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dimanche 6 février 2011

Moyen-Orient : le tiercé explosif?

Depuis plusieurs jours, on n’évoque la situation du Moyen-Orient qu’à la seule lueur des événements égyptiens. Ce matin encore, dimanche 6 février 2011, j'ai constaté, à la lecture de la livraison quotidienne de Marianne2, dans l'article consacré au Moyen-Orient intitulé « La réaction de l’Europe face au monde arabe » (ou à peu près ça) qu’il n'était guère question que de l'Égypte et, que, en tout cas, on n’y mentionnait ni le Liban ni Gaza.

Je ne suis nullement un spécialiste du Moyen-Orient, que je ne connais qu'un peu et partiellement, mais j’y suis allé parfois, je m'y intéresse depuis longtemps et je tente de me tenir informé de ce qui s’y passe.

Je pense donc que ce que je nommé le « tiercé explosif » du Moyen Orient est constitué, actuellement et dans le désordre, même si, on le verra, ce n’est pas tout à fait sûr, par l'Égypte, dont je ne dirai pas à grand-chose car on en parle beaucoup, par le Liban et par Gaza dont je parlerai un peu plus en détails.

Pour ce qui est de l'Égypte, j'ai le sentiment que Moubarak, assez adroitement, a, d'une certaine façon, gagné son pari de conduire son mandat actuel jusqu'à son terme. Il semble en effet, à en croire l'ambassadeur d'Égypte en France, qui était sur Canal + chez Denisot, vendredi 4 février (il est très clairement aux ordres du pouvoir, mais intelligent et habile), que le départ de Moubarak, pour des raisons constitutionnelles qu’on a mal comprises, faute de connaissances de la constitution de l’Egypte (inspirée de la nôtre, a souligné ce perfide diplomate) bloquerait le processus de transition au lieu de favoriser. En effet (prétend-il du moins) le vice-président désigné ne pourrait pas assumer les charges qu'impliquerait, en fait, légalement, un tel processus.

Si, comme on peut le penser désormais, Moubarak est obligé de quitter le pouvoir au terme de ces 200 jours, lui laisser ces quelques mois pour mettre en place le processus démocratique qui s'esquisse, n’apparaît pas un délai exorbitant au terme de 30 années de dictature. Les choses semblent d’ailleurs aller dans ce sens puisque les Frères musulmans, la principale pour ne pas dire la seule force politique constituée, qui refusaient de participer à toute discussion, viennent, aujourd'hui même d'accepter l'offre faite par le vice-président et consentent désormais à s'asseoir à la table des négociations, alors qu'ils refusaient très fermement de le faire hier encore. L’affaire égyptienne, de façon certes un peu chaotique, semble donc en voie de réglement/

En revanche, les événements, qui se sont déroulés au Liban depuis le changement de gouvernement opéré le 25 janvier 2011, n’ont guère attiré l’attention de nos médias, uniquement fixée sur l’Egypte, alors qu'ils sont évidemment d'une importance capitale. Même s'il s'en défend dans son interview du 1er février 2011, le nouveau Premier Ministre Najib Mikati n'a dû son accession au pouvoir qu'au Hezbollah dont les voix lui étaient indispensables.

Il avait succédé à Rafik Hariri, après l’assassinat de ce dernier ; il succède aujourd’hui à son fils, Saad Hariri, renversé par un changement de majorité sur lequel on s’interroge. Milliardaire (comme déjà Hariri), c’est un Sunnite (ce qui ne devrait pas favoriser pourtant ses relations avec le Hezbollah chiite) et il est regardé depuis toujours comme l’homme de la Syrie.

Dans sa déclaration du 1er février 2001, il se défend de toute alliance avec le Hezbollah (mais qui s’attendait à le voir l’admettre ?), en alléguant que dans la majorité qui l’a investi, seuls une dizaine de députés viennent de cette mouvance. Il reconnaît toutefois : "Avant de me soutenir, le Hezbollah m'a certes demandé des engagements mais j'ai répondu que je ne pouvais pas les assurer. ». Le Hezbollah serait bien naïf de se contenter de tels propos, mais il sait bien que, sur ce point, les intérêts de la Syrie et du Hezbollah (qui sont désormais reconnus comme co-organisateurs de l’attentat) sont parfaitement convergents, ce qui sufit en la circonstance à garantir le comportement du nouveau Premier Ministre, même s’il affirme ne pas pouvoir agir contre la résolution 1757 qui a créé le Tribunal spécial pour le Liban et qui enquête sur l’attentat contre Hariri père.

Même s'il dit ne pas pouvoir arrêter le processus d'enquête sur l'assassinat de Rafik Hariri et, en dépit du fait que le rôle conjoint de la Syrie et du Hezbollah dans cet attentat est désormais établi, grâce à une enquête de la police libanaise (dont le maître d'oeuvre a été depuis assassiné !), il est clair que cette enquête risque de traîner encore longtemps et peut-être même de ne jamais aboutir. Les propos et les menaces du leader du Hezbollah libanais, Nasrallah sont, en tout cas, d'une extraordinaire violence et ne laissent aucun doute sur le climat explosif qui règne à nouveau au Liban, d'autant que les partisans de Saad Hariri qui, naturellement, a refusé de participer au nouveau gouvernement, sont aussi dans un état d'extrême excitation, alors que le Hamas de Gaza est, comme on va le voir, dans un état de division qui conduit à l’affrontement, tant avec Israël qu’entre Gazaouites. Le Liban est donc, de ce fait, de nouveau, une poudrière que le moindre incident peut faire exploser.

Mais dans le tiercé de l'explosivité moyen-orientale, la première place me semble revenir, sans le moindre doute, à Gaza. Là encore, nos médias n'accordent aucune attention à la situation dans ce territoire. On voit même nos belles âmes préparer, à nouveau, une expédition maritime en faveur de la levée du blocus de Gaza, sans qu’elles sachent, de toute évidence qui se passe là-bas.

Comme il faut en tout « positiver », retenons les bons aspects de cette entreprise. Espérons que Stephane Hessel, qui semble choisi pour la conduire, n’oubliera pas de prendre ce bonnet phrygien rouge qu’il affectionne tant désormais et qui lui va si bien. Si cette expédition ne sert pas à grand-chose (ce qui est à craindre), elle aura au moins le mérite d’alimenter de façon cocasse les « zappings » de l’info, en fournissant à nos télévisions des images grotesques de ce nonagénaire (on ne devrait pas se moquer ainsi des vieux !), coiffé de son bonnet rouge. Si on lui fait jouer « la liberté guidant le peuple », comme dans le fameux tableau de Delacroix, conseillons-lui toutefois de ne pas dénuder sa poitrine, qu'on imagine facilement décharnée, et non triomphante comme celle de l’opulente créature du tableau (au moins 95 D à mon avis).

En effet, même si nul n’en parle, la situation de Gaza a évolué très rapidement et les images qu'on en a qui sont le plus souvent totalement dépassées.

Un « blogueur » de blogspot.com, dont je vous donne ici l’adresse (expat.spb.blogspot.com) et dont je ne saurais que vous recommander la lecture, à donné, le 20 juillet 2010, un excellent article sur le sujet dont le titre est « Gaza outragé, Gaza affamé, Gaza martyrisé... mais où l'on inaugure un super centre commercial ».

Faute d'espace comme toujours, je n'en puis citer qu'un bref passage : « Samedi dernier, le 18 juillet 2010, en présence des ministres de Hamas a été inauguré en grande pompe le centre commercial Gaza Hall dont on notera la rapidité exceptionnelle, dépassant tout entendement, avec laquelle il a été bâti. Ben oui quoi! L'embargo sur les matériaux de construction a été levé partiellement depuis à peine un mois[...] Mais me direz-vous, à quoi peut bien servir un centre commercial, dont les étagères des magasins ne peuvent rester que désespéréments vides du fait de cet ignoble blocus.
Eh bien là aussi miracle ! Les étagères sont pleines : vêtements d'hiver pour les hommes et les enfants, les femmes se contentant du rayon fair wear voilé, bijoux, chaussures, jouets, électroménager, nourritures et boissons diverses et variées. Vous pourrez même si vous êtes curieux et allez faire un tour dans la rubrique « vêtements homme" constater que les Gazaouites ne sont pas chiens avec les sionistes, puisqu'ils mettent à la disposition de leurs clients des pantalons made in Israël ».

Nos médias ne nous parlent guère de l'évolution à la fois politique et économique de Gaza. La construction de cet immense centre commercial symbolise le changement économique que doit intelligemment favoriser Israël ; quant au changement politique, il tient surtout à l'émergence de plus en plus forte, de groupes extrémistes salafistes, « les soldats des partisans de Dieu », dont le but politique, clairement affiché, est la création d'un « émirat islamique », opérée d’ailleurs, au moins en théorie, en août 2009.

On l'a un peu oublié et les médias n'en ont guère parlé faute de comprendre, mais le 15 août 2009 ces groupes armés salafistes ont affronté la police du Hamas. Résultat des courses : 24 ou 26 morts (selon les sources) et 130 blessés. Alors que depuis deux ans s'est établie une sorte de paix informelle et silencieuse entre Gaza et Israël, marquée essentiellement par l'arrêt des envois réciproques de roquettes, ce groupe islamique veut au contraire les reprendre (il l'a d'ailleurs fait) et se livrer à des opérations de commandos contre les Israéliens.

Naturellement la bourgeoisie Hamas de Gaza, qui a remis en marche l'économie, qui construit des centres commerciaux et se bâtit des villas luxueuses à 2 millions de dollars (ce que nous a montré le samedi 5 février 2011 un reportage de l’excellente émission de Canal+ , « L'effet papillon ») ne voudrait pas que reprennent des opérations militaires israéliennes qui pourraient être des plus fâcheuses, en particulier pour les superbes villas que les nouveaux hommes d'affaires gazaouites se sont construites. On les comprend ! Le pouvoir politique et économique Hamas n'a donc d'autre choix que de mener des opérations militaires et de tuer les opposants (comme en août 2009) ou de les mettre en prison, l'un d'excluant d’ailleurs pas l'autre.

Dans le tiercé explosif du Moyen-Orient, je ferai donc ma grille dominicale avec Gaza, le Liban et l'Égypte, celle-ci ne venant qu'en dernière position, car elle ne donne plus, au fond, de véritable inquiétude, Moubarak semblant avoir repris en mains la situation. Ce pronostic est conforté par un détail que l'on oublie toujours : Israël qui est , au centre de toutes ces poudrières, n'a de traité de paix qu'avec l'Égypte et... la Jordanie qui pourrait bien (et je ne suis pas loin de le penser) tenir bientôt, en lieu et place de l'Égypte elle-même, la troisième place du tiercé explosif moyen oriental.

2 commentaires:

Expat a dit…

Cher Usbek,
comme je disais il y a peu à une connaissance, il n'y a guère que la blogosphère, à condition bien sûr d'être pertinent dans le choix des blogs, pour être maintenu informé.
Peu de choses à attendre des journalistes dans ce domaine qui préfèrent réagir à l'actualité avec des "analyses" simplistes qui n'expliquent rien mais vont dans le sens du vent. Mais ils ne manqueront pas de nous dire qu'ils avaient tous prévus comme les éminents kremlinologues avaient prévu, bien sûr, la chute de l'URSS.
Au passage Israël et surtout la Jordanie seraient très touchés par la crise égyptienne suite au sabotage du gazoduc desservant ces pays à partir de l'Égypte. Mais réjouissons-nous quand même du mouvement démocratique, même pas manipulé, qui secoue ce pays.

usbek a dit…

Cher Expat

Je suis sans doute un peu réac. mais je suis indigné par le fait que la plupart des journalistes, non seulement sont assez nuls mais en outre sont paresseux et ne font même pas l'effort de s'informer UN PEU sur les sujets dont ils traitent. Sans parler bien entendu de la langue qu'ils parlent. Ce matin un "journaliste" de France Infos, (vers 8 heures) se disait "hynoptisé" par je ne sais quoi et dans "Complément d'enquête", vers 13 heures, (sur les universités américaines... et dire qu'on les paye pour faire ça!)un autre nous causait de "l'aéropage" des fratries! Pauvre France!