures en France et le décalage horaire est de moins 6 heures) va débarquer de son jet privé sur l'aéroport de Port-au-Prince, où l'on aura assurément fait de la place pour elle au parking.
Elle estime, sans le moindre doute, apporter en Haïti les valeurs de l'humanisme et de la démocratie ; elle vient en effet, plus précisément, faire pression sur le président René Préval comme sur les candidats au second tour de la présidentielle pour permettre un déroulement rapide d'un scrutin, en panne depuis le 28 novembre 2010, jour du premier tour dont les résultats n'ont toujours pas été officiellement proclamés, comme on a pu le lire dans mes précédents posts sur Haïti.
La date de cette proclamation a été sans cesse remise et elle est actuellement annoncée pour le 2 février 2011. Le second tour aurait lieu le 20 mars avec des résultats donnés le 16 avril 2011. René Préval, dont le mandat se termine le 7 février et avait été prolongé (mais avec contestation sur ce point), resterait donc en place jusqu’au 14 mai au moins, comme il le souhaitait lui-même, bien entendu, mais comme la pression internationale le lui refusait.
Naturellement comme on cachait à notre pauvre Président ce qui se passait en Tunisie, on ne dit pas tout sur la situation et l’opinion haïtiennes à Madame Clinton !
La pauvre Hillary ne sait sans doute pas (on se garde bien de le lui dire) que le bruit court là-bas que le couple Clinton tirerait des profits (cachés mais considérables) de l'assistance internationale et humaine au désastre haïtien. Dans la « Clinton Global Initiative » qui « coordonne » tout cela, Bill ne tirerait pas que le dollar, symbolique et annuel, qui lui est attribué comme unique rémunération.
Le couple Clinton lui-même fait aussi un peu problème et il est « improbable », comme dirait notre « Fredo », dans la mesure où on sait pas, au juste, où en sont leurs relations personnelles (hors des images pieuses destinées à la presse people).
On ne sait pas davantage si Hillary s'est enfin convertie au système d'humidification de ses cigares qu'affectionne tant ce cher Bill.
Bien des gens, sans doute mal intentionnés, se demandent donc si l'intérêt d'Hillary Clinton dans cette affaire ne tient qu'au seul bonheur du peuple haïtien. Le plus grave est que les actions qu’elle conduit dans ce cadre, quels qu’en soient les vrais motifs, sont pour partie contre-productifs et constituent, dans les faits, autant de « boomerangs » ou de « pavés de l'ours » (à vous de choisir la métaphore qui vous conviendra le mieux).
De l’autre côté de l’Atlantique, « nan Ginen » comme on dit en créole haïtien, l'intérêt américano-français porté au processus électoral ivoirien fait l'objet d'analyses du même genre et la propagande très intense de Laurent Gbagbo ne se prive naturellement pas d’exploiter, à tort ou à raison, cet argumentaire comme je l’ai montré dans un précédent post. Naturellement les photos du mariage de Alassane (Dramane, ce second prénom étant amovible en fonction des circonstances et des visées) Ouattara avec la blonde Dominique Novion , célébré à Neuily par Nicolas Sarkozy, sont partout ; on ne manque pas de rappeler aussi que cette femme d’affaires fut la gestionnaire des biens d’Houphouët-Boigny et d’Omar Bongo (une sorte de Patrick de Maistre en tailleur Channel en somme). Comme on ne la voit guère voilée, on ne sait pas si elle s’est convertie à l’islam pour épouser Alassane Dramane (ce qui est une obligation pour tout bon musulman), mais il est clair que tout cela fait parfaitement les affaires de Laurent Gbagbo, sans pour autant militer vraiment en faveur de la démocratie.
Mais revenons à Haïti et à Hillary Clinton, nul doute que le président Préval sera tout sourire pour l’accueillir à sa descente d'avion ; il écoutera assurément avec la même courtoise aménité et sans doute en hochant du chef, ses fermes et pressants conseils en faveur de la reprise du processus électoral et donc de l’éviction définitive de son propre candidat, Jude Célestin. Ce dernier, quoique son retrait ait été annoncé par son parti INITE, ne l’a pas confirmé, jusqu'à présent et, dit-on, à l’instigation de Préval (qui veut faire durer les choses) alors que cette démarche personnnelle, selon la loi haïtienne, est absolument indispensable pour que ce retrait soit effectif.
À n'en pas douter, Hillary reprendra donc, dans quelques heures, son avion avec la conviction qu'elle a une fois de plus rempli sa mission et triomphé de ces maudits blacks qui, non contents de l'avoir odieusement écartée de la présidence des États-Unis, lui mettent maintenant des bâtons dans les roues dans le cadre de ses actuelles activités.
Nul doute non plus qu'aussitôt Hillary envolée, René Préval dénoncera, plus ou moins discrètement et/ou par séides interposés, les insupportables manoeuvres américaines et internationales, qui visent, une fois de plus, à imposer au peuple haïtien des choix qui ne sont pas les siens. Ce genre de numéro marche toujours en Haïti où le nationalisme reste très présent, puisque, ne l'oublions pas et chacun se fait fort de nous le rappeler à tout moment, Haïti, première république noire, a été aussi la première colonie a secouer victorieusement le joug du colonialiste.
Et la Tunisie me direz-vous ? Et l'Égypte, poursuivrez-vous, non sans raison ?
Au moment où la France découvre, après deux siècles de cette situation, que la démocratie et les conflits d'intérêts font tout à fait bon ménage, tant dans la politique que dans l'économie, ne devrait-elle pas s'interroger aussi sur ces mêmes rapports dans les pays du Sud ou le Nord se livre à tant de déclarations enflammées en faveur de cette même démocratie, sans jamais faire mention de ses intérêts?
Certes, à l'aune de nos moeurs et de nos habitudes de pensée, la liberté d'expression est une valeur que nous ne cessons de mettre en avant pour contester les régimes policiers instaurés dans nombre de pays du Sud, avec lesquels nous avons par ailleurs les meilleurs rapports et où nous aimons tant à passer nos vacances.
Sommes-nous cependant tout à fait sûrs que le fait de pouvoir acheter en Tunisie « Le monde » ou « Libération » (à un prix quotidien, que, comme l’accès internet, ne peuvent guère se permettre les marchands de légumes tunisiens, fussent-ils titulaires d'une maîtrise de sociologie) va changer de façon définitive leur mode de vie et leurs conditions d'existence ?
Ne devrait en pas se demander, plus sérieusement et pour un instant, ce que signifie d'ailleurs la liberté d'expression dans un Etat comme l'Italie où la plupart des médias sont aux mains ou aux ordres d'un Silvio Berlusconi, sans parler de la France de Hersant et désormais de Lagardère ? Moi-même victime naguère, dans mes blogs, de la censure du Nouvel Obs puis de TF1, ne suis-je pas bien placé pour en parler et en juger ?
En France même personne ne semble faire le lien entre le cumul des mandats électoraux et/ou des fonctions ministérielles et les fameux conflits d'intérêts dont on vient soudain de découvrir, avec stupeur, l'existence. Personne n'avait donc jamais remarqué que les fonctions électorales (maires de grandes villes ou présidents de conseil régional ou général) permettent, d'abord et surtout, de détourner au profit de ces mêmes zones et de leurs électeurs (villes, départements ou régions) une bonne partie des crédits de l'État (quand il s'agit d'installer de nouveaux services ou équipements) ou, au contraire, de protéger ces mêmes zones quand elles sont menacées de restrictions dans ces mêmes matières !
Les hommes politiques du Sud ne sont pas forcément tous des imbéciles. Préval ou Gbagbo actuellement et peut-être bientôt Moubarak (moins exposé car regardé comme très utile à nos intérêts stratégiques au Moyen Orient) sauront, de toute évidence, faire apparaître ou donner à soupçonner, sous les revendications du Nord en faveur de la démocratie, le jeu des intérêts de ces mêmes Etats, grands donneurs de leçons de démocratie.
En fait, Hillary Clinton ou Nicolas Sarkozy font le jeu, sur le plan interne, de ceux dont ils pensent cnaïvement contester la position. On le voit depuis deux mois en Côte d'Ivoire ; on risque de le voir en Haïti mais, dans ces deux cas, les choses sont, somme toute et comme en Tunisie, moins graves qu'en Égypte où la chute de Moubarak risque d'avoir des conséquences catastrophiques, dont ne semblent réellement conscients pour le moment, à en juger par leurs réactions, qu’Israël, la Cisjordanie et la Jordanie qui sont naturellement en première ligne.
Quant à savoir quel profit réel tireront les fellahs égyptiens de la présence, dans les kiosques cairotes, du « Monde » et de « Libération » (dans l'hypothèse où ces journaux auraient été interdits comme en Tunisie) j'avoue ne pas trop savoir à quoi m'en tenir sur ce point.
Commençons donc par Haïti puisqu'en ce dimanche 30 janvier 2011, Hillary Clinton, dans quelques heures (il est 9 heures en France et le décalage horaire est de moins 6 heures) va débarquer de son jet privé sur l'aéroport de Port-au-Prince, où l'on aura assurément fait de la place pour elle au parking.
Elle estime, sans le moindre doute, apporter en Haïti les valeurs de l'humanisme et de la démocratie ; elle vient en effet, plus précisément, faire pression sur le président René Préval comme sur les candidats au second tour de la présidentielle pour permettre un déroulement rapide d'un scrutin, en panne depuis le 28 novembre 2010, jour du premier tour dont les résultats n'ont toujours pas été officiellement proclamés, comme on a pu le lire dans mes précédents posts sur Haïti.
La date de cette proclamation a été sans cesse remise et elle est actuellement annoncée pour le 2 février 2011. Le second tour aurait lieu le 20 mars avec des résultats donnés le 16 avril 2011. René Préval, dont le mandat se termine le 7 février et avait été prolongé (mais avec contestation sur ce point), resterait donc en place jusqu’au 14 mai au moins, comme il le souhaitait lui-même, bien entendu, mais comme la pression internationale le lui refusait.
Naturellement comme on cachait à notre pauvre Président ce qui se passait en Tunisie, on ne dit pas tout sur la situation et l’opinion haïtiennes à Madame Clinton !
La pauvre Hillary ne sait sans doute pas (on se garde bien de le lui dire) que le bruit court là-bas que le couple Clinton tirerait des profits (cachés mais considérables) de l'assistance internationale et humaine au désastre haïtien. Dans la « Clinton Global Initiative » qui « coordonne » tout cela, Bill ne tirerait pas que le dollar, symbolique et annuel, qui lui est attribué comme unique rémunération.
Le couple Clinton lui-même fait aussi un peu problème et il est « improbable », comme dirait notre « Fredo », dans la mesure où on sait pas, au juste, où en sont leurs relations personnelles (hors des images pieuses destinées à la presse people).
On ne sait pas davantage si Hillary s'est enfin convertie au système d'humidification de ses cigares qu'affectionne tant ce cher Bill.
Bien des gens, sans doute mal intentionnés, se demandent donc si l'intérêt d'Hillary Clinton dans cette affaire ne tient qu'au seul bonheur du peuple haïtien. Le plus grave est que les actions qu’elle conduit dans ce cadre, quels qu’en soient les vrais motifs, sont pour partie contre-productifs et constituent, dans les faits, autant de « boomerangs » ou de « pavés de l'ours » (à vous de choisir la métaphore qui vous conviendra le mieux).
De l’autre côté de l’Atlantique, « nan Ginen » comme on dit en créole haïtien, l'intérêt américano-français porté au processus électoral ivoirien fait l'objet d'analyses du même genre et la propagande très intense de Laurent Gbagbo ne se prive naturellement pas d’exploiter, à tort ou à raison, cet argumentaire comme je l’ai montré dans un précédent post. Naturellement les photos du mariage de Alassane (Dramane, ce second prénom étant amovible en fonction des circonstances et des visées) Ouattara avec la blonde Dominique Novion , célébré à Neuily par Nicolas Sarkozy, sont partout ; on ne manque pas de rappeler aussi que cette femme d’affaires fut la gestionnaire des biens d’Houphouët-Boigny et d’Omar Bongo (une sorte de Patrick de Maistre en tailleur Channel en somme). Comme on ne la voit guère voilée, on ne sait pas si elle s’est convertie à l’islam pour épouser Alassane Dramane (ce qui est une obligation pour tout bon musulman), mais il est clair que tout cela fait parfaitement les affaires de Laurent Gbagbo, sans pour autant militer vraiment en faveur de la démocratie.
Mais revenons à Haïti et à Hillary Clinton, nul doute que le président Préval sera tout sourire pour l’accueillir à sa descente d'avion ; il écoutera assurément avec la même courtoise aménité et sans doute en hochant du chef, ses fermes et pressants conseils en faveur de la reprise du processus électoral et donc de l’éviction définitive de son propre candidat, Jude Célestin. Ce dernier, quoique son retrait ait été annoncé par son parti INITE, ne l’a pas confirmé, jusqu'à présent et, dit-on, à l’instigation de Préval (qui veut faire durer les choses) alors que cette démarche personnnelle, selon la loi haïtienne, est absolument indispensable pour que ce retrait soit effectif.
À n'en pas douter, Hillary reprendra donc, dans quelques heures, son avion avec la conviction qu'elle a une fois de plus rempli sa mission et triomphé de ces maudits blacks qui, non contents de l'avoir odieusement écartée de la présidence des États-Unis, lui mettent maintenant des bâtons dans les roues dans le cadre de ses actuelles activités.
Nul doute non plus qu'aussitôt Hillary envolée, René Préval dénoncera, plus ou moins discrètement et/ou par séides interposés, les insupportables manoeuvres américaines et internationales, qui visent, une fois de plus, à imposer au peuple haïtien des choix qui ne sont pas les siens. Ce genre de numéro marche toujours en Haïti où le nationalisme reste très présent, puisque, ne l'oublions pas et chacun se fait fort de nous le rappeler à tout moment, Haïti, première république noire, a été aussi la première colonie a secouer victorieusement le joug du colonialiste.
Et la Tunisie me direz-vous ? Et l'Égypte, poursuivrez-vous, non sans raison ?
Au moment où la France découvre, après deux siècles de cette situation, que la démocratie et les conflits d'intérêts font tout à fait bon ménage, tant dans la politique que dans l'économie, ne devrait-elle pas s'interroger aussi sur ces mêmes rapports dans les pays du Sud ou le Nord se livre à tant de déclarations enflammées en faveur de cette même démocratie, sans jamais faire mention de ses intérêts?
Certes, à l'aune de nos moeurs et de nos habitudes de pensée, la liberté d'expression est une valeur que nous ne cessons de mettre en avant pour contester les régimes policiers instaurés dans nombre de pays du Sud, avec lesquels nous avons par ailleurs les meilleurs rapports et où nous aimons tant à passer nos vacances.
Sommes-nous cependant tout à fait sûrs que le fait de pouvoir acheter en Tunisie « Le monde » ou « Libération » (à un prix quotidien, que, comme l’accès internet, ne peuvent guère se permettre les marchands de légumes tunisiens, fussent-ils titulaires d'une maîtrise de sociologie) va changer de façon définitive leur mode de vie et leurs conditions d'existence ?
Ne devrait en pas se demander, plus sérieusement et pour un instant, ce que signifie d'ailleurs la liberté d'expression dans un Etat comme l'Italie où la plupart des médias sont aux mains ou aux ordres d'un Silvio Berlusconi, sans parler de la France de Hersant et désormais de Lagardère ? Moi-même victime naguère, dans mes blogs, de la censure du Nouvel Obs puis de TF1, ne suis-je pas bien placé pour en parler et en juger ?
En France même personne ne semble faire le lien entre le cumul des mandats électoraux et/ou des fonctions ministérielles et les fameux conflits d'intérêts dont on vient soudain de découvrir, avec stupeur, l'existence. Personne n'avait donc jamais remarqué que les fonctions électorales (maires de grandes villes ou présidents de conseil régional ou général) permettent, d'abord et surtout, de détourner au profit de ces mêmes zones et de leurs électeurs (villes, départements ou régions) une bonne partie des crédits de l'État (quand il s'agit d'installer de nouveaux services ou équipements) ou, au contraire, de protéger ces mêmes zones quand elles sont menacées de restrictions dans ces mêmes matières !
Les hommes politiques du Sud ne sont pas forcément tous des imbéciles. Préval ou Gbagbo actuellement et peut-être bientôt Moubarak (moins exposé car regardé comme très utile à nos intérêts stratégiques au Moyen Orient) sauront, de toute évidence, faire apparaître ou donner à soupçonner, sous les revendications du Nord en faveur de la démocratie, le jeu des intérêts de ces mêmes Etats, grands donneurs de leçons de démocratie.
En fait, Hillary Clinton ou Nicolas Sarkozy font le jeu, sur le plan interne, de ceux dont ils pensent cnaïvement contester la position. On le voit depuis deux mois en Côte d'Ivoire ; on risque de le voir en Haïti mais, dans ces deux cas, les choses sont, somme toute et comme en Tunisie, moins graves qu'en Égypte où la chute de Moubarak risque d'avoir des conséquences catastrophiques, dont ne semblent réellement conscients pour le moment, à en juger par leurs réactions, qu’Israël, la Cisjordanie et la Jordanie qui sont naturellement en première ligne.
Quant à savoir quel profit réel tireront les fellahs égyptiens de la présence, dans les kiosques cairotes, du « Monde » et de « Libération » (dans l'hypothèse où ces journaux auraient été interdits comme en Tunisie) j'avoue ne pas trop savoir à quoi m'en tenir sur ce point.
mardi 25 janvier 2011
Pour une Société Protectrice des Présidents.
Après la SPA, ne devrait-on pas songer à instaurer la SPP, Société Protectrice des Présidents ? À vrai dire, j’avais songé pour être plus clair d’emblée à l'appeler plutôt la Société Protectrice des Dictateurs , la SPD, mais il m’a semblé que ce sigle donnerait trop lieu à des jeux de mots faciles que ne justifient pas toujours les moeurs des intéressés.
Vous aurez donc déjà compris que ceux dont je veux parler ici sont les présidents qui ont une certaine tendance à être, aussi et souvent d’abord, des dictateurs. Ce ne sont donc pas des pauvres présidents comme le nôtre, obligé qu'il est, comme lundi 24 janvier 2011 au matin, de se taper une heure et demie de conférence de presse , de faire la danse du ventre à propos des problèmes internationaux et de devoir causer G20 et G8, alors qu'il sait mieux que quiconque, qu’il ne pèse guère au sein de ces augustes assemblées qui ne sont guère que des théâtres d’ombres. En réalité, l’un comme l’autre n'ont pas voie au chapitre de l’économie spéculative du monde, pas plus d'ailleurs que les collègues présidents de notre Nicolas, fussent-ils (comme il aime désormais à le dire, s’étant pris de passion pour le subjonctif, récemment découvert) américain ou chinois. Les vrais centres de décision sont bien entendu ailleurs et ce ne sont pas les pitoyables rodomontades de Barrack Obama ou les clignements d’yeux du Chinois de service qui pourront changer les choses.
Non, je veux parler ici des vrais présidents, à vie ou non, qui restent dix, vingt ou trente ans en fonction, peuvent transmettre à leurs enfants leurs présidences, après les avoir parfois laissé exercer par leurs femmes. Ces présidents exotiques peuvent même, pour certains d’entre eux, particulièrement loufoques, se faire empereur ou se bâtir, dans le village de leur enfance, érigé parfois en capitale nationale, une cathédrale plus grande que celle de Saint-Pierre de Rome.
Bien entendu, c'est plutôt dans le Sud qu'on trouve ce genre de présidents, mais l’espèce est loin d’être éteinte et les situations actuelles nous en montrent quelques specimens qui illustrent bien toutefois la vieille formule des Romains, selon laquelle « la Roche Tarpéienne est près du Capitole ».
Comment résister ici à l'envie de faire figurer dans ce texte la phrase que mon éditeur Dragon, dont j’use pour dicter à mon ordinateur, a écrite, en lieu et place de la formule précédente, et qui est « la roche pénienne est près du capital » ! C’est tellement vrai, dans le cas de quelques-uns de nos infortunés dictateurs, comme vous allez pouvoir le constater.
Regardez ce pauvre M. Ben Ali et voyez à quel point il illustre cette jolie et si involontaire formule de mon Dragon. Après avoir épousé sa coiffeuse (qui, vous l'aurez remarqué à la tignasse de son mari, devait être spécialisée dans les teintures), Zin instaure en Tunisie une dictature de fer, toutefois si discrète que notre cher président, que la cinquantaine a rendu presbyte, n’a pas vue, ce « pays frère » étant « trop près » comme il nous l’a annoncé hier.
La Tunisie a été mise en coupe réglée au profit de la coiffeuse et de sa famille qui sont les bénéficiaires exclusifs des magouilles, des trafics et des bakchichs qui sont les principales industries locales avec l’harissa et la boukha. La révolution du jasmin arrivant un beau matin, voilà que Leïla embarque le magot de la réserve de l’Etat (une tonne et demie d'or en lingots), sans qu'on sache si elle a véritablement l'idée de partager le butin, dans la suite, avec son dictateur de mari.
S'il y a une chose dont les dictateurs doivent se méfier (« la roche pénienne est près du capital ») ce sont bien leurs épouses, lorsqu'ils sont obligés de changer de fonction.
Regardez ce pauvre M. Duvalier, dit « Baby Doc », à peine, en 1986, avait-il filé d’Haïti avec une petite centaine de millions de dollars que sa chère épouse le plaquait, sans oublier bien sûr, de s'emparer, semble-t-il, de la plus grande partie du magot. C'est à peine s'il lui reste aujourd’hui 6 ou 7 millions de dollars. En outre, comme il a eu l'imprudence de les mettre dans des banques suisses, voilà que les perfides Helvètes, au prétexte d'aider le peuple haïtien (ils ont pris le temps de la réflexion !) lui refusent l'accès aux maigres restes de sa fortune. Par là, on l'oblige à revenir en Haïti, sans même avoir une raison de le faire autre que celle, lamentable, de prétendre venir faire don à la population du pays de cet argent qui désormais n’est plus le sien, tout en ne l’ayant, en fait, jamais été.
Le malheur de ces pauvres dictateurs me fait penser à une loi économique que, dans mon innocence, j’avais découverte à propos du maréchal Mobutu, à l'époque où il régnait encore sur le Zaïre. La fortune d'un dictateur, naturellement toujours dissimulée hors du lieu où il exerce son industrie, est, en général, égale à la dette extérieure du pays en cause. J'avais alors fait cette observation pour le Zaïre qui devait à l'époque 11 milliards de dollars, ce qui était la fortune qu'on supposait à Mobutu. J’ai pu, à diverses reprises, dans la suite, vérifier ce point pour d’autres dictateurs. Bien longtemps après, j’ai vu cette loi scientifiquement énoncée et prouvée par un économiste américain dont j’ai oublié le nom.
Certes, je reconnais que tous ces dictateurs, une fois déchus et exilés, n’inspirent guère la pitié et moins encore la sympathie. Rares sont pourtant les gens qui tombent si bas de si haut et si vite ! Regardez ce pauvre Ben Ali ! Même Fredo-la-culture, qui, trouvant la Thaïlande trop lointaine et devenue dangereuse,avait pris ses quartiers en Tunisie et à qui son ami Zin avait même accordé la nationalité tunisienne, lui fait la gueule et lui tourne le dos, du jour au lendemain, après l’avoir soutenu ! Pauvre Ben Ali ! On accueillait à bras ouverts ses « investissements », de la France au Canada, et voilà qu’on veut le spolier des quelques placements qu’il avait prévus, ici et là, pour des vieux jours qu'il pressentait incertains.
Au fait j’y pense, Idi Amine Dada, Bokassa, Duvalier, Aristide, Ben Ali, et les autres, ils n’étaient, en gros, pas trop blancs. Ne seraient-ils pas victimes de discrimination et de racisme ? La LICRA et le CRAN devraient y songer.
Vous aurez donc déjà compris que ceux dont je veux parler ici sont les présidents qui ont une certaine tendance à être, aussi et souvent d’abord, des dictateurs. Ce ne sont donc pas des pauvres présidents comme le nôtre, obligé qu'il est, comme lundi 24 janvier 2011 au matin, de se taper une heure et demie de conférence de presse , de faire la danse du ventre à propos des problèmes internationaux et de devoir causer G20 et G8, alors qu'il sait mieux que quiconque, qu’il ne pèse guère au sein de ces augustes assemblées qui ne sont guère que des théâtres d’ombres. En réalité, l’un comme l’autre n'ont pas voie au chapitre de l’économie spéculative du monde, pas plus d'ailleurs que les collègues présidents de notre Nicolas, fussent-ils (comme il aime désormais à le dire, s’étant pris de passion pour le subjonctif, récemment découvert) américain ou chinois. Les vrais centres de décision sont bien entendu ailleurs et ce ne sont pas les pitoyables rodomontades de Barrack Obama ou les clignements d’yeux du Chinois de service qui pourront changer les choses.
Non, je veux parler ici des vrais présidents, à vie ou non, qui restent dix, vingt ou trente ans en fonction, peuvent transmettre à leurs enfants leurs présidences, après les avoir parfois laissé exercer par leurs femmes. Ces présidents exotiques peuvent même, pour certains d’entre eux, particulièrement loufoques, se faire empereur ou se bâtir, dans le village de leur enfance, érigé parfois en capitale nationale, une cathédrale plus grande que celle de Saint-Pierre de Rome.
Bien entendu, c'est plutôt dans le Sud qu'on trouve ce genre de présidents, mais l’espèce est loin d’être éteinte et les situations actuelles nous en montrent quelques specimens qui illustrent bien toutefois la vieille formule des Romains, selon laquelle « la Roche Tarpéienne est près du Capitole ».
Comment résister ici à l'envie de faire figurer dans ce texte la phrase que mon éditeur Dragon, dont j’use pour dicter à mon ordinateur, a écrite, en lieu et place de la formule précédente, et qui est « la roche pénienne est près du capital » ! C’est tellement vrai, dans le cas de quelques-uns de nos infortunés dictateurs, comme vous allez pouvoir le constater.
Regardez ce pauvre M. Ben Ali et voyez à quel point il illustre cette jolie et si involontaire formule de mon Dragon. Après avoir épousé sa coiffeuse (qui, vous l'aurez remarqué à la tignasse de son mari, devait être spécialisée dans les teintures), Zin instaure en Tunisie une dictature de fer, toutefois si discrète que notre cher président, que la cinquantaine a rendu presbyte, n’a pas vue, ce « pays frère » étant « trop près » comme il nous l’a annoncé hier.
La Tunisie a été mise en coupe réglée au profit de la coiffeuse et de sa famille qui sont les bénéficiaires exclusifs des magouilles, des trafics et des bakchichs qui sont les principales industries locales avec l’harissa et la boukha. La révolution du jasmin arrivant un beau matin, voilà que Leïla embarque le magot de la réserve de l’Etat (une tonne et demie d'or en lingots), sans qu'on sache si elle a véritablement l'idée de partager le butin, dans la suite, avec son dictateur de mari.
S'il y a une chose dont les dictateurs doivent se méfier (« la roche pénienne est près du capital ») ce sont bien leurs épouses, lorsqu'ils sont obligés de changer de fonction.
Regardez ce pauvre M. Duvalier, dit « Baby Doc », à peine, en 1986, avait-il filé d’Haïti avec une petite centaine de millions de dollars que sa chère épouse le plaquait, sans oublier bien sûr, de s'emparer, semble-t-il, de la plus grande partie du magot. C'est à peine s'il lui reste aujourd’hui 6 ou 7 millions de dollars. En outre, comme il a eu l'imprudence de les mettre dans des banques suisses, voilà que les perfides Helvètes, au prétexte d'aider le peuple haïtien (ils ont pris le temps de la réflexion !) lui refusent l'accès aux maigres restes de sa fortune. Par là, on l'oblige à revenir en Haïti, sans même avoir une raison de le faire autre que celle, lamentable, de prétendre venir faire don à la population du pays de cet argent qui désormais n’est plus le sien, tout en ne l’ayant, en fait, jamais été.
Le malheur de ces pauvres dictateurs me fait penser à une loi économique que, dans mon innocence, j’avais découverte à propos du maréchal Mobutu, à l'époque où il régnait encore sur le Zaïre. La fortune d'un dictateur, naturellement toujours dissimulée hors du lieu où il exerce son industrie, est, en général, égale à la dette extérieure du pays en cause. J'avais alors fait cette observation pour le Zaïre qui devait à l'époque 11 milliards de dollars, ce qui était la fortune qu'on supposait à Mobutu. J’ai pu, à diverses reprises, dans la suite, vérifier ce point pour d’autres dictateurs. Bien longtemps après, j’ai vu cette loi scientifiquement énoncée et prouvée par un économiste américain dont j’ai oublié le nom.
Certes, je reconnais que tous ces dictateurs, une fois déchus et exilés, n’inspirent guère la pitié et moins encore la sympathie. Rares sont pourtant les gens qui tombent si bas de si haut et si vite ! Regardez ce pauvre Ben Ali ! Même Fredo-la-culture, qui, trouvant la Thaïlande trop lointaine et devenue dangereuse,avait pris ses quartiers en Tunisie et à qui son ami Zin avait même accordé la nationalité tunisienne, lui fait la gueule et lui tourne le dos, du jour au lendemain, après l’avoir soutenu ! Pauvre Ben Ali ! On accueillait à bras ouverts ses « investissements », de la France au Canada, et voilà qu’on veut le spolier des quelques placements qu’il avait prévus, ici et là, pour des vieux jours qu'il pressentait incertains.
Au fait j’y pense, Idi Amine Dada, Bokassa, Duvalier, Aristide, Ben Ali, et les autres, ils n’étaient, en gros, pas trop blancs. Ne seraient-ils pas victimes de discrimination et de racisme ? La LICRA et le CRAN devraient y songer.
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mardi 18 janvier 2011
Le bal des présidents.
L'Organisation Internationale de la Francophonie ne va pas tarder à devoir ouvrir une nouvelle direction chargée du suivi des élections présidentielles dans les Etats-membres de l’OIF.
La Tunisie est venue, en effet, s'ajouter à la Côte d'Ivoire et à Haïti dans la série des crises présidentielles.
Un mot cependant sur les conditions précises du départ du président Ben Ali. Il se trouve en effet que j’ai suivi, avec beaucoup de vigilance et dans leur détail, les dernières heures de Ben Ali. Trois faits se sont succédés dans les 90 minutes qui ont précédé sa décision de départ.
Vers 17:00, en effet, le président Ben Ali a annoncé le limogeage de son gouvernement et une heure après il a donné l'ordre de tirer à nouveau sur les manifestants, ce qui était pour le moins inattendu après une telle annonce. À 18:30, Ben Ali décidait de prendre la fuite. Que s'était-il donc passé ?
Mon hypothèse, qui n'a rien de très original, est que le président s'est rendu compte, après avoir donné l’ordre de tirer, que l'armée, sur laquelle il comptait en dernière analyse, ne lui obéirait pas. Comme l'avaient fait, en 1907, les hommes du 17ème régiment d'infanterie de Béziers, a qui l'on avait donné l'ordre de tirer sur les vignerons qui manifestaient, les soldats tunisiens ont « mis la crosse en l'air ». Les auteurs tunisiens, qui ne manquent pas, n’ont plus qu’à se mettre au travail, comme l'avait fait Montehus, pour écrire le texte qui deviendra le premier chant révolutionnaire du futur État démocratique tunisien. Ce sera le « Salut à vous, braves soldats de Tunis », sur le modèle classique du chant qu’ont appris, dans leur jeunesse, tous les enfants de la gauche française, à l'époque où il y en avait encore une « Salut à vous, braves soldats du 17ème... Vous auriez, en tirant sur nous, assassiné la République ».
En Côte d'Ivoire se prolonge depuis bientôt deux mois le pas de deux des présidents Gbagbo et Ouattara, sans qu’on perçoive de signe annonçant la fin de leur ballet politique. Il en est un peu de même en Haïti, même si la disposition protocolaire des candidats sur le podium tend à être modifiée par la Commission d'experts internationaux, le chanteur Martelly se voyant offrir la deuxième marche d'où l’on voudrait faire descendre le candidat du président qui, sans être son vrai gendre, serait, selon certains, le père de son petit-fils.
Il semble bien que le jeu du président René Préval soit de faire traîner les choses pour prolonger jusqu'à mi-mai 2011 le mandat qu'il exerce. Il n'en avait pas fait mystère au départ, mais l'opposition unanime à cette idée l'avait conduit à feindre d'y renoncer. Dans sa recherche de procédés dilatoires, Préval a imaginé de demander la nomination d'une commission d'experts internationaux dont il conteste désormais les résultats.
Sont-ce les figures chorégraphiques prolongées de l’élection présidentielle haïtienne qui ont conduit Jean-Claude Duvalier, « Baby Doc », a imaginer de revenir dans le pays qui l’avait chassé du pouvoir (« déchouqué ») il y a 25 ans ? Il a dû se souvenir soudain qu'après tout, il était « président à vie de la république d’Haïti » et que l'article 41 de la constitution de 1987 interdit l'exil des citoyens haïtiens. Comme nulle poursuite n'était engagée contre lui, ni au plan national et au plan international, et que maintenant, de nouveau, Air France assure un vol direct entre Paris et Port-au-Prince, il a décidé de revenir au pays, sans éclairer quiconque sur ses intentions.
Il faudrait clairement, dans tout cela, une autorité supérieure qui mette fin à
une situation qui s'apparente, à la fois, au jeu des chaises musicales et au bal
des débutantes.
Les uns, comme Gbagbo et Ouattara à Abidjan, se disputent la même chaise présidentielle ; d'autres, qui n'en sont pas encore là, faute de deuxième tour, essayent d'obtenir le ticket donnant le droit d'entrer dans la danse ; le dernier venu, Jean-Claude Duvalier, fait, pour le moment, tapisserie, en attendant son tour, mais, sans trop d'angoisse, puisque, nous dit-on, il a déjà en poche son billet de retour (j’espère qu’il a pensé aussi au visa de retour en France !).
Ne faudrait-il pas, comme l’a déjà suggéré « Usbek Consulting and Co », qu'une autorité supérieure mette un peu d'ordre dans tout cela, quelles que soient les procédures envisagées. Elles peuvent soit relever du bon sens et la raison (Ouattara qui est un économiste (distingué) et musulman (très modéré) ferait un président tout à fait convenable pour la Tunisie, de même que Gbagbo, refaisant, quelques siècles plus tard, le voyage des « bossales » guinéens pourrait être un président fort présentable pour Haïti, souvent regardé comme un morceau d'Afrique), soit faire appel au pur et simple hasard, si, comme pour l’organisation des épreuves sportives internationales, on choisit de mettre dans des boîtes différentes les noms des postes à pourvoir et ceux des candidats potentiels, en laissant le sort décider des appariements ultérieurs.
Affaire à méditer et à suivre
La Tunisie est venue, en effet, s'ajouter à la Côte d'Ivoire et à Haïti dans la série des crises présidentielles.
Un mot cependant sur les conditions précises du départ du président Ben Ali. Il se trouve en effet que j’ai suivi, avec beaucoup de vigilance et dans leur détail, les dernières heures de Ben Ali. Trois faits se sont succédés dans les 90 minutes qui ont précédé sa décision de départ.
Vers 17:00, en effet, le président Ben Ali a annoncé le limogeage de son gouvernement et une heure après il a donné l'ordre de tirer à nouveau sur les manifestants, ce qui était pour le moins inattendu après une telle annonce. À 18:30, Ben Ali décidait de prendre la fuite. Que s'était-il donc passé ?
Mon hypothèse, qui n'a rien de très original, est que le président s'est rendu compte, après avoir donné l’ordre de tirer, que l'armée, sur laquelle il comptait en dernière analyse, ne lui obéirait pas. Comme l'avaient fait, en 1907, les hommes du 17ème régiment d'infanterie de Béziers, a qui l'on avait donné l'ordre de tirer sur les vignerons qui manifestaient, les soldats tunisiens ont « mis la crosse en l'air ». Les auteurs tunisiens, qui ne manquent pas, n’ont plus qu’à se mettre au travail, comme l'avait fait Montehus, pour écrire le texte qui deviendra le premier chant révolutionnaire du futur État démocratique tunisien. Ce sera le « Salut à vous, braves soldats de Tunis », sur le modèle classique du chant qu’ont appris, dans leur jeunesse, tous les enfants de la gauche française, à l'époque où il y en avait encore une « Salut à vous, braves soldats du 17ème... Vous auriez, en tirant sur nous, assassiné la République ».
En Côte d'Ivoire se prolonge depuis bientôt deux mois le pas de deux des présidents Gbagbo et Ouattara, sans qu’on perçoive de signe annonçant la fin de leur ballet politique. Il en est un peu de même en Haïti, même si la disposition protocolaire des candidats sur le podium tend à être modifiée par la Commission d'experts internationaux, le chanteur Martelly se voyant offrir la deuxième marche d'où l’on voudrait faire descendre le candidat du président qui, sans être son vrai gendre, serait, selon certains, le père de son petit-fils.
Il semble bien que le jeu du président René Préval soit de faire traîner les choses pour prolonger jusqu'à mi-mai 2011 le mandat qu'il exerce. Il n'en avait pas fait mystère au départ, mais l'opposition unanime à cette idée l'avait conduit à feindre d'y renoncer. Dans sa recherche de procédés dilatoires, Préval a imaginé de demander la nomination d'une commission d'experts internationaux dont il conteste désormais les résultats.
Sont-ce les figures chorégraphiques prolongées de l’élection présidentielle haïtienne qui ont conduit Jean-Claude Duvalier, « Baby Doc », a imaginer de revenir dans le pays qui l’avait chassé du pouvoir (« déchouqué ») il y a 25 ans ? Il a dû se souvenir soudain qu'après tout, il était « président à vie de la république d’Haïti » et que l'article 41 de la constitution de 1987 interdit l'exil des citoyens haïtiens. Comme nulle poursuite n'était engagée contre lui, ni au plan national et au plan international, et que maintenant, de nouveau, Air France assure un vol direct entre Paris et Port-au-Prince, il a décidé de revenir au pays, sans éclairer quiconque sur ses intentions.
Il faudrait clairement, dans tout cela, une autorité supérieure qui mette fin à
une situation qui s'apparente, à la fois, au jeu des chaises musicales et au bal
des débutantes.
Les uns, comme Gbagbo et Ouattara à Abidjan, se disputent la même chaise présidentielle ; d'autres, qui n'en sont pas encore là, faute de deuxième tour, essayent d'obtenir le ticket donnant le droit d'entrer dans la danse ; le dernier venu, Jean-Claude Duvalier, fait, pour le moment, tapisserie, en attendant son tour, mais, sans trop d'angoisse, puisque, nous dit-on, il a déjà en poche son billet de retour (j’espère qu’il a pensé aussi au visa de retour en France !).
Ne faudrait-il pas, comme l’a déjà suggéré « Usbek Consulting and Co », qu'une autorité supérieure mette un peu d'ordre dans tout cela, quelles que soient les procédures envisagées. Elles peuvent soit relever du bon sens et la raison (Ouattara qui est un économiste (distingué) et musulman (très modéré) ferait un président tout à fait convenable pour la Tunisie, de même que Gbagbo, refaisant, quelques siècles plus tard, le voyage des « bossales » guinéens pourrait être un président fort présentable pour Haïti, souvent regardé comme un morceau d'Afrique), soit faire appel au pur et simple hasard, si, comme pour l’organisation des épreuves sportives internationales, on choisit de mettre dans des boîtes différentes les noms des postes à pourvoir et ceux des candidats potentiels, en laissant le sort décider des appariements ultérieurs.
Affaire à méditer et à suivre
vendredi 14 janvier 2011
L'imposture de Denisot ou Denisot l'escroc
Vendredi 19 heures 5 ; l'imposture de Denisot avec son "Grand Journal" est démasquée.
Denisot et ses trois acolytes, en un prétendu direct, causent sur la Tunisie sans même savoir que Ben Ali a quitté le pouvoir et même la Tunisie depuis plus d'une heure. Bande d'escrocs!
Suite un peu plus tard
Michel Denisot avait déjà réussi à se faire payer une semaine de mission en Afrique, en prétendant s’y rendre pour interviewer, en parallèle, les deux présidents ivoiriens. Il n’en a, en fait, interviewé qu'un seul, Laurent Gbagbo puisque Denisot, courageux mais pas téméraire, n’a pas osé aller à l’hôtel du Golf en hélicoptère, comme l’ont pourtant fait, dans les semaines précédentes, des dizaines de journalistes.
Pour le second, Ouattara, Denisot s’est borné à un entretien depuis Paris, laissant aux techniciens de Canal plus, le risque, très minime, d’une promenade en hélico sur la lagune.
Déjà mis sur orbite journalistique, pensait-il, par sa misérable causerie avec notre président de la république (ce qui avait dû faire plaisir assurément à tous les journalistes de Canal+, je veux dire les vrais ou réputés tels), Denisot pensait préparer sa candidature au Prix Pulitzer ou, en tout cas, l’obtention laborieusee d’une carte de presse (qu'il n'a pas, je crois, comme lui manque aussi le certificat d'études primaires) avec cette mission bidon en Côte d'Ivoire digne d’un moderne Albert Londres.
L'échec a été patent sur toute la ligne et il n'a évidemment rien obtenu ni de l'un ni l'autre. En la circonstance Laurent Gbagbo a été un peu meilleur que Ouattara (carrément nul en se posant, sottement, comme soutenu par les étrangers et la finance internationale), mais sans être véritablement bon. Ainsi Laurent Gbagbo aurait-il pu envoyer dans les cordes pour le compte le sportif Michel Denisot, en lui faisant faire observer qu'à cinq minutes d'intervalle au cours de leur entretien, Denisot lui reprochait d'abord d’être un dictateur avec du sang sur les mains puis de se comporter en boulanger qui roule tout le monde dans la farine. Ces deux attitudes ne sont guère compatibles mais Gbagbo n'a pas eu l'esprit de le lui faire remarquer.
Après ce four, mauvaise journée pour Denisot que ce vendredi 14 janvier 2010 car s'est révélée, de façon éclatante, l'imposture de son "Grand Journal" qu’on présente toujours comme une émission en direct, avec, en particulier, les tours du magicien de service, les musiciens du jour « en live », les réactions "spontanées" du public et désormais les facéties québécoises de la présentatrice météo que ses pitreries laborieuses détournent même de remplir la fonction météorologique qui justifie sa présence.
En effet, ce vendredi, Michel Denisot s'était, contrairement à son habitude, privé de la présence du musculeux Joseph Macé-Scarron au profit d'une charmante journaliste tunisienne puisque la Tunisie devait être à l'ordre du jour.
Manque de pot ! À 19 heures 05, on commence, comme toujours, avec Duhamel et Barbier auxquels s'ajoute, pour une fois, la piquante rouquine tunisienne et l’on cause tranquillement de la situation en Tunisie. De toute évidence, personne ni sur le plateau ni en régie ne sait que, depuis une heure, le président Ben Ali a quitté ses fonctions et même fui la Tunisie.
Tout cela indique donc que l'émission a été réalisée, non pas en direct, comme on nous le donne toujours à penser par le comportement des participants comme de la salle, mais en un très large différé puisque la nouvelle est connue officiellement depuis dix-huit heures trente !
Le pire de tout est que, non seulement tous ces braves gens causent de la Tunisie sans connaître le fait essentiel qui rend vains tous leurs bavardages (le départ de Ben Ali) mais que, à la différence de ce qui se passerait sur n’importe quelle chaîne de télévision digne de ce nom, personne n'a songé à Canal+, nulle part, à faire passer un bandeau prévenant que cette émission réputée d'information n’est pas en direct, mais a été enregistrée, quatre heures plus tôt, à 15 heures! On ne le fera qu'à 19 heures trente-cinq, d'ailleurs sans changer quoi que ce soit, à croire qu'à Canal +, personne ne regarde Canal + !
Ce sont les inconvénients de ce genre d'imposture et surtout du faux direct que l’on veut faire passer pour du direct.
Les amis des deux otages tués au Niger ou au Mali demandent la démission du ministre de la défense, on peut espérer qu'à la suite de cette affaire, Denisot va, à son tour, présenter la sienne, mais sans la bidonner!
Denisot et ses trois acolytes, en un prétendu direct, causent sur la Tunisie sans même savoir que Ben Ali a quitté le pouvoir et même la Tunisie depuis plus d'une heure. Bande d'escrocs!
Suite un peu plus tard
Michel Denisot avait déjà réussi à se faire payer une semaine de mission en Afrique, en prétendant s’y rendre pour interviewer, en parallèle, les deux présidents ivoiriens. Il n’en a, en fait, interviewé qu'un seul, Laurent Gbagbo puisque Denisot, courageux mais pas téméraire, n’a pas osé aller à l’hôtel du Golf en hélicoptère, comme l’ont pourtant fait, dans les semaines précédentes, des dizaines de journalistes.
Pour le second, Ouattara, Denisot s’est borné à un entretien depuis Paris, laissant aux techniciens de Canal plus, le risque, très minime, d’une promenade en hélico sur la lagune.
Déjà mis sur orbite journalistique, pensait-il, par sa misérable causerie avec notre président de la république (ce qui avait dû faire plaisir assurément à tous les journalistes de Canal+, je veux dire les vrais ou réputés tels), Denisot pensait préparer sa candidature au Prix Pulitzer ou, en tout cas, l’obtention laborieusee d’une carte de presse (qu'il n'a pas, je crois, comme lui manque aussi le certificat d'études primaires) avec cette mission bidon en Côte d'Ivoire digne d’un moderne Albert Londres.
L'échec a été patent sur toute la ligne et il n'a évidemment rien obtenu ni de l'un ni l'autre. En la circonstance Laurent Gbagbo a été un peu meilleur que Ouattara (carrément nul en se posant, sottement, comme soutenu par les étrangers et la finance internationale), mais sans être véritablement bon. Ainsi Laurent Gbagbo aurait-il pu envoyer dans les cordes pour le compte le sportif Michel Denisot, en lui faisant faire observer qu'à cinq minutes d'intervalle au cours de leur entretien, Denisot lui reprochait d'abord d’être un dictateur avec du sang sur les mains puis de se comporter en boulanger qui roule tout le monde dans la farine. Ces deux attitudes ne sont guère compatibles mais Gbagbo n'a pas eu l'esprit de le lui faire remarquer.
Après ce four, mauvaise journée pour Denisot que ce vendredi 14 janvier 2010 car s'est révélée, de façon éclatante, l'imposture de son "Grand Journal" qu’on présente toujours comme une émission en direct, avec, en particulier, les tours du magicien de service, les musiciens du jour « en live », les réactions "spontanées" du public et désormais les facéties québécoises de la présentatrice météo que ses pitreries laborieuses détournent même de remplir la fonction météorologique qui justifie sa présence.
En effet, ce vendredi, Michel Denisot s'était, contrairement à son habitude, privé de la présence du musculeux Joseph Macé-Scarron au profit d'une charmante journaliste tunisienne puisque la Tunisie devait être à l'ordre du jour.
Manque de pot ! À 19 heures 05, on commence, comme toujours, avec Duhamel et Barbier auxquels s'ajoute, pour une fois, la piquante rouquine tunisienne et l’on cause tranquillement de la situation en Tunisie. De toute évidence, personne ni sur le plateau ni en régie ne sait que, depuis une heure, le président Ben Ali a quitté ses fonctions et même fui la Tunisie.
Tout cela indique donc que l'émission a été réalisée, non pas en direct, comme on nous le donne toujours à penser par le comportement des participants comme de la salle, mais en un très large différé puisque la nouvelle est connue officiellement depuis dix-huit heures trente !
Le pire de tout est que, non seulement tous ces braves gens causent de la Tunisie sans connaître le fait essentiel qui rend vains tous leurs bavardages (le départ de Ben Ali) mais que, à la différence de ce qui se passerait sur n’importe quelle chaîne de télévision digne de ce nom, personne n'a songé à Canal+, nulle part, à faire passer un bandeau prévenant que cette émission réputée d'information n’est pas en direct, mais a été enregistrée, quatre heures plus tôt, à 15 heures! On ne le fera qu'à 19 heures trente-cinq, d'ailleurs sans changer quoi que ce soit, à croire qu'à Canal +, personne ne regarde Canal + !
Ce sont les inconvénients de ce genre d'imposture et surtout du faux direct que l’on veut faire passer pour du direct.
Les amis des deux otages tués au Niger ou au Mali demandent la démission du ministre de la défense, on peut espérer qu'à la suite de cette affaire, Denisot va, à son tour, présenter la sienne, mais sans la bidonner!
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