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mercredi 14 mai 2014

Justice Juive

On sait depuis Salomon et son fameux jugement que la justice juive aussi juste qu’efficace, ce qui est fort loin d’être le cas en tout lieu. On vient d'en avoir une nouvelle preuve avec l’affaire Ehud Olmert dont nos médias n’ont guère parlé.

Homme politique majeur en Israël, récent ancien Premier Ministre, Ehud Olmert vient en effet d'être condamné à six ans de prison pour corruption et pour avoir reçu, il y a quelques années dans une obscure affaire immobilière, 120 000 €. Aux six ans de prison auxquels il a été condamné, s’est ajoutée une amende de 210 000 €.  Ces choses là sont rudes ! En outre, l’énoncé de la sentence a été retransmis par toutes les radios du pays ; on a entendu le juge déclarer : « Il avait le poste le plus central et le plus important et il a fini condamné pour les crimes les plus méprisables ! » ajoutant même « Un responsable public qui accepte des pots-de-vin est comparable à un traître ».

Quel pays ! Verrait-on pareil procès et surtout  pareil jugement  chez nous, ce qui ne prouve hélas en rien que certains de nos hommes politiques ne sont pas susceptibles de tels actes délictueux ! Cela me rappelle ce pauvre Président Jules Grévy, contraint à la démission en 1887, par la fameuse affaire des décorations. Son gendre Daniel Wilson, député d’Indre et Loire, vendait, en effet, les décorations (la légion d’honneur se négociant entre 25.000 et 100.000 francs, en général dans des maisons closes !). On en fit alors une chanson demeurée célèbre (« Ah ! Quel malheur d’avoir un gendre ! ) ; en revanche, Wilson, protégé (déjà !) par son immunité parlementaire, ne fut guère inquiété mais surtout (et c’est là que je veux en venir) se fit réélire député deux fois dans la suite!

Pour en revenir à Ehud Olmert qui, pour son malheur est israëlien, la carrière et la politique du personnage n'est pourtant pas, sans intérêt. Olmert avait été maire de Jérusalem de 1993 à 2003 avant d'être Premier Ministre de 2006 à 2009.  On voit par là l'importance du personnage que les débuts de cette affaire ont pourtant fragilisé dès 2008 et conduit à renoncer à se présenter alors aux primaires du parti Kadima qu’il avait créé en 2005.

Vice-Premier Ministre et ministre des Finances du gouvernement de Sharon, après un bref interim, il avait succédé , comme Premier Ministre, au bouillant Ariel frappé par un AVC. Le point le plus remarquable, assez inattendu pour un ancien du Likoud, a été sa conviction intime, acquise peu à peu, qu'on pouvait aboutir à une solution négociée dans le conflit israélo-palestinien. Entre 2006 et 2008, Olmert avait mené des négociations avec Mahmoud Abbas. Son projet était de voir Israël se retirer de la plus grande partie des territoires palestiniens, tout en gardant sous son contrôle, sous une forme ou sous une autre, les colonies de Cisjordanie. On sait maintenant, par des sources américaines, qu’Olmert avait secrètement proposé aussi, en mai 2008, de restituer la plus grande partie de la Cisjordanie aux Palestiniens contre des échanges de territoires et surtout un partage de Jérusalem qui serait devenue la capitale des deux Etats.

Tout cela a malheureusement échoué, comme bien d'autres tentatives en ce sens. Il ne reste donc pas grand-chose de la vie politique d’Olmert, sinon sa fin qui, si elle n'est pas très glorieuse pour un ancien Premier Ministre, force l'admiration pour Israël sur le plan de la justice comme de la démocratie.

dimanche 10 avril 2011

De la relativité de la notion de massacre ou bons et mauvais morts

Les tensions politiques qui se sont étendues, depuis le début de 2011, de la Tunisie au Moyen-Orient en passant par l’Egypte et la Libye (le tsunami des révoltes populaires doit composer, en effet, entre le politique, le chronologique et le géographique ce qui fait que sa progression n’est donc pas linéaire), a même fini par toucher la Jordanie et surtout la Syrie, bastion d’un gouvernement dictatorial qu’on jugeait inexpugnable.

J’ai souvent choqué, dans des blogs, me faisant même traiter de sioniste, en déclarant que, si j’étais un Palestinien (ce qu’à Dieu ne plaise !) et si l’on me donnait la possibilité de choisir, au sein de la zone, mon lieu de vie entre (dans le désordre) la Jordanie, la Syrie, le Liban, la Cisjordanie, Gaza et Israël (ce dont rêvent sans doute nombre de Palestiniens), je choisirais, sans la moindre hésitation, Israël ! Je me suis déjà expliqué sur ce point et je suis tout prêt à le faire à nouveau mais, compte tenu du titre de ce post, je voudrais aborder cette question par la sinistre comptabilité des victimes palestiniennes du conflit moyen oriental qui reste, contre toute attente, le meilleur moyen de faire descendre dans les rues les foules des Etats islamiques.

Après une période de calme relatif, les tirs vers Israël ont repris et donc, inévitablement, les représailles israéliennes sur Gaza. Depuis vendredi dernier, 12 Palestiniens (désormais 18 en ce dimanche 10 avril 2011), dont des combattants du Hamas, ont péri lors de raids israéliens, ce qui, pour Gaza, constitue les jours les plus meurtriers depuis la fin de l'opération israélienne de 2008-2009. Selon B’Tselem, ONG israélienne de défense des droits de l’Homme, plus de la moitié des 1.387 morts palestiniens qui avaient été tués lors de « Plomb durci », entre le 7 décembre 2008 et le 18 janvier 2009, étaient des civils. C’était évidemment énorme, mais il s’agissait là d’une opération de guerre contre l’ennnemi juré Israël et elle avait duré un mois et demi.

Toutefois et on l’oublie, dans le sinistre palmarès que j’évoque ici, Israël est loin derrière le Liban où les milices chrétiennes ont, en trois jours, dans les camps de Sabra et de Chatila, causé la mort de centaines voire de milliers de réfugiés palestiniens (les estimations vont de 700 à 3.500).

Dans les massacres de Palestiniens, peuple si précieux et si présent dans l’idéologie des foules arabes, nul ne songe à disputer à la Jordanie la première place dans les massacres de Palestiniens avec son « Septembre noir ». Mais qui s’en souvient encore, surtout après avoir vu, dans la suite, Yasser Arafat se tordre les mains de chagrin derrière le cercueil d’Hussein de Jordanie, l'auteur même de "Septembre noir" ?

Très bref rappel des faits. C'est l'époque où Yasser Arafat appelait ouvertement au renversement de la monarchie hachémite pour s'emparer lui-même de la Jordanie. Le 12 septembre 1970, le leader de l’OLP/Fatah qui porte ses coups aussi bien sur Israël que sur Hussein, fait exploser devant la presse internationale les trois avions d’El Al (vides !) qui avaient été détournés. Hussein doit agir. Le 17 septembre, l'armée jordanienne attaque les fedayins en bombardant camps de réfugiés et sièges d’organisations palestiniennes. Aprés dix jours de bombardements, ces camps sont rasés et les Palestiniens doivent fuir au Liban et même en Israël pour échapper au massacre. La Syrie envoie alors ses blindés à la frontière afin de leur venir en aide, mais Hussein appelle à son secours les États-Unis et même Israël (grâce au Plan Rogers). Les avions israéliens menaçent les chars syriens qui battent en retraite, abandonnant les Palestiniens à leur funeste sort.

C’est Nasser qui, dix jours plus tard, obtient la cessation des hostilités entre la Jordanie et l'OLP. Durant ce mois désormais nommé « Septembre Noir », le nombre de victimes palestiniennes varie, selon les sources, entre 3.500 (sources jordaniennes) et 10.000 (sources palestiniennes), la seconde estimation étant sans doute plus proche de la vérité que la première.

Dernier exemple, différent et plus actuel. Le tsunami « démocratique » ayant touché la Syrie, on évoque désormais chaque jour ou presque des victimes parmi les manifestants. Ainsi, à Deraa (cent kilomètres au Sud de Damas), on a parlé, selon les sources, de 17 ou 27 morts enterrés vendredi dernier. Là encore toutes ces morts sont déplorables, mais Deraa (2011 et le fils Bachar el-Assad) peut-il faire oublier Hama (1982 et le père Hafez el-Assad) ? Dans ce dernier cas, il ne s’agissait pas de simples forces de police et de quelques coups de feu dans des manifestations ! En 1982, Hafez el-Assad avait lancé, non pas la police mais son armée et ses Forces spéciales, sur Hama. Pendant trois semaines, des combats avec bombardements et canonnades, avaient opposé les troupes syriennes aux Frères musulmans et à la population de la ville.

Là aussi, le nombre de victimes demeure inconnu mais il est, en tout cas, énorme. R. Fisk parle de 20 000 morts, The Economist en compte 30 000 et le Comité syrien des droits de l’homme le situe entre 30.000 et 40.000. Le seul point que je veux souligner ici est que ce froid massacre n’a alors suscité nulle réaction de la communauté internationale qui semble s’émouvoir des 17 morts (infiniment regrettables) de Deraa.

En d’autres termes, il y a pour l’opinion internationale et donc pour les médias, des mauvais morts et des bons morts !

Bien plus, pour les premiers, on compte, sans trop d'émotion, en milliers (comme à Hama), en centaines de milliers voire en millions (comme en Afrique Centrale, où l’on ne sait même pas si les génocides ont fait trois, quatre ou cinq millions de victimes), alors qu’ailleurs deux ou trois morts pourvu qu’ils soient du bon côté font les gros titres et tirent des larmes au bon peuple.

Remarque banale de ma part mais que je voudrais extrapoler aux événements actuels et en particulier à ceux de la Libye et de la Côte d’Ivoire où diverses organisations (l’ONU et l’OTAN qui opère là, notons-le, bien loin de son champ d’intervention désigné, à moins que « Atlantique Nord » ne soit devenu « Afrique Noire » !) et la France, accompagnée de quelques Etats, d’ailleurs de plus en plus rares, ont jugé bon d’intervenir militairement dans des conflits intérieurs (ce que, comme on l’a vu ni Hussein de Jordanie ni Hafez el-Assad ni bien d’autres n’avaient pas eu à craindre !).

Là aussi, il y a les bons et les mauvais morts.

Les premiers sont les morts qui auraient pu se trouver dans les forces d’intervention et, fort heureusement, il n’y en a pas eu pour le moment, vu la nature de ces interventions (aériennes ou lointaines en Libye ; quelque peu symboliques en Côte d’Ivoire à en juger par les images et les résultats). Parmi les bons morts se comptent aussi les victimes civiles, sauf bien entendu celles des dommages « collatéraux », mais on n’en sait pas grand chose, car les « envoyés spéciaux » répugnent, de toute évidence et par prudence, à s’approcher des vrais théâtres d’opérations.

Les mauvais sont une catégorie plus mouvante. Ainsi les centaines de morts des massacres de Dokoué, en Côte d’Ivoire, qu’on avait d’abord mis au compte des « mercenaires » de Gbagbo s’étant révélées des victimes des « troupes républicaines » de Ouattara, ces morts ont brusquement vu changer leur statut de « bons morts » en celui de « mauvais morts ». Le récent discours d'ADO évoquant les « exactions » de ses troupes et les « sanctions » qui frapperaient leurs auteurs a été une confirmation indirecte de cette mutation. En Libye, les frappes si efficaces et si destructrices de notre artillerie de marine, des missiles américains ou de nos propres missiles air-sol n’ont pas pu ne pas faire nombre de victimes. Ce sont là sont assurément des mauvais morts que, de ce fait même, on passe totalement sous silence. Ces soldats libyens, rôtis dans leurs camions ou leurs véhicules blindés, tués dans leurs casernes ou derrière leurs pièces d’artillerie n’étaient pourtant pas nécessairement tous de farouches partisans de Kadhafi ; de toute façon, tous avaient, eux-aussi, des parents et des amis que leur mort n’a pas nécessirement gagnés à la cause de la révolution libyenne et de l'intervention extérieure !

« Quelle connerie la guerre ! »
Et celles-ci plus que les autres, car les protagonistes majeurs ne seront pas longs à se réconcilier.
En Lybie, autour des barils de pétrole et de quelques contrats, d’armement de préférence, puisque, sur le terrain libyen, nous aurons pu faire la démonstration « éclatante » de l’efficacité de nos produits.
En Côte d’Ivoire, ce sera plus simple encore car la haine de la France est le sujet déjà programmé pour la réconciliation générale !

LUNDI 11 avril au matin

Le point que j'évoquais en finissant (la réconciliation ivoirienne contre la France et sur son dos) est en marche avec l'intervention, nocturne et absurde, des armes françaises contre la résidence de Gbagbo qui doit bien rire, même si c'est un peu jaune. L'ONU et les "troupes républicaines de ADO" comptent pour du beurre! A qui fera-t-on croire que samedi 9 avril 2011 à 17 heures, on a pu tirer des missiles ou envoyer des obus sur l'Hôtel du Golf, surpeuplé jusque dans ses pelouses, sans faire la moindre victime?

mardi 22 février 2011

La rue plus radicale que les urnes ?

Faudrait-il sur ce point consulter les astres à notre façon et étudier leurs conjonctions spécifiques ? L’astrologie chinoise, pourtant millénaire, ne nous laissait guère prévoir de tels événements pour 2011 ! Le lapin (ou le lièvre), quatrième animal du zodiaque chinois, est en effet présenté comme « prudent et conservateur », ce que l’on ne constate guère jusqu’à présent, même si force est de constater que les bouleversements n’ont guère concerné la Chine elle-même, à moins qu’elle soit plutôt sous le signe du lièvre.

Lapin ou lièvre, il semble en tout cas que, pour ce qui concerne l’occident, la période soit favorable aux grands changements politiques dans le monde, d'Haïti à Bahreïn !

Il est vrai qu'en politique comme ailleurs, un clou chasse l'autre. La Côte d'Ivoire a éclipsé Haïti, non seulement sur le plan électoral mais également sur le plan humanitaire, après le séisme du 12 janvier 2010, puisque bon nombre d'engagements pris alors dans l'émotion du moment n’ont pas été tenus ni même rappelés dans la suite. Haïti et la Côte d'Ivoire, qui, en décembre 2010, ont quelque temps occupé le devant de la scène, ont été à leur tour retirés de l'affiche par les événements du Maghreb puis du Moyen-Orient dans son ensemble.

« La rue est plus radicale que les urnes » disais-je en titre et, en effet, les processus électoraux haïtiens et ivoiriens, faute de s’en tenir à leurs résultats, se sont enlisés peu à peu, tandis que les événements des rues conduisaient à des solutions tant en Tunisie qu'en Égypte plus rapides et radicales que nos experts et diplomates ne l’imaginaient, même si comme toujours, ils nous ont alors proclamé qu’ils l’avaient bien prévu. Hélas pour eux, enregistrements et images sont là pour rétablir la vérité de leurs annonces comme de leurs comportements.

On ne sait trop que penser de ce qui se passe en Libye, où la dinguerie du colonel Kadhafi, ces dernières années « mis sous le tapis » (comme on dit désormais) moyennant quelques milliards de commandes, de préférence militaires (bien utiles en cas de tentatives de révolution) peut naturellement l'entraîner dans les pires folies sanguinaires. Quant au Yémen et surtout à Bahreïn (où est basée la cinquième flotte américaine), on ne peut guère savoir ce qui s'y passera car les choses se décideront sans doute dans le secret du bureau ovale de la Maison-Blanche.

La nouvelle la plus étrange du jour, est sans doute l’annonce du franchissement du canal de Suez, ce matin même 22 février 2011, par deux navires de guerre... iraniens. Un tel fait ne s’était pas produit depuis 1979, mais il est rendu possible par la convention internationale qui précise que le canal de Suez est "ouvert à tout navire de commerce ou de guerre". On se demande un peu ce qu'ils ont à faire, dans les circonstances présentes, en Méditerranée. Le prétexte invoqué tient à des manoeuvres en relation avec la Syrie, mais elles semblent plutôt destnées aux Chiites du Liban et surtout de Gaza où l’on cause élections. Israël a déjà qualifié le fait de provocation. Peut-être la chose n’est-elle pas sans rapport non plus avec le projet de nouvelle expédition humanitaire en direction de Gaza (avec, à bord, Stéphane Hessel et son bonnet phrygien) puisque la flotte israëlienne avait eu un rôle décisif dans l’arraisonnement des navires qui avaient tenté déjà de rompre le blocus de Gaza.

En Côte d'Ivoire comme en Haïti, les processus électoraux s'éternisent puisque les premiers tours des élections présidentielles y ont eu lieu il y a déjà quatre mois.

A Abidjan, tout semble indiquer que, contrairement aux prévisions de nos augures politiques internationaux, Gbagbo semble plutôt conforté dans sa position au fil des mois, car il n’est pas tombé « comme un fruit pourri » dans le délai que lui avait accordé, fort imprudemment, son adversaire Ouattara. Le bel ensemble que constituait la CDEAO est en train de se fissurer ; non seulement on attend toujours les actions militaires qui devaient déloger Laurent Gbagbo d'Abidjan, mais ce dernier, qui était déjà assuré du soutien de l'Angola, a désormais celui, moins puissant mais plus proche et plus décisif, du Ghana qui semble s'être retiré de la coalition. Le plus pittoresque de la chose est qu'on paraît s'acheminer désormais vers un prétendu recomptage des bulletins de vote, ce qui paraît une décision plutôt insolite dans la mesure où il a été indiqué que les bulletins du second tour ont été détruits. Tout cela me paraît plutôt, en réalité, une forme de remise en cause discrète du processus électoral qui avait conduit à la désignation de Ouattara comme président.

En Haïti, les choses semblent, non sans mal, se mettre en place en vue de la tenue du deuxième tour fixé au 20 mars 2011, sans que le président Préval ait réussi à prolonger davantage encore son maintien au pouvoir limité au 14 mai 2011. L'intervention inattendue des anciens présidents, Duvalier et Aristide, a paru toutefois, un moment, remettre en question ce calendrier.

Si l'on ne parle plus guère de Duvalier (au point qu'on se demande même parfois s'il n'est pas reparti d'Haïti), Aristide occupe désormais le devant de la scène depuis que le gouvernement haïtien lui a accordé un nouveau passeport diplomatique qui lui permet de rentrer au pays. Ses partisans se sont employés à remettre en état sa magnifique propriété dans les hauts de Port-au-Prince, mais ils ont aussi entrepris une action purement politique avec, en particulier, des manifestations récentes dans la capitale qui se sont, fort heureusement, déroulées sans incident.

Les États-Unis et diverses autorités, nationales et internationales, répètent à l'envi qu'Aristide ne pourra revenir qu'après le deuxième tour des élections mais les choses changent tant et si vite qu'on ne peut pas en être tout à fait certain et on voit mal par ailleurs ce qui pourrait légalement s’opposer à son retour.

Si l'élection de Mirlande Manigat paraissait devoir être acquise sans trop de problèmes (elle avait 10 % des voix d'avance au premier tour, du moins si l'on se fie aux résultats provisoires de début décembre 2010, puisque les résultats définitifs n'ont jamais été communiqués !) les choses évoluent puisque Wyclef, qui avait été écarté du premier tour, s'est prononcé en faveur de Michel Martelly. Il est même venu en Haïti spécialement pour soutenir le chanteur, réalisant par là une alliance autour du thème « sortez les sortants », visant à écarter du pouvoir les politiques proprement dits, dont naturellement sa rivale.

Si la rue est plus radicale que les élections, encore faut-il espérer, dans ces deux cas, que la rue et la violence ne finissent pas par se substituer aux processus électoraux, si difficiles et contestables qu’ils puissent être.

dimanche 6 février 2011

Moyen-Orient : le tiercé explosif?

Depuis plusieurs jours, on n’évoque la situation du Moyen-Orient qu’à la seule lueur des événements égyptiens. Ce matin encore, dimanche 6 février 2011, j'ai constaté, à la lecture de la livraison quotidienne de Marianne2, dans l'article consacré au Moyen-Orient intitulé « La réaction de l’Europe face au monde arabe » (ou à peu près ça) qu’il n'était guère question que de l'Égypte et, que, en tout cas, on n’y mentionnait ni le Liban ni Gaza.

Je ne suis nullement un spécialiste du Moyen-Orient, que je ne connais qu'un peu et partiellement, mais j’y suis allé parfois, je m'y intéresse depuis longtemps et je tente de me tenir informé de ce qui s’y passe.

Je pense donc que ce que je nommé le « tiercé explosif » du Moyen Orient est constitué, actuellement et dans le désordre, même si, on le verra, ce n’est pas tout à fait sûr, par l'Égypte, dont je ne dirai pas à grand-chose car on en parle beaucoup, par le Liban et par Gaza dont je parlerai un peu plus en détails.

Pour ce qui est de l'Égypte, j'ai le sentiment que Moubarak, assez adroitement, a, d'une certaine façon, gagné son pari de conduire son mandat actuel jusqu'à son terme. Il semble en effet, à en croire l'ambassadeur d'Égypte en France, qui était sur Canal + chez Denisot, vendredi 4 février (il est très clairement aux ordres du pouvoir, mais intelligent et habile), que le départ de Moubarak, pour des raisons constitutionnelles qu’on a mal comprises, faute de connaissances de la constitution de l’Egypte (inspirée de la nôtre, a souligné ce perfide diplomate) bloquerait le processus de transition au lieu de favoriser. En effet (prétend-il du moins) le vice-président désigné ne pourrait pas assumer les charges qu'impliquerait, en fait, légalement, un tel processus.

Si, comme on peut le penser désormais, Moubarak est obligé de quitter le pouvoir au terme de ces 200 jours, lui laisser ces quelques mois pour mettre en place le processus démocratique qui s'esquisse, n’apparaît pas un délai exorbitant au terme de 30 années de dictature. Les choses semblent d’ailleurs aller dans ce sens puisque les Frères musulmans, la principale pour ne pas dire la seule force politique constituée, qui refusaient de participer à toute discussion, viennent, aujourd'hui même d'accepter l'offre faite par le vice-président et consentent désormais à s'asseoir à la table des négociations, alors qu'ils refusaient très fermement de le faire hier encore. L’affaire égyptienne, de façon certes un peu chaotique, semble donc en voie de réglement/

En revanche, les événements, qui se sont déroulés au Liban depuis le changement de gouvernement opéré le 25 janvier 2011, n’ont guère attiré l’attention de nos médias, uniquement fixée sur l’Egypte, alors qu'ils sont évidemment d'une importance capitale. Même s'il s'en défend dans son interview du 1er février 2011, le nouveau Premier Ministre Najib Mikati n'a dû son accession au pouvoir qu'au Hezbollah dont les voix lui étaient indispensables.

Il avait succédé à Rafik Hariri, après l’assassinat de ce dernier ; il succède aujourd’hui à son fils, Saad Hariri, renversé par un changement de majorité sur lequel on s’interroge. Milliardaire (comme déjà Hariri), c’est un Sunnite (ce qui ne devrait pas favoriser pourtant ses relations avec le Hezbollah chiite) et il est regardé depuis toujours comme l’homme de la Syrie.

Dans sa déclaration du 1er février 2001, il se défend de toute alliance avec le Hezbollah (mais qui s’attendait à le voir l’admettre ?), en alléguant que dans la majorité qui l’a investi, seuls une dizaine de députés viennent de cette mouvance. Il reconnaît toutefois : "Avant de me soutenir, le Hezbollah m'a certes demandé des engagements mais j'ai répondu que je ne pouvais pas les assurer. ». Le Hezbollah serait bien naïf de se contenter de tels propos, mais il sait bien que, sur ce point, les intérêts de la Syrie et du Hezbollah (qui sont désormais reconnus comme co-organisateurs de l’attentat) sont parfaitement convergents, ce qui sufit en la circonstance à garantir le comportement du nouveau Premier Ministre, même s’il affirme ne pas pouvoir agir contre la résolution 1757 qui a créé le Tribunal spécial pour le Liban et qui enquête sur l’attentat contre Hariri père.

Même s'il dit ne pas pouvoir arrêter le processus d'enquête sur l'assassinat de Rafik Hariri et, en dépit du fait que le rôle conjoint de la Syrie et du Hezbollah dans cet attentat est désormais établi, grâce à une enquête de la police libanaise (dont le maître d'oeuvre a été depuis assassiné !), il est clair que cette enquête risque de traîner encore longtemps et peut-être même de ne jamais aboutir. Les propos et les menaces du leader du Hezbollah libanais, Nasrallah sont, en tout cas, d'une extraordinaire violence et ne laissent aucun doute sur le climat explosif qui règne à nouveau au Liban, d'autant que les partisans de Saad Hariri qui, naturellement, a refusé de participer au nouveau gouvernement, sont aussi dans un état d'extrême excitation, alors que le Hamas de Gaza est, comme on va le voir, dans un état de division qui conduit à l’affrontement, tant avec Israël qu’entre Gazaouites. Le Liban est donc, de ce fait, de nouveau, une poudrière que le moindre incident peut faire exploser.

Mais dans le tiercé de l'explosivité moyen-orientale, la première place me semble revenir, sans le moindre doute, à Gaza. Là encore, nos médias n'accordent aucune attention à la situation dans ce territoire. On voit même nos belles âmes préparer, à nouveau, une expédition maritime en faveur de la levée du blocus de Gaza, sans qu’elles sachent, de toute évidence qui se passe là-bas.

Comme il faut en tout « positiver », retenons les bons aspects de cette entreprise. Espérons que Stephane Hessel, qui semble choisi pour la conduire, n’oubliera pas de prendre ce bonnet phrygien rouge qu’il affectionne tant désormais et qui lui va si bien. Si cette expédition ne sert pas à grand-chose (ce qui est à craindre), elle aura au moins le mérite d’alimenter de façon cocasse les « zappings » de l’info, en fournissant à nos télévisions des images grotesques de ce nonagénaire (on ne devrait pas se moquer ainsi des vieux !), coiffé de son bonnet rouge. Si on lui fait jouer « la liberté guidant le peuple », comme dans le fameux tableau de Delacroix, conseillons-lui toutefois de ne pas dénuder sa poitrine, qu'on imagine facilement décharnée, et non triomphante comme celle de l’opulente créature du tableau (au moins 95 D à mon avis).

En effet, même si nul n’en parle, la situation de Gaza a évolué très rapidement et les images qu'on en a qui sont le plus souvent totalement dépassées.

Un « blogueur » de blogspot.com, dont je vous donne ici l’adresse (expat.spb.blogspot.com) et dont je ne saurais que vous recommander la lecture, à donné, le 20 juillet 2010, un excellent article sur le sujet dont le titre est « Gaza outragé, Gaza affamé, Gaza martyrisé... mais où l'on inaugure un super centre commercial ».

Faute d'espace comme toujours, je n'en puis citer qu'un bref passage : « Samedi dernier, le 18 juillet 2010, en présence des ministres de Hamas a été inauguré en grande pompe le centre commercial Gaza Hall dont on notera la rapidité exceptionnelle, dépassant tout entendement, avec laquelle il a été bâti. Ben oui quoi! L'embargo sur les matériaux de construction a été levé partiellement depuis à peine un mois[...] Mais me direz-vous, à quoi peut bien servir un centre commercial, dont les étagères des magasins ne peuvent rester que désespéréments vides du fait de cet ignoble blocus.
Eh bien là aussi miracle ! Les étagères sont pleines : vêtements d'hiver pour les hommes et les enfants, les femmes se contentant du rayon fair wear voilé, bijoux, chaussures, jouets, électroménager, nourritures et boissons diverses et variées. Vous pourrez même si vous êtes curieux et allez faire un tour dans la rubrique « vêtements homme" constater que les Gazaouites ne sont pas chiens avec les sionistes, puisqu'ils mettent à la disposition de leurs clients des pantalons made in Israël ».

Nos médias ne nous parlent guère de l'évolution à la fois politique et économique de Gaza. La construction de cet immense centre commercial symbolise le changement économique que doit intelligemment favoriser Israël ; quant au changement politique, il tient surtout à l'émergence de plus en plus forte, de groupes extrémistes salafistes, « les soldats des partisans de Dieu », dont le but politique, clairement affiché, est la création d'un « émirat islamique », opérée d’ailleurs, au moins en théorie, en août 2009.

On l'a un peu oublié et les médias n'en ont guère parlé faute de comprendre, mais le 15 août 2009 ces groupes armés salafistes ont affronté la police du Hamas. Résultat des courses : 24 ou 26 morts (selon les sources) et 130 blessés. Alors que depuis deux ans s'est établie une sorte de paix informelle et silencieuse entre Gaza et Israël, marquée essentiellement par l'arrêt des envois réciproques de roquettes, ce groupe islamique veut au contraire les reprendre (il l'a d'ailleurs fait) et se livrer à des opérations de commandos contre les Israéliens.

Naturellement la bourgeoisie Hamas de Gaza, qui a remis en marche l'économie, qui construit des centres commerciaux et se bâtit des villas luxueuses à 2 millions de dollars (ce que nous a montré le samedi 5 février 2011 un reportage de l’excellente émission de Canal+ , « L'effet papillon ») ne voudrait pas que reprennent des opérations militaires israéliennes qui pourraient être des plus fâcheuses, en particulier pour les superbes villas que les nouveaux hommes d'affaires gazaouites se sont construites. On les comprend ! Le pouvoir politique et économique Hamas n'a donc d'autre choix que de mener des opérations militaires et de tuer les opposants (comme en août 2009) ou de les mettre en prison, l'un d'excluant d’ailleurs pas l'autre.

Dans le tiercé explosif du Moyen-Orient, je ferai donc ma grille dominicale avec Gaza, le Liban et l'Égypte, celle-ci ne venant qu'en dernière position, car elle ne donne plus, au fond, de véritable inquiétude, Moubarak semblant avoir repris en mains la situation. Ce pronostic est conforté par un détail que l'on oublie toujours : Israël qui est , au centre de toutes ces poudrières, n'a de traité de paix qu'avec l'Égypte et... la Jordanie qui pourrait bien (et je ne suis pas loin de le penser) tenir bientôt, en lieu et place de l'Égypte elle-même, la troisième place du tiercé explosif moyen oriental.

dimanche 30 janvier 2011

Démocratie et conflits d'intérêts. D'Haïti à l’Egypte

Au moment où, dans le débat public national, « démocratie » (pour le Sud) et « conflits d'intérêts » (en France) sont les maîtres-mots de l'information comme toutes les discussions, personne ne semble se poser la question des rapports qui peuvent s'établir entre ces termes et les notions qu’ils portent.

Commençons donc par Haïti puisqu'en ce dimanche 30 janvier 2011, Hillary Clinton, dans quelques heures (il est 9 heures en France et le décalage horaire est de moins 6 heures) va débarquer de son jet privé sur l'aéroport de Port-au-Prince, où l'on aura assurément fait de la place pour elle au parking.

Elle estime, sans le moindre doute, apporter en Haïti les valeurs de l'humanisme et de la démocratie ; elle vient en effet, plus précisément, faire pression sur le président René Préval comme sur les candidats au second tour de la présidentielle pour permettre un déroulement rapide d'un scrutin, en panne depuis le 28 novembre 2010, jour du premier tour dont les résultats n'ont toujours pas été officiellement proclamés, comme on a pu le lire dans mes précédents posts sur Haïti.

La date de cette proclamation a été sans cesse remise et elle est actuellement annoncée pour le 2 février 2011. Le second tour aurait lieu le 20 mars avec des résultats donnés le 16 avril 2011. René Préval, dont le mandat se termine le 7 février et avait été prolongé (mais avec contestation sur ce point), resterait donc en place jusqu’au 14 mai au moins, comme il le souhaitait lui-même, bien entendu, mais comme la pression internationale le lui refusait.

Naturellement comme on cachait à notre pauvre Président ce qui se passait en Tunisie, on ne dit pas tout sur la situation et l’opinion haïtiennes à Madame Clinton !

La pauvre Hillary ne sait sans doute pas (on se garde bien de le lui dire) que le bruit court là-bas que le couple Clinton tirerait des profits (cachés mais considérables) de l'assistance internationale et humaine au désastre haïtien. Dans la « Clinton Global Initiative » qui « coordonne » tout cela, Bill ne tirerait pas que le dollar, symbolique et annuel, qui lui est attribué comme unique rémunération.

Le couple Clinton lui-même fait aussi un peu problème et il est « improbable », comme dirait notre « Fredo », dans la mesure où on sait pas, au juste, où en sont leurs relations personnelles (hors des images pieuses destinées à la presse people).

On ne sait pas davantage si Hillary s'est enfin convertie au système d'humidification de ses cigares qu'affectionne tant ce cher Bill.

Bien des gens, sans doute mal intentionnés, se demandent donc si l'intérêt d'Hillary Clinton dans cette affaire ne tient qu'au seul bonheur du peuple haïtien. Le plus grave est que les actions qu’elle conduit dans ce cadre, quels qu’en soient les vrais motifs, sont pour partie contre-productifs et constituent, dans les faits, autant de « boomerangs » ou de « pavés de l'ours » (à vous de choisir la métaphore qui vous conviendra le mieux).

De l’autre côté de l’Atlantique, « nan Ginen » comme on dit en créole haïtien, l'intérêt américano-français porté au processus électoral ivoirien fait l'objet d'analyses du même genre et la propagande très intense de Laurent Gbagbo ne se prive naturellement pas d’exploiter, à tort ou à raison, cet argumentaire comme je l’ai montré dans un précédent post. Naturellement les photos du mariage de Alassane (Dramane, ce second prénom étant amovible en fonction des circonstances et des visées) Ouattara avec la blonde Dominique Novion , célébré à Neuily par Nicolas Sarkozy, sont partout ; on ne manque pas de rappeler aussi que cette femme d’affaires fut la gestionnaire des biens d’Houphouët-Boigny et d’Omar Bongo (une sorte de Patrick de Maistre en tailleur Channel en somme). Comme on ne la voit guère voilée, on ne sait pas si elle s’est convertie à l’islam pour épouser Alassane Dramane (ce qui est une obligation pour tout bon musulman), mais il est clair que tout cela fait parfaitement les affaires de Laurent Gbagbo, sans pour autant militer vraiment en faveur de la démocratie.

Mais revenons à Haïti et à Hillary Clinton, nul doute que le président Préval sera tout sourire pour l’accueillir à sa descente d'avion ; il écoutera assurément avec la même courtoise aménité et sans doute en hochant du chef, ses fermes et pressants conseils en faveur de la reprise du processus électoral et donc de l’éviction définitive de son propre candidat, Jude Célestin. Ce dernier, quoique son retrait ait été annoncé par son parti INITE, ne l’a pas confirmé, jusqu'à présent et, dit-on, à l’instigation de Préval (qui veut faire durer les choses) alors que cette démarche personnnelle, selon la loi haïtienne, est absolument indispensable pour que ce retrait soit effectif.

À n'en pas douter, Hillary reprendra donc, dans quelques heures, son avion avec la conviction qu'elle a une fois de plus rempli sa mission et triomphé de ces maudits blacks qui, non contents de l'avoir odieusement écartée de la présidence des États-Unis, lui mettent maintenant des bâtons dans les roues dans le cadre de ses actuelles activités.

Nul doute non plus qu'aussitôt Hillary envolée, René Préval dénoncera, plus ou moins discrètement et/ou par séides interposés, les insupportables manoeuvres américaines et internationales, qui visent, une fois de plus, à imposer au peuple haïtien des choix qui ne sont pas les siens. Ce genre de numéro marche toujours en Haïti où le nationalisme reste très présent, puisque, ne l'oublions pas et chacun se fait fort de nous le rappeler à tout moment, Haïti, première république noire, a été aussi la première colonie a secouer victorieusement le joug du colonialiste.

Et la Tunisie me direz-vous ? Et l'Égypte, poursuivrez-vous, non sans raison ?

Au moment où la France découvre, après deux siècles de cette situation, que la démocratie et les conflits d'intérêts font tout à fait bon ménage, tant dans la politique que dans l'économie, ne devrait-elle pas s'interroger aussi sur ces mêmes rapports dans les pays du Sud ou le Nord se livre à tant de déclarations enflammées en faveur de cette même démocratie, sans jamais faire mention de ses intérêts?

Certes, à l'aune de nos moeurs et de nos habitudes de pensée, la liberté d'expression est une valeur que nous ne cessons de mettre en avant pour contester les régimes policiers instaurés dans nombre de pays du Sud, avec lesquels nous avons par ailleurs les meilleurs rapports et où nous aimons tant à passer nos vacances.

Sommes-nous cependant tout à fait sûrs que le fait de pouvoir acheter en Tunisie « Le monde » ou « Libération » (à un prix quotidien, que, comme l’accès internet, ne peuvent guère se permettre les marchands de légumes tunisiens, fussent-ils titulaires d'une maîtrise de sociologie) va changer de façon définitive leur mode de vie et leurs conditions d'existence ?

Ne devrait en pas se demander, plus sérieusement et pour un instant, ce que signifie d'ailleurs la liberté d'expression dans un Etat comme l'Italie où la plupart des médias sont aux mains ou aux ordres d'un Silvio Berlusconi, sans parler de la France de Hersant et désormais de Lagardère ? Moi-même victime naguère, dans mes blogs, de la censure du Nouvel Obs puis de TF1, ne suis-je pas bien placé pour en parler et en juger ?

En France même personne ne semble faire le lien entre le cumul des mandats électoraux et/ou des fonctions ministérielles et les fameux conflits d'intérêts dont on vient soudain de découvrir, avec stupeur, l'existence. Personne n'avait donc jamais remarqué que les fonctions électorales (maires de grandes villes ou présidents de conseil régional ou général) permettent, d'abord et surtout, de détourner au profit de ces mêmes zones et de leurs électeurs (villes, départements ou régions) une bonne partie des crédits de l'État (quand il s'agit d'installer de nouveaux services ou équipements) ou, au contraire, de protéger ces mêmes zones quand elles sont menacées de restrictions dans ces mêmes matières !

Les hommes politiques du Sud ne sont pas forcément tous des imbéciles. Préval ou Gbagbo actuellement et peut-être bientôt Moubarak (moins exposé car regardé comme très utile à nos intérêts stratégiques au Moyen Orient) sauront, de toute évidence, faire apparaître ou donner à soupçonner, sous les revendications du Nord en faveur de la démocratie, le jeu des intérêts de ces mêmes Etats, grands donneurs de leçons de démocratie.

En fait, Hillary Clinton ou Nicolas Sarkozy font le jeu, sur le plan interne, de ceux dont ils pensent cnaïvement contester la position. On le voit depuis deux mois en Côte d'Ivoire ; on risque de le voir en Haïti mais, dans ces deux cas, les choses sont, somme toute et comme en Tunisie, moins graves qu'en Égypte où la chute de Moubarak risque d'avoir des conséquences catastrophiques, dont ne semblent réellement conscients pour le moment, à en juger par leurs réactions, qu’Israël, la Cisjordanie et la Jordanie qui sont naturellement en première ligne.

Quant à savoir quel profit réel tireront les fellahs égyptiens de la présence, dans les kiosques cairotes, du « Monde » et de « Libération » (dans l'hypothèse où ces journaux auraient été interdits comme en Tunisie) j'avoue ne pas trop savoir à quoi m'en tenir sur ce point.

vendredi 4 juin 2010

Entre Gaza et les DAB

Je suis ce matin, tel l’âne de Buridan entre son seau et son picotin, partagé entre deux sujets, aussi inégaux en importance que différents dans leurs thèmes. Tant pis, je vais les juxtaposer, si éloignés qu’ils soient l’un de l’autre.

D’une part, l’affaire de l’attaque de la flottille de Gaza. J’ai déjà dit, à chaud, mes réflexions à ce propos et je n’y reviens pas, même si l’affaire devient bien plus géopolitique qu’humanitaire . Le principal instigateur est, de toute évidence, la Turquie qui, à mon avis ne se soucie que fort peu de Gaza ! Cet Etat, sans doute fort mécontent de se voir de plus en plus clairement écarté de l’Union euroépenne, en dépit des sourires et même des promesses, a désormais choisi, dans le cadre d’une reconversion totale de sa politique extérieure de l’orienter vers l’Est (avec un oeil sur les Républiques musulmanes de l’ex-URSS) et non plus vers l’Ouest, quitte à faire froncer le sourcil à l’Oncle Sam !

La Turquie, qui se reprend du coup à rêver d’un nouvel empire ottoman, a décidé de mettre un terme à ses relations étroites (y compris sur le plan militaire) avec Israël en lui faisant porter le chapeau. Il fallait donc un prétexte ; les Israëliens, assez sottement, le lui ont donné. Passons, le feuilleton ne fait sans doute que commencer et Israël n’a plus qu'à soutenir en douce les Kurdes !

Mais le plus drôle de l’affaire est le premier « otage » français libéré et dont je pensais, non sans candeur, que c’était un brave et naïf humanitaire, peu soucieux de se laisser manipuler, fût-ce par la Sublime Porte, comme aurait dit Monsieur de Norpois, et qui avait choisi la voie de la conciliation pour rejoindre les siens au plus vite, quitte à donner son identité et à passer sous les fourches caudines de la police israëlienne.

J’ai commencé à avoir quelques doutes en apprenant son nom, Youcef Ben Derbal et surtout en le voyant passer, dès son retour , d’un média à un autre, en homme qui n’a rien d’autre à faire et qui n’est revenu que pour ça. Toujours le plan com’ ! J’ai pu l’entendre et le voir chez Calvi et je n’ai plus eu le moindre doute.

Bref résumé : Youcef est le responsable du CBSP (Comité de Bienfaisance et de Secours de la Palestine) qui a monté l’affaire et les Français qui étaient à bord sont des membres de ce groupe (Miloud Zenasni, Mouloud Bouzidi, Salah Berguabi, Mounia Shérif, Ahmed Oumimoun et Mazen Kahel). L’affrêtement e le chargement du cargo grec (on a dû cacher ce détail aux Turcs !) ont coûté un million d’euros. Calvi, sur la pointe de pieds et de la langue, se hasarde à demander à Youcef la provenance de ce million. Ce sont des « dons » privés de sympathisants et aucun Etat n’a contribué ; le CBSP a même ainsi recueilli, à cette fin, 13 millions d’euros, précise Youcef Ben Derbal. Il faut absolument metre ce jeune homme en relation avec ce pauvree Pierre Bergé qui a de plus en plus de mal a financer sa lutte anti-sida !

Mais le plus joli de tout ça est la tenue de Youcef Ben Derbal ; elle semble même être son uniforme, sauf si ses vêtements de rechange sont restés à Beer-Sheva, car je l’ai toujours vu ainsi accoutré. Ce qui caractérise cet équipage est une sorte de bizarre étole, à finalité purement sémiotique, qui doit être faite dans un keffieh du modèle qu’affectionnait feu Yasser Arafat. Il y a là une forma d’occidentalisation de ce signe vestimentaire mais la référence politico-symbolique me paraît tout à fait claire.

Second sujet, sans rapport avec le précedent. J’écoutais distraitement ce matin chez Fogiel, sur Europe1, après le numéro d’Elkabach, donc vers 8 heures 30, dans le creux d’audience entre Jean-Pierre et Nicolas (Canteloup). Au fait qui dit qu’il n’y a plus en France d’emploi pour les seniors ? Elakabach, 73 ans aux cerises, prouve le contraire comme bien d’autres de Levaï à Bellemare en passant par Th. Rolland ! Bref Fogiel interviewait ce matin un DABiste (DAB = distributeur automatique de billets) qui s’est fait braquer à la voiture-bélier il y a deux ans pendant qu’il chargeait un DAB. Passionnant non ? Le pauvre Fogiel essaye, de son mieux, de dramatiser la chose, mais ça ne marche pas trop à la radio, vu que les attaques de fourgons blindés à la roquette sont quand même autre chose et que la télé vient d’en montrer une, très spectaculaire, à Marseille. Les convoyeurs loicaux n’étaient sans doute pas libres pour une « exclu » !

Le seul problème, dans tout cela, est qu’il serait très simple d’éviter les attaques de fourgons comme de DAB, en faisant ce qui se fait partout, sauf chez nous et en particulier Outre-Quiévrain ! On prévoit simplement un dispositif qui, en cas d’attaque, répand une teinture indélébile sur les billets. CQFD. Le problème est que les syndicats français de convoyeurs s’opposent à de telles dispositions qui, naturellement, mettraient un terme aux attaques ! Je ne sais pas ce qu'en pensent les syndicats de braqueurs, mais je crois le deviner!

mardi 1 juin 2010

Encore Israël et la Palestine...

Comme sur tous les sujets dont nous entretiennent nos médias, on ne peut être que frappé par la courte vue de nos analystes.

Le problème majeur de l’Etat d’Israël, comme les événements nautiques récents le montrent, une fois de plus, n’est ni géopolitique, ni économique, ni quoi que ce soit d’autre, il est, d’abord et surtout, constitutionel. Les protestations de la presse d’opposition israëliënne voire les manifestations qui s’y sont produites, prouvent qu’Israël, à la différence de tous ses voisins, est une vraie démocratie, un peu trop peut-être même pourrait-on dire, puisque le système électoral, où règne la proportionnelle totale, met cet Etat entre les mains de micro-partis qui, comme souvent, sont extrémistes. Les Israëliens n’ont pas la chance d’avoir, dans cet emploi, un François Bayrou au lieu d’un Lieberman. Cette comparaison est étrange mais le slogan de Lieberman, lors des dernières élections tenait dans les deux mots de russe (sa langue) que nous connaissons tous « Niet ! Niet ! Da ! » qui marquaient son refus de la Gauche comme de la Droite nationales. Cela ne le situe toutefois pas pour autant « au miyeu » comme notre François dont il se rapproche par la modestie de son score électoral, ce qui , dans le système israëlien en fait le Vice Premier Ministre aux Affaires étrangères, avec les conséquences que l’on peu t constater.

En tout cas, nous voilà repartis pour un tour, suite à l’arraisonnement absurdement violent des cargos dits humanitaires, dans les eaux internationales certes, mais uu moment où ils se préparaient à entrer dans les eaux territoriales de Gaza. Au fait, n’est-ce pas aussi dans les eaux internationales qu’on arraisonne les bateaux somaliens qui menacent nos thoniers dans l’Océan Indien ?

Protestations toujours aussi hypocrites des Etats arabes de la zone, sauf de l’Egypte, dont nul ne parle ni ne rappelle qu’elle co-organise le blocus de Gaza. Ces morts sont certes déplorables ! Toutefois, au hit-parade des massacres des Palestiniens sur le sort desquels on s’apitoye si hypocritement, les Jordaniens gardent la tête avec Septembre noir, en 1970 (10.000 morts), les deux autres voisins, Beyrouth et Damas, sont si loin devant Israël qu’on voit mal comment ce dernier pourrait songer un jour à rattraper son retardet à monter sur le podium.

Il est évident que cette opération navale humanitaire ne relevait en rien du hasard, même s’il est probable que, sur les 700 personnes, de quarante nationalités différentes, présentes sur le navires arraisonnés, il y avait un certain nombre de vrais militants humanitaires. Ce sont sans doute les soixante qui ont d’emblée accepté de s’identifier en vue de leur rapatriement dans leur pays. Cela faisait assurément beaucoup de monde et une drôle de Tour de Babel pour une simple opération de livraison de vivres et de ciment !

En fait et de toute évidence, un très joli plan de com’, dans lequel les Israëliens ont marché au-delà même du prévisible. Large échantillonnage pour une couverture médiatique « mondiale » maximale, choix soigneux de la date (saboter la visite de Netanyahu aux USA et forcer la main à Obama), une organisation militaire qui faisait qu’un seul navire avait pour ordre de franchir le blocus avec à son bord des militants bien décidés à en découdre et armés à cette fin. L’aveuglement d’Israël a mis sur le gâteau de la provocation une cerise inespérée. Il aurait pourtant été bien simple d’envoyer des équipes de commandos de marine ,non pour se faire larguer sur les navires mais pour les immobiliser au large, en bloquant leurs hélices par la simple immersion de cables et de treillis métalliques, à quelques milles de côtes de Gaza :

Encore peut-on penser, quand on connaît quelques-unes des solutions « politiques » préconisées, dans le passé, par Avigdor Lieberman (elles vont, le plus souvent, dans le sens de la purification ethnique et s’accompagnent parfois, comme en 2002, de la propositon de bombarder els stations services palestiniennes), on peut penser que le traitement de l’affaire du convoi naval réputé « humanitaire » a été, de sa part, le résultat d’un compromis ! Il propossait sans doute de torpiller et de couler les cargos!

Un détail piquant parmi d’autres, car il y aurait encore beaucoup à dire sur le sujet. De l’avis général, confirmé par les députés européens en mission d’observation à Gaza (dont la désormais inévitable et incompréhensible Eva Joly!), il n’ y a pas de réel problème alimentaire à Gaza, les Nations-Unies pourvoyant au ravitaillement du territoire.

En revanche, nous a-t-on dit, on manque de ciment pour les constructions ; aussi ce produit figurait-il dans les soutes des cargos interceptés. Ce détail m’a rappelé la situation qui régnait au Liban, il y a quelques années encore (comme je n’y suis par retourné depuis, je suis prudent car je ne sais pas ce qu’il en est actuellement). Toujours est-il qu’à cette époque, si le ciment et tous les matériaux de construction ou de quincaillerie ne manquaient pas à Beyrouth, il était strictement interdit aux Palestiniens de faire l’achat non seulement de ciment mais même de planches ou de clous, de peur, bien entendu, de les voir pérenniser les abris de fortune où ils étaient strictement cantonnés!